Archives pour la catégorie Littérature belge

Concerto pour 4 mains de Paul Colize (Fleuve Noir)

Génial, le dernier Paul Colize est génial. Prenant d’un bout à l’autre, il nous montre le destin de deux hommes, avec une simplicité telle que ce roman est impossible à lacher, et malgré cela, la structure du livre n’est pas si évidente que cela. Pour un lecteur lambda, cette lecture vous paraitra évidente et passionnante. Pour un spécialiste du polar, cette lecture laissera pantois par la maitrise montrée dans la conduite de l’intrigue. Je disais que ce roman est génial : Erreur ! il est impressionnant.

Le 18 février 2013, un fourgon charge une cargaison de diamants dans un avion. Un camion enfonce un mur de protection et débarque lors du chargement. Rapidement, les malfaiteurs mettent en joue les convoyeurs et embarquent les nombreux sacs. Quelques minutes plus tard, le camion se sauve par le même chemin qu’ils ont utilisé pour arriver. La rapidité, la précision font de ce braquage un chef d’œuvre du vol sans effusion de sang. Ce braquage serait-il l’œuvre de Franck Jammet ?

La vocation de Franck Jammet lui est dévoilée le jour où, enfant de chœur, il voit le curé mettre dans sa poche un gros billet récupéré lors de la quête de fin de messe. Ce jour-là, il comprend que l’on peut être voleur et ne pas se faire prendre. Scout par la suite, il invente une arnaque pour sauver des animaux en voie de disparition avec son ami de toujours XXX. C’est lors de ses études qu’il commence à monter des braquages judicieux, non violents et très rémunérateurs.

De nos jours, Jean Villemont, avocat au barreau de Bruxelles, doué et travailleur acharné, est appelé par M.Bachir pour défendre son fils Akim, qui vient d’être accusé de vol. En effet, Akim a été arrêté alors qu’il réalisait un braquage avec un couteau et à visage découvert. Le premier contact entre Akim et Jean se passe mal : Akim ne veut pas être défendu. Jean va mener son enquête et s’apercevoir qu’au lieu de braquer le bureau de poste, Akim cherchait en fait à échapper à la grosse voiture qui l’attendait dehors, et que, pour ce faire, il est entré précipitamment dans la banque pour simuler un braquage.

Ce roman est incroyable, impressionnant de maitrise, un pur plaisir de lecture. Il repose sur deux personnages forts, un voleur de haut vol et un avocat. D’emblée, Paul Colize alterne les chapitres afin de leur donner à chacun un temps de parole identique. Les chapitres se parlent, se répondent, et on entre dans cette intrigue avec deux hommes qui sont chacun d’un coté de la ligne jaune.

Franck Jammet est un truand qui se revendique comme tel, Jean Villemont est un avocat honnête qui se revendique comme tel. Ce qui attire mon attention, c’est le réalisme des scènes, et l’humanité des personnages. Paul Colize a mis beaucoup de passion dans son roman, et il nous l’insuffle, il nous conte une histoire à laquelle, il me semble, tout le monde se doit d’adhérer car elle est simple et humaine ; elle nous parle.

Cette construction faite d’alternances n’est pas nouvelle et on attend avec imaptience la rencontre entre les deux personnages. Elle est rendu plus complexe par le fait que les chapitres concernant Frank Jammet racontent sa vie depuis son adolescence. Malgré cette complexité voulue et revendiquée, ce roman est remarquable par sa fluidité, sn évidence. Ce roman se lit tout seul, le style est simple, mais chaque mot, chaque phrase veulent dire quelque chose.

Pour avoir lu plusieurs romans de Paul Colize, ce roman doit lui permettre d’atteindre à la reconnaissance parmi les meilleurs conteurs francophones contemporains. J’ai été époustouflé par la créativité des scènes, par l’imagination qui en découle, par l’évidence des enchainements et par la beauté de cette histoire, de ces deux destins. Et pendant toute la lecture, on ne se pose pas la question de comment ces histoires peuvent finir, parce que l’on aime se laisser porter par la narration.

Si je considère qu’Un long moment de silence est son chef d’œuvre à ce jour, ce roman là en est très proche tant ce roman est passionnant d’un bout à l’autre. Et si je dois vous donner un conseil pour vos cadeaux de Noel, n’hésitez plus : Ce roman là est sans aucun doute en ce qui me concerne un roman qui va plaire à tout le monde. Laissez vous emporter par ce concerto pour 4 mains !

