Archives pour la catégorie Littérature française

Haute voltige d’Ingrid Astier

Editeur : Gallimard – Série Noire

Cela fait un bout de temps que je me devais de découvrir Ingrid Astier, ou du moins sa plume. C’est essentiellement l’avis de Jean Marc qui m’a décidé à la rencontrer lors de Quais du Polar. Nous avons eu une discussion d’un quart d’heure que j’ai beaucoup apprécié. Je lui avais promis de lire son roman et j’ai été totalement conquis. Haute voltige est un vrai roman populaire, dans la grande tradition française.

Carmel et Mitch sont deux chauffeurs, qui sont chargés de convoyer des bijoux appartenant à un riche saoudien Nasser Al-Jaber, de Versailles au Bourget. Le convoi comporte plusieurs véhicules de luxe, le trajet est minutieusement mis au point, il n’y a pas de place pour l’improvisation. Sauf que des travaux sur l’A86 les obligent à changer leur trajet et à prendre l’A13. Sous un pont, le convoi est pris à partie par des hommes armés. Le casse se déroule sans violence, avec rapidité et efficacité. La seule victime se révèle être Carmel, abattu d’une balle. Le butin volé comporte des bijoux et la femme qui accompagnait Al-Jaber : Ylana.

L’équipe de Stephan Suarez est dépêché sur place. La violence et l’organisation du casse est tout simplement impressionnante. Rien n’a été laissé au hasard. Ceci dit, cela motive Suarez, il va enfin pour voir penser à autre chose qu’à un homme que l’on surnomme « Le Gecko ». En effet, cela fait plusieurs mois que Suarez et son équipe sont à la recherche d’un monte-en-l’air qui dérobe les bijoux et les œuvres d’art sans effusion de sang, en passant par les toits comme un équilibriste.

Astrakan reçoit ses hommes, Ranko et Redi, de retour du casse. Leur mission est accomplie à 100%. Rempli d’œuvre d’art, Astrakan est fier de présenter à Ylana les chefs d’œuvre qui ornent le salon de son appartement situé dans le XVIème arrondissement. En tant que trafiquant, à la tête d’un réseau international, il peut s’offrir ce qu’il veut, mais pas qui il veut. Et ilo vient de tomber amoureux d’Ylana. Il demande à ses hommes de les laisser, lui et elle.

Avec ce roman, Ingrid Astier atteint les hauts sommets. Elle convie tous les plus grands auteurs de roman populaire, et nous offre une visite de Paris vu des toits. C’est un vrai, grand, beau roman d’ aventure, tel qu’on en écrivait avant, remis au gout du jour, comme une sorte d’hommage envers nos grands auteurs (d’Alexandre Dumas à Maurice Leblanc, en passant par Eugène Sue) mais aussi une forme de réinvention d’un genre aujourd’hui bien trop oublié.

C’est un roman de personnages, avec en premier plan, le duel entre le Gekho et Suarez. Le premier, sorte de fils naturel d’Arsène Lupin mâtiné d’un John Robie (le voleur et personnage principal de La main au collet) est un adepte du beau, solitaire, et libre. En face de lui, on a Suarez, qui voue sa vie et sa carrière à la traque de ce voleur imprenable, espérant le prendre en flagrant délit. Entre les deux, il y a cette opposition entre liberté et contraintes, entre beauté d’un envol dans les airs et crasse de marcher dans la boue.

Cette opposition entre le lumineux et le gris est admirablement mis en scène par le style d’Ingrid Astier, à la fois sobre et efficace, prenant des envols quand il en est besoin, peignant des paysages avec une poésie et une évidence qui m’ont fait m’écarquiller les yeux. Ce qui fait que les 600 pages qui constituent ce roman m’ont paru passer bien vite, l’immersion dans l’histoire étant tout simplement obsédante.

