Archives pour la catégorie Littérature écossaise

La disparition d’Adèle Bedeau de Graeme MacRae Burnet

Editeur : Sonatine

Traductrice : Julie Sibony

Ayant raté son précédent roman L’accusé du Ross-Shire, qui est en fait son deuxième, je me rattrape avec La disparition d’Adèle Bedeau, qui vient de paraître et qui est son premier roman. Amateurs de romans psychologiques et d’ambiance, celui-ci est pour vous.

A Saint Louis, petit village proche de Mulhouse, le restaurant de la Cloche trône sur la place. Tous les midis, Manfred Bowman vient y manger, ainsi que le jeudi soir. Bowman est le directeur de la banque. C’est un personnage renfermé, mystérieux et discret. Il n’est pas marié, même pas en couple et on ne lui connait pas de liaison. Par contre, il aime regarder Adèle Bedeau, la serveuse, se déplacer se déplacer dans la salle, se pencher sur les tables pour les nettoyer. Il aime regarder son chemisier s’ouvrir légèrement pour apercevoir les bretelles de son soutien-gorge.

Un soir, Adèle a fini son service et Bowman sort juste après elle. Comme ils prennent la même direction, il la suit à quelques mètres de distance. Il s’imagine qu’elle va lui adresser la parole, qu’ils pourraient peut-être prendre un verre. Soudain, elle s’arrête à un coin de rue. Ils échangent quelques mots puis une moto débarque et un jeune homme l’embarque après lui avoir passé un casque. Le lendemain, Adèle ne vient pas au travail.

L’inspecteur Georges Gorski est en charge de cette enquête. D’un naturel plutôt débonnaire, il va interroger plusieurs personnes. En parallèle, des battues sont organisées pour retrouver la jeune femme. Quand il interroge Bowman, l’entrevue est cordiale et Bowman décide mentir quand on lui demande s’il a vu Adèle. Gorski fait montre d’une belle obsession, liée à une affaire qui date de 20 ans, où le corps d’une jeune femme a été retrouvé étranglé dans les bois autour de Saint Louis. La disparition d’Adèle remue de douloureux souvenirs et son incapacité à trouver le coupable.

Adeptes de romans d’action, passez votre chemin. Ce roman est un roman psychologique, qui va décrire dans le détail les réactions des deux personnages principaux, Bowman et Gorski. Pour chaque événement, somme toute banal, Bowman va s’inquiéter des interprétations des autres sur lui, de sa possible implication dans une disparition à propos de laquelle il n’y est pour rien. Gorski va lui se poser des questions sur ce qu’il est, sur ce qu’il fait et sur ce qu’il devrait faire, se dévalorisant tout le temps par rapport à ce que les autres attendent de lui.

Bowman est du genre à se glisser dans le trou d’une souris, du genre à ne pas vouloir faire de vague, du genre à vouloir qu’on l’oublie. Pour vivre heureux, vivons caché, serait sa maxime. Gorski porte sa croix depuis la condamnation d’un innocent lors d’une affaire qui date de 20 ans. Il ne se remet pas de cette affaire, et veut donc toutes les preuves avant d’avancer quoi que ce soit. Même sa femme, sa belle famille le considèrent comme un mauvais policier, alors que lui ne cherche pas la gloire mais juste redorer son blason, sa réputation, l’estime qu’il a de lui-même.

Le rythme est lent, lancinant comme la vie des petits villages, où il ne se passe pas grand’chose. L’auteur va nous montrer finalement la vie normale des gens normaux, y ajoutant les angoisses des protagonistes. C’est une des forces de ce roman. On arrive à s’imprégner de l’ambiance d’un petit village, de suivre le rythme nonchalant et de se passionner par les réactions de Bowman ou Gorski. C’est cette grande qualité qui le rapproche des romans d’Albert Simenon.

Et ce n’est pas une référence jetée au hasard. On peut aussi y ajouter Claude Chabrol, cité dans la préface, par l’auteur lui-même. D’ailleurs, dans cette préface, l’auteur imagine la biographie imaginaire de Raymond Brunet qui aurait écrit ce roman en 1982, roman qui aurait été porté à l’écran en 1989 par Claude Chabrol. Ce roman est un bel hommage envers ces auteurs qui ont su recréer la vie des villages, sans esbroufe.

