Archives pour la catégorie Littérature anglaise

Haine pour haine d’Eva Dolan

Editeur : Liana Levi

Traductrice : Lise Garond

Après Les chemins de la haine, son précédent roman, où nous avions fait connaissance avec Dushan Zigic et Mel Ferreira, voici donc leur deuxième enquête sous haute tension. C’est un roman policier, un roman noir, un roman social, une sacrée vision de la société actuelle.

Jelena et Sofia Krasic sont deux sœurs immigrées qui habitent à Peterborough. A 5 heures du matin, on ne rencontre pas d’Anglais, a attendre à l’arrêt du bus. C’est ce que les deux sœurs font en compagnie d’un homme qui les salue en bougonnant. Tout d’un coup, une Volvo blanche débouche de l’angle à toute vitesse et leur fonce dessus. L’homme pousse Sofia pour la sauver mais la voiture écrase Jelena qui meurt sur le coup. L’homme décédera un peu plus tard tandis que Sofia sera transportée à l’hôpital. La voiture est abandonnée un peu plus loin et le chauffard s’enfuit par les petites rues.

Zigic et Ferreira sont dépêchés sur cette affaire, pas seulement parce que les victimes sont immigrées mais parce qu’ils connaissent bien le quartier. C’est en tous cas ce que veut fait croire le commissaire Riggott, leur chef, auprès de la presse locale. En effet, leur section, le département des crimes de haine est plutôt destiné à résoudre des affaires criminelles ayant un lien avec le racisme. Cela n’arrange pas Zigic et Ferreira qui doivent résoudre des meurtres de sang froid qui ont eu lieu récemment : deux corps ont été retrouvés à quelques jours d’intervalle, tabassés, la tête massacrée par des bottes aux bouts métalliques. Avec les élections qui approchent, la situation est explosive.

Richard Shotton est à la tête du parti English Patriot Party, un parti d’extrême droite qui est lié à l’English Nationalist League, un groupuscule extrémiste ultra-violent. Pour se donner une légitimité devant les électeurs, Shotton a décidé de prendre du recul par rapport à l’ENL, et cherche à savoir si des gens de son parti seraient impliqués dans les crimes récents qui ont ensanglanté Peterborough.

Quelle idée géniale d’avoir inventé ce département des crimes de haine, tant cela permet d’aborder des sujets de fond, touchant à la société actuelle ! Quelle idée géniale d’avoir inventé les personnages de Zigic, d’origine serbe et Ferreira d’origine portugaise pour résoudre ces enquêtes ! Quelle idée géniale de mêler les genres, entre roman policier et roman noir, pour aborder des sujets difficiles et que beaucoup de gens veulent taire, et en particulier les média qui ne s’arrêtent qu’à des images sanglantes pour assouvir les besoins du peuple avide de sensation !

Ce roman, qui fait un peu plus de 420 pages, est en réalité un sacré pavé tant l’écriture est dense. Découpé en cinq parties comme autant de jours pendant lesquels va se dérouler cette enquête, les scènes vont s’additionner avec une logique qui peut déconcerter tant elle semble suivre un fil qui semble être tiré par la réalité du terrain. Nous ne sommes pas en face d’enquêteurs à la recherche d’indices, mais bien en face de policiers de terrain qui vont subir les aléas et les violences du terrain de tous les jours. C’est dire si l’immersion est grande et géniale, pour peu que l’on accepte de violer les codes du polar.

Le style d’Eva Dolan est moins direct dans ce roman, mais tout aussi efficace. Ce n’est pas le genre de roman où on saute une phrase, car chaque mot a son importance. Et le rythme est tel que l’on n’a pas non plus le temps de se poser de questions : on est dans la fange, dans la boue des caniveaux, en plein centre ville, et les animaux se tuent uniquement pour des raisons raciales. « L’enfer, c’est les autres. »

Mais là où Eva Dolan va encore plus loin, c’est avec ce personnage de Shotton, leader d’un parti d’extrême droite, qui veut redorer le blason de son parti, lui donner une légitimité, quitte à masquer ses messages de haine. Et c’est un message qu’Eva Dolan nous assène en pleine figure : Méfiez-vous des beaux parleurs et de leurs belles phrases, elles ne cachent rien d’autre que la Haine, celle de ceux qui ne sont pas comme nous. Ce roman est un plaidoyer contre le racisme et contre les politiques qui le prônent. C’est aussi une mise en garde dure et brutale et en cela, ce roman est important.