Le lien entre les deux personnages principaux est lui aussi constitué d’une opposition plus marquée en terme de couleurs. D’un coté, la couleur rouge, nous avons Astrakan, un chef de gang de voleurs, sans pitié, d’une violence inouïe mais plein de contradictions par son amour pour Ylana (dont je suis tombé amoureux). De l’autre, la couleur bleue, limpide, calme, d’un Enki Bilal qui fait quelques apparitions pour représenter le beau immortel, indémodable et incontournable. Ingrid Astier nous montre aussi sa fascination pour l’art en général, que ce soit la littérature, la peinture ou la musique, et en cela, son roman est aussi une ode à l’art et à la beauté, qui rappelle par moments Charles Baudelaire.

De ce roman, prenant de bout en bout, je reteindrai, outre ses personnages, ses scènes impressionnantes, qu’elles soient intimes (quelles scènes d’amour), qu’elles soient stressantes (on ne peut s’empêcher de frissonner lors des escalades), qu’elles soient violentes (dont l’incroyable combat de Chessboxing), et aussi ces sentiments si humains tels que la haine, l’amour, l’envie, le besoin, la jalousie et l’obsession. Haute voltige se révèle être un roman remarquablement réussi, un des incontournables pour les vacances de cet été.

La prophétie de Langley de Pierre Pouchairet

Editeur : Jigal

Depuis le temps que l’on me dit qu’il fut que je découvre Pierre Pouchairet, c’est chose faite. Avec une telle qualité d’écriture, cet auteur arrive à nous emmener dans une histoire qui fait froid dans le dos. Et portant, ça commençait tranquillement …

En effet, l’ambiance est feutrée dans la salle qui regroupe les traders du Crédit Parisien. Il faut dire que le contexte est calme. Parmi les traders les plus prometteurs, Ludovic d’Estres est issu d’une famille aisée et fait partie du Front Office, c’est-à-dire ceux qui, par leur réflexion, vont donner la marche à suivre (achats ou ventes d’actions ou d’obligations). Reda Soudami est un jeune des banlieues, de Trappes plus exactement et fait partie du Back Office, c’est-à-dire qu’il réalise les actions qu’on lui demande. Ces deux-là ne travaillent pas au même étage mais s’entendent à merveille.

Ce matin-là, Reda alerte Ludovic sur des mouvements suspects de ventes de titres d’EDF à la baisse (c’est-à-dire qu’un ou plusieurs traders dans le monde parient que l’action va baisser en valeur), alors qu’il n’y a aucune raison à cela. Ludovic ne s’inquiète pas mais demande à Réda de creuser le sujet. Réda découvre alors que ces demandes de ventes proviennent d’une banque du Moyen Orient, la First Islamic Bank. Ils décident alors de rendre visite au représentant de cette banque situé à Versailles.

L’entretien avec le directeur du bureau de représentation n’apporte rien à Ludovic et Reda. Tout juste ont-ils l’impression de l’avoir agacé. En sortant, Ludovic veut aller saluer sa tante qui habite à coté. Alors qu’il sonne à la porte, un 4×4 déboule et une fusillade éclate. Ludovic est mortellement atteint. Reda, resté dans la voiture, démarre en trombe, blessé à l’épaule. Dans la précipitation, pousuivi par le 4×4, il renverse une jeune fille. Dans sa tête, tout est clair : Etant un jeune de Trappes, il ne peut plus se rendre à la police et doit fuir.

En fait, ce roman va tellement vite que je ne sais pas où arrêter mon bref résumé. Si vous voulez connaitre la suite, vous savez ce qu’il vous reste à faire … Car ce roman, ce polar, a toutes les qualités que j’aime.

J’aime les personnages, qui sont décrits simplement, finement. Il n’y a pas besoin de s’appesantir, leurs actions en disant beaucoup plus. Dans ce domaine, ce roman est un modèle du genre, Reda étant paniqué à l’idée d’aller en prison, Johana, la commandante de police, que l’on retrouve plus loin dans le livre, et qui est chargée de l’enquête, étant d’une logique implacable et résistant aux pressions de sa hiérarchie.

J’aime apprendre des choses et c’est amplement le cas ici. Sans dévoiler toute l’intrigue, on va savoir comment travaillent les traders (des gens que j’apprécie bien peu), comment fonctionnent les mécanismes de la finance, et comment on peut les utiliser à des fins criminelles. A la fois instructif et empli d’exemples choisis avec parcimonie, il établit un scenario catastrophe qui fait froid dans le dos.

