Archives pour la catégorie Littérature française

Le douzième corps de Janine Teisson

Editeur : Editions Chèvre-feuille

Ce livre m’est arrivé dans les mains totalement par hasard et c’est à nouveau par hasard que je l’ai pioché dans ma PAL. Une belle découverte !

L’auteure :

Janine Teisson est née à Toulon.

Son premier roman La Petite Cinglée, a obtenu en 1994 le prix du premier roman et le prix Antigone. Pour ses lecteurs de 5 à 105 ans elle aborde romans contemporains, historiques, policiers, nouvelles, contes, théâtre, poésie.

Sérieux et humour se mêlent dans ses livres. Certains sont traduits en sept langues. Sa rencontre avec les éditions Chèvre-feuille étoilée a été féconde : Liens de sangs, un roman sur l’Algérie, plein de violence et d’amour, est publié en 2010, suivi de La Salle de bain d’Hortense et de L’Enfant Plume. Chèvre-feuille étoilée a l’audace de rééditer Cher Azad, recueil de contes érotiques orientaux. Thalasso-crime est le premier policier publié dans la collection D’un noir l’autre, qu’elle dirige. La Métamorphose du rossignol suivra en 2015. Le Douzième Corps est son quarante-deuxième titre et le septième titre de la collection.

L’écriture pour Janine Teisson est une rencontre, avec elle, avec le monde, avec les autres de toutes générations.

Quatrième de couverture :

Orléans, 1941

Hans rencontre Marguerite. Ils s’aiment profondément dans le cataclysme de la seconde guerre mondiale mais la dernière lettre que son amante a envoyée à Hans après la Libération n’aura jamais de réponse.

Qu’est devenu Hans ? Soixante ans plus tard, alors que la mémoire de Marguerite est en ruine, sa petite-fille Romane ouvre l’enquête. Elle parcourt le Périgord de village en village selon le trajet sanglant suivi autrefois par la division Das Reich. Elle fait ressurgir des crimes cachés, des secrets mal enterrés, encore assez vifs pour la mettre en danger.

Qui est enterré dans le champ maudit ?

Dans ce roman policier sur la mémoire, le passé ressurgit et se mêle au présent, pour l’empoisonner ou l’illuminer.

Mon avis :

C’est une belle surprise que ce roman, écrit simplement, et qui nous narre la recherche d’une jeune fille sur ses racines. Découpé en trois parties, le roman va nous plonger dans le passé de la deuxième guerre mondiale par courts chapitres, nous faisant voyager d’Orléans à Berlin en passant par la Russie ou l’Ukraine. On va avoir affaire à plusieurs personnages, appartenant à deux familles, l’une française et l’autre allemande. Je dois dire que je me suis laissé emporter par cette première partie, grâce à cette simplicité de l’écriture qui en fait une saga familiale passionnante. Il y avait presque un livre entier à écrire avec un sujet tel que celui là.

Puis la deuxième partie nous transporte aujourd’hui, avec Romane qui reçoit en cadeau de sa tante Elise (que l’on a rencontré dans la première partie) une vieille valise appartenant à sa grand-mère. Elle commence l’enquête alors que sa mère n’est pas intéressée à remuer les douleurs du passé. Une nouvelle fois, c’est bien fait, bien qu’un peu plus bavard, mais toujours de bons sentiments malgré quelques horreurs des nazis, et cette histoire continue à nous intéresser jusqu’au dénouement final.

Si ce roman ne va pas révolutionner le genre, il s’avère une lecture recommandable pour lire sur la plage, le genre de roman populaire (dans le bon sens du terme) qui vous transporte dans un autre lieu, dans un autre temps, et vous fait passer un bon moment.18

Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard

Editeur : Belfond

Voilà un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler, en bien. Ayant raté son précédent roman, Fais le pour maman, j’ai voulu tester son petit dernier en date. Le moins que je puisse dire, c’est que j’ai bien fait, parce que c’est un roman terriblement addictif, que je l’ai lu en deux jours. Vous êtes prévenu : si vous commencez ce roman, vous allez perdre quelques heures de sommeil.

