Archives pour la catégorie Littérature anglaise

Oldies : Le sixième commandement de William Muir

Editeur : Gallimard – Série Noire (2005) – Folio (2011)

Traducteur : Janine Hérisson

C’est à la suite d’une discussion avec des adhérents de l’Association 813 que je me suis intéressé à ce roman. A la suite du billet de Yan, j’ai décidé d’acheter le livre et de le lire pour me faire ma propre opinion. Il faut dire que le sujet est tentant …

L’auteur :

William Muir est né en 1967 à Glasgow. Son premier roman, Le Sixième Commandement, a reçu le The Commonwealth Writers Prize First Novel Award (Eurasia) 2002. Il a enseigné à l’université de Cardiff et anime aujourd’hui des ateliers d’écriture dans une prison du Pays de Galles.

Quatrième de couverture :

À la suite d’un référendum, la peine de mort est rétablie en Angleterre. La nouvelle loi stipule clairement que les citoyens ayant voté «oui» sont susceptibles d’être désignés, par tirage au sort, pour exécuter la sentence…

Jeune père divorcé à la dérive, Riley reçoit un matin une lettre de convocation du ministère de la Justice. Une fois sur place, il apprend qu’il a été choisi pour assister à la pendaison d’un sinistre criminel…

Favorable à la peine capitale mais totalement incapable de regarder la mort en face, Riley va devoir, pour la première fois de sa vie, assumer ses choix et agir en homme responsable. Le réveil sera douloureux…

Mon avis :

Avec un sujet de départ comme cela, il y a beaucoup de thèmes à creuser sans écrire un nouveau roman anti-peine de mort. Et c’est bien à cela que nous convie William Muir qui aborde tout cela en un peu plus de deux cents pages et en évitant de prendre position. Il se contente en effet de prendre un citoyen comme vous et moi et le place face à ses responsabilités.

Bien que le roman ne comporte pas de parties distinctes, on peut le diviser en plusieurs morceaux en fonction de ce que l’auteur veut nous montrer. Au début, alors que Riley apprend qu’il a été désigné par le sort, celui-ci fait tout pour échapper à ses responsabilités, jugeant que quand il a voté au référendum, il n’a pas réfléchi aux conséquences. Outre l’immaturité de Riley, William Muir place le lecteur devant la situation, à la fois brutalement et avec humour, puisque l’on se trouve face à la situation de l’arroseur arrosé, sur un sujet bien plus sérieux.

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Puis vient la réaction de Riley qui va essayer de faire jouer ses relations, et on aborde alors le sujet de l’impunité de certains pourvu que l’on connaisse les bonnes personnes. On a affaire à une justice au faciès ou à une société à deux vitesses, injuste. Puis l’auteur entre dans le détail de la vie personnelle de son personnage principal, le montrant immature et foncièrement nombriliste, faisant le mal autour de lui sans aucun remords, n’ayant pour seul but que sa satisfaction personnelle (et en particulier sexuelle).

Vient alors la dernière partie du roman, avec une longue discussion entre Riley et le condamné à mort. Et là, j’ai trouvé que le roman prenait de la hauteur, puisque l’auteur nous place au milieu de ces deux personnages qui sont tout autant coupables l’un que l’autre, chacun à son niveau. Et il nous montre ou nous demande où se situe la responsabilité individuelle vis-à-vis de soi-même et où se situe-t-elle vis-à-vis de la société. Après ce que l’on a lu auparavant, la question mérite réflexion …

Avec un style froid et clinique, et c’est ce qui m’a le plus gêné, ce roman n’atteint pas les sommets d’autres romans que j’ai adorés (tels que Natural Enemies de Julius Horwitz ou Le condor de Stig Holmas, par exemple). Mais il s’avère un roman intéressant de bout en bout, qui nous place en face de questions qui peuvent déranger, et en particulier à nous remettre en cause face à nos valeurs personnelles ou notre éducation.

