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Les disparus du phare de Peter May

Editeur : Rouergue

Traducteur : Jean-René Dastugue

Nous commençons une semaine consacrée au prix des Balais d’Or, avec trois chroniques de romans qui faisaient partie de la sélection initiale. Et on débute par Peter May.

Je n’arrête pas de me dire que je ne lis pas assez de romans de Peter May. Les avis sur la toile sont unanimes, et ce qui a fait pencher la balance, c’est l’insistance de mon ami Le Concierge Masqué. En plus, il a sélectionné ce roman pour les Balais d’Or. Et je peux vous dire que ce roman est un modèle du genre.

Il se réveille sur une plage, complètement trempé. Il ne sait pas où il est, qui il est. Il a tout oublié de son passé. En rencontrant sa voisine, et avec des bribes de souvenirs, il se dirige vers sa maison, le cottage des dunes. La vieille dame l’appelle Neal McLean, et crie après son chien Bran. En se changeant, il voit une cicatrice sur son bras et des piqures sur les mains. Au moins a-t-il un nom pour commencer ses recherches sur son identité.

Il apprend en fouillant des papiers qu’il loue cette maison depuis dix-huit mois … L’ordinateur est en veille mais il ne lui apprend rien : il est vide. Les livres racontent l’histoire des Hébrides, ces îles du nord de l’Ecosse. L’un d’eux l’attire particulièrement : Le mystère des îles Flannan : En 1900, trois gardiens de phare ont mystérieusement disparu.

Ses voisins débarquent chez lui. Sally et Jon sont deux jeunes qui habitent la maison à coté. Alors que Neal se dirige pour aller chercher quelque chose à boire, Sally se jette sur lui et l’embrasse goulument. Apparemment, ils sont amants. En discutant, ils lui apprennent qu’il est écrivain et qu’il enquête sur la disparition des trois gardiens de phare. Mais alors, pourquoi le micro-ordinateur est-il vierge  de tout manuscrit ? Puis Neal va découvrir avec Sally une plaine cachée au milieu des bois qui abrite plus d’une dizaine de ruches. De quoi expliquer les piqures sur ses mains mais aussi épaissir le mystère à propos de son passé.

La première centaine de pages est tout simplement géniale. Menée avec application, et épaississant le mystère petit à petit, il y a suffisamment de rebondissements pour attirer irrémédiablement l’attention du lecteur et ne plus la lâcher. Ceci d’autant plus que c’est écrit à la première personne du singulier et que l’on est vraiment en plein brouillard. J’ai adoré ce début de roman … et la suite … même si elle est plus classique.

En effet, dans la deuxième partie, nous sommes en présence de deux nouveaux personnages : Karen une jeune adolescente qui a perdu son père, qui a disparu en mer (a priori, il se serait suicidé) et l’inspecteur George Gunn qui va enquêter sur un meurtre qui a eu lieu sur une des îles des Hébrides (C’est terrible d’écrire un billet sans vouloir en dire trop, je vous le dis !). Sans vouloir dire que ces deux nouveaux personnages font retomber l’intérêt du livre, j’ai trouvé que ces deux nouvelles enquêtes en parallèle étaient plus classiques que l’amnésie de Neal McLean.

Enfin, la troisième partie termine en fanfare avec un sujet éminemment grave dont peu de gens ont conscience et qui sont, je pèse mes mots, un pur scandale écologique qui vous fout la rogne pour quelques jours voire plus. Et on se dit que ce polar nous a bien mené et malmené, grâce à tout le talent d’un maitre du genre pour mieux nous faire réagir face à une problématique dont tout le monde devrait parler. Et en tournant la denrière page, je n’ai pu m’empêcher de me dire : « Chapeau, M.May ! Vous avez écrit là un sacré polar qui mérite qu’on le fasse lire d’urgence. »

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Petite Souris.

Quelle année 2016 ! Vive 2017 !

On pourrait interpréter ce titre de différentes façons, positive ou négative. Ce blog n’a pas pour but de parler de politique ou de terrorisme. Mais comme l’année dernière, je vais me répéter et parler succinctement des événements qui ont bouleversé le monde. Et les exemples ne manquent pas alors je le dis, je le répète et je le crie : Que les excités du bulbe nous laissent vivre en paix.

Je voudrais surtout vous souhaiter à tous, simple visiteur ou lecteur fidèle de ce blog, une bonne année 2017. Qu’elle vous apporte toutes les joies que vous puissiez imaginer, que vos rêves se transforment en réalité. Et je vous remercie tous, vous qui lisez, qui rendez visite à ce blog, qui me laissez un petit commentaire, mais aussi les auteurs, les éditeurs, les attachés (es) de presse pour votre gentillesse et tout le travail que vous abattez pour nourrir ma drogue qu’est la lecture. Et mes amis du polar, les pieds nickelés du polar, je vous souhaite une excellente année et vous revoir tous cette année !

Revenons un peu sur 2016. Plutôt que de paraphraser ce que j’ai écrit, je vous ai mis le lien vers mes avis. D’un point de vue polar, j’aurais été servi avec pas moins de 7 coups de cœur ! Ce qui est assez exceptionnel ! Et mes deux meilleures lectures de 2016 furent :

Rien ne se perd de Cloe Mehdi (Jigal)

Cartel de Don Winslow (Seuil)

Les autres coups de cœur inoubliables furent :

Plusdeproblème.com de Fabrice Pichon (Lajouanie)

Fausse piste de James Crumley (Gallmeister)

Le condor de Stieg Holmas (Sonatine +)

Antonia de Gildas Girodeau (Au delà du raisonnable)

Un avant-gout des anges de Philippe Setbon (Editions du Caïman)

Et comme nous sommes en 2017, je rajouterai 10 titres qui figureront parmi mes lectures les plus marquantes, de celles dont on n’oubliera pas les traces qu’elles auront laissées dans mon imaginaire.

