Archives pour la catégorie Littérature française

De cauchemar et de feu de Nicolas Lebel

Editeur : Marabout

C’est la quatrième enquête du capitaine Mehrlicht, après L’heure des fous, Le jour des morts, et Sans pitié ni remords. Bien que je n’aie pas encore lu le premier, j’ai bien l’impression que ce roman là est la confirmation du talent de cet auteur, car c’est un roman passionnant du début à la fin.

Week-end de Pâques, Paris. Laura Reinier rejoint en taxi un bar situé rue de Montreuil. Elle doit subir le monologue inepte du chauffeur jusqu’à son arrivée. Un gardien de la paix lui demande de circuler, mais elle lui dit qu’elle a rendez vous avec le capitaine Mehrlicht, qui est à l’intérieur. Comment va-t-elle le reconnaitre ? Le policier la rassure, elle le reconnaitra à sa tête de grenouille. Elle descend au sous-sol et voit Mehrlicht avec Régis, le légiste. « Etat stationnaire … Pas de pouls depuis vingt minutes … peu de chance qu’il revendique quoi que ce soit » dit le légiste.

Mehrlicht analyse rapidement la scène du crime. L’homme a été exécuté dans les toilettes, une balle dans la tête, une dans chaque genou. L’assassin n’a même pas pris la peine de ramasser les douilles de 9 mm, éparpillées à droite et à gauche. Par contre il n’y a pas de pistolet. Le passeport annonce qu’il s’agit de John Murphy, britannique de son ex-état. Sur le mur, on a dessiné une figure enfantine, avec le sang de la victime et cette inscription : NA DEAN MAGGADH FUM. Le tueur a même laissé ses empreintes en faisant les deux yeux. Le lieutenant Reinier est la nouvelle stagiaire. Bienvenue dans le vrai monde !

Samedi 9 avril 1966, Quartier catholique du Bogside, Derry, Irlande du Nord, Royaume-Uni. Seamus Fitzpatrick rejoint ses copains, Tom et Barth Flaherty, Paul Coogan, Matthew et Ben  Kenny, et Phil Brennan. Leur jeu est en général la bataille entre les cow-boys et les indiens. Ça leur rappelle le combat contre les Britanniques. Ils se préparent tous pour la célébration du cinquantenaire du Soulèvement de Pâques de 1916, l’un des événements qui avaient mené à la naissance de la République Irlandaise. Les jets de pierres, de bouteilles commencent sur les blindés, et ceux-ci reculent. La foule hurle de joie.

J’aurais laissé un peu de temps entre ma lecture et le moment où j’écris ces quelques lignes. Comme s’il me fallait un peu de temps pour digérer, un peu de temps pour méditer et pour être sur de la qualité de ce roman. J’aurais pris du temps, pour être bien sur de ne pas me laisser emporter par la fougue du moment, pour être le plus rationnel possible dans les émotions ressenties à la lecture.

Car je me trompais quand je parlais des précédents romans de Nicolas Lebel, que tout tenait grâce au capitaine Mehrlicht et à ses envolées lyriques. Certes, on a une nouvelle fois à des passages extraordinaires, à des monologues d’une outrecuidance et d’une drôlerie sans pareil. Vous n’avez qu’à lire le passage sur les religions pages 113 et 114 pour vous en convaincre. Mais ce n’est pas tout. C’est la première fois, en ce qui me concerne, où j’ai ressenti un vrai équilibre entre les différents personnages de cette histoire. Mehrlicht, Latour, Dossantos, Matiblout et les Irlandais ont tous leur place, ont tous la même importance. C’est non seulement un plaisir de les retrouver, même s’il s’est passé plus d’un an depuis notre dernière rencontre, mais c’est surtout une forme de reconnaissance que de les voir tous sur la même ligne.

Quand même, quel génie d’avoir créé un personnage tel que Mehrlicht, avec sa ressemblance avec Kermit la grenouille, son allure de Paul Préboist, son aplomb à la Gabin d’Un singe en hiver, et son honnêteté et sa lucidité quant au monde moderne. On le retrouve d’ailleurs toujours aussi fumeur et plus humain, étant capable de faire le premier pas pour s’excuser de ses excès. Quant à Latour, formidable lieutenante courage, elle est toujours embringuée dans ses histoires personnelles qui viennent entraver son travail au jour le jour (et avec quel rebondissement !). Matiblout fait toujours office de chef paternaliste, bien qu’il cherche à sauver ses fesses. Enfin, Dossantos est plus trouble que jamais, comme un gamin cachotier, cherchant à réparer ses erreurs. Voilà ce que j’aime : tous les personnages ont des facettes blanches et noires, et ils sont tous plus humains les uns que les autres.