 

Derrière les portes de B.A.Paris

Editeur : Hugo&Cie

Traducteur : Luc Rigoureau

C’est à la suite d’une discussion avec Jeanne Desaubry, puis du billet de l’ami Yvan, puis de l’insistance de ma femme, que je me suis jeté sur cette lecture. Je dois dire que le fait que ce soit un premier roman était un argument supplémentaire. Et pour un premier roman, c’est assez époustouflant.

Grace est une commercial de fruits et légumes pour les magasins Harrod’s. Depuis que ses parents sont partis vivre leur retraite en Nouvelle Zélande, elle s’occupe du mieux qu’elle peut de sa sœur trisomique Millie. Etant très souvent en déplacement en Amérique du Sud, Grace a placé Millie dans une école spécialisée et passe les week-ends où elle est là avec sa sœur.

C’était une après midi comme une autre, un de ces samedis ensoleillés où il fait bon piqueniquer dans un parc et jouer aux cartes, allongé sur la pelouse. Quand une musique se fait entendre, Millie se met à danser juste à coté d’un kiosque. C’est alors qu’un homme se lève et invite Millie à danser. Pour Grace, outre que cet homme est très beau, c’est le coup de foudre. Il s’appelle Jack Angel.

Jack est un avocat à succès qui défend les femmes victimes de maltraitance conjugale. Jack va faire la cour à Grace, demander sa main à ses parents et ils vont projeter de se marier. Leurs amis voient en eux le couple idéal, ils sont faits l’un pour l’autre. Jack prévoit un voyage de noces en Thaïlande et comme cadeau de mariage une maison à la campagne. Le jour du mariage, Millie qui doit être la demoiselle d’honneur, se casse une jambe. Ce n’est que le début du cauchemar de Grace.

Il y a une certaine naïveté dans ce roman, de premier degré, qui fait que le lecteur est immédiatement plongé dans la psychologie de Grace, puisque c’est elle qui nous raconte son histoire. Et c’est cette naïveté, cette fraicheur qui font que la recette fonctionne si bien. Mais il n’y a pas que ça : Le roman est construit en alternance entre passé et présent, et il s’ouvre sur une scène actuelle où le couple Angel reçoit deux couples d’amis. Effectivement, dans cette scène, on voit bien que Jack et Grace forment le couple idéal … si ce n’est qu’il y a quelques remarques, quelques sous-entendus qui vont faire que l’on se pose des questions … Ces questions vont se muer en malaise jusqu’à la scène du mariage où nous entrons dans le vif du sujet !

L’intérêt n’est pas dans la tension inhérente à une situation de torture mentale mais bien dans la réaction de Grace face aux maltraitances, ou devrais-je dire à la torture psychologique  que va lui infliger son mari Jack. Et si certaines situations peuvent paraitre peu crédibles, BA. Paris s’en sert pour montrer une Grace aux abois, faisant tout ce qui est en son pouvoir pour tout encaisser et espérer sauver Millie.

Il n’y a rien de nouveau dans le thème choisi, mais l’originalité tient dans ce fragile équilibre que l’auteure créé entre les événements et la réaction de Grace, en évitant des scènes granguignolesques et surtout en ne transformant jamais Grace en Super-héroïne. Sans aucune violence inutile autre que psychologique, BA Paris va nous tenir en haleine, dans un final d’une simplicité confondante mais d’une efficacité maximale.

A part quelques scènes (très rares) où je n’ai pas accroché (au début surtout), je dois dire que je n’ai pas lâché ce livre, à la fois avide de savoir comment cela pouvait finir, mais aussi traversé par une sorte de culpabilité à regarder les autres vivre. Et c’est bien un aspect très intéressant de ce livre : placer le lecteur en position de voyeur et deviner ses réactions en écrivant celles des amis de Grace. Franchement, je ne peux que vous conseiller de lire ce premier roman qui m’a beaucoup étonné par sa simplicité.

Espace Jeunesse : L’île du crâne d’Anthony Horowitz

Editeur : Hachette

Traducteur : Annick le Goyat

C’est un roman que m’a fortement conseillé ma fille de 11 ans, et je dois dire que je me suis beaucoup amusé avec cette lecture. En un peu moins de 160 pages, ce roman se révèle un excellent divertissement pour les petits et les grands.