J’aime l’équilibre entre les dialogues et la narration, ce délicat mélange qui parait si naturel au lecteur et qui est si difficile à obtenir. Pour le coup, ce polar se lit d’une traite, et il y a tant de rebondissements que j’ai été fasciné par l’imagination et la créativité de l’auteur (ou des auteurs devrais-je dire, puisqu’il est indiqué sur la couverture Sur une idée et avec la collaboration de L.Gordon).

J’aime le rythme parce que ça va à 100 à l’heure. On n’a pas le temps de se reposer, on passe d’un personnage à l’autre, on court à coté d’eux pour arriver à une conclusion sur le terrorisme qui fait tout simplement froid dans le dos. En fait, ce roman est construit comme un champignon atomique : en bas, le tronc est de faible diamètre, et plus on monte, plus c’est énorme, gigantesque, avant de nous retomber dessus. La prophétie de Langley est un polar costaud, effarant, impressionnant, à ne pas rater.

Il ne nous reste que la violence d’Eric Lange

Editeur : Editions de la Martinière

Voilà le genre de roman que j’ai lu par hasard. Je ne connaissais pas du tout l’auteur (c’est son deuxième roman après Le sauveteur de touristes), et je dois dire que c’est un polar coup de poing bien noir comme je les aime. Une bien belle surprise !

Le narrateur est animateur de radio. Pendant son émission, il donne la parole aux auditeurs, et ceux-ci se lâchent, disent ce qu’ils ont sur le cœur. Des peines de cœur aux ras-le-bol dans le travail, les sujets sont divers et variés, un défouloir pour adultes frustrés. Un soir, c’est un gréviste qui appelle : son usine va être fermée, délocalisée, alors il est prêt à mettre le feu à la mèche et tout faire exploser. Et l’auditeur de conclure : « De toute façon, c’est comme ça aujourd’hui. Il ne nous reste que la violence. »

Ce matin-là, le personnel de la radio est convoqué au grand complet. Un nouvel actionnaire vient d’entrer au capital de la radio, O-Space. Le but affiché est de lui assurer un meilleur développement. Pour cela, Bertrand Lemarc a été nommé directeur de la radio ; son surnom : Le Liquidateur, car sa spécialité était la réduction de couts. Le narrateur peut se faire du mouron : son émission vient tout juste de démarrer et elle coute cher : pas moins de quatre salaires.

Déambulant au hasard des stations de métro, il en choisit une au hasard et descend, entre dans un bar et se finit à coups de bière et de rhum. Un homme le reconnait : il s’agit de Felix, qu’il a rencontré entant que guide de guerre pendant la guerre des Balkans. Depuis, Felix s’est requalifié dans le trafic de cocaïne. Le narrateur lui raconte ses déboires et lui dit que son émission a besoin d’un peu de temps pour s’installer. Alors Felix lui propose d’écarter Lemarc du paysage audiovisuel pendant quelques mois … et si, par exemple, il lui arrivait un accident … comme un car-jacking ?

Quelle excellente surprise avec ce roman, non pas dans son sujet mais plutôt dans son traitement, son style et son scenario. En effet, le sujet, étant basé sur le fait d’éliminer les gens qui nous gênent, n’est pas nouveau. Et on y trouve d’ailleurs bien des façons différentes de le raconter. Je citerai juste pour mémoire les deux qui me viennent à l’esprit et qui sont pour moi incontournables : Le contrat de Donald Westlake (définitivement noir et social puisque le personnage principal élimine ceux qui sont en compétition avec lui pour obtenir un travail) et Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron (où le personnage principal créé une entreprise de nettoyage discount donc ouverte à tous).

Malgré ces grandes références, le roman d’Eric Lange est loin d’être ridicule, il est même brillant par certains cotés. J’en veux ce style, direct, minimaliste qui exprime en si peu de mots tout ce qu’il faut pour à la fois poser son personnage et pour faire dérouler son intrigue avec une facilité déconcertante, et qui force le respect.

