Archives pour la catégorie Littérature irlandaise

L’ange noir de John Connolly

Editeur : Presses de la cité. Format poche : Pocket

Traducteur : Jacques MARTINACHE

Je continue ma découverte de l’univers de Charlie Parker, le personnage récurrent de John Connoly avec sa sixième aventure.

Quatrième de couverture :

Hanté par l’assassinat de sa femme et de sa fille, Charlie Parker a quitté son métier de flic pour devenir détective privé.

Quand disparait Alice, jeune prostituée toxicomane, il se sent obliger d’enquêter, car elle est liée par le sang à Louis, son bras droit, et celui-ci remuerait ciel et terre pour retrouver celle qu’il s’était de protéger.

Bientôt leur enquête les mène sur les traces d’un mystérieux Mexicain, sculpteur sur os, et d’un obèse goitreux des plus inquiétants. Très vite, Parker est précipité dans un atroce cauchemar qui le conduira jusqu’en Europe. Pourtant il avait juré de ne plus s’approcher du Mal. Mais qui pouvait prévoir que le Mal s’approcherait de lui?

Une intrigue forte dans une atmosphère très noire, un héros bouleversant qui nous mène jusqu’au bout de la nuit. Un grand John Connolly.

Mon avis :

Alors que Charlie Parker devrait être joyeux, puisqu’il prépare le baptême de sa fille, il est de plus en plus harcelé par les esprits de sa femme et de sa fille. En plus, ses relations avec Rachel se refroidissent, puisqu’elle ressent le Mal roder autour de Charlie. Quand la tante de Louis lui demande de retrouver sa fille, Charlie sait qu’il doit faire preuve de loyauté envers son ami, mais qu’il va encore une fois être confronté au Mal, et que cela ve encore l’éloigner de sa femme.

Si le début du roman est emballant, j’ai été surpris par la tournure que celui-ci prend par la suite. A lire la quatrième de couverture, je pensais que l’auteur prendrait des distances avec Charlie Parker pour nous en dévoiler un peu plus sur Louis. Mais on se retrouve avec une enquête dans les bas-fonds de Portland, qui ressemble à une application de ce qui a fait le succès de la série jusque là.

Quand, en plus, les méchants ne sont pas si effrayants que cela, même si certaines scènes sont redoutablement réussies, et que la nièce en question meure au milieu du livre, j’ai eu l’impression que l’intrigue s’étirait en longueur, et que la liaison avec une ville maléfique d’Europe de l’est était capillo-tractée (tirée par les cheveux). Au final, c’est plutôt un épisode de plus qu’une enquête qui fait avancer la série.

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Un sale hiver de Sam Millar

Editeur : Seuil

Collection : Policier

Traduction : Patrick Raynal

Après Les chiens de Belfast et Le Cannibale de Crumlin Road, voici donc la troisième enquête de Karl Kane, le détective privé à part imaginé par Sam Millar.

Karl Kane sort de chez lui ce matin là, pour aller chercher son journal. Comme il a neigé, le chemin est glissant. Arrivé à la boite aux lettres, il voit un chat grignoter un doigt humain, au bout duquel il voit une main. Ni une, ni deux, il fout un coup de pied au chat pour récupérer la main. Mais ce faisant, il glisse et se retrouve sur le cul … juste au moment où deux jeunes étudiantes passent dans la rue. Malheureusement, la robe de chambre de Karl Kane s’est ouverte et il est nu dessous !

La police débarque immédiatement chez Karl Kane … enfin, trois heures plus tard. C’est la deuxième main que l’on retrouve en peu de temps à Belfast. Delà à penser qu’un tueur en série rôde, il n’y a qu’un pas … enfin qu’une main ! En plus, la police a envoyé un bleu, le jeune Chambers ! Karl Kane n’aurait jamais du s’occuper de cette affaire … Mais la radio annonce qu’un puissant homme d’affaires s’inquiète du préjudice à la ville et une mauvaise image pour les futurs investisseurs. Cet homme d’affaires offre donc une récompense de 20 000 livres pour toute information concernant ce tueur. Cela donne donc 20 000 raisons à Karl Kane pour trouver le coupable.

