Archives pour la catégorie Oldies

Ô dingos, ô châteaux de Jean-Patrick Manchette

Editeur : Gallimard

Je continue ma découverte des romans de Jean-Patrick Manchette, avec ce roman bien implanté dans les années 70, mais qui bénéficie d’un traitement tellement moderne que c’en est surprenant. A redécouvrir !

Thompson, tueur à gages de son état, vient à peine de terminer son précédent contrat qu’il est contacté pour une prochaine affaire. L’homme qu’il rencontre dans une brasserie des Champs-Elysées lui présente la photographied’un jeune garçon roux. Le fait qu’il y ait un enfant dans le lot ne le gêne pas outre mesure. A chaque fois qu’il doit exécuter une tâche, son ulcère se rappelle à ses bons souvenirs.

Michel Hartog, architecte de renom et célèbre richissime homme d’affaires, et son chauffeur débarquent dans un asile psychiatrique pour embaucher Julie Ballanger, une pensionnaire pas très stable. Hartog a hérité des biens de son frère à leur mort et est devenu le tuteur de son neveu Peter. Julie remplacera la précédente nurse qui est partie excédée par le jeune trublion et logera dans le château.

Alors que Julie emmène Peter au jardin du Luxembourg, Thompson et ses comparses bien peu futés Bibi, Nénesse et Frédo, enlèvent Julie et Peter et les enferment dans une maison de campagne isolée. L’objectif est de faire croire que Julie est la commanditaire de la demande de rançon, ce qu’on lui demande d’écrire sur la lettre qui va être envoyée à Hartog. Mais rien ne va se dérouler comme prévu.

Voilà un roman bien étrange qui bénéficie d’un style behavioriste digne des plus grands auteurs américains. Si le roman est court, les scènes se multiplient, donnant toutes une sensation que l’on se balade dans un monde de dingues. Entre les truands responsables de l’enlèvement, l’entourage de Hartog ou même les flics ou les journalistes, seule Julie semble avoir la tête sur les épaules, ce qui est un comble pour quelqu’un qui sort d’un asile psychiatrique.

Même si ce roman n’apparait pas comme ouvertement politique, l’auteur nous montre un monde de dingue où il n’y en a pas un pour relever l’autre, et surtout il nous précise que les riches, qui ont volé leur fortune sur laquelle ils se reposent, ne sont pas là pour hausser le niveau. Cela donne une impression de furieux bordel où chacun croit savoir ce qu’il fait mais personnene maitrise rien des événements. Et l’humour décalé dans les situations aussi bien que dans les dialogues plaide dans ce sens.

Cette course poursuite va suivre un rythme croissant, débouchant sur une scène dramatique dans un labyrinthe à ne pas rater. Et le contexte loufoque présenté plus tôt dans le roman nous rend cette scène d’autant plus jouissive. Ayant remporté le Grand Prix de Littérature Policière en 1973, cette récompense vient mettre en lumière un roman original, bien particulier qui le mérite amplement.

Ce roman a aussi été adapté en Bande Dessinée par Tardi.

Oldies : Shibumi de Trevanian

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anne Damour

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de découvrir un roman culte, écrit par un auteur resté mystérieux. Et quel roman !

L’auteur :

Rodney William Whitaker, plus connu sous son nom de plume Trevanian, est un écrivain américain, né le 12 juin 1931 à Granville, dans l’État de New York, et mort le 14 décembre 2005 dans le West Country, en Angleterre. Il a aussi utilisé son vrai nom ainsi que d’autres pseudonymes : Beñat Le Cagot, Jean-Paul Morin et Nicholas Seare.

Rodney Whitaker est né dans une famille qui doit lutter contre la pauvreté. Dans sa jeunesse, il vit plusieurs années dans la ville d’Albany, capitale de l’État de New York, une période qu’il raconte dans The Crazy ladies of Pearl Street, son dernier ouvrage publié.

Il sert dans la Marine américaine de 1949 à 1953, pendant la guerre de Corée. À son retour, il entreprend des études supérieures et obtient une maîtrise de théâtre à l’université de Washington et un doctorat en communication et cinéma à l’université North western, sise en banlieue de Chicago. Il enseigne ensuite la mise en scène au Nebraska. Plus tard, il reçoit une bourse Fulbright pour étudier en Angleterre.

Il devient ensuite professeur, puis directeur du département des communications de l’université du Texas à Austin pendant de nombreuses années. Quand le succès littéraire le lui permet, il quitte ce poste et vit pour de longues périodes, avec sa famille, dans la campagne basque française.

Dans les années 1970, il amorce une carrière d’écrivain et choisit le pseudonyme de Trevanian en l’honneur de l’historien britannique George Macaulay Trevelyan (1876-1962). Il a 40 ans quand paraît son premier roman La Sanction (The Eiger Sanction, 1972), un récit d’espionnage parodique dont le héros est l’arrogant, snob et insupportable professeur d’histoire de l’art Jonathan Hemlock. Alpiniste émérite et tueur à gages pour les services du renseignement américain, il doit tuer un des membres de sa cordée pendant l’ascension de la face nord de l’Eiger, en Suisse. Pour ce personnage, chaque mission est une « sanction » qui, une fois accomplie, lui permet d’acheter des tableaux impressionnistes pour compléter sa riche collection. Le roman est adapté au cinéma en 1975 sous le même titre par Clint Eastwood avec le réalisateur dans le rôle de Jonathan Hemlock et Rodney Whitaker comme co-scénariste. L’espion Hemlock revient dans le roman L’Expert (The Loo Sanction, 1973) avant que Trevanian ne l’abandonne.

Le Flic de Montreal (The Main, 1976), d’abord publié sous le pseudonyme de Jean-Paul Morin, puis sous celui de Trevanian, est un roman policier de procédure policière situé dans un quartier pauvre de Montréal. Il a pour héros le lieutenant de police quinquagénaire, solitaire et désabusé Claude LaPointe.

Shibumi (1979) est un thriller d’espionnage qui met en scène Nicholaï Hel, à la fois maître du jeu de go, adepte des arts martiaux et tueur professionnel, où le récit s’intéresse moins à sa mission qu’à la jeunesse du héros à Shanghai et au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1983, Trevanian signe L’Été de Katya (The Summer of Katya), un roman d’horreur psychologique. En 1998, il revisite le roman western avec Incident à Twenty-Mile (Incident at Twenty-Mile). Cette diversité dans les genres abordés a longtemps laissé croire que le pseudonyme Trevanian était en fait le nom de plume d’un groupe d’écrivains. Sous le nom de Nicolas Seare, Trevanian a également publié des contes se déroulant à l’époque médiévale.

