Archives pour la catégorie Novella

Double Noir Saison 4

Claude Mesplède, le pape du polar, nous a quittés fin 2018 après s’être lancé dans une dernière aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans chaque volume 2 nouvelles, l’une écrite par un auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture , mais essayez de proposer 2 nouvelles en 20 pages !)

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées), La saison 2 en compte 5, comme la saison 3. La saison 4 comporte, elle, 4 volumes. Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 4 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore !

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue.

Donc, voici un petit aperçu des 8 nouvelles de la saison 4 :

Saison 4 – Episode 1

Tristan Bernard : L’alibi

Pierre-Louis Brond écrit à Maître Gévaudan, avocat à la cour d’appel de Paris. Etant d’un caractère fainéant, il a vite embrassé la carrière de voleur, d’abord avec deux comparses Henri et Jules, puis à son propre compte.

Ecrit simplement et respectant le format d’une lettre, Tristan Bernard nous raconte l’affaire de Pierre-Louis Brond, et comment il se juge innocent. Si cette nouvelle peut apparaître classique, bien que bien menée, la chute est d’un bon cynisme et je me demande si l’auteur ne veut pas critiquer la justice et les lois françaises.

Gilles Del Pappas : Le photographe

Pierre est photographe et passe l’hiver à Vars. Il a eu du mal à se faire accepter par les gens du cru, mais sa démonstration de force a payé. Sa vie va changer quand il rencontre Nora, la seule célibataire du coin.

Gilles Del Pappas, avec son style mâtiné d’expression du sud, nous raconte un polar sur la base d’une femme fatale et un passage de la vie d’un homme qui n’a rien à chercher ni rien à prouver. Une histoire gentillette avec un beau passage de stress dans la piscine.

Saison 4 – Episode 2

Karel Capek : La bonne aventure

En Angleterre, l’inspecteur Robert MacLeary est alerté par sa femme sur une mystérieuse Mme Myers, qui dirait la bonne aventure et qui serait en réalité une espionne. Il décide d’envoyer sa femme en éclaireur.

Karel Capek, le créateur du mot « robot » concocte une nouvelle judiciaire tout ce qu’il y a de plus classique et termine avec une chute fort drôle.

Yvon Coquil : Grizzly

Pillou est sur le piquet de grève quand on lui signale que Grizzly a été admis à l’hôpital. Grizzly, c’est celui qui lui a tout appris, une sorte de mentor. Alors, après avoir fourni des palettes à brûler pour les grévistes, il va le voir.

Je ne connaissais pas Yvon Coquil et je vais de ce pas m’enquérir de ses romans. Car derrière cette histoire simple, il ressort des flots d’émotions qui vous submergent jsuqu ‘à une chute cynique, juste comme il faut. Une vraie pépite.

Saison 4 – Episode 3

Alphonse Allais : Crime russe & Cruelle énigme

Ces deux nouvelles très courtes font montre d’une écriture somptueuse mais aussi d’un humour décalé et bien cynique. Que ce soit cette histoire d’assassin qui poignarde une vielle dame parce qu’elle est moche ou bien celle de cet homme qui écoute ses voisons à travers le mur mitoyen, ce sont deux superbes plaisirs.

Claude Amoz : Les pages déchirées

Une vieille dame voit un homme poignardé sur le trottoir. Si elle le pousse, il finira dans le caniveau. A coté de lui, repose un livre ouvert. Elle se souvient, quand elle était petite, que son père n’a jamais pu finir de lui lire l’Odyssée …

Cette nouvelle pleine de charme et de nostalgie a des accents de mystères mais aussi des promesses de caresses et de tendresses, pour mieux montrer l’amour des livres et des histoires fortes.

Saison 4 – Episode 4

Octave Mirbeau : Le Polonais & La chanson de Carmen

Ces deux nouvelles ont le point commun d’avoir une plume très littéraire. Le Polonais nous plonge chez un miséreux de la campagne qui chasse pour survivre. La chanson de Carmen, un conte à la manière d’Edgar Allan Poe, penche plus du coté du fantastique. Dans les deux cas, ce n’est pas pour la chute qu’on les lire, mais on appréciera la puissance d’évocation de la campagne et du psychisme humain.

Andreu Martin : Joyeux anniversaire

Se faire virer le jour de son anniversaire, ce n’est pas l’idéal. Alors, Santiago Lopez Casado, mécanicien dans un petit garage, noie son désespoir dans l’alcool, dans les petits bars des Las Ramblas. Sa rencontre avec un homme va modifier son destin, pour le pire.

Cette nouvelle bien noire va vous faire passer l’envie de boire un coup, tant l’immersion du lecteur est forte. Et la conclusion, violente et fatale, place cette histoire au rayon des très bons souvenirs.