La forme du roman peut être classique, faite d’allers-retours dans le passé, mais je dois dire qu’elle est redoutablement bien choisie et surtout bien adaptée à l’histoire racontée. Car ce roman est franchement ancré dans notre quotidien, celui du terrorisme aveugle, qui prend à parti des innocents de la rue. Et plutôt que de parler de djihadisme, Nicolas lebel nous parle de la guerre civile irlandaise. Remontant aux origines du conflit contemporain, il nous montre le destin d’un groupe de copains pris dans la tourmente, et leur façon de faire leur vie chacun de leur façon.

La force de ce roman, c’est bien de ne pas prendre position, et de se contenter de décrire des itinéraires comme des morceaux de vie, comme des extraits de biographie. Mais il ne faut pas passer sous silence la volonté de mettre en avant le rôle et l’implication de l’église dans cette guerre, avec ce tueur qui mène sa croisade à la fois sacrée et personnelle. Enfin, Nicolas Lebel, en restant en retrait nous rappelle finalement que, dans toute guerre, quelle qu’elle soit, il n’y a pas de gagnants, il n’y a pas de perdants, il n’y a pas de héros, il n’y a pas de traîtres, il y a juste des victimes. Et ce message là, ça me parle. Clairement pour moi, Nicolas Lebel n’a pas seulement écrit son meilleur roman à ce jour, il a écrit un grand roman tout court, une belle et triste histoire dans la grande Histoire.

Chronique virtuelle : Ska cru 2017

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures.

Petit Jésus de Régine Paquet :

 « Même mon père n’a pas supporté la croix de mon prénom. Il s’est barré dès mes 2 ans pour ne jamais revenir ni donner le moindre signe d’intérêt concernant le sort de son unique rejeton. Depuis on est resté en tête en tête maman et moi. Et le pire c’est que pendant des années ça m’a suffi, ça m’a comblé. Etre le petit Jésus de ma maman adorée qui ne s’appelle pas Marie. A presque 25 ans, là je n’en peux plus, j’étouffe. Pas parce que comme avant elle me prend sans cesse dans ses bras pour couvrir de baisers la frimousse de son petit homme, pas parce qu’elle étale sa sollicitude anxieuse sur toutes les plages de ma vie, pas parce qu’elle fait la voiture balai de toutes mes amitiés et de mes frémissements amoureux…non. Juste parce qu’elle est là, pas loin, quasi chaque jour. »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

En 10 pages, Régine Paquet relève le pari de narrer 25 ans de la vie d’un jeune homme affublé du prénom de Jésus par la volonté de sa mère. Son père est parti quand il avait 2 ans et il est tout pour sa mère. De son 7ème anniversaire à sa crise d’ado, jusqu’à cette veille de Noel qui clot la nouvelle dans un grand éclat de rire noir. Impressionnant.

La traque de Sébastien Géhan :

« Déjà la foule les cherche du regard. Un gendarme les pointe du doigt. Sans réfléchir, Simon se détourne. Moussa se carapate sans demander son reste… Moussa court, Simon court. Leurs cœurs cognent dans leurs frêles poitrines. Derrière eux, les claquements des bottes à bouts ferrés résonnent en un terrible écho à leur peur. De longues larmes strient leur peau, brouillent leur vue, dégoulinent jusqu’à leurs lèvres déformées en des rigoles de souffrance. D’un revers de manche, ils s’essuient les yeux. »

A travers le destin de deux enfants, Sébastien Gehan mêle les époques et les situations.  Rafle des juifs durant la dernière guerre ou expulsions d’immigrants aujourd’hui, deux réalités non comparables, mais une même barbarie à l’œuvre.

Mon avis :

1942, l’enfant s’appelait Simon. 2003, L’enfant s’appelait Moussa. Simon était juif. Moussa est noir. On leur fait sentir que les deux ne sont pas chez eux, qu’ils ne seront nulle part chez eux. De ce parallèle difficile entre deux époques différentes, Sébastien Gehan donne à prendre du recul et réfléchir sur le monde. Les époques changent, les hommes restent toujours des bêtes.

