Archives pour la catégorie Novella

Toucher le noir (Collectif)

Voici donc le troisième recueil de nouvelles consacré aux cinq sens et dirigé par le Maître de la critique du thriller, Yvan Fauth, taulier du blog Gruznamur. Après avoir écouté et vu, il a réuni une douzaine d’auteur pour nous apprendre à toucher le noir.

8118 – Envers Laurent Scalèse et Franck Thilliez :

Dans un monde futuriste, où la criminalité est maitrisée par des robot-chiens, Tom Croft sort du métro après sa journée à l’usine de fabrication d’armes. Alors qu’il traverse un terrain vague, un homme le menace d’une arme et des robot-chiens interviennent, mais trop tard. George Wood, le patron de la Police Anti-Criminalité apprend la nouvelle et arbore un sourire.

Mon avis : Quand deux maîtres de Noir français s’allient, on ne s’attendait pas à tant d’audace. Raconter cette histoire à rebours est un sacré pari (réussi) dans lequel on ressent le plaisir des auteurs à avoir créé cet exercice de style. La version à l’endroit se trouve en fin de livre sous le titre 8118 – Endroit et c’est presque une autre histoire.

Retour de soirée de Valentin Musso :

Sandrine et Paul sont invités au restaurant en compagnie de leurs amis Louis, Dimitri et Claire. Ils vont dans un restaurant qui est plongé dans le noir et où les serveurs sont non voyants. Après la soirée, Sandrine détache la ceinture de sécurité de Paul et jette volontairement sa voiture contre un arbre, tuant Paul sur le coup.

Mon avis : Voilà une histoire simple, qui donne la parole successivement aux trois personnages principaux pour une chute inattendue.

L’ Ange de la Vallée de Solène Bakowski :

Dans un paysage bucolique, une jeune fille emmène ses chèvres paitre dans la montagne, quand elle est surprise par une meute de loups. N’écoutant que son courage, elle les menace à l’aide d’un morceau de branche avant de tendre la main vers eux et de les calmer. Le curé qui assiste à cette scène est persuadé de voir un miracle et la ramène avec l’assentiment de la mère en tant que renouveau de Dieu.

Mon avis : Alors que cette histoire commence comme une poésie, elle se poursuit comme une sorte de conte pour se terminer dans l’horreur, illustrant la folie des hommes. Cette terrible nouvelle est un des meilleurs morceaux de ce recueil à mon avis.

Signé de Benoit Philippon :

La signature de Marcy, artiste peintre, se reconnait entre mille et sa cote atteint des sommets vertigineux. Elle réalise aussi des tatouages et des policiers viennent l’interroger suite à la découverte de corps dépecés : l’assassin a voulu récupérer le tatouage de l’artiste aujourd’hui incontournable.

Mon avis : On peut regretter sa taille, trop courte, et pourtant, sous ses dehors de nouvelle policière, elle se révèle féroce avec une fin que je qualifierai de géniale tant elle est surprenante. Excellent.

Mer Carnage d’Eric Cherrière :

N’ayant pas connu ses parents massacrés par un assassin lors de l’élection de Mitterrand, il est devenu le ponte du plastique. Alors qu’il est en galante compagnie, un visiteur lui annonce que quelqu’un a des révélations à lui faire sur ses parents.

Mon avis : Une nouvelle classique

No smoking de Michaël Mention :

5 juillet 1971. Deux hommes montent dans un ascenseur. Ils ne se connaissent pas. L’un d’eux est Richard Kross, directeur de l’Alpha Oil Company, l’une des plus grosses entreprises de négociation de gisements de pétrole. Soudain, l’ascenseur s’immobilise … c’est la panne.

Mon avis : Cette nouvelle donne l’occasion à Michaël Mention de lister les interventions américaines pour assouvir leur souveraineté au monde. Découpée en courts chapitres représentant chacun une minute, elle va comporter suffisamment de rebondissements pour nous tenir en haleine. Dans le fond et dans le forme, c’est une grande réussite. Un huis-clos que je verrais bien adapté en pièce de théâtre.

Doigts d’honneur de Danielle Thiéry :

Sasha, Martin et Anna concourent pour le prix Chopin du meilleur jeune pianiste. Ludo le gardien de la salle Pleyel leur accorde l’accès au piano en douce. Ce soir-là, c’est au tour de Sasha de s’entrainer. En sortant, il se fait agresser, et les malfaiteurs lui coupent les doigts. La douleur intense entraine une crise cardiaque. La police enquête sur cette mort.

Mon avis : Ecrit de façon remarquablement fluide, l’auteure nous construit une intrigue policière où les personnages sont parfaits de crédibilité et débouche sur une fin d’un cynisme que j’adore.

L’ombre de la proie de Ghislain Gilberti :

La Bête suit Géraldine, une jeune fille de onze ans pour assouvir ses instincts les plus bas. Marchant à distance, dans les ombres, ses pulsions montent et la Bête sent que le jour est venu, sa patience est à bout. Non loin de là, une voiture avec deux personnes à l’intérieur guettent.

Mon avis : Parmi les auteurs français qu’on me conseille de lire, et dont je n’ai pas encore abordé les livres, Ghislain Gilberti est situé pas loin du haut de la pile. Cette nouvelle remarquable ressemble à s’y méprendre à un roman d’horreur jouant sur les ambiances et les scènes d’action sont justes impressionnantes tant elles sont prenantes. Excellent.

Une main en or de Jacques Saussey :

Alors qu’il purge une peine de prison conséquente, Enzo Gniani est convoqué chez le directeur Alberto Bozzini. Bozzini lui montre alors une esquisse du tableau de Dali, La Licorne. Il lui annonce qu’il l’a dénichée dans une brocante. Comme Bozzini connait le talent de Gniani pour la peinture, il lui demande de peindre pour lui.

Mon avis : Voilà un auteur dont j’attends avec impatience des nouvelles. On retrouve dans cette nouvelle tout l’art de peindre des personnages, un décor (ici plusieurs et ne ratez pas le tunnel infesté de rats) ainsi qu’une intrigue. Pour le coup, on aurait aimé que cette nouvelle soit un peu plus longue !

Zeru Zeru de Maud Mayeras :

Bibi est une jeune enfant qui n’a pas connu sa mère. Elevée, chouchoutée par son père, elle a grandi en l’aidant dans les champs, loin des autres enfants. Quand un matin, son père l’emmène voir le gourou …

Mon avis : Terrible en même temps qu’attachante, cette histoire nous éclaire sur un phénomène dont personne ne parle : l’albinisme. Cette nouvelle, aussi subtile qu’intrigante, fait partie des meilleures de ce recueil.

La maison à claire-voie de Brice Tarvel

Editeur : Zinedi

Je ne connaissais pas cet auteur, pourtant prolifique, auteur de nombreuses Bandes Dessinées, nouvelles et romans, comme le précise L’Oncle Paul dans son billet. La première chose qui m’a frappé à l’ouverture de ce recueil, c’est cette écriture remarquablement littéraire, du vrai pur plaisir appliqué au roman d’angoisse.

La maison à claire-voie :

Kimi est une jeune femme qui a cru dans le grand Amour, Matt. Elle a même cherché à s’en persuader mais elle a dû rendre à l’évidence : abusant d’alcool, Matt a commencé à montrer de la mauvaise humeur puis a proféré des insultes. Quand il l’a frappée, elle s’est résolue à partir. Au volant de leur vieille guimbarde, elle a taillé la route sans destination prédéfinie, jusqu’à ce que la voiture tombe en panne au milieu de nulle part. Hors de question pour elle de revenir en arrière, alors elle s’enfonce dans les environs et tombe sur une vieille maison faite de morceaux de planches. Un géant aux grandes mains la surprend et lui propose de lui présenter les habitants de cette étrange demeure.

