Archives pour la catégorie Oldies

Oldies : Hot spot de Charles Williams

Editeur : Gallmeister

Traductrice : Laura Derajinski

Attention, coup de cœur !

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman écrit par un auteur culte, toujours au sommet de son art comme il le démontre ici.

La biographie de l’auteur est disponible ici.

Harry Madox débarque de la grande ville dans une bourgade de campagne. Il ne tarde pas à trouver un travail de vendeur de voitures dans concession automobile de George Harshaw. A l’image de son nouveau patron, Madox a un franc parler et une attitude hautaine qui n’attire pas la sympathie mais il a le bagout suffisant pour qu’il excelle dans son travail. Rapidement, il va faire connaissance avec les autres employés, Gullitt vendeur comme lui et Gloria Harper, jeune femme d’une vingtaine d’années chargée des emprunts aux clients.

Alors que la température devient étouffante en cette journée d’été texane, Madox se rend à la banque pour ouvrir un compte et est surpris par le vacarme des sirènes des pompiers. Quand il entre dans l’agence, la salle est désertée de ses employés qui sont aussi pompiers volontaires. Cette situation anodine et inhabituelle lui donne une idée et le pousse à réfléchir à un plan machiavélique pour récupérer de l’argent facilement.

La femme de George Harshaw, Dolores, lui demande un service, d’emporter des cartons de papiers dans une remise non loin de la concession. Agée d’une quarantaine d’années, Dolores est une blonde incandescente en mal de sensations. Un peu plus tard, il est chargé de récupérer une voiture impayée en compagnie de Gloria, auprès de Sutton, un vieil homme et Madox s’aperçoit que Sutton exerce un chantage auprès de Gloria. Madox va devoir monter son coup, tout en étant écartelé entre ces deux femmes.

Ce roman bénéficie d’un scénario en béton, du début à la fin. D’un personnage hautain, provenant de la ville, et considérant que les ploucs de la campagne lui sont inférieurs, l’auteur va dérouler son intrigue en refermant petit à petit le piège sur cet homme qui se croyait plus fort que tout le monde. A partir d’une situation présentée en deux chapitres, les situations et les retournements de situation vont se suivre rapidement jusqu’à une conclusion bien noire, et cynique à souhait.

Ecrit à la première personne du singulier, Madox va se contenter de présenter les événements, et présenter les différents personnages dans une démarche béhavioriste. Le point de vue choisi permet surtout de nous montrer les protagonistes de la façon dont Madox les comprend et les interprète. Madox étant un personnage factuel, il va chercher des solutions aux problèmes qui lui sont posés. Et plus l’intrigue avance, plus le piège se resserre autour de ses secrets et ses mensonges. J’ai particulièrement aimé cette description psychologique d’un personnage à la fois factuel et sensible puisqu’il va tomber amoureux de Gloria.

Le roman vaut aussi et surtout pour son style, en plus de son histoire, remarquablement fluide, formidablement expressif, et extraordinairement traduit. Malgré le fait qu’il ait été écrit en 1953, l’écriture grandement expressive n’a pas vieilli d’un iota et pourrait rendre jaloux beaucoup d’auteurs contemporains tant elle est intemporelle. Hot spot fait partie de ces polars américains qui en disent beaucoup en en découvrant peu et s’avère un indispensable pour tout amateur de roman décrivant la vie des petites villes américaines. Un roman parfait de bout en bout.

Coup de cœur !

Oldies : Homesman de Glendon Swarthout

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laura Derajinski

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisée dans la littérature anglo-saxonne. Mais pas que, puisque Gallmeister va éditer à partir du mois de mars des romans italiens … et on y reviendra bientôt.

Ce roman sorti en format poche en début d’année faisait dès son annonce partie de ma liste de livres à lire. Devancé par de nombreux avis très positifs, mon avis ne tient pas compte du film tiré de cette histoire, puisque je ne l’ai pas vu.

L’auteur :

Glendon Swarthout, né le 8 avril 1918 à Pinckney, Michigan (en), dans le Michigan, et mort le 23 septembre 1992 à Scottsdale, en Arizona, est un écrivain américain, auteur de westerns et de romans policiers. Sa première activité professionnelle est un job d’été dans un resort du lac Michigan, où il joue de l’accordéon dans un orchestre pour dix dollars la semaine.

Diplômé de l’université du Michigan à Ann Arbor, Glendon Swarthout commence par écrire des publicités pour Cadillac. Après une année de cette activité, il se lance dans le journalisme puis dans la rédaction de ses premiers romans. Il publie son premier roman, Willow run, en 1943.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est envoyé en Europe et participe à un seul combat dans le sud de la France avant d’être renvoyé aux États-Unis. À son retour, il enseigne à l’université du Michigan et écrit de nouveaux romans. C’est après la première adaptation cinématographique en 1958 de l’une de ses œuvres, Ceux de Cordura, qu’il peut se consacrer pleinement à l’écriture.

Swarthout devient un auteur prolifique et s’illustre dans quasiment tous les genres littéraires de fiction à l’exception de la science-fiction. Il laisse derrière lui une œuvre foisonnante et inclassable. Il est néanmoins surtout reconnu comme un des plus grands spécialistes de l’Ouest américain et du western.

Il est l’auteur de seize romans, dont plusieurs best-sellers. Neuf d’entre eux ont été portés à l’écran, dont Le Tireur, qui fut le dernier film de John Wayne et The Homesman, second film de Tommy Lee Jones. Deux fois nommé pour le prix Pulitzer, lauréat de nombreux prix littéraires, Glendon Swarthout meurt le 23 septembre 1992 en Arizonad’un emphysème pulmonaire.

(Source : Wikipedia & Gallmeister.fr)

Quatrième de couverture :

Au cœur des grandes plaines de l’Ouest, au milieu du XIXe siècle, Mary Bee Cuddy est une ancienne institutrice solitaire qui a appris à cultiver sa terre et à toujours laisser sa porte ouverte. Cette année-là, quatre femmes, brisées par l’hiver impitoyable et les conditions de vie extrêmes sur la Frontière, ont perdu la raison. Aux yeux de la communauté des colons, il n’y a qu’une seule solution : il faut rapatrier les démentes vers l’Est, vers leurs familles et leurs terres d’origine. Mary Bee accepte d’effectuer ce voyage de plusieurs semaines à travers le continent américain. Pour la seconder, Briggs, un bon à rien, voleur de concession voué à la pendaison, devra endosser le rôle de protecteur et l’accompagner dans son périple.

Inoubliable portrait d’une femme hors du commun et de son compagnon taciturne, aventure et quête à rebours, Homesman se dévore de la première à la dernière page.

