Archives pour la catégorie Oldies

Oldies : Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Jean-Paul Gratias

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je savais que j’allais lire un roman de Robin Cook, puisque c’est l’un de mes auteurs favoris. L’auteur de J’étais Dora Suarez a toujours décrit remarquablement bien le Mal, et ses origines. Pour l’occasion, j’ai lu le dernier roman qu’il ait écrit.

L’auteur :

Robert William Arthur Cook dit Robin Cook, né le 12 juin 1931 à Londres et mort dans la même ville le 30 juillet 1994 est un écrivain britannique, auteur de roman noir.

Fils de bonne famille (un magnat du textile), Robin Cook passe sa petite enfance à Londres, puis dans le Kent où la famille s’est retirée en 1937 dans la crainte de la guerre. Après un bref passage au Collège d’Eton, il fait son service militaire, puis travaille quelque temps dans l’entreprise familiale, comme vendeur de lingerie.

Il passe les années 1950 successivement :

à Paris au Beat Hotel (où il côtoie William Burroughs et Allen Ginsberg) et danse dans les boîtes de la Rive gauche,

à New York, où il se marie et monte un trafic de tableaux vers Amsterdam,

en Espagne, où il séjourne en prison pour ses propos sur le général Francisco Franco dans un bar.

En 1960, il rentre à Londres, où il accepte d’être un prête-nom pour Charlie Da Silva, un proche collaborateur des jumeaux Kray. Interrogé par la police néerlandaise à propos d’une escroquerie d’assurances liée au vol supposé d’une toile de Rembrandt, il prétend avoir définitivement renoncé à son passé de criminel en faveur d’une nouvelle vie d’écrivain.

Signé Robin Cook, son premier roman, intitulé Crème anglaise (The Crust on its Uppers, 1962), le récit sans concessions d’une descente aux enfers délibérée d’un homme dans le milieu des truands londoniens, obtient à sa publication un succès de scandale immédiat.

Suivront des romans de plus en plus noirs et d’un réalisme sordide quasi documentaire, notamment Comment vivent les morts (How The Dead Live, 1986) ; Cauchemar dans la rue (Nightmare In The Street, 1988) ; J’étais Dora Suarez (I Was Dora Suarez, 1990) et Quand se lève le brouillard rouge (Not Till the Red Fog Rises, 1994)

Après avoir bourlingué de par le monde et avoir exercé toutes sortes de petits boulots, il est décédé à son domicile à Kensal Green, dans le nord-ouest de Londres, le 30 juillet 1994.

Son autobiographie, The Hidden Files, publiée en 1992, est parue en français sous le titre Mémoire vive (1993).

(Source : Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

A sa sortie de prison, Gust, gangster professionnel, dérobe avec quelques complices deux mille passeports britanniques dont le prix au marché noir avoisine les mille livres l’unité. Un joli pactole que des truands londoniens veulent négocier avec des électrons libres de l’ex-KGB qui, eux, veulent écouler des têtes nucléaires en provenance des arsenaux de l’Armée rouge. Mais les services du contre-espionnage britannique sont sur l’affaire…

Mi-roman criminel, mi-roman d’espionnage, l’ultime œuvre de l’immense Robin Cook, est un mélange d’humour, de distance, de noirceur et d’humanité bouleversante. A découvrir absolument.

Quand se lève le brouillard rouge est le dernier roman écrit par Robin Cook (1931-1994) et peut-être son chef-d’œuvre. La sécheresse du ton accentue encore le pouvoir d’émotion de cette magnifique épure, à la fois distante et intimiste, comme traversée d’un prémonitoire sentiment d’urgence absolue et s’achevant dans un silence de mort… (Jean-Pierre Deloux, Polar)

Mon avis :

Le roman débute par Sladden, qui rend visite à un homme dans une chambre d’hôtel. Quand il sort un revolver, on sent bien que cela va mal se passer. Homosexuel et obsédé sexuel, il sait qu’il doit rapidement faire son boulot avant d’être l’esclave de ses pulsions contre lesquelles il aurait du mal à résister. Il demande au gars, russe d’origine mais titulaire d’un faux passeport anglais de s’allonger sur le lit. Il s’allonge derrière lui et lui tire une balle dans la tête. Puis il arrange la scène de crime en faux suicide.

Si on débarque en plein milieu de cette intrigue, Robin Cook va petit à petit nous donner les pièces du puzzle pour comprendre de quoi il en retourne. Un lot de passeports vierges a été volé par des truands, dont faisait partie Gust, qui vient de sortir de prison. Ce lot est convoité par la mafia mais aussi par des Russes menés par Gatov. Gust, qui est en probation, va se retrouver au centre d’un imbroglio et va se défendre comme il sait le faire : par la violence.

