Archives pour la catégorie Littérature française

Six pieds sous les vivants de Antoine Chainas (La Tengo Editions)

Mona Cabriole est journaliste à Paris News. Elle a ses indics un peu partout à Paris. Dans cette aventure, Elle est contactée par Moise qui travaille au centre médico-légal de Paris, quai de la Râpée : il vient de recevoir le corps de Adriana de Rais, célèbre artiste de musique underground. Celui-ci se serait suicidé d’une balle dans la tête. Mona Cabriole se rend à la morgue et s’aperçoit que le corps a disparu. De même, quand elle veut obtenir des renseignements sur Adriana (de son vrai nom Albert Duplot, tous les livres sont épuisés et tous les renseignements sur internet inaccessibles. Seul un bouquiniste aussi étrange que beau lui procure une autobiographie. Mona Cabriole, tout en se demandant si ce journal est vrai ou faux, tente de démêler cette affaire.

J’avais déjà lu le premier tome des aventures de Mona Cabriole, car dès qu’il y a des séries de ce genre, je me jette dessus. Le premier de la série, donc m’avait moyennement plu. Pas de suspense, pas de rythme, une écriture passe partout, une histoire aussi vite lue qu’oubliée.

J’étais curieux de voir ce que Antoine Chainas pouvait bien faire avec les exigences liées au genre. Comment allait-il rester dans le format, et réussir une histoire avec un personnage bien sous tout rapport ? Eh bien, Chainas a décidé de ne pas faire de concession. Le personnage est le même : Mona est toujours curieuse, douée pour les déductions et surtout désespérément seule, prête à tomber amoureuse du premier bel homme venu.

A partir de ce constat, Chainas construit son monde, avec coté pile le douzième arrondissement, et de l’autre le monde underground du glauque. On ne peut pas dire qu’avec ce livre, Chainas fait progresser sa vision du monde ou sa thématique, mais il fait avancer celui de Mona Cabriole. Plus que jamais, on retrouve un Paris du mois d’octobre, rayonnant et plein de touristes. Et sous la surface, vit tout un monde dont personne ne peut se douter.

Si vous êtes curieux de cet auteur, ce roman est un bon début. Ne vous attendez pas à être transcendé par l’histoire, mais succombez aux descriptions du monde que l’on ne voit pas, juste en dessous de la surface. Vous allez plonger dans le monde des glauques, des pervers, des déviants, des bizarres. Après avoir cette petite dose de Chainas, vous pourrez enchainer avec du lourd, à savoir l’un de ses trois romans au choix : Aime moi Casanova, Versus ou Anesthaesia. J’ai préféré Versus personnellement. J’aurais aimé que celui là fasse une centaine de pages en plus. mais bon !

Si vous connaissez Chainas, alors je suis sur que vous l’avez déjà lu.

D’autres avis sont disponibles sur le net dont Jean Marc, Cynic63 et Moisson noire et Serial Lecteur

Les cœurs déchiquetés de Hervé LE CORRE (Rivages Thriller)

Après avoir lu les avis chez mes collègues blogueurs, je l’avais mis dans ma liste de livres à dévorer. Le fait qu’il soit retenu dans la sélection automnale de Polar SNCF m’a motivé pour le lire dès à présent.

Pierre Vilar est commandant de police à Bordeaux. Victor est un garçon de 10 ans dont la mère a été assassinée. Les deux personnages principaux ont vécu un drame dont ils ne se remettent pas, dont ils ne se remettront jamais : Vilar a perdu son fils, Pablo, enlevé à la sortie de l’école depuis plus de cinq ans et Victor a découvert sa mère, gisant dans un bain de sang dans sa chambre. Vilar va enquêter sur le meurtre de la mère de Victor, qui lui va être placé dans une famille d’accueil. Les deux affaires vont se rejoindre bien vite au travers d’un tueur qui joue avec la vie de Vilar et Victor.