David Eliot rentre du collège avec un carnet de notes lamentable. Son père Edward entre dans une colère noire quand il apprend que David vient d’être renvoyé. Mais que va-t-il devenir ? Le lendemain, un courrier arrive en provenance d’un collège situé sur une île et proposant d’intégrer David.

Cela ressemble à un cauchemar pour David. Le collège Groosham n’accorde qu’une journée de vacances et fait travailler les élèves comme des esclaves. Cette proposition plait tout de suite au père de David mais il a 30 minutes pour se décider. Quand celui-ci appelle, un homme lui répond qu’ils attendent David de suite.

Dans le train il fait la connaissance de Jeffrey et de Jill qui sont dans la même situation que lui. Jill vient de fuguer de son ancien collège, et ses parents ont aussi reçu une lettre louant les mérites de l’école et la décrivant comme un collège chic pour jeunes filles. Jeffrey a été renvoyé, car il a été surpris en train de fumer derrière les vestiaires de cricket ; la lettre que ses parents ont reçue présente Groosham Grange comme le collège parfait pour leur fils, mais cette fois-ci il est présenté comme une sorte de camp d’entraînement militaire.

David n’est pas au bout de ses surprises …

Ce roman va vous faire passer par toutes les émotions. La première partie qui se passe dans la famille de David est burlesque. Les gags sont très visuels et les dialogues très drôles. Cela ne laisse pas augurer de la suite, puisque pendant le voyage en train, l’inquiétude des jeunes gens ne fait qu’augmenter au fur et à mesure qu’ils partagent le peu de connaissances qu’ils ont de cette île.

Pendant la traversée pour rejoindre l’île, ils vont faire la connaissance des marins qui ressemblent plutôt à des monstres. Et le stress va continuer quand ils vont vivre des événements pour le moins inquiétants. Le stress va petit à petit se transformer en angoisse alors que le mystère se met en place. Rassurez vous, cela ne fera pas peut à vos petits car le ton reste léger. Et la fin se révèle finalement très amusante.

C’est donc un excellent moment de lecture que ce roman d’Anthony Horowitz, que l’on peut destiner aux petits et aux grands à partir de 10 ans. Et c’est finalement une excellente introduction au monde d’Harry Potter, que cette présentation du monde des enfants confronté à celui des adultes. Je vous le conseille fortement.

Oldies : Swastika night de Katharine Burdekin

Editeur : Piranha

Collection : Incertain futur

Traducteur : Anne-Sylvie Homassel

Ecrit en 1937, ce roman prémonitoire n’avait jamais été édité en France. Les éditions Piranha ont bien fait de ressortir ce roman, dont le but est d’alerter à la fois les populations de l’époque mais aussi celles d’aujourd’hui. Le fait de situer lui permet de rester d’actualité. C’est une véritable curiosité, un voyage dans le futur auquel je vous convie, en espérant que ce qui y est écrit n’arrive jamais.

L’auteur :

Katharine Burdekin, née Katharine Penelope Cade le 23 juillet 1896 à Spondon en Angleterre et morte le 10 août 1963, est une romancière britannique de littérature fantastique et futuriste. Elle écrit également sous les pseudonymes Kay Burdekin et Murray Constantine. Certains de ses romans sont catégorisés en tant que fiction féministe utopiste et dystopiste.

Quatrième de couverture :

Inédit en France, Swastika Night est la première mise en garde romanesque contre le nazisme, écrite par une militante féministe peu après l’ascension d’Hitler au pouvoir.

Sept cents ans après la victoire d’Hitler, le Saint Empire germanique a soumis la moitié du monde à l’idéologie nazie. La nouvelle société, empreinte de mythologie et d’ignorance, repose sur une stricte hiérarchie : les chevaliers et les nazis en occupent le sommet, tandis que les étrangers servent de main d’œuvre servile et les femmes, uniquement destinées à la perpétuation de la race, sont réduites à l’état animal. Lorsqu’ Alfred, mécanicien anglais en pèlerinage en Allemagne, est impliqué dans une rixe, il est conduit devant le chevalier von Hess, gouverneur du comté. Séduit par sa personnalité, von Hess ne tarde pas à lui révéler un secret qui le bouleverse. Mais la connaissance a un prix : celui du sang.