Mon avis :

Homesman bénéficie d’un scénario hors pair, mené tel que son auteur l’a voulu : une première partie qui présente les personnages, la deuxième raconte le périple du Kentucky en Iowa, la troisième vient clore cette histoire hallucinante (Tiens, je n’utilise pas souvent ce terme !), forte et dramatique. Si on peut envisager de le classer dans une catégorie Western, je le situerai plutôt comme un roman d’aventures, et franchement dans le haut de gamme.

Car l’écriture de Glendon Homesman est redoutablement précise, tantôt behavioriste, tantôt détaillée, mais toujours terriblement juste quand il s’agit de montrer les relations entre Briggs et Mary Bee, leurs forces et surtout leurs faiblesses. Et elle bénéficie de la force de l’imagination de l’auteur, qui nous offre des scènes que l’on n’est pas prêt d’oublier. Imaginez un charriot transformé en fourgon, qui prend la route de terre avec quatre femmes devenues folles qui, tout le long du chemin, vont gémir.

Je vous mets au défi de rester insensible envers le sort de ces pauvres femmes, qui ne savaient pas ce quel sort elles allaient subir en s’installant dans l’Ouest sauvage. Je parie que vous tremblerez (ou hurlerez) pendant les rencontres (des Indiens, de nouveaux immigrants ou même des enfoirés profiteurs qui leur refusent une chambre d’hôtel …) qu’ils vont faire grâce à des scènes bien stressantes. Je suis sûr que vous crierez de rage devant tant d’injustice et d’incompréhension, devant cette fin si triste. Après avoir tourné la dernière page, je ne veux faire qu’une chose : voir à quoi ressemble l’adaptation cinématographique. Et je vous donne un conseil : lisez ce livre avant !

Ne ratez pas non plus l’avis de Jean-Marc

Oldies : L’oiseau moqueur de Walter Tevis

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Michel Lederer

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisée dans la littérature anglo-saxonne.

Je vous propose un auteur dont j’ai découvert l’existence grâce à l’excellente série télévisée Le jeu de la dame, avec un roman qui nous envoie dans un futur lointain, bigrement visionnaire.

L’auteur :

Walter Tevis, né le 28 février 1928 à San Francisco et mort le 8 août 1984 à New York, est un écrivain américain de science-fiction et de roman noir.

Bien que Walter Tevis soit né dans le comté de Madison, son père ramène sa famille au Kentucky depuis San Francisco alors que Walter est âgé de 10 ans.

Après avoir participé aux campagnes du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, Tevis obtient un diplôme à la Model High School en 1945 et est admis à l’université du Kentucky, où il décroche une maîtrise. Alors qu’il est étudiant, Tevis travaille dans une ‘Eight ball pool-room’ et publie une histoire sur le billard écrite pour le cours d’écriture de A. B. Guthrie. Après avoir reçu sa maîtrise, Tevis écrit pour la Kentucky Highway Department et enseigne à Science Hill, Hawesville, Irvine, Carlisle, ainsi qu’à l’université du Kentucky. Il est professeur de littérature à l’université de l’Ohio de 1965 à 1978, où il reçoit une MFA.

Il commence à publier des nouvelles de science-fiction en 1954, puis le premier de ses récits policiers avec The Big Hustle, paru en 1955 dans Collier’s Weekly, qui narre la lutte pour la victoire entre deux champions de billard, et The Hustler, paru en 1957, dans Playboy. Il reprend ces deux nouvelles en les étoffant dans son roman noir L’Arnaqueur (1959), qui est adapté sous le même titre au cinéma par Robert Rossen, avec Paul Newman.

Au cours de sa carrière d’écrivain, Tevis publie sept romans, dont trois sont des variations sur le même thème, et d’autres nouvelles pour des magazines, dont Cosmopolitan, Esquire, Playboy et Galaxy Science Fiction.

Pendant quelques années, Tevis disparaît du circuit littéraire, souffrant d’alcoolisme. D’ailleurs, une grande mélancolie et un goût du jeu – voire de l’alcool – marquent chacun de ses romans. Pendant cette période, il vit en donnant des cours particuliers d’écriture. Il est nommé au prix Nebula du meilleur roman en 1980 pour L’Oiseau d’Amérique (L’oiseau moqueur). Il passe sa dernière année à New York, en tant qu’écrivain à plein temps.

Walter Tevis meurt d’un cancer du poumon en 1984. Il est enterré à Richmond, dans le Kentucky.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

« Pas de questions, détends-toi ». C’est le nouveau mot d’ordre des humains, obsédés par leur confort individuel et leur tranquillité́ d’esprit, déchargés de tout travail par les robots. Livres, films et sentiments sont interdits depuis des générations. Hommes et femmes se laissent ainsi vivre en ingurgitant les tranquillisants fournis par le gouvernement. Jusqu’au jour où Paul, jeune homme solitaire, apprend à lire grâce à un vieil enregistrement. Désorienté́, il contacte le plus sophistiqué des robots jamais conçus : Spofforth, qui dirige le monde depuis l’université́ de New York. Le robot se servira-t-il de cette découverte pour aider l’humanité́ ou la perdre définitivement ?

Mon avis :

Imaginez un monde futuriste où l’humanité a créé des robots pour se faciliter la vie, un monde où les hommes ne travaillent plus, mais passent leur temps à prendre des pilules, regarder la télévision et fumer de la marijuana. Ils ont perdu l’envie de se rencontrer, de lire, de se cultiver. Alors le nombre d’humains sur Terre a diminué et les robots ont fait fonctionner le monde à leur place.

Spofforth est un robot de classe 9, le plus intelligent jamais inventé. Son rêve est de mourir. Doyen de l’université de New-York, il reçoit un appel de Paul Bentley qui lui propose d’apprendre à lire aux hommes. Spofforth lui octroie un appartement et lui demande de lire les textes de films muets. Paul découvre la joie de lire, d’élever son esprit et rencontre une femme habillée en rouge dans un zoo. Elle ne prend pas de pilules, ne fume pas, et il décide lui apprendre à lire.

Ce roman fait partie des monuments de la littérature, de ceux qui allient deux genres, la littérature dite blanche et la science-fiction. Il nous offre une ode à la littérature, à l’élévation de l’esprit par la culture et sa nécessité pour faire évoluer l’humanité. D’une plume érudite et imagée, Walter Tevis nous plonge dans un monde futuriste qui rappelle celui que l’on subit aujourd’hui, entre Netflix et Internet, cette propension à rester chez soi, à oublier la nécessité des autres.

Proche d’un 1984 de George Orwell, d’un Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, ou même le Cycle des robots d’Isaac Asimov, ce roman nous marque d’autant plus qu’il a de fortes résonances avec ce que nous vivons aujourd’hui. D’une remarquable intelligence dans la façon d’aborder ces thèmes, le déroulement de l’intrigue peut déconcerter lors du passage en prison mais est au final hautement recommandable voire même indispensable pour tous.

