Archives pour la catégorie Littérature belge

Toute la violence des hommes de Paul Colize

Editeur : HC éditions

Je suis fan de Paul Colize pour plusieurs raisons. Tout d’abord, chacun de ses romans est différent ; cela peut passer du polar au roman policier, du roman psychologique à la comédie, et tout ça avec une facilité que beaucoup peuvent lui envier. Ensuite, ses personnages sont criants de vérité. Enfin, Paul Colize pointe du doigt des événements importants, en rappelant ce qui est important : l’Humain. Et ce roman est aussi grand que son titre … et quel titre !

Nikola Stankovic est arrêté pour suspicion de meurtre. Ivanka Jankovic, une jeune femme a été retrouvée chez elle, poignardée de 9 coups de couteau, 5 dans le dos et 4 dans le ventre. Pour la police, sa culpabilité ne fait aucun doute : Empreintes, traces de sang appartenant à Ivanka sur ses chaussures, semelles de ses chaussures marquées dans le sang coagulé. Ivanka était connue pour s’adonner à la prostitution pour payer ses études. Règlement de comptes ou jalousie, nul ne le sait. Car Nikola ne prononce qu’une seule phrase : « Ce n’est pas moi ».

Il faut dire que Nikola est fortement soupçonné d’être le « funambule », cet artiste croate qui peint des fresques géantes en une nuit sur des pans d’immeuble, laissant les passants ébahis devant la grandeur de l’œuvre. Œuvre gigantesque mais aussi œuvre choquante, puisqu’il a peint des meurtres, des scènes de viol avec un réalisme affolant. Son premier avocat n’arrive pas à lui soutirer une autre phrase. Alors, il abandonne la partie.

Nikola est envoyé dans un institut psychiatrique pour déterminer s’il était ou non conscient de ses actes. L’institut est dirigé par Pauline Derval, qui va suivre cette affaire de près, aidée en cela par Sébastien, infirmier dévoué à sa cause. Son nouvel avocat, Philippe Larivière va aussi chercher à établir un contact. Car soit Nikola est conscient donc responsable de ses actes et il risque 10 ans de prison, soit il ne l’est pas et il sera enfermé à vie dans cet asile.

1991, Vukovar. Le petit Niko a 8 ans quand sa vie, sa ville s’écroule. Il est obligé de vivre dans une cave avec sa mère, pour survivre aux 87 jours de bombardements serbes. Son père est parti un matin, et n’est jamais revenu. Résister ou mourir sont les deux choix qui lui restent à sa mère et lui. Car Vukovar est l’enfer sur Terre …

On peut lire ce roman à plusieurs niveaux, comme à chaque fois chez Paul Colize ; ce n’est pas pour autant un roman intellectuel, mais une formidable démonstration du message qu’il veut nous faire passer, et qu’il serine à chaque roman. Il y a la résolution de l’enquête, à propos de laquelle je ne m’étendrais pas. Coupable, pas coupable ? vous ne saurez le fin mot de l’histoire qu’à la toute fin du roman … mais auparavant vous aurez parcouru tant de chemin, tant de pages pour vous sentir concerné et vous révolter.

La construction du roman, en alternance entre le présent et la vie de Niko à Vukovar est faite pour mettre en valeur les personnages. Si Niko enfant (vous l’aurez compris Niko et Nikola ne font qu’un) va vous montrer une ville détruite avec toute l’horreur associée, les autres personnages sont aussi importants. Sébastien est l’inverse de ce que l’on pense d’un infirmier, puisqu’il fait preuve d’empathie et c’est grâce à elle qu’il va pénétrer dans le monde intérieur de Nikola. Pauline Derval est une femme de poigne, froide, distante mais surtout perfectionniste ; elle ne veut pas se tromper sur ce cas. Quant à Philippe Larivière, il veut bien faire son travail et est intrigué par son client. Ce qui est extraordinaire dans ce roman, c’est que Pauline et Philippe, qui sont des personnages froids et distants par leur fonction, vont petit à petit s’ouvrir à l’émotion, et peut-être réaliser qu’ils ont en face d’eux un être humain et non juste un cas psychiatrique de plus. C’en est d’autant impressionnant qu’à la fin de roman, j’ai versé ma petite larme …