Professeur d’université, il passe une grande partie de sa vie reclus avec sa famille dans les Pyrénées basques de France, refusant tout entretien et toute photographie. En 1979, lors de la sortie du livre Shibumi, il accorde toutefois une première interview par téléphone sans livrer son identité. Celle-ci sera dévoilée en 1983 mais confirmée seulement en 19982.

Ses livres sont traduits en quatorze langues, plusieurs d’entre eux étant des best-sellers : entre 1972 et 1983, cinq de ses livres se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires chacun.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Nicholaï Hel est l’homme le plus recherché du monde. Né à Shanghai en plein chaos de la Première Guerre mondiale, fils d’une aristocrate russe et protégé d’un maître de go japonais, il a survécu à la destruction d’Hiroshima pour en émerger comme l’assassin le plus doué de son époque. Son secret réside dans sa détermination à atteindre une forme rare d’excellence personnelle : le shibumi. Désormais retiré dans sa forteresse du Pays basque en compagnie de sa délicieuse maîtresse, Nicholaï accueille une jeune étrangère venue lui demander son aide. Il se retrouve alors traqué par une organisation internationale de terreur et d’anéantissement, la Mother Company, et doit se préparer à un ultime affrontement.

Shibumi, le chef-d’œuvre de Trevanian, est un formidable roman d’espionnage et une critique acerbe de l’Amérique. Avec, toujours, l’intelligence et l’humour noir qui sont la marque de fabrique de cet auteur exceptionnel.

Mon avis :

A vrai dire, je n’avais pas lu d’avis détaillé sur ce roman, et j’ai juste suivi sa réputation de livre culte. Et j’ai été totalement surpris et enchanté par ce roman. Le personnage Nicholaï Hel est une sorte de personnage dénué d’émotions, qui atteint l’ultime état de sagesse de l’esprit, l’apaisement total et la communion avec la nature. Depuis sa retraite, il vit reclus dans son château du pays basque.

En parallèle, l’auteur nous montre l’état géopolitique du monde, et une organisation nommée la Mother Company qui, en restant totalement secrète, a accès à toutes les informations et manipulent les gouvernements et les organisations secrètes (comme la CIA ou le MI5) sans que personne ne la soupçonne.

A la suite de l’assassinat des sportifs israéliens à Munich en 1972, un groupe de tueurs nommé les septembristes se donne rendez-vous à l’aéroport de Rome pour joindre Londres et assassiner les coupables. Une fusillade se déclenche et ils sont tous tués sauf une jeune femme, Hannah Stern, la fille d’un ami de Nicholaï qui va lui demander de l’aide.

Organisé comme les étapes d’un jeu de Go, ce roman va passer en revue la biographie de Nicholaï : né à Shanghai d’une mère russe et d’un père américain, il se retrouve sans nationalité et est recueilli par un général japonais qui l’initie au jeu de Go. Doué en langues, il en parle rapidement cinq, et se retrouve à nouveau seul pendant la deuxième guerre mondiale. Après la défaite japonaise, il se fait embaucher par les services secrets américains en tant que traducteur.

D’une construction implacable, d’un style très détaillé et littéraire, Trevanian nous offre tout un pan du monde moderne, à travers le destin de ce jeune homme appelé à devenir le tueur le plus habile, capable de tuer avec une feuille de papier. On y trouvera que peu d’action, tout étant condensé dans les 150 dernières pages. Tout le roman va s’attarder sur d’un coté Nicholaï et ce qu’il a vécu et de l’autre sur la Mother Company et son pouvoir néfaste.

Alors qu’il fait preuve d’un humour noir féroce, Trevanian va nous démontrer la décadence de la société continentale, en opposant l’inutile société matérialiste et capitaliste à la société orientale spirituelle. Tout le monde en prend pour son grade, les Etats-Unis, bien sur, mais aussi la Russie, la France, l’Italie, l’Allemagne et bien d’autres. Trevanian nous montre qu’il y a une autre possibilité de vivre que la consommation à outrance ; et que les pays industrialisés, sous couvert de vouloir donner le pouvoir au peuple en imposant la démocratie, ne servent que l’intérêt de certains. S’approchant d’un brûlot, Trevanian accuse donc les pays industrialisés d’exploiter les plus pauvres et de vouloir imposer leur mode de vie, à l’aide de ruses très élaborées ne prenant aucun cas de la vie humaine.

Ce roman, étonnant de modernité, fait encore écho à la situation actuelle, ce qui démontre que rien n’a changé en 40 ans. Même si sa lecture est dense et nécessite de l’attention, on y plonge avec un plaisir gigantesque et on quitte le roman à regret. Après, on n’a plus qu’une seule envie : parler à tout le monde de ce roman pour que tout le monde le lise. Ce roman est juste fantastique, fascinant, drôle, cynique, féroce, puissant.

Oldies : Fay de Larry Brown

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Daniel Lemoine

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de poursuivre la découverte des romans de Larry Brown, avec ce roman qui est la suite de Joe, chroniqué ici avec un coup de cœur.

Quatrième de couverture :

À dix-sept ans à peine, Fay fuit une vie de misère. Elle s’élance sur les routes du Mississippi pour gagner la mer et un autre avenir. Elle n’a pas mis les pieds à l’école depuis longtemps, ignore beaucoup des règles de la vie en société et ne sait pas vraiment ce que les hommes attendent des femmes. Belle, lumineuse et parfois inconsciente, elle trace sa destinée au hasard de ses rencontres, s’abandonnant aussi facilement qu’elle prend la fuite. Mais cette femme-enfant, qui ne réalise qu’à demi l’emprise qu’elle exerce sur ceux qui croisent son chemin, laissera dans son sillage une traînée de cendres et de sang.