Oldies : L’insigne rouge du courage de Stephen Crane

Editeur : Gallmeister

Traducteurs : Pierre Bondil et Johanne Le Ray

Afin de fêter ses 15 années d’existence, la chronique Oldies de cette année sera consacrée aux éditions Gallmeister, spécialisée dans la littérature anglo-saxonne. Et quoi de mieux que remonter aux sources avec un roman initialement écrit en 1895 ?

L’auteur :

Stephen Crane, né le 1er novembre 1871 à Newark, dans l’État du New Jersey, et mort le 5 juin 1900 à Badenweiler, en Allemagne, est un écrivain, poète et journaliste américain.

Son père, le révérend Jonathan Townley Crane et sa mère Mary Helen Peck Crane, entièrement dévouée aux activités de son mari au sein de l’Église Méthodiste furent les parents de 14 enfants, dont 5 décédés en bas âge. Le révérend J.T Crane décède lorsque Stephen a huit ans. Sa sœur Agnès, institutrice, l’éveille à la lecture romanesque. C’est à 19 ans qu’il publie son premier essai (sur l’explorateur Henry Morton Stanley) dans le magazine de son école, mais dès l’année précédente, il aide son frère Townley à rédiger la chronique locale pour le New York Tribune.

À partir de septembre 1890, il étudie au Lafayette College, puis entre à l’Université de Syracuse en 1891, mais quitte l’établissement six mois plus tard. En 1892, il commence sa carrière à New York comme journaliste indépendant. Devenu reporter correspondant pour le New York Tribune, il est renvoyé du journal qui n’a pas apprécié son compte rendu d’une manifestation ouvrière.

En 1893, il publie Maggie, fille des rues sous le pseudonyme de Johnston Smith, récit réaliste où abondent les dialogues truffés de jurons. L’œuvre fait scandale. En 1895, avec l’aide de Hamlin Garland, il publie La Conquête du courage (The Red Badge of Courage), un roman réaliste sur la guerre de Sécession vécue et observée par les yeux d’un jeune soldat. Le livre remporte un certain succès.

Il travaille à partir de 1895 comme correspondant pour plusieurs journaux et couvre différents conflits, notamment au Mexique. En 1896, alors qu’il se rend à Cuba, le bateau coule et, après 36 heures de naufrage, trois survivants parviennent à atteindre les côtes de la Floride. Crane s’inspire de cette aventure pour écrire The Open Boat and Other Tales, en 1898. Il est correspondant de guerre en Grèce et en Turquie en 1897, puis à Cuba et à Porto Rico pendant la guerre hispano-américaine de 1898. Déjà malade, il s’installe avec sa compagne en Angleterre dans le Sussex où il fait la connaissance de Henry James et surtout de Joseph Conrad qu’il rencontre plusieurs fois.

Stephen Crane meurt de la tuberculose, à vingt-huit ans, à Badenweiler, en Allemagne. Il est enterré au cimetière d’Evergreen à Hillside, New Jersey (en).

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

À la veille d’une bataille de la guerre de Sécession, Henry Fleming est un jeune soldat de l’armée nordiste fraîchement enrôlé et assailli par le doute. Pourquoi s’est-il engagé ? Sera-t-il capable, du haut de ses 17 ans, de faire face au danger ? Le lendemain, sous le feu ennemi, il réagit comme un lâche et s’en veut terriblement. Mais dans la confusion générale, Henry est frappé à la tête, recevant cet “insigne rouge du courage” qu’est une blessure de guerre. Son attitude au combat va s’en trouver radicalement modifiée.

Mon avis :

Loin d’être ma tasse de thé, les romans de guerre (comme les films d’ailleurs) ne m’intéressent guère. Lire des tripes étalées dans un champ de bataille ou bien d’autres horreurs ne constituent pas ce que je cherche dans la littérature. Il aura fallu la phrase d’accroche d’Ernest Hemingway pour me décider : « L’un des meilleurs romans de la littérature américaine ».

En compagnie d’Henry Fleming, nous allons nous diriger vers le front avec tous les doutes que cela comporte. Nous allons passer de l’enrôlement aux rumeurs qui courent les régiments, du voyage à pied joyeux plein de chansons aux nuits interminables et angoissantes, de l’attente qui force à penser aux raisons que l’on a d’être là aux combats toujours plus sanglants, jusqu’aux confrontations en face à face.

Henry Fleming, débordant de fierté et de volonté, s’engage sans bien savoir dans quoi il met les pieds. Quand il marche vers les combats, la troupe est pleine d’entrain. En pause pour la nuit, les questions commencent à fuser, pour se demander pourquoi on veut tuer notre semblable ou plus simplement pourquoi on est là ? Et puis, le fracas remplit le silence, les canons d’abord, puis les fusils et enfin, la charge à la course. Au milieu de la fumée, l’angoisse monte. Et ne reste qu’une chose : la rage, la volonté de tenir le drapeau.

Roman étonnant par son sujet, rappelons-nous qu’il a été écrit en 1895, il surprendra aussi par la modernité de son style, magnifiée par la traduction de Pierre Bondil et Johanne Le Ray, et l’art de ne dire que ce qui est nécessaire, ce qui est une marque de fabrique de tout un pan de la littérature américaine. On y trouve aussi une alternance entre les scènes de bataille et les pauses, ce qui me questionne sur le fait que ce roman n’ait jamais été adapté en film. Par le jeu des couleurs quand le brume se lève, le stress engendré par les bruits, les cris, les armes, les odeurs de poudre et le toucher du mât du drapeau, Stephen Crane nous fait vivre cette bataille sans jamais y être allé en faisant appel à nos sens.

En cela, ce roman a toute sa place chez Gallmeister et constitue une pierre angulaire littéraire de l’histoire (courte) des Etats-Unis.

Pimp de Iceberg Slim

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand format) ; Points (Format poche)

Traducteur : Jean-François Ménard

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. De temps en temps, il y a des romans que je me mets de coté, par leur réputation ou par les avis publiés au moment de leur sortie. Ce roman est considéré comme culte par de nombreux jeunes gens. Voici la biographie romancée d’un maquereau.

L’auteur :

Iceberg Slim, alias Robert Beck, et de son vrai nom Robert Lee Maupin, né le 4 août 1918 à Chicago et mort le 28 avril 1992, est un écrivain américain, auteur de roman noir.