Sur la quatrième de couverture, il y est fait mention d’une atmosphère à la Robin Cook. Eh bien, on n’en est pas loin. L’ambiance est noire, opaque, sale. Le sujet est glauque. Et les personnages déprimés au possible. Ici, on est dans le Noir, le vrai, le pur. Et dans la nuit ambiante, pas une petite lueur. L’ambiance est aux pleurs, aux cicatrices qui ne se referment pas, aux regrets d’être arrivé trop tard, d’avoir manqué un moment important, aux conséquences mortelles.

Les deux personnages ont une force en commun. Malgré les moments de découragement, ils redressent toujours la tête. Ils sont blessés par les événements de leur vie, mais refusent de se laisser abattre un peu plus. S’ils sont tous les deux passionnants d’un point de vue psychologique, j’ai trouvé personnellement que Vilar était plus intéressant à suivre, et que l’histoire de Victor était par moments accessoire par rapport au déroulement général du roman. Le fait qu’un chapitre leur soit comparé à tour de rôle est classique et j’avais hâte de passer certains chapitres de Victor. D’ailleurs, je n’ai pas trouvé de logique ou de relation entre les chapitres Vilar et les chapitres Victor. Serais-je passé à coté de quelque chose ?

L’écriture est vraiment agréable, regorgeant de descriptions, d’adjectifs. On est dans un style très détaillé, faisant part égale entre description des lieux ou de l’environnement et les états d’ame des personnages. J’ai regretté qu’il n’y ait pas de personnages secondaires plus marquants, car Hervé Le Corre met en avant ses deux protagonistes. Par contre, on a parfois droit à des passages d’une noirceur comme j’en ai rarement lu récemment. En cela, on se rapproche de Robin Cook. Et parfois, on a droit à des phrases interminables, faisant dix lignes (je n’exagère pas) qui nous laissent à bout de souffle mais qui ralentissent le rythme, le rendant poisseux. Je dirai que l’on oscille entre le brillant et le le lassant (mais très peu, je vous rassure).

Mais c’est le sujet qui me restera en mémoire, c’est toute cette violence dirigée contre des petits êtres innocents. Et tous les gens qui gravitent autour, pour qui c’est normal. C’est la révolte de Vilar contre le système, qui se débat avec les armes qu’il a, quitte à faire bande à part, en solitaire, comme un loup à la recherche de son louveteau. Et ce qui m’a choqué, c’est l’indifférence générale, la normalité devant des actes atroces que Hervé Le Corre dénonce. Tout le monde s’en fout des cœurs déchiquetés. La société qu’il nous peint est bien moche, son trait est sans concession, et il laisse passer de bien désagréables frissons dans le dos.

Si je dois encore en rajouter pour vous donner envie de lire ce livre, allez chez un libraire et lisez les six premières pages qui constituent le prologue. Elles sont noires à souhait et donnent le ton du roman.

D’innombrables avis sont disponibles sur internet dont ceux de mes collègues  Jean marc , Hannibal , et Jean Claude .

SAYA de Richard Collasse (Seuil)

Pour être totalement honnête, si ce roman n’avait pas été sélectionné par Polar SNCF, jamais je n’aurais eu l’idée de lire ce livre. Car le sujet est loin de ce que je cherche dans les romans noirs, ensuite le sujet est classique, enfin cela se passe au Japon et c’est un pays qui ne m’intéresse pas beaucoup. Ce n’est qu’un avis personnel !

Cela se passe donc au Japon dans les années 2000. Jinwaki est un cadre supérieur dans un magasin de luxe et il apprend qu’il va être viré. Tout son environnement s’écroule et il décide de n’en rien dire à sa famille. Sa femme Kaori est une femme au foyer qui dépense tout l’argent que lui ramène son mari. Ils vivent sous le même toit mais ne vivent pas dans la même vie : ils font chambre à part, ils se voient peu, ils ne se parlent pas. Jinwaki rencontre Saya, une jeune étudiante qui se livre à la prostitution pour payer ses études. Cela s’appelle là-bas des rapports subventionnés. Jinwaki et Saya vont bientôt vivre une véritable histoire d’amour, vouée à l’échec.