Je ne vais pas vous faire l’affront de vous parler de Sam Millar, l’un des auteurs de romans noirs plus grands et les plus personnels à l’heure actuelle. Si vous connaissez Karl Kane, nul doute que vous courrez acheter ce roman. Si vous ne le connaissez pas, ce roman est probablement le plus accessible … même s’il vaut mieux les lire dans l’ordre, puisque, dans ce roman, il est fait mention des épisodes précédents à de nombreuses reprises.

En ce moment, j’aurais lu beaucoup de romans sur des détectives privés, et on retrouve une certaine constance dans ces romans, à savoir une perte d’illusions, une autopsie de la société et des personnages forts. C’est le cas dans mes lectures récentes comme La ville des brumes de Sara Gran, ou Fausse piste de James Crumley dont je vais vous parler bientôt, très bientôt.

Dans ce roman, on retrouve cette écriture visuelle, capable de vous emmener dans des endroits tout droit issus de vos pires cauchemars. On y retrouve aussi cette faculté à écrire des dialogues fantastiques qui, ici, sont beaucoup plus humoristiques, cyniques et sarcastiques. Ce qui est nouveau, c’est cette introduction de scènes à la limite du burlesque, et on se retrouve à savourer ces scènes en même temps que l’on éclate de rire.

Mais le ton d’ensemble reste bien noir, bien désespéré, devant la description de l’Irlande, avec les obsessions chères à l’auteur, telles ces scènes dans l’abattoir, qui est en fait le même que celui de Rouge comme la mort. Si globalement, ce roman est moins gore que le précédent, cet amoncellement de chapitres comme autant de tableaux rouge sang est tenu à bout de bras par son personnage principal, dont la loyauté envers ses clients est sans bornes, et sa volonté de ne pas faire de compromis sans limites.

A noter, enfin, que chaque chapitre comporte un titre de film de polar, ce qui est une belle performance et qu’il y a en tête de chapitre une citation, dont beaucoup font référence à Raymond Chandler qui est LA référence du genre. Enfin, je dois ajouter une mention particulière à la traduction qui a su si bien rendre l’humour inclus dans l’histoire et des dialogues (même si je n’ai pas lu l’original), ce qui donne un peu de légèreté dans cette intrigue au ton désabusé. C’est un très bon troisième épisode, j’adore.

Ne ratez pas les avis de Jean-Marc Actudunoir, Claude Le Nocher, Wollanup Nyctalopes, et du Boss de Unwalkers

La maison des miroirs de John Connolly (Pocket)

Voici le cinquième épisode des enquêtes de Charlie Parker, le personnage récurrent de John Connoly. Vous trouverez ci-joint mes avis sur les précédents romans et celui de Jean le Belge sur le sixième :

Episode 1 : Tout ce qui meurt ;

Episode 2 : Laissez toute espérance ;

Episode 3 : Le pouvoir des ténèbres ;

Episode 4 : Le baiser de Caïn ;

Episode 6 : L’ange noir (Par Jean le Belge) ;

Quatrième de couverture :

États-Unis, 1977. Un certain John Grady s’installe dans une petite ville du Maine. Après y avoir acheté une maison, il entreprend de la rénover. Mais très vite, ses voisins se posent des questions : les murs semblent recouverts de miroirs, et Grady passe ses journées à poser du papier peint avec une colle à l’odeur infâme, qui empoisonne tout le quartier. Au même moment, plusieurs petites filles disparaissent, et les soupçons se portent sur Grady. Alors que les policiers s’apprêtent à l’arrêter, il se suicide sous leurs yeux.