Ne ratez pas les avis des amis : David et Yvan,

L’innocence des bourreaux de Barbara Abel (Belfond)

Barbara Abel a l’habitude de créer des suspenses psychologiques passionnants, basés sur des situations de tous les jours. Ce roman ne fait pas exception à la règle puisque nous nous retrouvons dans une supérette … du moins au début …

Joachim Fallet, dit Jo, est un jeune homme, en situation de manque. S’il ne trouve pas de drogue rapidement, il va craquer. Il a bien essayé d’appeler sa copine mais ça ne répond pas. Poussé à bout par son envie, son besoin, il prend son arme et descend à la supérette de la rue des Termes.

Aline Verdoux a décidé d’aller voir son père qui est dans une maison de retraite. Son fils, adolescent de 15 ans joue à la console et ne veut pas venir. Aline craque et casse la manette. Ils partent tous les deux et s’arrêtent à la supérette avant de prendre la route.

Michelle Bourdieux est une dame à domicile qui s’occupe de Germaine Dethy, une vielle dame de 83 ans, désagréable au possible. Germaine ne peut se déplacer seule. Après avoir nettoyé les vitres, elles vont faire des courses.

Léa Fronsac est une jeune mère séparée. Son fils regarde les dessins animés. Elle a juste le temps de faire un aller retour éclair pour aller chercher des couches.

Guillaume Vanderkeren est caissier à la supérette. Il a son après-midi, avant que Camille, sa collègue lui annonce qu’elle a un rendez vous chez le gynécologue. Il ne manquerait plus que son égarement le conduise à devenir père ! Il va donc la remplacer.

Géraldine Marbeau et son fils Felix de 8 ans doivent préparer le repas du soir. Au programme, un fantastique Tiramisu. Mais il lui manque du café. Felix est d’accord pour aller chez la voisine Mme Bertille avant d’aller chercher un paquet de café pour sa mère.

Thomas Piscina est comptable. Il vient de tromper sa femme avec la réceptionniste. Après avoir passé du bon temps, il est temps de retourner travailler. En passant, ils s’arrêtent à la supérette pour quelques achats.

C’est alors que Jo débarque en hurlant : « Tous à terre ! Le premier qui bouge, je le bute ! ».

Une nouvelle fois, Barbara Abel va nous surprendre, mais il y a au moins une constance avec ce roman, c’est l’acuité dans l’analyse psychologique des personnages qui est au premier plan. Certes, on commence avec un huis clos, et cette situation est plutôt classique. J’ai apprécié la façon de présenter la petite dizaine de personnages qui vont errer dans ce roman comme des âmes en peine.

Donc nous avons un chapitre par personnage, et la précision de Barbara Abel est telle qu’elle est capable en moins de 10 pages de nous présenter à la fois le passé, le présent et les sentiments de ceux-ci. Cette facilité, ce talent est tout simplement époustouflant. On se dit aussi que l’on va se perdre avec dix personnages à suivre, chacun à son tour. Que nenni ! Ils sont suffisamment marqués, ils sont tellement vivants, qu’on a l’impression de les voir, de les rencontrer.

Puis arrive la scène de braquage. Sans esbroufe particulière, l’auteure nous déroule cette histoire en passant de l’un à l’autre, avec à chaque fois les états d’âme des uns et des autres mais surtout en dégottant dans son imagination débridée des événements qui sont comme autant de retournements de situation. Certes, on reste confiné dans un seul lieu, alors on peut se dire qu’en termes de rebondissements, c’est limité. Si vous avez cette reflexion, c’est que vous ne connaissez pas Barbara Abel.

Et puis, vous aurez remarquez sur la couverture que Bourreaux est au pluriel, alors que Jo est tout seul. C’est bien parce que l’auteure a décidé de s’amuser à redistribuer les cartes, que l’on pensait pourtant bien avoir en main. C’est un gros point fort de ce roman : on ressent le plaisir qu’a eu l’auteure à s’amuser avec ses personnages. Alors elle se laisse aller, elle les laisse vivre leur vie, et quand on connait Barbara Abel, certains d’entre eux vont avoir de petits soucis …

Alors, même si je trouve la fin moins forte que le début du livre, Barbara Abel nous démontre une nouvelle fois qu’elle écrit des romans Psychologiques avec un grand P, et qu’elle sait rendre passionnant la moindre situation quotidienne pour notre plus grand plaisir. Toutes les lectrices et tous les lecteurs ne peuvent qu’aimer ce roman, tant il va évoquer en elles et eux des frissons à l’évocation d’une situation qu’ils ont forcément rencontrée un jour. Du grand art !