Rapidement, Paul Colize va pointer les aberrations d’un système judiciaire (c’est le cas en Belgique, mais je suis sûr que nous avons la même chose en France). Si Nikola est considéré comme non responsable de ses actes, il passera plus de temps enfermé que s’il est jugé responsable de ceux-ci. Cette assertion est martelée plusieurs fois et on peut se demander s’il ne faudrait pas, à la lumière des avancées juridiques et psychologiques actuelles, revoir des lois qui ont été mises en place il y a plusieurs décennies.

Car la loi est dure, cruelle et bigrement matérialiste, factuelle. A l’opposé, on trouve l’esprit et l’importance de l’art. Evidemment, Paul Colize met en valeur les beautés de l’esprit, même si elles représentent des horreurs. Il montre l’importance de l’art, de la relation au présent, de la représentation de la réalité, et de l’importance des jugements. A tel point, que Paul Colize a eu l’occasion d’interviewer un peintre graffeur et que l’interview, présente en fin de roman, montre a quel point il y a une performance technique (peindre en équilibre sur un mur) mais aussi le moment d’absence, de folie, qui lui permet de créer son œuvre.

Enfin, et je voulais le garder pour la fin, il y a Vukovar et cette bataille, qui a eu lieu en 1991, durant trois mois, un véritable massacre à propos duquel tout le monde a fermé les yeux. Pourtant ce n’était pas si loin de chez nous ! Ce roman, c’est l’illustration de la violence des hommes, la peinture de l’ignominie, quelques pages pour que l’on n’oublie pas le plus terrible acte guerrier depuis la deuxième guerre mondiale. Choisir ce fait historique, c’est aussi la démonstration que Paul Colize est un des meilleurs auteurs humanistes, et qu’avec ce roman, il a écrit, à mon avis, l’un de ses meilleurs romans depuis Un long moment de silence.

Vous devez lire ce roman, car vous n’avez pas le droit de fermer les yeux.

Un jour comme les autres de Paul Colize

Editeur : HC éditions

Les romans de Paul Colize se suivent et ne se ressemblent pas. J’adore cet auteur belge doué pour inventer des intrigues solides tout en adaptant son style à son histoire, capable aussi de se fondre dans différents genres. Après Zanzara, un roman qui nous emmenait à 100 km/h, ce roman change totalement de registre pour nous plonger dans un roman psychologique complexe.

Un matin Eric Deguide, chargé de cours à l’université libre de Bruxelles, dans sa voiture, jette un coup d’œil à sa maison. Sa femme dort encore. Il tourne la clé de contact et démarre.

Cela fait 614 jours que son compagnon a disparu. Emily ne perd pas espoir, ne veut pas lâcher, abandonner Eric qui a disparu sans laisser de traces. Traductrice de son état, elle se perd dans la musique classique, en chantant des morceaux de soprano. La seule trace qu’il reste de lui est son véhicule SAAB, retrouvé sur le parking de l’aéroport de Zaventem. Mais même en regardant les caméras de surveillance, personne ne peut déterminer comment elle est arrivée là.

Michel Lambert, la cinquantaine, est un grand solitaire, divorcé, atteint d’insuffisance rénale, passionné d’affaires criminelles. Il a ouvert un forum sur Internet, où les gens peuvent poster des avis de recherche, mais aussi discuter des cas en cours. Il ouvre une rubrique consacrée à la disparition d’Eric Deguide. Suite à ses recherches, il est persuadé qu’Emily est innocente et commence ses recherches. Quand il la rencontre, il est subjugué par sa beauté calme et douloureuse.