Ne ratez pas les avis de l’ami Claude et de 404

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Dix petites poupées de BA.Paris

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Vincent Guilluy

Après Derrière les portes et Défaillances, voici le dernier roman en date de BA.Paris, cette jeune auteure qui a débarqué il y a deux ans avec des intrigues fouillant l’intimité des couples. Une nouvelle fois, c’est un roman psychologique réussi.

Finn et Layla s’aiment comme rarement un couple le vit. De retour de vacances à Megève, ils s’arrêtent sur un parking de l’autoroute A1 pour une pause. Finn prend une pause alors que Layla va aux toilettes. Mais Layla se fait attendre. Finn déplace la voiture vers les toilettes, puis, à force d’attendre, va se renseigner en l’appelant. Personne ne répond. Quand il entre, il n’y a personne. Il la cherche puis va à la prochaine station service pour appeler la police. Layla a disparu. Voilà comment cela s’est passé. Voilà du moins ce que Finn a raconté à la police.

Il s’est passé tant de choses en 12 ans. Layla n’est jamais reparue, son corps n’a jamais été retrouvé. Harry, l’ami de Finn, a tout fait pour l’aider, le soutenir. Depuis, ils travaillent dans une entreprise d’investissements. Finn a surmonté sa peine et a rencontré la sœur de Layla, Ellen. Ils vivent ensemble maintenant, dans une maison à coté de Londres. Tout va bien pour lui, jusqu’à ce qu’une poupée russe apparaisse sur le mur de l’entrée, entourant la maison.

Ces poupées ont une histoire : quand Layla et Ellen étaient jeunes, elles avaient chacun leur lot de poupées russes. Mais Ellen a perdu la plus petite d’entre elles et a accusé sa sœur de l’avoir volé. Quelques jours plus tard, une deuxième poupée apparaît, sur le pare brise de la voiture … puis une troisième … puis une quatrième. Cela devient vite obsédant, entêtant, inquiétant … à devenir fou pour Finn.

C’est déjà le troisième roman de BA.Paris, et le contexte reste toujours le même : Nous allons suivre un couple et ses difficultés, jusqu’à aboutir à une conclusion que l’on ne voit venir que les dernières dizaines de pages. C’est donc à nouveau un roman psychologique, pendant lequel nous allons suivre Finn et ses mensonges, Finn et ses atermoiements, Finn et ses sentiments, Finn et ses hésitations, Finn et ses décisions, du moins dans la première partie.

Le roman est donc construit en trois parties, et je ne vous parlerai que de la première, pour ne pas déflorer l’intrigue. Car la construction est redoutablement vicieuse, pour nous mener en bateau … même si dans la troisième, les pièces du puzzle se mettent en place et qu’on arrive à deviner le pourquoi de l’intrigue à une cinquantaine de pages de la fin. Et cela nous fait passer un sacré moment de stress.

C’est bien dans la façon de construire son histoire que réside l’intérêt de ce roman. Dès le premier chapitre, Finn nous dit ce qu’il a raconté à la police suite à la disparition de Layla et il termine en avouant qu’il a menti. Les chapitres sont entrecoupés de passages en italique, dont on va comprendre qu’il s’agit d’une lettre que Finn a écrit à Layla, juste après sa disparition. BA. Paris nous prend par le bout du nez et on n’a pas le temps de respirer ni de se poser de questions.

