Archives pour la catégorie Littérature anglaise

Oldies : Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Jean-Paul Gratias

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je savais que j’allais lire un roman de Robin Cook, puisque c’est l’un de mes auteurs favoris. L’auteur de J’étais Dora Suarez a toujours décrit remarquablement bien le Mal, et ses origines. Pour l’occasion, j’ai lu le dernier roman qu’il ait écrit.

L’auteur :

Robert William Arthur Cook dit Robin Cook, né le 12 juin 1931 à Londres et mort dans la même ville le 30 juillet 1994 est un écrivain britannique, auteur de roman noir.

Fils de bonne famille (un magnat du textile), Robin Cook passe sa petite enfance à Londres, puis dans le Kent où la famille s’est retirée en 1937 dans la crainte de la guerre. Après un bref passage au Collège d’Eton, il fait son service militaire, puis travaille quelque temps dans l’entreprise familiale, comme vendeur de lingerie.

Il passe les années 1950 successivement :

à Paris au Beat Hotel (où il côtoie William Burroughs et Allen Ginsberg) et danse dans les boîtes de la Rive gauche,

à New York, où il se marie et monte un trafic de tableaux vers Amsterdam,

en Espagne, où il séjourne en prison pour ses propos sur le général Francisco Franco dans un bar.

En 1960, il rentre à Londres, où il accepte d’être un prête-nom pour Charlie Da Silva, un proche collaborateur des jumeaux Kray. Interrogé par la police néerlandaise à propos d’une escroquerie d’assurances liée au vol supposé d’une toile de Rembrandt, il prétend avoir définitivement renoncé à son passé de criminel en faveur d’une nouvelle vie d’écrivain.

Signé Robin Cook, son premier roman, intitulé Crème anglaise (The Crust on its Uppers, 1962), le récit sans concessions d’une descente aux enfers délibérée d’un homme dans le milieu des truands londoniens, obtient à sa publication un succès de scandale immédiat.

Suivront des romans de plus en plus noirs et d’un réalisme sordide quasi documentaire, notamment Comment vivent les morts (How The Dead Live, 1986) ; Cauchemar dans la rue (Nightmare In The Street, 1988) ; J’étais Dora Suarez (I Was Dora Suarez, 1990) et Quand se lève le brouillard rouge (Not Till the Red Fog Rises, 1994)

Après avoir bourlingué de par le monde et avoir exercé toutes sortes de petits boulots, il est décédé à son domicile à Kensal Green, dans le nord-ouest de Londres, le 30 juillet 1994.

Son autobiographie, The Hidden Files, publiée en 1992, est parue en français sous le titre Mémoire vive (1993).

(Source : Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

A sa sortie de prison, Gust, gangster professionnel, dérobe avec quelques complices deux mille passeports britanniques dont le prix au marché noir avoisine les mille livres l’unité. Un joli pactole que des truands londoniens veulent négocier avec des électrons libres de l’ex-KGB qui, eux, veulent écouler des têtes nucléaires en provenance des arsenaux de l’Armée rouge. Mais les services du contre-espionnage britannique sont sur l’affaire…

Mi-roman criminel, mi-roman d’espionnage, l’ultime œuvre de l’immense Robin Cook, est un mélange d’humour, de distance, de noirceur et d’humanité bouleversante. A découvrir absolument.

Quand se lève le brouillard rouge est le dernier roman écrit par Robin Cook (1931-1994) et peut-être son chef-d’œuvre. La sécheresse du ton accentue encore le pouvoir d’émotion de cette magnifique épure, à la fois distante et intimiste, comme traversée d’un prémonitoire sentiment d’urgence absolue et s’achevant dans un silence de mort… (Jean-Pierre Deloux, Polar)

Mon avis :

Le roman débute par Sladden, qui rend visite à un homme dans une chambre d’hôtel. Quand il sort un revolver, on sent bien que cela va mal se passer. Homosexuel et obsédé sexuel, il sait qu’il doit rapidement faire son boulot avant d’être l’esclave de ses pulsions contre lesquelles il aurait du mal à résister. Il demande au gars, russe d’origine mais titulaire d’un faux passeport anglais de s’allonger sur le lit. Il s’allonge derrière lui et lui tire une balle dans la tête. Puis il arrange la scène de crime en faux suicide.

Si on débarque en plein milieu de cette intrigue, Robin Cook va petit à petit nous donner les pièces du puzzle pour comprendre de quoi il en retourne. Un lot de passeports vierges a été volé par des truands, dont faisait partie Gust, qui vient de sortir de prison. Ce lot est convoité par la mafia mais aussi par des Russes menés par Gatov. Gust, qui est en probation, va se retrouver au centre d’un imbroglio et va se défendre comme il sait le faire : par la violence.

Ce roman est une vraie collection de tiroirs. Si Gust et son itinéraire sanglant sert de trame principale, nous allons voir apparaître la police, la mafia, la police et les services secrets. Robin Cook nous dépeint un monde dur, violent, sans pitié où tous les décors sont des ruelles sombres ou des bars douteux. Et chacun ne connait qu’un seul langage, celui de la mort. Si on a l’impression qu’on laisse peu de chances aux repris de justice, il en ressort aussi que les méchants ne sont pas ceux que l’on croit et qu’il y a toujours quelqu’un de plus horrible situé plus haut dans la pyramide du crime.