Emily reçoit un témoignage sur le site de Michel. Une femme affirme avoir vu « cet homme » à la station service de Barchon sur l’autoroute E40. Le message est signé Axe-L. Emily décide, avec l’accord de Michel de prendre contact avec le mystérieux informateur. Son témoignage va confirmer Emily dans sa détermination à retrouver son compagnon, à connaitre la vérité.

Déstabilisant et psychologique. Comme je le disais, ce roman est totalement différent du précédent et des autres. Divisé en quatre parties, comme un opéra, le roman va nous présenter Emily, par des chapitres à la première personne et Michel, son amoureux fou et sans espoir. Cette première partie est remarquable dans sa façon d’aborder une femme en prise au vide, à l’absence, et c’est probablement le meilleur passage que Paul Colize ait écrit tant tout y est fait avec minutie et subtilité.

Déstabilisant et policier. Dans une deuxième partie, suite à un événement majeur survenu quelques pages plus tôt, nous changeons de personnages et passons à deux journalistes au Soir : Frédéric Peeters et son patron Alain Lallemand. Si l’enquête commence, l’accent est encore une fois mise du coté de la psychologie, et en particulier du jeune Peeters, passionné et Lallemand plus posé, mesuré et sachant guider le jeune journaliste dans son travail. Avec un auteur chevronné tel que Paul Colize, on s’attend à ce que l’intrigue soit bien menée. Elle l’est, fouillée, précise, et multipliant les pistes … en même temps que les mystères se nimbent de brouillard, en particulier en ce qui concerne les personnages d’Eric et Emily.

Déstabilisant et brillant. Je ne vais pas vous raconter de quoi le roman parle, mais sachez juste que le sujet est important et qu’il faut le savoir. Il passe juste un peu au second plan devant la force des caractères et devant le talent à avoir construit un roman aux confins de tous les genres. Paul Colize semble s’être lancé un défi : tenir en haleine le lecteur pendant 420 pages avec un roman psychologique. Vous avez bien lu : en haleine ! Impossible à lâcher, ce roman décidément inclassable se révèle un défi pleinement réussi qui déstabilisera beaucoup mais qui au bout du compte s’avère un bel exercice de style.

Ne ratez pas les avis de Fred K, Musemania et Yvan bien sur

Espace Bob Morane : Le cycle de l’Ombre Jaune 3

La revanche de l’Ombre Jaune d’Henri Vernes

Editeur : Marabout – 1959

J’ai lu beaucoup d’aventures de Bob Morane quand j’étais au collège, peut-être une centaine, et j’en ai gardé un souvenir extraordinaire. Il fallait bien que je me limite dans les centaines de romans publiés et donc j’ai choisi le cycle de l’Ombre Jaune tel qu’il est décrit dans Wikipedia, soit 23 romans.

Par un bel après-midi de printemps, Bob Morane rentre chez lui, dans sa Jaguar, en passant par les quais de Seine. Il aperçoit un mendiant, entouré par un groupe d’enfants, faisant des tours avec un petit singe. Intrigué mais obligé de rouler, il a le temps de voir le visage, caché sous un large chapeau, et des yeux jaunes inoubliables. Se pourrait-il que ce soit l’Ombre Jaune ?

Curieux mais aussi fortement inquiet, il ressort de chez lui, pour arpenter le Quai Voltaire, sans rien apercevoir. En s’arrêtant dans une brasserie de Saint-Germain-des-Prés, une diseuse de bonne aventure lui prédit sa mort. Fichtre ! Lui qui n’est pas sujet aux diverses croyances, il fait quelques recherches et s’aperçoit que des morts mystérieuses ont eu lieu à la suite prédictions funestes. Il décide d’en avoir le cœur net et de retourner sur les quais le lendemain.