Corrosion de Jon Bassoff (Gallmeister)

Cavale pour Leïa de Marius Faber (Toucan)

Les lucioles de Jan Thirion (Editions Lajouanie)

Sois belle et t’es toi de Jérémy Bouquin (Editions Lajouanie)

Avant que tout se brise de Megan Abbott (Editions du Masque)

Le fleuve des brumes de Valerio Varesi (Agullo)

Kabukicho de Dominique Sylvain (Viviane Hamy)

Une mort qui en vaut la peine de Donald Ray Pollock (Albin Michel)

Le printemps des corbeaux de Maurice Gouiran (Jigal)

L’opossum rose de Federico Axat (Calmann Levy)

Et sachez que ce fut bien dur de faire un choix parmi les 165 lectures qui auront occupé mon année. D’ailleurs, ce fut une année record pour moi, en terme de nombre de lectures aussi, mais il faut dire que j’aurais lu une dizaine de Bandes Dessinées et une dizaine de romans pour la jeunesse (puisque mes enfants me conseillent aussi pour mes lectures !). Donc on va dire que 2016 aura été une année record du nombre de lectures et du nombre de coups de cœur. Bref, une année formidable ! Il est donc temps de se plonger dans 2017 !

Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, je vous souhaite à nouveau une excellente année 2017, pleine de bonheur, pleine de lectures et n’oubliez pas le principal, lisez !

 

Rural noir de Benoit Minville

Editeur : Gallimard

Collection : Série Noire

Si on jette un coup d’œil sur le Net, on ne trouvera que des éloges à propos de ce premier roman. Il faut dire que c’est bien fait, c’est passionnant, et surtout, ça parle … ce que je veux dire, c’est que ce roman fait appel à un brin de nostalgie qui, dans une époque troublée comme celle que nous connaissons, a quelque chose de rassurant. Sans vouloir être dans le message « C’était mieux avant », je dois dire que ce roman rappelle des souvenirs d’enfance et d’insouciance auprès de ceux qui ont eu entre quinze et vingt dans les années 80, et que forcément, cela excite une certaine fibre de l’amitié, de la loyauté, de la solidarité dans un monde anonyme. Et quand c’est bien fait, c’est passionnant. Dans ce roman, c’est TRES bien fait.

Ils étaient quatre, copains comme cochons. Quatre adolescents qui ont fait les 400 coups, ensemble, inséparables durant tous les étés. Il y avait Chris et Romain, les deux frères. A eux deux était venu se greffer Vlad. Julie était la fille du groupe. Ils jouaient dans la campagne, faisaient des conneries, et commençaient à avoir des discussions d’adultes. Mais c’est dur de devenir un adulte.

Cet été là, Cédric a débarqué, avec sa famille. Ils les craignaient dans le village, ils avaient des têtes de squatteurs, des têtes de vendeurs de drogue … et puis ils ne les connaissaient pas ! Cet été là, Cédric a débarqué et plus rien n’a été pareil.

Romain a quitté son village, il y a maintenant 10 ans. Il est de retour et beaucoup de choses ont évolué. Il a bourlingué dans tous les ports d’Europe et retrouve son frère Chris, qui après s’être engagé dans l’armée, a ouvert une boutique de poterie. Chris est avec Julie, qui est devenue infirmière, et attend un enfant. Vlad est toujours là aussi, et est devenu le caïd de la drogue du coin. Pour fêter les retrouvailles, ils décident de boire un coup au bar de Vlad et ils le découvrent battu à mort …

Benoit Minville va alterner entre le présent et le passé pour construire ses personnages et son intrigue, avec des scènes très marquées. Tout tient dans la psychologie des personnages, leur amitié qui malgré les années n’a pas changé et dans leur loyauté vis-à-vis du clan qu’ils ont formé. Même s’ils sont devenus adultes, un lien secret qui ne concerne qu’eux les relie, un lien indestructible qui passe les années. Certes, leur caractère s’est affirmé, ils s’engueulent ouvertement, Chris n’est plus le petit qui suit les grands mais il n’en reste pas moins que leur amitié reste entière.

Si le sujet va forcément toucher beaucoup de gens, si la construction est connue, ce premier roman se distingue des autres par cette maitrise dans la narration et le style d’une efficacité impressionnante. Il y a juste ce qu’il faut, là où il faut, sans vouloir forcément entrer dans des descriptions d’évolutions de la société, même si cela transparait forcément. Si les personnages sont au centre du roman, on y voit tout de même une campagne française qui résiste à l’évolution, on y entend les gens parler des « étrangers » (il faut comprendre ceux qui ne sont pas du village, et pas forcément des gens de nationalité différente). C’est très bien vu, très bien montré par petites touches subtiles.

A la lecture de ce roman, on a tendance à penser que c’était mieux avant, ou que la situation se dégrade, ou que le trafic de drogue est la plaie de notre société, la description qu’en fait Benoit Minville de nos campagnes ressemble beaucoup à du gagne-terrain, au sens où les autochtones  finissent par se retrancher derrière leurs clôtures pour bouter l’ennemi hors de … France. J’en connais des gens comme ça … je me suis retrouvé dans ce roman, j’ai retrouvé des gens que je connais dans ce roman, j’ai retrouvé des ambiances, des situations, des paysages, des musiques (et quelle bande son !). Comme pour beaucoup d’entre nous, c’est un roman qui me parle, et comme c’est un roman très bien écrit, très bien fait, c’est un roman que j’adore et que vous adorerez !

Rural noir est un coup de coeur chez les amis de Unwalkers et chez La Petite Souris