Dans la seconde moitié du XXème siècle, il est l’un des écrivains afro-américains les plus influents grâce à la publication de Pimp, son autobiographie parue en 1969, où il expose sa vie de proxénète (pimp signifiant littéralement « mac »). Ses descriptions crues et réalistes du milieu sordide et très violent où il évoluait (il battait « ses » prostituées avec un cintre en fer qu’il avait torsadé) exercent alors une grande influence sur la culture afro-américaine et sur le hip-hop en particulier (par exemple, sur des rappeurs comme Ice-T ou Ice Cube, qui lui doivent leur pseudonyme). L’écrivaine américaine Sapphire, qui a préfacé l’édition française de Pimp, écrit : « Quelle que soit la désapprobation que nous inspirent sa violente misogynie ou son analyse défaitiste des possibilités de progrès social pour les Noirs, nous sommes obligés de reconnaître qu’il y a une vérité à découvrir dans l’histoire de cet homme. »

Iceberg Slim passe la majeure partie de son enfance à Milwaukee et Rockford (Illinois) avant de retourner à Chicago à l’adolescence. Abandonnée par son mari, sa mère travaillait comme domestique et a tenu un salon de beauté. « Elle s’efforçait de maintenir en moi un peu de l’amour et du respect qu’elle m’avait inspiré à Rockford. Mais j’en avais trop vu, j’avais trop souffert. La jungle avait commencé à insuffler en moi son amertume et sa férocité. » Il évoquera le psychiatre d’une prison qui avait peut-être raison quand il lui avait dit qu’il était devenu maquereau à cause de la haine inconsciente qu’il vouait à sa mère à la suite des mauvais traitements de son père. Il relate également des abus sexuels commis par sa nourrice alors qu’il avait trois ans (c’est d’ailleurs par le récit de ces attouchements qu’il commence son autobiographie).

Au milieu des années 1930, il s’essaie brièvement à des études universitaires au Tuskegee Institute, un des premiers établissements d’enseignement supérieur destinés aux Noirs. À dix-huit ans, il adopte son pseudonyme d’Iceberg Slim et reste souteneur dans la région de Chicago jusqu’à l’âge de quarante-deux ans. Il est incarcéré plusieurs fois et, après avoir passé dix mois seul dans une « cellule de confinement », à la maison de correction de Cook County, il décide de se ranger et de se consacrer à l’écriture à partir de 1960.

Il déménage ensuite en Californie afin de mener une vie « normale ». Il y adopte le nom de Robert Beck, utilisant le patronyme du mari de sa mère.

Dans Mama Black Widow, il décrit la vie d’un travesti noir.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Robert Beck, alias Young Blood, est un jeune vaurien de Milwaukee.

Il y a longtemps que son père est allé traîner ailleurs ses guêtres blanches et son chapeau melon. Sa mère, elle, tient un salon de beauté fréquenté par les filles de joie du quartier. Entre deux séjours en maison de correction, Young Blood s’initie à la vie. Il découvre le monde des gigolos, des macs et des putains, les cabarets où l’on écoute du jazz jusqu’au petit matin, la drogue, les hôtels louches.

Diplômé de la rue, il devient Iceberg Slim, le prince des maquereaux, et règne sur un harem qu’il tient d’une main de fer. Il a une Cadillac blanche, des costumes sur mesure, de la cocaïne plein les poches, sa bouteille réservée dans les meilleurs clubs de Chicago. Mais il y a ce je-ne-sais-quoi qui le sépare des autres…

Mon avis :

Avant de me lancer dans cette lecture, je savais ce qui m’attendait mais j’étais loin d’imaginer la force d’évocation de cette écriture. Je croyais que le style rythmerait les phrases dans un slam proche du rap ; en fait, ce roman est porté par une écriture très littéraire faisant place aux dialogues mais aussi à des scènes très explicites. Ce n’en fut que plus surprenant.

En tant que biographie, j’ai trouvé le roman mal équilibré, puisqu’il parle beaucoup de l’enfance de ce maquereau, beaucoup de son ascension et des rencontres qui vont lui apprendre les règles du métier (hum, hum) et que sa chute va s‘orchestrer dans les dernières centaines de pages. Par contre, l’aspect psychologique est fort bien fait, l’auteur prenant le recul nécessaire pour décrire son monde d’ignobles pourris.

Dans le fond, j’ai trouvé ce lire choquant, (et pourtant, il m’en faut beaucoup) par le racisme qu’il montre (anti-blanc, anti-noir), la façon dont il montre les femmes, la façon dont il les traite. Iceberg Slim se décrit comme un commercial qui, en vitrine vend ses putes, et dans l’arrière boutique les maltraite à coups de pied et les drogue. Et pour les flics, rien de plus facile que de leur verser quelques dollars …

Ce ne sont pas tant les scènes que l’implication qui en ressort, cette façon de traiter les êtres humains comme des serpillères, uniquement par attrait du fric. Le roman évite la caricature (sauf une scène) et conserve sa puissance tout au long de ces 410 pages. Mais on reste accroché à cette histoire pour connaitre la fin, après les trahisons et les séjours en prison. D’ailleurs, l’auteur ne montre jamais aucun remords, il se voit comme un patron qui fait travailler ses ouvrières. Bref … On ne peut retirer à ce livre sa force indéniable même s’il faut avoir le cœur bien accroché.

Paperboy de Pete Dexter

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traduction : Brice Matthieussent.

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. 

Ce mois-ci, j’ai décidé de mettre à l’honneur un grand auteur de romans noirs dont on ne parle pas assez à mon goût. Lisez , relisez Pete Dexter.

L’auteur :

Pete Dexter, né le 22 juillet 1943 à Pontiac dans le Michigan, est un écrivain, journaliste et scénariste américain. Il a reçu le National Book Award en 1988 pour son livre Paris Trout (Cotton Point en France).

Il travaille comme journaliste d’investigation, chroniqueur et éditorialiste pour le Philadelphia Daily News de Philadelphie, le The Sacramento Bee de Sacramento et le Sun Sentinel de Fort Lauderdale avant de se consacrer à l’écriture. Il débute comme romancier en 1984 avec le roman noir God’s Pocket. Il obtient le National Book Award en 1988 pour le roman Paris Trout (Cotton Point en France).

Pete Dexter travaille également comme scénariste, il participe notamment aux adaptations de ses romans. Stephen Gyllenhaal réalise Paris Trout d’après le roman éponyme en 1991, Walter Hill se base sur Deadwood pour réaliser Wild Bill en 1995 et Lee Daniels réalise The Paperboy en 2012 d’après le roman du même nom.

Il a par ailleurs collaboré à l’écriture des films Rush, Les Hommes de l’ombre, Michael et Sexy Devil.

Pour la création de la série télévisée Deadwood, David Milch s’est inspiré du roman Deadwood.

Quatrième de couverture :

Dans une cellule de la prison de MoatCounty, en Floride, Hillary Van Wetter attend la mort. I lest accusé d’avoir assassiné – ou plus exactement éventré – le shérif local. Pendant ce temps, une certaine Charlotte Bless adresse une lettre au Miami Times, expliquant que le condamné va être exécuté pour un crime qu’il n’a pas commis. Flairant une affaire juteuse, le journal décide d’envoyer ses deux meilleurs reporters, James et Acheman, enquêter sur place.