Ne ratez pas les avis des amis Claude Le Nocher et L’oncle Paul

Les ténèbres et rien de plus de Julia Tommas (Anne Carrière)

Voici un nouvel auteur à épingler sur Black Novel, d’origine belge. Si vous cherchez un roman rythmé, un bon divertissement, ce roman est fait pour vous. Une fois n’est pas coutume, je recopie la quatrième de couverture car je la trouve bien faite.

Quatrième de couverture :

Qu’est devenu le corps de Peter Mulchan, le tueur en série qui a terrorisé New York ? C’est la question que se posent l’inspecteur Kenji Yoshiro, de la brigade criminelle, et le docteur Lisa Cavalcante, chercheuse en neurosciences à l’université de Columbia.

Le premier se souvient encore du jour où il était parvenu à l’arrêter. Mais, inculpé pour le meurtre de trois jeunes femmes et deux tentatives d’assassinat, Mulchan s’était suicidé dans sa cellule avant même de connaître la date de son procès. Quant à Lisa, son doctorat en neuropsychiatrie ne lui est d’aucun secours pour faire face au traumatisme qu’elle a subi un an auparavant : Peter Mulchan était un de ses patients, et c’était avec elle qu’il avait décidé de mettre un terme à ses activités de serial killer ; et pourtant, il avait tenté de la tuer. Depuis ce jour, Lisa est hantée par ce souvenir ; un éclat de voix dans la foule, le contact d’une main dans le métro, un visage entraperçu au détour d’une rue, autant de symptômes du stress post-traumatique dont elle souffre et pour lequel elle refuse de se soigner.

Alors qu’elle se réfugie dans ses travaux de recherche, déterminée à prouver que la quatrième victime du tueur en série, encore plongée dans un état végétatif, pourrait sortir du coma, l’impensable se produit. Le corps d’une jeune femme est retrouvé dans un cimetière de la ville. Les marques sur son cadavre ne laissent aucun doute : elle a été enlevée et torturée selon le modus operandi de Peter Mulchan. Troublé par la ressemblance physique de cette nouvelle victime avec Lisa, Yoshiro pense avoir affaire à un imitateur. Mais la neuropsychiatre a un tout autre avis : et si Peter Mulchan n’était pas mort ?

Mon avis :

Quand vous voyez la couverture (superbement inquiétante, soit dit en passant), vous y voyez inscrit Thriller. Je dois vous avouer que si je devais donner un qualificatif à ce roman, je dirais que c’est plutôt un roman policier rythmé. Certes, Lisa et Kenji sont à la poursuite d’un serial killer, qui semble mort a priori. Pour autant, je n’ai pas ressenti de frissons à la lecture de ce roman mais plutôt une urgence à avancer dans l’intrigue, emporté par le rythme donné à cette enquête.

Donc, nous avons un serial killer qui est sensé être mort, des corps assassinés, martyrisés selon la méthode du tueur trépassé et deux enquêteurs en parallèle pour démêler une intrigue qui peut sembler simple et connue. Effectivement, Copycat de James Patterson parle du même sujet et je me suis demandé comment l’auteure pouvait faire du neuf avec ce sujet.

En fait, je dois dire que le roman, même s’il ne m’a pas passionné, a réussi à me tenir en haleine jusqu’au bout. Je pense que cela est du à la grande fluidité de la narration, à la simplicité du style et au rythme apporté dans le déroulement de l’intrigue. Car, avec ses chapitres courts et ses phrases qui n’en rajoutent pas, le rythme de la lecture est élevée comme tout ce qui se passe dans le roman.

Si ce roman remplit son rôle de nous divertir, il faut tout de même avouer que même si l’intrigue se complique au fur et à mesure de l’avancement, celle-ci reste tout de même très linéaire. De même, les personnages sont gentils (trop) mais je les ai trouvés un peu trop lisses à mon gout. Ceci dit, pour être honnête, ce roman remplit son objectif d’être un roman divertissant.

