Archives pour la catégorie Oldies

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes

Editeur : Baker Street

Traducteurs : Isabelle D. Philippe, Laure Joanin, Martine Leroy-Battistelli, Jean-Luc Piningre, Julie Maillard-Pujos et Yves Sarda.

Le personnage de Sherlock Holmes est tout de même inédit dans la littérature. Créé par Sir Arthur Conan Doyle, il est devenu si connu que beaucoup de gens croient qu’il a existé. Rien que pour ça, il est passé à la postérité ! Evidemment, cela peut irriter ou amuser certains auteurs. Par conséquent, de nombreuses nouvelles prenant pour personnage principal Sherlock Holmes sont sorties de tout temps. Ce recueil de nouvelles en regroupe un certain nombre, balayant une période allant de 1892 à 2012. Elles sont toutes écrites par des auteurs reconnus et optent pour une parodie du grand détective, chaque auteur y amenant son style humoristique propre. Plus qu’une curiosité, c’est un drôle de divertissement drôle que les éditions Baker Street nous offrent.

Le grand mystère de Pegram de Robert Barr :

Sherlaw Kombs s’ennuie chez lui et reçoit la visite de son ami Whatson. Un journaliste débarque et lui demande son aide pour résoudre le mystère de Pegram : Un homme a été retrouvé assassiné dans un train et on lui a dérobé tout son argent. Alors que le début de l’histoire montre toute la logique du grand maitre, la fin se termine par un grand éclat de rire cynique et cruel. Comme quoi, l’humilité, ça peut servir !

L’aventure des deux collaborateurs de James M.Barrie :

Sherlock Holmes devine qui sont les deux hommes qui viennent le voir sans les connaitre. Heureusement qu’il y a un paragraphe avant la nouvelle proprement dite, pour nous expliquer le contexte. Cette nouvelle est en fait une Private Joke que Sir Arthur Conan Doyle adorait.

La kermesse du terrain de cricket de Sir Arthur Conan Doyle :

C’est une nouvelle ne mettant en scène Sherlock Holmes et le Docteur Watson où l’auteur se moque de son héros. Sherlock arrive à deviner la teneur d’une lettre que Watson vient de recevoir.

Le cambriolage d’Umbrosa de R.C.Lehmann :

Invités dans la demeure du gouverneur John Silver, Picklock Holes et le docteur Potsonvont déjouer un cambriolage avant qu’il ait lieu. Fort bien écrite (et traduite), cette nouvelle flirte avec l’absurde. Je me suis beaucoup amusé.

Le vol du coffret à cigares de Bret Harte :

Le grand Hemlock Jones a été victime d’un vol : on lui a dérobé son coffret à cigares, que l’ambassadeur de Turquie lui avait offert. C’est une nouvelle hilarante où l’auteur se moque ouvertement de Sherlock Holmes … même si la chute est triste.

Scotland Yard de R.C.Lehmann :

Picklock Holes s’amuse à piéger l’inspecteur Lumpkin de Scotland Yard avec la complicité de son compares Potson. C’est une nouvelle qui flirte avec le burlesque, une sorte d’illustration de l’arroseur arrosé.

La beauté secourue de William B.Kahn :

Une nouvelle fois, l’humour absurde fait mouche dans cette nouvelle où Combs se transforme en bureau des renseignements.

Herlock Sholmes arrive trop tard de Maurice Leblanc :

Le créateur d’Arsène Lupin a parfois utilisé Herlock Sholmès dans le but de créer un duel entre les deux fantastiques personnages. Ici, en une trentaine de pages, nous allons visiter le château de Thibermesnil, faire la rencontre d’illustres personnages, assister à un vol audacieux, tomber amoureux de miss Nelly, et voir Sholmès résoudre le mystère du passage secret. Une grande nouvelle.

D’un cheveu de Jean Giraudoux :

« Je sortais des bras de Madame Sherlock Holmes, quand je tombais, voilà ma veine, sur son époux. ». Le docteur Watson va assister à l’esprit infaillible de logique de son ami, dans cette nouvelle qui m’a tiré un bel éclat de rire.

Arthur Conan Dyle de Jack London :

Jack London, dans un extrait de sa biographie, écrit sa fascination pour l’auteur de Sherlock Holmes et sa volonté de le rencontrer. Passionnant.