Cruel d’Isabelle Letélié :

« L’homme s’est arrêté de parler et de marcher et s’est laissé tomber dans le fond du  hangar, dans le noir. Votre cœur bat encore de ses mots, des images qu’il a fait surgir et de son désespoir qu’il vous a communiqué. Puis votre attention se reporte sur la femme. La compassion que vous éprouviez un peu plus tôt pour sa situation s’est considérablement amoindrie. Bien au contraire, l’histoire que vous venez d’entendre vous a empli d’une épouvante qui a mué votre commisération en quelque  chose qui ressemble maintenant à de la haine. »

Isabelle Letélié nous offre une nouvelle qui rend le lecteur complice et spectateur de l’action qui s’y déroule, la chute vous en donnera les raisons. Original et bougrement efficace.

Mon avis :

C’est une nouvelle auteure que je découvre, et j’ai beaucoup aimé son efficacité, même si sa violence m’a un peu mis mal à l’aise. Voici un duel entre un homme et une femme, une scène de baston, une scène de torture. Va-t-il gagner, va-t-elle perdre ? Est-on suffisamment armé pour assister à ce scenario jusqu’au bout ? Est-ce réel ou imaginaire ? Lisez donc cette nouvelle jusqu’au bout pour vous rendre compte que vous aussi, vous aurez été manipulé !

Comme du sang d’Isabelle Letélié :

« Mais le répit est de courte durée. Dans son esprit, meublant le ruban infiniment avalé de la route, commencent à surgir des fragments stroboscopiques des heures qui viennent de s’écouler.         

Du rouge, beaucoup de rouge. Du rouge carmin, du rouge cramoisi, du rouge mouvant, du rouge figé, du rouge en gouttes et en nappes. Du sang ! Beaucoup de sang !  

C’est beau, non ? Le sang est une matière merveilleuse. J’aime ses couleurs changeantes, sa texture, son odeur. Depuis toujours. Mon premier souvenir est celui du sang. Je devais avoir trois ans. »

Au fil de ses nouvelles, Isabelle Letélié révèle son talent de conteuse de noires histoires où des suggestions pointillistes distillent une angoisse qui est la marque du genre.

Mon avis :

Quand on aime, on ne compte pas. Avec la même réussite que dans sa nouvelle précédente, l’auteure nous immerge dans la tête d’un homme au volant d’une voiture, qui se remémore des scènes noires. Entre réalité et imagination, une nouvelle fois le sens de la chute finale fait mouche.

Mémoire vive de Louisa Kern :

« Nettie ne se souvient plus que le repas est déjà dans le four. Alors elle prend un autre plat et dispose à nouveau les couches de légumes, de viande hachée, avec un peu de crème et de fromage râpé. Nettie refait les gestes qui la rassurent. Au moins n’est-elle plus en train d’essayer de se rappeler.   

Georges secoue la tête. Bien sûr que non, elle ne se souviendra pas de la promesse d’il y a cinquante ans. Au fond, il a bien fait de les appeler. Qu’ils viennent le plus vite possible, ça ne peut pas durer. C’est trop douloureux de la voir comme ça. »

Louisa Kern possède la faculté d’embarquer le lecteur sur des voies étranges, où le réel n’est jamais vrai, où le mystère est une autre forme de réalité. Le faux semblant est ici manié avec la maestria d’une nouvelliste de grand talent.

Mon avis :

Un homme regarde une femme dans ses taches ménagères. De l’importance de l’observation des petits détails qui construisent les souvenirs, qui bâtissent la mémoire. Toutes ces petites pièces de puzzle dont sont faites nos vies sont juste brossées, avec une simplicité étonnante, avant de nous plonger dans une fin noire, presque déprimante. On ressort de cette nouvelle la gorge serrée.

Aux enfants du Nord de Mathilde Bensa

« — Il faut que tu ailles le chercher à dix-huit heures chez Nelly avant de prendre les grands à la garderie. Je rentre tard ce soir.

— J’ai rendez-vous chez l’cardio à quatre heures. Je ne sais pas si je serai sorti.

— T’as appelé mon frère pour le boulot dont il t’a parlé dimanche ? Son copain, il ne va pas attendre cent sept  ans que tu lui téléphones.

— Je te dis que je vais chez le cardio et que je ne sais pas si je serai sorti.

— Mais t’as rien. Qu’est-ce que tu me prends la tête avec ça ! Arrête plutôt de jouer à la console et cherche du boulot. Ya six mois tu pouvais plus bouger à cause de ton dos, maintenant c’est le cœur. Et puis ce sera quoi après ? »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

Cette nouvelle est terrible car terriblement encrée dans notre quotidien. De la difficulté à affronter le chômage au quotidien qui nous bouffe, cette histoire se termine horriblement alors qu’elle commence par une grand-mère qui veut rapporter son doudou à son petit-fils. Et la qualité est telle qu’elle rappelle Natural Ennemies de Julius Horwitz. A ne rater sous aucun prétexte.