Déstockage : Cinq Polars du XXIème siècle

Editeur : Capricci

Au hasard de mes fouilles dans mes bibliothèques, je tombe sur des livres dont je ne savais même pas qu’ils étaient là. Voici un recueil de nouvelles très intéressantes, qui démontrent l’amoralité moderne de la société. Je dois ajouter que ces nouvelles sont agrémentées de très beaux dessins signés Adrien Demaint et Jean Harambat.

Mirage Hôtel d’Anne Bourrel :

Robert Henry Charles Lebœuf se fait appeler Roberto quand il arpente les bals privés. Il aperçoit Rita, une superbe femme qu’il invite à danser le tango. Cette danse, qu’ils maîtrisent tous les deux, les emporte sur les rives de la passion. Roberto est fauché, Rita riche d’un héritage qui lui permet de vivre dans des palaces. De la somptuosité du tango va naître une relation faite d’amour et de sang.

C’est bien la première fois que je lis une nouvelle chorale, laissant la parole alternativement à Roberto puis à Rita. C’est avec beaucoup de subtilité et de douceur que l’on s’enfonce doucement dans cette histoire, avant de plonger dans une noirceur à la couleur rouge et au gout de sang. Le jeu des couleurs et la souplesse des mouvements font de cette nouvelle une belle expérience de lecture. Belle comme une lame effilée.

Un chagrin d’amour de Sébastien Gendron :

« On n’aurait jamais dû retourner chez la veuve Kersan ce soir-là ». Deux jeunes gens de 18 ans vivent de fantasmes et de bières. Ils rêvent de se faire la vieille Kersan et le commandant Lorseau leur propose un marché : étant amant de Mme Kersan, ils doivent se débarrasser du mari avant de pouvoir profiter de la veuve.

Voilà une histoire racontée à la première personne du singulier et écrite avec beaucoup de fluidité. Le style est à l’opposé de cette histoire, qui va pencher vers le glauque voire l’horreur de la part de jeunes gens qui ne s’appliquent aucune limite, même les plus atroces. Rythmée par des musiques modernes, cette nouvelle ignoble dans ce qu’elle implique se conclut sur une chute amorale, à l’instar de toute l’histoire.

Taire de Frédéric Jaccaud :

Hervé a perdu l’audition à l’âge de 6 ans. Il a grandi chez Maman. Devenu adolescent, il s’est créé son monde, autour de jeux de stratégie, de sa copine Leila. Et puis, il y a la voisine, Mathilde …

Il est bien difficile de faire ressentir l’enfermement et l’isolement que peut ressentir un sourd. Frédéric Jaccaud s’en sort admirablement dans cette nouvelle, en nous narrant une histoire qui peut sembler cruelle, mais qui montre surtout un Hervé qui va atteindre le plaisir, tout simple et bien noir.

Tomatic de Hervé Commère :

Il sort de prison après 6 mois pour trafic de drogue. Il retrouve ses deux potes Gary et Pouic qui ont une idée géniale : retaper un vieux distributeur automatique qui ne fonctionne qu’avec des pièces de 2 francs. Sur l’étage du haut, ils mettront des barrettes de shit dans des emballages de Mars, et vendront les pièces à leurs clients. Mais tout ne va pas de passer comme cela était prévu.

Hervé Commère nous offre une petite nouvelle bien sympathique où le petit groupe des trois amis se rêvent inventeurs de génie, en renouvelant le trafic de drogue. Sur un ton léger et fort bien écrit, il nous refait la fable de la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf dans un contexte moderne, une sorte de démonstration grinçante du marketing moderne. Et cela est bien distrayant, cyniquement noir.

Mauvaise journée, hier de Sophie Loubière :

Emilie se réveille, la tête en vrac. Impossible de se rappeler ce qu’elle a fait hier ! Le réveil affiche 7H45. Il n’a pas sonné. Elle va pour réveiller Philippe, mais sa place dans le lit, à coté d’elle est vide. Elle se lève et fonce dans la chambre des deux petits pour les houspiller, sinon ils vont être en retard à l’école. Les deux petits lits ne sont même pas défaits. Mais que s’est-il donc passé entre hier et aujourd’hui ?

D’un mystère prenant comme base une situation quotidienne banale, Sophie nous plonge dans un questionnement qui montre Emilie à la fois coupable puis innocente puis victime puis … La simplicité de l’écriture mais aussi sa précision chirurgicale font de cette nouvelle un petit bijou noir. J’adore !

De but en noir de Gilles Vidal

Editeur : La Déviation éditeur

Une fois n’est pas coutume, je vous propose un recueil de nouvelles. Edité par un petit éditeur, ce recueil est écrit par un spécialiste du genre, Gilles Vidal, et vous ouvre les facettes du noir domestique, en balayant tous les genres de littérature.

Maty :

Bob Richard est compositeur et doit écrire une chansonnette qu’on lui a commandée trois semaines auparavant. Vivant avec Mathilde, 22 ans plus jeune que lui, ils se sont engueulés et sa main est partie. Depuis, elle a disparu, jusqu’à ce que le téléphone sonne.