Pendant des années, la maison est restée à l’abandon, rachetée anonymement par le père d’une des fillettes, et plus personne n’a parlé de John Grady. Jusqu’à ce que la photo d’une petite fille, retrouvée dans la maison, ne fasse craindre une nouvelle vague de disparitions. Charlie Parker, détective privé, est chargé de découvrir l’identité de l’enfant avant qu’il ne soit trop tard.

Son enquête le met aux prises avec plusieurs illuminés, attirés comme des papillons par les scènes de crime. Un homme en particulier l’intrigue, celui qu’il surnomme le « Collectionneur » et qui réclame instamment, en paiement d’une dette contractée par John Grady, un des nombreux miroirs de la maison. Et cet homme étrange ne semble pas mû par un simple instinct d’antiquaire…

Mon avis :

Si on peut, comme je l’ai signalé, considérer les quatre premiers romans comme un cycle à part entière, ce court roman nous entraine dans une nouvelle série, dont un personnage inédit et mystérieux fait son apparition. Le Collectionneur est aussi inquiétant que bizarre puisqu’il collecte des objets ayant appartenu à des tueurs en série. Et tout ce qu’il demande, c’est d’obtenir un miroirs issu de la maison de John Grady.

Je m’attendais à un condensé de ce que John Connoly est capable de créer, à savoir nous inventer des personnages en passant en détail leur passé, peindre des paysages inquiétants au milieu d’un brouillard épais, nous mener par le bout du nez dans une enquête tortueuse. Malheureusement, je suis resté sur ma faim. Je trouve, en effet, que le format court laisse bien peu de place à l’imaginaire, même si le style moins disert et plus efficace que d’habitude, est passionnant.

Je ne peux donc pas conseiller pour débuter la série, car cela me semble plutôt comme un interlude entre deux cycles, comme je l’ai dit ci-dessus. Ceci dit, je dois tout de même ajouter qu’il y a un morceau remarquable dans ce livre, quand Charlie Parker se retrouve dans la scène finale dans la maison aux miroirs. Dans ce moment là, John Connoly est capable de nous emmener loin dans un paysage où toutes nos certitudes volent en éclats, où tout ce que l’on croit lire n’est en fait que le reflet de nos cauchemars.

Le baiser de Caïn de John Connolly (Pocket)

Voici la quatrième enquête de Charlie Parker chroniquée sur Black Novel. Les précédents titres sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le pouvoir des ténèbres

Quatrième de couverture :

Quand Charlie Parker reçoit un appel au secours de l’avocat Elliot Norton avec qui il travaillait lorsqu’il faisait partie de la police de New York, il hésite à descendre en Caroline du Sud pour l’aider dans une affaire qui s’annonce difficile : Atys Jones, le client de Norton, un Noir de dix-neuf ans, est accusé du meurtre de Marianne Larousse, une jeune femme blanche, fille d’une des plus grosses fortunes de l’Etat.

Norton n’est même pas sûr que les Larousse, ou d’autres, attendront le procès pour venger la mort de Marianne. La Caroline du Sud a un passé de racisme et de lynchage qui a laissé quelques traces durables… Parker hésite d’autant plus à partir, que Faulkner, le révérend démoniaque, qu’il a contribué à faire arrêter, pourrait bien être libéré sous caution.

Malgré le fait que sa compagne Rachel soit enceinte, il répond à l’appel de Norton mais à peine est-il arrivé à Charleston que les meurtres se multiplient et qu’il se heurte à de drôles de types : néonazis, membres du Ku Klux Klan, extrémistes de tout poil. Il doit alors faire face à une conjonction de phénomènes apparemment sans rapport ressurgissant du passé.

Mon avis :

Je vous donne un conseil avant de vous donner mon avis : Lisez le pouvoir des ténèbres avant de lire ce roman ci. Car le révérend Faulkner est en prison, et c’est le « méchant » que nous rencontrons dans le précédent volume des enquêtes de Charlie Parker. Cette introduction sert surtout pour vous expliquer que cette série se veut comme un tout, que les personnages, ou du moins certains, sont récurrents ; et qu’il serait donc dommage de prendre le train en marche.