Le Roi Richard de Jeanne Desaubry :

« Papa, je voulais te dire…

— Quoi ? Vas-y, allez ! T’as pas peur de ton Papa quand même !

— C’est les autres à l’école. Elles aiment pas leur papa comme moi.

— Et tu l’aimes grand comment ton Papa, hein, ma puce ?

— Je l’aime fort ! fort ! »

La petite Léna se love contre son père. Il la serre tendrement, pose un baiser dans ses cheveux. Malgré la journée d’école, il y reste des traces d’odeur du shampooing bébé à la fraise qu’elle affectionne toujours. »

Cette fiction est inspirée de deux fait divers ayant défrayé la chronique judiciaire : mêlant incestes, abus et meurtre. Le style acéré, elliptique de l’auteure donne des effets de réel parfois insoutenables. Un diamant noir par une orfèvre en la matière.

Mon avis :

Je le dis souvent, les femmes ont l’art d’écrire des romans beaucoup plus durs que ce que peuvent écrire les hommes. Elles ont ce talent de toucher juste, de trouver les mots qui marquent les émotions. Jeanne Desaubry réussit ce coup de force dans cette nouvelle de nous placer en confesseur d’une femme qui raconte son quotidien fait de violences et d’incestes. Sans tomber dans le glauque, dans le voyeurisme, l’auteure montre, démontre et dénonce l’inacceptable. C’est terriblement effrayant et tout simplement noirissimement génial.

 

Les compils de Jan Thirion et Jérémy Bouquin

Ça s’appelle Thirion, la compil’ et Bouquin, la compil’.

Le recueil de Jan Thirion regroupe 15 nouvelles de tous genres qui sont :

Le Voyage à dos de cailloux

L’Enfant couché

Lac noir

Les Échassiers

Réussir une séparation

Salon du livre et du reptile

La Grande Sortie du dimanche

Une signature héroïque

Schizo

Dans la nuit, une pierre blanche

10 rounds

Flash mortel

Plume de sang

Moi, gorille et auxiliaire de vie

La grande déculottée

Le recueil de Jérémy Bouquin en regroupe 5 qui sont :

No limit !

Music Box

Nickel

Echouée

Boudin

Dans les deux cas, ce sont deux recueils à ne pas manquer.

Ces nouvelles et recueils sont à commander sur Ska-Librairie bien sur. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

Espace BD : Lowlifes de Brian Buccellato (Scenario) & Alexis Sentenac (Dessins)

Editeur : Glénat

Il est bien rare que je chronique des bandes dessinées. Mais quand elles allient un scenario 100% pur polar et un dessin sombre, je ne peux que vous le conseiller.

Quatrième de couverture :

On dit que la vie n’a pas de prix. La leur ne vaut rien.

Los Angeles… Derrière le soleil, les plages de surfeurs et les tapis rouges, la cité des anges cache un monde de démons, sans morale et sans rêves. Grand est un flic hanté par la vengeance qui tente désespérément de s’accrocher au type bien qu’il croyait être. Leonard est un toxico qui veut retrouver sa famille. Rip est un voyou impliqué dans les combats clandestins. Wendall est celui qui tire toutes les ficelles… Quand la juteuse recette d’une de ses parties de poker est dérobée, ces trois vauriens vont se rendre compte que rédemption et destruction sont leurs seuls tickets de sortie.

Après Sukeban Turbo, Glénat Comics vous propose un nouveau mariage d’auteurs transatlantiques ! L’Américain Brian Buccellato et le Français Alexis Sentenac conjuguent ici leurs talents pour ce récit noir comme la nuit, dans les rues glauques et sauvages de Los Angeles…

En fin d’ouvrage retrouvez, en bonus, le making of de l’album, des études graphiques de personnages et des hommages exclusifs d’auteurs phares de la scène BD ou comics.

Mon avis :

Dans cette bande dessinée écrite en quatre chapitres, nous allons suivre Richard Grand est un flic dont la femme a été violée. La vengeance le mine alors qu’il connait le coupable et ne peut rien faire d’autre que le regarder continuer à vivre. Jusqu’à ce qu’il rencontre Wendall, un caïd avec qui il va passer un marché. Mais il devra payer l’addition !