Ce roman, pardon, ce véritable roman est à nouveau à la limite de plus en plus ténue entre la littérature et le roman noir. C’est plutôt une bonne surprise en ce qui me concerne, et je peux vous dire que je l’ai lu en trois jours. La grande qualité de cet ouvrage est de nous montrer la vie au Japon sans en rajouter, par petites touches, racontée par les personnages eux-mêmes. En effet, les trois protagonistes sont les narrateurs à tour de rôle, et il n’aurait pas été crédible qu’ils rentrent dans des descriptions sans fin de leur vie de tous les jours.

L’écriture est très littéraire, comme si on lisait trois journaux intimes (ce qui est le cas). On a donc très peu de dialogues, très peu de personnages secondaires, très peu de détails psychologiques. Les villes ou les paysages ne sont décrits que si les personnages en ressentent le besoin, s’ils veulent nous faire partager leurs sentiments.

L’autre aspect de ce livre est le décalage entre le besoin de liberté des personnages et le carcan de la société japonaise. Le ton est très libertaire, sexuel parfois, et condamné par tout un chacun. On a l’impression que les trois personnages font ce que tout le monde voudrait faire. Il n’y a pas de descente en enfer, juste une fin inéluctable pour deux amoureux à l’amour impossible qui ne peut que mal se terminer.

J’ai parfois regretté que cela soit un peu plat, mais il y a des moments extrêmement touchants, et l’auteur ne juge pas ces personnes, ne les encourage pas non plus. Et au bout du compte, on ressort de ce livre en ayant l’impression d’avoir passé un bon moment, un très bon moment.

Au pas des raquettes de Luc Baranger (Suite Noire n°31)

Vladimir Pichon est un militant communiste à la retraite. Il avait juré sur le lit de mort de son père qu’il ferait la peau des neuf professeurs qui lui ont mené la vie dure en 1965. En 2008, il en reste cinq, et il va tous les éliminer un par un. Alors qu’il vient d’apprendre qu’un de ses fils, trader, vient d’être poussé au suicide par un magnat de la finance, lui qui a toujours eu horreur du capitalisme décide que le chef de son fils doit mourir.

Encore un volume de cette collection Suite Noire qui vient de se faire connaitre via France 2. En effet, cet été, 8 romans ont été adaptés au format télévisuel. Je dois avouer que je n’en ai vu aucun … à cause de l’horaire tardif. Il n’empêche que je les ai tous, tous lus et donc voici l’avant dernier en date.

Je ne connais pas Luc Baranger mais je dois dire que ce livre m’a pris aux tripes, tant le rythme est rapide et l’humour omniprésent et corrosif. Faisant toujours appel à la culture, générale et contemporaine, le roman foisonne de bons mots ou d’excellentes phrases. Le personnage est bien décrit, mais un peu superficiel, et cela est seulement du au format obligé de l’exercice : 95 pages. Difficile de raconter une vie entière en si peu de pages !

La construction est faite de flash backs, mais il manque des liens (explicites ou pas) avec le moment présent. En bref, un bon petit livre qui n’est pas le meilleur de cette Suite Noire mais qui est bien agréable à lire. Et puis, la couverture est cartonnée et, franchement, j’ai vraiment l’impression de lire un vrai livre.

Gilles Legardinier : L’exil des anges (Pocket)

Valeria, Peter et Stefan sont trois étudiants de vingt ans venant respectivement d’Espagne, Hollande et Allemagne. Ils ne se connaissent pas, mais ont un point commun : ils rêvent tous les trois d’une chapelle située en Ecosse, alors qu’ils ne sont jamais allés là-bas. Ces rêves s’avèrent rapidement avoir un lien avec un couple de deux scientifiques qui se sont suicidés vingt ans plus tôt. Les services secrets américains, qui étaient à la poursuite des deux scientifiques, pourchassent aussi nos trois étudiants pour découvrir leur secret.