En même temps, on sent au fur et à mesure des lectures de John Connoly que son style s’affermit et ce qui étonne dans ce roman, c’est que pour la première fois, j’ai l’impression que l’auteur a réellement construit minutieusement son intrigue. Dans les précédents, on avait l’impression qu’il se laissait conduire par son écriture. Dans celle-ci, l’histoire est une vraie toile d’araignée qui aboutit à deux scènes finales surprenantes.

On retrouve bien entendu tout le talent de l’auteur, celui de ciseler des dialogues plus vrais que nature, celui d’ajouter du fantastique à base de monstres et autres apparitions de fantômes, et surtout de créer des scènes angoissantes à partir d’une banalité de tous les jours. C’est toujours impressionnant de voir (pardon, de lire) comment il arrive à stresser le lecteur, juste avec une voiture garée au sommet d’une colline. A priori, ce n’est pas angoissant ; eh bien, John Connoly arrive à nous foutre la trouille, juste à partir de ça ! Et ça, c’est rudement fort.

J’ajouterai que John Connoly met un pied dans un sud peuplé de gens ultra-violents, ultra-racistes, et que c’est un bon terreau pour des scènes d’anthologie. Si on ajoute à cela que l’auteur nous dévoile un pan de l’histoire des deux amis de Charlie, Angel et Louis, dans des passages tantôt violents, tantôt émouvants, on a là un des meilleurs tomes de cette série, du moins mon préféré. N’hésitez plus, venez plonger dans le cauchemar de Charlie Parker.

Je vous le dis tout de go, je vais bientôt attaquer le prochain : La maison des miroirs.

Le pouvoir des ténèbres de John Connolly (Pocket)

Après Tout ce qui meurt et … Laissez toute espérance, voici la troisième aventure de Charlie Parker. Cet ancien policier qui a connu la douloureuse disparition de sa femme et de sa fille, tuées par un psychopathe, a ouvert son cabinet de détective privé, et est revenu dans sa ville natale. Ne s’occupant que de petites affaires de mœurs, il essaie tant bien que mal d’oublier son drame personnel.

Au nord du Maine, sur les rives du lac Saint-Froid, des ouvriers se déplacent dans le froid et le brouillard pour continuer leur travail d’installation de lignes téléphoniques. La pelleteuse fait son travail, creusant des ornières pour préparer les tranchées. Lyall Dobbs remarque quelque chose et demande au contremaitre

  • Y a un cimetière dans le coin ?
  • Non
  • Ben, y en a un, maintenant.

Ils viennent de découvrir un grand nombre de squelettes.

Un homme se présente chez Charlie Parker. Il se nomme Quentin Harrold et travaille pour Jack Mercier, ancien sénateur. Il lui demande d’élucider la mort de Grace Peltier, la fille de son meilleur ami Curtis Peltier. Grace et Charlie s’étaient connus au lycée. La police s’accorde à conclure à un suicide, mais Jack Mercier n’y croit pas. Charlie, non plus. Grace travaillait sur la disparition d’une secte, les Baptistes d’Aroostock. Malgré ses réticences, Charlie va enquêter et être confronté à un de ses pires ennemis.

Avec une intrigue qui se rapproche de la deuxième enquête de Charlie Parker, celle-ci est indéniablement plus musclée et costaude. John Connoly joue sur nos peurs ancestrales, celles des araignées, pour bâtir des scènes visuelles tout simplement géniales. Le principe est toujours le même : il prend une de nos habitudes quotidiennes et créé des passages angoissants au possible. J’en prends pour exemple ce passage où Charlie Parker va relever son courrier dans sa boite aux lettres et découvre une araignée … génial !

En centrant son sujet sur les sectes, John Connoly nous construit une nouvelle fois une intrigue fouillée, complexe avec un super méchant, répugnant au possible. Celle-ci avance doucement, à coup de scènes marquantes. Mais là où Charlie Parker subissait son chemin dans les précédents, j’ai eu l’impression qu’il retardait le moment de la confrontation finale … et quelle confrontation !