Ce roman est une vraie collection de tiroirs. Si Gust et son itinéraire sanglant sert de trame principale, nous allons voir apparaître la police, la mafia, la police et les services secrets. Robin Cook nous dépeint un monde dur, violent, sans pitié où tous les décors sont des ruelles sombres ou des bars douteux. Et chacun ne connait qu’un seul langage, celui de la mort. Si on a l’impression qu’on laisse peu de chances aux repris de justice, il en ressort aussi que les méchants ne sont pas ceux que l’on croit et qu’il y a toujours quelqu’un de plus horrible situé plus haut dans la pyramide du crime.

Si le roman est prenant à lire, c’est grâce à ses nombreux dialogues emplis de réparties humoristiques et cinglantes. Il en ressort une tension poisseuse et palpable. Et c’est bien le personnage de Gust, que l’on devrait haïr tant il est violent qui parvient à nous émouvoir. Sa descente aux enfers et la poisse qu’il porte à ses proches arrivent à nous faire éprouver de la sympathie pour lui alors qu’il flingue ceux qui lui parlent mal.

Avec le recul, ce dernier roman de Robin Cook nous montre ce qu’il pensait de la société Anglo-Saxonne. Tout le monde y est pourri, qu’il soit du bon ou du mauvais coté de la loi. Et on y trouve aussi que réflexions philosophiques sur la vie et la mort qui ont forcément des résonances particulières dans l’esprit du lecteur et du fan de Robin Cook que je suis : Après la mort, il n’y a rien, il n’y a plus rien.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Vincent chez Foumette ainsi que cette interview sur Youtube03

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Oldies : Adios Muchachos de Daniel Chavarria

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Jacques-François Bonaldi

C’est une rubrique Oldies en forme d’hommage que je vous propose puisque Daniel Chavarria nous a quitté le 6 avril dernier. Je ne connaissais ni l’homme, ni ses écrits, et pour l’occasion, Claude Mesplède Himself m’a fait l’honneur de me fournir un billet que j’aurais la chance de vous proposer dès vendredi.

L’auteur :

Daniel Chavarría est né à San José de Mayo, en Uruguay.

En 1964, lors du coup d’état militaire, Daniel Chavarría qui vivait au Brésil, s’enfuit pour travailler avec les chercheurs d’or en Amazonie. Plus tard, il s’est enfui à Cuba. Là, il a commencé à travailler comme traducteur et enseignant de latin et de grec. Par la suite, il a commencé sa carrière en tant qu’écrivain. Daniel Chavarría se définit comme un citoyen uruguayen et un écrivain cubain.

Le style d’écriture de Chavarría s’inscrit dans la tradition latino-américaine des écrivains politiques, tels que Gabriel García Márquez. Il a mentionné que lorsqu’il était enfant, il lisait Jules Verne, Emilio Salgari et Alexandre Dumas, et leur influence peut être détectée dans ses écrits. Par exemple, dans Tango pour un tortionnaire, l’influence du Comte de Monte-Cristo est claire.

La vie et les écrits de Chavarría montrent clairement son passé communiste et révolutionnaire. Il était un partisan bien connu de la révolution cubaine.

En 2010, Chavarría a remporté le Prix national de littérature de Cuba.

Chavarría est décédé à La Havane le 6 avril 2018, âgé de 84 ans.

(Source Wikipedia version anglaise traduit par mes soins)

Quatrième de couverture :

A Cuba, Les Jineteras sont des jeunes filles qui chassent le riche touriste étranger dans l’espoir qu’il les entretiendra pour un temps, ou mieux, leur proposera le mariage. Alicia a une méthode bien à elle qui consiste à porter un short très étudié et à monter sur une bicyclette… C’est ainsi qu’elle ramène dans ses filets un certain Juanito. Ils vont former un beau tandem ! Après Un thé en Amazonie, Daniel Chavarria nous offre un polar cent pour cent cubain où il manie un humour qui n’est pas sans rappeler celui de Donald Westlake.

Mon avis :

C’est au travers de la vie d’une jeune fille Alicia que Daniel Chavarria nous présente la vie à Cuba et la façon qu’ont les jeunes femmes de vivre face à l’ouverture au tourisme de cette île communiste. C’est l’humour omniprésent tout en dérision et en cynisme noir qui fait que l’on s’attache à ce roman dès les premières lignes. Après quelques chapitres sur Alicia, la rencontre avec John King, beau comme Alain Delon, va lancer l’intrigue sur des rails … surprenants.

Car l’histoire ne va jamais dans le sens où on l’espère ou du moins où on peut le penser. Les arnaqueurs sont en concurrence avec des arnaqueurs, tout le monde a au moins deux noms différents. Ce qui fait que l’on se rend vite compte que tout est bon pour arnaquer et récupérer de l’argent au détriment de l’autre. Malgré le fait que ce roman soit court, il s’y passe beaucoup de choses et l’on s’amuse de bout en bout.

Ce roman est finalement une belle démonstration : c’est l’argent et le sexe qui font tourner le monde ! Et il faut se méfier, les victimes ne sont pas forcément celles que l’on croit ! Avec son style alerte et ses remarques acerbes, tournant en ridicule les attitudes de ses personnages, ce roman s’avère un petit joyau de littérature noire et une lecture tout simplement jouissive.