La plus longue des nouvelles de ce recueil s’apparente à un mini-roman qui démarre doucement avant de basculer dans un cauchemar digne des meilleurs romans d’horreur. On pense tout de suite à Stephen King mais aussi à des films comme Massacre à la tronçonneuse. Mais l’auteur a le bon goût d’éviter de nous jeter de l’hémoglobine à la figure et de privilégier un stress permanent qui vient rapidement pencher vers de l’angoisse pure.

L’assassin viendra ce soir :

Le père est affalé dans le fauteuil avec son pack de bière à proximité. La mère somnole, et la fille s’enferme dans sa chambre. Le fils observe la passion que la famille montre pour la nouvelle émission télévisée. « L’assassin viendra ce soir » propose un tirage au sort d’un téléspectateur qui aura la chance de recevoir la visite d’un tueur professionnel à domicile. Et le portrait qui s’affiche sur l’écran est celui du père.

D’une chronique familiale qui a tendance à flirter avec l’humour vache, cette nouvelle se transforme en un excellent moment d’angoisse qui nous rappelle les peurs enfantines quand notre chambre était noire et qu’un bruit insolite et inattendu se faisait entendre quelque part dans la maison.

Le Persan bleu :

Dans la cité, les immeubles sont si proches que l’on peut voir ce que font les voisins. Florian décide de pénétrer chez la vieille au chat, un beau Persan bleu. Il ouvre doucement la porte de celle-ci et avance à la lueur de sa lampe de poche pour lui voler ses économies. Mais tout ne va pas se dérouler exactement comme il l’aurait souhaité.

Cette nouvelle est la plus classique, avec une scène d’ouverture visuellement impressionnante et une chute pleine d’humour noir. Un très bon moment de lecture.

Les chiens noirs :

Lester se retrouve sur la paille, ayant liquidé tout son argent dans du liquide à boire. Il emmène sa famille, Rachel sa femme et Choupette sa fille chez Tante Rosanna, éleveuse de poulets. L’orage se déchainant, la visibilité réduite conduit à un accident de la route où tous s’en sortent … pour le moment. Un gros pick-up s’arrête avec à son volant un homme patibulaire et sur le plateau du véhicule trois gros chiens noirs …

A l’instar de la première nouvelle, l’aspect visuel se révèle frappant dès les premières lignes. Les personnages sont vite présentés et l’orage devient l’élément stressant de cette histoire une nouvelle fois angoissante et bien stressante. Une excellente nouvelle.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul ici 

Manaus de Dominique Forma

Editeur : Manufacture de livres

L’année dernière, est paru un petit roman aux éditions manufacture de livres, de la part d’un auteur qui sait tirer partie des formats courts, grâce à une plume efficace et imagée. Il nous convie à un retour dans les années 60 …

Plus exactement en 1964, lors du voyage présidentiel du Général de Gaulle en Amérique du Sud. En trois semaines, le convoi présidentiel visitera dix pays, pour renforcer la grandeur de la France et contrer la mainmise des Etats-Unis. Or, l’Amérique du Sud est réputé pour être un continent qui abrite nombre d’anciens nazis, de trafiquants de drogue et d’anciens généraux de l’OAS ayant fui l’Algérie.

Au milieu des officiels et des gardes du corps qui accompagnent le Général, François, un espion des Services Secrets, se cache avec une mission bien précise. Dès l’atterrissage en Argentine, il devra s’esquiver pour éliminer un traitre au Paraguay, avant de rejoindre le cortège officiel au Brésil, juste avant son retour en France. Mais il va devoir faire un petit détour non prévu dans sa mission.

Ecrire une histoire complète et complexe peut s’avérer un vrai casse-tête. Mais pour Dominique Forma, cela semble d’une facilité déconcertante, qui offre au lecteur une totale immersion dans un monde qu’il n’a jamais côtoyé. Quelques phrases pour parler du contexte, une phrase formidablement évocatrice pour dessiner les décors et des dialogues ne dépassant que rarement trois ou quatre phrases, voici les ingrédients qu’utilise l’auteur pour nous parler de cette histoire glauque.

Car on plonge dans un monde de barbouzes, où tout le monde se méfie de tout le monde, où chacun rêve de tuer son prochain car c’est un gage de survie, où chaque personnage ment, ou arrange la vérité pour vivre. Car la période des années 60 fut un tel brouillamini, que tous les pays cherchaient à avancer leurs pions pour être les mieux placés possibles, au nom de la géopolitique.

Les petites mains, ce sont des tueurs, comme le personnage principal de cette histoire, un soldat à qui on confie une mission, à qui on demande surtout de ne pas réfléchir, juste obéir. Au milieu de ce miasme, il va réaliser sa mission, mais aussi ne dire que le strict nécessaire pour sauver sa peau. Va-t-il réussir ? je vous laisse le découvrir en lisant ce petit roman par la taille, grand par le talent de son auteur, qui nous concocte un polar rapide et efficace.

Double Noir Saison 5

Claude Mesplède, le pape du polar, nous a quittés fin 2018 après s’être lancé dans une dernière aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires, l’une d’un auteur « ancien », l’autre d’un auteur contemporain. L’association Nèfle Noire a décidé de continuer l’aventure et pour l’occasion, a décidé de changer le format.

Fini le format A6 regroupant 2 nouvelles, voici un mini recueil de 75 pages avec 4 nouvelles à l’intérieur. Et cette saison 5 nous propose quatre nouvelles extraordinaires, pour le prix de 8 euros, avec, comme d’habitude, une introduction judicieuse de l’auteur. Pour vous le procurer, et / ou acheter les volumes précédents, il vous suffit d’aller sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! Vous avez même la possibilité de payer directement par Paypal.

Donc, voici un petit aperçu des 4 nouvelles de la saison 5 :

Saison 5 – Episode 1

Jean Giraudoux : D’un cheveu

Le docteur Watson sort d’une après-midi coquine avec Madame Holmes, quand Sherlock le rencontre. Devant l’émoi et la gêne de son ami, Sherlock, de son esprit logique hors du commun, va tout deviner … ou presque.

Adoptant le ton de Sir Arthur Conan Doyle, Jean Giraudoux va nous écrire une petite nouvelle se moquant du célèbre détective, comme une gentille boutade hilarante. Le plaisir de lire ainsi que la chute de la dernière phrase font de cette nouvelle un morceau de littérature à ne pas manquer.

Saison 5 – Episode 2

Luigi Pirandello : L’autre fils

Traduction : Benjamin Crémieux

Dans un petit village sicilien, la vieille Maragrazia, habillée de vieilles fripes, frappe à la porte de Ninfarosa. Devant l’absence de réponse, elle s’écroule en pleurs, la priant de l’aider à écrire une lettre à ses deux fils partis chercher fortune aux Amériques. Elle ne veut que leur demander quelques lires pour s’habiller avant l’hiver. Il faudra un jeune docteur pour découvrir le secret terrible d’une famille.

De la vie d’un petit village en passant par les pauvres femmes abandonnées par leurs hommes partis vers le nouveau monde, des commérages à une terrible histoire de famille, cette nouvelle est exemplaire sur tous les points. Car on ne peut deviner les terribles secrets que renferment ces 28 pages d’une noirceur terrible.

Saison 5 – Episode 3

Benoit Séverac : Le casse-tête (s)

Dans le cimetière de Cazères-sur-Garonne, les têtes de trois hommes sont découvertes. L’une est récente, les deux autres datent de quelques décennies. Le capitaine Yves Letourneur et le brigadier Etcheverry sont mandatés pour enquêter sur ce mystère. La première étape consiste à identifier la tête reconnaissable et se dirigent donc vers la mairie.

