Archives pour la catégorie Oldies

Brouillard au pont de Tolbiac de Léo Malet

Editeur : Pocket

C’est JOB, comprenez jacques-Olivier Bosco (auteur entre autres du Cramé, Loupo ou plus récemment Brutale) qui m’a conseillé cette lecture et comme je n’avais jamais lu de roman mettant en scène Nestor Burma, voilà une bonne chose de faite. J’ai été surpris par ce polar, classique dans la forme, très avant-gardiste, et passionnant dans le fond.

L’auteur :

Léon Malet, dit Léo Malet, né le 7 mars 1909 à Montpellier et mort le 3 mars 1996 à Châtillon-sous-Bagneux, est un écrivain et poète français, auteur de nombreux romans policiers, dont la série ayant pour héros Nestor Burma, « détective de choc ».

Il a également écrit sous différents pseudonymes : Frank Harding, Léo Latimer, Lionel Doucet, Jean de Selneuves, Noël Letam, Omer Refreger, Louis Refreger — ainsi que, en association avec les écrivains Serge Arcouët et Pierre Ayraud, sous le pseudonyme collectif de John-Silver Lee —. Il est pour certains « l’inventeur du roman noir français ».

Léo Malet est fils de Jean-Marie Gaston Malet, employé de bureau, et de Louise Nathalie Refreger, couturière. À l’âge de deux ans il perd son père puis, deux jours après, son petit frère âgé de six mois et, dans l’année qui suit, sa mère. Tous les trois sont morts de la tuberculose. Léo est recueilli par son grand-père Omer Refreger, ouvrier tonnelier, et par sa grand-mère Marie Refreger, gardienne d’un parc avicole.

En 1923, il rejoint le groupe libertaire de Montpellier, puis entre en contact avec André Colomer qui vient de fonder L’Insurgé. Il le rejoint « à Paris avec 105 francs en poche. C’était le 1er décembre 1925, à 9 heures du matin » et fréquente les milieux anarchistes. Il exerce ensuite différents petits métiers : employé de bureau, manœuvre, journaliste occasionnel, « nègre » pour un journal de maître-chanteur, gérant de magasin de mode, figurant de cinéma, crieur de journaux, emballeur.

En 1926, il rencontre Paulette Doucet, qui devient sa compagne. Ils se marient en 1940, et vivent ensemble jusqu’au décès de Paulette en 1981. Lié au groupe surréaliste de 1931 à 1949, il écrit de la poésie, publiant en 1936 Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe, imprimé à seulement une trentaine d’exemplaires.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le 25 mai 1940, Léo Malet est arrêté et accusé, selon ce qu’il relate dans son autobiographie, de faire partie d’un complot surréalo-trotskyste d’atteinte à la sûreté de l’État et reconstitution de ligue dissoute, « complot » dans lequel était également impliqué, entre autres, Benjamin Péret… ». Il est emprisonné à la prison de Rennes, puis est transféré au stalag X-B à Sandbostel entre Brême et Hambourg jusqu’en mai 1941.

Dès son retour de captivité, à la demande de Louis Chavance, Léo Malet se met à écrire des romans policiers, en adoptant d’emblée l’écriture à la première personne. En 1941 il publie sous le pseudonyme de Frank Harding son premier roman, Johnny Metal, et crée le personnage éponyme, journaliste américain lui permettant « toutes sortes de libertés, sans avoir à m’emmerder avec le décor ». Après ce premier succès, il publie en 1942 un « second faux policier américain, mijoté selon la même recette », La Mort de Jim Licking, qu’il signe Leo Latimer. C’est en 1943 que Léo Malet publie 120, rue de la Gare, mettant en scène son célèbre détective privé Nestor Burma.