N’oublions pas les deux amis tueurs et gays de Charlie Parker, qui nous permet de mettre à la fois de l’action et de l’humour avec des dialogues truculents. Eux aussi vont souffrir dans cette aventure où la violence va se déchainer. Avec ce roman, John Connoly nous offre un pur thriller noir où il donne libre cours à son imagination débridée et son talent de conteur. C’est du pur divertissement et du pur plaisir de lecture.

A bientôt donc pour Le baiser de Caïn !

Laissez toute espérance de John Connolly (Pocket)

Ce billet est évidemment dédicacé à mon pote du sud La Petite Souris et à Jean Marc Laherrère. Ce sont eux deux qui m’ont donné envie de lire la série Charlie Parker

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie « Bird » Parker, le personnage récurrent de John Connoly. Après un premier épisode poisseux dans les bas-fonds de la Nouvelle Orléans, fortement chargé d’émotions à la suite du meurtre de sa femme et de sa fille, nous retrouvons notre Charlie en cours de reconstruction.

Il entame donc un retour aux sources, direction Scarborough, le village de son enfance, où il retape la maison familiale. Comme ce n’est pas un passionné du bricolage, et qu’il doit entamer la réfection de la toiture, il en profite pour visiter les amis. Parmi ceux-ci, il y a Rita Ferris qui lui demande de récupérer sa pension mensuelle que Billy Purdue ne lui a pas versée.

Billy Purdue, en voilà un raté comme pas deux. Le genre à se fourrer dans des problèmes, à toujours choisir la mauvaise décision, à faire des petits coups pour un maximum de problèmes. La rencontre entre Billy et Charlie est musclée. Billy croyait que Charlie était un émissaire de Tony Celli, le ponte mafieux du coin. Finalement, Billy donne dollars à Charlie, en attendant des jours meilleurs.

Charlie retourne dans ses terres, quand il rencontre dans un bar un personnage malfaisant. Son nom, Caleb Kyle, fait peur à tout le monde, des plus grands au plus petits. C’est un vieil homme, à l’odeur de putréfaction insistante, et aux yeux noirs comme la mort. Caleb lui demande où est Billy. Charlie ne sait pas. Mais quand Charlie apprend que Rita et son fils ont été tués, il va être obligé de se remettre en chasse …

Si je dois avouer que je n’ai pas ressenti un personnage de Charlie Parker miné par le douleur d’avoir perdu sa famille, puisque le drame qui l’a frappé est intervenu moins d’un an auparavant, ce roman applique finalement les mêmes règles que le premier tome (Tout ce qui meurt) avec la même réussite. Voici donc un pur roman d’action avec une petite touche de fantastique, qui ajoute une aura de mystère bienvenue.

Alors que dans le premier tome, nous avions visité les bayous de la Louisiane, nous avons droit ici à un voyage dans le Grand Nord, en plein hiver, quand les bois sont silencieux et stressants, quand les sols sont recouverts de neige et que le froid se fait mordant et peu accueillant. Les habitants ne sont pas plus accueillants, d’ailleurs, puisqu’ils vous attendent avec des chiens hargneux et un fusil à canon scié.

Comme à chaque fois, l’intrigue ne se veut pas linéaire, elle suit les pas de Charlie Parker qui sont tout sauf surs. L’enquête avance à petits pas, et quand on a l’impression qu’il va abandonner, l’auteur rajoute un personnage, ou un rebondissement qui relance le rythme et l’action. C’est cette accumulation de faits qui donne son allant au livre, cette envie de continuer pour atterrir dans des scènes d’un visuel hallucinant. J’ai dénombré pas moins de 4 scènes de pure action qui vous font accélérer le palpitant et qui touche au génial.