Dans la deuxième partie, il va y avoir un gros retournement de situation, qui fait que nous sommes bousculés dans nos certitudes. Toutes les hypothèses échafaudées auparavant tombent à l’eau. C’est tellement bien fait qu’on se laisse malmener au rythme cardiaque de Finn qui n’y comprend plus rien. Et là où c’est fort, c’est qu’on ne commence à se poser des questions que quand Finn se remet en cause.

C’est donc une nouvelle réussite de cette auteure décidément surprenante. Son style est toujours aussi simple, aussi fluide, un peu moins basique que dans ses deux précédents romans. Et je vous garantis que ce roman procure des émotions simples telles que le stress, l’étonnement, le questionnement et on en tire du plaisir, celui de lire une bonne histoire qui fait passer un bon moment.

La mort selon Turner de Tim Willocks

Editeur : Sonatine

Traducteur : Benjamin Legrand

Tim Willocks délaisse son cycle qui se déroule au Moyen Age (Ne ratez pas La Religion !) pour nous offrir un polar pur et dur, dont l’action se situe en Afrique du Sud. Et comme on pouvait s’y attendre, ce roman est d’une violence inouïe et d’une originalité dans sa façon de mener l’intrigue.

Ils sont six, six jeunes gars qui sont venus s’amuser au Cap, en Afrique du Sud. Ils sont venus passer leur soirée à boire, jusqu’à en oublier leur nom. Jason, Mark, Chris, Hennie, Simon et Dirk sortent du bar, pleins comme des barriques de l’alcool local. En sortant, Dirk tient à prendre le volant. Il tourne la clé de la voiture et cale. Il réessaie et ne s’aperçoit pas que la marche arrière est enclenchée. Le gros 4×4 entre dans un container de poubelles. Mais entre la voiture et le container, il y avait une pauvre fille, noire, affamée, qui voulait récupérer le Hamburger qu’ils avaient jeté. Quasiment coupée en deux, elle va agoniser sous le regard rigolard des jeunes.

Turner est un flic noir de la brigade criminelle. Il déteste la police car il a vu sa sœur tuée par des policiers mais il croit fermement en la justice. Et quand on lui donne un os à manger, il ne lâche rien. Écœuré par ce crime, il va se lancer dans cette course poursuite, et le téléphone portable qu’il retrouve près du corps va l’aider à identifier les coupables. C’est utile, les selfies ! Sur une des photos, il découvre le visage de Dirk Le Roux, le fils de Margot Le Roux, l’impitoyable reine du manganèse. Tout le monde la respecte pour avoir sauvé cette région de la misère et sa fortune est gigantesque. Mais rien ne peut arrêter la marche de la justice, la croisade que Turner va entamer, envers et contre tous.

Il ne faut pas s’attendre à un roman de gamins avec Tim Willocks. Cet auteur écrit avec une machette entre les dents, il coupe, tranche, dans de grands gestes … et peu importent les tâches de sang qui pourraient maculer les pages de ce livre. Si le début du roman sert à présenter les forces en présence, la suite va inexorablement faire monter la tension, vers un duel en forme d’apocalypse. C’est typiquement le genre de roman où on a les mains qui se crispent, s’accrochent aux pages, qui s’agrippent à en faire mal.

Il ne faut pas croire que Turner va occuper le centre du livre à lui tout seul. Tim Willocks construit son roman en nous balançant d’une scène à l’autre, sans relation apparente si ce n’est celle de construire une intrigue que l’on pourrait comparer à des montagnes russes. L’auteur veut nous secouer et il va nous secouer très fort. Et Tim Willocks ne se refuse rien, se moque des règles, des codes pour nous offrir une fresque sanglante où la valeur des vies humaines frise le zéro absolu.