L’aventure de l’éditeur de livres d’art assassiné de Frederic Dorr Steele :

Le célèbre illustrateur des enquêtes de Sherlock Holmes écrit, dans cette nouvelle, une charge contre les éditeurs malhonnêtes. S’il n’y a pas de déduction logique, cette nouvelle permet à l’auteur de vider son sac.

Le meurtre de la cathédrale de Canterbury de Frederic Arnold Kummer :

Vous y croyez, vous, à Holmes et Watson en version féminine ? C’est bien ce que nous propose cette nouvelle, en mettant en scène la fille du grand Sherlock. Apparemment, la fille a les mêmes qualités que son père, sans les défauts. Cette nouvelle est tout simplement excellente, et probablement une des meilleures de ce recueil (à mon humble avis).

La plus grande machination du siècle de René Reouven :

Nous allons enfin découvrir la vérité sur la mort de Sherlock Holmes, à travers un éditorial écrit par le colonel Moriarty, le soi-disant frère du Professeur qui a poussé le détective dans le vide. Une autre façon de détourner le mythe.

Epinglé au mur de Peter G.Ashman :

L’auteur nous propose un recueil de lettres restées sans réponse et adressées à Sherlock Holmes après sa mort. Très drôle.

L’aventure de l’héboniste chronique de Ely M.Liebow :

Un Sherlock Holmes mâtiné à la sauce Humour juif.

L’autre défenestration de Pargue de Jacques Fortier :

Les deux dernières nouvelles (celle-ci et la suivante) sont plus récentes. Pour autant, cette défenestration, si elle est moins ironique, est remarquable par la logique déployée par le génial détective.

L’aventure du banquier pervers de Bernard Oudin :

Même si cette nouvelle n’a rien à voir avec l’affaire du Sofitel de New York de DSK, c’est avec à la fois beaucoup d’humour et de sérieux que l’auteur reprend une affaire similaire pour démontrer tout le génie de Sherlock Holmes. De quoi le regretter !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Oldies : Le sixième commandement de William Muir

Editeur : Gallimard – Série Noire (2005) – Folio (2011)

Traducteur : Janine Hérisson

C’est à la suite d’une discussion avec des adhérents de l’Association 813 que je me suis intéressé à ce roman. A la suite du billet de Yan, j’ai décidé d’acheter le livre et de le lire pour me faire ma propre opinion. Il faut dire que le sujet est tentant …

L’auteur :

William Muir est né en 1967 à Glasgow. Son premier roman, Le Sixième Commandement, a reçu le The Commonwealth Writers Prize First Novel Award (Eurasia) 2002. Il a enseigné à l’université de Cardiff et anime aujourd’hui des ateliers d’écriture dans une prison du Pays de Galles.

Quatrième de couverture :

À la suite d’un référendum, la peine de mort est rétablie en Angleterre. La nouvelle loi stipule clairement que les citoyens ayant voté «oui» sont susceptibles d’être désignés, par tirage au sort, pour exécuter la sentence…

Jeune père divorcé à la dérive, Riley reçoit un matin une lettre de convocation du ministère de la Justice. Une fois sur place, il apprend qu’il a été choisi pour assister à la pendaison d’un sinistre criminel…

Favorable à la peine capitale mais totalement incapable de regarder la mort en face, Riley va devoir, pour la première fois de sa vie, assumer ses choix et agir en homme responsable. Le réveil sera douloureux…

Mon avis :

Avec un sujet de départ comme cela, il y a beaucoup de thèmes à creuser sans écrire un nouveau roman anti-peine de mort. Et c’est bien à cela que nous convie William Muir qui aborde tout cela en un peu plus de deux cents pages et en évitant de prendre position. Il se contente en effet de prendre un citoyen comme vous et moi et le place face à ses responsabilités.

Bien que le roman ne comporte pas de parties distinctes, on peut le diviser en plusieurs morceaux en fonction de ce que l’auteur veut nous montrer. Au début, alors que Riley apprend qu’il a été désigné par le sort, celui-ci fait tout pour échapper à ses responsabilités, jugeant que quand il a voté au référendum, il n’a pas réfléchi aux conséquences. Outre l’immaturité de Riley, William Muir place le lecteur devant la situation, à la fois brutalement et avec humour, puisque l’on se trouve face à la situation de l’arroseur arrosé, sur un sujet bien plus sérieux.