La dernière chose que je dirai, c’est que j’ai eu beaucoup de difficultés à le trouver, puisqu’il est épuisé. Je ne peux que souhaiter de le voir réédité pour que tout le monde puisse le redécouvrir et redonner un peu de justice pour ce roman foncièrement et méchamment drôle.

Oldies : Meurtre à Greenwich Village de Kinky Friedman

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Frank Reichert

Je continue l’exploration de ma « collection » de Rivages Noir avec le premier roman de la série consacrée au détective Kinky Friedman.

L’auteur :

Richard S. (Kinky) Friedman, né le 31 octobre 1944 à Chicago, dans l’Illinois, est un chanteur, auteur-compositeur, romancier, chroniqueur au magazine Texas Monthly et homme politique américain. À l’élection de 2006, il est l’un de deux candidats indépendants au poste de gouverneur du Texas. Avec 12,6 % des voix, Friedman s’est classé en quatrième position dans la course à six. Surnommé le « Frank Zappa de la country », il joue dans divers films d’horreur, dont Massacre à la tronçonneuse 2, avant de commencer à écrire en 1986. Il s’impose très vite par son originalité, étant l’un des rares auteurs de roman policier à pratiquer l’auto-fiction avec une telle constance. Il a conquis un public éclectique, de l’ancien président Clinton à la romancière Fred Vargas qui le revendiquent comme l’un de leurs écrivains préférés.

Fils du Dr. S. Thomas Friedman, professeur d’université, et de Minnie Samet Friedman, il naît à Chicago, et sa famille déménage dans un ranch au Texas durant son enfance. Dès son très jeune âge, il développe un grand intérêt pour la musique et les échecs. À l’âge de sept ans, il est choisi pour faire partie d’un groupe de cinquante joueurs d’échecs locaux qui tentent de vaincre le grand maître américain Samuel Reshevsky lors de cinquante matches simultanés à Houston. Reshevsky remporte chacun des cinquante matches, mais Friedman est de loin le plus jeune compétiteur.

Il fait ses études à l’Université du Texas à Austin et obtient son baccalauréat en psychologie en 1966. C’est lors sa première année à l’université qu’il acquiert le surnom de « Kinky » en référence à ses cheveux frisés. Friedman sert alors pendant deux ans dans le Peace Corps à Bornéo.

Après un ralentissement de sa carrière musicale dans les années 1980, Friedman se convertit en auteur de romans policiers. Ses livres partagent certaines ressemblances avec sa musique, mettant en vedette une version fictive de lui-même, nommé Kinkster Friedman, dit Kinky, « un détective privé new-yorkais » qui enquête sur des crimes à New York, offrant blagues, sagesse, charme texan et whisky irlandais en quantités à peu près égales. Cet «ancien chanteur country qui fume toute la journée des cigares jamaïcains et considère l’existence avec une certaine nonchalance, […] joue au détective, assisté de son ami Ratso, une sort de Watson qui lui sert surtout de garde du corps ». Les romans de la série sont écrits dans un style direct inspiré de Raymond Chandler. À ce jour, il a également écrit quelques romans qui ne mettent pas en vedette le personnage de Kinky Friedman. Friedman écrit également une chronique régulière pour le magazine Texas Monthly depuis avril 2001, bien qu’elle ait été suspendue durant sa campagne au poste de gouverneur du Texas ; son dernier essai est paru dans le numéro de mars 2005.

Friedman vit au Echo Hill Ranch, le camp d’été familial près de Kerrville (Texas). Il est également le fondateur de Utopia Animal Rescue Ranch, dont la mission est de soigner les animaux errants, blessés, âgés et qui ont été victimes d’abus ; plus de 1 000 chiens ont été sauvés de l’euthanasie.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

Le premier appel de Mc Govern à Kinky est pour lui apprendre qu’il y a un cadavre, avec onze roses dans la main, sur le plancher de l’appartement en face du sien. Le second est pour lui dire que les flics l’ont arrêté parce qu’ils ont trouvé l’arme du crime chez lui. Kinky sait bien que Mc Movern, reporter au Daily News, descend plus volontiers des verres d’alcool que ses semblables. Mais lorsqu’il trouve un reçu pour une douzaine de roses chez le journaliste, il n’est plus sûr de rien. Sauf que tout le monde est fou à Greenwich Village.

Mon avis :

Avec ce roman, me voilà obligé d’ajouter Kinky à la liste des personnages de détective dont il va falloir que je lise les aventures. Ce Meurtre à Greenwich Village a ce quelque chose qui le rend à la fois attachant, drôle et qui donne envie de retrouver Kinky. D’ailleurs, il n’est pas étonnant que Fred Vargas déclare que Kinky Friedman soit son auteur favori, tant on y retrouve des similitudes, surtout dans la façon de raconter une intrigue. On y retrouve une influence de Ken Bruen dans les dialogues à base de comique à répétition. Et je suis sur que les fans de la reine du Rom Pol et / ou ceux du noir vont se jeter sur ces livres.