 

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Le livre des âmes de James Oswald

Editeur : Bragelonne

Collection : Thriller

Traduction : Jean Claude Mallé

Nous avions découvert James Oswald avec De mort naturelle. C’était un roman qui nous introduisait un nouveau personnage de flic, domicilié à Edimbourg, nommé Anthony McLean. L’intrigue du roman oscillait entre roman policier et roman fantastique. C’est encore le cas pour cette deuxième enquête.

Noel s’approche à grands pas, et le temps devient pluvieux et gris, à l’image de l’humeur de l’inspecteur Anthony McLean, qui est encore considéré comme un petit jeune, depuis sa promotion. Cette période festive rappelle de mauvais souvenirs à McLean puisque c’est à cette période que sa fiancée a été assassinée par un tueur en série, douze ans plus tôt. Heureusement, il a fort à faire en ce moment.

L’équipe de McLean est chargée de débusquer un gang de trafiquants de marijuana qui sévit en ce moment à Edimbourg. Un indic leur fournit une information, mais la perquisition est un fiasco. C’est une bonne occasion pour Duguid (surnommé Dugland et concurrent de McLean) de se foutre de sa gueule. Il y a aussi ces incendies étranges, qui se déclenchent dans des sites appelés à être rénovés, mais on ne comprend pas comment le feu démarre.

Quand on découvre le corps d’une jeune femme égorgée dans une rivière, tout le monde pense que le Tueur de Noel, celui qui a tué la fiancée de McLean est de retour. Sauf que Anderson, le tueur en question, vient d’être assassiné en prison. McLean se croit obligé d’assister aux funérailles, même s’il ne croit pas aux fantômes et autres morts-vivants. Mais s’agit-il vraiment d’un copieur ?

Je dois dire que si j’ai lu ce roman, c’est bien parce que j’ai senti des qualités dans le premier, et la curiosité a fait le reste. Je dois dire que pour un deuxième roman, c’est tout de même très maitrisé. Les chapitres se lisent les uns derrière les autres, et la simplicité du style alliée aux rebondissements et à l’intérêt que l’on porte au personnage principal, tout cela fait que le lecteur que je suis a avalé le roman en trois jours.

Il faut dire qu’on y ressent des améliorations dans la description des scènes, que le rythme est plutôt lent, avançant à la vitesse de l’enquête, et surtout, la démarche des enquêteurs est logique et du coup, ils n’apparaissent pas comme des super-héros qui devinent les mystères auxquels ils sont confrontés. On en apprend un peu plus aussi sur Tony McLean, sur son passé et on le sent plus sur de lui, surtout face à Dugland, et on a droit à des joutes verbales jouissives pour peu que l’on s’attache à ce personnage particulier.

Ce que j’apprécie aussi dans ce roman, c’est ce mélange des genres entre roman policier, thriller et fantastique. On a droit tout au long du livre à des questionnements, à des incertitudes : on se demande si Anderson n’est pas encore vivant, si on n’a pas à faire avec un livre maléfique, et que dire de ces incendies spontanés ?

Il est donc inutile de vous dire que j’attends encore plus du prochain roman. J’aimerais une intrigue aussi costaude, un style rapide et la poursuite de la découverte de Anthony McLean. Et si James Oswald me lit (on a le droit de rêver) j’aimerais que l’aspect fantastique soit plus fouillé, mis en avant, car cela rajouterait à mon avis une touche de mystère supplémentaire. Dans celui-ci, le fantastique est tout juste abordé et j’aurais aimé que cela soit plus fouillé, car cela aurait pu être une cause de frissons. En tout état de cause, je suis partant pour la troisième enquête.

De mort naturelle de James Oswald (Bragelonne)

Pour l’inauguration de sa nouvelle collection, Bragelonne nous propose la découverte d’un nouvel auteur, et un nouveau personnage récurrent, Tony McLean. Ce roman doit son succès outre-manche grace à sa vente en autoédition, et s’il ne m’a pas paru parfait, il est suffisamment intéressant pour me donner envie de poursuive l’aventure pour son prochain roman à paraitre bientôt.

Nouvellement promu au grade d’inspecteur à Edimbourg, Anthony McLean se lève ce matin là avec la volonté de bien faire. Quand il aperçoit un cordon de police dans une maison proche de chez lui, il songe à bien faire en visitant les lieux. C’est sa première rencontre avec son collègue Duguid (surnommé Dugland ; personnellement, j’adore !), à propos du meurtre horrible d’un richissime banquier Barnaby Smythe. Alors que McLean ne veut qu’apporter sa connaissance du quartier, Duguid voit en sa présence une concurrence désagréable.