Mon avis :

Ayant décidé de fuir sa famille et en particulier son père alcoolique, fainéant, violeur et violent, Fay Jones, du haut de ses 17 ans, va parcourir le Mississipi pour rejoindre Biloxi et ses plages paradisiaques vers une vie de rêve. A la fois naïve et belle comme un cœur, elle va apprendre la vie à travers différentes expériences et devenir une femme fatale à qui aucun homme ne peut résister. Elle va trouver un lit dans un camping auprès de jeunes gens vivant d’alcool et de drogue avant de rencontrer Sam, un policier de la route.

Sam et sa femme ont du mal à surmonter la mort de leur fille. Ils accueillent donc les bras ouverts Fay qui va découvrir cette nouvelle vie comme un paradis. Jusqu’à ce qu’elle se rende compte que Sam trompe sa femme devenue alcoolique. C’est d’ailleurs à cause de l’alcool qu’elle trouvera la mort et que Fay la remplacera … jusqu’à un nouveau drame qui l’obligera à reprendre la route et à rencontrer Aaron, un videur de boite de nuit violent tombé fou amoureux d’elle.

Ecrit dans un style littéraire et méticuleux, Larry Brown continue à nous montrer la société américaine, en s’écartant des miséreux pour détailler la vie des ouvriers. Il montre des gens qui dépensent leur argent en alcool ou en drogues dans un monde sans pitié, un monde sauvage ne respectant que la loi du plus fort. Il est d’ailleurs intéressant de voir que l’auteur oppose Sam à Aaron, comme deux faces d’une même pièce de monnaie, le Bien et le Mal. Pour autant, chacun de ces deux mâles vont succomber aux charmes de Fay et avoir une psychologie complexe et bien plus nuancée qu’une simple opposition Bien/Mal.

On voit aussi Fay, une femme fatale moderne, qui va devenir consciente de son pouvoir d’attraction envers les hommes, et sa capacité à les utiliser. De jeune femme victime, elle va orchestrer les événements à son profit et devenir femme manipulatrice. Personnage éminemment complexe, semblant parfois rechercher une sécurité, parfois prenant des décisions, elle démontre une sacrée faculté à obtenir ce qu’elle veut avec un beau machiavélisme.

De ce personnage féminin d’une force remarquable, de cette peinture de la société sans concession, de ce style si détaillé, de cette intrigue suivant l’itinéraire d’une adolescente, nous garderons cette image bien noire des Etats-Unis brossée par Larry Brown, avec la sensation d’avoir parcouru un sacré chemin et avoir abordé des thèmes divers qui font réfléchir. De la grande littérature, tout simplement.

Oldies : Joe de Larry Brown

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Lili Sztajn

Attention, Coup de Cœur !

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de découvrir, si vous ne le connaissez pas, l’un des meilleurs auteurs américains, injustement considéré et méconnu chez nous, Larry Brown.

L’auteur :

Larry Brown, né le 19 juillet 1951 à Oxford dans le Mississippi aux États-Unis et décédé le 24 novembre 2004 à Oxford dans le Mississippi aux États-Unis d’une crise cardiaque, est un écrivain américain.

Il fréquenta brièvement l’université du Mississipi sans en être diplômé. Après avoir servi dans l’US Marine et exercé de multiples petits boulots : bûcheron, charpentier, peintre, nettoyeur de moquette, tailleur de haies, il fut pompier pendant seize ans. Un éditeur remarque un jour une de ses nouvelles dans un magazine et, enthousiasmé par son écriture forte, décide de prendre contact avec lui : il lui demande s’il aurait d’autres nouvelles à publier.

L’écrivain lui répond qu’il en a des centaines. En quelques années, Larry Brown est reconnu comme un grand romancier, par la critique qui lui décerne de nombreux prix tel le Southern Book Critics Circle Award for Fiction, comme par les lecteurs.

Il décède d’une crise cardiaque en 2004 à l’âge de cinquante-trois ans, laissant une œuvre forte et inachevée de six romans, deux recueils de nouvelles, une autobiographie et un essai. Deux nouvelles et le roman Joe ont été adaptés au cinéma. Il fait un caméo dans le film Big Bad Love d’Arliss Howard en 2001.

Quatrième de couverture :

C’est dans les forêts du nord du Mississippi que Joe Ramson, quadragénaire alcoolique et désabusé, va rencontrer Gary Jones, un gamin de quinze ans, illettré, ne connaissant ni sa date ni son lieu de naissance. Une fleur poussée sur le fumier ou l’absolue misère croisant le chemin d’un homme marginal et violent mais profondément humain. Joe dirige une équipe de journaliers noirs chargée d’empoisonner les arbres inutiles et de les remplacer par des pins qui seront utilisés comme bois d’abattage par les grosses compagnies forestières.

Gary est venu à pied depuis la Californie avec ses parents et ses deux sœurs. Ils se nourrissent en fouillant les poubelles et se sont installés au fond des bois dans une vieille cabane en rondins inhabitée depuis longtemps. Wade, le père, est un ivrogne, fainéant, mauvais et puant jusqu’au bout des ongles, exploitant et volant son fils pour quelques canettes de bière. Ce dernier réussit à se faire embaucher par Joe et il devient son ami. Du fond de son ignorance, Gary sent que son salut viendra de cet homme à l’avenir incertain.

Larry Brown offre aux lecteurs une histoire dans la grande tradition du roman américain. Histoire de Blancs pauvres et de Noirs indigents avec l’alcool et les coups pour unique langage. Une histoire tragique où le dénuement et le désespoir entraînent pour ces hommes la perte de leur humanité. Un récit terrifiant et émouvant. Claude Mesplède

Mon avis :

Relire ce roman permet de relativiser sur le niveau littéraire de beaucoup de romans actuels et je me demande si on ne devrait pas parler plus souvent des œuvres essentielles. Joe de Larry Brown est à classer comme un classique de la littérature américaine et le fait qu’il soit si peu connu chez nous est juste incompréhensible. Les mots me manquent pour qualifier ce livre, et un seul mot me vient à l’esprit : Monument. Au même titre que Père et Fils, d’ailleurs, autre roman de cet auteur.

S’appuyant sur trois personnages forts, Larry Brown ne se contente pas d’analyser l’illusion du rêve américain, mais situe son roman au niveau de l’Homme et de son envie ou besoin de liberté. Construit comme une rencontre entre Gary, un jeune adolescent illettré mais travailleur vivant dans une famille extrêmement pauvre et Joe, un bucheron alcoolique et foncièrement indépendant, libre et indépendant, le roman fait partie de ces témoignages sur la vie de ceux qui sont oubliés par le rêve Américain.