Il est allongé. Il se réveille et ne se souvient de rien. Il a du mal à respirer, il semble être dans une boite, ou du moins dans un espace confiné. Le bruit de la terre qui tombe sur la boite l’obsède. On l’enterre vivant ? Au secours !

Fanny est une femme heureuse en famille. Elle vit avec Mickael et les deux jumeaux Arno et Victor. Depuis qu’elle a écrit un livre à succès, sur comment décorer sa maison avec des fleurs, sa boutique a du succès. La cinquantaine apaisée, elle apprécie sa vie de couple au milieu des peintures de Mickael. Tout juste est-elle inquiète de Victor, et son envie de faire souffrir son frère. Il semble avoir une envie de faire du mal.

Le commissaire divisionnaire Dubois est au cimetière. Il déteste ça, mais il est forcé de rester là puisque c’est sa mère qu’on enterre. Il vient de recevoir un SMS : Le professeur Jacques Jakubovitch, le chirurgien esthétique des stars vient d’être retrouvé assassiné, et l’assassin a fait preuve d’imagination.

Elle est étudiante en deuxième année de médecine à Paris VII. Elle a toujours eu un penchant pour l’alcool, buvant à en oublier sa vie, son stress, à s’en rendre malade. Ce soir là, saoule comme d’habitude, elle a accepté de prendre les pilules proposées par Marc. Puis, ils sont devenus plusieurs. Puis ils l’ont emmenée dans un coin. Puis ils l’ont violée. Tous. Les uns après les autres.

Après la lecture de ce roman, je comprends pourquoi François-Xavier Dillard reçoit autant de compliments pour ses romans. On a en effet affaire à un thriller costaud, plutôt classique dans la forme et parfaitement maitrisé. Ce roman est construit comme un puzzle. On a vraiment l’impression de se retrouver devant ce type de jeu. On est face à plusiuers pièces, n’ayant aucun rapport les unes avec les autres. Certaines ont des couleurs qui se ressemblent, les formes sont différentes, et on n’a aucune idée de l’ensemble.

Nous allons donc passer d’un personnage à l’autre, sans aucune notion de temps ou d’espace. Malgré cela, on n’est jamais perdu et c’est la grande force de ce roman. Chaque scène est minutieusement décrite, les scènes sont d’une justesse incroyable, ce qui rend les chapitres fascinants. Même les scènes de tous les jours, qui peuvent paraitre habituelles, faisant part d’une certaine routine deviennent passionnante par cette minutie apportée dans l’écriture. Et si on a l’impression d’être transporté d’une scène à l’autre, on est passionné par ces chapitres qui s’accumulent.

François-Xavier Dillard évite aussi les longues descriptions. Ses phrases son courtes, font mouche à tous coups. Et ses chapitres ne dépassent pas 5 à 6 pages, ce qui donne un rythme à la lecture et une certaine frénésie dans l’esprit du lecteur qui veut en découdre avec cette intrigue tortueuse. Toutes ces qualités font que l’on n’a pas envie de lâcher ce roman avant la dernière page.

Si j’ai déjà lu des thrillers traitant de ce sujet, il n’en reste pas moins que la forme de ce roman et le talent de l’auteur en font un roman réellement passionnant. Comme je l’ai dit, l’écriture arrive à nous rendre fascinantes toutes les scènes ce qui rend la lecture de ce roman addictif, impossible à lâcher. Cela en fait un roman hautement recommandable et un excellent divertissement procurant un plaisir difficilement oubliable.

Le jeu des apparences de Muriel Mourgue

Editeur : Ex-Aequo

J’ai déjà lu quelques romans de Muriel Mourgue, et j’apprécie beaucoup ses intrigues et un de ses personnages, Thelma Vermont, dont les enquêtes se situent dans les années 50. Dans ce roman, nous faisons connaissance avec un nouveau personnage et nous faisons un voyage dans le futur, en 2026.

Nous sommes donc en 2026, et la France a élu à sa tête une femme, la présidente Rose Leprince. Celle-ci vise la conquête de la présidence de l’Europe Unie. Son argument pour mettre en avant la France est l’envoi d’un vol habité à destination de la planète Mars, qui doit avoir lieu dans quelques jours, le jour de Noel. La présidente doit à la fois montrer son prestige et faire attention aux terroristes.

