Archives pour la catégorie Littérature canadienne

Les cow-boys sont fatigués de Julien Gravelle

Editeur : Seuil

En ce début d’année, je vous propose une curiosité, qui nous arrive en droite ligne du Québec, dans des contrées glacées où l’auteur a décidé d’y implanter des trafiquants de drogue. On s’aperçoit vite que les bonshommes sont aussi sauvages que la nature qui les entoure.

Rozie a dépassé la cinquantaine et s’est exilé au Québec suite à un événement qui s’est mal déroulé en France. Isolé au milieu des bois, sur les bords du Lac Saint-Jean, il habite une cahute en bois et a aménagé un laboratoire clandestin en sous-sol, pour fabriquer de la méthamphétamine, grâce à sa formation de chimiste.

Une fois les commandes reçues, il s’enfonce dans la terre, équipé de protections pour éviter les substances néfastes et se lance dans la production. Auparavant, il prend soin de ses chiens, qui représentent sa seule compagnie dans ce paysage enneigé. Il voudrait bien passer la main, prendre une retraite méritée mais un événement va bouleverser tous ses plans : son client et chef de gang vient d’être assassiné.

La télévision vient de l’annoncer : un ponte du trafic de drogue vient d’être abattu par une femme, une amérindienne. Là où l’affaire se complique, c’est que la femme qui est recherchée par toutes les polices est sa mère. Enfin, pas vraiment … presque. Rozie s’attend à changer de boss et va se mettre à la recherche de matière première pour une prochaine livraison d’Amphétamine.

Jusqu’à présent, les auteurs écrivant en canadien m’avaient peu attiré à cause de la multiplicité de termes locaux qui, bien souvent, m’obligeaient à me rapporter à une note en bas de page, ou à aller consulter un lexique en fin de roman. Heureusement, ce n’est pas le cas ici, où les termes « locaux » sont peu nombreux et utilisés dans des phrases qui nous permettent de poursuivre sereinement la lecture. 

Les cow-boys sont fatigués est le genre de roman dont la force et la crédibilité tient dans le personnage principal et narrateur. Dès les premières pages, on croit à Rozie, on le suit dans les bars, on apprécie la justesse des dialogues et on adore les événements et imbroglios qui parsèment ce roman. Le fait de ne connaitre que le point de vue de Rozie entre beaucoup dans l’aspect brumeux de son environnement et on se demande avec lui ce qu’il peut bien se passer. D’autant plus que dès le premier chapitre, on garde en tête quelques interrogations qui vont constituer les mystères de l’intrigue et qui vont être levées vers la fin du roman.

L’auteur a mélangé la littérature noire européenne et la littérature polardienne américaine, pour nous offrir un roman à mi-chemin entre réflexions personnelles et rebondissements ; il adopte un style simple et adopte un rythme soutenu non dénué de second degré et évite que l’on ressente de la sympathie pour son personnage. Toutes ces qualités font que cette lecture s’avère passionnante sans que l’on ait une quelconque envie de poser le livre, une très bonne surprise en somme.

La chronique de Suzie : Les 7 jours du Talion de Patrick Senécal

Editeur : Fleuve Noir

Bonjour amis lecteurs. Me voici de retour à la surface. Je suis remontée car une drôle de musique est parvenue jusqu’à moi. L’entendez-vous.? Elle est plus forte à ce niveau. Ça fait « Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, … »

Mais, bien sur. Aujourd’hui est un jour important dans la vie de notre hôte. C’est le jour de son anniversaire.

Donc permettez-moi de souhaiter un joyeux anniversaire à Pierre. Que cette nouvelle année lui propose de nombreux bonheurs littéraires et surtout des coups de cœur extraordinaires.

Du coup, je vais profiter de cette sortie inopinée pour vous parler de ma dernière lecture : « les 7 jours du talion » de Patrick Senécal.

Patrick Senécal, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un auteur québécois qui possède une vingtaine de livres à son actif. Celui-ci est le cinquième à être publié en France (semblerait-il). Mais, ce roman a été publié en 2002, puis réédité en 2010 au Canada. La réédition correspond à l’adaptation du livre en film, scénarisé par l’auteur, sous le même titre avec quelques différences entre les deux supports.

Mais, retournons au livre, et en particulier vers la couverture. La couverture canadienne du format poche est très explicite. On y découvre un jeune homme blond, tête penchée, attaché à des chaines, au plafond par les poignets et un homme, de coté, dont on n’aperçoit qu’une jambe et un bras portant une masse. La couverture française est beaucoup plus sombre et plus sobre. Elle va jouer sur l’implicite au niveau des couleurs. Le titre est mis en avant avec une police orangé sur un fond sombre représentant une forêt et une maison. L’ensemble projette une ambiance de terreur et d’horreur. Les deux couvertures font leur effet et atteignent leur objectif.

Au niveau du synopsis, celui-ci est simple. Ce sont les implications et les conséquences qui vont se révéler complexes.