Troisième confrontation entre Bob Morane et l’Ombre Jaune, où la tension est à son comble. Le roman tourne à un véritable duel entre les deux hommes, avec un Bill Balantine qui va arriver toujours trop tard. Si Bob a sauvé M.Ming dans le premier, s’il a tué l’Ombre Jaune dans le deuxième, ce roman ressemble à une revanche d’où le titre du  livre. Et la fin donne fichtrement envie de lire la suite.

Ce roman va nous faire voyager : des puces de Paris à la visite des égouts, après un passage par Bruxelles, pour rencontrer un spécialiste en botanique, Bob Morane va poursuivre son ennemi juré jusqu’en Egypte, sur l’île Éléphantine. Ce roman s’avère moins rythmé. J’y ai même trouvé des moments un peu longuets où l’auteur tire un peu son intrigue, comme les explications sur les égouts de Paris. Ce n’est probablement pas le meilleur de la série, mais la fin relève l’ensemble avec un suspense insoutenable.

Dans le livre que j’ai lu, édité par Marabout Junior, l’accent est mis sur les prothèses animées telles celle que M.Ming a pour remplacer sa main perdue. Comme le roman date un peu, nous savons aujourd’hui que de grands progrès ont été faits depuis les années 60. Et on ne peut que louer l’aspect visionnaire des progrès scientifiques à venir d’Henri Vernes.

Les romans chroniqués sur le duel entre Bob Morane et L’Ombre Jaune sont :

La couronne de Golconde

L’Ombre Jaune

La vraie vie d’Adeline Dieudonné

Editeur : L’Iconoclaste

J’ai tellement entendu parler de ce roman en bien, dont la fidèle Belette, que je me devais de le lire. Pour un premier roman, c’est une bombe, qui vous prend à la gorge du début à la fin … et quelle fin ! Si ce roman a reçu le prix du roman FNAC, ce n’en est que justice, tant ce roman est marquant.

La narratrice, dont on ne connaitra jamais le prénom, a 10 ans et vit chez ses parents avec son petit frère Gilles. Sa mère est effacée, elle l’appelle l’amibe. Et on ne communique pas avec une amibe. Quant au père, il est violent et passionné de chasse. Il part d’ailleurs en safari et il ramène toujours des animaux empaillés qu’il stocke dans la « chambre des cadavres ».

Malgré l’ambiance menaçante du foyer, les deux enfants sont heureux, jouent tout le temps ensemble. Un été, le marchand de glace va se prendre une soupape dans la tête et mourir devant les enfants. A partir de ce moment, l’adolescente va se rendre compte que Gilles a changé : il ne rit plus, ne joue plus, ne parle plus. Elle va tout faire pour changer le passé, revenir au temps où ils étaient heureux.

Elle va aussi ressentir la menace peser : celle qui émane de la chambre des cadavres. Elle croit entendre le rire de la hyène, a peur des tête de lion, et ébahie devant la défense d’éléphant. On dit que la voisine est magicienne. Alors elle va lui demander comment fabriquer une voiture qui revient dans le passé, comme dans Retour vers le futur.

Qu’il est difficile de faire parler une enfant, quel pari risqué de choisir cette narration à la première personne avec tout ce que cela implique de phrases simples, de descriptions imagées et de sentiments exacerbés. Ce premier roman est un pari réussi, c’est une bombe du début à la fin.

On y trouve au début quelques maladresses comme si l’adolescente ne savait pas bien exprimer ses sentiments, dérouler son histoire. Puis, les années passant, le style s’affirme, l’intrigue se fortifie, et surtout les scènes deviennent de plus en plus prenantes, de plus en plus fortes émotionnellement.

On suit cette adolescente, on la voit grandir, avec pour seule motivation améliorer la situation, sauver son petit frère. Et on y croit, on serre les dents, on l’encourage même, on est horrifié par tous les événements qu’elle subit, les coups ne parvenant pas à la mettre à terre mais la rendant encore plus forte, plus déterminée.

