Archives pour la catégorie Littérature suédoise

Hiver de Mons Kallentoft (Le serpent à plumes)

Sorti en novembre 2009, dans une indifférence quasi générale, il aura fallu des émissions télévisées pour mettre en évidence ce polar d’ambiance. Il est aussi sélectionné pour le prix Polar SNCF pour la sélection du printemps 2010.

La Suède connaît un de ses hivers les plus froids, il fait -40°C. Un homme de 150 kilogrammes est découvert au milieu de la campagne, pendu à un chêne, complètement nu. Il a été défiguré, poignardé et laissé à l’abandon, au bout de sa corde.

La brigade criminelle est chargée de l’enquête. Parmi eux, Malin Fors et Zackarias « Zeke » Martinsson font équipe pour résoudre ce mystère. Le visage du mort est vite reconstitué, et des témoins reconnaissent en lui Bengt Andersson dit Bengt le Ballon. C’est un marginal qui adore regarder les matches de football de l’équipe locale, seul derrière le grillage, en espérant que la balle lui parvienne et qu’il puisse la renvoyer.

Bengt est seul et personne dans la population ne s’intéresse à lui. Un vieil homme se rappelle de lui. Sa mère est morte du cancer, son père était un homme violent qui frappait sa femme, Bengt et sa sœur, Lotta. Un jour, n’en pouvant plus, Bengt donne un coup de hache sur la tête de son père, lui coupe l’oreille, mais cela suffit pour le mettre en fuite. Sa sœur, elle, est adoptée et change de nom : elle devient Rebecka Stenlundh et travaille aujourd’hui dans un supermarché, cherchant à oublier ce passé horrible.

Toutes les hypothèses portent sur une secte, qui pratique le culte des Ases. Ils rencontrent Richard Skoglôf, qui leur explique qu’ils effectuent bien des sacrifices d’animaux, qu’ils possèdent l’esprit de Sjed, cette faculté de voir et de modifier le cours des choses. Ils rencontrent leurs adeptes via Internet, et semblent avoir un alibi. Et je pourrais continuer comme cela bien longtemps tellement cette enquête est très bien menée et passionnante.

Et, comme j’ai plein de choses à dire, cela va être un article un peu plus long que d’habitude. Tout d’abord, je ne me suis pas pressé pour lire ce livre, à cause de la couverture. Ces pieds d’un pendu, à moitié décomposé ne me disaient rien qui vaille, ayant peur de tomber sur un roman gore. C’est parce qu’il a été sélectionné par Polar SNCF que je me suis décidé. Mais parlons un peu de ce bouquin.

C’est l’histoire d’un homme qui ne respecte pas les standards de beauté que l’on nous fait avaler à longueur de journée. C’est un marginal qui se marginalise. C’est un malchanceux, né dans une famille violente, au milieu d’un monde violent, rempli de haine envers tout ce qui est différent. C’est l’histoire d’un pendu, abandonné au milieu de nulle part, dans une campagne balayée par le vent glacial du nord de la Suède.

C’est l’histoire d’une commissaire, Malin Fors, qui a eu une fille très jeune, trop jeune. Une femme mal à l’aise dans sa vie, dans son coeur, qui s’abandonne dans son métier pour ne pas s’abandonner à autre chose. Elle est confrontée aux difficultés de l’adolescence de sa fille et à une enquête d’un homme abandonné comme elle.

C’est l’histoire d’une région, d’un pays piégé par un froid extraordinaire. C’est l’hiver et la météo influence les attitudes de ses habitants. Les gens vivent chez eux, repliés sur eux mêmes. La violence nait là, quand on n’a plus de respect envers son prochain, quand les relations sociales se distendent jusqu’à ne plus exister. Ceux qui se regroupent en clans survivent, ceux qui s’isolent sont destinés à mourir. Quel peinture que celle de ce pays dont on vante tant les qualités sociales.

C’est avant tout un auteur doué. Un auteur jeune, capable de créer un personnage attachant, une ambiance glacée, un rythme soutenu. Tout cela grâce à son style et non avec des artifices. On court tout au long du bouquin, grâce à des mots courts, des phrases courtes, des paragraphes courts, des chapitres courts. L’intrigue est impeccablement menée, on marche, on court, on ne làche plus ce livre avant le dénouement final. Une grande réussite sans aucun doute et, pour une fois, on se dit qu’on aura droit à une suite, et on est impatient de lire les autres tomes. Au début, il faut s’habituer au choix de la narration, mélangeant première et troisième personne, entrecoupé par la voix du mort. Passé cette initiation, ce livre n’est qu’un pur moment de plaisir que j’ai avalé avec l’appétit d’un affamé. A ne pas rater.

Le diable de verre de Helene Tursten (Michel Lafon)

J’avais découvert Helene Tursten et son personnage principal Irene Huss lors de la sélection Polar SNCF de l’année dernière. C’était Un torse dans les rochers. Voici donc une nouvelle enquête de notre inspecteur, une enquête bien complexe et fort bien menée.