Si le roman est prenant à lire, c’est grâce à ses nombreux dialogues emplis de réparties humoristiques et cinglantes. Il en ressort une tension poisseuse et palpable. Et c’est bien le personnage de Gust, que l’on devrait haïr tant il est violent qui parvient à nous émouvoir. Sa descente aux enfers et la poisse qu’il porte à ses proches arrivent à nous faire éprouver de la sympathie pour lui alors qu’il flingue ceux qui lui parlent mal.

Avec le recul, ce dernier roman de Robin Cook nous montre ce qu’il pensait de la société Anglo-Saxonne. Tout le monde y est pourri, qu’il soit du bon ou du mauvais coté de la loi. Et on y trouve aussi que réflexions philosophiques sur la vie et la mort qui ont forcément des résonances particulières dans l’esprit du lecteur et du fan de Robin Cook que je suis : Après la mort, il n’y a rien, il n’y a plus rien.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Vincent chez Foumette ainsi que cette interview sur Youtube03

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L’homme craie de CJ. Tudor

Editeur : Pygmalion

Traducteur : Thibaud Eliroff

Attention, coup de cœur !

La couverture me tentait peu, la quatrième de couverture non plus. Il aura fallu les avis de mon amie Suzie, de ma femme et du boss d’Unwalkers pour me décider à le lire. A peine ouvert, je n’ai pas pu le lâcher. C’est un premier roman incroyable.

2016, Eddie Munster est devenu professeur d’Anglais. Il n’a jamais quitté sa petite ville natale, comme tous ceux de sa bande de potes, sauf un. Un événement dramatique a eu lieu dans cette ville : Une jeune fille a été retrouvée découpée dans les bois. On n’a jamais retrouvé sa tête. Eddie va faire un effort de mémoire. Pour lui, le drame n’a pas eu lieu avec le meurtre, mais avant, lors de la fête foraine, quand il avait 12 ans.

1986, Ils étaient cinq, avaient tous douze ans, ils étaient inséparables. Dans la bande d’Eddie, il y avait Gros Gav, surnommé comme ça pour son embonpoint, Mickey Métal et son appareil dentaire, Hoppo le solitaire et taciturne et Nicky la fille du pasteur. Il y a eu une fête foraine, en ce jour de printemps. La présence d’un albinos habillé en blanc étonne tout le monde. Un accident a lieu dans le manège de montagnes russes, un wagon se détache et une jeune fille a la jambe coupée. L’albinos demande de l’aide à Eddie pour faire un garrot et sauver la jeune fille. Il se présente alors à Eddie : il s’agit du professeur M.Halloran. Eddie quant à lui trouvera un surnom pour la jeune fille : la Fille du Manège.

2016, Pour payer les intérêts de l’emprunt de la maison familiale, Eddie loue une chambre de sa maison à Chloé, une jeune femme de 20 ans. Ce matin-là, il reçoit une lettre … En allant au travail, il passe par le pub et retrouve Gros Gav dans son fauteuil roulant et Hoppo. Gav l’accueille avec un coup de poing. Il accuse Eddie de ne rien avoir dit. Eddie plaide coupable : cela fait 2 semaines qu’il sait que Mickey Métal va revenir en ville.

Jamais, je dis bien, jamais je n’aurais laissé passer autant de temps entre la fin de ma lecture et la rédaction de mon avis. Pourquoi ? Je pense que c’est parce que je ne savais pas comment rendre hommage à ce livre, et surtout exprimer ce que j’ai ressenti en tournant chaque page. Ni roman noir, ni thriller, ce roman est une histoire contée d’une façon exceptionnelle.

Car CJ.Tudor nous convie à un voyage géographique et temporel, géographique car situé en Grande Bretagne, temporel car nous allons retourner dans les années 80 mais aussi retourner en adolescence. On y trouve les bandes de copains, les sujets de discussion que l’on a avant d’entrer dans l’adolescence, les questions que l’on se pose, les réponses que l’on n’a pas, et la démonstration que la vie, que l’on croyait formidable grâce à la protection des parents, peut s’avérer cruelle voire mortelle.

Tous ces thèmes sont bien connus dans la littérature et ont déjà été maintes et maintes fois traités. Mais il y a dans ce roman une honnêteté, une volonté de ne pas se cacher, de jouer cartes sur table, d’être factuel en disant tout tel qu’on l’a vécu et ressenti. Tout tient dans cette fluidité du style, dans cette évidence de dire des choses simples sans jamais tomber dans la facilité. Il y a du Stephen King dans cette évocation de l’adolescence, du Thomas H.Cook dans cette construction parfaite, du Megan Abbott dans la psychologie de ces jeunes gens, ou même du Jax Miller dans cette peinture d’une ville. Mais il y a surtout du CJ.Tudor qui a su puiser de l’inspiration dans le style de ses prédécesseurs pour se créer son propre espace à elle et nous le faire partager.

J’ai été ébloui, époustouflé, ébahi devant tant d’évidence, je me suis retrouvé impatient de retourner là-bas, de retrouver Eddie et sa bande, de partager leurs jeux, leurs voyages à vélo dans les bois, de décoder leurs messages à base de bonhommes dessinés avec de la craie. Et puis, après les chapitres liés à la nostalgie, je me suis incarné dans Eddie, la quarantaine, solitaire, cherchant à faire œuvre de mémoire envers les drames qui ont émaillé leur adolescence.

Habituellement, je ne mets jamais de coups de cœur pour un premier roman, (vous avez bien lu, c’est un premier roman !). Parce que j’y trouve toujours un petit quelque chose, un détail, qui dépasse, qui me manque. Là, ce roman s’apparente pour moi comme le premier roman parfait, un livre qui appelle les souvenirs de tout un chacun, sans pour autant verser dans le sentimentalisme, une belle histoire que l’on n’oubliera jamais. C’est de la grande littérature, tout simplement. Coup de cœur !