Il y a une belle galerie de personnages secondaires dans ce roman même si j’aurais aimé que certains soient plus développés. Mais il restera en moi cette plume à fleur de peau, cette belle âme à fleur de peau qui va nous conter une histoire terrible et nous la rendre belle. C’est un roman rare, de ceux que je garde sur ma table de nuit, pour en relire certains passages. Il est impossible que vous n’aimiez pas ce roman.

Espace Bob Morane : Le cycle de l’Ombre Jaune 2

L’ombre jaune d’Henri Vernes

Editeur : Marabout – 1959

J’ai lu beaucoup d’aventures de Bob Morane quand j’étais au collège, peut-être une centaine, et j’en ai gardé un souvenir extraordinaire. Il fallait bien que je me limite dans les centaines de romans publiés et donc j’ai choisi le cycle de l’Ombre Jaune tel qu’il est décrit dans Wikipedia, soit 23 romans.

Londres, Vers une heure du matin, les constables Wilkins et McReady font leur tournée d’inspection quand ils rencontrent un homme qui dort. L’homme ne veut se réveiller, il ne sent pas l’alcool. A la lueur de leur torche, Sur l’homme, les deux policiers remarquent un billet, destiné au Commissionner de Scotland Yard : si le gouvernement ne stoppe pas ses recherches atomiques sous huit jours, l’homme mourra. Puis, l’homme se mit à ânonner : « L’Ombre Jaune est la vie, mais elle est aussi la mort … Elle peut sauver l’humanité mais elle peut aussi la détruire. »

Bob Morane est à Londres, où il a donné rendez-vous à son ami Bill Balantine. En rentrant à son hôtel à pied, quand il entend une jeune femme appeler à l’aide. Elle a affaire avec des voleurs qui veulent lui dérober son sac. Bob arrive à mettre les malotrus en fuite et fait la connaissance de Tatiana Orloff. Elle accepte donc de le conduire à son hôtel. Pendant la nuit, un homme frappe à sa porte. Quand il ouvre, il découvre un cadavre. Il n’a plus qu’à appeler Scotland Yard …

Bob Morane va donc retrouver dans cet épisode son ennemi juré, l’Ombre Jaune, dit M.Ming. Il va aussi être aidé par son ami Bill Balantine, et heureusement qu’il sera à ses cotés pour le sauver de plusieurs situations dangereuses. Car l’intrigue va consister à retrouver Jack Star, un ami kidnappé par le maléfique M.Ming.

C’est un épisode trépignant, plein de péripéties que nous propose Henri Vernes. C’est simple : il y a 14 chapitres, chacun comportant 2 scènes d’action. Total : en 140 pages, on a droit à 28 scènes d’action où l’ambiance mystérieuse est mise en avant. C’est du pur plaisir de lecture et c’est un épisode que j’avais déjà lu et dont je me suis très bien rappelé ce qui s’y passait quarante ans après l’avoir lu ! Un must du roman d’aventures !

Comme l’a dit L’oncle Paul, certains événements ont inspiré nombre de films, de La guerre des étoiles à Indiana Jones. Par exemple, le décor où Bob Morane retrouve L’Ombre Jaune à la fin du roman, sorte de caverne qu’il découvre à la sortie d’un tunnel, rappelle celui d’Indiana Jones et le Temple Maudit. Cela rend ce roman d’autant plus marquant.

Dans l’édition que j’ai lue, Marabout Junior, il nous est présenté le jiu-jitsu, cet art martial mortel dont use Bob Morane pour se défaire de ses adversaires. Une nouvelle fois, c’est une bonne façon d’apprendre des choses autres que ce que l’on nous apprend tous les jours, et en particulier la différence entre le jiu-jitsu et le Judo.