Autant le dire tout de suite, j’ai été déçu, et donc je ne vais pas m’étendre sur ce roman. Le sujet semblait intéressant, mais j’ai trouvé que l’auteur lui avait coupé l’herbe sous les pieds en dévoilant avant le milieu du livre tout le suspense et le mystère qu’il pouvait tirer de ce sujet. Et donc le livre se résume à une course-poursuite.

Cela se lit bien, très vite avec de courts chapitres, il y a des invraisemblances mais ça va tellement vite qu’on passe dessus. A mon avis, il manque de la psychologie des personnages pour qu’on puisse s’y attacher. J’aurais aimé tomber amoureux de Valeria, m’identifier à Stefan, agir avec Peter. Au final, reste un roman « très grand public », ce qui ne veut pas dire qu’il est mauvais, loin de là, mais que l’on va l’oublier aussi vite qu’on l’a lu. Et qu’on a l’impression qu’il existe des centaines de livres de ce genre.

Voilà ! J’ai trouvé ce que je reproche à ce livre : A partir d’un sujet si puissant, n’en reste finalement qu’un roman lisse comme beaucoup d’autres. A noter, que l’auteur m’a fait vibrer dans les dernières pages : il s’agit des remerciements. Et là, on voit l’ampleur du sujet qu’il n’a, à mon goût, qu’évoqué. Dommage !

DOA : Le serpent aux mille coupures (Gallimard Folio)

J’ai plein de copains qui n’arrêtent pas de me dire que DOA, c’est génial. Alors, l’année dernière, je m’étais essayé à Citoyens clandestins, dont j’adorais le titre. Ca tombait bien, c’était pendant les vacances, et je me réserve toujours le lourd pour ces périodes de repos. Au final, c’était bien, mais c’était tout. Je trouvais que les copains exagéraient un peu. Pas dégoutté pour un sou, je récidive, pour ne pas rester sur une impression mitigée.

Moissac, Sud Ouest de la France. En plein milieu des vignes, un règlement de comptes entre trafiquants de drogue et un mystérieux motard donne lieu à une déferlante de meurtres. Dont la torture dite du « Serpent aux mille coupures » qui vient de Chine. La police évidemment entre en jeu, toujours en retard et un peu dépassée. Seul le lieutenant colonel Massé du Réaux arrive à comprendre et à suivre le rythme.

Dans ce petit roman (200 pages), il y a une multitude de personnages (une quinzaine) et une multitude de sujets (le trafic de drogue, le racisme, le fonctionnement de la police, la politique …) Bref, ça part dans tous les sens, ça bouge, ça tire, ça tue, ça va vite. Et je dois dire que la facilité de la lecture aide beaucoup. Le style de DAO se marie très bien avec l’action, c’est très imagé avec peu de dialogues mais il faut dire que les protagonistes tuent avant de parler et que dans les petits villages, on n’aime pas parler aux inconnus.

Mais à part ça, je dois reconnaître que je suis resté sur ma fin. Il y a tant de sujets abordés mais pas traités, entre le trafic de drogue des Colombiens qui veulent s’implanter en Europe, l’impuissance des moyens de la police face à ce fléau, ou le racisme des villageois envers les non-blancs. Pourquoi ne pas avoir fait un roman de 400 ou 500 pages, de prendre le temps de placer les personnages, et de parler de ces thèmes forts.

Alors, oui, je reste sur ma fin. En voulant faire court comme un coup de poing à l’estomac, la psychologie des personnages reste au second plan, laissant la place à l’action. Le sujet est au final trop complexe ou les thèmes trop nombreux pour être traités aussi vite. J’ai surtout l’impression que l’auteur a voulu écrire une petite histoire de film d’action (facilement scénarisable) alors que pour le coup, il pouvait faire quelque chose de monumental.

Voilà : je reste sur ma fin. D’ailleurs, c’est la fin de mon article … pour faire un peu d’humour. Je suis curieux d’avoir d’autres avis à ce sujet.