Ce roman ultra violent, ultra prenant, ultra stressant n’est pas dénué de message, et nous fait entrer dans cette croisade de fou, à travers le personnage de Turner. Nul n’est au dessus des lois pour lui, même si la pauvre jeune fille était atteinte du sida et devait mourir trois mois plus tard. Il y a eu faute, il y a eu meurtre et le coupable doit payer. C’est une lutte de l’argent contre la justice, du pouvoir contre la loi. Et ce roman est déroulé comme un western, un duel à distance avant de se terminer par une scène finale explosive, dure, énorme de démesure, gigantesque comme une bataille perdue d’avance où on jette ses dernières forces. Attention aux âmes sensibles ! Ce roman va vous remuer, vous dégoutter mais la morale humaniste est une notion tangible, réelle et crue pour Turner. Impressionnant !

Ne ratez pas l’avis de Mr.K

Dégradation de Benjamin Myers

Editeur : Seuil

Traductrice : Isabelle Maillet

Les éditions Seuil, dans leur collection Cadre Noir, nous proposent un nouvel auteur, dont c’est le premier polar mais pas le premier roman. Si le sujet est connu, l’ensemble s’avère noir, glauque et rappelle les meilleures pages du Noir.

Ray Muncy est un homme qui a de l’argent, beaucoup par rapport aux autres gens de cette petite ville du Nord de l’Angleterre. Avec sa femme June, il est heureux de recevoir sa fille Mélanie, qui est parmi eux pour les fêtes de Noël. Mais Mélanie n’en peut plus de cette ville, de ses parents, des sourires faux, de l’hypocrisie ambiante. La seule excuse qu’elle trouve est d’aller promener le chien Mungo. Elle se couvre bien et sort dans ce paysage envahi de neige. Elle décide de monter sur la colline pour aller fumer un pétard. Le soir venu, Mélanie n’est toujours pas rentrée.

Steven Rutter est un solitaire qui habite une maison délabrée à la sortie de la ville. Il est parti chasser et se réjouit de cette occupation, son fusil à la main. Quand il aperçoit au loin une jeune fille, il s’approche. Le chien l’a senti, l’attaque, alors il le frappe et le tue. La jeune fille s’apprête à crier, il se jette dessus, la gifle, la tape, la frappe. Quand il s’aperçoit qu’il a du sang sur les mains, c’est trop tard.

James Brindle est un inspecteur de la « Chambre froide », service de la police dédié aux cas les plus difficiles. Il sort d’une enquête qui s’est terminée en fiasco et a du mal à faire face. Son travail, ce sont les enquêtes atroces. Son chef débarque avec un nom, un lieu, une disparition : Mélanie Muncy, Acre Dale. Brindle ne va pas être seul pour découvrir l’horreur de cette affaire, Roddy Mace, journaliste opiniâtre, débarque aussi en ville.

Il faudra quelques dizaines de pages pour vous habituer au style de l’auteur, fait de phrases sèches, avec des dialogues non marqués de tirets et sans virgules. De même, les personnages ne sont pas mis en place dès le début du roman, mais complétés au fur et à mesure que l’intrigue progresse. Toutes ces remarques préliminaires sont données pour que vous ne soyez pas déçus. Car il est marqué sur le bandeau : « Âmes sensibles, vous auriez tort de vous abstenir … ». Effectivement c’est le cas.

Car une fois que l’on a pénétré le paysage de l’auteur, sa façon de le peindre, on se retrouve avec un roman noir sans aucune lumière ni espoir. Certes, l’histoire a déjà été lue et relue, et c’est peut-être pour cela que j’ai eu du mal à démarrer cette lecture. Mais je dois reconnaître que l’univers de l’auteur est d’une noirceur sans commune mesure, nous décrivant une société de l’Angleterre du Nord faite de petits arrangements et d’utilisation des êtres humains pour servir les plus bas instincts.

On a effectivement déjà lu ce genre d’histoire, mais l’évocation des plaines vides et du temps désolants plonge le lecteur dans une sorte de torpeur fascinante, malgré quelques scènes particulièrement dures (et vous savez que je n’aime pas ça). Et puis, il y a le coupable désigné, dont on va suivre la vie par des chapitres insérés, qui donnent envie de l’excuser, ou du moins de le comprendre. Car on se rend compte que si c’est un être ignoble qui se laisse littéralement pourrir, les habitants de cette ville s’avèrent encore pires que lui.