En 1948, Léo Malet devient le premier lauréat du grand prix de littérature policière pour Le Cinquième Procédé. La même année, il commence à écrire ce qui deviendra la Trilogie noire. Le premier titre de la trilogie est La vie est dégueulasse. Le deuxième tome, Le soleil n’est pas pour nous, publié en 1949, raconte, dit-il, « certaines des histoires qui me sont arrivées quand je traînais la savate à Paris ». Le troisième, Sueur aux tripes, écrit dans la foulée, n’est publié que vingt ans plus tard en 1969.

En 1954, utilisant toujours le personnage de Nestor Burma, il commence la série des Nouveaux Mystères de Paris, dont chaque énigme a pour décor un arrondissement de la capitale. Quinze arrondissements de Paris forment le décor de ces Nouveaux Mystères, dont le 13ème arrondissement de Paris avec Brouillard au pont de Tolbiac, publié en 1956 et qui « se détache indéniablement de cette série. Roman central d’une œuvre imposante, il fourmille d’anecdotes autobiographiques ». En 1958, il reçoit le prix de l’Humour noir pour l’ensemble de la série.

Rencontrant de nouvelles difficultés financières, Léo Malet écrit en 1962 un feuilleton dont l’action se déroule à la télévision. Ce sera 6/35 contre 819, renommé Nestor Burma en direct lors de sa parution au Fleuve noir en 1967. Après un intermède comme bouquiniste quai de l’Hôtel-de-Ville en 1965, il obtient grâce à Maurice Renault un contrat au Fleuve noir, qui publie six romans avec Nestor Burma et un septième et dernier roman, Abattoir ensoleillé, en 1972. En 1984, il reçoit pour l’ensemble de la série Nestor Burma le grand prix Paul-Féval de littérature populaire.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Le sujet :

Nestor Burma reçoit un appel de l’hôpital de la Salpêtrière. C’est Lenantais, dit Abel Benoit, un ancien compagnon anarchiste qu’il a connu dans sa jeunesse au foyer végétalien de la rue de Tolbiac, qui lui demande de venir à son chevet. Mais Nestor Burma arrive trop tard. La séduisante gitane Belita Moralès l’informe de la mort de son vieil ami des suites de deux coups de couteau reçus lors d’une sauvage agression.

À l’hôpital, Burma reçoit la confirmation du décès annoncé et se heurte à l’inspecteur Fabre qui l’accompagne à la morgue. Le commissaire Faroux les rejoint, visiblement là pour obtenir des informations de la bouche de Burma, mais c’est lui qui se met à faire allusion à un policier, Norbert Ballin, responsable d’une vieille enquête sur la disparition en 1936, aux environs du pont de Tolbiac, d’une grosse somme d’argent volée par un garçon de recettes qui la transportait.

Douloureuse enquête pour le héros, dont le passé resurgit au détour de chaque rue du quartier de sa jeunesse. Difficile mission aussi d’éclaircir l’assassinat de Lenantais et le vol de 1936, deux crimes en apparence indépendants et tout aussi inexplicables.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Mon avis :

Lire ou relire d’anciens polars permet, sans aucun doute, de prendre du recul par rapport aux nouveautés que l’on trouve sur les linéaires des libraires. Cela permet aussi de voir où les auteurs contemporains ont puisé leur source, leurs codes, leur style. Indéniablement, ce roman a inspiré des générations d’auteurs car si la façon de raconter cette histoire s’inspire de l’exemple américain, il n’en reste pas moins qu’il a sa singularité française dans les décors et le sujet traité.

Je n’avais jamais lu de romans de Léo Malet, et j’ai été surpris. Dans ma tête, Nestor Burma est incarné par Guy Marchand ce qui, pour l’adolescent que je fus, était classé « Has Been ». Et je me suis aperçu de mon erreur tant ce roman s’avère passionnant mais aussi touchant par bien des aspects. Deuxième surprise : malgré quelques expressions argotiques, ce roman s’avère très moderne et remarquablement bien mené. Bref, Brouillard au pont de Tolbiac est génial.