Le proviseur d’un lycée prévient son ami Andersson, le chef de la police criminelle de Göteborg, qu’un de ses enseignants, le professeur Jacob Schyttelius, manque à l’appel. Andersson part avec l’inspecteur Irene Huss dans un cottage situé au sud de la Suède, perdu au fond des bois à côté d’un lac. Le professeur est retrouvé assassiné de deux balles dans la poitrine et dans la tête. Quand Irene va annoncer la nouvelle aux parents du professeur, le pasteur Sten Schyttelius et sa femme, sont découverts assassinés, couchés dans leur lit au presbytère avec chacun une balle entre les deux yeux.

Les points communs entre les deux meurtres sont qu’un pentagramme inversé (une étoile à cinq branches) a été dessiné sur l’écran de les écrans de leur ordinateur avec le sang des victimes et que le contenu des disques durs des ordinateurs a été soigneusement effacé. Très vite, la piste des satanistes semble évidente, d’autant plus que peu de temps auparavant, une chapelle a été brûlée par eux et que le pasteur était à leur recherche. De la famille, ne reste plus que Rebecka qui travaille à Londres. C’est une informaticienne de génie et Irene va devoir aller à Londres pour l’interroger, sachant qu’elle est en dépression, et qu’elle est entourée de deux personnages intrigants : son collègue de travail et son médecin psychiatre.

Que de mystère dans ce livre ! L’enquête se déroule lentement ,au rythme des interrogatoires fort bien écrits, et petit à petit, les langues se délient, les intrigues se nouent, les pistes se multiplient pour au final mieux nous perdre en conjectures et suppositions. Helene Tursten a un sacré talent pour nous mener par le bout du nez, et ce roman là est meilleur encore que le précédent. Car les dialogues sont mieux faits, les pistes plus nombreuses, l’intrigue mieux construite qui oscille entre église, satanisme et ambitions de chacun.

Le personnage de Irene Huss occupe clairement le devant de la scène. C’était moins évident dans le précédent. Elle a un don pour démêler les fils d’une pelote de laine bigrement compliquée. Et on retrouve ce que j’aime dans cette série, c’est le partage entre sa vie privée et sa vie professionnelle. Irene est confrontée à des horreurs dans son métier mais elle retrouve une certaine tranquillité avec sa famille. J’attends avec impatience le moment où son petit monde personnel va dérailler. Là, le personnage de notre inspecteur deviendrait l’égal d’un Wallander. Attention, je ne compare pas Helene Tursten à Hennig Mankell, mais si le personnage de Helene Tursten évolue dans un registre un peu plus noir, alors nous aurons droit à de grands moments de littérature policière.

Car c’est l’un des plus beaux compliments que l’on puisse lui faire. Les enquêtes sont fouillées, bien construites, les dialogues font avancer l’enquête, et la simplicité de l’écriture nous donne beaucoup de plaisir à la lecture. Dans ce genre de roman policier, on cherche le coupable en avalant les pages, on reste à l’affût d’une incohérence ou d’un indice tombé du ciel pour trouver un reproche à faire au roman. Mais non ! C’est du très bon roman policier élaboré avec minutie. De la belle ouvrage ! Et il ne reste plus qu’à attendre la prochaine enquête pour voir l’évolution du personnage féminin sympathique qu’est Irene Huss.

Johan Theorin : L’heure trouble (Livre de Poche)

Lieu : Öland, une petite île de la Baltique. Un matin de 1972, le petit Jens disparaît. Son grand père Gerlof s’était absenté, préférant réparer ses filets de pêche. Sa mère Julia était partie au travail. Jens n’a jamais été retrouvé. Julia ne s’est jamais remise de cette énigme, elle se refuse à accepter l’absence ou la mort de son enfant, et Gerlof  reste miné par sa culpabilité, cherchant une explication rationnelle à cette disparition. Vingt ans plus tard, Gerlof reçoit dans sa maison de retraite une lettre contenant la sandale du petit Jens. A partir de ce moment, les spectres du passé resurgissent, et en particulier celui d’un tueur issu de l’île nommé Nils kant, soi-disant mort mais dont la mémoire hante les habitants de cette tranquille petite île.

Voilà, je viens de vous résumer les cinq premiers chapitres. C’est dire comme le contexte est dense. Vous allez me dire : encore un polar nordique ! Eh bien oui. Et plutôt à classer dans les romans d’ambiance. Car sur cette île, tout le monde se connaît. Tout le monde vit sa petite vie tranquille, chez soi car dehors, il fait un temps de cochon : en effet, le roman se passe à l’automne, quand le brouillard tombe tôt le soir. Cette ambiance est bien réussie par Johan Theorin, sans trop de répétitions (cela aurait été le piège).