Mon avis

Dans quelques centaines d’années … Après la guerre de vingt ans, Hitler a mis à genoux le monde. Le monde se retrouve séparé en deux empires : L’empire germanique et l’empire japonais. Une nouvelle religion a vu le jour : celle d’Hitler ; car seul un Dieu pouvait vaincre le monde entier. Cette religion met l’accent sur la caste supérieure, celle des chevaliers. Les femmes, elles, sont réduites à enfanter des garçons.

Hermann est un jeune paysan allemand de 25 ans. Il assiste à une messe dans la chapelle Hitler, où un chevalier prêche la bonne parole auprès des femmes. Elles doivent enfanter des filles … euh des garçons. Les femmes, toutes au cuir chevelu rasé ne doivent pas savoir que l’Empire manque de femmes pour enfanter.

Hermann sort de la chapelle et rencontre Alfred. Alfred est Anglais, a 50 ans, et a rencontré Hermann en Angleterre, quand celui-ci y a fait son service militaire. Alfred est venu en Allemagne car il s’est donné une mission : détruire l’Empire Germanique. La rencontre de ces deux personnages avec un chevalier membre de l’ordre des Dix, Heinrich Von Hess va aller au-delà de ses espérances.

Après une scène d’introduction qui nous met dans une ambiance de fin du monde, en nous plongeant dans la nouvelle religion, en nous montrant que les femmes sont réduites à l’état de reproductrices, l’auteure nous met deux personnages en présence d’un dirigeant. Et je me suis dit : Heureusement que ce roman a été écrit par une femme, sinon on aurait pu prendre ce roman comme un traité ultra-misogyne.

Puis, nous basculons dans une bonne moitié de roman qui n’est qu’un dialogue entre Alfred et Herman Von Hess. C’est l’occasion tout d’abord de savoir comment la société est arrivée à de telles extrémités, puis cela devient une discussion sur la société, sur l’humanité, sur la religion, sur l’Histoire. Et le roman en devient un livre philosophique entre deux personnes qui ont des avis opposés ou différents. Si c’est parfois un peu bavard, il n’en reste pas moins que cela amène le lecteur à réfléchir.

La fin se veut à la fois pessimiste et optimiste. Mais il en ressort un message formidable : ce sont les nouvelles générations qui amèneront un monde meilleur ; c’est à elles de se baser sur l’Histoire pour construire un avenir qui balaiera la nuit d’aujourd’hui. Ce roman est une intéressante curiosité à ranger aux cotés d’Un monde meilleur d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell.

Les anges sans visage de Tony Parsons

Editeur : La Martinière

Traducteur : Pierre Brévignon

J’étais passé au travers de la première enquête de Max Wolfe, Des garçons bien élevés, dont j’avais lu et entendu beaucoup de bien. La sortie de ce roman est l’occasion de tester un nouvel auteur mais aussi un nouveau personnage récurrent. Eh bien, le seul conseil que je peux vous donner, c’est : Accrochez vous !

En ce réveillon de la Saint Sylvestre, les festivités vont bon train. Dans un quartier riche de Londres, le petit Marlon Wood est réveillé par du bruit dans la maison. Quand il entend son père hurler de douleur, il pense à sauver sa sœur puis il s’enfuit. Il cherche à alerter les voisins mais peu de maisons sont allumées. Alors qu’il se dirige vers l’une d’elles, une voiture lui passe dessus et le conducteur sort de sa voiture pour le ramener chez lui, en le trainant par le pied.