On ressent à sa lecture toute la passion que l’auteur a voulu mettre dans ce roman, du sujet (les anarchistes dont il a fait partie dans sa jeunesse) jusqu’aux descriptions des quartiers de Paris qu’il a arpentés. On y retrouve des thèmes chers au polar, tels la loyauté ou l’obsession mais on retrouve aussi la volonté de dénoncer certains aspects de la société. On ressort de ce roman bouleversé, autant par ces hommes qui renient leurs idées et leurs valeurs que par l’issue dramatique, ébauchée en quelques lignes et qui concluent ce roman qui est indéniablement un grand moment de la littérature policière.

Ce roman m’aura beaucoup apporté, puisque j’ai appris beaucoup de choses sur les mouvances anarchistes, et sur le Paris d’après-guerre. En 200 pages, Léo Malet nous concocte une intrigue, une ambiance et des personnages inoubliables. Brouillard au pont de Tolbiac est tout simplement une lecture obligatoire pour toute personne aimant le polar et un excellent roman à découvrir pour les autres.

Publicités

La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 3 et 4

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Voici mon avis sur le tome 3, Le peuple des glaces et le tome 4, Les chasseurs des glaces.

Le peuple des glaces :

La Transeuropéenne a déclaré la guerre à la Panaméricaine. Personne ne sait où le front de la guerre se situe, mais la Compagnie a décidé d’envoyer des bâtiments dans le Nord, pour s’approprier les ressources en énergie. Le sergent Malcolm est à la tête d’un patrouilleur faisant route au Nord, quand un engin pirate attaque. Surpris, il tente de fuir mais les trains sont détruits par de puissants tirs laser. Les survivants assureront avoir vus des Hommes Roux dans ce navire pirate, armés de fusils laser. Lien Rag, qui a été réintégré dans la société de glaciologie, est chargé d’une mission : découvrir la vérité et tenter de prendre contact avec ces Hommes Roux.

Même s’il est plus court, 160 pages environ, ce troisième tome n’en est que plus passionnant. Resserrant les descriptions et les situations à suspense, il vient surtout apporter une pierre essentielle à cette saga. En effet, l’aspect politique, voire géopolitique en est le thème central, prenant la source de son inspiration dans les conflits du 20ème siècle. Je ne vous dis qu’une chose : c’est génial.

De son coté, Lien Rag, sorte de rebelle désireux de faire triompher la vérité, il va se retrouver en conflit avec lui-même. En effet, il va être de plus en plus lié aux Hommes Roux, mais d’un autre coté rencontrer des fermiers qui valent que l’on se batte pour eux. Comme quoi, de façon parfaitement lucide, GJ.Arnaud nous montre que tout le monde n’est pas pourri, corrompu ou raciste. Un excellent roman.

Les chasseurs des glaces :

Lien Rag a déserté de la Compagnie, abandonnant son poste de glaciologue pour vivre son histoire d’amour avec Jdora, une jeune femme qui fait partie du peuple des Hommes Roux. Alors que la guerre fait rage, la Compagnie Transeuropéenne est obligée de diminuer le chauffage pour concentrer ses ressources à la guerre. La conséquence en est que la glace envahit les dômes de façon irréversible. Les dirigeants décident donc de chasser les Hommes Roux pour les envoyer dans des camps de travail et en faire des esclaves. Des bandes de mercenaires partent à la recherche de ce peuple qui résiste au froid moyennant finances. Alors que Jdora a disparu, Lien Rag part à sa recherche et va découvrir l’horreur de l’esclavagisme moderne.

Ce roman à mi chemin entre roman d’aventures et roman politique ajoute une nouvelle brique à la vision de l’auteur sur cette société moderne totalitaire. Si la désinformation est toujours bien présente, la pression se fait sur Lien Rag qui découvre un véritable esclavagisme moderne. Et cela se fait au travers d’une histoire de romance et d’amour impossible pour mieux frapper les esprits.