En une vingtaine de pages, Benoit Séverac nous déroule une enquête policière en ne dédaignant ni les décors, ni les psychologies des personnages, ni le déroulement de l’intrigue. Et quand en plus, on débouche sur une fin terrible, on se rend compte qu’on a entre les mains un tour de force formidablement réussi

Saison 5 – Episode 4

Maxime Gillio : Joëlle

« J’ai encore rêvé d’elle ; c’est bête ; elle n’a rien fait pour ça ».

Qui n’a pas écouté, rêveur, cette mélodie imparable avec des paroles si simples qu’on ne peut les oublier. Et puis, pour ceux qui l’ont vue, il y a cette jeune femme qui semble si timide, avec cette voix comme descendue des cieux. Le narrateur raconte, romance, sa rencontre avec Joëlle, la façon dont il reste dans l’ombre pendant qu’elle grimpe les marches du succès, puis sa descente aux enfers.

Fort subtilement, avec beaucoup d’humilité, Maxime Gillio raconte cette histoire simplement d’où émerge des flots d’émotions et de pitié pour cette jeune fille prise dans les engrenages du show-business, broyée par une machine cruelle.

Le prix de la vengeance de Don Winslow

Editeur : Harper & Collins

Traductrice : Isabelle Maillet

Pour les fans de Don Winslow, on se demande toujours comment il va rebondir après avoir écrit un grand livre. Et à chaque fois, il arrive à nous surprendre, ce qui est encore le cas avec Le prix de la vengeance, un recueil de six novellas, d’une centaine de pages chacune. Le fait qu’il ait choisi un genre littéraire différent est une vraie surprise, passant du roman d’action au polar, du romantisme à la critique directe de l’administration Trump.

Ces six novellas ont un point commun : une facilité à mettre en place des personnages plus vrais que nature mis en place par un style enlevé, rythmé et bigrement imagé. Don Winslow, comme je l’ai déjà dit, a su inventer le polar moderne avec ses intrigues ancrées dans le quotidien, mettant en valeur la violence et l’inhumanité de la société en y joignant un style haché, qui va vite, à l’aide de dialogues décalés souvent drôles et bien équilibrés.

Presque toutes les novellas sont soit introduites par une citation, soit dédiées à de grands auteurs. Don Winslow a voulu rendre hommage à ses pères de lettre, mais aussi probablement envoyer un signe à ses fans en insérant dans quelques unes de ses histoires des personnages qu’il avait créé dans ses romans précédents. Don Winslow nous offre avec ces six histoires une vision de la société américaine trumpiste, en même temps qu’il nous remercie, nous lecteurs, de le lire.

Le prix de la vengeance :

« Le monde brise les individus, et, chez beaucoup, il se forme un cal à l’endroit de la fracture. » Ernest Hemingway, L’Adieu aux armes.

Eva McNabb travaille comme opératrice d’urgence au centre 911 de la Nouvelle-Orléans. Elle reçoit l’appel concernant l’assassinat de son fils cadet Danny, policier, par les narcotrafiquants. N’écoutant que sa haine, elle demande à son fils aîné Jimmy de trouver les coupables et de venger cette mort injuste. Jimmy va faire jouer ses relations auprès de ses indics et remonter la piste du groupe de dealers.

Avec son style haché et rapide, Don Winslow va décrire les bas-fonds de la Nouvelle-Orléans, et nous offrir un polar sur-vitaminé, plein d’action, de violence et de sang. Le rythme apporté à la narration, digne des meilleurs romans de l’auteur en fait une histoire fantastique à lire.

Crime 101 :

Histoire dédiée à Steve McQueen.

Au volant de sa Mustang noire, Davis roule sur la 101, et suit une Mercedes 500 SL conduite par Ben Haddad. Davis a vu Ben Haddad sortir de la boutique avec une mallette emplie de bijoux. Quand ils se garent sur le parking derrière la bijouterie, Davis le braque dans le dos, et sans violence, repart avec le butin. Un nouveau braquage sans violence à mettre au crédit de ce voleur insaisissable. Ronald « Lou » Lubesnick de la brigade des Cambriolages va être le premier à faire le lien entre différents braquages de même genre.

D’une facture plus classique, cette histoire formidablement bien construite va se dérouler comme un duel entre Lou et Davis. A la fois hommage à la classe de Steve McQueen mais aussi à Alfred Hitchcock pour La Main au collet, Crime 101 montre l’amour de Don Winslow pour les paysages américains et les artistes qui l’inspirent.

Le zoo de San Diego :

Histoire dédiée à Elmore Leonard.

Chris Shea est surpris par la nouvelle mission qu’on lui confie : un singe vient de s’évader du zoo, armé d’un revolver et il risque que blesser quelqu’un. Chris se rend sur place et décide, armé de son courage, de monter à l’arbre … mais maladroitement, il tombe et comble du ridicule, les passants le filment et publient son exploit sur les réseaux sociaux. Dans son malheur, il fait la rencontre de la soigneuse du zoo, Carolyn Voight. Et pour Chris, le problème reste entier : pourquoi le singe était-il armé ?

Je n’attendais pas Don Winslow dans le registre de la comédie romantique. C’est pourtant bien le cas ici, où l’on s’amuse beaucoup à la fois des situations et des dialogues percutants. On y retrouve aussi Lou Lubesnick pour un second rôle qui permet à cette histoire de se clore en Happy End.

Sunset :

Histoire dédiée à Raymond Chandler

Duke Kasmajian a fait fortune dans le recouvrement de dettes et dans le paiement de cautions pour des truands trainés en procès. Le changement de loi qui interdit de payer les cautions en liquide l’inquiète ; la fuite de Terry Maddux aussi. Ancien surfeur, ce dernier a plongé dans la drogue et s’est fait arrêté. Duke a payé, bien sur, mais Terry a disparu des radars. Duke va faire appel à Boone Daniels, surfeur et enquêteur pour des personnes disparues.

Sur une trame plus classique mais aussi plus dramatique, Don Winslow fait appel à un personnage qu’il avait créé pour La patrouille de l’aube et l’Heure des gentlemen. Cela lui donne l’occasion de montrer les ravages de la drogue sur un homme qui avait tout pour devenir une légende du surf.

Les aventures intermédiaires de Ben, Chon et O :

Ben, Chon et O (pour Ophélie) sont trois jeunes gens ayant fait fortune dans la fabrication et le commerce d’une drogue de haute volée. Ben s’occupe du business, Chon de l’aspect musclé et O profite de la vie. Ils ont décidé, enfin, Ben a décidé de diversifier leur entreprise à Hanalei, une plage d’Hawaï. Mais le cartel a déjà prévu de mettre la main sur ce coin de paradis.

Cette novella pourrait être dédiée à ses fans tant on y trouve nombre de personnages rencontrés dans ses romans précédents. Outre Ben, Chon et O qui furent les héros de Savages et Cool, on y croisera Bobby Z de façon surprenante ainsi que Frankie Machine à la toute fin. Etant fan de ces romans là, je ne peux que vous engager à lire cette histoire avant de vous pencher sur les trois romans sus cités. Du divertissement haut de gamme.

La dernière chevauchée :

Patrouilleur à la frontière américano-mexicaine, Calvin croit dans son travail de surveillant pour empêcher les immigrés illégaux de rentrer dans son pays. Quand il rencontre le regard d’une fillette arrêtée à la frontière, il se lance dans une croisade pour la ramener à sa mère. Bien qu’il ait voté pour Trump, il n’a pas voté pour que l’on enferme les êtres humains comme des animaux.