Ce que j’en retiendrais, c’est une intrigue menée avec nonchalance, et remarquablement construite. On ne voit pas qui peut bien être le coupable, et on commence à comprendre l’affaire avec le dernier meurtre (Eh oui, il y en a plusieurs !). L’auteur va même se permettre un dernier chapitre où il nous raconte comment il a semé des indices dans tout le roman. Et je peux vous dire que c’est un vrai plaisir de se faire avoir comme cela.

Il y a ces personnages formidables, tous acteurs, scénaristes, drogués, homosexuels, à la mode du jour, passant leurs nuits dans les boites de ce quartier si « Hype » ! Et au milieu, Kinky est imperturbable, tout en cynisme et dérision, affublé de sa veste de chasse où il a remplacé ses cartouches par des cigares, regardant ses semblables avec un recul intéressant, ne se privant pas de critiquer le culte du paraître. Assurément, ce roman est pour moi une belle découverte.

Oldies : Pente douce de Joseph Hansen

Editeur : Rivages

Traducteur : Richard Matas

Je poursuis cette année 2018 avec une découverte de vieux ouvrages parus dans la collection Rivages Noir. Ce roman psychologique s’avère être une œuvre littéraire noire, située dans le monde homosexuel.

L’auteur :

Joseph Hansen, né le 19 juillet 1923 à Aberdeen (Dakota du Sud) et mort le 24 novembre 2004 à Laguna Beach (Californie), est un écrivain et poète américain, auteur d’une des premières séries policières ayant pour héros un enquêteur homosexuel en la personne de Dave Brandstetter.

Né dans le Dakota du Sud, Hansen est élevé dans une famille aux origines allemande et norvégienne qui déménage d’abord au Minnesota, puis dans la banlieue de Los Angeles en Californie en 1936.

En 1943, il travaille le jour dans une librairie de Hollywood et s’attelle le soir à l’écriture de poèmes et d’un roman. Devenu professeur à l’Université de Californie, il publie à partir de 1952 ses premiers poèmes dans les magazines Harper’s, Saturday Review et dans The New Yorker. Il rédige aussi des scénarios pour la série télévisée Lassie (1954-1974). Dans les années 1960, il reprend brièvement son travail de libraire, présente une émission de radio intitulée Homosexuality Today. Sa plume se consacre à la rédaction de biographies de stars du cinéma, mais il publie également des nouvelles dans un petit journal homosexuel, One Magazine, qui devient bientôt Tangents, et dont il assume la direction jusqu’en 1969. En 1970, il aide à l’organisation de la première Gay Pride à Hollywood, même s’il n’aimait pas le terme « gay » et s’est toujours décrit comme homosexuel.

Militant de la cause homosexuelle, Hansen est pourtant contraint, au début de sa carrière de romancier, de publier sous les pseudonymes de James Colton (ou Coulton) et de Rose Brock des textes de fiction qui abordent ce sujet tabou : Lost on Twilight Zone (1964), Strange Mariage (1965) et Homosexuel notoire (1968).

Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il est surtout connu pour ses romans policiers, signés de son nom, où enquête son héros récurrent, Dave Brandstetter, personnage ouvertement homosexuel, l’un des premiers de la littérature policière avec le détective Pharoah Love de George Baxt. Hansen a aussi écrit une série de courtes nouvelles mettant en scène le personnage de Hack Bohannon, Le Livre de Bohannon (Bohannon’s Book, 1988).

Hansen épouse en 1943 Jane Bancroft, elle-même lesbienne. Cette union, qui donne naissance à une fille, ne prendra fin qu’à la mort de Jane Bancroft en 1994.

Hansen meurt d’une crise cardiaque en 2004.

Quatrième de couverture :

« Les égratignures des ongles de Moody sur le bras de Cutler sont profondes et saignent encore. Elles le brûlent et il voudrait les gratter. Il n’en fait rien. Il a enfilé une chemise de flanelle écossaise afin de les dissimuler au médecin qui se trouve à quatre pattes aux côtés du corps de Moody, étendu sur le sol entre le lit et le mur. Le tube à oxygène est enroulé autour du bras de Moody. L’élastique n’est plus tendu autour de sa tête. La bouteille d’oxygène s’est renversée. Cutler n’oubliera jamais le regard de Moody lorsqu’il a pressé l’oreiller sur son visage. Il ne savait pas alors que ce n’était que le début d’une pente douce qui le mènerait plus bas qu’il n’aurait jamais osé l’imaginer. »

Le roman le plus noir de Joseph Hansen.

Mon avis :

Avant de choisir le livre pour ma rubrique Oldies, j’avais demandé quel livre choisir parmi la bibliographie de Joseph Hansen. Eric Maneval m’a soufflé ce roman là. Quand j’ai lu la quatrième de couverture, j’ai eu un peu peur d’un livre glauque. Ce n’est absolument pas le cas, donc je vous donne un conseil : passez outre la quatrième de couverture. Enfin, je tiens personnellement à remercier Eric Maneval pour ce conseil.