Le personnage qui marque le lecteur est bien entendu Wade Jones, le père de Gary, un fainéant alcoolique, violent, qui martyrise sa famille pour justifier sa position de Chef. Les Jones n’ont pas de maison, et errent à la recherche de travail pour payer l’alcool du père. Gary veut travailler pour gagner de l’argent et partir loin de cet enfer. Il rencontre Joe qui place sa liberté au-dessus de tout et de tous, ayant abandonné sa famille et même ses relations avec les autres, au profit de l’assouvissement de ses envies.

Roman d’émancipation, d’éducation et de rédemption, ce roman présente l’avantage de ne pas opposer des gentils avec des méchants. Tous les personnages ont leurs propres motivations et sont tous blâmables, dans une société « normale ». Larry Brown nous montre la société des libertés qui pousse chacun à ne penser qu’à lui avant tout, et à renier sa responsabilité collective, quitte à payer les conséquences de ses actes.

Avec une plume brutale mais formidablement évocatrice, cette histoire faire d’alcool et de bagarres, de sueur et de haine nous montre que même avec des personnages extrêmes, l’espoir d’une vie en société peut exister ; et qu’avec de l’éducation, on peut aboutir à une société vivable. Joe est un hymne littéraire à l’humanisme, sans concession, et d’une formidable force. On n’est pas prêt d’oublier ni ces personnages, ni ces forêts, ni cette intrigue terrible.

Coup de Cœur !

Ce roman est doté d’une suite, Fay, qui va nous montrer la vie de la jeune sœur de Gary qui a décidé de quitter sa famille. Nous en parlerons en septembre.

Oldies : Lucy in the sky de Pete Fromm

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman qui bénéficie d’une aura impressionnante !

L’auteur :

Pete Fromm est un écrivain américain né le 29 septembre 1958 à Milwaukee dans le Wisconsin.

Romancier et nouvelliste, il a connu un important succès public et critique grâce à Indian Creek, roman autobiographique dans lequel il raconte son expérience de la solitude au cœur des montagnes Rocheuses lorsqu’il était adolescent.

Après des études secondaires à Milwaukee, Pete Fromm étudie la biologie animale à l’université de Montana. D’octobre 1978 à juin 1979, il est embauché par l’office de réglementation de la chasse et de la pêche de l’Idaho pour rester seul dans les montagnes, en plein cœur de l’aire naturelle protégée de Selway-Bitterroot, à surveiller l’éclosion d’œufs de saumon.

C’est sur les conseils de Bill Kittredge, dont il a suivi un cours d’écriture créative à la seule fin de décrocher son diplôme universitaire, puis de Rick DeMarini, qui anime un atelier d’écriture auquel Pete Fromm assiste clandestinement, qu’il envisage d’écrire en profitant de son expérience des grands espaces et de la vie au grand air.

Il cumule plusieurs petits boulots, dont celui de maître-nageur à Lake Mead (Nevada), puis de Ranger dans le parc national de Grand Teton, au Wyoming avant de rencontrer un modeste succès avec son recueil de nouvelles The Tall Uncut (1992). La reconnaissance médiatique vient avec ses chroniques d’Un hiver au cœur des Rocheuses (1993), où il relate son expérience de l’hiver 1978-79.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.

Dans un Montana balayé par les vents, c’est la peur au ventre et la joie au cœur que Lucy, pleine de vie, se lance à corps perdu dans des aventures inoubliables.

Mon avis :

Quand on a 14 ans, un nouveau monde s’ouvre avec ce qu’il comporte de découvertes, de joies et de déceptions. Parce qu’ils habitent proches l’un de l’autre, Kenny et Lucy sont les meilleurs amis. Heureux dans leur vie de famille, ils vont vivre leur passage à l’âge adulte et découvrir ce que leurs parents cachent derrière leur insouciance de façade.

Pour ce faire, l’auteur a créé une famille d’Américains moyens, Chuck le père étant bucheron et donc souvent absent pour de longues périodes de la maison, Lainee la mère venant de trouver un travail. Lucy se distingue par son physique, ses airs de garçon manqué avec son crâne rasé ; cela lui permet de mieux se distinguer des autres au lycée. L’ambiance à la maison est à la fête, surtout quand le père est de retour et les blagues fusent ; il y règne une insouciance qui laisse flotter des passages fort drôles.

Puis lors d’une après-midi, Lucy découvre son premier baiser et ses relations avec Kenny vont s’infléchir vers un horizon qu’elle ne comprend pas, dont elle ne veut pas, préférant garder la douceur de l’enfance. En parallèle, elle s’aperçoit que ses parents qui étaient son modèle de bonne humeur, cachent des secrets qu’elle met à jour petit à petit. Elle se rend compte que le monde des adultes est tortueux et rempli de mensonges.

Rares sont les romans capables de nous emporter dans l’intimité d’une famille avec autant de facilité ! Les personnages ainsi que le ton, volontairement légers et sensibles, y sont pour beaucoup dans l’adoption de cette histoire et de son contexte. Le rythme et les événements vont au fur et à mesure montrer l’évolution de Lucy et placent ce roman sur le haut de la pile en termes de roman d’apprentissage. J’ai trouvé en particulier remarquable les descriptions des relations familiales et leur évolution.

Il serait dommage de réduire ce roman à une bluette d’adolescente qui découvre l’amour. Le personnage de Lucy occupe le devant de la scène, et ce personnage féminin est si fort, si franc, si réaliste qu’il en devient obsédant, inoubliable. Elle a un humour décalé, hérité de ses parents, qui se transforme rapidement en réparties cyniques puis en répliques cinglantes. Le caractère de Lucy se révèle suffisamment complexe pour qu’on s’y attache, tout en contradiction, entre sa volonté de grandir et celle de rester une enfant.

Si par moments, on sent poindre une certaine réflexion puritaine, l’auteur s’efforce tout de même de rester neutre, dans la peau de Lucy. Il n’en reste pas moins que l’on voit poindre un exemple de lutte pour la liberté, pour l’émancipation de la femme et pour le droit à vivre sa vie comme on l’entend, sans juger les autres. D’autant plus, que l’espoir renait grâce à certains autres personnages qui sortent du lot des moutons. Un roman formidable.