Mon avis :

A Lately, dans le Comté de Moat, Hillary Van Wetter croupit en prison dans l’attente de son procès pour meurtre. Il est accusé d’avoir tué le shérif Thurmond Call, après que celui-ci ait tué à coups de pieds Jérôme Van Wetter, lors d’une arrestation. Le shérif Call n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il a déjà tué seize jeunes noirs en trente-quatre ans d’exercice.

Jack James est le fils du propriétaire du MoatCounty Tribune. Son frère Ward a pris son envol et est devenu une star du Miami Times, avec son acolyte YardleyAcheman. Le procès de Hillary est l’occasion pour Jack de retrouver son frère puisqu’il va être embauché comme chauffeur pour lui. Une dénommée Charlotte Bless, serveuse et nymphomane de son état, leur demande de prouver l’innocence de son futur fiancé …

Jack va nous raconter cette enquête vue du côté des journalistes comme s’il déposait en tant que témoin dans un procès. Il va donc décrire chaque scène et le roman va avancer par de petites scènes ne dépassant que rarement deux pages. On ne peut qu’être ébahi par l’imagination de l’auteur mais aussi par la rigueur qu’il montre dans le déroulement de l’intrigue. Et on peut se dire que Pete Dexter a décidé de se ranger derrière son histoire, mais ce serait mal connaitre ce grand auteur.

Petit à petit, les scènes fortes vont se dévoiler, montrant les largesses de la justice, l’impunité des shérifs qui ont tous les droits et l’aveuglement et la culpabilité des policiers et de la population. Je pensais lire une charge contre la peine de mort, et je trouve une charge contre le système américain, avec au premier plan la façon dont on (mal) traite les journalistes, seuls êtres impartiaux, à la recherche de la vérité dans un système pourri jusqu’à la moelle.

Dès lors, la critique de la société américaine se fait autant acerbe que subtile, par petites touches, à travers des anecdotes à première vue anodines. J’en veux la réaction de la gouvernante noire du père du narrateur qui n’apprécie pas que ce dernier affiche sa sympathie envers les gens de couleur ; ou bien quand Ward devenu journaliste à succès a tout le temps d’étudier le lieu d’un accident d’avion de ligne, de compter le nombre de victimes, parce que les secours avaient une mission plus urgente : intervenir sur un incident d’un avion privé.

Décidément, ce roman s’avère plus subtil, plus intéressant que ce qu’il peut paraitre au premier abord. Et puis, si je peux vous donner un dernier conseil, en plus de celui de lire tous les romans de Pete Dexter. N’allez pas voir le film qui n’a retenu que les scènes trash pour totalement gommer l’aspect progressiste du roman.

Oldies : Cinq femmes et demie de Francisco Gonzales Ledesma

Editeur : L’Atalante (2006) ; Points (2011)

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Cela faisait un bon bout de temps que je voulais découvrir Francisco Gonzales Ledesma et son personnage d’inspecteur récurrent Ricardo Méndez. Il aura fallu un cadeau de mon ami Jean le Belge pour que je me lance. Je peux vous dire qu’après cette lecture, je lirai toutes ses enquêtes.

L’auteur :

Francisco González Ledesma, né le 17 mars 1927 à Barcelone et mort le 2 mars 2015 à Barcelone, est un écrivain espagnol, auteur de nombreux romans policiers. Son personnage le plus célèbre, l’inspecteur Ricardo Méndez, apparaît pour la première fois dans Le Dossier Barcelone. La qualité et la force de ses romans lui ont valu les faveurs du public, la reconnaissance de ses pairs et de nombreux prix littéraires.

Né le 17 mars 1927 dans le quartier populaire de Poble Sec à Barcelone, c’est grâce à l’aide d’une tante qu’il étudie au collège, puis entreprend des études de droit qu’il finance avec des « petits boulots » et en écrivant des « pulps ». De 1951 à 1981, sous le pseudonyme de Silver Kane, Francisco González Ledesma écrit plus de mille westerns et romans d’aventures qu’il livre parfois au rythme de trois par mois. En parallèle, entre 1957 et 1965, il a recours au pseudonyme Rosa Alcázar pour faire paraître une vingtaine de romans d’amour. En 1948, son premier roman signé de son patronyme, Sombras viejas, est couronné par le Prix international du roman. Cependant, interdit trois fois, il ne sera jamais publié en Espagne.

Déçu par la profession d’avocat, il cherche une autre voie. L’assouplissement de la loi sur la presse lui permet de devenir journaliste en 1963, ce qui lui permet de « réaliser un vieux rêve d’enfance ». Il entre à La Vanguardia, dont il deviendra rédacteur en chef. Il y fonde un syndicat de journalistes clandestin auquel adhère un autre futur auteur de romans policiers, Manuel Vázquez Montalbán. Refusant d’écrire le moindre papier sur Franco pour ne pas trahir ses opinions, il devient un orfèvre dans l’art de rédiger les informations de façon défavorable au régime sans encourir les foudres de la censure.

La transition démocratique qui suit la mort du caudillo lui permet de faire publier un premier roman sous sa véritable identité : Los Napoleones. Cet ouvrage, écrit en 1967, n’avait jamais été présenté à la censure par l’éditeur, de peur de le voir interdit. Les années 1980 sont fécondes pour Francisco González Ledesma qui crée le personnage de l’inspecteur Ricardo Méndez dans Le Dossier Barcelone (Expediente Barcelona, 1983), suivi par sept titres dans le même cycle. Il publie également dix autres romans noirs. Il utilise à deux reprises le pseudonyme Enrique Moriel pour faire paraître des romans noirs.

Il reçoit la Creu de Sant Jordi en 2010.

Quatrième de couverture :

Palmira Canadell est morte violée puis assassinée par trois voyous. Et Méndez n’a reçu pour mission que d’assister à son enterrement. Il fera davantage en partant explorer les petits cafés, les rues étroites, les appartements et les cours intérieures où se cachent les secrets de Barcelone. Le sang coule dans la cité catalane, et des ombres y planent aussi.

Méndez observe que cinq femmes se réunissent dans un bar en vue d’un tournage publicitaire : certains trembleraient s’ils savaient la vérité. Tandis que, depuis la fenêtre de sa chambre, une autre femme découvre en son nouveau voisin un tueur chargé de l’assassiner.

« Voici l’histoire la plus intime de Méndez, de ses vieilles solitudes et de ses rues qui n’ont l’air de conduire nulle part. C’est aussi l’histoire secrète de six femmes (peut-être cinq et demie seulement) que leur naissance destinait à n’être que des victimes, dévorées l’une après l’autre par les hommes riches de la ville. »

Mon avis :

Quelle personnage que ce Ricardo Méndez ! Relativement âgé mais refusant de prendre sa retraite, son chef le charge d’activités sans importance. Mais il s’intéresse aux affaires envers et contre tous, de façon non officielle. Il n’arrête pas non plus les truands ou assassins, s’arrangeant pour leur passer l’envie de franchir la ligne jaune. Mais c’est surtout un personnage à l’image de son pays, regrettant le passé illustre de l’Espagne, celle avant la dictature, regrettant la décrépitude de Barcelone, regrettant la modernité qui transforme les humains en machines sans sentiments.