Ne ratez pas les avis du Boss d’Unwalkers, de Sangpages, du Dealer de lignes, et de Garoupe

 

 

 

Défaillances de BA.Paris

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Vincent Guilluy

Son premier roman, Derrière les portes, a fait beaucoup de bruit de ce coté-ci de la Manche, comme chez nos amis anglo-saxons. Derrière les portes s’avérait un thriller psychologique au scénario rondement construit, et dont le style simple participait à l’immersion du lecteur dans la peau de cette pauvre femme malmenée par un mari sans pitié.

Cassandra est professeur d’histoire au collège de Castle Height. En ce 17 juillet, elle termine ses cours et sort un peu tard après une petite fête avec ses collègues. Quand elle sort, il tombe des cordes et elle téléphone à son mari Matthew pour qu’il ne s’inquiète pas. Elle décide de prendre un raccourci qui passe par la forêt. Elle passe devant un petit parking et aperçoit une voiture garée et la tête blonde de la conductrice. Elle s’arrête, se disant que si elle a besoin d’aide, elle la rejoindra. Mais après 5 minutes d’attente, elle décide de reprendre sa route.

Le lendemain matin, son mari va mieux, sa migraine de la veille a disparu. Il lui amène même son petit déjeuner au lit. La télévision annonce qu’une femme a été retrouvée sauvagement assassinée dans la forêt. Soudain, elle se rappelle le visage qu’elle a entre-aperçu, et se rend compte que, non seulement elle connait la victime, mais en plus qu’elle ne l’a pas aidée.

Elle va essayer d’assumer sa culpabilité, gardant pour elle les détails de cette soirée, puisque personne ne sait qu’elle a pris ce raccourci. Mais elle va petit à petit craquer, d’autant plus que des coups de fils mystérieux commencent à la harceler. Et puis, elle va se rendre compte qu’elle oublie des choses, des actes, des phrases et cela augmente sa peur de finir comme sa mère qui fut atteinte d’une sénilité précoce, dès l’âge de 44 ans.

Ce deuxième roman est à la fois pareil et différent de son premier. Dans les deux cas, j’ai retrouvé le talent de cette jeune auteure de prendre le lecteur par la main et de l’emmener exactement là où elle veut. On entre dans le vif du sujet très rapidement, car en deux chapitres, le contexte est posé, les personnages placés et on attaque l’histoire. Si on peut penser qu’il s’agit d’une illustration de la culpabilité de Cassandra de ne pas avoir aidé la jeune femme garée sur le parking, l’intrigue oblique vite vers la maladie d’Alzheimer.

Car tout est raconté à la première personne par Cassandra et à coups de phrases simples, en ajoutant minutieusement de petits événements insignifiants, l’auteure va nous faire plonger dans la folie paranoïaque de Cassandra. Comme c’est elle qui raconte, elle va tirer des conclusions de tout ce qu’elle oublie, étant obsédée et effrayée de finir comme sa mère. Il n’y a aucun temps mort, les oublis, les coups de téléphone s’enchaînent, et comme elle n’assume pas sa culpabilité, elle va commencer une descente aux enfers, et entraîner le lecteur à sa suite.

Ce n’est que dans les cent dernières pages que BA.Paris va nous livrer l’explication de tout ce qu’elle a minutieusement décrit, nous livrant tous les indices qu’elle a parsemés ça et là. On pourrait reprocher un dénouement que l’on sent venir, mais personnellement j’ai été happé par la psychologie de Cassandra. On pourrait reprocher ce style simple voire simpliste de l’auteure. J’y trouve quant à moi une force, celle de se glisser dans la peau d’une jeune femme commune et de ne pas vouloir faire d’effets de style qui, dans ce roman, auraient été bien inutiles.

Une nouvelle fois, BA.Paris, dont ce n’est que le deuxième roman, est arrivée à me surprendre, moins au niveau de l’intrigue que par sa faculté à écrire un pur roman psychologique, nous décrivant une plongée dans la folie pure. Tenir presque 400 pages avec un tel sujet, enfermer le lecteur dans la tête d’une folle est un coup de force. Il faut bien reconnaître que ce roman est une nouvelle fois une bien belle réussite.

Les chemins de la haine d’Eva Dolan

Editeur : Liana Levi

Traducteur : Lise Garond

Les éditions Liana Levi nous proposent en ce début d’année 2018 un premier roman, qui est aussi le début d’une série qui comporte à ce jour 4 romans, d’une jeune auteure Eva Dolan. Ayant été critique de polar, Eva Dolan connait parfaitement les codes du genre, ainsi que les différents genres. D’ailleurs, si je devais situer ce roman, je le mettrais aux cotés d’un Arnaldur Indridason. Belle comparaison, non ?

Mercredi. L’inspecteur Zigic se dirige vers Highbury Street, à Peterborough. Depuis cinq ans, il est à la tête de la section des crimes de haine. C’est une volonté de la direction de mettre un immigré de « troisième génération » à la tête de ce service. La rue où il se gare est au cœur d’un des quartiers les plus pauvres. Aujourd’hui, on y trouve surtout des Bulgares ou des Estoniens, qui vivent de petits boulots, quand ils en ont un.