Lorsqu’il constate l’assassinat de sa fille unique Jasmine, à la sortie de l’école, Bruno Hamel, quadragénaire, chirurgien, voit son monde basculer. Incapable de pleurer, il essaie de faire son deuil. Jusqu’au moment où il apprend que son assassin a été arrêté. A partir de ce moment, Bruno Hamel va tout mettre en œuvre pour kidnapper ce « monstre ». Il va l’emprisonner et le torturer pendant sept jours jusqu’à sa mort, le dernier jour. Ira-t-il jusqu’au bout?

L’histoire va être structurée en huit parties. La première qui détaille la cause, le plan et l’enlèvement. Les sept autres correspondront à chacun des jours du décompte. Le synopsis va tourner autour de Bruno Hamel mais également d’un autre personnage qui est le sergent-détective Mercure. Ce dernier peut être considéré comme son alter-ego. A tour de rôle, ces deux personnages vont exprimer leurs pensées ainsi que leurs doutes. Ils ont un point commun qui les rapproche mais ils ont pris des directions différentes. Enfin, le fait de kidnapper et de torturer un « monstre » va engendrer des problèmes sociétaux. Faut-il considérer ce personnage comme une victime et déployer toutes les forces possibles ou laisser la justice personnelle s’en charger. Dans quel camp, vous rangeriez-vous? Et, si on laisse dériver, est-il encore possible de parler de justice?

Le personnage de Bruno Hamel est un personnage troublant car il ressemble à monsieur tout le monde, avec certes, plus de moyens. Mais, il est un père aimant qui ferait tout pour sa fille unique, ayant des émotions et pas aussi calme que l’on pourrait l’envisager. Il a également un coté impulsif qui apparaît sous certaines conditions. Après avoir appris le nom du meurtrier, il va se conditionner pour pouvoir accomplir ce qu’il pense devoir être fait. On a l’impression d’être face à un robot méthodique, sans émotion, qui suit le programme qui a été prévu pour lui.

Des failles vont apparaître lors de l’humanisation du « monstre ». C’est pour cela qu’il ne veut connaitre aucun renseignement sur sa victime. Enfin, bien que son plan soit axé sur la torture physique, il va découvrir que la torture psychologique est tout aussi gratifiante et synonyme d’horreur. L’espoir peut vous entraîner en enfer.

L’autre figure forte de ce roman est le sergent-détective Mercure. Celui-ci a tendance à compiler les informations qu’il récolte et à tomber juste, assez souvent. Il est calme et prend son temps pour comprendre. Il ne se précipite pas. Il a un profil similaire à celui de Bruno Hamel mais en restant humain. D’autres protagonistes secondaires vont faire avancer l’histoire dans un sens ou dans un autre, prendre parti pour un camp ou l’autre. Rien n’est blanc ou noir. On a juste une sélection de gris. Enfin, il y a une œuvre artistique qui va jouer un rôle important dans cette histoire et expliquer certains points. Laquelle? Je peux juste vous dire qu’elle est immense et que le fait de la voir est impressionnant et déconcertant.

Lorsque j’ai commencé à lire ce livre, bizarrement, l’histoire d’un film est apparue à mon esprit : « Prisoners » de Denis Villeneuve qui est également un film québécois. Quelle attitude adopterions-nous dans ce cas de figure? Je ne sais pas. Il y a une phrase dite par un personnage qui expose les différents types de monstres. Je vous laisse le plaisir de la découvrir dans son contexte original.

La question que se pose ce livre est de savoir si le personnage de Bruno va aller au bout de ses convictions ou s’il va s’arrêter avant, pris de remords ? Qu’est ce que la culpabilité, comment l’assumer? Comment vivre après un tel traumatisme? Un deuxième point va être également traité : la déshumanisation du monstre. Dans les différents films ou épisodes de séries ainsi que les livres que j’ai vu ou lu (dans la réalité, je ne sais pas si c’est le cas), on vous explique que le fait d’appeler une personne par son nom, sa qualité permet de l’ancrer dans un contexte précis et de ne pas la considérer comme une chose. Dans le cas de ce livre, le protagoniste principal fait l’inverse. Pourquoi à votre avis? Enfin, une des clés qui permet de comprendre le comportement de Bruno est représentée par un autre personnage … Je n’en dis pas plus.

C’est un livre que j’ai lu d’une traite. Le personnage de Bruno est une personne lambda qui pourrait être n’importe quel quidam. Mais, le cerveau humain peut entraîner des comportements erratiques lorsque celui-ci est soumis à un très fort traumatisme. On n’est pas égaux devant les traumatismes et la psyché se protège comme elle peut, quitte à accomplir des actes ignobles. Que feriez-vous à sa place?

Sur cette conclusion, je retourne à mon antre en souhaitant de nouveau un joyeux anniversaire à mon cher hôte. Je reviendrai prochainement avec une nouvelle lecture. A bientôt.