Je ne suis pas sur que l’auteur ait voulu insérer un message dans ce roman, ou du moins il est soit évident soit confus. S’il a voulu montrer la « Dégradation » de la société et de ses valeurs morales, il aurait du être un peu plus explicite. Ce roman est donc pour moi une très belle découverte qui aurait pu devenir un coup de cœur pour sa force d’évocation, et que je ne peux que vous conseiller. D’autant que la fin est géniale ! Un nouvel auteur du Noir débarque !

Ne ratez pas les avis de Wollanup, Polarmaniaque et Jean-Marc

Les fantômes de Manhattan de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Claude et Jean Demanuelli

Sachez que je suis un fan de la plume de Roger Jon Ellory, depuis son premier roman paru en France, Seul le silence. Dès qu’un de ses romans sort, je suis assuré de me balader avec un personnage hors norme, avec une histoire racontée par un maître quand il s’agit de nous faire voyager.

Annie O’Neill a perdu son père à l’âge de 7 ans, et a vécu avec sa mère. A la mort de celle-ci, elle a décidé d’investir dans une petite librairie en plein cœur de Manhattan, ce qui lui permet tout juste de vivre. Âgée de 30 ans, son activité professionnelle ne lui laisse que peu de temps et sa vie personnelle et amoureuse s’en ressent. Alors, elle passe ses soirées libres avec son voisin, Sullivan, cinquantenaire débonnaire, philosophe et alcoolique.

Un lundi soir, un étrange vieillard débarque dans sa boutique. Il lui indique avoir connu son père, et détenir certaines de ses lettres. Il lui propose de créer aussi un club de lecture, ou plutôt une sorte de contrat où elle s’engage à lire un manuscrit narrant l’histoire d’un certain Haim Kruszwika, tzigane dans les années 30 en Europe, qui va être déporté à Dachau, avant d’être rescapé à la libération.

Quelques jours plus tard, un jeune homme se présente à la boutique. Sans avoir un but, il flâne dans les rayonnages et se présente : David Quinn. Il est à la recherche d’un ou plusieurs livres pour ses voyages. Annie le sentant réservé, elle lui propose trois livres. Elle ne peut pas se douter à ce moment-là, qu’ils vont se revoir très bientôt.

Cela peut sembler étrange d’éditer aujourd’hui le deuxième roman de RJ.Ellory, surtout en grand format. J’aurais plutôt imaginé qu’il serait sorti sur Sonatine +, leur collection où sortent des romans plus anciens. Ceci dit, ce roman détonne par rapport à ses autres productions par son aspect psychologique d’une part et par son personnage féminin d’autre part.

Le roman tient sur les épaules d’Annie 0’Neill, qui arrive à un tournant de sa vie, à l’approche de la trentaine. Clairement, elle est à la croisée des chemins, se demandant ce qu’elle va faire de sa vie, comment elle va envisager, elle qui n’a pas de passé. D’ailleurs, les trois hommes qui l’entourent dans ce roman représentent chacun une génération, de David le jeune, Sullivan le cinquantenaire et Forrester le plus âgé. Elle se retrouve face à un choix difficile à prendre, essayant de gérer les trois relations en parallèle.

Ce roman pose effectivement la question du poids du passé, et l’influence qu’il peut avoir dans nos choix de vie. Mais c’est aussi un roman mystérieux où tout au long du roman, on se pose la question de la chute finale. La question que l’on se pose est alors de savoir qui est le gentil de l’histoire et qui est le méchant. Et comme Roger Jon Ellory nous distille les informations au compte goutte, on est contraint d’accepter de jouer les règles du jeu fixées par l’auteur : le roman avancera à son rythme.