Au numéro 63, il trouva le cordon de police, et franchit le portail. Dans le jardin, une odeur de chair calcinée envahissait l’atmosphère. L’abri, situé au fond du jardin, s’est effondré sous les assauts du feu. A l’intérieur, il y avait un homme brulé vif. Zigic retrouva la sergente Ferreira, portugaise de naissance, qui le guida vers l’abri. L’odeur d’essence laisse à penser qu’il s’agit d’un incendie criminel, car la porte était fermée par un cadenas à l’extérieur.

Le corps dans l’abri de jardin est probablement un SDF ou un locataire. Il n’est pas rare que des gens louent leur abri de jardin à des pauvres pour 400 livres par mois. La maison appartient à Phil et Gemma Barlow. Ils dormaient quand l’abri a pris feu. Gemma confirme qu’ils ne savaient que le SDF était là. Ils ont été réveillés par les pompiers qui éteignaient l’incendie. La première étape pour Zigic et Ferreira va être de trouver l’identité du mort.

Voici donc la première enquête du duo Zigic / Ferreira, qui en comporte quatre à ce jour, si l’on en croit le site Goodreads. Si le titre français peut induire en erreur quant au contenu, il est bien trouvé pour parler de ce service des crimes de haine. Avec cette enquête, nous allons être plongés dans la vie des SDF, des sans papiers et des pauvres qui luttent pour survivre.

Et le sujet va aborder brutalement l’esclavagisme moderne, en particulier dans le BTP, les cercles d’entreprises qui utilisent des étrangers pour de la main-d’œuvre interchangeable et pas chère, voire gratuite, puisque l’on va s’apercevoir que des requins vont les utiliser sans les payer, en les torturant à la moindre rébellion. Pour tout vous dire, ce roman va bien au-delà du « travail au noir », dénonçant des entreprises organisées qui parquent les gens dans des hangars, les emmènent sur un chantier et les ramène en ne leur donnant que le strict nécessaire en termes de nourriture.

C’est d’autant plus frappant, que tout cela est décrit de façon très détaillée, mais sans aucune émotion. Le style d’Eva Dolan, son parti-pris, est de rester à distance pour laisser place à des scènes d’émotion et de dégoût, dégoût pour les salauds et les profiteurs, les esclavagistes modernes qui sont les descendants directs de leurs aïeux du 19ème siècle. Finalement, rien n’a évolué du coté de l’Homme, bien au contraire.

Fort intelligemment, Eva Dolan montrera comme un trait sur une peinture le racisme ambiant, les Anglais déçus d’être envahis et de perdre leur identité britannique. Peut-être ce sujet fera-t-il l’objet d’une prochaine enquête ? Elle se contente, avec un sujet fort comme le sien, de montrer ce scandale, dans un décor gris écrasé par les nuages bas, dans un style finalement froid comme l’ambiance d’une morgue.

J’ai beaucoup pensé à Arnaldur Indridason dans la façon de construire l’intrigue. On y trouve beaucoup de pistes, et deux enquêteurs qui par leurs origines se retrouvent motivés et impliqués dans leurs enquêtes. Eva Dolan ne passe pas des pages et des pages à décrire leur passé, se contentant de poser les bases : Zigic est tenaillé entre son boulot et sa femme Anna et sert de good cop. Ferreira a connu des brimades dans son enfance et fait office de bad cop.

Si l’ensemble est classique, le sujet évoqué prend clairement le devant de la scène et laisse augurer du meilleur dans les futures enquêtes. Bref, ne passez pas à coté de cette enquête pour ce qu’elle révèle, et suivez l’actualité des sorties pour lire les suites !

Ne ratez pas l’avis de Christophe Laurent

Oldies : Raid sur la ville de Bill James

Editeur : Rivages

Traducteur : Danièle et Pierre Bondil

Je ne vous cache pas que les billets de Yan sont pour beaucoup dans le choix de cette lecture. Mais il y a aussi mon ami du Sud Petite Souris qui doit être cité ici pour une bonne raison : il m’a offert ce roman de Bill James. A la lecture de la quatrième de couverture, je m’attendais à tout autre chose. C’est donc une excellente surprise …

L’auteur :

Allan James Tucker, né le 15 août 1929 à Cardiff au Pays de Galles, est un écrivain britannique. Il écrit des romans policiers. Bill James est le principal pseudonyme littéraire de Allan James Tucker. Celui-ci a également publié sous le nom de David Craig et de Judith Jones.

Il obtient une maîtrise de lettres à l’Université du pays de Galles. Il devient journaliste et travaille pour le Western Mail, le South Wales Echo, le Daily Mirror ou le Sunday Times.

Il débute comme écrivain avec des romans d’histoires et de fictions publiés sous le nom de James Tucker et sous le pseudonyme de David Craig. C’est sous ce pseudonyme qu’il produit la quasi-intégralité de ses écrits jusqu’en 1985, date à laquelle il publie la première histoire du super intendant Collin Harpur et de son patron Desmond Iles sous le nouveau pseudonyme de Bill James. Il met en sommeil pendant dix années le pseudonyme de David Craig et signe douze romans de cette nouvelle série avant de publier régulièrement des romans sous les deux pseudonymes. En 1998, il utilise le nouveau pseudonyme de Judith Jones et écrit deux romans consacrés à Kerry Lake dont la troisième aventure est publiée sous le nom de Bill James.