Écrite avec un style simple, Gilles Vidal fouille les relations d’amour et les petits événements qui engendrent les étincelles de l’Art. Avec subtilité, avec justesse, avec douceur, il nous raconte cette histoire avec beaucoup de retenue mais avec émotion.

Plus mort tu meurs :

Dans la famille, on est tueur de père en fils. C’est à ses 18 ans que son père lui a appris à tuer. Depuis, il est devenu le meilleur. Romain Vanel, du moins est-ce le nom qu’il utilise en ce moment, va devoir réaliser un contrat bien particulier.

On en viendrait presque à éprouver de la sympathie pour ce tueur à gages tant la description qui en est faite est limpide et empreinte de sentiments. Et finalement, cette nouvelle s’avère plus noire, plus féroce, plus cynique que prévu.

A la gorge :

Fred Boland rentre chez lui retrouver sa fille Liz enceinte. Elle lui annonce qu’un paquet l’attend, déposé devant leur porte dans la journée. Quand il l’ouvre, il y a une autre boite dedans, comme des poupées russes. Puis il trouve une clé …

A partir d’une idée simple, Gilles Vidal nous enfonce dans un mystère, faisant monter le suspense et la tension, au fur et à mesure que l’on découvre Fred Boland par ses actes. Puis, Gilles Vidal oblique vers une intrigue polar plus classique.

Bas Zarb :

Dans un monde futuriste où on ne se dit pas Bonjour mais Enculé, où on ne se dit pas Au revoir mais Enculé, Zarb s’abrutit de sitcoms télévisées quand il reçoit un coup de fil d’un de ses clients.

On imagine bien un monde futuriste à la Mad Max et ce personnage crade au possible. Je suis un peu sceptique quant à cette nouvelle et son humour gras.

Un coup d’essai bien arrosé :

Séverine Bourdin est flic et elle sort tout juste d’une enquête sur un vol d’un magasin de spiritueux. Alors qu’elle rend visite à ses parents, une macabre découverte l’attend …

Tout en faux-semblants, cette nouvelle semble nous plonger dans l’horreur juste avant de nous fournir une chute surprenante et excellentissime.

On part ?

Le narrateur s’est laissé entraîner à une fête organisée dans un appartement bourgeois. Dans les brumes alcoolisées, il aperçoit une beauté à tomber. Elle s’appelle Dinah et lui propose : « On part ? ». Et c’est le début de son cauchemar.

Entre nouvelle érotique et nouvelle noire, Gilles Vidal nous concocte une histoire classique.

De l’autre coté :

Rencontre entre un survivant et une rescapée dans un paysage imaginaire ou futuriste … ou bien est-ce un songe ?

Revival :

Magnifique texte d’un homme méticuleux qui laisse vagabonder son imagination, et qui attrape au vol des souvenirs, certains joyeux, son grand-père, son cerf-volant, et d’autres beaucoup plus douloureux. C’est la nouvelle que je préfère dans ce recueil.

Come in terme :

Bienvenue dans la mafia russe. Léon et Raymond sont une équipe de tueurs à gages. L éon surveille et Raymond fait le sale travail. Sauf que Raymond n’a aucun sentiment, ni aucune attache sentimentale ; il est attardé et se laisse manipuler sans s’en rendre compte.

Cette nouvelle est une petite histoire bien noire.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

 

Les Polaroids de 2019

Editeur : Editions In8

Lus en toute fin de 2019, entre deux coupes de champagne, il fallait que je vous parle des deux petits derniers Polaroids parus aux éditions In8. Petits parce qu’il s’agit de novellas, dont la taille ne dépasse pas 100 pages, mais grands par leur identité, le ton personnel donné par chaque auteur.

Rose Royal de Nicolas Mathieu :

Rose a la cinquantaine et la vie ne lui a pas fait de cadeaux. Mariée, divorcée, elle a eu deux enfants qui ont chacun fait leur vie, loin d’elle évidemment. Elle rencontre toujours quelques hommes, mais ce n’est pas pour s’attacher. Elle préfère passer son temps au Royal, un bar miteux ; et y retrouver sa copine Marie-Jeanne, qui le week-end propose de coiffer les clients. Par peur des violences masculines, mais aussi pour se donner la force de se défendre, elle porte sur elle un petit révolver. Cette nuit-là, un homme entre au bar avec son chien qui vient de se faire écraser. Rose va achever ses douleurs et lui tirer une balle dans la tête. Cet homme, Luc, est séduisant. Sera-ce la bonne rencontre pour Rose ?