En ces temps troubles, elle a nommé Luc Malherbe en tant que Responsable de la Sécurité, qui ne doit rendre des comptes qu’à elle. Luc est troublé, car son amour d’enfance Clara vient de mourir à Lisbonne. Officiellement, elle a été renversée par une voiture. La question qui se pose est : Est-ce un accident ? Est-ce un suicide ? Est-ce un meurtre ?

Luc Malherbe va donc faire appel à son amie Angie Werther, qui a pris sa retraite pour se donner à sa passion, les romans graphiques. Celle-ci a de grandes connaissances des arcanes du pouvoir, et a la possibilité d’enquêter en sous-main, sans que personne n’en sache rien. Elle accepte donc de rendre service à Luc, et part  pour Lisbonne. Cela tombe bien, Clara était embauchée dans une librairie de Lisbonne, où on vend des romans graphiques.

Science fiction ? Anticipation ? J’aurais tendance à dire ni l’un, ni l’autre, tant le contexte de ce roman semble actuel, et qu’on n’y vois pas apparaitre de gadgets délirants et autres inventions futuristes. Finalement, d’après Muriel Mourgue, rien ne va beaucoup changer. Les magouilles politiques vont bon train, les opposants au régime forment des groupuscules et on suspecte des actes de terrorisme. Même l’Europe a changé de nom mais pas son organisation, si ce n’est qu’il y a une vraie Europe politique.

Muriel Mourgue est maintenant une auteure aguerrie, avec une dizaine de romans ou nouvelles au compteur, et malheureusement pas assez connue. Car il y a un vrai savoir faire dans sa façon de structurer ses romans et de mener ses intrigues qui en font des lectures distrayantes et plaisantes. Si il y a du savoir faire, il y a un équilibre bienvenu entre les descriptions et les dialogues, et une logique fort plaisante.

Le hasard veut que je sois allé à Lisbonne au printemps et que j’ai visité tous les coins et recoins de cette magnifique ville. Et je dois dire que j’ai éprouvé un plaisir particulier à re-parcourir ces quartiers en compagnie d’Angie Werther. Si le roman s’avère plutôt classique, c’est plutôt pour un aspect personnel qui fait que je m’y suis attaché. A cela, j’ajoute une chute fort bien venue qui m’a rappelé certains romans de Bob Morane. Bref, voilà à nouveau un nouveau roman à mettre au crédit de Muriel Mourgue.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Le Diable n’est pas mort à Dachau de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Fidèle je suis, fidèle je reste. En conséquence de quoi, je lis chaque nouvelle publication de Maurice Gouiran, car avec ses intrigues toujours bien construites, on y apprend toujours des faits historiques scandaleux et dont on ne parle pas assez. Ceux relatés ici sont tout simplement révoltants !

Jeudi 26 octobre 1967. Henri Marjencoules revient dans son village natal, Agnost-d’en-haut, pour l’enterrement de sa mère. Il avait bien pensé prendre une chambre d’hôtel, pour éviter d’avoir à faire face à son père, qui est genre mutique et qui ne s’épanche pas en démonstrations sentimentales. Malheureusement, tous les hôtels du coin ont été pris d’assaut. Henri travaille aux Etats-Unis en tant que mathématicien pour une entreprise privée et arrive bien fatigué. Il est par moments pris d’hallucinations mais c’est surement un effet secondaire du à ses abus de LSD.

Mardi 26 janvier 1943. Sigmund Rascher est à la tête de recherches au camp de Dachau. Il est vrai que le nazisme lui offre la possibilité de tester de nouvelles méthodes sur des cobayes vivants. Sigmund se moque bien de Nowitski et Plötner qui font des recherches de leur coté sur des substances hallucinogènes pour trouver un sérum de vérité, qui serait bien utile dans les interrogatoires. Lui cherche à améliorer les conditions des soldats dans des conditions froides intenses. Il arrive à la conclusion qu’il faut avant tout protéger la tête dans les prochaines combinaisons de vol des pilotes.