Avec un style toujours aussi simple et agréable à lire, on ne peut s’empêcher d’être ébahi par l’ambition de cette saga et d’être époustouflé par la cohérence de ce nouveau monde, ainsi que par l’aspect visionnaire de certaines idées imaginées par Georges Jean Arnaud. Si la fin n’est pas optimiste (mais comment le pourrait-elle ?), elle ouvre sur des possibilités infinies quant à la poursuite de la saga. A bientôt donc pour la suite de l’histoire …

Oldies : Le bikini de diamants de Charles Williams

Editeur : Gallimard (1957) sous le titre Fantasia chez les ploucs ; Gallmeister (2017)

Traducteur : Laura Derajinski

Postface de François Guérif

En introduction, on a droit à une superbe couverture décalée, juste comme il faut et un autocollant où il est inscrit : CULTE !!! J’avais ce roman dans ma liste de lecture depuis un sacré bout de temps. Je n’avais même pas pensé à l’acheter, mais je savais que je devais le lire. Coup de chance, il ressort chez l’excellente maison Gallmeister dans une nouvelle traduction. Comme dirait un de mes collègues de boulot : « ça, c’est fait ! ». Culte ? Evidemment ! Indispensable ? Bien entendu !

L’auteur :

Après ses études, il s’engage dans la marine marchande en 1929. Il quitte cette activité au bout de dix ans pour épouser Lasca Foster. Son expérience de radio dans la marine marchande lui permet de devenir technicien de maintenance en électronique pour RCA à Galveston, Texas puis pour la marine nationale américaine (Puget Sound Navy Yard dans l’État de Washington) jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il part alors, accompagné de son épouse, s’installer à Los Angeles où il travaille pour Mackay Radio.

Il publie en 1951 son premier roman, Hill Girl qui est un succès, ce qui le décide alors à devenir écrivain professionnel. Jusqu’à l’année 1973, il publie vingt-et-un autres romans et participe à la rédaction de plusieurs scénarios de cinéma, notamment ceux des Félins de René Clément (adapté du roman Joy House de Day Keene) sorti en 1964 et de The Pink Jungle, un film de Delbert Mann sorti en 1968. Le couple change souvent de résidence et passe, semble-t-il, beaucoup de temps en France, où Charles Williams jouit d’une bonne réputation.

En 1956, Peaux de bananes, version française de son roman Nothing in Her Way (1953), remporte en France le Grand prix de littérature policière.

À la mort de son épouse en 1972, il se retire en Californie, à la limite de l’Oregon, où il vit seul. Il revient à Los Angeles (quartier de Van Nuys) où il se suicide dans son appartement au début d’avril 1975. Son décès est l’objet de plusieurs versions, mais il semble avéré que les hypothèses de suicide en France et de disparition dans le golfe du Mexique ne sont que des rumeurs infondées.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Cette année-là, Billy passe l’été chez son oncle Sagamore. Entre les visites du shérif, persuadé que Sagamore distille de l’alcool clandestinement, et le lac où il apprend à nager, le garçon ne va pas s’ennuyer. Mais ses vacances deviennent véritablement inoubliables au moment où Choo-Choo Caroline, strip-teaseuse pourchassée par des gangsters, se réfugie dans la propriété. Lorsque celle-ci disparaît, l’oncle Sagamore décide d’orchestrer comme la plus lucrative des fêtes foraines une chasse à l’homme pour la délicieuse Caroline uniquement vêtue de son bikini de diamants.

Porté à l’écran sous le titre Fantasia chez les ploucs, Le Bikini de diamants est un monument de drôlerie et un inégalable roman noir.

Mon avis :

Billy passe son été avec son père Pop en pleine campagne, dans la maison de l’oncle Sagamore, perdue au fin fond de la campagne. Pour un gamin de la ville, cela veut dire la liberté mais aussi la découverte d’un nouveau monde, fait de cinglés, d’arnaqueurs, de démerdards et de flics incompétents. De cinglés, on retiendra le voisin qui cloue des planches sur sa maison, croyant qu’il construit la nouvelle arche de Noé. Au rayon des arnaqueurs, l’oncle et Pop se débrouillent pour tirer parti du moindre événement pour en tirer de l’argent, sans compter qu’ils fabriquent et vendent de l’alcool de contrebande. Quant aux personnages de flics, ils sont d’une connerie incommensurable.