Darryl Cutler est un jeune homme qui rêve d’écrire le grand roman américain. Il a décidé de se rapprocher de Stewart Moody, un éditeur, puis a vécu avec lui. Moody étant proche de sa fin de vie, il l’assiste dans ses derniers instants. En son for intérieur, il souhaiterait que Moody meure, puisqu’il sait qu’il est clairement nommé comme unique bénéficiaire sur le testament de Moody. Cutler va rencontrer un bellâtre dans un bar, Chick Pelletier. Cutler tombe amoureux alors que Chick ne cherche qu’à profiter de l’argent de Cutler. Cutler n’a d’autre choix que de se débarrasser de Moody.

Ce roman est un pur roman noir, et se déroule selon un rythme lent, avec comme personnage principal Cutler. Comme le titre l’indique, la spirale de la descente en enfer de Cutler est douce, lente vers les abymes. Si Cutler vit aux crochets de Moody, comme un parasite, il est très proche de l’état d’esprit de Chick. Il est d’ailleurs intéressant de voir que les deux amants sont similaires, mais que Cutler est aveuglé par son amour pour Chick de la même façon que l’était Moody. De même, il est amusant que dans ce roman, tous les malheurs qui adviennent à Cutler viennent des femmes.

Le personnage de Cutler est remarquablement complexe. Sans cesse harcelé par son éducation, réalisée par sa mère puisqu’il a perdu son père très tôt, il vit en opposition de toutes les remontrances qu’il a subies. Sa réaction, ses solutions aux problèmes qu’il rencontre sont très directes, préférant le meurtre à son travail d’écrivain, qu’il est finalement incapable de faire.

L’écriture de ce roman est fascinante. Elle arrive à mélanger à la fois la psychologie des personnages et le décor, formidablement rendu. Il est aussi un plaidoyer pour les homosexuels, montrant finalement qu’ils sont des hommes comme les autres. Et tout cela est fait d’une façon tellement naturelle, que j’ai été impressionné par la fluidité du style. C’est un roman noir que je situe au niveau de ce qu’a pu écrire James Cain par l’acuité d’observation et la précision de chaque phrase. Un classique du roman noir à redécouvrir.

Ne ratez pas l’excellent billet de Philippe Cottet

Rue Barbare de David Goodis

Editeur : Rivages

Traducteur : Michel Lebrun

Entre David Goodis et moi, c’est une histoire compliquée. J’ai lu, il y a très longtemps, trois de ses romans sans être véritablement emballé. Je me suis toujours dit que ce n’était probablement pas le bon moment. Effectivement, je viens de relire Rue Barbare et c’est un roman déprimant, certes, mais d’une réelle beauté noire.

L’auteur :

Issu du milieu juif de Philadelphie, David Loeb Goodis fréquente brièvement l’université de l’Indiana avant de terminer ses études de journalisme à l’université Temple en 1938. Peu après, il se trouve un emploi dans une agence de publicité et, pendant ses temps libres, rédige un grand nombre de nouvelles policières pour divers « pulps » américains. Il publie son premier livre Retour à la vie (Retreat from Oblivion) en 1938. À New York, où il déménage l’année suivante, il travaille comme scripteur dans le milieu de la radio.

Pendant la première moitié des années 1940, les éditeurs rejettent systématiquement ses manuscrits. En 1942, il se rend sur la Côte Ouest et est engagé par les studios Universal. Il se marie à Los Angeles en 1943. Puis vient le succès en 1946 avec la publication de Cauchemar (Dark Passage). L’adaptation de ce récit en 1947, sous le titre Les Passagers de la nuit avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall, lui permet de signer un lucratif contrat de six ans avec la Warner Bros, mais la plupart des scénarios qu’il écrit pour le studio ne dépassent pas l’étape de la rédaction. En outre, sa vie privée s’effrite et il divorce en 1948. De retour à Philadelphie en 1950, il s’occupe de ses parents et de son frère schizophrène, puis sombre dans l’alcool. Cette version de l’écrivain maudit relèverait toutefois de la légende d’après l’enquête biographique de Philippe Garnier.

Oublié dans son pays natal, David Goodis doit son succès en France à l’adaptation de plusieurs de ses livres au cinéma, notamment de Tirez sur le pianiste par François Truffaut en 1960, dont c’est le deuxième long-métrage.