L’intrigue, justement, se déroule sur une année, entre 2000 et 2001 et notre animateur radio va être entrainé dans un premier meurtre puis se rendre compte que cela peut être bien pratique dans certains cas. Les premiers chapitres sont clairement très sociaux, montrant des auditeurs pris à la gorge par la machine capitaliste, ne trouvant aucune autre solution que faire exploser leur usine pour qu’elle ne soit pas délocalisée. Puis, c’est la radio qui est menacée de subir le même sort. Mais après ce début noir social, on penche plutôt vers un polar centré sur l’animateur radio, très égocentrique. La fin du roman nous amènera d’ailleurs vers un retournement de situation qui m’a impressionné, mais qui, du coup, abandonne la veine noir social.

Il ne nous reste que la violence s’avère donc un excellent polar, une sorte de variante de ses illustres prédécesseurs qui n’a pas à pâlir de la comparaison, mais qui vient ajouter sa pierre à l’édifice. En ce qui me concerne, il ne fait aucun doute que je vais suivre cet auteur, car il m’a promis tant de belles choses à venir avec son roman, que je suis curieux de voir la suite de son œuvre.

Fourbi étourdi de Nick Gardel

Editeur : Editions du Caïman

Le petit dernier des éditions du Caïman fait place à un nouveau jeune auteur, Nick Gardel. C’est l’occasion de découvrir une nouvelle plume tout en humour décalé et en cynisme. A découvrir !

Jean-Edouard est un jeune homme quelque peu immature, qui vit sa vie comme elle vient. La seule chose à laquelle il croit est l’amitié. Quand son ami Paul l’appelle au secours, son sang ne fait qu’un tour : il doit voler à son secours. Doté d’un Système D développé, il arpente un parking souterrain et découvre une merveille : une DS Pallas. Pour Jed, c’est presque trop facile d’ouvrir et de démarrer la voiture. Et le voilà parti sur les routes de France comme un chevalier sauveur.

Entretenir sa foi, cela coute cher. Afin de pallier aux besoins du culte, le nouvel évêque a trouvé une bonne solution en faisant appel à une bonne âme, le député-maire René d’Orval. Avec un peu de persuasion et un soupçon de chantage, par exemple en laissant entendre que l’on soit au courant de ses détournements de fond. La somme demandée est importante et doit être apportée par les deux sbires du maire José et Gaspard … qui malheureusement pour le prêtre qui doit récupérer l’argent, font un peu de zèle. Un détail, une broutille, un grain de sable … Bref, Ils tuent le prêtre, stockent le corps du prêtre dans le coffre de la DS Pallas, et oublient le sac dans l’habitacle.

Vous l’aurez compris, nous allons assister à une course poursuite entre d’un coté un jeune homme et de l’autre deux abrutis. Lors du périple de ces deux parties, nous allons rencontrer des personnages qui valent leur pesant d’or. Et malgré le fait que l’intrigue tienne sur un post-it, le ton de ce roman, bourré d’humour, emporte l’adhésion.

En effet, Nick Gardel a pris le parti d’écrire de façon très littéraire, dans un style d’un autre temps, mais avec beaucoup d’ironie et de cynisme. C’est bien cet humour à froid, et les nombreuses situations chaudes, qui vont nous tenir en haleine, tout en nous marrant comme des baleines, alors que le sujet n’a rien à voir avec la mer.

Je ne peux que vous conseiller de rencontrer un bon nombre de personnages qui vont passer entre les pages, car cela va vous offrir de sacrés moments de rigolade. Tout cela n’est pas sérieux pour un sou, mais il laisse augurer d’un futur radieux aux cotés des romans de Frédéric Dard par exemple. En tous cas, j’attends avec impatience le prochain roman pour confirmer la bonne impression que m’a faite celui-ci.

 

Dieu pardonne, lui pas ! de Stanislas Petrosky

Editeur : Lajouanie

Je m’appelle Requiem et je t’…Ce n’est pas moi qui le dit, mais le titre du premier roman mettant en scène ce prêtre exorciste si particulier. Deuxième épisode donc, que j’attendais avec impatience. S’il se situe dans la continuité du premier, cette deuxième aventure répond à toutes les attentes. Un conseil : Accrochez vous !