Alors, le rythme se révèle lent, décrivant les états d’âme d’Annie, et cela pourrait paraître long à lire. C’est sans compter le fabuleux talent de conteur de Roger Jon Ellory, qui arrive à nous passionner avec, finalement, peu de rebondissements. On se laisse bercer par ce faux rythme, fasciné par l’acuité de la description de la vie de cette jeune femme, jusqu’à un dénouement que l’on peut avoir senti venir, mais qui est empli d’émotions fortes. Je l’ai déjà dit, Ellory est fascinant et ce roman le démontre une nouvelle fois.

Oldies : Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Jean-Paul Gratias

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je savais que j’allais lire un roman de Robin Cook, puisque c’est l’un de mes auteurs favoris. L’auteur de J’étais Dora Suarez a toujours décrit remarquablement bien le Mal, et ses origines. Pour l’occasion, j’ai lu le dernier roman qu’il ait écrit.

L’auteur :

Robert William Arthur Cook dit Robin Cook, né le 12 juin 1931 à Londres et mort dans la même ville le 30 juillet 1994 est un écrivain britannique, auteur de roman noir.

Fils de bonne famille (un magnat du textile), Robin Cook passe sa petite enfance à Londres, puis dans le Kent où la famille s’est retirée en 1937 dans la crainte de la guerre. Après un bref passage au Collège d’Eton, il fait son service militaire, puis travaille quelque temps dans l’entreprise familiale, comme vendeur de lingerie.

Il passe les années 1950 successivement :

à Paris au Beat Hotel (où il côtoie William Burroughs et Allen Ginsberg) et danse dans les boîtes de la Rive gauche,

à New York, où il se marie et monte un trafic de tableaux vers Amsterdam,

en Espagne, où il séjourne en prison pour ses propos sur le général Francisco Franco dans un bar.

En 1960, il rentre à Londres, où il accepte d’être un prête-nom pour Charlie Da Silva, un proche collaborateur des jumeaux Kray. Interrogé par la police néerlandaise à propos d’une escroquerie d’assurances liée au vol supposé d’une toile de Rembrandt, il prétend avoir définitivement renoncé à son passé de criminel en faveur d’une nouvelle vie d’écrivain.

Signé Robin Cook, son premier roman, intitulé Crème anglaise (The Crust on its Uppers, 1962), le récit sans concessions d’une descente aux enfers délibérée d’un homme dans le milieu des truands londoniens, obtient à sa publication un succès de scandale immédiat.

Suivront des romans de plus en plus noirs et d’un réalisme sordide quasi documentaire, notamment Comment vivent les morts (How The Dead Live, 1986) ; Cauchemar dans la rue (Nightmare In The Street, 1988) ; J’étais Dora Suarez (I Was Dora Suarez, 1990) et Quand se lève le brouillard rouge (Not Till the Red Fog Rises, 1994)

Après avoir bourlingué de par le monde et avoir exercé toutes sortes de petits boulots, il est décédé à son domicile à Kensal Green, dans le nord-ouest de Londres, le 30 juillet 1994.

Son autobiographie, The Hidden Files, publiée en 1992, est parue en français sous le titre Mémoire vive (1993).

(Source : Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

A sa sortie de prison, Gust, gangster professionnel, dérobe avec quelques complices deux mille passeports britanniques dont le prix au marché noir avoisine les mille livres l’unité. Un joli pactole que des truands londoniens veulent négocier avec des électrons libres de l’ex-KGB qui, eux, veulent écouler des têtes nucléaires en provenance des arsenaux de l’Armée rouge. Mais les services du contre-espionnage britannique sont sur l’affaire…

Mi-roman criminel, mi-roman d’espionnage, l’ultime œuvre de l’immense Robin Cook, est un mélange d’humour, de distance, de noirceur et d’humanité bouleversante. A découvrir absolument.