Quatrième de couverture :

« C’est du grand Goodis, le Goodis de la désespérance quotidienne, le Goodis de la nuit. Du reste, presque toutes les scènes du roman se passent dans des décors obscurs : des cafés miteux, des rues ténébreuses, des chambres sordides. Au milieu de ce décor, évolue Chester Lawrence. Une nuit, par hasard, il tombe sur une Chinoise qui a été agressée. Il n’échange que quelques mots avec elle, s’éloigne bientôt. Mais cette femme incarne son destin. Dès lors, pour lui, plus rien ne sera comme avant. Ou plutôt, tout désormais le ramènera en arrière, vers son passé, vers des visages, des gens avec lesquels il croyait avoir définitivement rompu. Il faut lire Rue barbare. Il faut lire et relire David Goodis. Il est la tête d’obsidienne du roman noir. » (Alexandre Lous, Le Magazine Littéraire)

Mon avis :

Dans Ruxton Street, il n’y a pas d’espoir pour ses habitants : soit ils travaillent pour ramasser un peu d’argent pour survivre, soit ils entrent dans le gang de Matt Hagen. Lawrence fait partie de ces gens qui résistent, essayant de faire vivre sa famille avec le peu qu’il a, à grands renforts de courage. Quand il voit une jeune chinoise tituber sur le trottoir en face du bar où il boit un coup, il veut l’aider. Mais elle refuse.

De scènes en scènes, Lawrence va résister, menant sa vie avec une honnêteté et une humanité qu’il est le seul à avoir conservé. Sachant qu’il ne peut pas partir, il accepte les conséquences de sa vie dans un monde pourris, supportant les pressions et les violences environnantes, qu’elles viennent de Hagen et de son tueur attitré ou même de sa famille, dont sa femme, qui lui implore de céder à la facilité.

Quelque soit le décor, tout est sale dans ce roman : les rues sont sales, le bar est sombre, les maisons sont délabrées. Ce roman est une véritable plongée dans le noir le plus absolu, montrant l’inéluctabilité de la vie et le destin d’un homme qui, s’il ne peut se sauver, essaie de sauver les autres. Comme pour essayer de justifier qu’il aura fait quelque chose de sa vie.

Il vaut mieux avoir le moral pour lire un roman aussi noir, qui nous plonge dans un tunnel sans lumière et sans sortie, dans une ville où l’espoir a disparu. Si le style est simple, et les dialogues nombreux, il y règne une tension permanente. Ce roman est classique du roman noir, très noir, écrit comme une sorte de témoignage des laissés-pour-compte du rêve américain, que tout amateur de polar se doit d’avoir lu.

Oldies : Raid sur la ville de Bill James

Editeur : Rivages

Traducteur : Danièle et Pierre Bondil

Je ne vous cache pas que les billets de Yan sont pour beaucoup dans le choix de cette lecture. Mais il y a aussi mon ami du Sud Petite Souris qui doit être cité ici pour une bonne raison : il m’a offert ce roman de Bill James. A la lecture de la quatrième de couverture, je m’attendais à tout autre chose. C’est donc une excellente surprise …

L’auteur :

Allan James Tucker, né le 15 août 1929 à Cardiff au Pays de Galles, est un écrivain britannique. Il écrit des romans policiers. Bill James est le principal pseudonyme littéraire de Allan James Tucker. Celui-ci a également publié sous le nom de David Craig et de Judith Jones.

Il obtient une maîtrise de lettres à l’Université du pays de Galles. Il devient journaliste et travaille pour le Western Mail, le South Wales Echo, le Daily Mirror ou le Sunday Times.

Il débute comme écrivain avec des romans d’histoires et de fictions publiés sous le nom de James Tucker et sous le pseudonyme de David Craig. C’est sous ce pseudonyme qu’il produit la quasi-intégralité de ses écrits jusqu’en 1985, date à laquelle il publie la première histoire du super intendant Collin Harpur et de son patron Desmond Iles sous le nouveau pseudonyme de Bill James. Il met en sommeil pendant dix années le pseudonyme de David Craig et signe douze romans de cette nouvelle série avant de publier régulièrement des romans sous les deux pseudonymes. En 1998, il utilise le nouveau pseudonyme de Judith Jones et écrit deux romans consacrés à Kerry Lake dont la troisième aventure est publiée sous le nom de Bill James.

En France, les ouvrages de Bill James sont publiés par François Guérif dans la collection Rivages/Noir. La série mettant en scène ses deux personnages récurrents, le super intendant Collin Harpur et son patron Desmond Iles, est publié en France à partir de 1998 et commence avec Retour après la nuit (Roses, Roses) qui n’est que le dixième livre de la série. La publication de cette série ne respecte en aucune manière la chronologie de la publication originale. À ce jour, la série Harpur & Iles compte trente-trois romans, dont treize traduits en France.

Deux ouvrages écrits sous le pseudonyme de David Craig ont été publiés dans les années 1970 par la Série noire. Deux de ses ouvrages ont été adaptés au cinéma. En 1977, Michael Apted réalise le film Le Piège infernal d’après le roman Protection et en 2013, Serge Bozon réalise Tip Top d’après le roman Tip Top (Mal à la tête en français).