En France, les ouvrages de Bill James sont publiés par François Guérif dans la collection Rivages/Noir. La série mettant en scène ses deux personnages récurrents, le super intendant Collin Harpur et son patron Desmond Iles, est publié en France à partir de 1998 et commence avec Retour après la nuit (Roses, Roses) qui n’est que le dixième livre de la série. La publication de cette série ne respecte en aucune manière la chronologie de la publication originale. À ce jour, la série Harpur & Iles compte trente-trois romans, dont treize traduits en France.

Deux ouvrages écrits sous le pseudonyme de David Craig ont été publiés dans les années 1970 par la Série noire. Deux de ses ouvrages ont été adaptés au cinéma. En 1977, Michael Apted réalise le film Le Piège infernal d’après le roman Protection et en 2013, Serge Bozon réalise Tip Top d’après le roman Tip Top (Mal à la tête en français).

Allan James Tucker se consacre aujourd’hui à l’écriture, il réside au pays de Galles et travaille également comme intervenant pour les cours de création littéraire à l’Université du pays de Galles.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Colin Harpur et ses hommes sont en planque devant une succursale de la Lloyd’s que des truands doivent mettre à sac. L’indic Jack Lamb a été formel. Mais il ne se passe rien. L’attaque a été reportée. En attendant, Harpur ronge son frein, d’autant plus qu’il semble y avoir une « opération de nettoyage » en ville, comme pour préparer le terrain. Lorsque le hold-up a finalement lieu, la police est au rendez-vous ; pourtant les choses ne se déroulent pas comme prévu. Le cerveau de l’opération réussit à prendre la fuite. Et Harpur compte ses pertes…

Ce premier volume de la série qui met en scène Colin Harpur introduit les personnages que l’on avait découverts dans Retour après la nuit. Bill James nous étonne par sa liberté de ton, le côté retors de son intrigue et de ses personnages. Comme l’a écrit Christian Lehmann à propos de ce livre, « les chapitres ne vont jamais où on les attendait ».

Mon avis :

Pour tout vous dire, je ne m’attendais pas du tout à ce genre de roman. Je pensais lire un roman introduisant deux nouveaux personnages, avec une intrigue mettant en valeur leur relation. Eh bien, pas du tout. Tout d’abord, cette enquête démarre par une planque puisque Harpur a eu une info par son indic d’un futur casse de la Lloyd’s. Mais il ne se passe rien, puisque les truands ont été prévenus. Y aurait-il une taupe dans la police ? De ce jour, Harpur ne va faire confiance à personne … sauf à ses indics. Puis, de nombreux assassinats vont suivre, comme si les truands voulaient faire le ménage avant de débarquer en ville.

C’est donc Harpur qui est au centre de l’intrigue, Iles étant son supérieur. Et c’est bien l’intrigue qui intrigue … Comme il est dit en quatrième de couverture, Bill James a le don de nous surprendre puisque son histoire tourne et retourne, va et vient, mais ne va jamais là où on peut l’imaginer. Même la fin est surprenante.

On trouve dans ce roman une société qui change. Les voleurs n’ont aucun respect ni aucune pitié pour les flics, c’est le royaume du chacun pour soi, du No Limit (sans limite pour les non anglophones), à l’image du libéralisme de l’ère Thatcher. Iles qui apparaît dans quelques chapitres est l’image de la hiérarchie certes, mais c’est aussi celui qui représente les instances et qui montre la malfaisance des média. Et puis, dans cette ville sans nom, banlieue de Londres, on y sent le complexe d’infériorité face à la capitale, et la revanche des ploucs sur les citadins.

C’est aussi le style qui retient l’attention, que dis-je, qui frappe droit à l’estomac. Je m’attendais à des traits d’humour, et j’ai trouvé une écriture brutale, ne s’attardant pas sur les émotions des uns ou des autres, mais assénant des coups qui font mal avec des phrases qui font mouche. S’il faut aborder ce roman comme le début d’une série, il est un tout, une histoire à part entière, qui m’a fait découvrir un auteur original par sa plume autant que sa façon de raconter une histoire noire et brutale.

Ne me quitte pas de Mary Torjussen

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Benoit Domis

Il me semble que depuis quelque temps, les auteurs et plus particulièrement les auteures se penchent sur notre quotidien pour imaginer des intrigues dont le rebondissement apparait dans les toutes dernières pages. Et comme ces romans sont en général narrés à la première personne du singulier, rien de plus facile que de prendre le lecteur à rebours. Ce fut le cas de La fille du train de Paula Hawkins, et avant cela de Les apparences de Gillian Flynn. Plus récemment, le succès de Derrière les portes de BA.Paris, a donné lieu à plusieurs romans entrant dans la même catégorie, tels Mon amie Adèle de Sarah Pinborough, Sisters de Michelle Adams, ou Disparue de Darcey Bell. Alors, pour parler de ce roman, nous avons voulu avec Suzie, ma chroniqueuse invitée, faire une sorte de tennis du polar.

Bonjour Suzie, et bienvenue chez moi, mais tu connais déjà, n’est-ce pas ?

Bonjour chers lecteurs. Et, bonjour Pierre. Merci de m’inviter de nouveau. J’en profite pour sortir de ma chère cave et pour aller me chercher quelques provisions littéraires. Mais, surtout pour vous parler d’un nouveau bouquin que, entre nous, j’ai eu énormément de mal à lâcher. J’y pensais tout le temps et la fin …

Mais je vais laisser le maitre de maison lancer le débat.