Anne Secret : Les villas rouges (Seuil -Roman noir)

Tout commence avec l’évasion d’un terroriste allemand. Kyra fait partie du commando qui réussit cette opération. Elle l’a fait car elle est amoureuse de Udo. Suite à cette évasion, Kyra va donc aller de planque en planque pour éviter la police, de ville en ville. Mais son obsession, le but de sa vie, c’est de retrouver Udo. Car il est son seul et unique amour.

Le synopsis de cette histoire est simple. Donc, l’intérêt de ce roman ne réside pas là. On suit plutôt cette histoire avec une vraie passion pour l’écriture de Anne Secret. C’est incroyable comment c’est dépouillé. Aucun artifice, aucun effet facile de style, juste une précision dans les décors et les sentiments. Par moments, c’est tellement simple que c’en est beau.

Jamais je n’ai ressenti de lassitude devant la fuite en avant de Kyra. C’est la quête de l’impossible, un livre sur la solitude, sur la fuite d’elle-même, sur sa capacité à s’en sortir, à oublier l’homme. Kyra est une jeune femme avec une cicatrice qui ne veut pas se refermer car elle ne veut pas qu’elle se referme. Tous les endroits, toutes les choses lui rappellent ses moments passés avec Udo. En lisant ce roman, on imagine bien Anne Secret cherchant la perfection des mots, la puissance de la phrase parfaite sans digression.

Maître Marc Villard résume cela en quatrième de couverture : « Anne Secret, dépositaire inspirée d’une écriture du comportement, évite les afféteries stylistiques et le pathos encombrant. Nous sommes dans le factuel, la fuite, la naissance du désespoir au centre de paysages noyés, de contacts improbables, de manipulations désinvoltes ». Pas de commentaires.

Les villas rouges n’est pas une enquête policière, pas un polar, pas un thriller, mais un roman noir, un très bon roman noir qui explore l’âme perdue d’une jeune femme seule, qui se raccroche à l’espoir d’un amour impossible.

Pierre Lemaître : Robe de marié (Le livre de poche)

Sophie était heureuse, avant. Avant qu’elle ne devienne folle, que tout se mette à déraper, à lui glisser des doigts, du cerveau. Des passages à vide, une accumulation de petites choses qui, au départ, ne semblaient pas bien graves, mais qui tournent en spirale jusqu’aux drames, et des plus horribles. Lorsque nous la rencontrons, elle croit être au plus bas. Elle a tout perdu, son boulot, sa maison, le bébé qui grandissait en elle, son mari, sa mère. Elle est devenue garde d’enfant, mais voilà qu’elle prend en grippe également ce petit bonhomme de six ans. Sophie a des trous, des absences, elle ignore ce qu’elle fait. Ce matin-là, un réflexe de survie prend les commandes, et… Elle descendra beaucoup plus bas, elle ira beaucoup plus loin…

Ce roman se décompose en trois parties. La première ne m’a pas particulièrement emballé, même si a posteriori, elle ne fait que préparer la suite, et quelle suite ! Quand on quitte Sophie pour se retrouver dans la partie de Franz, alors tout bascule dans l’horreur. La lecture devient poisseuse tant on assiste impuissants à des actes, non pas gore, mais psychologiquement durs. Et tout cela amené comme un journal intime.

Là on assiste à un grand moment de littérature. On se fait mener par le bout du nez. On y croit à fond. On ne peut plus lâcher ce bouquin et on se demande comment cela va finir. Et la troisième partie vient finir tout cela en apothéose. Que du très bon. Pas un chef d’œuvre car j’aurais aimé une première partie plus prenante (peut-être le style et l’accumulation de petites choses qui nous font un peu décrocher par manque de vraisemblance). Mais en persévérant, on termine ce livre à bout de souffle en ayant conscience d’avoir vécu un grand moment dont on ne ressort pas indemne.