Un petit rappel pour ceux qui débarquent et qui n’auraient pas lu le premier épisode. Requiem s’appelle en réalité Esteban Lehydeux. Il est prêtre exorciste et débarrasse la société de rebuts et de démons, ou du moins de gens néfastes considérés comme tel. S’il utilise des méthodes que la morale réprouve, il a un grand respect pour le Patron (entendez Dieu) et son fils.

C’est en lisant le journal que l’œil d’Esteban Lehydeux frétille ce matin là. Il faut dire qu’il n’a pas d’exorcisme à réaliser tous les matins. Un employé de la société Ody-Art a été assassiné et un certain Jules Durand est sur le banc des suspects, voire des accusés. L’homonymie avec une affaire qui a secoué le port du Havre en 1910 décide le redresseur de torts divin à prendre la route pour en savoir plus.

Esteban a des facilités à prendre contact avec les gens, surtout s’ils sont de sexe féminin et ouverts à la discussion, voire à autre chose. Après une tasse de thé, agrémentée d’une séance de sport horizontal, la journaliste lui fait l’historique des morts et disparitions étranges pour une si petite société. Esteban ne va pas trouver mieux que de se faire embaucher chez Ody-art pour savoir de quoi il retourne.

Ils ne sont pas nombreux, les auteurs contemporains capables de me faire rire plus d’une fois par page. De tête, je citerai Nadine Monfils, Samuel Sutra ou Ben Orton. Stanislas Petrosky réussit ce tour de force, avec ce personnage de redresseur de torts (comme dans les meilleures séries B d’antan) mais en actualisant le sujet avec les maux de notre société. Pour ceux qui ont lu le premier tome, jetez vous sur celui là qui est aussi bien (j’ai vraiment du mal à choisir lequel est le meilleur) que le précédent.

Pour les autres, ceux qui ont la tête ailleurs, ou qui auraient oublié, sachez que Requiem, c’est politiquement incorrect, mais ce n’est jamais méchant. Le style est direct et prend à parti le lecteur, et il y a toujours un mot, une phrase ou une situation pour dessiner un sourire sur les lèvres ou même vous faire éclater de rire. Attention, ce livre est dangereux : il pourrait vous faire croire que ce qui y est écrit est vrai ! Eh bien, non ! C’est du divertissement, mais du divertissement haut de gamme, de ceux qui dérangent, qui piquent là où ça fait mal !

Dans cet épisode, Requiem va avoir affaire avec une bande de nazillons faisant commerce d’objets nauséabonds rappelant une certaine époque noire où l’on chérissait les chemises brunes. Et pour faire le ménage, il faut un Requiem en pleine forme et prêt à utiliser toutes les armes qu’il a à sa disposition (même celle dont il dispose sous la ceinture). L’intrigue ne laisse guère de temps pour respirer et surtout, tous les personnages sont suffisamment bien dessinés pour qu’on les suive sans problème et qu’on ait envie de tourner la dernière page. J’y ai pris un tel plaisir que j’attends déjà le prochain avec impatience. D’ailleurs, les éditions Lajouanie pourraient lancer un concours sur le meilleur titre, parce qu’à mon avis, il y a de quoi faire ! Conseil d’ami ! En attendant, courez acheter Dieu pardonne, lui pas ! car c’est du rire garanti !

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Jean le Belge

De sac et de corde de Gilles Vidal

Editeur : Editions Les Presses Littéraires

On avait laissé Gilles Vidal avec Les sentiers de la nuit, roman attachant de recherche des racines, et on le retrouve avec un roman ludique. Ce roman s’avère un sacré défi et une sacrée réussite.

Il s’en passe de belles à Morlame. Cette petite ville de province qui semble si tranquille va connaitre une série de morts pas toutes catholiques. Raphaëlle Juvet a élevé seule sa fille Clara. Profitant de son absence, Raphaëlle a pris une assurance vie, ouvert le gaz dans le four et fourré sa tête dedans.

Son voisin Serge Persigny a bien senti l’odeur sur le palier. Mais n’étant pas téméraire, il s’est empressé de dévaler les escaliers. Après l’intervention des pompiers, il est allé récupérer son pistolet, bien utile pour son boulot de recouvreur de dettes pour Monsieur Gouvy, le trafiquant de drogue du coin. Il débarque chez Victor Guérin mais n’a pas le temps d’utiliser son revolver que Guérin lui explose la tête à la chevrotine.