D’un caractère bien trempé mais malgré cela respectueux de la hiérarchie, McLean est avant tout un excellent professionnel. Là où il imaginait un poste avec plus de responsabilités, il se retrouve surtout avec plus de paperasse et une équipe réduite à 2 personnes à diriger, Bob Laird et je tout jeune Stuart McBride.

McLean n’a pas le temps de souffler qu’on l’informe qu’on a retrouvé un corps de jeune femme sur un chantier. En fait, il s’avère que dans la cave, les ouvriers ont découverts un mur derrière lequel il y avait une chambre secrète. Le corps, qui date de quelques dizaines d’années a été mutilé et cloué sur une croix. Le corps semble avoir été remarquablement conservé. Puis, d’autres corps atrocement tués viennent s’ajouter au travail déjà considérable du poste de police. McLean va devoir démêler ce sac de nœuds.

Il semblerait que cette année, nous ayons droit à beaucoup de nouveaux personnages récurrents. James Oswald débute donc une nouvelle série avec un inspecteur dont on ressort avec plus de questions que de réponses. Et c’est bien là l’intérêt des séries à suivre. De ce point de vue, l’inspecteur McLean est suffisamment complexe pour donner de la matière dans les prochaines enquêtes.

A travers ce premier roman, on peut dire que James Oswald a de la suite dans les idées. L’intrigue est incroyablement complexe et incroyablement bien menée. Au début de ma lecture, j’ai trouvé ce roman lent. Je l’ai donc arrêté puis repris et je dois dire que j’ai bien fait de persévérer. Car ce roman s’avère un polar redoutable de par son scenario, avec de nombreux personnages fort bien décrits. Et on y trouve une petite touche de fantastique, qui vient agrémenter le tout. Pour un premier roman, c’est plutôt impressionnant, bien que cela eut pu être plus simple d’accès pour le lecteur lambda.

Dans les avis des amis Jean Marc, Claude Le Nocher ou Velda, on peut y lire des références à John Connoly ou Ian Rankin. De Rankin, James Oswald a la facilité de peinture des personnages et la complexité des intrigues. De Connoly, il a cette faculté de peindre des scènes angoissantes et très visuelles et il s’est approprié cette touche de fantastique. Ce premier roman, pour impressionnant et ambitieux qu’il soit, s’avère donc un premier épisode encourageant, suffisamment emballant en tous cas pour que l’on ait envie de continuer l’aventure avec l’inspecteur McLean.

Lignes de fuite de Val McDermid (Flammarion)

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu de roman de Val McDermid. Et pourtant, quand on a lu le Chant des sirènes, La fureur dans le sang ou l’excellent Quatre garçons dans la nuit, on devrait sauter sur tous ses nouveaux romans. Dans mon cas, c’est probablement la taille de ses romans qui me fait hésiter. En ce qui concerne Lignes de fuite, mes collègues blogueurs en ont parlé en bien, en très bien même, et donc je me suis lancé. Et une nouvelle fois, je suis tombé sous le charme.

A l’aéroport de Chicago, Stephanie Harker vient passer des vacances avec son petit Jimmy. Elle doit passer les contrôles douaniers avant de prendre sa correspondance et espère que tout va bien se passer. Elle sait qu’elle va faire sonner le portique, car elle a une prothèse métallique dans la jambe. Elle demande donc à Jimmy de l’attendre, pendant que les douaniers lui demandent de passer en cabine. C’est là qu’elle voit un homme s’approcher de Jimmy, et l’emmener. Elle crie, prévient les hommes en uniforme qui ne l’écoutent pas, hurle tant et si bien que les douaniers sont obligés de la calmer au Taser.

Vivian McKuras fait partie du FBI mais vit mal sa mise à l’écart à l’aéroport de Chicago. Il est clair qu’il n’y a pas grand’chose de passionnant à y faire. Cette disparition d’enfant va lui permettre de se passionner pour cette mère de famille. Elle déclenche l’Alerte Amber (l’équivalent de l’Alerte Enlèvement chez nous) et va donc longuement interroger Stephanie Harker, pour essayer de trouver des pistes qui l’amèneraient à retrouver Jimmy sain et sauf.