Avec un style posé et imaginatif, Nicolas Mathieu, auréolé du Prix Goncourt pour Leurs Enfants Après Eux, nous raconte la vie quotidienne des petites gens, avec cette poésie noire qui n’appartient qu’à lui. Il arrive à trouver de la beauté dans les zincs crasseux, à illuminer les visages ridés et tristes, marqués par la vie. En 70 pages, il nous offre un texte lumineux pour une histoire bien noire.

Car la vie n’a pas été rose pour Rose (désolé !). Est-ce dû à de mauvais choix ? Est-ce dû au destin qui lui joue toujours de mauvais tours ? Elle qui a su résister à tant de violences va se laisser mener par un homme qui pourrait tout changer. Et nous voudrions qu’elle y arrive, qu’elle soit moins brute, qu’elle est un peu de chance. Hélas, on ne change pas une trajectoire qui se dirige vers le vide. Et Nicolas Mathieu saura nous montrer une fin brutale et brève (une phrase) d’autant plus brutale qu’on avait espéré. Mais espéré quoi ?

Donneur de Mouloud Akkouche :

Carole se réveille à coté de son compagnon Fabien. Il faut bien se rendre à l’évidence, lui qui prend tant soin de son corps et de sa santé est mort dans son sommeil. Elle sait qu’il a formulé le souhait de donner son corps à la science. Pour cela, elle doit prévenir les urgences dans les 48 heures suivant le décès. Mais elle n’arrive pas à se faire à cette idée, elle n’arrive pas à faire un choix, sauter le pas. Alors elle part pour le week-end dans la maison familiale du Pays Basque, une ancienne baraque de pêcheur que tout le monde a abandonné. Mais quand elle arrive là-bas, c’est un margoulin qui l’attend, Samir.

Avec des chapitres courts, des dialogues qui claquent, Mouloud Akkouche va nous exposer la rencontre de deux êtres abandonnés, perdus, comme deux bêtes sauvages prises dans les phares d’une voiture. Ils vont se parler, apprendre à se connaitre le temps d’un week-end. Sans esbroufe, sûr de sa force, l’auteur construit une courte histoire, un subtil moment dans une existence, une sorte de rencontre rêvée et destinée à ne pas durer. Et il nous montre l’inutilité de la solitude et l’importance des autres, car la fuite n’est pas une solution.

Ne ratez pas l’avis de la Petite Souris

 

Double Noir Saison 3

Claude Mesplède, le pape du polar, nous a quitté fin 2018 après s’être lancé dans une dernière aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans chaque volume 2 nouvelles, l’une écrite par un auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture (car la fonte de l’écriture est riquiqui, mais essayez de proposer 2 nouvelles en 20 pages !)

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées), La saison 2 en compte 5, comme la saison 3.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 4 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore !

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue.

Ah oui ! une autre question de la petite dame du fond : De quoi parlent la première saison ? Jetez donc un coup d’œil sur mon billet ici. Et pour la saison 2 ? Eh bien, c’est dans mon billet ici. Donc, voici un petit aperçu des 10 nouvelles de la saison 3 :

Saison 3 – Episode 1

Guillaume Apollinaire – 3 nouvelles

En 1910, Guillaume Apollinaire publie un recueil nommé L’Hérésiarque et compagnie, qui comporte 23 nouvelles et contes. Nous avons droit ici à trois d’entre eux, dans des genres variés.

La disparition d’Honoré Subrac : Le narrateur raconte comment Honoré Subrac découvrit son don de se fondre dans le décor, comme un caméléon. Frisant avec le genre fantastique, comme Edgar Allan Poe, cette nouvelle fait monter la tension en 6 pages.

Le matelot d’Amsterdam : D’un navire hollandais en provenance de Java, Hendrijk Wersteeg débarque avec un perroquet et un singe dans l’espoir de les vendre à bon prix. Pour son plus grand malheur, il entre dans une boutique sombre. Et à partir de cette idée, l’auteur nous concocte une formidable nouvelle noire.

Un beau film : Un jeune cinéaste rêve de filmer un crime. Avec ses amis, il va mettre en scène l’assassinat d’un couple. Avec ce scénario, nous avons entre les mains une pépite noire amorale comme il faut.

François Guerif : Cinéma permanent

Une ouvreuse de cinéma voit chaque jour arriver une vieille dame pour regarder les films de 10 à une heure du matin. Cette fidélité attire la curiosité de la ja jeune femme et elle va essayer d’en savoir plus. Elle va la suivre.

Empreinte de nostalgie (avec les salles de cinéma de quartier) et de tendresse, cette nouvelle est étonnamment douce même si elle penche vers le domaine policier car psychologiquement juste quant à la psychologie de l’ouvreuse.

Saison 3 – Episode 2

O.Henry – 2 nouvelles

Le loup tondu : Deux hommes vont passer des vacances dans un village perdu et rencontrent un commerçant future victime d’une arnaque. Outre le style un peu daté, je dois dire que cette illustration de l’arroseur arrosé est agréable et drôle à lire.