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Puis vient la réaction de Riley qui va essayer de faire jouer ses relations, et on aborde alors le sujet de l’impunité de certains pourvu que l’on connaisse les bonnes personnes. On a affaire à une justice au faciès ou à une société à deux vitesses, injuste. Puis l’auteur entre dans le détail de la vie personnelle de son personnage principal, le montrant immature et foncièrement nombriliste, faisant le mal autour de lui sans aucun remords, n’ayant pour seul but que sa satisfaction personnelle (et en particulier sexuelle).

Vient alors la dernière partie du roman, avec une longue discussion entre Riley et le condamné à mort. Et là, j’ai trouvé que le roman prenait de la hauteur, puisque l’auteur nous place au milieu de ces deux personnages qui sont tout autant coupables l’un que l’autre, chacun à son niveau. Et il nous montre ou nous demande où se situe la responsabilité individuelle vis-à-vis de soi-même et où se situe-t-elle vis-à-vis de la société. Après ce que l’on a lu auparavant, la question mérite réflexion …

Avec un style froid et clinique, et c’est ce qui m’a le plus gêné, ce roman n’atteint pas les sommets d’autres romans que j’ai adorés (tels que Natural Enemies de Julius Horwitz ou Le condor de Stig Holmas, par exemple). Mais il s’avère un roman intéressant de bout en bout, qui nous place en face de questions qui peuvent déranger, et en particulier à nous remettre en cause face à nos valeurs personnelles ou notre éducation.

 

Oldies : Irezumi de Akimitsu Takagi

Editeur : Denoel – Sueurs Froides

Traductrice : Mathilde Tamae-Bouhon

Voici une lecture que je dois à mon ami Le Concierge Masqué. Irezumi désigne une forme particulière de tatouage traditionnel au Japon, qui couvre de larges parties du corps, voire son intégralité, et qui est considérée comme une œuvre d’art.

L’auteur :

Akimitsu Takagi (25 septembre 1920 – 9 septembre 1995), était le pseudonyme d’un écrivain japonais populaire de fiction de crime actif pendant la période de Showa du Japon. Son vrai nom était Takagi Seiichi.

Takagi est né dans la ville d’Aomori, dans la préfecture d’Aomori, dans le nord du Japon. Il est diplômé de l’école secondaire Daiichi et de l’Université impériale de Kyoto où il a étudié la métallurgie. Il a été employé par la Nakajima Aircraft Company, mais a perdu son emploi avec l’interdiction pour le Japon d’avoir des industries militaires après la Seconde Guerre mondiale.

Sur la recommandation d’un diseur de bonne aventure, il décida de devenir écrivain. Il a envoyé la deuxième ébauche de sa première histoire de détective, The Tattoo Murder Case, au grand écrivain mystère Edogawa Ranpo, qui a reconnu son talent et qui l’a recommandé à un éditeur. Il a été publié en 1948. Il a reçu le prix sho de Tantei (prix de club d’écrivains de mystère) pour son deuxième roman, le cas de meurtre de Noh Mask en 1950.

Takagi était un expert juridique autodidacte et les héros dans la plupart de ses livres étaient habituellement des procureurs ou des détectives de police, bien que le protagoniste dans ses premières histoires ait été Kyosuke Kamizu, professeur adjoint à l’université de Tokyo.

Takagi a exploré les variations sur le roman policier dans les années 1960, y compris les mystères historiques, les romans picaresques, les mystères juridiques, les histoires économiques de crime, et l’histoire alternative de la science-fiction.

Il est décédé en 1995.

(Source Wikipedia Anglais adapté et traduit par mes soins)

Quatrième de couverture :

Tokyo, été 1947. Dans une salle de bains fermée à clef, on retrouve les membres d’une femme assassinée. Son buste – lequel était recouvert d’un magnifique irezumi, ce célèbre tatouage intégral pratiqué par les yakuzas qui transforme tout corps en œuvre d’art vivante – a disparu.

Le cadavre est découvert par deux admirateurs de la victime : un professeur collectionneur de peaux tatouées et le naïf et amoureux Kenzô Matsushita. La police a deux autres meurtres sur les bras : le frère de la première victime, dont le corps était lui aussi recouvert d’un irezumi, retrouvé mort et écorché, et l’amant jaloux de la jeune femme, tué d’une balle dans la tête.