Je ne vais pas m’appesantir sur le style, cela reste facile à lire comme tout bon best seller qui se respecte. Il a tout de même été élu meilleur roman policier suédois en 2007 par la Swedish Academy of Crime. Ça en impose. Pour ma part, j’ai passé un agréable moment, et je dois dire que lire un petit pavé en une semaine, cela prouve que cela se lit bien.

La construction, elle, est plutôt classique : trois personnages principaux, un chapitre pour chaque : D’abord Julia, puis Gerlof, puis un flash back sur des passages de la vie de Nils Kant. Quand je vous dis que c’est écrit comme un best seller, c’est aussi construit comme un best seller. L’évolution de l’intrigue, par contre, est parfaitement maîtrisée. Jamais on ne ressent un indice irréaliste ou non crédible. C’est du bon travail, surtout pour un premier roman.

J’ai apprécié, en particulier, les personnages secondaires et la façon qu’a l’auteur de petit à petit dévoiler ce qu’ils cachent. C’est redoutable. Même ceux que l’on écarte en tant que coupable potentiel dès le départ, se retrouvent avec un secret. Et puis, la vie d’un petit village est bien suggérée. Cela regorge de toutes les histoires ou les légendes des anciens, et cela se confond avec la vérité. Mais rappelez vous : c’est un best seller, donc pas de message trop évident. Cela reste quand même très lisse. Avis aux amateurs !

Voilà. Si vous voulez vous rafraîchir après une journée sur la plage, si vous voulez faire un tour dans le brouillard après votre bain de soleil, alors allez faire un tour du coté de la légende de Nils Kant. Ce n’est pas trop mon genre, mais je dois reconnaître que c’est efficace, sans prétention. Un vrai livre pour l’été et pour ne pas se prendre la tête.

A noter que l’auteur signale, dans les remerciements à la fin du bouquin, qu’il a totalement inventé le village et tout le contexte de son histoire. Si c’est vrai, alors chapeau !

Helene Tursten : Un torse dans les rochers (J’ai lu)

Un début de mois de mai, sur une jolie petite plage suédoise, une femme promène son labrador entre les rochers. Un sac noir en plastique échoué là, attire le chien par son odeur. C’est le torse d’un homme tatoué. Un corps démembré. Le commissariat de Göteborg se voit chargé de l’affaire et commence les investigations. L’enquête envoie l’inspecteur de la brigade criminelle, Irene Huss à Copenhague sur la piste du tatoueur. Les commissariats suédois et danois échangent leurs informations. Mais, les personnes meurent de manière sordide autour d’Irène en guise d’avertissement. Les corps retrouvés sont profanés, sauvagement mutilés et tout prête à penser qu’il s’agit de psychopathe (s) nécrophile (s). C’est le début d’une minutieuse enquête de l’inspecteur Irene Huss, qui va se dérouler entre la Suède et le Danemark. Cette enquête de Irene Huss constitue la première traduite en France. Et c’est plutôt un bon roman policier.

Commençons par les points positifs : L’enquête avance doucement au gré des indices que la police découvre. On croirait être à la place de l’inspecteur, et l’auteur nous fait suivre sa logique. Ensuite, la description de la vie suédoise et danoise se fait suffisamment subtile pour qu’on n’ait pas l’impression de lire un guide vert spécial Europe du Nord. De même, Hélène Tursten ne passe pas des pages et des pages à justifier le mode de vie des suédois, mais le décrit comme un roman décrit ce que ses protagonistes vivent ou ressentent. Ce que je veux dire, c’est que ce roman n’est pas écrit pour être exporté. De même, un des défauts des premiers romans, et encore plus des premiers d’un cycle, c’est de passer des heures à décrire l’histoire des personnages, leur vie passée, etc … Ce n’est pas le cas ici. Enfin, Hélène Tursten évite les descriptions macabres. Les meurtres sont réellement horribles et elle n’en fait pas des tonnes « gore ». J’ai apprécié.

Du coté des points « négatifs », comme la plupart des romans nordiques (à part Jo Nesbo peut-être et Millenium), le rythme est lent. Ne vous attendez pas à une course poursuite contre un serial killer. Non ! Ici, les indices tombent au fur et à mesure de la réflexion des inspecteurs de la brigade criminelle. Tout est décrit dans le détail. Cela peut être un défaut, comme une qualité. Par contre, il faut compter une centaine de pages pour que cela démarre vraiment. Ceci dit, quand on trouve un torse, on a du mal à savoir par où commencer. Enfin, j’ai trouvé un certain manque d’émotion. Les moments d’angoisse de Irene quand elle se demande si le serial killer va s’en prendre à sa famille auraient pu être mieux exploités. Enfin, il y a quelques expressions qui finissent par énerver : Au moins 4 ou 5 fois dans le livre, on trouve quelque chose du genre : « A partir de ce matin, l’enquête allait accélérer. » alors que le rythme reste le même.

En conclusion, une bonne enquête à suivre pour les amateurs de policier nordique. Pour les fans de thriller haletant, il vaut mieux choisir autre chose. Je lirai probablement la prochaine.