20 ans après : Un policier modèle aperçoit un homme sous un porche. Celui-ci lui annonce qu’il a donné rendez-vous à son meilleur ami 20 ans auparavant. Et cela donne une nouvelle croustillante autant que cruelle avec une chute exemplaire.

Michel Lebrun : Roulette russe

Mic et Stef sont deux adolescents inséparables. Stef est beau, Mic est moche. Mais quand l’amour passe par là, la vengeance sera terrible. Cette nouvelle est extrêmement bien construite et écrite et ce n’en est que plus jouissif quand la chute tombe, même si on s’en doute un peu.

Saison 3 – Episode 3

Harry Hay Junior : La capture

Vinal est caché dans une chambre, depuis 12 heures, sans faire de bruit. Dans l’appartement d’à coté, Pole et Dowell se planquent après avoir tué le vieux Sothoron et sa femme sur l’ordre du colonel. Vinal va prendre toutes les précautions pour les attraper vivants.

Avec une précision chirurgicale et une minutie rare, l’auteur va nous décrire le moindre geste, la moindre pensée, le moindre contrôle de son corps pour ne faire aucun bruit. Je n’ai jamais lu une nouvelle pareille, si détaillée et surtout aussi passionnante. D’autant plus que la chute, totalement inattendue, est géniale !

Eléna Piacentini : Histoire d’eau

Par une journée pluvieuse, voire de déluge, Adra a préparé des lasagnes surgelées pour Titi, son compagnon au chômage, avant d’aller faire l’inventaire du magasin. Elle n’aurait peut-être pas dû y aller …

Voilà un portrait d’une femme poussée à bout, et qui trouve les ressources pour se sortir d’une situation horrible et inextricable. Au bout du bout, elle y trouvera une nouvelle passion, les égouts de la ville. Avec son habituelle précision, Elena Piacentini nous concocte une nouvelle bien noire, non sans une lumière d’optimisme.

Saison 3 – Episode 4

Jules Renard : Crime de Village

Le père Collard veut acheter la vache du père Rollet, mais certainement pas au prix qu’il en veut. Alors Collard et Rollet partent boire un coup au bar du village, laissant à la maison leurs femmes.

A partir d’une anecdote commune, Jules Renard nous écrit une nouvelle aussi noire que féroce, montrant tout le mal qu’il pense de ses contemporains, prêts à n’importe quoi pour un peu plus d’argent.

Hervé le Corre : Tenir

Jessica dormait encore quand Christophe est parti à 5 heures sur le chantier de la Réole. Leur fils Tony est adolescent, et ne se passionne pas pour ses cours. Jessica doit gérer tous ce quotidien sous pression.

Hervé Le Corre n’est jamais aussi fort que quand il décrit le quotidien, et la psychologie des personnages. Cette nouvelle est d’une cruauté et d’une noirceur rare, nous plongeant dans cette maison triste ce qui donne une lecture âpre, très dure.

Saison 3 – Episode 5 (Hors Série)

Manuel Vásquez Montalbán : l’affaire de l’espion postmoderne

Le célébrissime Pépé Carvalho va être confronté aux espions modernes dans une nouvelle trop courte à mon gout.

Daniel Vásquez Salles : Epuration

Amanda amène Jean-Luc, français professeur d’espagnol, à une soirée chez des amis à elle. Ils sont adeptes de bio en termes de nourriture, Jean-Luc pas du tout. En plus, il ne mange pas de légumes, alors qu’il n’y a que ça à manger. Ça commence bien !

Tout est fait pour que la mayonnaise monte. C’est écrit de façon si fine, contrairement à Jean-Luc, que l’on se délecte de cette nouvelle d’un auteur encore absent du coté de chez nous, ce qui semble totalement injuste. Et le repas tourne à une bataille entre bio extrémiste et carnivore extrême.

Ecouter le noir – Recueil de nouvelles

Sous la direction d’Yvan Fauth

Editeur : Belfond

Yvan Fauth s’est lancé un défi, donner la voix à l’art de la nouvelle. Pour cela, il a réuni 13 auteurs pour former un recueil de 11 nouvelles autour d’un seul et même thème : l’ouïe, thème qui lui est cher. Si le défi de ce blogueur et ami est relevé, voyons dans le détail de quoi il retourne :

 

Deaf de Barbara Abel et Karine Giebel :

D’un coté, nous avons deux adolescents qui s’aiment et qui vont fuir le centre qui accueille des malentendants. De l’autre, nous avons une jeune mère qui revient de la pharmacie avec un médicament pour son bébé et qui est prise en otage par des braqueurs de bijouterie. Les deux itinéraires vont finir par se rencontrer dans un final d’une noirceur et une cruauté aussi rare que surprenant.