A Agnost-d’en-haut, Henri renoue avec ses copains, qu’il avait perdu de vue. Pascal et Norbert ont le même age que lui, mais en paraissent le double. Ils ont repris la ferme familaiale comme une sorte de malédiction. A l’auberge, Henri apprend que la famille Stokton a été assassinée : le père, la mère et l’enfant de 8 ans. Le père avait acheté la ferme des Granges brulées une dizaine d’années auparavant. La rencontre avec Antoine Camaro, journaliste qui suit l’enquête, va l’impliquer dans ces meurtres d’une famille américaine.

Révoltant ! Les faits relatés sont révoltants !

Après une mise en jambe plutôt lente, Maurice Gouiran va patiemment construire son intrigue, pour mieux frapper (et non juste appuyer) là où ça fait mal. Mais auparavant, il aura pris soin de bien construire son personnage principal, et placé ses personnages secondaires. Quand il le faut, il insère des chapitres remontant tout d’abord à la 2ème guerre mondiale puis plus tard juste après guerre.

A travers ces chapitres, qui couvrent une bonne moitié du livre, Maurice Gouiran va nous montrer la différence entre le nouveau monde et l’ancien. Aux Etats-Unis, on est en pleine période peace and love, drugs, sex and rock and roll. Alors qu’en Europe, l’avenir des jeunes est de rejoindre une grande ville pour espérer trouver du travail, la vie américaine s’est libérée et décomplexée, non sans inconvénients. Et c’est là que cela devient intéressant.

Car en 210 pages, Maitre Gouiran ne va pas insister sur l’horreur des camps, comme le titre peut le laisser penser. Il va nous montrer comment les Américains ont récupéré des scientifiques nazis pour profiter de leurs avancées technologiques. Il va nous montrer comment ces recherches financées par l’état mais officiellement commandées par des boites privées ont pour but la lutte contre les Rouges et l’obsession d’augmenter son armement. Et enfin, et surtout, il va nous montrer comment les Etats-Unis ont fait eux aussi des essais en grandeur réelle, sur leur sol et ailleurs, testant soit de nouvelles drogues synthétiques soit carrément des armes bactériologiques.

Et Maurice Gouiran nous assène ça en quelques chapitres à partir du chapitre 20. Et là, c’est l’horreur … c’est révoltant. On pourrait accuser les scientifiques de s’aveugler quant à leurs trouvailles, de ne pas chercher à savoir, de privilégier leur gloire. Mais tout est suffisamment cloisonné pour que très peu de personnes soient au courant. On pourrait dire que Maurice Gouiran affabule. C’est pour défendre son roman (et non sa thèse, qu’il met à la fin deux pages entières de références sur des rapports, des articles et des études. Après tout ça, je suis KO. Ce nouveau roman de Maurice Gouiran est indispensable parce qu’il est révoltant. Et une nouvelle fois, je dis : Merci M.Gouiran.

Ice-cream et châtiments de Nadine Monfils

Editeur : Fleuve éditions

Nadine Monfils a abandonné son personnage de Mémé Cornemuse pour Elvis Cadillac, un sosie d’Elvis Presley, qui vit de concerts dans les maisons de retraite et autres petites salles communales, roulant dans une Cadillac rose, et affublé d’un petit chien qui orne une belle banane. Les présentations avaient été faites dans King from Charleroi, avec un grand bonheur. Eh bien, réjouissez-vous ! Mémé Cornemuse est de retour puisque dans ce nouveau roman, nous allons assister à une rencontre au sommet !

Un homme court seul, tout nu dans la nature. On pourrait croire à un cinglé, mais en fait, il a peur. Il cherche à échapper à quelqu’un. Après avoir traversé des bois, il arrive sur une route. Il aperçoit une lumière, pense être sauvé. Il lève les bras de soulagement, en appelle à Dieu qui l’a exaucé … avant de se faire écraser par une voiture.

Au volant de la voiture, Elvis Cadillac chante des airs de son idole, pour entrainer sa voix et bercer sa chienne Priscilla. Il a bien senti une secousse, sur cette petite route qui doit l’emmener à Chimay, où il doit assurer un concert exceptionnel dans une maison de retraite. Il s’arrête et se rend compte qu’il vient de rouler sur un homme, relativement agé. Quand il le retourne, il reconnait Joël Bermude, une célébrité dans le monde des sitcoms débiles de la télévision. Elvis décide de charger le corps dans son coffre et poursuit sa route.