La brigade des homicides est appelée sur le lieu du crime. La famille Wood vient d’être massacrée chez elle. Il semblerait que la mère ait connue une mort rapide, le père a été torturé et les deux enfants tués. La famille Wood a connu son heure de gloire : Le père Brad est agent sportif. Il a épousé Mary, une sportive accomplie qui a participé aux Jeux Olympiques de Lillehammer. Si elle n’a pas remporté de médaille, elle a défrayée la chronique en annonçant publiquement qu’elle était vierge et se réservait pour son futur mari, d’où son surnom de « La Vierge de Glace ». Depuis, le couple est resté présent dans la presse people, affichant son bonheur sur tous les réseaux sociaux.

Mary étant issue de la riche famille Gatling, les media font pression sur la police pour trouver l’auteur de ces meurtres. Puis, on s’aperçoit que les Wood avaient un troisième enfant, Bradley, âgé de 4 ans. Puisque son corps n’a pas été retrouvé, c’est donc qu’il a été enlevé. Une véritable course contre la montre débute alors pour Max Wolfe.

Quand j’ai commencé cette lecture, je m’attendais à un roman policier tranquille peinard. Et au bout du compte, j’ai pris une belle claque. Car ce roman se rapproche plus d’un roman d’action que d’un roman d’énigme à la Agatha Christie. Et de la première à la dernière page, les événements s’enchainent et se déchainent contre notre personnage principal … à propos duquel je vais revenir plus tard.

Action au programme donc, mais aussi et surtout une peinture bien noire de la société même si ce n’est pas forcément le sujet principal du livre. On navigue dans un Londres séparé en deux, avec d’un coté les riches enfermés dans leurs quartiers sécurisés, dans leurs maisons emplies d’alarmes anti-vol et de l’autre coté les Gens du voyage, montrés du doigt par les gens, accusés de tous les maux. Au milieu de tout cela, les flics qui essaient de faire leur boulot … dans un monde ultra violent.

Et même si la violence n’est pas décrite explicitement, elle est bien là dans toutes les lignes. Elle est bien là  par la tension que font naitre toutes les scènes imaginées par Tony Parsons. Elle est là dans les dialogues tranchants et les menaces sous-jacentes et voilées que l’on ressent derrière chaque mot. D’ailleurs, je tire un coup de chapeau au traducteur, même si l’abus d’acronyme et leur traduction a ralenti ma lecture et m’a un peu énervé si bien que je les ai sautés. Et ne croyez pas que la violence ne touche que certaines personnes : même les flics sont pris à parti, les enfants sont soumis à des souffrances inimaginables, nous sommes en plein dans le domaine du no limit révoltant.

Et à coté de cette violence, l’argument définitif qui doit vous décider à lire ce roman, c’est la vie de famille de Max Wolfe. Max est séparé de sa femme et se retrouve à élever sa fille de 5 ans tout seul. Cela nous donne des scènes d’une grande sensibilité, et montre la façon dont Max Wolfe arrive à séparer le domaine professionnel du monde personnel. Et puis, avec tous ces personnages si bien écrits, cela offre plein de possibilités à venir !

Et puis, il y a ce style fantastique. Tout est écrit en précision et concision, tout en étant parfaitement explicite, compréhensible. Il y a une vraie fusion entre l’auteur et son personnage, on ressent en tous cas son plaisir à faire évoluer Max. Pour tout vous dire, quand j’ai fini le livre, j’ai regardé la nationalité de l’auteur, car tout au long du livre, j’ai cru qu’il était Irlandais. Mais non, il est bel et bien Anglais ! Bref, voilà un roman que je vous recommande très chaudement sachant que le premier tome vient de sortir en format poche et que vous allez bientôt en entendre parler sur Black Novel.

En tous cas, ne ratez pas les avis de l’ami Claude et Polar noir et blanc

Oldies : Que la bête meure de Nicholas Blake

Traducteur : Simone Lechevrel

Editeur : Bibliobus

Editeur original : Editions de le Nouvelle Revue Critique

C’est l’ami Claude et son coup de cœur qui a attiré mon attention sur cette réédition et m’a donné l’idée de le lire pour ma rubrique Oldies. Voici donc un classique et un grand moment intemporel du roman policier que les Anglo-Saxons appellent Whodunit.