Oldies : Hot spot de Charles Williams

Editeur : Gallmeister

Traductrice : Laura Derajinski

Attention, coup de cœur !

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman écrit par un auteur culte, toujours au sommet de son art comme il le démontre ici.

La biographie de l’auteur est disponible ici.

Harry Madox débarque de la grande ville dans une bourgade de campagne. Il ne tarde pas à trouver un travail de vendeur de voitures dans concession automobile de George Harshaw. A l’image de son nouveau patron, Madox a un franc parler et une attitude hautaine qui n’attire pas la sympathie mais il a le bagout suffisant pour qu’il excelle dans son travail. Rapidement, il va faire connaissance avec les autres employés, Gullitt vendeur comme lui et Gloria Harper, jeune femme d’une vingtaine d’années chargée des emprunts aux clients.

Alors que la température devient étouffante en cette journée d’été texane, Madox se rend à la banque pour ouvrir un compte et est surpris par le vacarme des sirènes des pompiers. Quand il entre dans l’agence, la salle est désertée de ses employés qui sont aussi pompiers volontaires. Cette situation anodine et inhabituelle lui donne une idée et le pousse à réfléchir à un plan machiavélique pour récupérer de l’argent facilement.

La femme de George Harshaw, Dolores, lui demande un service, d’emporter des cartons de papiers dans une remise non loin de la concession. Agée d’une quarantaine d’années, Dolores est une blonde incandescente en mal de sensations. Un peu plus tard, il est chargé de récupérer une voiture impayée en compagnie de Gloria, auprès de Sutton, un vieil homme et Madox s’aperçoit que Sutton exerce un chantage auprès de Gloria. Madox va devoir monter son coup, tout en étant écartelé entre ces deux femmes.

Ce roman bénéficie d’un scénario en béton, du début à la fin. D’un personnage hautain, provenant de la ville, et considérant que les ploucs de la campagne lui sont inférieurs, l’auteur va dérouler son intrigue en refermant petit à petit le piège sur cet homme qui se croyait plus fort que tout le monde. A partir d’une situation présentée en deux chapitres, les situations et les retournements de situation vont se suivre rapidement jusqu’à une conclusion bien noire, et cynique à souhait.

Ecrit à la première personne du singulier, Madox va se contenter de présenter les événements, et présenter les différents personnages dans une démarche béhavioriste. Le point de vue choisi permet surtout de nous montrer les protagonistes de la façon dont Madox les comprend et les interprète. Madox étant un personnage factuel, il va chercher des solutions aux problèmes qui lui sont posés. Et plus l’intrigue avance, plus le piège se resserre autour de ses secrets et ses mensonges. J’ai particulièrement aimé cette description psychologique d’un personnage à la fois factuel et sensible puisqu’il va tomber amoureux de Gloria.

Le roman vaut aussi et surtout pour son style, en plus de son histoire, remarquablement fluide, formidablement expressif, et extraordinairement traduit. Malgré le fait qu’il ait été écrit en 1953, l’écriture grandement expressive n’a pas vieilli d’un iota et pourrait rendre jaloux beaucoup d’auteurs contemporains tant elle est intemporelle. Hot spot fait partie de ces polars américains qui en disent beaucoup en en découvrant peu et s’avère un indispensable pour tout amateur de roman décrivant la vie des petites villes américaines. Un roman parfait de bout en bout.

Coup de cœur !

Oldies : Homesman de Glendon Swarthout

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laura Derajinski

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisée dans la littérature anglo-saxonne. Mais pas que, puisque Gallmeister va éditer à partir du mois de mars des romans italiens … et on y reviendra bientôt.

Ce roman sorti en format poche en début d’année faisait dès son annonce partie de ma liste de livres à lire. Devancé par de nombreux avis très positifs, mon avis ne tient pas compte du film tiré de cette histoire, puisque je ne l’ai pas vu.

L’auteur :

Glendon Swarthout, né le 8 avril 1918 à Pinckney, Michigan (en), dans le Michigan, et mort le 23 septembre 1992 à Scottsdale, en Arizona, est un écrivain américain, auteur de westerns et de romans policiers. Sa première activité professionnelle est un job d’été dans un resort du lac Michigan, où il joue de l’accordéon dans un orchestre pour dix dollars la semaine.

Diplômé de l’université du Michigan à Ann Arbor, Glendon Swarthout commence par écrire des publicités pour Cadillac. Après une année de cette activité, il se lance dans le journalisme puis dans la rédaction de ses premiers romans. Il publie son premier roman, Willow run, en 1943.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est envoyé en Europe et participe à un seul combat dans le sud de la France avant d’être renvoyé aux États-Unis. À son retour, il enseigne à l’université du Michigan et écrit de nouveaux romans. C’est après la première adaptation cinématographique en 1958 de l’une de ses œuvres, Ceux de Cordura, qu’il peut se consacrer pleinement à l’écriture.

Swarthout devient un auteur prolifique et s’illustre dans quasiment tous les genres littéraires de fiction à l’exception de la science-fiction. Il laisse derrière lui une œuvre foisonnante et inclassable. Il est néanmoins surtout reconnu comme un des plus grands spécialistes de l’Ouest américain et du western.

Il est l’auteur de seize romans, dont plusieurs best-sellers. Neuf d’entre eux ont été portés à l’écran, dont Le Tireur, qui fut le dernier film de John Wayne et The Homesman, second film de Tommy Lee Jones. Deux fois nommé pour le prix Pulitzer, lauréat de nombreux prix littéraires, Glendon Swarthout meurt le 23 septembre 1992 en Arizonad’un emphysème pulmonaire.

(Source : Wikipedia & Gallmeister.fr)

Quatrième de couverture :

Au cœur des grandes plaines de l’Ouest, au milieu du XIXe siècle, Mary Bee Cuddy est une ancienne institutrice solitaire qui a appris à cultiver sa terre et à toujours laisser sa porte ouverte. Cette année-là, quatre femmes, brisées par l’hiver impitoyable et les conditions de vie extrêmes sur la Frontière, ont perdu la raison. Aux yeux de la communauté des colons, il n’y a qu’une seule solution : il faut rapatrier les démentes vers l’Est, vers leurs familles et leurs terres d’origine. Mary Bee accepte d’effectuer ce voyage de plusieurs semaines à travers le continent américain. Pour la seconder, Briggs, un bon à rien, voleur de concession voué à la pendaison, devra endosser le rôle de protecteur et l’accompagner dans son périple.