Ce roman est tellement innovant qu’on reconnait l’inspiration qu’il a offert à de nombreux romans ou films par la suite. En particulier les films comiques qui tournent en dérision la police et ils sont légion. C’est aussi une image de l’Amérique rurale qui cherche à se débrouiller avec les moyens du bord, dans laquelle seuls qui sont intelligents arrivent à s’en sortir.

Le style de l’auteur n’a pas vieilli d’un poil, et les situations sont plus comiques les unes que les autres. C’est raconté par Billy avec l’innocence que peut avoir un enfant de sept ans, surtout quand il raconte ses baignades avec Miss Harrington. Et puis, un enfant, ça pose plein de questions. Et les réponses de Pop ou de l’oncle omettent joliment la vérité, trouvant toujours des explications logiques pour cacher au gamin le monde pourri dans lequel il vit. Quant au lecteur, il arrive à deviner la réalité sans que l’auteur ne l’aide, et ce n’en est que plus jouissif et décalé. Assurément, ce roman culte est surtout un roman comique à ne pas manquer.

Les enlisés d’André Lay

Editeur : Fleuve Noir (N°1041-1973) ;  French Pulp (2017)

Quand je vous dis que French Pulp édite et réédite d’intéressants polars, voici une réédition d’un auteur que je n’avais jamais lu. Alors que l’on pourrait penser à un roman policier, nous avons affaire ici à un pur roman psychologique.

Alors qu’il assiste à une soirée du show-business parisien, pour avoir écrit le scénario d’un film bientôt sur les écrans, Claude Combel n’est pas dupe et s’ennuie. Malgré tout, il fait bonne figure et tout le monde le loue pour cette histoire. Rentrant chez lui avec sa femme Maud, celle-ci lui fait une scène, croyant avoir retrouvé dans cette histoire un épisode de leur vie commune où Claude l’a trompée.

Alors qu’il ressasse la mauvaise humeur de sa femme, il se persuade qu’elle aussi a un amant. Il examine son agenda et trouve tout de suite la plage horaire qui peut le lui permettre : Elle joue au tennis toutes les semaines avec Richard. Alors qu’il est fou amoureux de sa femme, il cherche par tous les moyens une idée de la regagner.

Alors qu’il rencontre dans un cocktail l’actrice de son film, elle lui avoue avoir pris rendez vous chez un docteur pour un remède miracle faisant maigrir. Le seul souci, c’est que ces médicaments ne sont pas en vente libre et sont dangereux pour la santé. Claude tient peut-être là une bonne idée d’empoissonner sa femme juste ce qu’il faut pour qu’elle ne puisse plus se passer de lui.

Ce roman relativement court puisqu’il ne fait que 200 pages, est essentiellement centré sur la psychologie de Claude. N’allez pas y chercher de l’action, puisque tout va se dérouler dans sa maison (ou presque) et que nous aurons en long, en large et en travers, les pensées et les actions tordues pour ne pas dire machiavéliques de ce personnage habitué à construire des intrigues retorses.

Pour ma part, c’est une lecture originale, au sens où on n’y a droit quasiment à aucun dialogue, mais plutôt aux pensées de Claude, à ce qu’il voit, entend et comment il les interprète. On assiste même à ses questionnements, à sa façon de raisonner pour arriver à une solution très particulière.

Rassurez-vous ! la morale de l’histoire sera sauve … d’une certaine façon. Surtout, en tournant la dernière page, on ne peut s’empêcher de penser qu’on a lu un bon polar et qu’on a passé un bon moment, pas forcément inoubliable, mais pas forcément anodin non plus.