Pour cela, il vit dans son quartier pauvreux et sale, et se retrouve avec une affaire dont il ne doit pas s’occuper : Une femme a été enlevée, violée et tabassée à mort. Son corps a été retrouvé dans un terrain vague. Pourtant, elle était du genre à ne pas se laisser faire. En parallèle, il se croit suivi par un tueur à gages, Reglan et se tient prêt à toute agression. Et puis, il y a cette femme qui raconte sa vie, poussée à la prostitution par sa mère … et puis il y a ces cinq femmes qui se préparent à un tournage publicitaire …

Roman foisonnant, roman déstructuré, roman baroque, le ton y est des plus originaux mais aussi parfaitement cohérent, à la fois par le sujet, le décor et le personnage de Ricardo Méndez. On n’y est jamais perdu, et même, on s’attache à tous ces personnages rencontrés, tous ces lieux visités. Le Barcelone que l’on parcourt est loin du faste de Las Remblas, les trottoirs sont sales, les nuits glauques, et Ledesma nous partage son amour de ces immeubles populaires, de ces quartiers humains.

Et puis, il y a ce sujet terrible, ces scènes d’une dureté et d’une ignominie infâme : ces femmes tour à tour insultées, maltraitées, battues, violées, voire tuées par des hommes riches, dont l’impunité fait monter la rage, la colère et l’envie de tout balayer d’un coup de balayette. La plume de Francisco Gonzales Ledesma a cette puissance unique pour faire passer ce message et il montre que malgré les années qui passent, rien ne change jamais, la société s’enfonce de plus en plus dans l’ignominie. Et ces femmes représentent une belle allégorie de la ville de Barcelone, qui s’est laissée séduire par l’argent et a laissé son peuple perdre son espoir au profit du capitalisme, quand la corruption et l’impunité sont élevées au rang de nouvelle religion. Un roman toujours d’actualité, hélas.

Oldies : La place du mort de Pascal Garnier

Editeur : Fleuve Noir (1997) ; Zulma (2010) ; Points (2013)

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de se rappeler d’un auteur de romans noirs bien trop méconnu mais tant regretté, Pascal Garnier.

L’auteur :

Pascal Garnier est un écrivain français né le 4 juillet 1949 dans le 14e arrondissement de Paris et mort le 5 mars 2010 à Cornas (Ardèche). Son œuvre se partage entre le roman policier et les ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.

Après une vie d’errance et de petits boulots, et un passage éclair par le rock ‘n’ roll, il a décidé à 35 ans de se lancer dans l’écriture. Son œuvre, abondante et multiforme, publiée chez plusieurs éditeurs, dont P.O.L, Flammarion, Nathan jeunesse et Zulma, oscille entre le roman noir et des ouvrages plus tendres destinés à la jeunesse. Ses romans policiers – dans la lignée des Simenon, Hardellet, Bove ou Calet auxquels on l’a souvent affilié – sont marqués par un humour grinçant.

Depuis 2000, les éditions Zulma ont entamé la publication de ses œuvres complètes dans une nouvelle collection.

En 2001, il obtient le prix du festival Polar dans la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines pour « Nul n’est à l’abri du succès » et, en 2006, le Grand Prix de l’humour noir avec Flux.

Quatrième de couverture :

De retour d’un week-end chez son père, Fabien Delorme, jusque-là monsieur Tout-le-Monde, apprend que sa femme est morte dans un accident de voiture. Le veuf esseulé se découvre du même coup mari trompé : sa chère Sylvie était sur le siège passager aux côtés de son amant, le temps d’une escapade romantique en Bourgogne. Sonné, Fabien échafaude sa vengeance… à titre posthume : il se met à la recherche de la veuve du défunt, résolu à séduire la femme de l’homme qui a séduit la sienne. Mais c’est sans compter une série de réactions en chaîne totalement incontrôlables, dans lesquelles les victimes ne sont pas toujours celles qu’on croit…

Dans la Place du mort, Pascal Garnier, en génial ethnologue de la dégringolade à la française, nous offre une fois encore l’émouvant portrait de ces héros ordinaires qu’il affectionne tant, de ces vies minuscules qu’il amplifie avec une tendresse et un humour inégalés.

Mon avis :

Fabien passe le week-end avec son père à vider le grenier, pour la brocante du village. Quand il rentre, personne n’est là ; Sylvie, sa femme, est probablement allée au cinéma avec son amie. Un message sur le répondeur lui annonce de contacter le CHU de Dijon : Sylvie est morte dans un accident de voiture. Se rendant sur place, il apprend qu’elle voyageait avec un homme, son amant. Il arrive à noter l’adresse du malotru. Mais ce n’est qu’un peu plus tard, chez son ami Gilles qu’il se décide à gagner le cœur de la veuve du défunt.

D’une situation banale et non dénuée d’humour, Pascal Garnier nous présente une situation qui, petit à petit, va verser dans le noir ultime, dans un roman qui ne dépasse pas les 150 pages. Il va donc, comme à son habitude, centrer son intrigue sur Fabien et enchainer les situations avec une imagination sans bornes. C’est aussi et surtout la vie de couple qu’il étrille avec un cynisme certain.

Car le couple formé de Fabien et Sylvie n’en est plus un depuis longtemps. Le temps a érodé les sentiments et le coup de grâce a été porté suite à l’IVG qu’elle a subi. A partir de ce moment là, ce couple est devenu deux êtres, deux fantômes vivant cote à cote mais sans vivre ensemble. Fabien, qui n’a jamais supporter de vivre seul, va donc se chercher non pas une compagne mais présence capable de le rassurer, lui. Car il n’y a que lui qui l’intéresse, les autres faisant partie du décor.

Portrait au vitriol de la vie moderne, de couples qui n’en sont pas, du besoin sentimental qui se transforme en présence utile, Pascal Garnier dit beaucoup de choses sur le couple et la vie moderne, dénuée de la moindre passion. On prend, on utilise et on jette les gens comme des mouchoirs en papier. L’économie de mots est la marque de fabrique de cet auteur et son talent éclate dans ce court roman en même temps qu’on y sent un plaisir jubilatoire à torturer ses personnages qui n’ont rien compris à la vie.

Ne ratez pas le formidable avis de La Petite Souris.

Oldies : Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte de Thierry Jonquet

Editeur : Seuil (Grand format) ; Points (Format poche)

En cette année 2020, sur Black Novel, nous fêtons les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier.