Ne ratez pas l’avis de Tousleslivres

L’avocat, le nain et la princesse masquée de Paul Colize (La Manufacture de Livres)

Après le magnifique Un long moment de silence, Paul Colize nous revient un an après avec un polar plus classique. Ce roman nous propose donc une enquête plus classique, et joue dans la cour des romans de divertissement.

Hugues Tonnon est avocat à la barre de Bruxelles. Sa spécialité, ce sont les divorces, et c’est une activité bien lucrative. Quand le top model belge, la sublime Nolwenn Blackwell, débarque dans son bureau, tous ses sens sont en éveil. En effet, celle-ci veut se séparer d’Amaury Lapierre, un sexagénaire chef d’une grande entreprise, alors qu’ils allaient se marier. La cause de la dispute : une photographie dans un magazine où Lapierre apparait dans les bras d’une donzelle.

Pour bien cerner son sujet, Hugues emmène Nolwenn manger dans un excellent restaurant. Ils boivent, un peu, beaucoup, beaucoup trop et il décide de la raccompagner chez elle. Quand elle lui offre une vodka, la soirée se termine en trou noir et Hugues se réveille chez lui. C’est la police qui lui annonce que Nolwenn a été retrouvée assassinée chez elle, dans sa chambre, de deux balles de revolver. Et le principal suspect s’appelle … Hugues Tonnon.

Manque de chance : Le policier en charge de l’enquête a déjà eu affaire avec l’avocat … pour son malheur. Lors de son divorce, il a en effet perdu sa moto. Alors pourquoi chercher plus loin un coupable ? Hugues Tonnon va donc être obligé de mener sa propre enquête quitte à fuir la police et quitter son pays.

Après les formidables Back-up et Un long moment de silence, Paul Colize nous revient avec un polar plus classique. ET on va y retrouver tous les ingrédients qui font de tout polar un bon divertissement : Une enquête compliquée, des personnages truculents, un style simple, imagé et direct, des situations rocambolesques, des voyages dans différents pays, bref tout est là pour passer un bon moment.

Alors, Paul Colize va nous embarquer avec son personnage d’avocat à moitié snob, à moitié misogyne de la Belgique à la France, en passant par l’Afrique du sud, le Maroc ou l’Algérie, tout ça pour nous parler de plusieurs meurtres qui ont été perpétrés autour de la coupe de monde de football. Et Hugues Tonnon se retrouve affublé d’une journaliste aussi belle qu’énervante mais suffisamment mystérieuse pour que l’on ne croit pas à son histoire de biographie de Nolwenn.

Ce roman, on peut le voir aussi comme un hommage, un hommage à certains personnages (on y croise par exemple un Maxime Gillio) mais aussi un hommage aux plus grands films d’aventure dont chaque titre de chapitre reprend un titre de film. Ce sont aussi certaines allusions qui l’air de rien, sous un air de divertissement, nous rappelle que cette enquête n’est peut-être pas aussi innocente qu’il n’y parait au premier abord.

En tous cas, Paul Colize emporte l’adhésion haut la main, avec ce roman fort divertissant, aux péripéties nombreuses, avec de nombreuses fausses pistes et un humour toujours présent, à la limite du cynisme de bon aloi. Et puis, rien que pour des petites phrases du genre : « Le mariage est la principale cause de divorce. Sans le premier, le second n’aurait pas vu le jour. L’affaire se limiterait à une séparation assortie de quelques larmes ou de vagues reproches. La vie reprendrait ensuite son cours et chacun poursuivrait son chemin la tête haute. Un coup de gueule fielleux ou un suicide avorté viendrait de temps à autre troubler l’ordre des choses, mais ce ne serait que des cas isolés. » Excellent. !

Oldies : L’instinct maternel de Barbara Abel (Masque poche)

Dans la rubrique Oldies de ce mois, voici un auteur qui écrit de très bons polars psychologiques. Quoi de mieux que de lire son premier roman, qui vient d’être réédité aux éditions du Masque dans la collection Masque Poche. Barbara Abel a récemment connu un beau succès avec son dernier roman en date Derrière la haine.