L’auteur :

Cecil Day-Lewis est le fils du révérend Frank Cecil Day Lewis et de Kathleen Squires. Après la mort de sa mère en 1906, il est élevé à Londres par son père, avec l’aide d’une tante. Il étudie à Sherborne School et à Wadham College, dont il sort diplômé en 1927. À Oxford, il rejoint le cercle formé autour de W. H. Auden et l’aide à éditer Oxford Poetry 1927. Son premier recueil de poèmes, Beechen Vigil, paraît en 1925.

Dans sa jeunesse, Day-Lewis adopte des idées communistes, devenant membre du Parti communiste de 1935 à 1938, et ses premiers poèmes sont marqués par le didactisme et une préoccupation pour les thèmes sociaux. Il s’engage comme partisan dans l’armée républicaine pendant la guerre civile espagnole, mais, après la fin des années trente, il perd peu à peu ses illusions.

En 1928, il épouse Mary King, la fille d’un professeur, et travaille comme maître dans trois écoles. En 1951, il se marie en secondes noces avec l’actrice Jill Balcon.

En 1935, pour compléter les revenus tirés de ses poèmes, Day-Lewis décide d’écrire, sous le pseudonyme de Nicholas Blake, un roman policier, Il manquait une preuve (A Question of Proof), pour lequel il crée le personnage de Nigel Strangeways, un détective amateur, neveu d’un officier de Scotland Yard. Nigel Strangeways est modelé sur W.H.Auden, mais devient une figure moins extravagante et plus sérieuse au fil de son évolution dans les seize romans et trois nouvelles où il apparaît. Ainsi, Strangeways perd sa femme, présente dans les premiers romans, lorsqu’elle meurt « sous les bombardements pendant le blitz […], devient l’amant de Clare Messinger, sculptrice célèbre, qui le soutient au cours de cinq de ses enquêtes » et assiste lui-même à sept reprises l’inspecteur écossais Blount. Le roman de Nicholas Blake le plus célèbre demeure Que la bête meure (The Beast Must Die, 1938), adapté au cinéma, en 1969, par Claude Chabrol, avec Jean Yanne, Michel Duchaussoy, Caroline Cellier et Anouk Ferjac dans les rôles principaux ». Au total, dix-neuf romans appartenant au genre policier seront publiés par Day-Lewis qui parvient grâce à eux à vivre de sa plume dès le milieu des années 1930.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il travaille comme rédacteur de publication au ministère de l’Information, une institution moquée par George Orwell dans son uchronie 1984 (également basée sur l’expérience d’Orwell à la BBC). Dans son travail, il s’éloigne de l’influence d’Auden et développe un style lyrique plus traditionnel. Plusieurs critiques affirment qu’il a atteint sa pleine stature de poète avec Word Over All (1943), quand il achève de prendre ses distances avec Auden.

Après la guerre, il rejoint l’éditeur Chatto & Windus comme rédacteur en chef. En 1946, il est lecteur à l’université de Cambridge, publiant ses lectures dans The Poetic Image (1947). En 1951, il se marie avec l’actrice Jill Balcon, fille du producteur de cinéma Michael Balcon. Plus tard, il enseigne la poésie à l’université d’Oxford, où il est professeur de poésie de 1951 à 1956.

De ses deux mariages, Day-Lewis a eu cinq enfants, en particulier l’acteur Daniel Day-Lewis et le journaliste Tamasin Day-Lewis, ainsi que l’écrivain et critique télé Sean Day-Lewis, qui a écrit une biographie sur son père, C. Day Lewis : Une vie littéraire anglaise (1980).

Il est nommé poète lauréat en 1968, succédant à John Masefield. Day-Lewis est également président du Conseil des Arts, dans la catégorie littérature, vice-président de la Société royale de littérature, membre honoraire de l’Académie américaine des arts et des lettres, membre de l’Académie irlandaise des Lettres et professeur de rhétorique à Gresham College, à Londres.