Allan James Tucker se consacre aujourd’hui à l’écriture, il réside au pays de Galles et travaille également comme intervenant pour les cours de création littéraire à l’Université du pays de Galles.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Colin Harpur et ses hommes sont en planque devant une succursale de la Lloyd’s que des truands doivent mettre à sac. L’indic Jack Lamb a été formel. Mais il ne se passe rien. L’attaque a été reportée. En attendant, Harpur ronge son frein, d’autant plus qu’il semble y avoir une « opération de nettoyage » en ville, comme pour préparer le terrain. Lorsque le hold-up a finalement lieu, la police est au rendez-vous ; pourtant les choses ne se déroulent pas comme prévu. Le cerveau de l’opération réussit à prendre la fuite. Et Harpur compte ses pertes…

Ce premier volume de la série qui met en scène Colin Harpur introduit les personnages que l’on avait découverts dans Retour après la nuit. Bill James nous étonne par sa liberté de ton, le côté retors de son intrigue et de ses personnages. Comme l’a écrit Christian Lehmann à propos de ce livre, « les chapitres ne vont jamais où on les attendait ».

Mon avis :

Pour tout vous dire, je ne m’attendais pas du tout à ce genre de roman. Je pensais lire un roman introduisant deux nouveaux personnages, avec une intrigue mettant en valeur leur relation. Eh bien, pas du tout. Tout d’abord, cette enquête démarre par une planque puisque Harpur a eu une info par son indic d’un futur casse de la Lloyd’s. Mais il ne se passe rien, puisque les truands ont été prévenus. Y aurait-il une taupe dans la police ? De ce jour, Harpur ne va faire confiance à personne … sauf à ses indics. Puis, de nombreux assassinats vont suivre, comme si les truands voulaient faire le ménage avant de débarquer en ville.

C’est donc Harpur qui est au centre de l’intrigue, Iles étant son supérieur. Et c’est bien l’intrigue qui intrigue … Comme il est dit en quatrième de couverture, Bill James a le don de nous surprendre puisque son histoire tourne et retourne, va et vient, mais ne va jamais là où on peut l’imaginer. Même la fin est surprenante.

On trouve dans ce roman une société qui change. Les voleurs n’ont aucun respect ni aucune pitié pour les flics, c’est le royaume du chacun pour soi, du No Limit (sans limite pour les non anglophones), à l’image du libéralisme de l’ère Thatcher. Iles qui apparaît dans quelques chapitres est l’image de la hiérarchie certes, mais c’est aussi celui qui représente les instances et qui montre la malfaisance des média. Et puis, dans cette ville sans nom, banlieue de Londres, on y sent le complexe d’infériorité face à la capitale, et la revanche des ploucs sur les citadins.

C’est aussi le style qui retient l’attention, que dis-je, qui frappe droit à l’estomac. Je m’attendais à des traits d’humour, et j’ai trouvé une écriture brutale, ne s’attardant pas sur les émotions des uns ou des autres, mais assénant des coups qui font mal avec des phrases qui font mouche. S’il faut aborder ce roman comme le début d’une série, il est un tout, une histoire à part entière, qui m’a fait découvrir un auteur original par sa plume autant que sa façon de raconter une histoire noire et brutale.

Brouillard au pont de Tolbiac de Léo Malet

Editeur : Pocket

C’est JOB, comprenez jacques-Olivier Bosco (auteur entre autres du Cramé, Loupo ou plus récemment Brutale) qui m’a conseillé cette lecture et comme je n’avais jamais lu de roman mettant en scène Nestor Burma, voilà une bonne chose de faite. J’ai été surpris par ce polar, classique dans la forme, très avant-gardiste, et passionnant dans le fond.

L’auteur :

Léon Malet, dit Léo Malet, né le 7 mars 1909 à Montpellier et mort le 3 mars 1996 à Châtillon-sous-Bagneux, est un écrivain et poète français, auteur de nombreux romans policiers, dont la série ayant pour héros Nestor Burma, « détective de choc ».

Il a également écrit sous différents pseudonymes : Frank Harding, Léo Latimer, Lionel Doucet, Jean de Selneuves, Noël Letam, Omer Refreger, Louis Refreger — ainsi que, en association avec les écrivains Serge Arcouët et Pierre Ayraud, sous le pseudonyme collectif de John-Silver Lee —. Il est pour certains « l’inventeur du roman noir français ».

Léo Malet est fils de Jean-Marie Gaston Malet, employé de bureau, et de Louise Nathalie Refreger, couturière. À l’âge de deux ans il perd son père puis, deux jours après, son petit frère âgé de six mois et, dans l’année qui suit, sa mère. Tous les trois sont morts de la tuberculose. Léo est recueilli par son grand-père Omer Refreger, ouvrier tonnelier, et par sa grand-mère Marie Refreger, gardienne d’un parc avicole.

En 1923, il rejoint le groupe libertaire de Montpellier, puis entre en contact avec André Colomer qui vient de fonder L’Insurgé. Il le rejoint « à Paris avec 105 francs en poche. C’était le 1er décembre 1925, à 9 heures du matin » et fréquente les milieux anarchistes. Il exerce ensuite différents petits métiers : employé de bureau, manœuvre, journaliste occasionnel, « nègre » pour un journal de maître-chanteur, gérant de magasin de mode, figurant de cinéma, crieur de journaux, emballeur.