Ne ratez pas l’avis de Claude

Oldies : La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 1 et 2

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Nous retrouvons dans ce premier tome La compagnie des glaces et Le sanctuaire des glaces.

La compagnie des glaces :

Depuis que la lune a explosé, la Terre est plongée dans une nouvelle ère glaciaire. La population s’est donc regroupée dans des trains, et les compagnies ferroviaires se partagent le monde. L’humanité s’est donc regroupée dans de gigantesques wagons, aménagés en villes, où la température atteint 15°C. A l’extérieur, personne ne pourrait survivre. Seule une race d’hommes roux dont l’origine est inconnue arrive à supporter ces températures négatives. On les utilise pour déblayer les lignes de chemin de fer.

Lien Rag est glaciologue. Il est présent dans la capitale pour préparer sa prochaine mission, qui consiste à analyser la glace dans le nord du pays. La difficulté est que la zone qu’il va exploiter est proche du front dans la guerre qui oppose deux compagnies ferroviaires. Il fait la connaissance du gouverneur et de sa charmante fille Floa, et va être plongé dans une intrigue politique qui le dépasse.

Malgré le fait que ce ne soit que le premier tome d’une série au long cours, le roman s’avère une très agréable lecture, puisque l’auteur ne passe pas des dizaines de pages à nous expliquer la situation. Il se contente de créer quelques scènes grâce auxquelles nous allons comprendre la situation. Ceci a pour effet de nous immerger dans une situation et un environnement nouveau, et de petit à petit nous lever le voile sur ce nouveau monde.

Rapidement, nous allons suivre les aventures de Lien, et il va devenir le personnage principal. L’écriture de ce roman s’avère moderne, alternant des scènes d’action, de stress, et des scènes de transition plus calmes. Après avoir tourné la dernière page, on ne peut que se dire : Vivement la suite !

Le sanctuaire des glaces :

La Compagnie a décidé d’organiser une gigantesque réunion de ses actionnaires. Ces derniers sont donc conviés à rejoindre Grand Star Station dans un train d’un luxe inimaginable. Parmi eux, Lucas Beryl, un petit porteur instituteur de son état. Pendant le transfert, le train est attaqué par des pirates emmenés par Kurst et les voyageurs kidnappés. Ils ne seront libérés que contre une forte rançon.

Parmi les otages figure Floa, la fille du gouverneur de la 17ème région, une des actionnaires principales de la Compagnie. Son père charge Lien Rag de la retrouver, en annonçant que ce transport d’actionnaires était en fait un piège et que sa destination était en fait le front de la guerre. Il semblerait que cela soit un guet-apens organisé par la Sécurité et les Néo-Catholiques. En échange de sa fille, le gouverneur promet à Lien Rag de lui révéler le lieu du laboratoire de Oun Fouge, le scientifique qui aurait créé les Hommes Roux. Lien Rag, qui est considéré comme un terroriste depuis qu’il a fait diffuser le livre de Oun Fouge La voie Oblique, se lance dans cette aventure.

Ce roman pourrait se décomposer en trois parties que l’on pourrait nommer : L’enlèvement, La rançon et La Quête de Lien. Dans chacune, on retrouve ce style fluide et agréable à lire, et cette inventivité aussi bien dans les décors que dans les situations. Sinon, il ne se passe pas grand’chose puisque l’auteur a voulu donner de l’épaisseur à son monde, nous expliquant comment La Sécurité (sorte d’armée) et les Néo-Catholiques (La Religion) fomentent des actions pour obtenir le pouvoir. Tout cela bien entendu est caché au public avec une bonne dose de désinformation, chose sur laquelle l’auteur insiste plusieurs fois. Si le ton et la conclusion sont noirs et réalistes, on ne peut s’empêcher avec le recul de se dire que GJ.Arnaud avait un don de visionnaire. Mais pour cela, il va vous falloir lire cet épisode … Je ne peux finir en vous affirmant que vous aurez droit bientôt à mon avis sur les deux autres épisodes de la série : Le peuple des glaces et Les chasseurs de glace.