Ce récit conclut ce recueil comme un rappel de son combat d’auteur contre les injustices et l’inhumanité de la société américaine. En à peine une centaine de pages, il va montrer dans cette histoire noire comment on traite les gens comme des numéros et comment personne ne fait le moindre effort pour résoudre les problèmes. Allant au-delà de ses prérogatives et de la loi, Calvin va se lancer dans une aventure dramatique et nous éveiller à ces institutions gouvernementales qui font du chiffre et n’en ont rien à faire des gens.

Un accident est si vite arrivé de Sophie Loubière

Editeur : Pocket

Ce recueil de nouvelles possède tous les ingrédients pour en faire un plat de choix. Alors qu’elles ne dépassent que rarement quatre pages, ces scènes quotidiennes ont l’avantage de présenter des personnes de tous les jours face à leur destin, se dirigeant vers une chute, la plupart du temps, funeste et dramatique. J’ai beaucoup apprécié la simplicité du style mais aussi la méticulosité à résumer une vie en quelques lignes et à décrire un décor en quelques adjectifs. Et puis, on y trouve quelques joyaux bien jouissifs, bien noirs. Mais, trève de plaisanterie, voici mon avis sur ces histoires noires :

Cuisine italienne : Roberto Danza tient une pizzeria. Monique est sous la douche. Il a une dizaine de minutes pour s’absenter, mettre le feu à la pizzeria pour toucher les 50 000 euros de l’assurance. Mais tout ne se passe pas comme prévu … Une histoire bien construite avec une chute rigolote.

Ondes de choc : A partir d’une bagarre entre deux demi-frères, Benoît et Doudou, l’auteure écrit une nouvelle glaçante qui fouille les relations familiales.

Le million : Juliette et Pascal Courtier se sont mariés jeunes, pleins d’illusions; mais le vie en a décidé autrement, et seule la roue d’un jeu télévisé peut leur apporter l’espoir du Million. Avec un style distant, Sophie Loubière créé en seulement trois pages, toute une vie de déceptions et de rancoeur dans un petit bijou de noirceur. Cela confine au génie.

Régulation : Au bistrot de Saint-Médard, les chasseurs du coin s’y rejoignent pour regretter les lapins qu’ils ont ratés. Jean-François en profite pour leur annoncer qu’il va arrêter de fumer pour son bébé à venir … Sophie Loubière n’a pas son pareil pour narrer un fait-divers dramatique.

Vernissage : Lucienne Parisot fête ses 79 ans et sa fille Lucienne est inquiète du retard de versement de sa pension. Voici un voyage chez les gens désespérés qui vont jusqu’à l’impensable pour survivre.

Sleeping with Brad Pitt : Jean-Paul Gardoni, sosie de Brad Pitt, va suivre son itinéraire en utilisant sa qualité auprès de la gent féminine.

0,1% : Martine, conseillère à la Société Générale, s’est toujours mise au service de ses clients. Un soir, un coup de téléphone lui annonce qu’elle va mourir dans quelques jours, selon des statistiques officielles de son assurance vie. Digne d’une nouvelle de Stephen King, l’auteure y ajoute l’humour noir nécessaire pour en faire un petit joyau.

De façon accidentelle : Depuis l’accident de la route de son mari, l’épouse se retrouve avec deux personnes en fauteuil roulant, en comptant sa belle-mère. Comme elle juge que cela ne peut plus durer, elle songe à se débarrasser des deux handicapés.

Les beignets de miss Jewell : Après une journée bien chargée, l’agent de la police de la Nouvelle Angleterre Stefan Murray doit encore arrêter Harold Walt avec de pourvoir profiter des beignets de Miss Jewell. Une histoire classique mais hilarante.

Ma photo dans le journal : Elle avance dans son trotteur quand la famille arbore fièrement le portrait du père à la une du journal pour sa prise à la pêche. Elle aussi aura sa photo dans le journal. Alors que l’on s’attend à une histoire enfantine, c’est bien un fait divers noir auquel on adroit, terrible dans sa conclusion.

Sri Sûria Narayana : Rajni, de la tribu des Bohpas, ne veut pas être mariée à un garçon de treize ans qu’elle ne connaît pas. Alors, elle prie le Dieu du Soleil Sri Sûria Narayana et se dirige vers la voie de chemin de fer. Et Sophie Loubière nous offre une nouvelle d’une beauté éclatante aux teints orangés comme un soleil qui se couche.

Allez directement à la case Départ : Huguette Acard est déjà tombée plusieurs fois chez elle et son docteur l’a prévenue : la prochaine fois, ce sera l’EHPAD. Pourtant, ce matin-là, elle bute sur une plaque d’égout … Cette nouvelle semble nous caresser par sa gentillesse avant de nous asséner un coup derrière la tête.

Le poisson : Quand Sophie Loubière s’essaie au genre fantastique, c’est pour nous parler de l’adoption d’un thon. Et la magie s’opère, on y croit, on est ému jusqu’à cette fin irrésistiblement drôle qui nous fait revenir sur Terre.

Accident de parcours : Suite à un accident de moto, Daniel s’est retrouvé à l’hôpital, dans le coma. La fin de sa vie doit s’envisager dans un fauteuil roulant. Une nouvelle courte et cruelle.

Compartiment 12 : Quand une sexagénaire s’installe dans le compartiment de train, le voyage promet d’être un enfer. C’est une nouvelle très courte mais bigrement jouissive, qui donne son titre à ce recueil.

L’arbre qui cachait la forêt : Tommy Joplin a été réveillé par des coups de feu. Il a ensuite découvert ses deux parents, abattus par des balles de calibre 264. Le shérif Lupton est surpris par la sauvagerie de la scène. Qui avait perpétré ce double crime ? Ce qui pourrait s’apparenter à un Whodunit classique s’avère être une histoire terrible racontée avec beaucoup de détachement dans un style quasi-clinique.

Oscar m’a tuée : Un acteur mondialement célèbre assiste à l’enterrement d’une camarade de classe à Plaisir. Pour exaucer le dernier voeu de la défunte, il doit lire une lettre, une lettre terrible, qui donne une nouvelle effroyablement bien faite.

Elagage d’automne : Une vieille dame sort son chihuahua et découvre dans le jardin de son voisin d’habitude si méticuleux une branche d’olivier.

Bandit Panda : Les flics débarquent chez les Dos Santos : ils viennent pour Michael, qui vient de ramener 5 kilos de beuh, soit disant. Une nouvelle hilarante.

Bruce Willis n’est pas n’importe qui : Il n’a pas hésité pour défoncer la porte et sauver les enfants des flammes qui dévoraient l’appartement. Une nouvelle bien cynique.

Le meilleur ennemi de l’homme : A Metz, Rolande a perdu sa chatte Chouquette. Puis c’est toute la France qui est touchée par la disparition de félins. Une nouvelle à ne pas faire lire aux protecteurs des animaux.

Mauvaise blague : Catherine Denis explique à son fils de 11 ans Tristan, la différence entre connaitre et reconnaitre quelqu’un. Il doit se méfier de l’inconnu qui est assis au parc. Cette nouvelle très drôle se moque de l’excès de paranoïa en même temps qu’elle rappelle l’utilité du rire et de l’innocence.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan !

Regarder le noir – Recueil de nouvelles

Sous la direction d’Yvan Fauth

Editeur : Belfond

Yvan Fauth s’était lancé un défi, donner la voix à l’art de la nouvelle, l’année dernière. Cela s’appelait Ecouter le noir. Cette année, il récidive avec un deuxième sens, la vue pour Regarder le noir. Pour cela, il a réuni 12 auteurs pour former un recueil de 11 nouvelles autour d’un seul et même thème : la vue. Si le défi de ce blogueur et ami est relevé, voyons dans le détail de quoi il retourne :

Regarder les voitures s’envoler d’Olivier Norek :

Joshua est un garçon de 13 ans, qui vit au fond d’une impasse avec sa mère handicapée suite à un accident de la route. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est observer la rue, les gens. Une infirmière passe une fois par jour, sa tante de temps en temps. Son quotidien va être changé le jour où des voisins emménagent en face.

Esther a 14 ans et arrive dans cette ville où elle ne connait personne. Son père, violent et alcoolique, frappe sa femme et voudrait bien profiter de sa fille, dont les formes se dessinent. Heureusement, la mère est là pour la défendre. Elle aperçoit son voisin et aimerait devenir son ami.

Ecrite simplement avec des chapitres courts, cette nouvelle pourrait être anodine si elle ne comportait pas cette fin, terriblement noire et horriblement cynique. Malgré quelques incohérences, on appréciera surtout cette utilisation de mots simples pour se mettre à la place d’un enfant et la chute mémorable.

Nuit d’acide de Julie Ewa :

Sabbir est un jeune garçon qui habite au Bangladesh au bord du Gange. Une seconde d’inattention a suffi pour que des hommes ne l’empoignent et le balancent dans une camionnette. Après un trajet relativement long, il se retrouve dans une pièce où deux hommes le tiennent fermement pendant que l’un d’eux lui verse une goutte d’acide dans chaque œil. Devenu aveugle, il devra arpenter les lieux touristiques et sa vie d’esclave commence en tant que mendiant.

D’une noirceur difficile à supporter, Julie Ewa ne nous épargne rien, par sa façon de décrire le calvaire de ce jeune garçon même si elle met beaucoup de distance dans son récit. Et de cette noirceur, terriblement réaliste, elle arrive à nous trouver une fin encore plus cruelle. Quand le Noir devient glauque …

The Ox de Fred Mars :

The Ox se présente comme un building en brique perdu au milieu d’une zone industrielle et plongé dans le noir à cause de l’absence d’éclairage. Il s’agit en fait d’un baisodrome où les membres se retrouvent pour assouvir leurs fantasmes dans le noir complet. On vient d’y retrouver le corps d’un homme écartelé. Au Curtis Green Building où siège Scotland Yard, deux témoins sont interrogés séparément dans une salle : Panuelo, homme de ménage malvoyant originaire du Pacifique et Alexander Fallon, membre du club qui attendait, caché dans les broussailles, la sortie d’une superbe femme qu’il ne connaissait pas et dont il est tombé amoureux.

Avec son style simple et son rythme soutenu, cette nouvelle policière est franchement emballante. Les scènes s’enchaînent, sont très visuelles, et sont un bel hommage aux films américains (entre autres) basés sur des interrogatoires. C’est une lecture jubilatoire, avec une fin digne des meilleurs polars, dotée d’un scénario jouissif boosté par des dialogues percutants. Une excellente nouvelle. 

Le mur de Claire Favan :

Après 2030, après le cataclysme, les seuls rescapés de l’humanité vivent à bord d’un cargo, le Havana Bay. Survivant à l’aide de la récupération des déchets qui peuplent les mers, ce navire ressemble à s’y méprendre à l’Arche de Noé. Tous sont malvoyants et la hiérarchie respecte leur capacité à voir. Le capitaine a 80% de vision, Jérémy son second 55%. Jérémy en pince pour Léa, une belle blonde.

On n’attendait pas Claire Favan dans ce registre et c’est une franche réussite. Si le décor est futuriste, l’histoire s’approche plutôt d’un drame. Et malgré le fait que ces hommes et femmes soient condamnés à arpenter les mers, ils n’en restent pas moins humains avec leurs besoins et leurs désirs. Avec son style simple et expressif, une fin pessimiste, et des personnages vrais, cette nouvelle nous alerte sur la pollution et l’écologie. Pour tout cela, c’est une nouvelle importante.

Demain de René Manzor :

Au volant de sa Volvo, Ganaêlle cherche à rejoindre le supermarché où elle pourra cacher sa fille appelée Chance et la sauver du tueur qui les poursuit. Une balle éclate son pare-brise, juste en arrivant. Ganaëlle et Chance courent et poussent les portes. Dans la première allée, La jeune mère prend une balle en pleine poitrine, puis c’est le tour d’un employé du magasin. Chance parvient tout de même à rejoindre le rayon des jouets, mais l’homme au tatouage ressemblant à la lettre Psi parvient devant elle. Une balle d’un tireur du RAID l’abat immédiatement. Ce cauchemar la poursuit sans cesse, alors qu’elle devient mentaliste à succès et remplit des salles de spectacle.

Dans cette nouvelle qui est presque un mini-roman, René Manzor rend hommage aux auteurs américains de fantastique, dont James Cameron avec Terminator ou Stephen King avec Dead zone. Les scènes s’enchainent à un rythme de fou, dans un scénario digne d’un film passionnant et on a hâte de le finir pour savoir quelle va être la chute. Cette nouvelle, c’est divertissement haut de gamme, prenant, emballant et passionnant, avec une fin qui n’a pas à rougir devant les meilleurs thrillers.

Transparente d’Amélie Antoine :

Hélène a décidé de passer chez Renato, son coiffeur pour se faire teindre les cheveux. Alors qu’elle vient de dépasser la quarantaine, elle ressent cette fatuité de l’existence, cette impression de n’exister pour personne. Même son mari l’a quittée pour une plus jeune, même sa fille et son compagnon ne remarquent rien. Cette impression d’être transparente aux yeux des autres est de plus en plus pesante.

Amélie Antoine a le don de trouver les mots justes pour décrire la psychologie d’une femme mal dans sa peau. Quelques soient les situations, elle se rend compte de l’inutilité et de la tristesse routinière de sa vie. Amélie Antoine nous écrit là une nouvelle ancrée dans le monde d’aujourd’hui qui tourne trop vite pour prêter un moment d’attention aux autres, et qui aboutit à un drame prévisible et évitable. 

Anaïs de Fabrice Papillon :

Sur les marches de l’université, M.Darcy accoste une étudiante qu’il appelle Anaïs. Elle le corrige, lui rappelle qu’elle s’appelle Myriam. Il décide la séduire et l’invite à découvrir une crypte située dans une chapelle près de Chartres.

Belle illustration d’un voyage dans un esprit fou.

La tache de Gaëlle Perrin-Guillet :

Thomas Bernet est écrivain, auteur de romans noirs. Lors d’une soirée avec son ami Eric, ce dernier lui dit : « Regarde le noir, il est ton inspiration ». Quelques jours plus tard, mettant le point final à son roman, il voit une tache noire sur le mur de la cuisine. Elle devient pour lui une obsession, au fur et à mesure qu’elle grandit.

Gaëlle Perrin-Guillet construit une histoire simple et pour autant prenante, à mi chemin entre fantastique digne d’un Stephen King et le Noir avec sa chute inéluctable. Le personnage de Thomas et les situations, toutes prises dans notre quotidien aident à nous immerger dans cette histoire jouissive.