Le scenario est simple, et d’une redoutable efficacité, et montre une descente aux enfers, alors qu’on lui a promis le paradis. Il fait appel aux meilleurs romans hard-boiled américains, et nous balade dans les bas-fonds de Los Angeles. Quant aux dessins, ils sont d’une simplicité étonnante, et surtout d’une précision remarquable. Avec les couleurs sombres de l’histoire, ils nous plongent dans cet univers sans pitié, avec ce scenario qui vous surprendra jusqu’à la dernière page. Tout est dans l’ambiance sombre que l’ensemble créé, très visuel, très cinématographique.

A la fin du volume, on trouvera une interview des auteurs ainsi que des pages illustrant tout le travail du dessinateur, la façon dont il construit sa pages, ses dessins et le coloriage, ce qui est très instructif.

Il est à noter que cette bande dessinée ferait un excellent film, et que si les discussions sont entamées, rien n’est encore fait. Par contre, Brian Buccellato annonce que c’est une trilogie. Les personnages suivants n’auront rien à voir avec ceux rencontrés ici, le seul point commun étant Los Angeles, la cité des anges perdus.

Naïri Nahapetian aux éditions de l’Aube

Cela faisait un moment que j’avais entassé les romans de Naïri Nahapetian alors que j’avais bien aimé ceux qu’elle avait publiés chez Liana Levi. Son nouveau cycle tourne autour de deux personnages :

Parviz est un agent secret à la vie très secrète. On le dit mort, tué par les Iraniens. On dit qu’il travaillait pour la CIA. Aujourd’hui, il est ce que j’appellerai un agent secret free lance, et c’est ce qui fait l’attrait pour ce personnage singulier. Il est au courant de tout, n’est jamais là où on le croit, et dénoue en sous-main des intrigues complexes.

Florence Nakash est d’origine iranienne et actuellement employée par la DGSE française. Elle est en charge de toute affaire qui peut être liée de près ou de loin avec l’Iran. Amie de Parviz, celui l’aide dans ses affaires, et elle a l’art et la subtilité de servir de lien entre la culture occidentale et la culture orientale.

Les trois romans que je vous propose ont des points communs, que ce soit dans la forme ou le fond. Du fait de l’embargo imposé à l’Iran, les gouvernements occidentaux sont à l’affut de toute technologie devenant accessible à un régime extrémiste. Dans les trois affaires dont parlent ces romans, la DGSE diligente Florence puisqu’elles concernent l’Iran, de près ou de loin. A chaque fois, on part d’une affaire simple, et petit à petit, l’intrigue se déploie comme un éventail mortel.

Si nous avons donc affaire à des romans d’espionnage, ce ne sont pas pour autant des romans d’action, mais plutôt des romans d’enquêtes. Les intrigues vont donc avancer avec des événements totalement logiques, et faisant preuve de beaucoup de créativité, mais aussi sur la base de discussions ou d’interrogatoires. Les dialogues sont d’une redoutables efficacité, ne dépassant pas une demi page, et faisant la place à des non-dits ou des sous-entendus, ce qui en fait une des qualités de l’écriture.

Les trois romans sont courts (moins de 200 pages) découpés en une quarantaine de chapitres. C’est une autre qualité de Naïri Nahapetian, cette faculté de dire en peu de mots ce que d’autres mettent quelques pages à exprimer. Chaque phrase est parfaitement pesée, très efficace et veut parfois dire plusieurs choses à la fois. De même, les personnages sont présentés en très peu de phrases et sont malgré cela parfaitement crédibles et vivants. C’est tout simplement du grand art dans l’efficacité, et je me disais à la lecture qu’il y a du Dominique Manotti dans cette écriture. Et quand vous savez mon adoration pour cette auteure, je n’ai pas besoin d’en rajouter des tonnes.

Je ne peux donc que vous conseiller d’acquérir rapidement un des romans de cette série, sachant qu’ils sont indépendants les uns des autres et peuvent être lus dans l’ordre que vous voulez. Je vous joins les quatrièmes de couverture pour avoir les sujets abordés.

Un agent nommé Parviz

Parviz est un être mystérieux. Les Iraniens le disent mort ; lui se plaît à raconter les circonstances dans lesquelles des hommes aux ordres de Khomeyni l’ont assassiné. Il travaillait alors pour la CIA, mais vend désormais son savoir-faire aux services secrets français. C’est ainsi que Kiana se retrouve à écouter sa confession dans un pavillon impersonnel de banlieue parisienne : il semblerait que son mari, Nasser, un scientifique iranien, ait des choses à cacher. Peu après, Florence Nakash, jeune recrue de la DGSE, est chargée d’une nouvelle enquête : son ami Parviz, celui-là même que l’on disait mort en 1979, a disparu…

Un roman subtil et efficace qui nous entraîne au cœur des secrets nucléaires iraniens et des manipulations des services secrets occidentaux pour ralentir l’avènement d’une « bombe islamique ».