Quand deux auteurs phares du thriller psychologique, cela ne peut que nous donner une lecture réjouissante. Evidemment, le sujet est bien mis en place, évidemment, la tension va monter jusqu’à nous laisser un espoir, évidemment la fin est surprenante. La seule petite remarque est que je suis arrivé à déterminer certains passages écrits par l’une ou l’autre, Karine Giebel ayant un style tranché, haché et Barbara Abel s’étendant sur les aspects psychologiques. Cette nouvelle est une lecture plaisir bien stressante.

 

Archéomnésis de Jérôme Camut et Nathalie Hug :

Nous sommes en l’année 2945. Le narrateur se souvient quand il restait encore des humains sur Terre. Depuis que l’Intelligence Artificielle a pris le pouvoir, il vit reclus. Il se rappelle les réunions avec Adhara, Niels et Irma. Ces moments de nostalgie sont les seuls parcelles d’humanité qu’il lui reste.

Voilà un bel exercice de style que nous offrent ces deux grands auteurs de thrillers, à 10 000 parsecs de leur univers. C’est une belle réussite avec une fin bien triste.

 

Tous les chemins mènent au hum de Sonja Delzongle :

Paul est un père de famille comme les autres. Sa vie aurait pu être simple avec Emma sa compagne, Salomé, Timéo et Julie leurs enfants. Mais soudain, un bruit sourd assaille ses oreilles, incessant, constant, grave. Un bourdonnement. A force, on n’entend plus que cela et c’est gênant, assommant, assourdissant. Gêné et hésitant à en parler à sa famille, il va voir son docteur qui lui parle du projet HAARP.

Vingt pages, pas plus, c’est ce qu’il fait à Sonja Delzongle pour nous proposer une nouvelle mystérieuse, entre énigme scientifique et chronique familiale dramatique. Ce qui est remarquable dans cette nouvelle, c’est cette facilité à nous plonger dans une histoire complète en aussi peu de pages, avec une fin aussi surprenante.

 

Ils écouteront jusqu’à la fin … de François-Xavier Dillard

Abel Van Houffen est un virtuose du violon, adulé par le tout Paris, lors de ses concerts avec l’orchestre philharmonique de Paris. Dès la fin du concert, il prend l’avion pour Saint Pétersbourg où on lui promet un document exceptionnel. Arrivé rue Sadovaïa, un vieil homme l’emmène à la cave où réside un coffre fort. A l’intérieur, Abel découvre la dernière œuvre de Tchaïkovski pour violon, une partition mythique que personne n’a jamais vue. Mais au moment où il met les mains dessus, du bruit se fait entendre dans le couloir …

Il y aurait plusieurs façons de traiter ce début de roman. François-Xavier Dillard nous plonge dans un genre fantastique avec un scénario que Stephen King aurait adoré. Même si cette nouvelle ne fait qu’une trentaine de pages, il n’en reste pas moins que sans effusion de sang, il fait monter le stress et la mayonnaise de façon remarquable. C’est une de mes nouvelles préférées dans ce recueil.

 

Bloodline de Roger Jon Ellory :

Traducteur : Fabrice Pointeau

Carol et janine, deux jumelles inséparables, comme toutes les jumelles. Janine est sourde et Carol lui a servi de guide dans ce monde de fous, fait de violence et de sang. Devenues adultes, elles ont pris des chemins différents, mais elles sont liées par des liens indéfectibles pour toujours.

D’une construction complexe, pleine de mystère, cette histoire ancrée dans le réel va suivre une ligne directrice faite de sang et de larmes. Carol se retrouve sur le lieu d’un accident de la route, un homme va se vider de son sang et cela va être l’occasion pour elle de renouer les liens avec sa sœur. Cette nouvelle et sa chute sont juste magnifiques, 30 pages de pur plaisir par un auteur qui sait faire passer les sentiments comme peu le savent.

 

Un sacré chantier de Nicolas Lebel :

Avec tout ce boucan, sur le chantier, on ne peut rien entendre. Sandra a rendez vous avec le lieutenant Laimery pour la reconstitution d’un crime, le viol par son propre patron. Parole contre parole.

En très peu de pages, cette nouvelle pleine de bruit se lit comme du petit lait, et bénéficie d’une fin inattendue, très inattendue.

 

Zones de fracture de Sophie Loubière :

Scène banale, celle d’une agression. Delphine Savet, la cinquantaine a rencontré un homme de dix ans son aîné, et c’est devenu l’amour fou. Mais en rentrant chez elle, un vol à la sauvette, elle tombe, se fracasse la tête contre le trottoir et c’est le drame. Face à ce genre d’agression, il y a peu de chances de trouver le vrai coupable.

L’air de rien, Sophie Loubière nous construit en 5 chapitres un véritable roman choral, passant d’un personnage à l’autre. Cette histoire, ancrée dans un quotidien normal de banlieue, s’avère une excellente nouvelle dont la chute vous laissera évidemment ébahi, tant elle est bien amenée et bien trouvée.