Speculoos (en fait il s’appelle Rémy, mais on lui donne ce surnom eu égard pour son gout pour les biscuits du même nom) a couru comme un dératé mais il n’a pas réussi à le rattraper, le retraité de la télé. Il va avoir du mal à le justifier à son comparse et chef (mais uniquement parce qu’il est un peu moins con) Mickey. Il va encore s’en prendre une bonne ! Comment va-t-il expliquer à Mickey que le vieux s’est fait la malle à poil ?

Je ne vais pas vous raconter des craques, ce roman est à l’image de ce que Nadine Monfils est capable de nous pondre de mieux. On y trouve des situations rocambolesques, des personnages barrés et des retournements tous plus drôles les uns que les autres. Outre les prénoms des tarés qui sillonnent au fil des pages, les personnages sont décrits d’une façon irrésistibles … et …

On y retrouve notre chère Mémé Cornemuse (chère au sens où il ne vaut mieux pas la rencontrer). Elle va donc former un duo avec Elvis, qui parait pour le coup plus raisonnable qu’elle, au moins pour quelques dizaines de pages. Car après, elle va se retrouver en compagnie de Speculoos et Mickey et ça va être la fête à Neuneu.

Ceux qui ne connaissent pas encore Nadine Monfils (Il y en a encore ?) vont être agréablement surpris. Ce roman est moins grivois que d’habitude, et parfois empreint d’une certaine poésie, rappelant en cela La petite fêlée aux allumettes, un des meilleurs épisodes de Mémé Cornemuse. Nadine Monfils fera même un plaidoyer pour la création, la littérature et la poésie.

Evidemment, tout cela n’est pas très sérieux, le but étant de divertir par le rire, et c’est une grande réussite. Il n’y a qu’à lire les notes en bas de page expliquant des expressions du cru (surtout belges). On y retrouve même le commissaire Léon, pas en personne mais muet comme une tombe, ce qui confère à ce roman une sorte de croisée des chemins avec un grand nombre de ses romans. On peut dire qu’on tient là une sorte de synthèse, de liens, de toute une œuvre qui comptera dans les années à venir. Et à chaque fois que je termine un roman de Nadine Monfils, je me demande bien ce qu’elle va pouvoir nous inventer dans le prochain … et vivement le prochain !

Que Dieu me pardonne de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Après un premier roman, Je vis je meurs, paru l’année dernière, Philippe Hauret persiste et signe dans cette veine de polar social, celle où on créé des intrigues en prenant des gens simples, et en les poussant à bout. Si Je vis je meurs m’avait paru timide, celui-ci joue son va-tout et s’avère franchement convaincant. Une belle réussite.

Ce roman est un roman de personnages :

Il y a Rayan Martel, richissime jeune homme, héritier de la fortune familiale, orphelin depuis son plus jeune âge depuis que ses parents se sont tués dans un accident d’avion. En proie à des crises de violence soudaines, le livre s’ouvre sur Rayan, en train d’éventrer Olympe, le chien de sa femme.

Il y a Kader, jeune homme vivant dans la cité. Il vient de forcer les portes d’une supérette, pour voler des bouteilles de rhum et de whisky. En perte de repères, surtout depuis la mort de son père sur un chantier, il accumule les larcins sans jamais blesser personne.

C’est pour cela que Franck Mattis, le flic de l’histoire, ne veut pas l’enfoncer, au contraire de son collègue Dan, raciste de bas étage. Franck est plutôt secret et ténébreux, et essaie de mener de front sa vie professionnelle et sa vie personnelle avec Carole.

Depuis quelque temps, une série de cambriolages dans les résidences aisées s’accumulent. La commissaire Alfonsi en a marre. Franck et Dan prennent deux jeunes en flagrant délit. C’est à ce moment là que Dan dérape, et flingue un gamin. Mattis refuse de couvrir son collègue. Son genre, c’est plutôt essayer de sauver les causes perdues. Alors qu’il prend Kader sans papiers, il l’oblige à se présenter chez Rayan, pour avoir un travail : il entretiendra la propriété. Puis Mattis appelle Rayan et l’oblige à accepter. L’engrenage vient tout juste de se mettre en place.