Stephanie Harker est écrivain fantôme, c’est-à-dire qu’elle est payée pour écrire les biographies des personnages célèbres. Elle passe du temps avec ces stars pour mieux déterminer la façon dont elle doit présenter l’image publique que la star veut donner. Il y a 5 ans, elle a rencontré Scarlett Higgins, une pauvre fille devenue l’idole du peuple à la suite de son passage dans une émission de téléréalité. Petit à petit, Scarlett enceinte et Stephanie vont apprendre à mieux se connaitre et devenir amies.

Si les 50 premières pages peuvent laisser penser à une enquête à la recherche d’un enfant disparu, le ton change brutalement ensuite. D’ailleurs, la narration passe à la première personne du singulier, et on pénètre directement dans la psychologie de Stephanie, dont le métier est de découvrir ses clients stars mais aussi de déterminer la part de vérité et de mensonges dans ce qu’ils racontent. Et à partir de ce moment là, le roman devient plus psychologique que policier, et plus passionnant aussi.

Car avec l’histoire de Stephanie, sa vie privée, et ce qu’elle découvre dans la vie de Scarlett, on se retrouve avec un mystère bien plus grand que la disparition de Jimmy. Et c’est d’autant plus intéressant que Val McDermid nous montre le derrière du décor, des personnages qui peuvent avoir l’air honnête, mais qui, en fait, jouent tout le temps la comédie, même dans leur vie de tous les jours. Séparer le vrai du faux devient à ce moment là un véritable problème, et même nous, nous avons du mal à déterminer la part d’honnêteté dans les relations que l’on lit entre ces deux femmes.

Et puis, il y a ces relations avec la presse people, avec les medias en général. Car on retrouve des gens qui ont décidé de se mettre en lumière pour le meilleur et pour le pire. Le pire, c’est ce harcèlement constant dont ils font preuve. Je me dis qu’ils l’ont bien cherché, mais à travers quelques événements qui apparaissent par la suite, je n’ai pu m’empêcher de ressentir un malaise devant ces charognards, armés d’une caméra à l’épaule.

Et plus on enchaine les pages, plus le livre devient passionnant, à la fois par les événements que Val McDermid invente, même si certains m’ont semblé jusqu’auboutistes, à la fois par cette justesse dans la peinture des personnages. Et cela ne serait pas complet si je ne précisais pas un formidable revirement de situation qui remet à plat tout ce que vous aviez pu échafauder comme hypothèses. Une nouvelle fois, Val McDermid, en grande auteure de talent, a su construire un roman qui vous surprendra jusqu’à la dernière page. C’est du costaud, du roman psychologique comme on aimerait en lire plus souvent.

Ne reste que la violence de Malcolm MacKay (Liana Levi)

C’est avec une grande tristesse que je vous annonce la fin de la trilogie de Glasgow de Malcolm MacKay. Car, au travers de son épopée sur les clans mafieux, il parvenait à nous démontrer de façon très originale comment créer une œuvre qui mérite de figurer aux cotés des grandes tragédies intemporelles. Ce dernier tome de la trilogie, après Il faut tuer Lewis Winter et Comment tirer sa révérence, se nomme Ne reste que la violence.

A Glasgow, de nos jours, le commerce du crime est partagé entre Jamieson et MacArthur. La trilogie s’ouvrait avec l’apparition d’un troisième larron, plus jeune, qui voulait sa part du gâteau. Shug, accompagné de son bras droit Fizzy, a essayé de gratter des parts de marché. Mais ce n’est pas facile quand on a affaire avec de grands stratèges.

Ce troisième tome s’ouvre sur Richard Hardy, le comptable de Shug. Un policier vient le convoquer pour un interrogatoire. Il faut dire qu’il est le comptable de Shug. En fait d’interrogatoire, il s’agit d’une exécution en bonne et due forme. C’est Calum, le tueur de Jamieson qui s’en occupe. Comme d’habitude, avec la précision qui le caractérise, il tue le comptable, ainsi que Kenny, qui l’accompagnait, et qui est chauffeur pour Jamieson. Kenny est en effet soupçonné d’être une balance.