Parlons un peu de cette nouvelle mode de situer les intrigues dans notre quotidien. D’un coté, avec un peu d’observation, il est facile de détourner des petits événements en grosses catastrophes. D’un autre coté, on risque de tourner un peu en rond. Dans le cas de ne me quitte pas de marie Torjussen, Hannah revient de Oxford où elle a réalisé une présentation remarquée. A tel point qu’on lui laisse envisager un poste de direction. Toute heureuse, elle rentre chez elle et là … Patatrac … L’homme de sa vie, Matthew a disparu. Plus fort encore, toutes ses affaires ont disparu, jusqu’aux tableaux qu’il avait accroché dans le couloir de l’entrée. Même ses mails, ses SMS ont disparu. Etonnant, non ? Cela m’inspire deux questions pour toi : Que penses-tu de cette mode ? Que penses-tu de ce début ? Et toc, retour en revers …

Je vais répondre à une question implicite qui est sous-jacente. Dans le domaine du fantastique, on peut considérer qu’un ouvrage appartient à cette catégorie lorsque le merveilleux fait une incursion dans le monde réel. En ce qui concerne les thrillers, on pourrait penser que ce type de situation est directement inspiré du fantastique. Excepté que lui substitue un événement traumatisant au lieu d’un événement fantastique. Enfin, il faut savoir qu’il existe de nombreuses disparitions pour lesquelles on n’a plus de nouvelles de la personne. Ces dernières ne sont pas aussi extrêmes que celle racontée dans cette histoire. Mais, cela reste perturbant. Je précise que je parle de disparition d’adultes.

En ce qui concerne ce que je pense de cette mode, rien n’est plus terrifiant que de se retrouver dans une situation qu’on ne pouvait pas anticiper. Et la disparition d’un membre de la famille proche voire de son compagnon ou de sa compagne entraîne un état de stress très important. D’ailleurs, le cerveau n’a plus la possibilité de se concentrer sur autre chose. Tout va donc se jouer au niveau psychologique. Pas besoin de rajouter des éléments horribles. Le cerveau les créée de manière implicite. Et, il n’y a rien de pire qu’un cerveau qui vous rend aveugle à tout le reste. Plus rien d’autre n’a d’importance? Vous passez en mode de résolution de problème avec un « pourquoi » inscrit en gros dans votre cerveau. Donc, c’est le meilleur moyen de faire peur à moindre frais. Encore faut-il savoir maîtriser cet environnement et entraîner le lecteur dans la direction choisie. Et, ça, c’est l’exercice le plus dur à faire. Tout va tenir dans le style de l’auteur.

Le début de cette histoire est assez hallucinant. On pourrait presque croire que l’auteur a poussé son personnage dans la série « la Quatrième Dimension ». La problématique est qu’elle ne retrouve aucune trace de son compagnon. Que les affaires de ce dernier est disparu, soit cela peut se comprendre. Mais que le protagoniste principal féminin ne retrouve plus de photo ou que ses affaires se situent exactement au même endroit, comme si de rien n’était, est machiavélique. Car, cela peut induire plusieurs choses : a-t-elle vécu dans un rêve éveillé pendant ces quelques années avec un traitement inapproprié ou il s’est vraiment passé quelque chose. De quoi faire tourner les lecteurs en bourrique.

Heureusement, il reste les autres personnages. D’ailleurs que penses-tu de l’héroïne et de sa meilleure amie?

Comme tu les dis, la disparition de Matthew va constituer le premier fait étrange de cette intrigue. Et Hannah va se retrouver à la recherche de repères, soit envers ses collègues de bureau, soit envers sa meilleure amie. Tous vont vouloir lui apporter leur soutien, mais à chaque fois, elle va être rattrapée par d’autres événements qui vont la perturber. Elle va en effet recevoir des SMS provenant d’un numéro inconnu qui laissent entendre que Matthew la surveille ou du moins qu’il est vivant. Cette première partie, sans vouloir dévoiler ce qui va se passer ensuite, est comme tu le dis une belle façon de faire monter le stress. Et c’est aussi un beau portrait psychologique d’une personne qui se retrouve du jour au lendemain seule. Elle perd ses ancrages envers sa vie quotidienne, ses repères. Et sa réussite professionnelle se retrouve reléguée au second plan. Une fois que Mary Torjussen a posé le décor qui entoure Hannah, elle va s’attarder sur la psychologie de Hannah qui va se renfermer sur elle-même car tout ce en quoi elle croyait vient de partir en poussière. Tu avoueras, Suzie, que ce que montre l’auteure, a de quoi effrayer, toutes ces possibilités de pirater des comptes, d’envoyer des SMS anonymes, de torturer à distance quelqu’un. Heureusement, tout ceci n’est que de la fiction …

De la fiction, de la fiction, c’est vite dit.

Si vous réfléchissez bien. Est ce que vous avez déjà vécu la situation où un mail ou un sms ont soudainement disparu de votre messagerie ou de votre téléphone? Et de vous retrouver en train de tourner en rond car vous le ne retrouvez plus? En ce qui me concerne, à chaque fois, je deviens chèvre. Et si vous élargissez cette situation à l’ensemble de votre messagerie, sms, profils de réseaux sociaux, etc, il y a de quoi devenir dingue.

En lisant l’actualité, on peut constater que le piratage est en train de devenir un danger au quotidien. A travers l’ouverture de mails ou de sms vérolés, vos données peuvent disparaître d’un seul clic, vous pouvez être pris en otage et vous ne pouvez, dans la plupart des cas, rien y faire.