Le mage de l’hôtel Royal

Un prestidigitateur iranien, le mage Farzadi, est assassiné dans un grand hôtel au bord du lac Léman.

Il a, peu avant sa mort, reçu dans sa chambre un mystérieux journaliste persan ainsi qu’une jeune Irano-Américaine aux très érotiques cuissardes…

Farzadi a-t-il été victime de dissensions internes au régime islamique ? Ou bien a-t-il été liquidé par la CIA ?

L’enquête est confiée à la DGSE et Florence Nakash, persuadée qu’une partie de la réponse se trouve dans un traité d’alchimie, aura besoin de l’aide d’un vieil ami nommé Parviz.

De Paris, il lui faudra aller jusqu’à Téhéran pour démêler le vrai du faux et retracer le parcours de cet étonnant mage aux multiples existences.

Une enquête rondement menée, efficace et subtile.

Jadis, Romina Wagner

Romina Wagner a toujours fait l’objet de rumeurs plus ou moins farfelues. Aussi, quand elle évoque auprès de son psychanalyste une drôle d’ambiance sur son lieu de travail, celui-ci n’y prête que peu d’attention.

« Qui pourrait en vouloir à cette belle femme d’origine roumaine, ingénieure au sein de Microreva, une entreprise de haute technologie ? » se dit Moïni, un Iranien qui pratique des thérapies alternatives pour la clientèle huppée du quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris.

Jusqu’à ce que l’étrange Parviz lui dérobe le dossier de sa patiente. Romina, bientôt accusée d’espionnage industriel pour le compte de puissances étrangères, plonge dans un cauchemar paranoïaque et ne peut plus faire confiance à personne, et surtout pas à son mari…

C’est Florence Nakash, de la DGSE, qui a pour mission de tirer cette affaire au clair.

Je suis innocent de Thomas Fecchio

Editeur : Ravet-Anceau

Voilà un premier roman encourageant, qui mérite que l’on en parle, même si, en lisant la quatrième de couverture, on peut être dubitatif et craindre le pire avec un sujet casse-gueule comme celui là. Jugez-en plutôt :

Au lever du jour, la porte de la chambre de Jean Boyer est défoncée par une équipe de la police. A plusieurs, ils parviennent rapidement à l’immobiliser, le menotter et l’emmener au commissariat. Jean Boyer est en effet un violeur meurtrier multirécidiviste et vient d’être remis en liberté quelques mois plus tôt. Il avait tué et violé sa petite amie de l’époque, en 1968, ne pouvant supporter sa frustration sexuelle de son adolescence. Puis, dans les années 80, il avait récidivé, avant d’être à nouveau arrêté. Au global, Jean Boyer a passé plus de temps en prison que dehors.

L’enquête est menée par le capitaine Germain, qui a épousé une carrière de policier pour combler un manque d’explications sur la mort de son père. La victime est une jeune femme tuée violée et partiellement enfouie dans une forêt. Germain a naturellement cherché les violeurs récemment relâchés et est tombé sur l’identité de Jean Boyer. Dès le début de l’interrogatoire, Boyer ne veut rien dire, se contentant d’annoncer qu’il est innocent.

Alors qu’il demande la présence d’un avocat, on lui octroie une jeune femme. Celle-ci assiste aux entretiens et lui conseille de ne parler qu’en sa présence. Alors que Boyer est emmené en cellule pour la nuit, il s’arrange pour s’automutiler, simulant des maltraitances policières. Cela permet à l’avocate de le faire relâcher par faute de preuves et à Boyer d’entamer sa propre enquête. Quant à Germain, sa quête de la vérité l’amènera à faire une enquête parallèle. Tous les deux arriveront à une issue étonnante et dramatique.

La moindre des choses que l’on peut dire, c’est que le sujet traité par l’auteur est difficile : Le danger avec ce sujet est d’éprouver de la sympathie pour Jean Boyer, qui est un monstre sanguinaire et sans morale. Thomas Fecchio s’en sort remarquablement en positionnant ses deux personnages, chacun d’un coté de la ligne jaune. Boyer est effectivement un monstre, et il va donc se donner tous les moyens pour démontrer son innocence, quitte à enfreindre la loi. Germain est lui du bon coté de la loi, et avide de vérité.