Alors, à la fin, on est mitigé à cause du début. Mais Pierre.Lemaître m’aura bien mené en bateau. C’est comme si on voyait un film du grand Hitchcock. Ça démarre doucement avec une héroïne qui n’est pas innocente mais qui s’enfonce dans les méandres de la folie, et on ressort avec une histoire de manipulation comme j’en ai rarement lu. On passe un très bon moment de lecture avec ce « Robe de marié », pourvu qu’on ait le courage de dépasser la première partie.

Antonin Varenne : Fakirs (Points)

ATTENTION : coup de cœur ! Les symptômes d’un excellent bouquin, en ce qui me concerne, sont très simples. Je rentre très vite dans l’histoire, et je l’avale à raison de cinquante à cent pages par jours. Je suis pressé de suivre les déboires du ou des héros jusqu’aux dernières pages. Et là, vers la fin, j’avance comme une limace (dix pages par jour) parce que je ne veux quitter ni l’ambiance, ni les protagonistes de l’histoire. D’habitude, je mets la conclusion à la fin de l’article, mais là, je n’y vais pas par quatre chemins : courez acheter Fakirs et dévorez le.

D’un coté, il y a le lieutenant Guérin, qui travaille à la brigade des suicides (sic). Il est mis là comme on range un balai dans un placard. Mis de côté par sa hiérarchie pour ne pas gêner, affublé d’un stagiaire nommé Francis Lambert, il est appelé pour constater qu’il s’agit bien d’un suicide. Il est toujours resté droit dans ses baskets, c’est le genre de mec qui fait bien son boulot, désabusé par les injustices, mais qui n’a pas baissé les bras.

De l’autre, il y a John P. Nichols, un psychiatre franco-américain qui s’est retiré dans le Lot, et qui vit dans une cabane au fond des bois, loin de tout, loin des autres. Tout commence quand la gendarmerie de Saint Céré lui apprend le suicide de son meilleur ami, Alan Mustgrave, fakir de son état, mort sur scène pendant un de ses numéros extrêmes. Les deux personnages (trois avec Lambert) vont se rencontrer et s’entraider pour démêler une affaire plus compliquée qu’il n’y parait, entre les bizarres du Paris Underground, les officiels de l’ambassade américaine et la hiérarchie de Guérin moins blanche qu’on ne le croit.

D’abord, il y a les personnages, que l’on n’est pas prêt d’oublier, ceux que j’ai cités, mais aussi ce que l’on appelle les personnages secondaires qui sont tout simplement extraordinaires. Comment oublier Bunker (comme Edward et par comme l’abri anti-bombes) et son chien, mais aussi les collègues du Quai des Orfèvres, ou Ariel ou Paco. Je pourrais vous les citer tous un par un, tellement ils sont marquants.

Ensuite, il y a l’ambiance, si calme des bois du Lot, si déjantée du Paris nocturne. Il y a dans ce livre une vraie analyse du Paris d’aujourd’hui, sans jugement, avec suffisamment de petits détails pour qu’on y soit. Ce qui m’a choqué, c’est la description des sans abris sans papiers : il n’y a pas d’étonnement, pas de pathos, juste un état de fait. Les personnages voient ça, et continuent à vivre comme si c’était normal. N’est-ce pas ce que nous faisons en fermant les yeux ?

Il y a aussi le style simple, direct, évident. Pas de mots ou de descriptions superflus. D’ailleurs, le livre ne fait que 280 pages. On en vient presque à regretter qu’il n’y en ait pas 50 de plus. Et les dialogues sont ciselés, écrit avec pointillisme, adaptés à la psychologie de chaque personnage. Bref tout ça sonne bigrement vrai. Que du bon ! Que du plaisir ! La construction, qui passe d’un personnage à l’autre est classique mais devient évidente tant les événements servent le roman et pas l’inverse.

Pour toutes ces raisons, il faut lire ce livre. Ce n’est pas glauque comme du Chainas, pas violent comme du Ellroy, pas littéraire comme du Bello, pas marginal comme du Pouy, pas social comme du Jonquet, pas gore comme du Chattam, juste un excellent roman noir, mais noir. Noir mat. Comme la nuit.