Quand ce roman est sorti à l’automne 2006, j’étais déjà un grand fan de Thierry Jonquet et sa faculté à analyser notre société. L’auteur avait commencé son roman avant les émeutes de 2005 et l’affaire du Gang des Barbares, et je me rappelle qu’à l’époque, il avait fait scandale, étant taxé de raciste quant à son propos. J’avais acheté le livre à ce moment là, et comme à chaque fois qu’on parle beaucoup d’un livre, je préfère laisser passer les débats passionnés et le lire bien plus tard.

Thierry Jonquet est une des figures majeures du Roman Noir, prouvant pour chacun de ses écrits que le polar et le Roman Noir ont des choses à dire. Comme pour chacun de ses romans, il va décrire ce qu’il connait, puisqu’il a été instituteur dans les banlieues Nord de Paris, ayant eu en charge une section d’éducation spécialisée. Ce livre est un roman, et son titre est un terrible alexandrin d’un texte intemporel de Victor Hugo sur les Communards : A ceux qu’on foule aux pieds, que mon ami Jean le Belge a inséré dans son billet.

Thierry Jonquet invente une ville du 9-3, la séparant entre différents quartiers pour imager son message, faire un bilan de la répartition territoriale et créant ainsi des communautés. Cette façon de faire s’apparente à une caricature, brossant d’un trait bien épaissi les trafics qui ont lieu dans cette ville, au demeurant bien paisible … en apparence. Au milieu de cette géographie francilienne, chacun possède son trafic.

A Certigny-Nord, la cité des Grands-Chênes abrite le clan des frères Lakdaoui, maître du shit et des pièces automobiles volées, caché derrière une pizzeria tranquille. A Certigny-Est, La cité des Sablières est le domaine de Boubakar, d’origine sénégalaise et roi incontesté de la prostitution. A Certigny-Ouest, la cité du Moulin est le quartier des musulmans et a vu naître une mosquée dans un entrepôt désaffecté. A Certigny-Sud, la cité de la Brèche-aux-Loups renferme un jeune aux dents longues Alain Ceccati qui développe la vente d’héroïne. Et, au-delà, derrière le parc départemental de la Ferrière, Certigny cédait la place à Vadreuil, une petite ville faite de pavillon en pierres meulières habitée par une communauté juive.

Dans ce décor explosif, Thierry Jonquet y place des personnages communs qui vont tous subir l’abandon dans lequel les laisse les responsables de tous bords, politiques, judiciaires et autres. Anna Doblinsky est une institutrice apprentie qui débarque à la Cité scolaire Pierre-de-Ronsard ; elle y rencontre des élèves typés, comme Moussa, fort en gueule ou Lakhdar Abdane, handicapé de la main droite suite à une erreur médicale et très intelligent. Il y a aussi Adrien Rochas, un adolescent renfermé sur lui-même, suivi par un psychiatre et sa mère qui n’est pas mieux. Enfin, Richard Verdier, substitut du procureur de Bobigny, rêve de faire le ménage dans son secteur. Il suffit donc d’une étincelle pour que tout explose dans cette zone sous tension.

On peut lire ce roman à différents niveaux, mais on ne peut pas lui reprocher d’aborder un sujet épineux avec ce qu’il faut de détachement, de distance pour tenter d’éviter des polémiques inutiles. Et pourtant, ce roman, à sa sortie, et même encore récemment, n’est pas exempt de coups bas, alors qu’il est juste parfait dans sa manière de traiter ce sujet.

Avec son ton journalistique, ce roman balaie à la fois les différentes actualités mondiales que nationales et leurs implications au niveau local. Certes, Certigny est une caricature de ville banlieusarde mais elle illustre fort bien le propos. Et puis, il y a tous ces personnages qui vivent avec ce quotidien pesant, imposé par une force supérieure et contre laquelle ils ne peuvent rien.

Ces personnages justement, formidablement illustrés par Anna qui veut bien faire son boulot et qui se heurte à la lourdeur de sa hiérarchie ou Lakhdar, victime d’une erreur médicale, qui se retrouve condamné à vie à être handicapé et va plonger dans l’extrémisme. Et devant ce mastodonte qu’est l’état et toutes ses ramifications, personne ne sait ce qu’il doit faire pour faire avancer les choses dans le bon sens.

Tout le monde en prend donc pour son grade, de l’éducation nationale à la justice, de la police aux services médicaux, des trafiquants aux religieux. Le but n’est pas de prendre parti pour les uns ou pour les autres, mais de faire un constat d’échec sur une société qui a parqué les gens dans des cages dont les animaux eux-mêmes ne voudraient pas et qui ne veut pas assumer ses erreurs et surtout pas ses conséquences. L’état a donc divisé ses compétences en services qui deviennent tellement gros qu’ils sont ingérables. Comme cette vision est encore d’actualité !

Les excités du bulbe de tous genres pourront soit détourner des passages de ce roman pour alimenter leur philosophie nauséabonde soit insulter l’auteur ou descendre le livre parce qu’il va trop loin. Je le répète, ce livre est un roman, c’est de la littérature, de l’excellente littérature noire qui, si elle ne propose pas de solution, a le mérite de mettre les points sur les i, de façon brutale mais aussi avec beaucoup de dérision. Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte a le mérite d’être explicite et malheureusement intemporel. Il est l’illustration même de ce que doit être un roman social, dramatique et noir. Superbe !

Crimes entremêlés d’Emma Orczy

Editeur : Apprentie éditions

Traducteur : Jean Joseph-Renaud

Je vous avais déjà parlé de cette toute jeune maison d’édition, créé par des apprentis de Bordeaux. Les amateurs de romans à énigmes vont être ravis avec ce recueil de nouvelles d’Emma Orczy, rassemblés en un roman, sous prétexte que la narratrice rencontre un vieil homme mystérieux qui résout les affaires en utilisant son intelligence et les informations disponibles auprès du public.

Quand il raconte l’affaire, il noue une ficelle quand il énonce les indices. Puis il la dénoue quand il donne la solution. Entre les deux, l’auteure s’amuse à lancer un défi au lecteur : c’est à lui de trouver la clé de l’énigme. A la fois jeu intellectuel et bel exercice littéraire, ce roman est bigrement amusant. Il faut signaler la préface qui donne envie de se plonger dans ces mystères heureusement remis au gout du jour grâce à cette édition. Je vous propose d’entrer dans le jeu du détective.

Le mystère de la rue Fenchurch :

Mme Kershaw se rend à Scotland Yard, accompagnée d’un ami, pour signaler la disparition de son mari, William Kershaw. Il était parti à la rencontre de M. Francis Smethurst, un aventurier ayant fait fortune en Sibérie et a disparu depuis. Quelques jours plus tard, on découvre le corps de Kershaw et Smethurst est arrêté. Mais lors de son procès, ce dernier déjoue toutes les accusations.

Une résolution logique et bigrement bien amenée.