Private eye de Roger Jon Ellory :

Traducteur : Fabrice Pointeau

Raymond Whyte est journaliste d’investigation en freelance et plonge son regard dans les dessous de la société américaine, peu ragoutants. Marié à Carole, la patience incarne, il a un travail qui lui permet de passer du temps avec son amante Diane. Mais tout change quand il s’aperçoit qu’un homme le suit …

Roger Jon Ellory créé une variation sur le thème du journaliste habitué à fouiller dans les dessous d’une ville à la recherche d’un gros titre alléchant et rémunérateur. La paranoïa va bientôt le miner et lui qui est habitué à tout voir, ne va pas s’apercevoir de ce qu’il a sous les yeux. C’est une nouvelle fort amusante, au second degré, avec une chute mâtinée de cynisme et d’humour noir.

Tout contre moi de Johana Gustawsson :

La narratrice écrit une sorte de lettre confession sur l’amour qu’elle éprouve pour lui, l’amour de sa vie. Elle va passer les événements marquants jusqu’à la fin qui signera la défnitive rupture entre elle et lui.

On n’attendait pas Johana Gustawsson dans ce registre d’histoire psychologique. On y retrouve bien des scènes juste esquissées et fortes en sensations. Et toute l’histoire est comme brossée sur un tableau, pour l’aisser la place au lecteur de laisser courir son imagination. C’est une bien belle réussite.

Darkness de Barbara Abel et Karine Giebel :

Le capitaine de police Jérôme Dumas se rend à l’hôpital pour voir la victime de l’affaire dont il a la charge. Ses yeux ont été attaqués à l’acide et il semblerait bien que son agresseur ait pris son temps. Mais Dumas ne connait pas l’identité de la jeune femme et elle a été plongée dans le coma pour que l’on puisse la soigner.

Le duo Abel / Giebel est de retour et contrairement à l‘année dernière, j’ai trouvé une vraie unité dans cette histoire, au niveau du style. C’est une histoire un scénario remarquablement retors et vicieux dont on n’aura la finalité qu’à la toute fin de cette nouvelle qui est la plus longue de ce recueil … pour notre plus grand plaisir.

Crimes entremêlés d’Emma Orczy

Editeur : Apprentie éditions

Traducteur : Jean Joseph-Renaud

Je vous avais déjà parlé de cette toute jeune maison d’édition, créé par des apprentis de Bordeaux. Les amateurs de romans à énigmes vont être ravis avec ce recueil de nouvelles d’Emma Orczy, rassemblés en un roman, sous prétexte que la narratrice rencontre un vieil homme mystérieux qui résout les affaires en utilisant son intelligence et les informations disponibles auprès du public.

Quand il raconte l’affaire, il noue une ficelle quand il énonce les indices. Puis il la dénoue quand il donne la solution. Entre les deux, l’auteure s’amuse à lancer un défi au lecteur : c’est à lui de trouver la clé de l’énigme. A la fois jeu intellectuel et bel exercice littéraire, ce roman est bigrement amusant. Il faut signaler la préface qui donne envie de se plonger dans ces mystères heureusement remis au gout du jour grâce à cette édition. Je vous propose d’entrer dans le jeu du détective.

Le mystère de la rue Fenchurch :

Mme Kershaw se rend à Scotland Yard, accompagnée d’un ami, pour signaler la disparition de son mari, William Kershaw. Il était parti à la rencontre de M. Francis Smethurst, un aventurier ayant fait fortune en Sibérie et a disparu depuis. Quelques jours plus tard, on découvre le corps de Kershaw et Smethurst est arrêté. Mais lors de son procès, ce dernier déjoue toutes les accusations.

Une résolution logique et bigrement bien amenée.

Le vol de Phillimore Terrace :

Leur deuxième rendez-vous va résoudre une affaire de double vol qui a défrayé la chronique. Un rôdeur a été arrêté par l’agent D37 alors qu’il sortait de chez M.Knopf, un courtier en diamants. Ce dernier s’est absenté laissant chez lui son domestique Robertson, pour rendre visite à son frère malade. Knopf venait tout juste de vendre des diamants brésiliens à un bijoutier voisin, M.Schipman ; lesquels diamants ont aussi disparu.

La résolution de cette enquête est d’une remarquable logique, d’autant plus que le lecteur a tous les indices à sa disposition pour trouver la clé de l’énigme.

La mort mystérieuse dans le Métropolitain :

Alors que la narratrice romancière vient de quitter son ami dans le bar, l’homme aux mystères lui demande le décrire. Elle s’aperçoit qu’elle ne peut entrer dans aucun détail. C’est à cause de ce manque de discernement que le meurtre par empoisonnement de Mme Hazeldene n’a pas été résolu. Elle fréquentait M.Errington, un homme riche s’adonnant à la chimie et personne n’a pu déterminer si l’homme qui a discuté avec elle était M.Hazeldene, son mari, ou M.Errington.

Cette enquête démontre combien on accorde peu d’importance aux autres, et aussi l’incompétence de la police. D’autant plus que les deux hommes avaient des mobiles sérieux, l’un étant la jalousie, l’autre de se débarrasser d’une femme pouvant être un obstacle pour sa future carrière.

Le vol de la banque de la Prévoyance :

La banque de la Prévoyance est tenue par M.Ireland. Ce dernier descend vers 9H30 et se rend à la salle où trône le coffre fort. La bonne le découvre inconscient dans son fauteuil. Le coffre a été ouvert sans effraction et la seule porte à laquelle on peut accéder au coffre était fermée par la clé détenue par le banquier.

Voilà un mystère qui nous amène à nous poser la question : A qui profite le crime ou Cherchez la femme ! J’ai trouvé cette enquête dure à suivre, pauisqu’elle fait appel à la configuration des pièces de la banque.

L’assassinat dans le parc de Régent :

Alors que Londres est plongé sous la brume, on entend un bruit de lutte, puis deux coups de feu puis quelqu’un s’écrie : A l’assassin ! ». on retrouve en effet M. Aaron Cohen étranglé à coté de son domicile. Ce dernier venait de jouer au Harrowood Club et de sortir avec une belle somme. La police trouva des témoins indiquant que M. Cohen avait eu une altercation avec un joueur malchanceux M.Ashley.

Notre mystérieux enquêteur va démontrer une incroyable machination.

Le mystère d’York :

Lord Arthur Skelmerton a épousé sa femme pour son argent et s’adonne depuis aux jeux dont les paris sur les courses de chevaux. Lady Arthur Skelmerton lui passe tous ses caprices uniquement par amour. Malheureusement pour lui, il parie sur le favori au Grand Prix et perd une somme astronomique, qu’il n’a pas et le bookmaker lue menace s’il ne lui donne pas rapidement l’argent. Mais Charles Lavender le bookmaker est retrouvé poignardé derrière la maison de Lord Arthur et ce dernier est retrouvé sur les lieux et rapidement arrêté.

D’une affaire a priori simple, l’auteure nous fait une démonstration fantastique pour trouver la coupable.

Le mystère de Liverpool :

De nombreux princes étrangers, vrais ou faux, visitent la Grande Bretagne et en profitent pour faire des emplettes. C’est le cas du prince Semionicz, qui rend visite à se sœur mariée au Roi du Cuivre. Quand il passe commande de bijoux auprès de M.Winslow, cela se compte en dizaines de milliers de livres. M.Winslow ne pouvant se déplacer, il envoie son neveu M.Schwarz pour apporter les bijoux et revenir avec l’argent. Mais M.Schwartz disparait …

Si l’intrigue est simple, son dénouement est encore une fois un étonnement et cela donne un excellent moment de lecture.

Le mystère de Brighton :

Francis Morton s’est marié avec une riche américaine et ils vivent le grand amour à Brighton. Tous les matins, il va travailler à Londres et revient tous les soirs. Pourtant, un soir, il ne rentre pas. Sa femme signale la disparition à la police qui fait chou blanc, jusqu’à ce qu’elle le découvre ligoté dans un appartement, souffrant d’une forte inanition.