Frustré par leur incapacité à résoudre ces affaires, Matsushita appelle à la rescousse Kyôsuke Kamisu, dit «le Génie». Seul ce surdoué charismatique et élégant peut démasquer le psychopathe arracheur de tatouages.

Paru en 1948 au Japon, vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, Irezumi, véritable classique du polar nippon, est enfin publié en France.

Mon avis :

Ce roman, datant de 1948 est clairement à classer dans la catégorie des Whodunit, comme disent les Anglo-Saxons, que l’on peut traduire par Qui l’a fait. Après nous avoir présenté le contexte pendant les 80 premières pages, où on nous présente une jeune femme ayant un tatouage magnifique sur le dos, nous entrons dans le vif du sujet (si je puis dire).

Le corps de cette jeune femme est découvert dans sa salle de bains. Enfin, le corps, j’exagère un peu, puisqu’on ne retrouve que ses membres, l’assassin ayant taillé dans le vif pour emporter le tronc de la belle jeune femme. Pour autant, l’auteur nous évite les descriptions macabres et sanguinolentes, ce qui est un plus pour moi. Par contre, il nous donne à résoudre un sacré mystère : L’eau de la baignoire coule et il y a deux accès à la salle de bains qui sont la porte et la fenêtre, et les deux sont fermés de l’intérieur.

Vous l’aurez compris, il va falloir faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et de logique pour comprendre ce qui s’est passé et qui a perpétré le crime. A la façon d’un Sherlock Holmes, l’auteur va nous livrer un roman policier que l’on peut considérer comme un classique. L’intrigue est retorse au possible, et la façon de trouver la solution bigrement originale à moins qu’elle ne soit tout simplement asiatique dans son mode de réflexion.

J’ajouterai deux choses à propos de ce roman, qui est remarquablement bien traduit car me semblant fluide et très compréhensible. L’auteur s’est contenté d’un roman policier classique où il détaille plus la psychologie des personnages que le contexte. Ensuite, il vous faudra faire un effort quant aux noms des protagonistes car les noms et prénoms des Japonais ne sont pas évidents pour nous européens. Amateurs de romans policiers aux énigmes particulièrement retorses, vous êtes prévenus !

Oldies : Tueurs de flics de Frédéric H.Fajardie

Editeur : Gallimard (La Table Ronde)

C’est tout d’abord Jean Marc Lahérrère qui a attiré mon attention sur cet auteur, dont je ne connaissais que le nom. Puis, la couverture, le titre et la réédition chez La Table Ronde ont fait que je me suis jeté dessus. Quelle claque !

L’auteur :

Il grandit dans la librairie de son père bouquiniste et libertaire, rue de Tolbiac dans le 13e arrondissement de Paris, où il lit de très nombreux romans et nouvelles. Dès l’âge de 16 ans, le marxisme devient le repère idéologique de sa vie. En 1968, acquis aux idées de gauche, il milite à la Gauche prolétarienne, exerce divers petits métiers et, dès le mois de mai 1968, veut devenir le premier militant « engagé » à écrire des romans noirs.

Il publie son premier roman noir Tueurs de flics, en août 1979. Dans cette adaptation très libre de l’Orestie, un mythe de la Grèce antique, un commissaire est chargé d’une enquête qui doit lui permettre «d’arrêter des tueurs qui se plaisent à découper ses collègues». Ce premier roman s’inscrit dans le nouveau genre littéraire du néo-polar. Il est salué, dès cette époque, par les critiques Max-Pol Fouchet et Alain Dugrand.

À partir du milieu des années 1980, il signe des scénarios pour le cinéma et commence en parallèle à publier des romans de facture plus classique, tout en poursuivant son œuvre dans le roman noir. En 1989, le critique Renaud Matignon fait son éloge.

Réfractaire aux étiquettes et aux ghettos, il n’apprécie pas le socialisme mitterrandien, contre lequel il écrit, en 1993, Chronique d’une liquidation politique.

En 1998, avec la bénédiction du critique Bernard Frank, il participe à l’émission littéraire Le Cercle de minuit.

Il a été le parrain du Salon du livre d’expression populaire et de critique sociale d’Arras ; l’édition 2009 de ce salon lui a rendu un grand hommage.

Pour Fajardie, polar et roman noir sont les meilleurs moyens d’explorer l’envers et les travers de la société contemporaine. Dans son œuvre, où l’esprit chevaleresque de ses personnages s’oppose à la médiocrité contemporaine, son gauchisme politique s’allie aux valeurs d’honneur, de fidélité et souvent de fraternisation au-delà des oppositions idéologiques ou historiques.