L’auteur :

Après des cours en théâtre suivis à 15 ans à l’Académie d’Etterbeek, elle étudie à l’Université libre de Bruxelles où elle obtient une licence en philologie romane. Elle s’inscrit ensuite à d’interprétation à l’École du Passage de Paris, puis exerce un temps le métier de comédienne et participe à des spectacles de rue.

À 23 ans, elle écrit sa première pièce de théâtre, L’Esquimau qui jardinait, qui est montée avec succès sur des scènes bruxelloises et au Festival de théâtre de Spa. Elle se lance peu après dans l’écriture, publie quelques textes dans différentes revues et, en 2002, un premier roman policier, L’Instinct maternel, lauréat du Prix du roman policier du festival de Cognac. Elle fait ensuite paraître d’autres récits de suspense qui ont évoque souvent des milieux familiaux étouffants où germent délits et folie.

Elle assure également des chroniques culturelles diffusées sur Arte Belgique.

(Source Wikipedia)

4ème de couverture :

Richard et Jeanne Tavier jouent, depuis de nombreuses années, la comédie du bonheur parfait dans le milieu huppé qu’ils fréquentent. Leur agressivité et leur mépris sont renforcés par le fait qu’ils n’ont jamais pu avoir d’enfant. Edwige, la confidente de Jeanne, l’aide de son mieux en lui procurant conseils et tendresse. Un soir, celle-ci débarque chez elle et lui annonce que Richard s’est rompu le cou en tombant dans l’escalier. Edwige n’est pas dupe mais couvre son amie en l’assurant de son silence. À l’ouverture du testament, le notaire annonce à la veuve que Richard lègue sa fortune à une inconnue. Blessée et dépitée, Jeanne transforme son ressentiment en une boule de fiel qui lui fait perdre la raison. Décidée à retrouver la femme qui a hérité à sa place, elle a bien l’intention de la supprimer.

Mon avis :

Voilà un roman psychologique épatant. Découpé comme les neuf mois d’une grossesse, il va montrer la mécanique implacable d’un esprit totalement malade, celui de Jeanne, prête à n’importe quoi pour récupérer l’argent de l’héritage de son mari. Oscillant entre horreur et huis-clos, la magie du style de l’auteur nous entraine dans les bas-fonds de l’ame humaine, avec une maestria qui force le respect. Ce qui est remarquable, c’est la précision de l’écriture, cette obsession de la bonne expression, et la faculté de construire des décors très explicites.

Et si je regrette juste que tout le roman ne soit pas centré sur Jeanne, c’est un roman idéal pour rentrer dans l’univers de cette auteure qui sait à la fois construire une intrigue impeccable, mais en plus faire ressentir au lecteur les fortes émotions, en utilisant notre fibre humaine et sensible. Quand un esprit est incapable de ressentir le moindre sentiment, qu’il est renfermé sur lui-même, cela donne des scènes d’une force incroyable. Une lecture indubitablement forte et marquante à ne pas rater.

Un long moment de silence de Paul Colize (La Manufacture de livres)

Attention ! Coup de cœur ! Que c’est difficile d’écrire cette chronique pour ce livre que j’ai lu cet été ! Mais comment rendre justice à ce roman si foisonnant, important, envoutant, prenant, impressionnant ? Comment vous dire que Paul Colize m’a emporté dans son intrigue emberlificotée jusqu’à un dénouement pour le moins surprenant ?

Le roman s’ouvre sur la Tuerie du Caire, en 1954. Une voiture s’arrête devant l’aéroport, déversant sur le trottoir quatre hommes armés de mitraillettes. Ils ouvrent le feu sur les policiers présents puis font irruption dans l’aérogare et font un massacre parmi les passagers d’un vol en provenance de l’Allemagne. Le bilan sera lourd : 21 morts et une trentaine de blessés. L’enquête internationale n’arrivera jamais à démontrer qui furent les auteurs de cette tuerie aveugle …

De nos jours, Paris. Stanislas Kervyn est le fils d’une des victimes de la Tuerie du Caire. Il n’a jamais connu son père, il avait 1 an au moment du drame. Propriétaire d’une société de sécurité informatique, il consacre son temps libre à résoudre ce mystère. Il vient d’écrire un livre qu’il vient présenter à une émission littéraire télévisée. A la fin de l’émission, il reçoit un coup de téléphone. Son correspondant lui dit qu’il a des informations à lui communiquer, il était le chauffeur qui a emmené les tueurs du Caire …

1948, New York. Nathan Katz a 18 ans et est un miraculé des camps de la mort. Remarquablement intelligent, il va intégrer le Brooklyn College et être approché par une organisation qui s’appelle Le Chat, composée par des juifs ayant perdu leurs proches. Cette organisation secrète est chargée de repérer les anciens nazis pour les juger et les condamner.