Voilà. Je vous le redis : courez acheter ce livre. Le fait qu’il soit édité par la maison d’édition de Fred Vargas n’a rien à voir. Ce n’est pas les mêmes histoires ou le même style. C’est marqué « Policier » sur la couverture, mais c’est du vrai bon « Noir », comme un petit noir qu’on prend au bar du coin.

Ce livre m’a été conseillé par Vincent qui travaille à la FNAC des Halles de Paris. Une nouvelle fois, il a raison. Deux ou trois fois par an, il me dit : « Tiens, tu dois absolument lire ça » et à chaque fois, il fait mouche. Accessoirement, c’est mon meilleur ami, mais si vous avez besoin d’un bon bouquin, allez lui demander un conseil. Il ne vous donnera pas un titre de best seller, mais assurément un livre que vous n’oublierez pas.

Christian Roux : La bannière était en noir (Suite Noire N°29) & Nadine Monfils : Le bar crade de Kaskouille (Suite Noire N°30)

Suite Noire est une collection dirigée par Jean Bernard Pouy, et rien que pour ça, ça vaut le coup d’acheter ces livres. Ce sont de petits livres à couverture cartonnée, superbes, comme les couvertures de la première célébrissime Série Noire. Le format imposé est de 95 pages, ce qui est assez difficile : on a affaire ni à un roman, ni à une nouvelle. La contrainte supplémentaire est de détourner un titre connu de la Série Noire. Enfin, les auteurs ont tous été publiés à la Série Noire. Un hommage qu’il faut saluer. Le prix est de 10 euros, donc voici une petite aide pour choisir les meilleurs de la série.

Le livre de Christian Roux raconte l’histoire d’un provincial qui monte à Paris. Il a une connaissance de la famille qui l’embauche « au noir » en tant que serveur. De fil en aiguille, il rencontre un groupe de nazillons et son manque de réflexion et de caractère va lui être fatal. Ce livre est exemplaire dans sa maîtrise de l’histoire sur un court format. C’est un véritable voyage au pays de la connerie. Comme dans tous ses livres, Christian Roux est passionnant. Il nous montre le quotidien de ce jeune homme, même pas raciste, juste mouton, irresponsable, dont la seule envie c’est de (sur) vivre. C’est un des meilleurs romans de la suite noire.

Le livre de Nadine Monfils raconte l’histoire d’un bar crasseux, avec ses habitudes et ses habitués. Un jour, un homme entre pour leur malheur à tous. Il s’avère que c’est un tueur à gages un peu particulier. Ce qui est frappant, ce sont les dialogues, hyper réalistes et toujours droles. Au travers de simples remarques, les personnages finissent par se découvrir. C’est tout simplement passionnant, de pouvoir fouiller la psychologie des personnages sur si peu de pages. On a l‘impression de lire (ou voir) une pièce de théâtre comico-policière. Je vous garantis un éclat de rire par page tellement les dialogues sont brillants. Une réussite.

Enfin, si cela vous tente, voici ma sélection personnelle de la suite noire :

La musique de papa de Jean Louis BOCQUET : une histoire touchante à vous tirer les larmes

Vitrage à la corde de Colin THIBERT : Comment un assassin se justifie avec logique

Sans mot dit de Patrick MOSCONI : Une histoire coup de poing bien menée

La sirène rousse de Mouloud AKKOUCHE : une histoire touchante

La reine des connes de Laurent MARTIN : Une histoire décalée

Raclée de vert de Caryl FEREY : Vous est il arrivé de ne pas lire Caryl Férey ?

Le futon de Malte de Michel EMBARECK : Agréable à lire

Les fans s’en balancent de François JOLY : Une histoire de saxo pour jazzmen

Le petit bluff de l’alcootest de Jean Bernard POUY : Du maître. C’est l’histoire d’un mec qui enquête, qui a raison, et qui finalement ne saura rien. Super.

Le débarcadère des anges de Patrick RAYNAL : De toutes façons, il faut lire tout Raynal

Quand la ville mord de Marc VILLARD : Un style direct sans concession