Ses œuvres, dans leurs versions publiées aux éditions NÉO (reprises ensuite par La Table ronde), portent des couvertures dessinées par Jean-Claude Claeys. Elles restituent à merveille la sombre atmosphère urbaine, la violence et la désillusion qui se mêlent dans l’œuvre de Fajardie.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

 » Tuer les flics, comme ça, c’est déjà bizarre, mais les découper en lamelles, en faux-filets, en fines tranches et finir par les bouffer, ça vous a carrément un coté farce.

Sauf que ces trois types étaient plutôt du genre pince-sans-rire. « 

Mon avis :

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le commissaire Padovani n’a pas la langue dans sa poche. Et ce qu’il raconte va forcément en choquer quelques uns, par le ton cru et l’acuité de ses observations sur notre société. Ecrit en 1975, on pourrait penser qu’il parle d’aujourd’hui, tant rien n’a changé ! Et ça flingue, ça claque et Dieu que c’est bon !

Ne vous arrêtez pas à la quatrième de couverture qui date des années 70 et qui, je trouve dessert quelque peu le roman, car on peut croire à un mélange d’humour glauque et de gore.

Le roman commence par une scène d’anthologie, et je pèse mes mots. Le commissaire Padovani est envoyé en tant que négociateur pour une prise d’otage dans un magasin d’électroménager. Le preneur d’otage est nu, et revêt seulement un gigantesque paquet de lessive Paic. Il n’a pas de revendications et Padovani finit par le descendre. Ses supérieurs apprécient moyennement ce dénouement et lui demandent de démissionner. Mais avant cela, il doit mettre fin à des meurtres en série de flics, à raison d’un par semaine.

Et voilà comment, à partir d’un synopsis simple, on se retrouve avec une pépite de polar noir, avec des vrais gens dedans, et surtout un observateur cynique et parfaitement lucide qui va raconter ce qu’il voit et ce qu’il pense. Quelque soit la situation, il va nous remettre à notre place et montrer le ridicule d’une société de consommation, de communication, et j’en passe qui sont à la fois drôle, grinçant, rebelle et clairvoyant.

Si on assiste au quotidien de la vie de flic, si on voit à quelle (s) pression (s) ils ont affaire, c’est le style de l’auteur qui marque les esprits. Le style est direct comme autant d’uppercuts qu’on prend dans la gueule. Pour autant, il n’y a jamais de vulgarités, mais juste des mots, des phrases qui nous remettent à notre place. L’efficacité littéraire a rarement atteint un tel degré de perfection.

Et si j’ai parlé de la scène d’introduction, je peux vous dire que toutes les scènes sont géniales sans qu’il n’y ait jamais de temps mort. Même la scène de fin, en forme de western apocalyptique, décalé et énorme va vous en mettre plein les yeux.

Depuis, je me suis renseigné : C’est la première aventure du commissaire Antonio  Padovani qui, sur la demande de l’écrivain et journaliste Jean-Paul Kauffmann, reviendra dans La théorie du 1% et deviendra un héros récurrent dans l’œuvre de Fajardie.

Ne ratez pas les billets de Charybde2 et les billets de Jean-Marc sur d’autres romans de Frédéric Fajardie ici et .

Oldies : Zig Zag de Ross Thomas

Editeur : Sonatine

Collection : Sonatine +

Traducteur : Patrick Raynal

J’aurais tendance à dire que dès que vous voyez un roman de cette collection Sonatine +, il faut que vous vous jetiez dessus. Encore une fois, ils nous proposent de lire un roman qui est un pur régal de lecture, à mi-chemin entre roman d’aventures et roman politique.

L’auteur :

Ross Thomas (né le 19 février 1926 à Oklahoma City – décédé le 18 décembre 1995 à Santa Monica) est un auteur américain de romans policiers, qui publie aussi sous le pseudonyme de Oliver Bleeck.

Avant de publier des romans, Ross Thomas est journaliste au Daily Oklahoman, puis combat durant la Seconde Guerre mondiale aux Philippines. Démobilisé, il travaille dans les relations publiques (pour un syndicat agricole américain puis pour un chef nigérian), le journalisme (correspondant à Bonn) et la politique : il est même conseiller pour la présidence des États-Unis de 1964 à 1966.