En revanche, ce qui est perturbant, et qui est une forme de torture, c’est de recevoir des appels ou des sms anonymes. C’est d’ailleurs le fond de commerce de nombreux films d’horreur où le téléphone devient un ennemi visible et menaçant. On ne sait pas comment y faire face car il reste là, immobile à attendre. Une autre torture psychologique qui peut être utilisée est de vous faire douter de votre propre santé mentale par différents moyens dont le plus simple est le changement de place d’objets quotidiens. Cela vous est peut-être déjà arrivé de bouger certains objets et d’oublier par la suite de l’avoir fait. Dans certains cas, on pourra demander à un membre de la famille s’il est à l’initiative du fait. Dans d’autres cas, on ne pourra que s’accuser de posséder une mémoire de poisson rouge, voire avoir un double maléfique, une espèce de Mister Hyde si les faits persistent. De quoi douter de la réalité dans laquelle on vit.

Mais, revenons à nos lamas. Que pensez vous que mon très cher hôte pourrait vous dire sur les différentes intrigues de cette histoire?

Si nous abordons les différentes intrigues de cette histoire, je l’imagerais bien comme un arbre. Nous avons le tronc qui est le personnage de Hannah, qui sert de point central, et en cela, la forme de l’écriture est bien faite pour cela. C’est elle qui est au centre, c’est elle qui parle, c’est elle qui nous fait ressentir ses émotions. Du tronc, partent différentes branches, que l’on pourrait classer en trois catégories : Tout d’abord les amis proches Katie et son compagnon James qui sont toujours présents pour Hannah. La deuxième concerne l’environnement professionnel avec Sam, le collègue de travail ou Lucy l’assistante qui mettent inconsciemment et incontestablement une pression d’enfer. Enfin, il y a les voisins Sheila et Ray. Ce que j’ai apprécié c’est cette narration qui plonge le lecteur dans le personnage de Hannah, avec toute la subjectivité que cela implique. Comme nous ne voyons que par les yeux de Hannah, nous ne pouvons imaginer la réalité de ce qui est autour. Et d’ailleurs, je trouve que l’auteure joue beaucoup avec cette situation, jusqu’à nous concocter un final auquel nous ne pouvons pas nous y attendre. Chère Suzie, si tu devais argumenter pour que les visiteurs de mon blog se jettent dessus, quel serait ton avis ?

C’est une question dure, très cher Pierre. Bon, je vais me lancer. Revenons à la base de l’intrigue. Vous rentrez et les affaires de la personne avec qui vous vivez, ont disparu. Tout est revenu dans un état initial, comme si cette personne n’avait jamais existé que ce soit sa décoration, ses affaires proprement dites, ses photos, les SMS ou mails échangés. Plus rien n’existe. Il y a de quoi devenir fou. Ai-je tout inventé ou me joue-t-on un tour maléfique ? Avec ce postulat de départ, cela m’a tout simplement intrigué. Je me suis mise à la place de l’héroïne. Que ferais-je dans cette situation ? Qui préviendrais-je ? Déjà que lorsque j’égare un objet, c’est l’enfer pour le retrouver. Alors, si je devais me retrouver dans la même situation qu’Hannah, je n’ose même pas imaginer ma réaction. Rien que cet aspect de la quatrième de couverture intrigue. Et, si … De plus, le personnage d’Hannah comme l’expliquait notre cher hôte est l’ossature de l’intrigue : sa manière de réagir à la situation, au boulot, au stress que cela engendre. Cela est suffisamment cohérent pour s’identifier à la situation. Enfin, il y a la relation avec les autres protagonistes. On a l’impression que tout est clair, que la vie est un long fleuve tranquille. Et patatras, tout s’écroule alors qu’on pensait atteindre le sommet. Vous verrez que l’eau n’est pas aussi claire qu’on pourrait le penser. Mais, ce n’est pas tout. Il y a surtout l’ambiance psychologique et ce jeu avec la mémoire que ce soient des protagonistes ou des lecteurs. Combien de fois vous est-il arrivé de faire les choses machinalement et de ne plus vous en souvenir ? Tels que fermer la porte de votre appartement, maison ou de votre voiture, mettre ses lunettes de vue sur son nez, etc… Du coup, est-ce vous ou y a-t-il anguille sous roche ? L’auteur va vous mener par le bout du nez jusqu’au final. Et quel final inattendu. Vous ne pourriez même pas l’imaginer.

Donc pour résumer, c’est un livre à lire car il vous tiendra en haleine jusqu’au bout et il pourrait même vous surprendre. L’intrigue de départ est juste machiavélique. L’atmosphère mise en place par l’auteur risque de vous rendre dingue. Cela a été mon cas. Les protagonistes sont justes même si une fausse note devrait vous orienter. Enfin, pour la dernière phrase qui est juste à croquer.

C’est difficile de donner un avis sur ce type de roman sans vous en dévoiler trop. J’espère que j’ai suffisamment titillé votre curiosité pour que vous lisiez ce livre. Je me demande ce que donnera son prochain roman. Une chose est sûre, je le lirai.