Mais que relie donc un PDG d’une société informatique avec un chasseur de nazis ?

Parfait, le dessin de ce personnage qu’est Stanislas Kervyn, plus que désagréable, détestable à souhait, qui n’a aucun respect envers son prochain, rempli d’une fierté et d’une morgue pour écraser la moindre personne qu’il côtoie. C’est un personnage bien particulier que Paul Colize va nous obliger à suivre, à aimer, à détester, à apprécier au fil de l’histoire. Cet homme qui n’a pas de racine, mais qui les recherche, va être plongé dans une histoire qui va le dépasser. C’est un Icare moderne sans cœur qui va se bruler les ailes et découvrir la vérité et une forme d’humanité.

Parfait, le personnage de Nathan Katz, qui va nous faire visiter la deuxième partie du vingtième siècle, au travers sa recherche de vengeance, ayant laissé ses sentiments derrière les barbelés pour se lancer dans une course éperdue de la justice, ou du moins de se justice. C’est un personnage complexe, humain et inhumain, qui pose la question de la vengeance, de la justice, du pardon, de l’horreur, de la justification d’une attitude Œil pour œil, dent pour dent, qui implique le lecteur au plus haut point. Paul Colize pose le lecteur devant ses responsabilités, en posant la question : Que feriez vous ?

Parfaite la construction du roman, alternant les chapitres entre l’enquête de Stanislas et la vie de Nathan. Si la façon de faire n’est pas nouvelle, elle est réalisée avec une aisance et une évidence qui pousse le lecteur à lire plus avant, à avaler les pages, sans être pour autant dérouté ou perdu.

Parfait, le style de l’auteur, cette efficacité dans les mots utilisés, dans les phrases ciselées, dans les petits détails qui permettent de vous plonger dans un village d’Allemagne en 1954 par exemple. C’est un véritable plaisir des yeux, un véritable travail d’orfèvre, un véritable régal pour tout lecteur exigeant sur le style d’un roman. Ce roman est un vraie réussite, un grand travail d’écriture, un grand roman tout court.

Parfait le sujet et sa façon de le traiter, toute la documentation, toute cette érudition qui nous dévoile des pans d’histoire mal connus et un voyage dans le temps qui va durer soixante ans tout en nous passionnant du début à la fin. Formidable cette façon de lier les personnages à la grande histoire au travers de petites histoires.

Parfait ce roman, avec ce suspense si bien entretenu que malgré tout ce qui nous a été montré pendant ces 450 pages, la fin nous tombe sur la tête, nous tire des larmes embrouillées, et nous vient alors un immense regret, celui d’avoir tourné la dernière page. La gorge nouée, on croit en avoir fini, quand en lisant les remerciements de l’auteur, on comprend toute la passion qu’a mise Paul Colize dans cette histoire. Et c’est formidablement réussi.

Parfait ce roman !

C’est dans la boite de Frederic Ernotte (Avant-propos)

Bingo ! Voilà un premier roman épatant, rempli de qualités et à propos duquel j’ai bien du mal à identifier des défauts. Ce serait un roman à classer du coté des romans policiers, même si on y trouve des aspects bien stressants et un début bien noir. Mais trêve de palabres et entrons dans le vif du sujet.

Tout commence donc avec un personnage de flic, seul, séparé de sa femme, obsédé par son boulot et alcoolique, accroché qu’il est à sa bouteille de vodka. Il patauge dans une enquête sur un tueur en série qui s’amuse à ajouter des piercings sur ses victimes. Aucun indice ne permet d’avancer. Alors Jeff déprime, et s’enferme le soir chez lui, pour naviguer sur Internet.

Il tombe alors sur un site étrange qui ressemble à une boite noire, qui s’appelle la boite noire. Le code d’entrée de ce site confidentiel est son matricule de flic. Poussé par la curiosité, il entre et, sous pseudo, participe à des forums où des collègues flics comme lui partagent leurs affaires. L’addiction au site est immédiate et intense. Si cela ne l’aide pas dans son affaire en cours, il devient un des participants des plus actifs.