Quand se lève le brouillard rouge est le dernier roman écrit par Robin Cook (1931-1994) et peut-être son chef-d’œuvre. La sécheresse du ton accentue encore le pouvoir d’émotion de cette magnifique épure, à la fois distante et intimiste, comme traversée d’un prémonitoire sentiment d’urgence absolue et s’achevant dans un silence de mort… (Jean-Pierre Deloux, Polar)

Mon avis :

Le roman débute par Sladden, qui rend visite à un homme dans une chambre d’hôtel. Quand il sort un revolver, on sent bien que cela va mal se passer. Homosexuel et obsédé sexuel, il sait qu’il doit rapidement faire son boulot avant d’être l’esclave de ses pulsions contre lesquelles il aurait du mal à résister. Il demande au gars, russe d’origine mais titulaire d’un faux passeport anglais de s’allonger sur le lit. Il s’allonge derrière lui et lui tire une balle dans la tête. Puis il arrange la scène de crime en faux suicide.

Si on débarque en plein milieu de cette intrigue, Robin Cook va petit à petit nous donner les pièces du puzzle pour comprendre de quoi il en retourne. Un lot de passeports vierges a été volé par des truands, dont faisait partie Gust, qui vient de sortir de prison. Ce lot est convoité par la mafia mais aussi par des Russes menés par Gatov. Gust, qui est en probation, va se retrouver au centre d’un imbroglio et va se défendre comme il sait le faire : par la violence.

Ce roman est une vraie collection de tiroirs. Si Gust et son itinéraire sanglant sert de trame principale, nous allons voir apparaître la police, la mafia, la police et les services secrets. Robin Cook nous dépeint un monde dur, violent, sans pitié où tous les décors sont des ruelles sombres ou des bars douteux. Et chacun ne connait qu’un seul langage, celui de la mort. Si on a l’impression qu’on laisse peu de chances aux repris de justice, il en ressort aussi que les méchants ne sont pas ceux que l’on croit et qu’il y a toujours quelqu’un de plus horrible situé plus haut dans la pyramide du crime.

Si le roman est prenant à lire, c’est grâce à ses nombreux dialogues emplis de réparties humoristiques et cinglantes. Il en ressort une tension poisseuse et palpable. Et c’est bien le personnage de Gust, que l’on devrait haïr tant il est violent qui parvient à nous émouvoir. Sa descente aux enfers et la poisse qu’il porte à ses proches arrivent à nous faire éprouver de la sympathie pour lui alors qu’il flingue ceux qui lui parlent mal.

Avec le recul, ce dernier roman de Robin Cook nous montre ce qu’il pensait de la société Anglo-Saxonne. Tout le monde y est pourri, qu’il soit du bon ou du mauvais coté de la loi. Et on y trouve aussi que réflexions philosophiques sur la vie et la mort qui ont forcément des résonances particulières dans l’esprit du lecteur et du fan de Robin Cook que je suis : Après la mort, il n’y a rien, il n’y a plus rien.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Vincent chez Foumette ainsi que cette interview sur Youtube03

L’homme craie de CJ. Tudor

Editeur : Pygmalion

Traducteur : Thibaud Eliroff

Attention, coup de cœur !

La couverture me tentait peu, la quatrième de couverture non plus. Il aura fallu les avis de mon amie Suzie, de ma femme et du boss d’Unwalkers pour me décider à le lire. A peine ouvert, je n’ai pas pu le lâcher. C’est un premier roman incroyable.

2016, Eddie Munster est devenu professeur d’Anglais. Il n’a jamais quitté sa petite ville natale, comme tous ceux de sa bande de potes, sauf un. Un événement dramatique a eu lieu dans cette ville : Une jeune fille a été retrouvée découpée dans les bois. On n’a jamais retrouvé sa tête. Eddie va faire un effort de mémoire. Pour lui, le drame n’a pas eu lieu avec le meurtre, mais avant, lors de la fête foraine, quand il avait 12 ans.