Les romans de Ross Thomas ont un style aussi énergique que lapidaire, des dialogues pleins de punch, des intrigues solides et des personnages hauts en couleur. Spécialiste du thriller politique à ses débuts, son style s’affirme sur le tard. Ses personnages se font alors grinçants, ses intrigues se concentrent sur l’arnaque, ce qui emporte notamment l’adhésion de Jean-Patrick Manchette, qui traduira en français plusieurs de ses dernières œuvres.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Artie Wu et Quincy Durant se sont rencontrés enfants dans un orphelinat. Depuis, Artie le rusé et Quincy le colérique forment un duo de choc, passé maître dans les jeux de dupes, auquel le gouvernement américain fait parfois appel pour des missions loin d’être officielles.

Installés dans une luxueuse maison sur la côte californienne, nos deux hommes auraient peut-être pu prétendre à une existence tranquille si Artie ne s’était pas vautré un beau matin sur un pélican mort. Secouru par leur voisin, « l’homme aux six lévriers », un richissime homme d’affaires, Artie en profite pour lui faire une étonnante proposition qui pourrait leur permettre à tous de gagner beaucoup d’argent. Bien sûr, avec Artie et Quincy, le hasard n’en est jamais vraiment un. Et ce qui commençait comme une escroquerie savamment élaborée va bientôt prendre un tournant totalement inattendu et devenir une enquête entêtante sur le meurtre d’un sénateur américain.

Zigzag est un pur plaisir de lecture : des dialogues désopilants, une intrigue palpitante et aussi tordue que ses protagonistes, des héros férocement attachants et une ambiance délicieusement 70’s. Auteur culte du roman noir au même titre que Donald Westlake ou Elmore Leonard, la signature de Ross Thomas reste reconnaissable entre toutes.

Mon avis :

Si cette rubrique existe, c’est bien pour me permettre de découvrir des auteurs d’antan … bien qu’antan ne veuille pas dire d’une autre époque. Car cette lecture s’avère toute aussi géniale et intemporelle que les romans de Donald Westlake, Elmore Leonard ou James Ellroy. Si la structure de ce roman est classique, c’est-à-dire que chaque chapitre décrit une scène qui, en général, se déroule dans un lieu, on ne peut qu’être charmé devant les dialogues, qui sont tout le temps percutants et pleins d’humour.

De même, chaque personnage qui apparait dans l’histoire aura droit à sa biographie plus ou moins longue, de quelques paragraphes à quelques pages selon l’importance qu’il aura dans la suite de l’intrigue. C’est dans ces moments là que je me dis que les grands auteurs se reconnaissent à leur faculté à laisser aller leur imagination et leur créativité pour inventer des personnages virtuels à l’aide de scènes tantôt amusantes tantôt abracadabrantes, mais qui nous paraissent à nous lecteurs vraies.

Si on peut par moments trouver le roman un peu bavard, il n’en reste pas moins que l’intrigue est bien tortueuse et qu’elle aboutit à une fin surprenante et malgré tout fort bien trouvée. Et puis, on aura eu lieu à notre lot d’arnaqueurs, de beaux pourris, de politiques véreux, de mafieux manipulateurs, et Wu et Durant sauront tirer leur épingle du jeu comme des grands princes, sans être ni tous blancs ni tous noirs, le monde étant un gigantesque plateau de jeu où seuls les tricheurs et les arnaqueurs s’en sortent. Et on referme le roman en se disant qu’on vient de terminer un polar costaud, un putain de bon roman que l’on aura eu plaisir à lire.

Oldies : Swastika night de Katharine Burdekin

Editeur : Piranha

Collection : Incertain futur

Traducteur : Anne-Sylvie Homassel

Ecrit en 1937, ce roman prémonitoire n’avait jamais été édité en France. Les éditions Piranha ont bien fait de ressortir ce roman, dont le but est d’alerter à la fois les populations de l’époque mais aussi celles d’aujourd’hui. Le fait de situer lui permet de rester d’actualité. C’est une véritable curiosité, un voyage dans le futur auquel je vous convie, en espérant que ce qui y est écrit n’arrive jamais.