Cette affaire, au départ si simple, se révèle en réalité un gouffre mystérieux avec de nombreuses surprises ainsi qu’un dénouement et une explication géniaux.

Le mystère d’Edimbourg :

Le vieux Andrew Graham est à la tête de la célèbre banque Graham. Henry Graham, le fils ainé héritera de la fortune alors que David Graham souffre de malformations. Sa tante, Lady Donaldson, prise de pitié, promit de donner une grande quantité de bijoux à sa future épouse. Or David tomba amoureux de Miss Edith Crawford, une fort belle orpheline qui n’apprécie pas trop cet amour. Mais la bonne société organise un repas pour fêter cela et dans la nuit, Lady Donaldson meurt étranglée.

Cette nouvelle est une enquête plutôt classique mais avec une chute très inattendue.

Le mystère de Dublin :

Quand le vieux millionnaire irlandais Brooks meurt en 1900, tout le monde croit que son testament datant de 1891 partagerait sa fortune à égales parts entre ses deux fils. Percival l’aîné est atteint de la fièvre du jeu et Murray le cadet et le chouchou du père toujours à son chevet. On trouve alors sous l’oreiller du défunt un nouveau testament laissant tout à Percival, en même temps que M.Wethered, l’avoué du vieux Brooks est assassiné. Le procès promet d’être retentissant.

Même si l’histoire est fort bien racontée et passionnante, j’ai réussi à trouver la clé de l’énigme. C’est la première.

Le meurtre de Birmingham :

La famille Beddingfield furent nommés comte de Brockelsby et la naissance de jumeaux donna lieu à un imbroglio entre les deux frères, seul l’aîné n’ayant droit à hériter du titre. Timothée et Robert se bagarrèrent le vieux traité qui leur donnait ce titre, Robert fut prêt à intenter un procès lorsqu’il fut découvert mort dans une chambre d’hôtel.

Cette nouvelle est un véritable imbroglio complexe.

Une mort mystérieuse dans la rue Percy :

Les ateliers Rubens de la rue Percy abritent de petits appartements loués pour des artistes. Au premier étage, on trouve la petite chambre de Mme Owens, qui gagnait bien peu mais économisait beaucoup. Un matin d’hiver, on découvrit son corps alors que la fenêtre était ouverte. La police voulait conclure à une mort due à la température négative avant de s’apercevoir qu’elle avait reçu un coup à la tête.

Indéniablement, cette nouvelle est la plus rusée de ce recueil, comme son assassin.

Ska cru 2020 :

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures. Tous ces titres et plus encore sont à retrouver sur le site de Ska : https://skaediteur.net/

Canon de Max Obione :

Après la représentation du Karnas Circus, Monsieur Zompani se précipite dans la loge de Rosa, la femme canon avec du champagne pour la féliciter. Il profite surtout du fait que l’amant de Rosa Wladimir est en train de démonter les gradins pour obtenir ses faveurs. Les enfants sont les témoins de ce drame pendant lequel Zamponi va perdre un œil. Ce sont des jumeaux siamois attachés par le dos qui partagent les organes et ne peuvent donc être séparés par une opération chirurgicale.

Max Obione est au meilleur de sa forme en évoquant les petits cirques dans une époque non déterminée. Cette nouvelle qui évoque les freaks chers à Harry Crews ont plus de sentiments et sont plus émouvants que les gens normaux. Il aborde aussi le drame que j’appellerai le « With or Without you », en référence à la superbe chanson de U2, pour déboucher sur une fin qui m’a fait pleurer. Juste magnifique.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Deux heures à tuer de Gaëtan Brixtel :

Ce jeune auteur bigrement doué nous propose de passer, le temps d’une nouvelle, deux heures dans un esprit malade, entre paranoïa et schizophrénie. Les deux heures représentent le laps de temps entre le sandwich du midi et l’ouverture de la médiathèque. Entre temps, il imagine des scènes sanglantes où il se débarrasse de ses nuisibles à lui, jusqu’à ce que ses pilules d’anxiolytiques ne fassent leur travail. Une nouvelle tout simplement hallucinante dont Paul Maugendre a dit aussi tant de bien ici :

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2020/04/gaetan-brixtel-deux-heures-a-tuer.html

Eva de Roland Sadaune :

Samo et Willys vivent la belle vie en tant que petits dealers, roulant dans de belles voitures, évoquant les grands auteurs de hard-boiled américains. Samo, le narrateur, aime emmener Eva dans ses balades mais ce qu’il nous raconte est loin de la vérité.

Roland Sadaune joue sur les registres rêve / réalité, nous projetant dans de grands espaces avant de rétrécir violemment l’horizon possible. La chute comme tout bonne nouvelle, est brutale et cruelle, donnant une bien belle lecture.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Rabbit run de Gaëtan Brixtel :

Vincent est un chômeur solitaire qui garde un contact social grâce à son amie Adélie. Elle lui propose de prendre un animal de compagnie, pas un chien, ni un chat mais plutôt un lapin. Il l’appellera Gustave. Et bientôt Vincent va reporter son inquiétude sur l’animal, oubliant son mal-être.

Hasard de la vie, nous avons aussi pris un lapin pour animal domestique. Et quand j’ai lu le début de cette nouvelle, j’ai retrouvé les premiers instants de l’arrivée de notre lapin, puis sa progression au fur et à mesure qu’il grandissait. Je me suis forcément identifié à Vincent, même si je suis moins gaga que lui de la bête. Et je ébahi par la justesse et la façon de raconter cette histoire. Gaëtan Brixtel a un vrai talent : celui de vous glisser et cajoler dans un cocon tout doux et chaud avant de vous allonger d’une belle claque. C’est encore le cas ici : la chute est aussi brutale que cruelle.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Dragon noir de Stéphane Kirchacker :

Roro a pris l’ascenseur social pour échapper à la cité des Lilas, et obtenir un diplôme d’architecte. Roro et Juliette, c’est le coup de foudre depuis quelque temps, et il voudrait bien l’épouser. Mais son père, le Comte, issu d’une lignée royale s’oppose à cette union contre nature. Quand Juliette se fait enlever, poussée de force dans une BMW, le comte fait appel au prétendant puisque les ravisseurs viennent de cette cité maudite.

Stéphane Kirchaker réussit le tour de force d’écrire un polar en forme de conte des Mille et une nuits, aussi romantique que chevaleresque. Vous trouverez au détour d’une cité malfamée, des fées, des trolls, des nains et des elfes. Vous y trouverez aussi de l’action, et surtout de l’humour. Tout ça en 12 pages sur ma liseuse. Quand je vous dis que c’est un tour de force, c’est une formidable réussite.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

La viande hurle de Jeanne Desaubry :

Martine travaille dans une usine du Nord de la France. Elle n’est pas gréviste, contrairement aux ouvriers qui bloquent l’entrée, ou même son père qui a passé sa vie sur les chaines. Elle veut juste passer inaperçue, que personne ne voit son ventre qui grossit. Elle veut oublier celui qui lui a fait subir ça.

Avec une économie de mots remarquable, Jeanne Desaubry présente un drame, malheureusement commun, entre viol et harcèlement sexuel, d’autant plus horrible que l’on est plongé dans ce quotidien des ouvriers de façon réaliste. Et la chute de cette nouvelle est conforme à la noirceur de l’histoire.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

En mon cœur ces racines de Valérie Allam :

Sous son hangar de tôle, ce vieillard aveugle raconte sa vie, ses souvenirs, ses regrets au petit Kouakou, si sage, si patient. Il se rappelle Khadija, son amour de jeunesse qu’il a perdu le jour où il est parti rejoindre la France.