Inoubliable portrait d’une femme hors du commun et de son compagnon taciturne, aventure et quête à rebours, Homesman se dévore de la première à la dernière page.

Mon avis :

Homesman bénéficie d’un scénario hors pair, mené tel que son auteur l’a voulu : une première partie qui présente les personnages, la deuxième raconte le périple du Kentucky en Iowa, la troisième vient clore cette histoire hallucinante (Tiens, je n’utilise pas souvent ce terme !), forte et dramatique. Si on peut envisager de le classer dans une catégorie Western, je le situerai plutôt comme un roman d’aventures, et franchement dans le haut de gamme.

Car l’écriture de Glendon Homesman est redoutablement précise, tantôt behavioriste, tantôt détaillée, mais toujours terriblement juste quand il s’agit de montrer les relations entre Briggs et Mary Bee, leurs forces et surtout leurs faiblesses. Et elle bénéficie de la force de l’imagination de l’auteur, qui nous offre des scènes que l’on n’est pas prêt d’oublier. Imaginez un charriot transformé en fourgon, qui prend la route de terre avec quatre femmes devenues folles qui, tout le long du chemin, vont gémir.

Je vous mets au défi de rester insensible envers le sort de ces pauvres femmes, qui ne savaient pas ce quel sort elles allaient subir en s’installant dans l’Ouest sauvage. Je parie que vous tremblerez (ou hurlerez) pendant les rencontres (des Indiens, de nouveaux immigrants ou même des enfoirés profiteurs qui leur refusent une chambre d’hôtel …) qu’ils vont faire grâce à des scènes bien stressantes. Je suis sûr que vous crierez de rage devant tant d’injustice et d’incompréhension, devant cette fin si triste. Après avoir tourné la dernière page, je ne veux faire qu’une chose : voir à quoi ressemble l’adaptation cinématographique. Et je vous donne un conseil : lisez ce livre avant !

Ne ratez pas non plus l’avis de Jean-Marc

Oldies : L’oiseau moqueur de Walter Tevis

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Michel Lederer

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisée dans la littérature anglo-saxonne.

Je vous propose un auteur dont j’ai découvert l’existence grâce à l’excellente série télévisée Le jeu de la dame, avec un roman qui nous envoie dans un futur lointain, bigrement visionnaire.

L’auteur :

Walter Tevis, né le 28 février 1928 à San Francisco et mort le 8 août 1984 à New York, est un écrivain américain de science-fiction et de roman noir.

Bien que Walter Tevis soit né dans le comté de Madison, son père ramène sa famille au Kentucky depuis San Francisco alors que Walter est âgé de 10 ans.

Après avoir participé aux campagnes du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, Tevis obtient un diplôme à la Model High School en 1945 et est admis à l’université du Kentucky, où il décroche une maîtrise. Alors qu’il est étudiant, Tevis travaille dans une ‘Eight ball pool-room’ et publie une histoire sur le billard écrite pour le cours d’écriture de A. B. Guthrie. Après avoir reçu sa maîtrise, Tevis écrit pour la Kentucky Highway Department et enseigne à Science Hill, Hawesville, Irvine, Carlisle, ainsi qu’à l’université du Kentucky. Il est professeur de littérature à l’université de l’Ohio de 1965 à 1978, où il reçoit une MFA.

Il commence à publier des nouvelles de science-fiction en 1954, puis le premier de ses récits policiers avec The Big Hustle, paru en 1955 dans Collier’s Weekly, qui narre la lutte pour la victoire entre deux champions de billard, et The Hustler, paru en 1957, dans Playboy. Il reprend ces deux nouvelles en les étoffant dans son roman noir L’Arnaqueur (1959), qui est adapté sous le même titre au cinéma par Robert Rossen, avec Paul Newman.

Au cours de sa carrière d’écrivain, Tevis publie sept romans, dont trois sont des variations sur le même thème, et d’autres nouvelles pour des magazines, dont Cosmopolitan, Esquire, Playboy et Galaxy Science Fiction.

Pendant quelques années, Tevis disparaît du circuit littéraire, souffrant d’alcoolisme. D’ailleurs, une grande mélancolie et un goût du jeu – voire de l’alcool – marquent chacun de ses romans. Pendant cette période, il vit en donnant des cours particuliers d’écriture. Il est nommé au prix Nebula du meilleur roman en 1980 pour L’Oiseau d’Amérique (L’oiseau moqueur). Il passe sa dernière année à New York, en tant qu’écrivain à plein temps.

Walter Tevis meurt d’un cancer du poumon en 1984. Il est enterré à Richmond, dans le Kentucky.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

« Pas de questions, détends-toi ». C’est le nouveau mot d’ordre des humains, obsédés par leur confort individuel et leur tranquillité́ d’esprit, déchargés de tout travail par les robots. Livres, films et sentiments sont interdits depuis des générations. Hommes et femmes se laissent ainsi vivre en ingurgitant les tranquillisants fournis par le gouvernement. Jusqu’au jour où Paul, jeune homme solitaire, apprend à lire grâce à un vieil enregistrement. Désorienté́, il contacte le plus sophistiqué des robots jamais conçus : Spofforth, qui dirige le monde depuis l’université́ de New York. Le robot se servira-t-il de cette découverte pour aider l’humanité́ ou la perdre définitivement ?

Mon avis :

Imaginez un monde futuriste où l’humanité a créé des robots pour se faciliter la vie, un monde où les hommes ne travaillent plus, mais passent leur temps à prendre des pilules, regarder la télévision et fumer de la marijuana. Ils ont perdu l’envie de se rencontrer, de lire, de se cultiver. Alors le nombre d’humains sur Terre a diminué et les robots ont fait fonctionner le monde à leur place.

Spofforth est un robot de classe 9, le plus intelligent jamais inventé. Son rêve est de mourir. Doyen de l’université de New-York, il reçoit un appel de Paul Bentley qui lui propose d’apprendre à lire aux hommes. Spofforth lui octroie un appartement et lui demande de lire les textes de films muets. Paul découvre la joie de lire, d’élever son esprit et rencontre une femme habillée en rouge dans un zoo. Elle ne prend pas de pilules, ne fume pas, et il décide lui apprendre à lire.