Un nouveau tueur fait son apparition, un tueur de flics. Sa première victime, Catherine, une collègue de Jeff, avec qui il aurait pu avoir une aventure. Ce nouveau coup dur dans la vie de Jeff arrive au moment où le site propose une nuit dans un manoir à huit de ses membres, dont le thème sera de partager leurs enquêtes. Jeff est choisi et rejoint un manoir perdu dans les Ardennes belges. Chaque participant devra amener une boite avec cinq indices concernant une affaire sur laquelle ils travaillent. Le jeu peut commencer …

Ce qui m’a immédiatement attiré dans ce roman, c’est le talent qu’a l’auteur de vous accrocher à une intrigue, cette façon de vous impliquer, de vous plonger dans un lieu, une ambiance, un personnage. Et si la biographie succincte de l’auteur dit qu’il est un touche-à-tout, c’est aussi ce qui transparait dans ce roman. Nous allons en effet avoir droit successivement à du roman noir, du roman policier, du huis clos stressant, des périodes intenses comme un thriller, et tout cela fonctionne à fond.

On débute donc avec ce personnage désespéré de flic solitaire et alcoolique. Rien de bien nouveau, sauf que, magie du style, de l’évocation, on court, on s’imprègne de la noirceur, du désespoir de Jeff. Puis vient l’horreur et un attentat à la bombe visant le plus de flics possibles. Le style devient alerte, l’horreur non décrite mais suggérée. C’est très fort ! Et puis, on entre dans ce manoir et l’intrigue se transforme en huis clos à la Agatha Christie.

Chaque flic, à tour de rôle, va donner des indices qui évoquent une affaire qu’ils ont connue, ou qui les a passionné. Et chaque flic va raconter à sa façon son affaire, dans un chapitre dédié. Si l’auteur n’en rajoute pas dans la psychologie des huit flics, leur façon de raconter leur affaire en dit beaucoup plus, de ceux qui prennent du recul à ceux qui sont impliqués, compatissants, passionnés. Toutes ces affaires, qui ressemblent à des nouvelles, auraient pu faire l’objet d’un roman à elles seules tant les détails de lieux, de personnage, et l’inventivité des intrigues sont grandes. Et même quand on aurait pu penser que cela aurait pu être un point faible du roman, l’auteur le transforme en point fort.

Une fois le principe assimilé par le lecteur, le livre nous regorge une belle surprise, une belle péripétie. Il s’avère que le tueur de flics est parmi eux. Comme ils ne se connaissent que par forum interposé, le stress s’empare de nous, qui du gentil au désagréable, qui de l’effacé à l’extraverti, qui de l’excitante à l’ancien peut donc être le coupable. On entre dans une autre dimension, car on se dit (je me dit) que Madame Agatha Christie n’aurait pas renié ce roman. Le compliment est-il trop grand ? Que nenni ! Lisez ce roman, vous allez être bluffé, emporté, passionné. Et que vous soyez amateurs de thrillers, de romans policiers, ou de romans noirs, C’est dans la boite joue avec tous les genres, et le fait redoutablement bien.

Je ne serai pas juste si je ne parlais pas de la fin. Car elle est aussi réussie que le reste du roman, et se permet même de terminer avec de l’humour noir, bien noir, comme je l’aime. Ce livre est une excellente surprise, un livre mutant qui flirte avec tous les genres, une lecture jouissive qui se termine en apothéose. Et quand je pense que c’est un premier roman, je n’ose imaginer le prochain, même si je l’attends avec impatience. D’ailleurs, j’ai bien envie de le relire, juste pour y déceler les indices parsemés ça et là. En tous cas, ne ratez pas ce roman, c’est du pur plaisir garanti.

N’hésitez pas à aller voir ces quelques articles glanés sur la toile :

http://passion-romans.over-blog.com/article-c-est-dans-la-boite-de-frederic-ernotte-noir-c-est-noir-112446574.html

http://www.fannylebez.com/polar/c-est-dans-la-bo%C3%AEte-fr%C3%A9d%C3%A9ric-ernotte/

http://www.concierge-masque.com/2012/12/22/frederic-ernotte-cest-dans-la-boite/