Pour finir, je suis tombé par hasard sur deux liens intéressants : une rencontre de l’auteur et un avis bloguesque sur la compagnie des glaces.

Tout le plaisir est pour moi de San-Antonio – Frédéric Dard

Editeur : Fleuve Noir (1959) – Pocket (2015)

J’aime bien cette phrase : Il n’y a pas de mal à se faire du bien. Cela faisait un petit moment que j’avais envie de lire un San-Antonio, l’ayant abandonné depuis les années 90. Le hasard veut que, lors d’une descente dans une grande surface de culture (je ne vous dis pas le nom, l’enseigne est bleue), j’avais rempli mon panier de livres pour ma femme, mes enfants et moi. Par hasard, au moment de payer, je me retourne et vois qu’ils offrent 1 roman de poche pour 2 achetés. Comme j’en avais beaucoup plus que deux, je demande gentiment à la gentille caissière si je peux en prendre un. Elle me répond non moins gentiment, que vu le nombre de livres que j’achète, je peux même en prendre 2 ou 3. Résultat : Je mets la main sur ce roman de San-Antonio et un Babel Noir (L’énigme de Saint Olav de Indrek Hargla ; et d’ailleurs, si vous avez des avis, n’hésitez pas !). Bref, Tout le plaisir est pour moi fut l’occasion de revenir à mes amours de jeunesse.

San-Antonio et Béru viennent de clore une affaire compliquée, se terminant par un interrogatoire musclé d’un suspect, avant de se rendre compte que celui-ci avait deux défauts : celui de ne pas répondre aux questions (forcément, il est muet) et celui d’être le voisin de palier du coupable. San-Antonio espère passer une soirée tranquille avec une donzelle quand la standardiste lui annonce qu’une jeune femme veut lui parler. Mais San-Antonio refuse car il a rendez vous avec une jeune espagnole.

Alors qu’il rejoint sa voiture, la jeune femme le poursuit. Devant une telle beauté, il accepte de l’écouter. Elle s’appelle Geneviève Coras, et son mari Denis Coras fut tué il y a deux ans, en compagnie de son beau père. Denis Coras était négociant en pierres précieuses et le vol est le mobile retenu pour le meurtre. Le coupable fut vite arrêté : Gilbert Messonier, un ami de Coras qui venait lui demander de l’argent. D’ailleurs, Messonier avait avoué.

Gilbert Messonier doit bientôt passer chez le coiffeur pour ratiboiser sa chevelure, avant qu’on lui ratiboise la tête entière. L’exécution doit avoir lieu le lendemain matin. Mais Geneviève Coras annonce à San-Antonio que Messonier est innocent puisqu’au moment du meurtre, ils étaient ensemble au lit. Alors qu’il essuie un refus formel de sa hiérarchie, San-Antonio rend visite au condamné qui confirme qu’il est bien le meurtrier. Il va falloir toute la sagacité de San-Antonio pour résoudre cette affaire.

Ce roman est à classer dans les enquêtes policières par rapport aux 175 volumes que comporte cette célèbre série. Si l’intrigue peut sembler retorse, elle est menée de main de maitre et on ne peut être qu’ébahi devant l’imagination de l’auteur, surtout quand on se rappelle qu’il écrivait un roman par trimestre !

J’ai retrouvé toutes les (bonnes) raisons qui font que j’aime San-Antonio. Il est drôle, on y trouve des bons mots, des jeux de mots, des calembours et quelques digressions. Surtout, on a un grand plaisir à le suivre à la fois dans son enquête et dans ses délires. San-Antonio va mener cette enquête seul ou presque en une nuit ou presque, et résoudre cette intrigue contre l’avis de son chef. Béru est toujours aussi dégueulasse, mais apparait à la fois loyal et un peu moins bête.

C’est donc un épisode classique, pas le meilleur certes, mais quel plaisir on prend à lire ces romans dits de gare, qui nous font passer un bon moment. Moi qui aime ses enfants naturels (Nadine Monfils, Samuel Sutra, Stanislas Petroski), j’ai fait un petit voyage avec leur père.