Le vol de Phillimore Terrace :

Leur deuxième rendez-vous va résoudre une affaire de double vol qui a défrayé la chronique. Un rôdeur a été arrêté par l’agent D37 alors qu’il sortait de chez M.Knopf, un courtier en diamants. Ce dernier s’est absenté laissant chez lui son domestique Robertson, pour rendre visite à son frère malade. Knopf venait tout juste de vendre des diamants brésiliens à un bijoutier voisin, M.Schipman ; lesquels diamants ont aussi disparu.

La résolution de cette enquête est d’une remarquable logique, d’autant plus que le lecteur a tous les indices à sa disposition pour trouver la clé de l’énigme.

La mort mystérieuse dans le Métropolitain :

Alors que la narratrice romancière vient de quitter son ami dans le bar, l’homme aux mystères lui demande le décrire. Elle s’aperçoit qu’elle ne peut entrer dans aucun détail. C’est à cause de ce manque de discernement que le meurtre par empoisonnement de Mme Hazeldene n’a pas été résolu. Elle fréquentait M.Errington, un homme riche s’adonnant à la chimie et personne n’a pu déterminer si l’homme qui a discuté avec elle était M.Hazeldene, son mari, ou M.Errington.

Cette enquête démontre combien on accorde peu d’importance aux autres, et aussi l’incompétence de la police. D’autant plus que les deux hommes avaient des mobiles sérieux, l’un étant la jalousie, l’autre de se débarrasser d’une femme pouvant être un obstacle pour sa future carrière.

Le vol de la banque de la Prévoyance :

La banque de la Prévoyance est tenue par M.Ireland. Ce dernier descend vers 9H30 et se rend à la salle où trône le coffre fort. La bonne le découvre inconscient dans son fauteuil. Le coffre a été ouvert sans effraction et la seule porte à laquelle on peut accéder au coffre était fermée par la clé détenue par le banquier.

Voilà un mystère qui nous amène à nous poser la question : A qui profite le crime ou Cherchez la femme ! J’ai trouvé cette enquête dure à suivre, pauisqu’elle fait appel à la configuration des pièces de la banque.

L’assassinat dans le parc de Régent :

Alors que Londres est plongé sous la brume, on entend un bruit de lutte, puis deux coups de feu puis quelqu’un s’écrie : A l’assassin ! ». on retrouve en effet M. Aaron Cohen étranglé à coté de son domicile. Ce dernier venait de jouer au Harrowood Club et de sortir avec une belle somme. La police trouva des témoins indiquant que M. Cohen avait eu une altercation avec un joueur malchanceux M.Ashley.

Notre mystérieux enquêteur va démontrer une incroyable machination.

Le mystère d’York :

Lord Arthur Skelmerton a épousé sa femme pour son argent et s’adonne depuis aux jeux dont les paris sur les courses de chevaux. Lady Arthur Skelmerton lui passe tous ses caprices uniquement par amour. Malheureusement pour lui, il parie sur le favori au Grand Prix et perd une somme astronomique, qu’il n’a pas et le bookmaker lue menace s’il ne lui donne pas rapidement l’argent. Mais Charles Lavender le bookmaker est retrouvé poignardé derrière la maison de Lord Arthur et ce dernier est retrouvé sur les lieux et rapidement arrêté.

D’une affaire a priori simple, l’auteure nous fait une démonstration fantastique pour trouver la coupable.

Le mystère de Liverpool :

De nombreux princes étrangers, vrais ou faux, visitent la Grande Bretagne et en profitent pour faire des emplettes. C’est le cas du prince Semionicz, qui rend visite à se sœur mariée au Roi du Cuivre. Quand il passe commande de bijoux auprès de M.Winslow, cela se compte en dizaines de milliers de livres. M.Winslow ne pouvant se déplacer, il envoie son neveu M.Schwarz pour apporter les bijoux et revenir avec l’argent. Mais M.Schwartz disparait …

Si l’intrigue est simple, son dénouement est encore une fois un étonnement et cela donne un excellent moment de lecture.

Le mystère de Brighton :

Francis Morton s’est marié avec une riche américaine et ils vivent le grand amour à Brighton. Tous les matins, il va travailler à Londres et revient tous les soirs. Pourtant, un soir, il ne rentre pas. Sa femme signale la disparition à la police qui fait chou blanc, jusqu’à ce qu’elle le découvre ligoté dans un appartement, souffrant d’une forte inanition.

Cette affaire, au départ si simple, se révèle en réalité un gouffre mystérieux avec de nombreuses surprises ainsi qu’un dénouement et une explication géniaux.

Le mystère d’Edimbourg :

Le vieux Andrew Graham est à la tête de la célèbre banque Graham. Henry Graham, le fils ainé héritera de la fortune alors que David Graham souffre de malformations. Sa tante, Lady Donaldson, prise de pitié, promit de donner une grande quantité de bijoux à sa future épouse. Or David tomba amoureux de Miss Edith Crawford, une fort belle orpheline qui n’apprécie pas trop cet amour. Mais la bonne société organise un repas pour fêter cela et dans la nuit, Lady Donaldson meurt étranglée.

Cette nouvelle est une enquête plutôt classique mais avec une chute très inattendue.

Le mystère de Dublin :

Quand le vieux millionnaire irlandais Brooks meurt en 1900, tout le monde croit que son testament datant de 1891 partagerait sa fortune à égales parts entre ses deux fils. Percival l’aîné est atteint de la fièvre du jeu et Murray le cadet et le chouchou du père toujours à son chevet. On trouve alors sous l’oreiller du défunt un nouveau testament laissant tout à Percival, en même temps que M.Wethered, l’avoué du vieux Brooks est assassiné. Le procès promet d’être retentissant.

Même si l’histoire est fort bien racontée et passionnante, j’ai réussi à trouver la clé de l’énigme. C’est la première.

Le meurtre de Birmingham :

La famille Beddingfield furent nommés comte de Brockelsby et la naissance de jumeaux donna lieu à un imbroglio entre les deux frères, seul l’aîné n’ayant droit à hériter du titre. Timothée et Robert se bagarrèrent le vieux traité qui leur donnait ce titre, Robert fut prêt à intenter un procès lorsqu’il fut découvert mort dans une chambre d’hôtel.

Cette nouvelle est un véritable imbroglio complexe.

Une mort mystérieuse dans la rue Percy :

Les ateliers Rubens de la rue Percy abritent de petits appartements loués pour des artistes. Au premier étage, on trouve la petite chambre de Mme Owens, qui gagnait bien peu mais économisait beaucoup. Un matin d’hiver, on découvrit son corps alors que la fenêtre était ouverte. La police voulait conclure à une mort due à la température négative avant de s’apercevoir qu’elle avait reçu un coup à la tête.

Indéniablement, cette nouvelle est la plus rusée de ce recueil, comme son assassin.