C’est décidé, ce meurtre sera le dernier de Calum, le dernier avant sa retraite. Il avait déjà demandé à Jamieson de lui permettre de se retirer. Devant le refus, il a tout préparé : Comment s’absenter une semaine, comment récupérer un passeport, comment s’offrir une nouvelle identité, comment s’envoler vers une nouvelle destination. Pour cela, il va demander l’aide de son frère, William …

J’avais déjà dit tout le bien de Malcolm MacKay, de son style coup de poing, fait de phrases courtes, centrées sur tous les petits gestes, tous les petits détails, car ces gens là ne doivent rien oublier. J’avais déjà parlé de cette façon de montrer des truands qui agissent comme tout un chacun, quand nous allons au travail. J’avais été enthousiasmé par cette description de ce petit microcosme, de ce petit monde où tout le monde se connait, où tout le monde sait tout sur tous. Eh bien, ce dernier tome est pareil pour toutes ses qualités, en allant encore plus loin, en faisant plus fort.

Car dans ce roman, Malcolm MacKay av plus loin dans l’analyse stratégique de la situation. Il fait un parallèle très clair entre le monde de la pègre et celui du travail. Outre que les tueurs agissent comme des gens qui vont au boulot, il détaille les réactions de chacun (avec toujours autant d’efficacité) face à un nouvel événement. Par exemple, après le meurtre de Hardy, chaque camp va interpréter la disparition du comptable, de Shug à la police. Et ce roman va apparaitre comme un véritable jeu d’échec où chacun avance ses pions, où chacun essaie de comprendre la stratégie de l’autre avant d’établir la sienne. Passionnant !

C’est aussi le volume le plus noir de la trilogie, surtout au travers de Calum. Alors qu’il a décidé d’impliquer son frère pour disparaitre, il a une démarche très personnelle, très égoiste, il a tout prévu pour que cela se passe sans encombre. Mais dans ce monde où tout se sait, où tout se devine, Les drames ne sont jamais loin. Sans en faire trop, sans montrer la moindre émotion, Malcolm MacKay nous assène les coups durs comme autant de coups de poing, et on finit par jeter l’éponge devant une intrigue aussi implacable et bien menée. Indéniablement, l’auteur avait prévu de finir en fanfare et la fin, que l’on aurait pu deviner, s’avère étonnante et surtout noire, très noire. Chapeau !

N’hésitez pas à consulter les avis de Yan, Jacques et Jean Marc.

Les guetteurs des Ian Rankin (Editions du Masque)

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman de Ian Rankin, l’auteur qui a immortalisé John Rebus. Depuis qu’il a mis son inspecteur fétiche entre parenthèses, il nous offre un nouveau personnage Malcolm Fox.

En Ecosse, la police des polices s’appelle le service des Plaintes. Malcom Fox est inspecteur dans ce service. On a pu le rencontrer dans Plaintes, paru l’année dernière aux Editions du Masque. C’est un homme solitaire, qui ne boit pas et qui a une vie tranquille, si ce n’est son père qui est à l’hôpital, ce qui fait qu’il doit gérer les reproches de sa sœur qui trouve qu’il ne passe pas assez de temps au chevet paternel.

Il débarque à Kirkcaldy, petit port proche d’Edimbourg, pour enquêter sur Paul Carter, un flic soupçonné d’avoir abusé de Teresa une prostituée pendant son service. Abus de position. Mais ce qui est bizarre, c’est que c’est son oncle qui l’a dénoncé. Peu après, l’oncle est retrouvé suicidé ou assassiné. L’affaire pourrait s’avérer simple mais d’autres meurtres vont suivre … Des papiers que Fox va retrouver chez les Carter vont lui donner des pistes vers des groupes révolutionnaires indépendantistes des années 70-80. Et cette affaire qui semblait si simple au départ va se révéler le début d’un secret qui n’a pas été ébruité depuis plus de 30 ans.

N’ayant pas lu la première enquête de Malcolm Fox, j’ai été très agréablement surpris de la façon dont l’auteur nous emporte dans cette ville, nous fait côtoyer les personnages. Il faut dire que Ian Rankin n’est pas n’importe qui, et que l’on sent du savoir faire. Car, avec un point de départ simple, il nous plonge dans les plus sombres heures de l’histoire contemporaine écossaise, à savoir les terroristes indépendantistes écossais, qui ont rêvé dans les années 70 faire comme leurs cousins irlandais, avec les mêmes moyens violents.

Si Ian Rankin ne nous assomme pas de descriptions ni de psychologies à outrance, je dois dire que c’est un roman policier costaud qui avance surtout grâce à ses dialogues fort bien faits … mais très longs. J’ai été surpris par cela car je ne me rappelais pas que les précédents romans de Rankin étaient écrits avec autant de dialogues.