Je vous rappelle mon avis sur La couronne de Golconde d’Henri Vernes ici

Espace Bob Morane : Le cycle de l’Ombre Jaune 1

La couronne de Golconde d’Henri Vernes

Editeur : Marabout – 1959

Tout ça, c’est de la faute de l’Oncle Paul. C’est en lisant ses billets sur les romans d’Henri Vernes qu’il m’a donné envie de relire les Bob Morane. En effet, j’ai lu beaucoup de ses aventures quand j’étais au collège, peut-être une centaine, et j’en ai gardé un souvenir extraordinaire. Il fallait bien que je me limite dans les centaines de romans publiés et donc j’ai choisi le cycle de l’Ombre Jaune tel qu’il est décrit dans Wikipedia, soit 23 romans.

En croisière sur le Gange pour rejoindre l’Inde, Bob Morane assiste à une partie de poker entre deux hommes. L’un d’entre eux, Hubert Jason, est particulièrement chanceux et arrogant. Il gagne tout l’argent de son adversaire et demande si quelqu’un veut l’affronter. Bob Morane accepte à contrecœur et arrive à mettre en déroute Hubert Jason. Mais comme il n’est pas intéressé par l’argent, il propose de tout jouer à quitte ou double, en tirant une carte au hasard. Hubert Jason tire un as de pique et Bob Morane s’avoue vaincu alors qu’il a tiré un as de cœur.

Une jeune femme se présente alors à Bob Morane. Elle dit s’appeler Miss Diamond et a besoin de lui pour retrouver un héritage familial qui comporte la célèbre couronne de Golconde. Bob Morane n’est pas très chaud pour se lancer dans cette aventure, jusqu’à ce qu’il surprenne une discussion entre Hubert Jason et un acolyte, où les malfrats se mettent d’accord pour voler le trésor de Miss Diamond pour répondre aux ordres de M.Ming. Bob Morane luttant pour la justice, il va donc aider la jeune femme.

Reprendre 40 ans après la lecture d’un Bob Morane, c’est pour moi un rajeunissement. Et au fur et à mesure de l’avancement de ma lecture, j’ai compris pourquoi un adolescent adore les aventures de cet aventurier hors norme. D’abord, sur le personnage, c’est un personnage bon, droit, honnête et moral. Pour autant, ce n’est pas un super héros, et on est loin des surhommes que l’on voit apparaître aujourd’hui. Si on s’identifie immédiatement à lui, sa psychologie n’est pas laissée de coté, loin de là. Ce n’est pas un personnage creux, il est confronté aux doutes, entre envie d’aider et conscience du danger.

La construction du scénario est simple, chaque chapitre représentant une scène ce qui correspond bien au public visé. Mais les scènes sont très visuelles et on est vraiment plongé dans une ambiance d’un autre monde. Et puis, si on peut penser que le style est un peu suranné, il n’en reste pas moins que c’est remarquablement bien écrit. Cela permet de se trouver au milieu de scènes dans un état de stress important. Les scènes finales sont de pures scènes d’action et elles sont très prenantes.

Dans l’édition que j’ai lue, Marabout Junior, il nous est présenté le yoga qui est une bonne façon d’apprendre des choses autres que ce que l’on nous apprend tous les jours. J’ai appris plein de choses sur ce sport de relaxation et quelques poses, ainsi que leur signification. Cette première confrontation entre Bob Morane et M.Ming (qui va devenir l’Ombre Jaune) aura été une bouffée de nostalgie bienvenue, un très bon roman d’aventures, mâtiné d’action et de fantastique.

Entre parenthèses, il serait peut-être grand temps de rééditer les aventures de Bob Morane et de les voir revenir sur les étals de nos libraires !

Zanzara de Paul Colize

Editeur : Fleuve Editions

Depuis Back-up (et même un peu avant), je lis toutes les nouvelles sorties de Paul Colize, car ses livres sont tout simplement prenants et permettent de passer à chaque fois d’excellents moments de lecture. Je ne suis pas prêt d’oublier Un long moment de silence, qui est à mon avis son meilleur roman à ce jour, le plus personnel aussi, ce qui en fait presque le livre de sa vie. Et Zanzara alors ? Il est comment ? GENIAL !