L’auteur :

Katharine Burdekin, née Katharine Penelope Cade le 23 juillet 1896 à Spondon en Angleterre et morte le 10 août 1963, est une romancière britannique de littérature fantastique et futuriste. Elle écrit également sous les pseudonymes Kay Burdekin et Murray Constantine. Certains de ses romans sont catégorisés en tant que fiction féministe utopiste et dystopiste.

Quatrième de couverture :

Inédit en France, Swastika Night est la première mise en garde romanesque contre le nazisme, écrite par une militante féministe peu après l’ascension d’Hitler au pouvoir.

Sept cents ans après la victoire d’Hitler, le Saint Empire germanique a soumis la moitié du monde à l’idéologie nazie. La nouvelle société, empreinte de mythologie et d’ignorance, repose sur une stricte hiérarchie : les chevaliers et les nazis en occupent le sommet, tandis que les étrangers servent de main d’œuvre servile et les femmes, uniquement destinées à la perpétuation de la race, sont réduites à l’état animal. Lorsqu’ Alfred, mécanicien anglais en pèlerinage en Allemagne, est impliqué dans une rixe, il est conduit devant le chevalier von Hess, gouverneur du comté. Séduit par sa personnalité, von Hess ne tarde pas à lui révéler un secret qui le bouleverse. Mais la connaissance a un prix : celui du sang.

Mon avis

Dans quelques centaines d’années … Après la guerre de vingt ans, Hitler a mis à genoux le monde. Le monde se retrouve séparé en deux empires : L’empire germanique et l’empire japonais. Une nouvelle religion a vu le jour : celle d’Hitler ; car seul un Dieu pouvait vaincre le monde entier. Cette religion met l’accent sur la caste supérieure, celle des chevaliers. Les femmes, elles, sont réduites à enfanter des garçons.

Hermann est un jeune paysan allemand de 25 ans. Il assiste à une messe dans la chapelle Hitler, où un chevalier prêche la bonne parole auprès des femmes. Elles doivent enfanter des filles … euh des garçons. Les femmes, toutes au cuir chevelu rasé ne doivent pas savoir que l’Empire manque de femmes pour enfanter.

Hermann sort de la chapelle et rencontre Alfred. Alfred est Anglais, a 50 ans, et a rencontré Hermann en Angleterre, quand celui-ci y a fait son service militaire. Alfred est venu en Allemagne car il s’est donné une mission : détruire l’Empire Germanique. La rencontre de ces deux personnages avec un chevalier membre de l’ordre des Dix, Heinrich Von Hess va aller au-delà de ses espérances.

Après une scène d’introduction qui nous met dans une ambiance de fin du monde, en nous plongeant dans la nouvelle religion, en nous montrant que les femmes sont réduites à l’état de reproductrices, l’auteure nous met deux personnages en présence d’un dirigeant. Et je me suis dit : Heureusement que ce roman a été écrit par une femme, sinon on aurait pu prendre ce roman comme un traité ultra-misogyne.

Puis, nous basculons dans une bonne moitié de roman qui n’est qu’un dialogue entre Alfred et Herman Von Hess. C’est l’occasion tout d’abord de savoir comment la société est arrivée à de telles extrémités, puis cela devient une discussion sur la société, sur l’humanité, sur la religion, sur l’Histoire. Et le roman en devient un livre philosophique entre deux personnes qui ont des avis opposés ou différents. Si c’est parfois un peu bavard, il n’en reste pas moins que cela amène le lecteur à réfléchir.

La fin se veut à la fois pessimiste et optimiste. Mais il en ressort un message formidable : ce sont les nouvelles générations qui amèneront un monde meilleur ; c’est à elles de se baser sur l’Histoire pour construire un avenir qui balaiera la nuit d’aujourd’hui. Ce roman est une intéressante curiosité à ranger aux cotés d’Un monde meilleur d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell.

Fausse route de Pierre Merindol

Editeur : Les éditions de minuit, 1950 – Le Dilettante, 2016

C’est dans la revue 813 de l’association du même nom que j’ai trouvé cette idée de lecture. Si l’histoire se passe après guerre et est donc datée, le style en fait une œuvre moderne, noire, et poétique.

L’auteur :

Pierre Mérindol, pseudonyme de Gaston Didier, est un journaliste et écrivain français né le 13 août 1926. Il a été grand reporter au Progrès de Lyon pour qui il a notamment couvert le procès de Klaus Barbie en 1987. Il est décédé à 86 ans à la suite d’une crise cardiaque le 8 août 2013 à l’hôpital du Tonkin de Villeurbanne (Rhône) à 2 h 53. Il aurait eu 87 ans quelques jours après.