Victor Guérin traine le corps jusqu’à un puits désaffecté au fond du jardin. Puis il alla chercher son pognon perché dans un arbre, avant d’être terrassé, tout là-haut, par une crise cardiaque.

Une vieille Ford s’arrêta. Fred avait trop envie de Claudie, et ils commencèrent à baiser quand Claudie aperçut un corps perché dans un arbre. Fred récupère la besace du mort, pleine de pognon et les deux amoureux s’en allèrent faire un bon repas dans un restaurant de Morlame. De retour dans une chambre d’hotel, Fred ne pouvait se résoudre à partager le fric avec elle. Alors il l’étrangla. Il se dirigea vers l’aéroport le plus proche, et prit un billet pour Palma de Majorque.

Dans l’aérogare, Fred bouscule un homme grand et costaud. L’homme se dirige vers la sortie et regarde les pistes de décollage de la cafeteria, pour voir l’avion de Palma de Majorque exploser …

Et ça continue comme ça pendant tout le long du livre. Construit sur la base d’une multitude de personnages qui se rencontrent, se croisent, vivent et meurent, mais pas tous, ce roman fait effectivement, comme le dit la quatrième de couverture à Short cuts de Robert Altman. Car ce sont des dizaines de destins, présentés de façon remarquablement concise et efficace, qui vont s’entremêler avec beaucoup d’humour noir. C’est un roman construit comme un jeu de l égo que l’on construit et que l’on démolit à chaque fois que l’on tourne une page.

Il y aura bien un flic qui essaiera de comprendre ce qui se passe dans sa petite ville de Morlame mais rien n’y fera, les morts continueront à tomber comme si une malédiction les poursuivait à chaque rencontre. Ce qui est fort dans ce roman, c’est que tous les personnages sont suffisamment marquants pour que l’on s’en souvienne quand on les revoit plus tard dans le livre.

Et la conclusion du livre, se terminant en un hommage envers un grand poète français apporte la conclusion que l’on cherchait tout au long de la lecture. Comme quoi, cette lecture s’avère une nouvelle fois un excellent moment de divertissement original comme je n’en ai jamais lu.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude 

La chronique de Kris : Kaboul Express de Cédric Bannel

(Une enquête de Nicole LAGUNA et du Gomaandaan KANDAR)

Editeur : Robert Laffont – La Bête Noire

Il est impossible de rater Kris dans un salon … quoique l’on se soit raté à Lyon cette année. Je ne me rappelle plus si nous avons été en contact d’abord sur un salon ou sur un réseau social mais le fait est que c’est une personne avenante qui a toujours le sourire. Et pour moi, ça compte énormément. Sur le réseau social en question, je lis ses avis sur les livres qu’elle lit, souvent des polars, quelques thrillers, et j’y trouve une sincérité que je lui envie, une faculté à exprimer en peu de mots ce qu’elle ressent, et qui donne envie de lire le livre dont elle parle. Souriante et passionnée, ce sont les deux adjectifs qui me viennent à l’esprit, la concernant.

Je me rappelle, c’était à Saint Maur, lui avoir dit que le jour où elle voudrait publier un avis sur un roman qu’elle a adoré, je serais honoré de l’accueillir dans cette rubrique des invités de Black Novel. C’était il y a 3 ans … mais je suis patient. Je l’ai revu quelques fois après, lui rappelant ma proposition et elle me répondait qu’elle attendait le bon livre pour ça. Finalement, je suis heureux comme un gamin, car c’est elle qui est revenue vers moi pour me proposer son billet. Et c’est un putain de bon billet qui me donne envie de lire le roman de Cédric Bannel.

Que dire d’autre ? C’est un honneur pour moi de vous présenter l’avis de Kris :

J’ai découvert Cédric BANNEL avec « BAAD » et  sa connaissance  de l’Afghanistan m’a beaucoup marquée ! Je reprendrais ici ses propres termes que je trouve tout à fait appropriés « Il existe un autre Afghanistan que celui décrit par les médias » et « son » Afghanistan est de fait bien différent de tout ce que  peuvent nous asséner les médias.