Le parallèle est remarquablement bien fait, et remarquablement bien maitrisé, surtout si on se rappelle que c’est un premier roman. Car la grande force et le grand talent de cet auteur, c’est de faire tenir son intrigue grâce à la psychologique extrêmement bien fouillée de ses personnages. Avec des événements marquants, et des petits détails toujours bien trouvés, il en fait des personnes vivantes que l’on va suivre sans difficultés.

Ce roman est donc un très bon polar, écrit sous tension, qui intelligemment, évite de tomber dans la piège d’éprouver une quelconque sympathie pour l’assassin, et qui se lit d’une traite, grace aux nombreux rebondissements et la logique de son déroulement. On notera tout de même que l’auteur montre les a priori des protagonistes et si Germain n’était pas si têtu et si avide de vérité, l’issue de ce roman n’aurait jamais démontré le véritable coupable, qui s’avère à la fois bien trouvé et rend ce roman un excellent coup d’essai ; Je vous le dis, il va falloir suivre Thomas Fecchio à l’avenir.

Ne ratez pas les avis de L’oncle Paul et de Cassiopée

Vade Retro Satanas de Luc Fori

Editeur : Corsaire éditions

Collection : Pavillon Noir

Le sujet de ce roman est tellement casse-gueule que je n’aurais jamais osé l’ouvrir. Il a fallu que je lise les deux avis des amis Claude Le Nocher et L’Oncle Paul pour me décider. Il s’avère finalement que l’on rit beaucoup avec un sujet aussi grave. Pourquoi pas, après tout ? On y passe un bon moment de divertissement.

William Carvault fut flic en région parisienne, mais fut mis à pied quand il a tenté de faire rentrer des mots (maux ?) du dictionnaire dans la tête d’un skinhead. Alors, il s’est reconverti en détective privé, travail qui l’a vite lassé, puisqu’il était cantonné à surveiller des maris dans leurs affaires extraconjugales. Etant capable d’un talent certain de négociateur, il a finalement ouvert une agence immobilière dans la région de Bourges. Et finalement, c’est un métier qui lui va bien.

William, au début de ce roman, est un tout jeune papa. Dire qu’il est heureux serait exagéré puisqu’il se sent délaissé par sa compagne Heike Ziegler, commissaire de police à Bourges. Justement, Heike est aux prises avec une série d’assassinats de jeunes femmes, et elle risque d’être moins présente, de quoi donner du temps à William pour faire connaissance avec sa progéniture.

Alors qu’il vient de se faire démonter son rétroviseur, sa mauvaise humeur monte comme de la mayonnaise. Quand deux jeunes gens de type maghrébin s’approchent de sa voiture, il pense tenir les coupables. En fait, ils lui donnent le nom du coupable de délit de fuite, qu’ils ont poursuivi afin qu’il leur laisse son nom. Youssef est en fait son voisin et lui propose de lui monter son rétroviseur, quand il l’aura acheté.

Youssef l’invite chez lui, et lui présente son amie Djamila. Ils lui disent qu’ils savent qu’il a été détective auparavant, et lui demandent de retrouver Mourad, le frère de Djamila. Elle a peur qu’il soit parti en Syrie, rejoindre des camps d’entrainement des terroristes. Le mieux est encore de demander à leur père …

Il faut des couilles (excusez-moi pour l’expression) pour écrire un roman sur un sujet tel que celui-ci. Et peut-être faut-il passer par l’humour et la dérision pour dérider (justement !) le lecteur, et le faire sourire. C’est en tous cas ce que nous avons ici, puisque William Carvault est loin d’être au dessus de tout soupçon, et loin d’être un super-héros. C’est plutôt le genre idiot irresponsable, éternellement jeune dans sa tête.

Alors certes, il est trop con, raciste, misogyne mais il reste un enquêteur hors pair , et un descendeur d’alcool imbattable. C’est cette autodérision qui fait passer la pillule et sourire, voire rire. Par moments, on n’est pas loin de l’OSS117 créé par Jean Dujardin, tellement le trait est grossi. Au-delà de l’humour potache, on y trouve une enquête rondement menée qui s’avère passionnante à suivre, et des personnages fort bien dessinés (dont l’inénarrable Roger, plus souvent rond que carré).