Ce roman ressemble à un jeu de société, mettant face à face les riches et les pauvres, avec Mattis comme arbitre, ou comme le bon samaritain. Les personnages sont la grande force de ce roman, parce qu’ils sont forts, humains, et vivants. Rayan que l’on adore détester, Kader que l’on adore plaindre, et Mattis que l’on voudrait aider, sont les pièces principales sur l »chiquier, aidés en cela de multiples pions, des personnages secondaires qui n’en ont que le nom, tant ils ont leur rôle à jouer, pour faire progresser cette intrigue.

Car Philippe Hauret a fait un pas de géant, par rapport à son premier roman, se jetant à corps perdu dans cette histoire bien noire. C’est un peu ce qui attire le cerveau du lecteur, ce manque d’avenir, cette absence d’espoir comme si rien ne peut changer, malgré toutes les bonnes volontés, comme si tout restera comme avant. Rien ne changera jamais. Malgré cela, il y a des sauveurs, de bonnes âmes, parce qu’ils sont humains.

On y trouve donc beaucoup d’inventivité et de créativité dans cette intrigue, soutenue par un style impersonnel et sans sentiment. J’adore cette façon de décrire sans s’appesantir sur les états d’âme des unes et des autres. Cela est d’autant plus frappant que c’est écrit avec beaucoup d’humanité et que l’auteur, loin de juger leurs actes, aime ses personnages. Je vous le dis, Philippe Hauret n’a pas monté une marche, il vient de monter un étage, il vient de passer chez les grands, et il devient un auteur à suivre de très près.

Je vis, je meurs de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Nouveau roman, nouvel auteur chez JIgal. C’est un roman plutôt court auquel on a droit, avec une façon de mener l’intrigue qui rappelle les polars des années 80.

Franck est flic. Avec son partenaire, ils font la planque devant les barres de la cité, puisqu’on leur a demandé de trouver le chef du trafic de drogue. Et toute la journée à attendre dans la voiture, ce n’est pas drôle. Alors le soir, Franck se fait chier et va jouer dans des tripots. Sauf qu’il n’est pas doué et qu’il joue à crédit de l’argent, beaucoup d’argent qu’il n’a pas.

Serge est retraité depuis peu. Depuis la mort de sa femme, il passe le temps comme il peut, son temps comme il veut. Le soir, il traîne au bar du coin. La serveuse a le malheur de lui faire un sourire en lui servant sa boisson. Et voilà Serge avec 20 ans de moins, qui s’imagine amoureux, parce que le rose de l’amour, c’est moins triste que le noir de la déprime.

José est un petit dealer, et mène bien son affaire avec son frère Carlos. Il vit avec Janis et a parfois des accès de rage, qui font qu’il la tape … Le trafic est sous surveillance par Franck et Remi justement.

Un jour comme un autre. Serge s’accoude au bar et demande sa boisson … quand il remarque un coquard qui orne l’œil de Janis. Son sang ne fait qu’un tour, et il lui propose de l’emmener, et de jouer les chevaliers servants de la princesse. Sauf que l’on n’est pas dans un conte de fées mais dans la vraie vie …

Des polars avec un flic et un truand (ou plusieurs), on connait.

Des polars avec des personnages ordinaires, pris dans une guerre trop grande pour eux, on connait aussi.

Une belle femme, presque fatale, placée au milieu du carnage, c’est du classique.

On prend tous les ingrédients et on mélange au mixer, et cela donne Je vis, je meurs. Si il faut bien s’avouer que ce polar ne va pas réinventer les codes du genre, il faut bien s’avouer que pour un premier roman, l’intrigue est bien menée, et implacablement réalisée.

Vous l’aurez compris, on va suivre les personnages les uns après les autres, jusqu’à la confrontation ultime, qui aboutira bien entendu au drame.

C’est aussi et surtout des destinées de petites gens qui ont des rêves trop grands, l’un se rêvant Al Pacino, l’autre super flic et le troisième jeune bellâtre capable d’emballer une belle jeune fille.

Voilà un roman qui donne envie de lire le prochain de l’auteur, et qui, avec des scènes plus marquées et plus marquantes, avec un peu moins de retenue dans le style, aurait pu devenir un roman culte.