Cette  nouvelle enquête policière autour de faits qui collent à l’actualité comme ce jeune Zwak, d’une intelligence supérieure, qui rejoint DAESH, la traque du qomaandaan KANDAR aidé de Nicole, une Commissaire française, ancienne de la DGSE et avec qui il a déjà mené plusieurs investigations, nous livre de nouvelles facettes de ce pays bien méconnu.

Il y a l’enquête policière, certes captivante mais qui  dévoilera  en réalité un beaucoup plus gros gibier puisque qu’elle se transformera en enquête antiterroriste (un vrai travail de fourmi). Ce « Kaboul Express » qui désigne un pick-up qui ne transporte que des Afghans d’Istanbul à la Syrie vous entraînera dans les contrées détenues par DAESH et apportera  un éclairage avisé sur leur mode de fonctionnement.

Et puis il ya le charisme du qomaandaan KANDAR (sniper hors pair), son épouse, gynécologue qui refuse le port du voile, l’entourage dévoué du qomaandaan, enquêteurs, gardes du corps qui sont marqués au fer rouge par cette guerre contre les talibans et puis  ce peuple  nomade, surprenant  par sa liberté de penser, tout un panel d’une population ignorée du monde occidental.

Mené tambour battant cette nouvelle enquête que nous sert Cédric Banel est d’une grande dimension humaine et c’est  à regret que j’ai tourné la dernière page.

Quatrième de couverture :

Zwak, Afghan, dix-sept ans et l’air d’en avoir treize, un QI de 160, et la rage au coeur depuis que son père a été une “victime collatérale” des Occidentaux. Devant son ordinateur, il a programmé un jeu d’un genre nouveau. Un jeu pour de vrai, avec la France en ligne de mire. Et là-bas, en Syrie, quelqu’un a entendu son appel… De Kaboul au désert de la mort, des villes syriennes occupées par les fanatiques de l’Etat islamique à la Turquie et la Roumanie, la commissaire de la DGSI Nicole Laguna et le qomaandaan Kandar, chef de la Crim de Kaboul, traquent Zwak et ses complices. Contre ceux qui veulent commettre l’indicible, le temps est compté.

Biographie de l’auteur :

Cédric Bannel est un homme d’affaires et écrivain français, né en 1966.

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), il a d’abord occupé des responsabilités à la Direction du Trésor du Ministère des Finances, au contrôle des investissements étrangers en France et au bureau des sanctions financières internationales (contre l’Irak et la Libye). Il a ensuite participé à plusieurs opérations d’ouverture du capital avant d’être nommé Attaché financier à l’Ambassade de France à Londres. Il a rejoint le groupe Renault-Nissan comme membre du Comité de direction financière et Directeur des relations financières, le plus jeune cadre dirigeant de Renault à avoir occupé de telles fonctions, et a participé activement aux rachats de Nissan, de Samsung Motors et de Dacia. Il a fondé en 2000 avec le soutien d’investisseurs institutionnels emmenés par le groupe japonais Nomura et par Renault le site Caradisiac.com, site d’information et d’intermédiation automobile qui s’est rapidement imposé comme le numéro 1 français devant E Bay motors et l’AutoJournal.fr. Caradisiac.com est devenue la première régie automobile sur Internet. Après avoir cédé Caradisiac.com au groupe Spir, Cédric Bannel l’a fusionné avec la Centrale des particuliers pour créer un des premiers acteurs du Web français. Il a ensuite intégré le fonds d’investissement britannique 3i comme Senior Partner (Coté à Londres, 3i est un des leaders mondiaux du Private Equity, spécialisé dans les opérations de Mid Capital en LBO). Depuis mi 2009, Cédric Bannel a lancé ses propres activités d’investissements.

Aux éditions Robert Laffont, Cédric Bannel a publié Le Huitième Fléau (1999), La Menace Mercure (2000), Élixir (2004) et L’Homme de Kaboul (2011). Son cinquième roman BAAD est paru en 2016 chez Robert Laffont – collection La Bête Noire. Ses romans sont traduits dans de nombreux pays.