 

Echos de Maud Mayeras :

Charlie a 7 ans. Depuis tout petit, il entend des bruits. Peut-être sont-ils vrais, peut-être ne parlent-ils que dans sa tête ? Alors Charlie est un peu isolé à l’école, subissant les moqueries de ses camarades de classe. Charlie avait un frère, Lucas, mais il est mort l’année dernière, écrasé par un chauffard. Pourtant, il entend des bruits dans la chambre de Lucas. Mais il n’a pas assez de courage pour aller voir …

Cette histoire racontée par Charlie, mais à la troisième personne du singulier, est juste un pur morceau de tendresse, emplie d’incompréhensions et des peurs de l’enfance. Se déroulant tout doucement au rythme d’événements familiaux douloureux, c’est un pur morceau de sucré glacé, une histoire fondante et noire à déguster comme il se doit, avec un café bien fort, et en serrant les dents. C’est ma nouvelle favorite de ce recueil.

 

La fête foraine de Romain Puértolas :

Romain et Patricia ont décidé de se prendre quelques jours de vacances aux Canaries. Laissant leur enfant chez les grands-parents, ils dégotent un appartement calme en bord de mer. Mais dès le premier jour, ils sont assaillis par un bruit infernal, venant de la fête foraine toute proche.

Seul auteur inconnu pour moi de ce recueil, je dois dire que je me suis beaucoup amusé à lire les mésaventures de ce couple, venu pour trouver un peu de calme et qui se retrouvent en plein enfer. D’un ton humoristique, la fin est un vrai éclat de rire. C’est la seule nouvelle qui ne soit pas ouvertement noire.

 

Quand vient le silence de Laurent Scalese :

Xavier Deckard voit sa vie partir à vau l’eau : viré de son boulot, il écrase une jeune fille en rentrant chez lui. Puis il apprend que sa femme le quittera après leur week-end à la montagne. La descente aux enfers ne fait que commencer.

D’un ton noir et volontairement cruel, ce personnage désagréable et assassin va subir nombre de tortures sous la plume de Laurent Scalese. C’est la seule nouvelle de ce recueil que j’ai trouvé trop courte, en demandant un peu plus pour être plongé dans sa psychologie.

 

Le Diable m’a dit … de Cédric Sire :

Joan est auteur de thrillers. 12 ans auparavant, sa femme Dahlia, l’amour de sa vie, a disparu. Depuis, il a connu le syndrome de la page blanche … jusqu’à ce que son dernier roman connaisse un succès phénoménal. Mais le Diable, le ravisseur de Dahlia revient et l’enlève à son tour …

Cédric Sire nous offre là une excellente nouvelle toute en tension avec un vrai scénario et des personnages plus vrais que nature. Moi qui ne suis pas fan de ses romans, car ce n’est pas mon genre, je dois dire que je me suis laissé prendre par cette histoire diabolique jusqu’à la dernière page.

Chronique virtuelle : Ska cru 2019

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures. Tous ces titres et plus encore sont à retrouver sur le site de Ska : https://skaediteur.net/

Cercueil express de Mouloud Akkouche

Mohamed est devenu humoriste en France. Quand on lui apprend que sa mère est malade, il ne songe qu’à retourner au pays, l’Algérie, pour la voir. Mais des extrémistes ont juré de lui faire la peau à cause de certaines phrases dans son spectacle. C’est son fils ainé qui a l’idée : il n’a qu’à faire le voyage enfermé dans un cercueil.

Même si le sujet peut prêter à rire, et si on peut aisément imaginer une comédie avec ce thème, c’est avec beaucoup de délicatesse et de finesse que Mouloud Akkouche nous raconte cette histoire. On y passe facilement de la comédie à l’émotion en passant par la rage en une vingtaine de pages. Cette nouvelle est l’illustration parfaite de la façon de raconter une histoire simplement.

Kidnapping de Luis Alfredo :

Le quotidien d’un officier de police est très varié de nos jours. Le commandant René Charles de Villemur peut passer d’un rassemblement politique à un suicide en passant par la disparition d’une personne. C’est la disparition de Véronique Chérelle qui va l’occuper, rapportée par son adjoint Octave. Celle-ci a organisé un repas avec des amis et elle n’est pas présente, laissant son mari gérer le repas. Parmi les amis, il y a l’influent M. de Saint-Mont. Devant l’inquiétude de l’assistance, Chérelle appelle la police, ce qui va donner à une enquête sous haute tension dès lors que l’on touche aux grands de ce pays.