Et puis, il y a ces passages étranges, soit des rêves, soit des paysages brumeux qui montrent le penchant de l’auteur pour le fantastique. Parfois cet aspect n’est que suggéré ; parfois ce sont de vrais passages angoissants. Et on a envie de continuer la saga parce que Charlie Parker et ses amis sont drôles et que ce roman s’est lu trop vite malgré ses 540 pages. Et on en redemande, du divertissement de ce niveau là !

Novellas chez Ombres Noires

Depuis quelque temps, Ombres Noires publie à bas prix des romans courts, que l’on appelle novellas, écrites par des auteurs connus et reconnus. Si j’avais été peu convaincu par Le convoyeur du 3ème reich de CJ.Box, j’ai été enchanté par les deux romans que je vous propose maintenant :

Secret des tranchées

Le secret des tranchées de Thomas H.Cook :

Quatrième de couverture :

Franklin Altman est parvenu à quitter l’Allemagne au lendemain de la Première Guerre mondiale et a refait sa vie aux États-Unis. Après avoir changé de nom, il a su gagner une place honorable parmi les intellectuels new-yorkais.

11 novembre 1968, cinquante ans après la signature de l’Armistice. Franklin prononce un discours à l’occasion de cette commémoration lorsqu’un ancien camarade de jeunesse se fait connaître à l’assistance, faisant ressurgir chez lui un pan entier de son passé.

Il est évident que les deux hommes ont quelque chose en commun. Un secret peut-être… La lumières viendra-t-elle de ce manuscrit, laissé par cet ancien ami, dont le contenu aurait pu changer le cours de l’Histoire?

Mon avis :

Imaginez que la seconde guerre mondiale n’ait jamais eu lieu. Imaginez qu’un historien vienne faire dédicacer son livre en 1968. C’est un ancien Allemand, ayant émigré aux Etats-Unis, et il rencontre alors un ancien Allemand, comme lui. Qu’est-ce qui peut bien lier ces deux hommes que tout sépare ?

Sans aucune esbroufe, puisque tout se passe dans la librairie, cette rencontre va être emplie de non-dits à travers des dialogues mystérieux qui ne vont donner aucun indice au lecteur, mais plutôt lui poser plein de questions. Thomas H.Cook a probablement atteint dans ce court roman son style le plus subtil qui soit, pour ouvrir au lecteur les questions les plus vastes, sans lui donner jamais aucun indice. C’est un roman remarquable de sensibilité, avec un final qui laisse pantois. Et après avoir tourné la dernière page, le lecteur se pose enfin la grande question : Qu’est-ce que l’Histoire ?

 Prière achever

Prière d’achever de John Connoly :

Quatrième de couverture :

Comment expliquer à la police que l’on a été témoin de la chute d’une femme, sous un train, alors qu’aucune trace de l’effroyable accident n’est visible? C’est ce qui arrive à M. Berger, tranquille célibataire qui vient de s’installer à la campagne dans le vain espoir d’écrire un roman.

L’événement est d’autant plus troublant que, quelques jours plus tard, la même jeune femme se jette à nouveau sous la locomotive. Cette fois-ci, M. Berger décide de suivre cette mystérieuse créature au sac rouge. Il atterrit dans une étrange librairie tenue par un vieil érudit, qui accueille en ses murs les plus grands personnages de la littérature…

Mon avis :

Le format court des romans est à la fois un exercice périlleux mais il autorise aussi toutes les folies. Car il permet de poser des situations inédites sans être obligé de décrire dans le détail des lieux ou des psychologies. Dans ce roman, Connoly rend hommage à l’écriture, à l’imagination et tire son chapeau envers les héros qui ont bercé notre enfance.

Ecrit comme un conte, se voulant intemporel et magnifique de possibles, j’ai lu ce roman avec autant d’émerveillement que d’étonnement devant la créativité qui remplit ces pages. C’est un roman magnifique, un conte pour adulte qui nous plonge dans nos souvenirs, qui nous emplit de rêve. Avec ce roman, John Connoly n’a jamais été aussi près de Edgar Allan Poe.