1986, Ils étaient cinq, avaient tous douze ans, ils étaient inséparables. Dans la bande d’Eddie, il y avait Gros Gav, surnommé comme ça pour son embonpoint, Mickey Métal et son appareil dentaire, Hoppo le solitaire et taciturne et Nicky la fille du pasteur. Il y a eu une fête foraine, en ce jour de printemps. La présence d’un albinos habillé en blanc étonne tout le monde. Un accident a lieu dans le manège de montagnes russes, un wagon se détache et une jeune fille a la jambe coupée. L’albinos demande de l’aide à Eddie pour faire un garrot et sauver la jeune fille. Il se présente alors à Eddie : il s’agit du professeur M.Halloran. Eddie quant à lui trouvera un surnom pour la jeune fille : la Fille du Manège.

2016, Pour payer les intérêts de l’emprunt de la maison familiale, Eddie loue une chambre de sa maison à Chloé, une jeune femme de 20 ans. Ce matin-là, il reçoit une lettre … En allant au travail, il passe par le pub et retrouve Gros Gav dans son fauteuil roulant et Hoppo. Gav l’accueille avec un coup de poing. Il accuse Eddie de ne rien avoir dit. Eddie plaide coupable : cela fait 2 semaines qu’il sait que Mickey Métal va revenir en ville.

Jamais, je dis bien, jamais je n’aurais laissé passer autant de temps entre la fin de ma lecture et la rédaction de mon avis. Pourquoi ? Je pense que c’est parce que je ne savais pas comment rendre hommage à ce livre, et surtout exprimer ce que j’ai ressenti en tournant chaque page. Ni roman noir, ni thriller, ce roman est une histoire contée d’une façon exceptionnelle.

Car CJ.Tudor nous convie à un voyage géographique et temporel, géographique car situé en Grande Bretagne, temporel car nous allons retourner dans les années 80 mais aussi retourner en adolescence. On y trouve les bandes de copains, les sujets de discussion que l’on a avant d’entrer dans l’adolescence, les questions que l’on se pose, les réponses que l’on n’a pas, et la démonstration que la vie, que l’on croyait formidable grâce à la protection des parents, peut s’avérer cruelle voire mortelle.

Tous ces thèmes sont bien connus dans la littérature et ont déjà été maintes et maintes fois traités. Mais il y a dans ce roman une honnêteté, une volonté de ne pas se cacher, de jouer cartes sur table, d’être factuel en disant tout tel qu’on l’a vécu et ressenti. Tout tient dans cette fluidité du style, dans cette évidence de dire des choses simples sans jamais tomber dans la facilité. Il y a du Stephen King dans cette évocation de l’adolescence, du Thomas H.Cook dans cette construction parfaite, du Megan Abbott dans la psychologie de ces jeunes gens, ou même du Jax Miller dans cette peinture d’une ville. Mais il y a surtout du CJ.Tudor qui a su puiser de l’inspiration dans le style de ses prédécesseurs pour se créer son propre espace à elle et nous le faire partager.

J’ai été ébloui, époustouflé, ébahi devant tant d’évidence, je me suis retrouvé impatient de retourner là-bas, de retrouver Eddie et sa bande, de partager leurs jeux, leurs voyages à vélo dans les bois, de décoder leurs messages à base de bonhommes dessinés avec de la craie. Et puis, après les chapitres liés à la nostalgie, je me suis incarné dans Eddie, la quarantaine, solitaire, cherchant à faire œuvre de mémoire envers les drames qui ont émaillé leur adolescence.

Habituellement, je ne mets jamais de coups de cœur pour un premier roman, (vous avez bien lu, c’est un premier roman !). Parce que j’y trouve toujours un petit quelque chose, un détail, qui dépasse, qui me manque. Là, ce roman s’apparente pour moi comme le premier roman parfait, un livre qui appelle les souvenirs de tout un chacun, sans pour autant verser dans le sentimentalisme, une belle histoire que l’on n’oubliera jamais. C’est de la grande littérature, tout simplement. Coup de cœur !

Ne ratez pas les avis du Boss d’Unwalkers, de Sangpages, du Dealer de lignes, et de Garoupe