Ce roman fait partie des monuments de la littérature, de ceux qui allient deux genres, la littérature dite blanche et la science-fiction. Il nous offre une ode à la littérature, à l’élévation de l’esprit par la culture et sa nécessité pour faire évoluer l’humanité. D’une plume érudite et imagée, Walter Tevis nous plonge dans un monde futuriste qui rappelle celui que l’on subit aujourd’hui, entre Netflix et Internet, cette propension à rester chez soi, à oublier la nécessité des autres.

Proche d’un 1984 de George Orwell, d’un Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, ou même le Cycle des robots d’Isaac Asimov, ce roman nous marque d’autant plus qu’il a de fortes résonances avec ce que nous vivons aujourd’hui. D’une remarquable intelligence dans la façon d’aborder ces thèmes, le déroulement de l’intrigue peut déconcerter lors du passage en prison mais est au final hautement recommandable voire même indispensable pour tous.

Oldies : L’insigne rouge du courage de Stephen Crane

Editeur : Gallmeister

Traducteurs : Pierre Bondil et Johanne Le Ray

Afin de fêter ses 15 années d’existence, la chronique Oldies de cette année sera consacrée aux éditions Gallmeister, spécialisée dans la littérature anglo-saxonne. Et quoi de mieux que remonter aux sources avec un roman initialement écrit en 1895 ?

L’auteur :

Stephen Crane, né le 1er novembre 1871 à Newark, dans l’État du New Jersey, et mort le 5 juin 1900 à Badenweiler, en Allemagne, est un écrivain, poète et journaliste américain.

Son père, le révérend Jonathan Townley Crane et sa mère Mary Helen Peck Crane, entièrement dévouée aux activités de son mari au sein de l’Église Méthodiste furent les parents de 14 enfants, dont 5 décédés en bas âge. Le révérend J.T Crane décède lorsque Stephen a huit ans. Sa sœur Agnès, institutrice, l’éveille à la lecture romanesque. C’est à 19 ans qu’il publie son premier essai (sur l’explorateur Henry Morton Stanley) dans le magazine de son école, mais dès l’année précédente, il aide son frère Townley à rédiger la chronique locale pour le New York Tribune.

À partir de septembre 1890, il étudie au Lafayette College, puis entre à l’Université de Syracuse en 1891, mais quitte l’établissement six mois plus tard. En 1892, il commence sa carrière à New York comme journaliste indépendant. Devenu reporter correspondant pour le New York Tribune, il est renvoyé du journal qui n’a pas apprécié son compte rendu d’une manifestation ouvrière.

En 1893, il publie Maggie, fille des rues sous le pseudonyme de Johnston Smith, récit réaliste où abondent les dialogues truffés de jurons. L’œuvre fait scandale. En 1895, avec l’aide de Hamlin Garland, il publie La Conquête du courage (The Red Badge of Courage), un roman réaliste sur la guerre de Sécession vécue et observée par les yeux d’un jeune soldat. Le livre remporte un certain succès.

Il travaille à partir de 1895 comme correspondant pour plusieurs journaux et couvre différents conflits, notamment au Mexique. En 1896, alors qu’il se rend à Cuba, le bateau coule et, après 36 heures de naufrage, trois survivants parviennent à atteindre les côtes de la Floride. Crane s’inspire de cette aventure pour écrire The Open Boat and Other Tales, en 1898. Il est correspondant de guerre en Grèce et en Turquie en 1897, puis à Cuba et à Porto Rico pendant la guerre hispano-américaine de 1898. Déjà malade, il s’installe avec sa compagne en Angleterre dans le Sussex où il fait la connaissance de Henry James et surtout de Joseph Conrad qu’il rencontre plusieurs fois.

Stephen Crane meurt de la tuberculose, à vingt-huit ans, à Badenweiler, en Allemagne. Il est enterré au cimetière d’Evergreen à Hillside, New Jersey (en).

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

À la veille d’une bataille de la guerre de Sécession, Henry Fleming est un jeune soldat de l’armée nordiste fraîchement enrôlé et assailli par le doute. Pourquoi s’est-il engagé ? Sera-t-il capable, du haut de ses 17 ans, de faire face au danger ? Le lendemain, sous le feu ennemi, il réagit comme un lâche et s’en veut terriblement. Mais dans la confusion générale, Henry est frappé à la tête, recevant cet “insigne rouge du courage” qu’est une blessure de guerre. Son attitude au combat va s’en trouver radicalement modifiée.

Mon avis :

Loin d’être ma tasse de thé, les romans de guerre (comme les films d’ailleurs) ne m’intéressent guère. Lire des tripes étalées dans un champ de bataille ou bien d’autres horreurs ne constituent pas ce que je cherche dans la littérature. Il aura fallu la phrase d’accroche d’Ernest Hemingway pour me décider : « L’un des meilleurs romans de la littérature américaine ».

En compagnie d’Henry Fleming, nous allons nous diriger vers le front avec tous les doutes que cela comporte. Nous allons passer de l’enrôlement aux rumeurs qui courent les régiments, du voyage à pied joyeux plein de chansons aux nuits interminables et angoissantes, de l’attente qui force à penser aux raisons que l’on a d’être là aux combats toujours plus sanglants, jusqu’aux confrontations en face à face.

Henry Fleming, débordant de fierté et de volonté, s’engage sans bien savoir dans quoi il met les pieds. Quand il marche vers les combats, la troupe est pleine d’entrain. En pause pour la nuit, les questions commencent à fuser, pour se demander pourquoi on veut tuer notre semblable ou plus simplement pourquoi on est là ? Et puis, le fracas remplit le silence, les canons d’abord, puis les fusils et enfin, la charge à la course. Au milieu de la fumée, l’angoisse monte. Et ne reste qu’une chose : la rage, la volonté de tenir le drapeau.

Roman étonnant par son sujet, rappelons-nous qu’il a été écrit en 1895, il surprendra aussi par la modernité de son style, magnifiée par la traduction de Pierre Bondil et Johanne Le Ray, et l’art de ne dire que ce qui est nécessaire, ce qui est une marque de fabrique de tout un pan de la littérature américaine. On y trouve aussi une alternance entre les scènes de bataille et les pauses, ce qui me questionne sur le fait que ce roman n’ait jamais été adapté en film. Par le jeu des couleurs quand le brume se lève, le stress engendré par les bruits, les cris, les armes, les odeurs de poudre et le toucher du mât du drapeau, Stephen Crane nous fait vivre cette bataille sans jamais y être allé en faisant appel à nos sens.