Day-Lewis meurt le 22 mai 1972, dans le Hertfordshire, dans la maison de Kingsley Amis et d’Elizabeth Jane Howard, où il demeurait avec son épouse. C’était un grand admirateur de Thomas Hardy, et il s’est arrangé pour être inhumé aussi près que possible de la tombe de l’écrivain, au cimetière de l’église St. Michael’s, à Stinsford.

(Source Wikipedia)

Le sujet :

Un chauffard tue un jeune garçon avant de prendre la fuite. Désespéré, le père entreprend la traque du meurtrier. A force d’obstination, et aidé par le destin, il est mis sur la piste de Paul, un être odieux, vulgaire, haï de tous, véritable tyran domestique envers sa femme et son fils. Il parvient à entrer dans l’intimité de cette famille, bien décidé à se venger et tuer l’assassin de son fils. Il profite pour cela d’une sortie en bateau, mais tout ne se déroule pas comme prévu… Paru en 1938, ce roman à énigme ambitieux, sombre et intense, a été adapté au cinéma par Claude Chabrol en 1969 avec Michel Duchaussoy dans le rôle du père et un Jean Yanne parfait en individu abject.

Mon avis :

Vous qui considérez Agatha Christie comme un génie du roman policier, sachez que je situe ce roman au même niveau que les meilleurs œuvres de la Grande Dame. Tout y est minutieusement placé, décrit, et c’est une étude psychologique impressionnante qui n’a pas pris une ride. L’écriture est d’une grande modernité et très littéraire. Bref, c’est un classique de la littérature policière et un passage obligé pour tout amateur du genre.

En effet, le roman peut se découper en trois parties. La première est un recueil des mémoires de Frank Cairnes, qui écrit des romans policiers sous le nom de Felix Lane. Comme l’enquête sur le meurtre de son fils et le délit de fuite du chauffard n’avance pas, il couche ses impressions sur le papier pour lui-même, pour se soulager. Et il se met petit à petit à mener l’enquête en parallèle de la police.

La deuxième partie concerne le meurtre (mais je ne vous dis pas qui, quoique vous le sachiez si vous avez vu le film de Claude Chabrol). Enfin, dans la troisième partie, se déroule l’enquête, où Nigel Strangeways, le personnage récurrent de Nicholas Blake va enquêter avec l’inspecteur Blount.

A partir de là, avec toutes les cartes en main, l’auteur va jouer une partie de cartes avec le lecteur, lui donnant des atouts pour apprécier la psychologie de tous les personnages, et pour dérouler le mystère avec lui. Ainsi, après deux ou trois scènes d’interrogatoires, nous verrons Blount et Strangeways faire des hypothèses et des déductions qui se révèlent être les mêmes que celles du lecteur.

C’est cette logique alliée au fait que l’on est vraiment acteur qui fait que ce livre est tout simplement fantastique. Quant à la résolution de l’énigme, inutile de vous dire que vu les nombreuses pistes que vous aurez suivi, vous y aurez surement pensé mais sans avoir la justification de l’acte. Et même si vous avez vu le film, vous serez encore surpris par le roman ! C’est une excellente idée d’avoir remis au gout du jour ce grand moment de littérature policière. N’hésitez plus !

 

Hiver rouge de Dan Smith (Cherche Midi)

Après Le village, son premier roman publié en France l’année dernière, et qui a fait sensation, voici donc le deuxième roman de cet auteur britannique. J’ai hésité avant de lire ce roman, car le sujet me semblait identique au Village. Je ne peux que conseiller ce roman qui fouille d’autres thèmes, malgré un contexte semblable. Car cet auteur a un talent fou pour écrire des romans d’aventures se passant dans de grands espaces.

Un homme se dirige vers un petit village, au milieu d’un paysage désolé. Nous sommes en 1920, la révolution rouge bat son plein, et la chasse aux sorcières décime le pays. Cet homme seul tire un cheval, Kashtan, sur lequel est allongé le corps d’un homme. Cet homme se nomme Nikolaï Levitski. Il a juré de ramener son frère Alek dans leur village ; finalement, c’est là qu’il l’enterrera. Quand il arrive, le village est vide, silencieux, mort. Il retrouve sa maison, mais il n’y a personne. Quand il entre, il voit les manteaux de sa femme Marianna et de ses deux fils.