D’une tendresse et d’une sensibilité rare, Valérie Allam raconte une vie, deux vies, des vies en une dizaine de pages. Plantant son décor sous un abri au toit de tôle, la pauvreté du lieu fait ressortir la puissance des sentiments et des rendez-vous ratés.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Ciel rouge de Jean-Hugues Oppel :

Maurice G. brûle le bitume sur l’autoroute de nuit. A bord de sa Fuego, Max une peluche pleine de drogue et un corps dans le coffre. En musique de fond, du rock, du hard, à fond la caisse. Max doit se vider et faire le plein. Pause pipi caca dans une station habitée. Pour son malheur.

Quel plaisir de retrouver Jean-Hugues Oppel et son style haché. De morceaux de phrases, des mots mis bout à bout pour mieux faire ressentir le mouvement, l’action, le rythme et le stress. Cette nouvelle est digne des meilleurs films d’action. Un must !

Je suis un génie de Stanislas Petrosky :

Doté d’un quotient intellectuel hors-norme, avec un coefficient de 170 sur l’échelle de Wechsler, le narrateur n’a jamais connu l’amour. Il est malheureusement atteint de déformation congénitale, comme Elephant Man. Alors il se consacre à la mise au point de prothèses commandées par le cerveau. Mais la désillusion est au bout de la route.

Cette nouvelle est juste incroyable : être capable de faire de la vulgarisation scientifique comme si un génie vous parle. Et la lecture en devient tellement simple que l’on entre dans le jeu, jusqu’à arriver à une chute mémorable, pleine de hargne et de haine.

Soudain partir de Frédérique Trigodet :

Caroline, jeune femme quarantenaire, a vu grandir ses enfants, les a vus quitter la maison et se retrouve avec son mari qu’elle nomme monmari. Passionné de Formule 1, il s’assomme de télévision avant de se coucher tôt, alors qu’elle est insomniaque. Alors, sur le balcon, elle regarde les bateaux partir …

Cette nouvelle aurait plus sa place dans une collection littéraire que chez Noire Sœur. Car nous nous trouvons là en face d’un texte toute en émotion, subtil et introspectif sur une femme qui, à un tournant de sa vie, se pose des questions quant à son avenir. Elle a été une bonne mère ? Soit. Mais après ? Avec une plume descriptive et magnifique, l’auteure nous prend dans ses serres et nous immerge dans les questionnements d’une mère à la recherche de questions et de la figure de son père.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Super N de Jeanne Desaubry :

Léa et Sandrine sont deux sœurs. Elles ont une idée pour se payer leurs courses au Super N. Emprunter le gosse de la voisine et planquer dans la poussette leurs emplettes. Mais le vigile du Super N veille au grain. Et il est prêt à profiter de la situation.

D’un fait divers, l’auteure en tire une nouvelle bien noire qui dégénère vers la fin. Ecrite avec beaucoup de recul, voire de froideur, c’est une plongée ignoble dans le quotidien des pauvres gens.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Double Noir Saison 4

Claude Mesplède, le pape du polar, nous a quittés fin 2018 après s’être lancé dans une dernière aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans chaque volume 2 nouvelles, l’une écrite par un auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture , mais essayez de proposer 2 nouvelles en 20 pages !)

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées), La saison 2 en compte 5, comme la saison 3. La saison 4 comporte, elle, 4 volumes. Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 4 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore !

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue.

Donc, voici un petit aperçu des 8 nouvelles de la saison 4 :

Saison 4 – Episode 1

Tristan Bernard : L’alibi

Pierre-Louis Brond écrit à Maître Gévaudan, avocat à la cour d’appel de Paris. Etant d’un caractère fainéant, il a vite embrassé la carrière de voleur, d’abord avec deux comparses Henri et Jules, puis à son propre compte.

Ecrit simplement et respectant le format d’une lettre, Tristan Bernard nous raconte l’affaire de Pierre-Louis Brond, et comment il se juge innocent. Si cette nouvelle peut apparaître classique, bien que bien menée, la chute est d’un bon cynisme et je me demande si l’auteur ne veut pas critiquer la justice et les lois françaises.

Gilles Del Pappas : Le photographe

Pierre est photographe et passe l’hiver à Vars. Il a eu du mal à se faire accepter par les gens du cru, mais sa démonstration de force a payé. Sa vie va changer quand il rencontre Nora, la seule célibataire du coin.

Gilles Del Pappas, avec son style mâtiné d’expression du sud, nous raconte un polar sur la base d’une femme fatale et un passage de la vie d’un homme qui n’a rien à chercher ni rien à prouver. Une histoire gentillette avec un beau passage de stress dans la piscine.

Saison 4 – Episode 2

Karel Capek : La bonne aventure

En Angleterre, l’inspecteur Robert MacLeary est alerté par sa femme sur une mystérieuse Mme Myers, qui dirait la bonne aventure et qui serait en réalité une espionne. Il décide d’envoyer sa femme en éclaireur.

Karel Capek, le créateur du mot « robot » concocte une nouvelle judiciaire tout ce qu’il y a de plus classique et termine avec une chute fort drôle.

Yvon Coquil : Grizzly

Pillou est sur le piquet de grève quand on lui signale que Grizzly a été admis à l’hôpital. Grizzly, c’est celui qui lui a tout appris, une sorte de mentor. Alors, après avoir fourni des palettes à brûler pour les grévistes, il va le voir.

Je ne connaissais pas Yvon Coquil et je vais de ce pas m’enquérir de ses romans. Car derrière cette histoire simple, il ressort des flots d’émotions qui vous submergent jsuqu ‘à une chute cynique, juste comme il faut. Une vraie pépite.

Saison 4 – Episode 3

Alphonse Allais : Crime russe & Cruelle énigme

Ces deux nouvelles très courtes font montre d’une écriture somptueuse mais aussi d’un humour décalé et bien cynique. Que ce soit cette histoire d’assassin qui poignarde une vielle dame parce qu’elle est moche ou bien celle de cet homme qui écoute ses voisons à travers le mur mitoyen, ce sont deux superbes plaisirs.

Claude Amoz : Les pages déchirées

Une vieille dame voit un homme poignardé sur le trottoir. Si elle le pousse, il finira dans le caniveau. A coté de lui, repose un livre ouvert. Elle se souvient, quand elle était petite, que son père n’a jamais pu finir de lui lire l’Odyssée …

Cette nouvelle pleine de charme et de nostalgie a des accents de mystères mais aussi des promesses de caresses et de tendresses, pour mieux montrer l’amour des livres et des histoires fortes.

Saison 4 – Episode 4

Octave Mirbeau : Le Polonais & La chanson de Carmen

Ces deux nouvelles ont le point commun d’avoir une plume très littéraire. Le Polonais nous plonge chez un miséreux de la campagne qui chasse pour survivre. La chanson de Carmen, un conte à la manière d’Edgar Allan Poe, penche plus du coté du fantastique. Dans les deux cas, ce n’est pas pour la chute qu’on les lire, mais on appréciera la puissance d’évocation de la campagne et du psychisme humain.

Andreu Martin : Joyeux anniversaire

Se faire virer le jour de son anniversaire, ce n’est pas l’idéal. Alors, Santiago Lopez Casado, mécanicien dans un petit garage, noie son désespoir dans l’alcool, dans les petits bars des Las Ramblas. Sa rencontre avec un homme va modifier son destin, pour le pire.

Cette nouvelle bien noire va vous faire passer l’envie de boire un coup, tant l’immersion du lecteur est forte. Et la conclusion, violente et fatale, place cette histoire au rayon des très bons souvenirs.