Je ne peux m’empêcher de trouver dans ce roman un aspect fort intéressant, en particulier quand William visite une mosquée et qu’il est étonné du calme et de la sérénité qui y règne. Dans ces moments là, on a droit à de vrais moments de respect qui fotn chaud au cœur, comme si William faisait connaissance avec ses voisins qui sont finalement charmants. Bref, sous des dehors rustres, ce William mérite notre attention.

Ne ratez pas les avis de Claude Le Nocher et l’Oncle Paul

Karst de David Humbert

Editeur : Liana Levi

Premier roman, premier coup de maître !

De nombreux auteurs de polars aimeraient avoir un sujet en or comme celui-là, une facilité à créer un personnage tel que Paul Kubler et un talent pour déployer une intrigue en béton. Après la lecture de ce roman, je persuadé d’avoir découvert un futur grand auteur de polars. Avis aux amateurs !

Paul Kubler est un lieutenant de la police qui vient d’être muté de Paris à Rouen, sa ville natale, suite à une sanction. Il est du genre pressé, voulant toujours être occupé à faire quelque chose. C’est pour cela qu’il travaille beaucoup, énormément, quasiment 7 jours sur 7. Ce matin-là, une grande réunion a lieu avec la Brigade Anti-Criminalité pour préparer la surveillance de la manifestation qui va intervenir dans la journée. Le but est évidemment d’éviter tout débordement.

Les ouvriers d’EuroGaz débarquent pour protester contre les licenciements massifs qui ont été annoncés. Kubler s’ennuie et va boire un café dans un bar, quand il remarque une Porsche Cayenne garée dans une impasse. La manifestation se passe calmement, signe que les ouvriers attendent le ministre qui doit venir dans quelques jours. Kluber rentre chez lui prendre une douche, mais ne peut se rincer car l’eau est d’une couleur rose.

Quelques jours plus tard, c’est le jeudi de l’Ascension et Kubler va manger chez ses parents, qui habitent dans le coin. Son frère n’est pas là, et Kubler a toujours fait montre d’indépendance, ce qui est mal vu dans la famille. Quand sa mère veut laver sa salade, l’eau du robinet coule verte. Comme Kubler a le don de mettre son nez là où il ne faut pas, le voilà chargé d’enquêter sur ceux qui polluent l’eau de l’agglomération de Rouen. Et il n’est pas au bout de ses peines.

Voilà exactement pourquoi j’aime lire les premiers romans : les auteurs prennent un sujet qui leur tient à cœur, se lancent dans l’aventure, et nous concoctent des intrigues en respectant les codes du genre, et en prenant des libertés que beaucoup de cadors n’osent plus faire. Je vous le dis tout de suite, et sans ambages : ce roman est génial, inlâchable dès qu’on l’a commencé car tout y est simple et passionnant.

C’est le cas ici. David Humbert choisit un personnage de flic simple, et pour qu’il soit omniprésent dans l’histoire, en fait un jeune homme qui se fait chier … alors quoi de mieux que de travailler. Comme c’est écrit à la première personne, on entre tout de suite dans la psychologie du personnage, mais l’auteur a le don de ne pas trop en faire, de donner les informations juste quand il le faut. Et pour un premier roman, c’est carrément un coup de force, à tel point que j’en ai été impressionné par moments.

Les chapitres sont rythmés par les jours qui passent. Donc chaque chapitre narre une journée de Paul Kubler. Si le procédé n’est pas nouveau, il donne un ton de véracité et un certain rythme au livre. Cela participe aussi au plaisir de suivre Kubler car on vit réellement à ses cotés. Encore une fois, c’est simple, mais ça fait du bien et surtout c’est extrêmement plaisant de suivre un flic au jour le jour.

Enfin, David Humbert va nous expliquer tout ce qui concerne l’eau, les nappes phréatiques, les bétoires, les karsts, le traitement et la distribution de l’eau. Ayant pris comme personnage principal quelqu’un qui n’y connait rien, les scientifiques qu’interroge Kubler vont être très explicites et didactiques. Certains passages valent leur pesant d’or et devraient être utilisés dans les écoles ou dans certains reportages. J’ai appris plein de choses, parce que c’est très bien fait, passionnant.

Je ne peux que vous conseiller ce premier roman qui m’a carrément bluffé par toutes ses qualités, de la narration à la psychologie, du sujet à sa pédagogie. Tous ces points en font un roman attachant à ne pas rater, et j’espère lire bientôt les futurs romans de ce jeune auteur qui nous laisse entrevoir tant de promesses pour l’avenir.

Ne ratez pas l’excellent billet sur le site Appuyezsurlatouchelecture, ainsi que celui de l’ami Bob Polar