Mais, que pense notre hôte sur le sujet ? Je lui laisse la parole. Balle de match

Je m’incline, tu as gagné notre match de tennis, chère Suzie. J’ai aussi été particulièrement impressionné par ce roman, qui exploite à fond la subjectivité des faits, en rédigeant ce roman à la première personne. Incontestablement, Hannah et donc nous lecteurs sommes intrigués et surpris par la situation. Le stress monte, les événements finissent par devenir harcèlement moral et on est en droit de se dire que quelqu’un veut la rendre folle ou bien elle l’est vraiment. C’est d’autant plus surprenant que c’est un premier roman et qu’il est remarquablement maitrisé. Je dois juste avouer que vers le milieu du roman, comme il ne se passe rien de nouveau, je l’ai trouvé un peu bavard. Mais les 100 dernières pages nous renversent comme une crêpe. Car l’auteure dévoile un final inattendu et je me suis aperçu qu’elle avait parsemé son livre d’indices que je n’avais pas vu. C’est le genre de roman où on se laisse prendre, on se laisse mener par le bout du nez, et c’est le genre de roman qu’on a envie de relire, rien que pour retrouver les indices qui sont cachés dans les pages précédentes. Et comme toi, je serai au rendez vous du prochain roman de Marie Torjussen. Je ne peux que te remercier pour ce petit match et j’espère que tu reviendras bientôt parmi nous pour parler polar stressant !

Merci très cher Pierre de m’avoir de nouveau invitée pour discuter thriller. Je m’en retourne dans ma cave lire d’autres merveilles. A bientôt.

A bientôt, Suzie. Quant à vous, lecteur fidèle ou simple visiteur occasionnel, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

Le club des pendus de Tony Parsons

Editeur : La Martinière

Traducteur : Anne Renon

Quand j’ai découvert Tony Parsons au travers de son roman précédent, Les anges sans visages, je savais que j’allais suivre ses futures publications, car le personnage principal, Max Wolfe est un personnage qui me parle. Voici mon avis sur le petit dernier, Le club des pendus.

Mahmud est chauffeur de taxi. L’homme qu’il prend à bord veut aller à Newgate Street. Puis l’homme sort une lame de rasoir et le menace de lui couper l’œil. Ils arrivent dans un quartier glauque, se retrouve dans une cave, où l’attendent 3 personnes cagoulées. Il aperçoit une caméra. On le fait monter sur un escabeau, lui glisse une corde autour du cou. Et on lui pose une question : « Savez pourquoi vous êtes sur ce lieu d’exécution ? ». Des portraits de jeunes filles sont projetés sur le mur en face de lui. Il sait maintenant pourquoi il est là, ne regrette rien. Puis, l’escabeau bascule et Mahmud se retrouve pendu.

Max Wolfe est assis dans la première chambre d’Old Bailey, aux cotés d’Alice Goddard et ses deux enfants adolescents. Il attend le verdict dans un procès qui concerne 3 jeunes gens ayant battu à mort le mari d’Alice, Steve, qui ne demandait rien d’autre que de nourrir et protéger sa famille. Ils ont même poussé le vice jusqu’à filmer la scène avec leur téléphone portable et la poster sur Youtube. Bien qu’ils soient jugés coupables, ils ne sont condamnés qu’à 12 mois de prison. Max est fou de rage et est stoppé de justesse par l’huissier.

De retour au commissariat, Max assiste sur grand écran à la pendaison de Mahmud Irani. Le nom du compte qui a posté la vidéo est Albert Pierrepoint, le plus célèbre bourreau d’Angleterre. Mahmud a fait un séjour de 6 ans en prison pour avoir fait partie du gang des violeurs de Hackney, qui s’en prenait à des jeunes filles de 11 ans. Vengeance ou crime raciste ? Quand, le lendemain, la pendaison suivante se déroule en direct sur Youtube, il n’y a plus de doutes : un groupe a décidé de rendre sa propre justice.

Dérangeant nous dit le bandeau présent sur le livre. C’est bien le cas ici. Car on connait le sujet traité ici, parlant de groupes de gens voulant rendre eux-mêmes leur propre justice, que ce soit dans des polars ou bien dans des films. Je me rappelle en particulier d’un film mettant en scène l’inspecteur Harry (le deuxième ou le troisième, je ne sais plus) qui m’avait marqué. Et on peut trouver différentes façons de traiter ce sujet.

Sauf que le personnage principal de cette série se nomme Max Wolfe. Tony Parsons a créé un personnage qui essaie de séparer sa vie professionnelle de sa vie personnelle. Il essaie de protéger sa fille de 5 ans, Scout des violences dans laquelle la vie londonienne s’enfonce irrémédiablement. Max Wolfe est indéniablement un personnage fort, droit, honnête, qui doit faire son boulot en laissant de coté ses sentiments personnels. Et pourtant, il a toutes les raisons de craquer, quand par exemple les jeunes gens qui ont tué un père de famille ne s’en sorte qu’avec quelques mois de prison.

Si l’intrigue n’est pas basée sur des indices disséminés de ci de là, comme dans un roman policier, elle est plus proche d’un roman social où l’auteur construit un personnage à fleur de peau arrivant à garder son calme. Il n’en reste pas moins que ses nerfs vont être mis à rude épreuve, surtout quand l’un de ses proches va subir un passage à tabac aux conséquences dramatiques. De même, Max aux prises avec les journalistes lors des conférences de presse va laisser passer quelques mots qui, détournés de leur contexte vont faire scandale.

Indéniablement, Tony Parsons va une nouvelle fois se faire le témoin de notre société, en abordant plusieurs sujets sans pour autant n’en creuser qu’un seul. On y trouvera beaucoup de rebondissements, un style direct que j’ai déjà comparé aux meilleurs auteurs irlandais, et il évitera de prendre position pour laisser le lecteur face à ses propres convictions, sachant que sur la question de la justice, personne n’a raison, personne n’a tort, et chacun fait son boulot du mieux qu’il peut. En cela, ce roman est dérangeant, diablement bien fait, et je ne peux que vous encourager à le lire, car il est excellent.