Résumé de l’éditeur :

Mérindol, nom rêvé pour un village, ou pour un couteau de poche, l’un qu’on respire fleuri à souhait, l’autre, fidèle, à la main. En l’occurrence, notre Mérindol à nous, Pierre, né Gaston Didier, c’est un zigue de première, complice de Robert « Bob » Giraud, l’auteur du Vin des rues, l’Homère des rades, et Robert Doisneau, l’Orphée du Rolleiflex. Formé après-guerre, le trio triole à souhait quelques années puis s’explose, chacun prenant sa voie : Robert Doisneau devient Doisneau, Giraud reste Bob, se fondant dans son paysage intime, notant, zinc après zinc, les « choses bues » du Paris populaire. Pierre Mérindol, lui, nous apprend Philibert Humm dans sa goûteuse préface, après avoir bezotté pour le galeriste Pierre Loeb, rôdé à la Contrescarpe et poussé une dernière fois, sur scène, la grande Fréhel, s’exfiltre, gagnant Lyon où il se mue en localier au Progrès.

De lui nous reste, paru en 1950 aux Éditions de Minuit, aujourd’hui réédité par Le Dilettante, Fausse route. L’histoire d’une paire de drôles, le conteur et son pote Édouard, qui se camionnent la France en tous sens. Ils héritent en cours de route de la Françoise, une drôlesse finaudement mélancolique qui devient leur part à deux, à la pause ou sur les cageots de légumes et finit par se mettre avec Édouard, ouvrant un bar de poche rue Mouffetard. Sortie de route prévisible, hélas, quand se joindra au trio le gars Jules, nigaud ardent et brouilleur de cartes. Sans pause pipi, ni arrêt buffet, au fil de ce road-book noirissime, les routiers de Mérindol taillent la route à la diable, bitume et toiles cirées, en tous sens, panneaux publicitaires succédant à de somptueuses apparitions de villes ou éclosions de campagnes. Le Ciel est aux violents, dit-on, l’enfer aux fous du volant, dont acte.

Mon avis :

Dans l’après-guerre, il n’y avait pas encore d’autoroutes. Alors les trajets se faisaient par des « Routes Nationales », qui bien souvent faisaient des tours et des détours et traversaient tous les villages sur le chemin. C’est vrai qu’aujourd’hui, nous sommes une société qui va vite. A l’époque, il devait aussi y avoir moins de circulation. Toujours est-il que les transports de marchandises circulaient tous les jours, du lundi au samedi.

Le narrateur (on ne connaitra pas son nom) est conducteur de camions de marchandises et il transporte les fruits et légumes vers la capitale, vers les Halles de Paris, qui étaient à l’époque en plein centre de Paris. Que ce soit de jour ou de nuit, ce métier lui convient bien, se laissant bercer par les ahanements du camion, et admirant la calme beauté des différents paysages qu’il a l’occasion de traverser.

Quand tout se passe bien, il est agréable de se faire masser par les soubresauts du siège. Il est agréable de fréquenter les bistrots, de prendre son café – rhum, de rencontrer les collègues, même s’il n’aime pas beaucoup parler. Et le fait d’être seul lui permet de toucher plus d’argent. C’est à Paris qu’il rencontre Edouard et cela se passe moyennement à coup de tête et de poings. Puis, à force, Edouard devient le co-pilote.

Quand tout se passe bien, il est agréable de faire la route avec un ami, même s’il ne parle pas beaucoup. Les filles, c’en est presque devenu un sujet de discussion, voire un fantasme. Celles qui acceptent de passer la nuit sont communes. Jusqu’à ce qu’ils croisent Françoise. Elle est à l’un, elle est à l’autre, jusqu’à ce qu’elle devienne celle de l’un mais folâtre avec un troisième. La rancœur et la jalousie noircissent le tableau.

Quand tout se passe mal, le paysage devient noir et rouge sang. Le rythme du camion devient lancinant, sa vitesse trop lente, énervante. D’un drame annoncé et subtilement amené, cela sera dépeint comme un tableau de maitre, comme un vulgaire fait divers, alors que ce roman est bien plus que cela : un si beau et si doux moment de vie au ton désenchanté et noircissime.