Quelle idée de démarrer par l’épisode 3 de cette série ! Je découvre donc bien tard cette série et je dois dire qu’on peut les lire indépendamment les uns des autres. Il y a un coté suranné dans le style, un coté légèrement décalé et humoristique, voire sarcastique, qui rendent cette lecture passionnante. L’intrigue est simple mais en peu de mots, l’auteur créé des psychologies, une ambiance et c’est du pur plaisir. Pour tout vous dire, j’ai déjà acheté les autres épisodes ! Je pense que j’y reviendrai plus en détail plus tard …

Baiser du soir de Gaëtan Brixtel

Léa se rappelle ses deux grands parents qui se sont aimés durant toute leur vie. Ils ont toujours montré un visage avenant, humoristique, pas sérieux. Le grand père en particulier racontait à Léa toute jeune ce qu’on ne dit qu’aux grandes personnes. Et ça énervait le père.

Je ne peux vous en dire plus sur cette nouvelle de 12 pages qui sent bon le vécu. Sous la forme d’une chronique familiale, il additionne les anecdotes pour mieux cerner la psychologie des personnages et surtout enfermer le lecteur dans ses bras de lettres. C’est une bouffée d’émotion intense jusqu’à la chute d’une noirceur sans pareille. L’une de mes nouvelles favorites de cet auteur.

Contrat de chair de Mathilde Bensa :

Victorine quitte Le Havre au mois d’aout 1863 à bord de l’Isis, à destination de Port-de-France. Orpheline, elle avait été désignée parmi d’autres pour repeupler la Nouvelle Calédonie. Chenepa est canaque et a donné cinq enfants à Baptiste mais trois seulement ont survécu à la terrible fièvre ; elle se retrouve supplantée par Victorine. Victorine aura une fille Marie. C’est 13 ans plus tard que le drame va se jouer.

Cette nouvelle est surprenante par sa concision, nous insérant dans un monde inconnu, dans une famille inconnue et nous fait vivre une horreur comme il en existe tant. Si encore une fois, cela me parait court, c’est bien parec que cette plume expressive est très addictive et qu’on aimerait qu’elle nous raconte d’autres histoires plus longuement.

Lola de Louisa Kern

Comme une lettre, cette nouvelle nous raconte des souvenirs, des itinéraires, des regrets sur un homme qui a vécu les barricades, qui a fait de la prison et s’aperçoit vingt ans plus tard qu’il a raté sa vie. A mon avis, c’est un peu court, et pourtant ces phrases regorgent d’émotions brutes.

Dur à avaler de Stéphane Kirchacker :

En principe, quand il n’y a pas de corps, il n’y a pas de meurtre. Le capitaine Ludovic Grelier interroge une danseuse de boite de nuit habillée en geisha. Il veut savoir où peut bien être Maître Xavier Rochard. Il est loin d’imaginer ce qui a bien pu se passer, très loin, trop loin. Comme quoi, il faut se méfier des apparences.

Cette nouvelle policière prend une tournure plutôt classique, mais en respecte tous les codes. Un lieu, une description sommaire, des dialogues bigrement efficaces, une scène importante qui change tout, et surtout une fin ENORME. En même temps que je découvre un nouvel auteur, je découvre un nouveau talent. Un conseil : ne ratez pas cette nouvelle !

Le fils de Gaëtan Brixtel :

Le retour du fils prodigue … enfin, pas tout à fait. Dans une famille comme toutes les autres, le père est à la retraite et taille sa haie l’été. La mère sourit tout le temps. Le fils, c’est Vincent Deschamps, et il est de retour pour quelques temps … ou pas. Il retrouve ses copains d’avant, sa copine et ses souvenirs. Il est heureux mais aussi profondément désespéré, alors il prend des anxiolytiques. Beaucoup …

Portrait d’un jeune désœuvré, cyclothymique ou bipolaire, sans avenir, sans espoir, qui passe de la joie simple à la noirceur de son âme désespérée, cette nouvelle arrive à nous recréer une ambiance de village, une vie de famille, ses souvenirs, ses photos, ses secrets en tout juste un peu plus de 20 pages. C’est juste parfait, il y a un équilibre entre la narration et le parti pris de l’auteur d’avoir choisi de raconter son histoire en basculant entre le Je et le Il, pour montrer les états d’âme de Vincent. Petit à petit, cette histoire bascule dans le noir, l’horreur, l’inimaginable. C’est juste magnifique.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Il est à noter que l’Oncle Paul a chroniqué quasiment tous ces titres. Allez donc y fouiller !

Le pari de Gaëtan Brixtel :

Vincent et Anne sont deux adolescents. Elle semble avoir besoin de protection, lui veut la protéger. Quand ils se retrouvent seuls, elle lui propose un bain de minuit. Mais il fait froid, il fait nuit, et cette nuit va faire mal.

Comme une scène de film, décrite avec tant de justesse, cette nouvelle en devient vite une scène de torture. Et si la fin est indécise, pour notre plus grand plaisir, elle devient vite une tranche de vie amère, de celles que l’on n’oublie pas. Il y a comme un air de nostalgie, de regrets derrière ces lignes, qui font partie des cicatrices que l’on porte en nous.