En cela, ce roman a toute sa place chez Gallmeister et constitue une pierre angulaire littéraire de l’histoire (courte) des Etats-Unis.

Pimp de Iceberg Slim

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand format) ; Points (Format poche)

Traducteur : Jean-François Ménard

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. De temps en temps, il y a des romans que je me mets de coté, par leur réputation ou par les avis publiés au moment de leur sortie. Ce roman est considéré comme culte par de nombreux jeunes gens. Voici la biographie romancée d’un maquereau.

L’auteur :

Iceberg Slim, alias Robert Beck, et de son vrai nom Robert Lee Maupin, né le 4 août 1918 à Chicago et mort le 28 avril 1992, est un écrivain américain, auteur de roman noir.

Dans la seconde moitié du XXème siècle, il est l’un des écrivains afro-américains les plus influents grâce à la publication de Pimp, son autobiographie parue en 1969, où il expose sa vie de proxénète (pimp signifiant littéralement « mac »). Ses descriptions crues et réalistes du milieu sordide et très violent où il évoluait (il battait « ses » prostituées avec un cintre en fer qu’il avait torsadé) exercent alors une grande influence sur la culture afro-américaine et sur le hip-hop en particulier (par exemple, sur des rappeurs comme Ice-T ou Ice Cube, qui lui doivent leur pseudonyme). L’écrivaine américaine Sapphire, qui a préfacé l’édition française de Pimp, écrit : « Quelle que soit la désapprobation que nous inspirent sa violente misogynie ou son analyse défaitiste des possibilités de progrès social pour les Noirs, nous sommes obligés de reconnaître qu’il y a une vérité à découvrir dans l’histoire de cet homme. »

Iceberg Slim passe la majeure partie de son enfance à Milwaukee et Rockford (Illinois) avant de retourner à Chicago à l’adolescence. Abandonnée par son mari, sa mère travaillait comme domestique et a tenu un salon de beauté. « Elle s’efforçait de maintenir en moi un peu de l’amour et du respect qu’elle m’avait inspiré à Rockford. Mais j’en avais trop vu, j’avais trop souffert. La jungle avait commencé à insuffler en moi son amertume et sa férocité. » Il évoquera le psychiatre d’une prison qui avait peut-être raison quand il lui avait dit qu’il était devenu maquereau à cause de la haine inconsciente qu’il vouait à sa mère à la suite des mauvais traitements de son père. Il relate également des abus sexuels commis par sa nourrice alors qu’il avait trois ans (c’est d’ailleurs par le récit de ces attouchements qu’il commence son autobiographie).

Au milieu des années 1930, il s’essaie brièvement à des études universitaires au Tuskegee Institute, un des premiers établissements d’enseignement supérieur destinés aux Noirs. À dix-huit ans, il adopte son pseudonyme d’Iceberg Slim et reste souteneur dans la région de Chicago jusqu’à l’âge de quarante-deux ans. Il est incarcéré plusieurs fois et, après avoir passé dix mois seul dans une « cellule de confinement », à la maison de correction de Cook County, il décide de se ranger et de se consacrer à l’écriture à partir de 1960.

Il déménage ensuite en Californie afin de mener une vie « normale ». Il y adopte le nom de Robert Beck, utilisant le patronyme du mari de sa mère.

Dans Mama Black Widow, il décrit la vie d’un travesti noir.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Robert Beck, alias Young Blood, est un jeune vaurien de Milwaukee.

Il y a longtemps que son père est allé traîner ailleurs ses guêtres blanches et son chapeau melon. Sa mère, elle, tient un salon de beauté fréquenté par les filles de joie du quartier. Entre deux séjours en maison de correction, Young Blood s’initie à la vie. Il découvre le monde des gigolos, des macs et des putains, les cabarets où l’on écoute du jazz jusqu’au petit matin, la drogue, les hôtels louches.

Diplômé de la rue, il devient Iceberg Slim, le prince des maquereaux, et règne sur un harem qu’il tient d’une main de fer. Il a une Cadillac blanche, des costumes sur mesure, de la cocaïne plein les poches, sa bouteille réservée dans les meilleurs clubs de Chicago. Mais il y a ce je-ne-sais-quoi qui le sépare des autres…

Mon avis :

Avant de me lancer dans cette lecture, je savais ce qui m’attendait mais j’étais loin d’imaginer la force d’évocation de cette écriture. Je croyais que le style rythmerait les phrases dans un slam proche du rap ; en fait, ce roman est porté par une écriture très littéraire faisant place aux dialogues mais aussi à des scènes très explicites. Ce n’en fut que plus surprenant.

En tant que biographie, j’ai trouvé le roman mal équilibré, puisqu’il parle beaucoup de l’enfance de ce maquereau, beaucoup de son ascension et des rencontres qui vont lui apprendre les règles du métier (hum, hum) et que sa chute va s‘orchestrer dans les dernières centaines de pages. Par contre, l’aspect psychologique est fort bien fait, l’auteur prenant le recul nécessaire pour décrire son monde d’ignobles pourris.

Dans le fond, j’ai trouvé ce lire choquant, (et pourtant, il m’en faut beaucoup) par le racisme qu’il montre (anti-blanc, anti-noir), la façon dont il montre les femmes, la façon dont il les traite. Iceberg Slim se décrit comme un commercial qui, en vitrine vend ses putes, et dans l’arrière boutique les maltraite à coups de pied et les drogue. Et pour les flics, rien de plus facile que de leur verser quelques dollars …

Ce ne sont pas tant les scènes que l’implication qui en ressort, cette façon de traiter les êtres humains comme des serpillères, uniquement par attrait du fric. Le roman évite la caricature (sauf une scène) et conserve sa puissance tout au long de ces 410 pages. Mais on reste accroché à cette histoire pour connaitre la fin, après les trahisons et les séjours en prison. D’ailleurs, l’auteur ne montre jamais aucun remords, il se voit comme un patron qui fait travailler ses ouvrières. Bref … On ne peut retirer à ce livre sa force indéniable même s’il faut avoir le cœur bien accroché.