Fred a organisé son défi. Il a réuni des parieurs, qui versent une obole pour le voir prendre le périphérique de Bruxelles à contresens au volant de sa voiture, à fond. Après que chacun ait versé ses billets, il prend le volant et se lance sur le Ring. Il roule sur la voie de gauche, ne cherchant même pas à éviter les voitures qui viennent en face. Puis, il réussit à prendre la sortie suivante après plusieurs centaines de mètres de folie, et une bonne dose d’adrénaline. Encore une fois, il s’en sort. Entreprise suicidaire ? Pour lui, il s’agit plutôt de chercher une forme de rédemption, et un bien-être qu’il a rencontré dans sa jeunesse.

Fred, de son vrai nom Frédéric Peeters, est journaliste au journal Le Soir. Lors de la réunion de l’équipe, pour faire un point sur les sujets en cours, il reçoit un coup de fil d’un dénommé Régis Bernier. Il se dit menacé, a peur pour sa vie et lui propose un rendez-vous le lendemain pour lui faire des révélations. Quand il se rend chez Bernier, dans les Ardennes, il découvre un cadavre.

Il appelle alors la police puis inspecte les lieux. Certes, il semble que Régis Bernier se soit suicidé. Mais le pistolet semble bien éloigné du cadavre, sous le bureau. D’ailleurs, il n’y a pas de trace ni de téléphone, ni d’ordinateur, alors qu’il y a un écran et une imprimante. Les remarques du légiste laissent penser que la mort remonte à trois jours, soit avant le coup de fil qu’il a reçu. Il n’y a qu’un journaliste pour être attiré par ce genre de mystère.

Accrochez vous ! Dès les premières pages, on est pris dans le rythme, comme une sorte de 10 000 mètres à courir à la vitesse d’un sprint. De la scène initiale à la fin, le mot d’ordre est de l’action, de l’action et de l’action. Et cela se coordonne parfaitement avec la psychologie du personnage principal, Fred, sorte de suicidaire, avide de défis impossibles pour à la fois exorciser un drame de jeunesse et à la fois se sentir vivant. En fait, il vit à 100 à l’heure, aussi bien dans son travail que dans sa vie personnelle. Fred, c’est un descendant des punks, un No Future moderne, un Rimbaud du polar.

Car Paul Colize ne se contente pas d’écrire un roman d’action, il nous propose aussi un formidable personnage auquel on adhère et par voir de conséquence, pour lequel on a peur quand il fait ses défis ! Et on le trouve timide quand il s’agit d’aborder et de draguer Camille, une libraire, avant de le voir cinglé dans sa relation sexuelle, comme s’il devait prouver chaque respiration qu’il prend. Et tout est mené au même rythme, ce qui fait qu’on n’a pas le temps de retrouver son souffle, on court de mots en phrases, de phrases en chapitres courts, pour arriver au sujet du livre.

Fred va mener son enquête, rencontrer le fils du mort, et petit à petit découvrir le fin mot de l’histoire. L’auteur nous parle d’un événement que personne n’a évoqué, que tout le monde a enterré consciencieusement, sur fond de mercenariat, que ce soit dans les émeutes ou dans les guerres modernes. Quelques chapitres en italiques nous indiquaient bien qu’il y avait un sujet de fond, et celui-ci est judicieusement amené et suffisamment révoltant pour que l’on ait envie de hurler. Et cela fait de ce polar bien plus qu’un polar, une dénonciation des exactions gouvernementales mais aussi des informations que l’on choisit consciencieusement de donner au peuple. GENIAL !

Ne ratez pas l’avis des amis Claude, Yvan,  ainsi que sur Au Pouvoir des mots.