Il est à noter que l’on trouve en début de livre, la liste exhaustive des livres écrits par Frédéric Dard, et en fin de livre un guide de lecture inédit élaboré par Raymond Milesi qui nous informe et classe les aventures de San-Antonio par genre. C’est très intéressant.

L’innocence pervertie de Thomas H.Cook

Editeur : Points

Traducteur : Hubert Tezenas

Il faut être clair : la mention INEDIT affichée sur la quatrième de couverture est un mensonge. Ce roman, qui est le cinquième de l’auteur (Voir Wikipedia ici : https://en.wikipedia.org/wiki/Thomas_H._Cook) a été écrit en 1988, et publié dans la Série Noire sous le titre Qu’est-ce que tu t’imagines? en 1989 et traduit à l’époque par Daniel Lemoine. Nous voici donc avec une réédition dans une nouvelle traduction avec un roman de jeunesse, à l’époque où Thomas H. Cook écrivait des polars.

Frank Clemons est en train de se remplir la panse à grosses doses de bourbon, pour oublier le suicide de sa fille de 16 ans, parvenu 3 ans plus tôt. Alors que le barman l’aide à se remettre debout, il est pris à partie par quelques gars, qui le tabassent. Son frère Alvin, policier comme lui, est réveillé en pleine nuit par l’hôpital : Il doit venir chercher Frank. Alvin essaie bien de lui faire la morale, de trouver les arguments pour le remettre en selle. Mais Alvin ne peut rien contre un home qui veut rester au fond du trou.

C’est alors que les deux frangins reçoivent un appel : un corps vient d’être retrouvé près de Glenwood. En effet, ils arrivent près du lac après la cavalerie et voient le corps d’une adolescente. Sur le lieu du crime, aucune trace d’empreintes, ni de sang. Elle semble être venue d’elle-même pour mourir là.

Grace à l’emblème du lycée cousu sur le vêtement, les flics obtiennent une identification. La jeune fille s’appelle Angelica Devereaux. Elle est très riche depuis qu’elle a eu l’âge de toucher à l’héritage de ses parents. Sa sœur, Karen, qui a 10 ans de plus qu’elle l’a élevée quand elles sont devenues orphelines. Angelica était une jeune fille secrète sans aucuns problèmes. Frank va être chargé de l’enquête avec Caleb Stone, Le vétéran du service.

C’est un polar classique aussi bien dans le fond que dans la forme auquel nous avons droit ici. On peut même dire qu’il est un peu daté par sa façon d’aborder l’intrigue, mais au moins, il évite le coté glauque que l’on peut trouver dans les romans contemporains. Il n’en reste pas moins que chaque chapitre comporte une scène, dont le décor nous est présenté avant d’avoir une discussion, ce qui rappelle la façon dont les grands anciens du noir construisaient leurs romans.

Le sujet, s’il peut paraitre déjà lu, nous montre une jeune fille bien sous tous rapports, avant de s’apercevoir qu’elle n’était pas aussi pure que tout le monde le pense. La fçon d’amener la chose se fait en douceur, et avec beaucoup de finesse. C’est sans doute là le plaisir que l’on a à lire les romans de Thomas H.Cook : Cette façon d’amener les secrets petit à petit par petites remarques. On sent d’ailleurs par certaines phrases toute la sensibilité et la subtilité dont il fera preuve par la suite.

Nous avons aussi droit aux scènes d’amour, aux scènes de bagarres, aux femmes fatales (ou pas, je ne vais pas tout vous dire). Il m’a manqué un petit quelque chose pour ressentir que Frank était au bout du rouleau. Par contre la fin m’a surpris par son retournement et sa violence qui change du ton gentillet du reste du roman. Il faut donc lire ce roman comme un roman de jeunesse, intéressant pour les fans de ce grand auteur !