La route a été longue, il décide de prendre un peu de repos avant d’enterrer son frère le lendemain. Le fait que sa femme et ses enfants Micha et Pavel soient partis sans leur manteaux, l’intrigue, surtout que l’hiver approche à grands pas. Au milieu de la nuit, un bruit le réveille. Quelqu’un est dans la maison. Une vieille femme est là, elle le confond avec Alek. Elle se nomme Galina et était l’amie de la mère de Nikolaï. Dans son délire, elle lui explique qu’une armée a tué les hommes dans la forêt et emmené les femmes et les enfants. A la tête de cette troupe, un homme se fait appeler Kochtcheï l’Immortel, du nom d’un personnage de contes pour enfants. Fatiguée de vivre sans son mari, elle lui demande de retrouver les prisonniers et décide de se noyer dans le lac.

Le lendemain, il va enterrer son frère. Dans l’église, deux femmes le mettent en joue. Elles ne sont pas du village, elles croient qu’il a tué Alek. Tania et Ludmila sont à la poursuite d’un assassin et Nikolaï leur raconte l’histoire de la vieille dame. Pour prouver ses dires, il les emmène sur le lieu du drame où Kochtcheï a massacré les hommes du village, en pleine forêt. Ils ont une étoile à 5 branches gravée sur le front. Ils se rendent compte qu’ils vont poursuivre le même homme. La poursuite commence, motivée pour l’un par la recherche de sa famille et pour les autres par la vengeance.

Inévitablement, on ne peut s’empêcher de comparer Le Village à cet Hiver Rouge. Le contexte étant le même, l’époque étant semblable, le sujet étant similaire, forcément, on peut se demander pourquoi lire un roman qui pourrait sembler une resucée du précédent. Et pourtant, malgré toutes ces ressemblances, le traitement est bien différent, et je m’explique : Nous avons bien à faire avec un homme qui poursuit quelqu’un car il a kidnappé sa famille. Mais autant dans Le Village, le personnage principal fait la route avec ses fils qu’il découvre à travers son aventure, autant on peut assimiler cette aventure à un duel entre le tueur et lui, autant ici, nous avons un homme au passé sombre, trouble, qui court après le seul espoir qui lui reste. Autant, comme je l’ai dit, nous avions un duel, autant ici, il s’agit d’un homme qui poursuit un monstre et qui est poursuivi par des hommes ou autre chose.

Il y a bien un coté angoissant dans ce livre ; il y a bien des personnages troubles, qui oscillent entre la lumière et le coté obscur, qui flirtent entre le bien et le mal. Il y a bien cette dualité présente sur ce conflit, cette chasse aux sorcières qui est sensée libérer le peuple de son joug, et qui en réalité le punit. Il y a bien un homme qui a perdu tout espoir et qui cherche à se raccrocher à une étoile, revoir sa famille.

De ce roman, je dirai qu’il est encore plus maitrisé que le précédent. Alors qu’on aurait pu reprocher quelques scènes un peu longuettes dans le précédent, la maitrise de la narration est remarquable. Il nous peint une campagne russe perdue, avec juste ce qu’il faut de détails. Les personnages rencontrés sont d’une justesse incroyable. Les dialogues sont sensationnels, et les scènes d’action époustouflantes. Surtout, tout au long de cette traque, il y a ce mystère omniprésent, cette tension qui alterne entre réalité sanglante et peur du surnaturel qui tient le lecteur en haleine. Et puis, même si ce n’est pas un chef d’œuvre, on referme ce livre avec un réel plaisir d’avoir parcouru des centaines de kilomètres dans une campagne russe avec cette amère conclusion que, quelque soit la révolution, c’est toujours le peuple qui paie les pots cassés.

A noter que son précédent roman Le village vient de sortir en format poche aux éditions 10/18.