C’est donc un roman qui se lit avec un grand plaisir, qui s’avale goulument, et qui montre que les jeunes révolutionnaires d’antan se révèlent aujourd’hui d’impitoyables nababs qui ont bien profité du capitalisme libéral, celui là même qu’ils combattaient alors. Et si le fond du sujet arrive bien tard dans le roman, ce qui peut donner l’impression que Rankin effleure son sujet plutôt que le traiter réellement, il n’empêche que le message frappe d’autant plus fort. Et si vous croyez que ce que je viens de dire vient de vous révéler le nom des auteurs des meurtres, c’est que vous ne connaissez pas Ian Rankin. Alors, lisez le donc !

Comment tirer sa révérence de Malcolm Mackay (Liana Levi)

J’avais raté Il faut tuer Lewis Winter, et du coup, je commence la trilogie consacrée au crime à Glasgow par le deuxième roman. Il faut dire que ce roman a reçu le prix Deanston du meilleur polar écossais de l’année, devant Ian Rankin, Val McDermid, Ann Cleeves, Gordon Ferris et Denise Mina, excusez du peu !

Franck MacLeod est un vieux de la vieille, tueur pour la mafia depuis quarante ans. Quarante années de meurtres, aucun échec, aucune arrestation, pas la moindre journée en prison. Alors qu’il dépasse les 60 ans, il pourrait en montrer aux jeunes. Il travaille pour Peter Jamieson, le parrain de Glasgow, qui lui a payé une nouvelle hanche en plastique. Il revient donc après un arrêt de 4 mois en pleine forme, bien que boitant encore un peu.

Jamieson est en concurrence avec un autre parrain plus jeune, Shug Francis. Jamieson, affublé de son conseiller John Young, lui demande de se débarrasser de Tommy Scott, un jeune dealer ambitieux à la solde de Shug. Mais alors qu’il fait tous les repérages, Tommy, à l’aide de son comparse Balourd arrive à assommer Frank. Comme il n’est pas un tueur, Tommy appelle Shug pour qu’il lui envoie un tueur.

Jamieson arrive à être au courant de l’échec de Frank. Il envoie alors Calum MacLean pour le sauver, ce qui ne se fait jamais : un tueur qui échoue connait les risques et doit mourir. Mais Jamieson ressent beaucoup de compassion envers son ami Frank. Alors que la mission de Calum réussit, Jamieson doit se rendre à l’évidence que Frank doit raccrocher. Mais dans ce milieu, comment peut-on tirer sa révérence ?

Si le scenario est assez simple, c’est bien le monde que nous dépeint Malcolm MacKay qui retient l’attention dans ce roman. On est littéralement plongé dans le monde des tueurs, un métier bien à part où l’on doit effectuer une mission sans poser de questions. On a l’impression de voir des personnages qui vont au travail, en ayant en tête le travail bien fait. Il y a très peu de contacts avec les gens communs, ce qui fait que l’immersion est totale. On voit aussi que les tueurs tels qu’ils nous sont présentés sont tout le temps à l’affut du moindre détail, sachant déterminer s’ils sont suivis, ou notant chaque détail pouvant avoir une importance lors d’une de leur mission. Ce sont aussi, les tueurs, des hommes seuls, obligés de se replier sur eux-mêmes puisqu’ils ne peuvent avoir confiance qu’en eux-mêmes.

Et il y a le style de l’auteur, fait de petites phrases, de petits mots, comme des salves de mitraillettes. Il se met à la place de chaque personnage, durant un chapitre entier, et donne plein de détails, tous les détails que la personne en question voit et note. Ce style behavioriste est très efficace et redoutablement prenant puisqu’il colle parfaitement aux caractères des personnages. Certains auront du mal avec le style, arguant qu’il n’y a pas de dialogues pour aérer l’ensemble. D’un autre coté, ce sont des gens taciturnes, qui ne parlent que pour dire quelque chose. Et je peux vous dire que j’ai rarement lu un livre faisant vivre une dizaine de personnages dans ce style là, avec tant de vérité que j’ai trouvé cela passionnant. Sans entrer dans des détails superflus, à l’affut du moindre signe qui apparaitrait sur le visage d’un homme, Malcolm MacKay nous écrit là un roman bigrement original et je peux vous dire que j’ai adoré et que j’ai regretté de ne pas avoir lu Il faut tuer Lewis Winter. Et comme les deux romans peuvent se lire séparément, je peux encore me rattraper !

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