En 1926, il rencontre Paulette Doucet, qui devient sa compagne. Ils se marient en 1940, et vivent ensemble jusqu’au décès de Paulette en 1981. Lié au groupe surréaliste de 1931 à 1949, il écrit de la poésie, publiant en 1936 Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe, imprimé à seulement une trentaine d’exemplaires.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le 25 mai 1940, Léo Malet est arrêté et accusé, selon ce qu’il relate dans son autobiographie, de faire partie d’un complot surréalo-trotskyste d’atteinte à la sûreté de l’État et reconstitution de ligue dissoute, « complot » dans lequel était également impliqué, entre autres, Benjamin Péret… ». Il est emprisonné à la prison de Rennes, puis est transféré au stalag X-B à Sandbostel entre Brême et Hambourg jusqu’en mai 1941.

Dès son retour de captivité, à la demande de Louis Chavance, Léo Malet se met à écrire des romans policiers, en adoptant d’emblée l’écriture à la première personne. En 1941 il publie sous le pseudonyme de Frank Harding son premier roman, Johnny Metal, et crée le personnage éponyme, journaliste américain lui permettant « toutes sortes de libertés, sans avoir à m’emmerder avec le décor ». Après ce premier succès, il publie en 1942 un « second faux policier américain, mijoté selon la même recette », La Mort de Jim Licking, qu’il signe Leo Latimer. C’est en 1943 que Léo Malet publie 120, rue de la Gare, mettant en scène son célèbre détective privé Nestor Burma.

En 1948, Léo Malet devient le premier lauréat du grand prix de littérature policière pour Le Cinquième Procédé. La même année, il commence à écrire ce qui deviendra la Trilogie noire. Le premier titre de la trilogie est La vie est dégueulasse. Le deuxième tome, Le soleil n’est pas pour nous, publié en 1949, raconte, dit-il, « certaines des histoires qui me sont arrivées quand je traînais la savate à Paris ». Le troisième, Sueur aux tripes, écrit dans la foulée, n’est publié que vingt ans plus tard en 1969.

En 1954, utilisant toujours le personnage de Nestor Burma, il commence la série des Nouveaux Mystères de Paris, dont chaque énigme a pour décor un arrondissement de la capitale. Quinze arrondissements de Paris forment le décor de ces Nouveaux Mystères, dont le 13ème arrondissement de Paris avec Brouillard au pont de Tolbiac, publié en 1956 et qui « se détache indéniablement de cette série. Roman central d’une œuvre imposante, il fourmille d’anecdotes autobiographiques ». En 1958, il reçoit le prix de l’Humour noir pour l’ensemble de la série.

Rencontrant de nouvelles difficultés financières, Léo Malet écrit en 1962 un feuilleton dont l’action se déroule à la télévision. Ce sera 6/35 contre 819, renommé Nestor Burma en direct lors de sa parution au Fleuve noir en 1967. Après un intermède comme bouquiniste quai de l’Hôtel-de-Ville en 1965, il obtient grâce à Maurice Renault un contrat au Fleuve noir, qui publie six romans avec Nestor Burma et un septième et dernier roman, Abattoir ensoleillé, en 1972. En 1984, il reçoit pour l’ensemble de la série Nestor Burma le grand prix Paul-Féval de littérature populaire.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Le sujet :

Nestor Burma reçoit un appel de l’hôpital de la Salpêtrière. C’est Lenantais, dit Abel Benoit, un ancien compagnon anarchiste qu’il a connu dans sa jeunesse au foyer végétalien de la rue de Tolbiac, qui lui demande de venir à son chevet. Mais Nestor Burma arrive trop tard. La séduisante gitane Belita Moralès l’informe de la mort de son vieil ami des suites de deux coups de couteau reçus lors d’une sauvage agression.

À l’hôpital, Burma reçoit la confirmation du décès annoncé et se heurte à l’inspecteur Fabre qui l’accompagne à la morgue. Le commissaire Faroux les rejoint, visiblement là pour obtenir des informations de la bouche de Burma, mais c’est lui qui se met à faire allusion à un policier, Norbert Ballin, responsable d’une vieille enquête sur la disparition en 1936, aux environs du pont de Tolbiac, d’une grosse somme d’argent volée par un garçon de recettes qui la transportait.

Douloureuse enquête pour le héros, dont le passé resurgit au détour de chaque rue du quartier de sa jeunesse. Difficile mission aussi d’éclaircir l’assassinat de Lenantais et le vol de 1936, deux crimes en apparence indépendants et tout aussi inexplicables.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Mon avis :

Lire ou relire d’anciens polars permet, sans aucun doute, de prendre du recul par rapport aux nouveautés que l’on trouve sur les linéaires des libraires. Cela permet aussi de voir où les auteurs contemporains ont puisé leur source, leurs codes, leur style. Indéniablement, ce roman a inspiré des générations d’auteurs car si la façon de raconter cette histoire s’inspire de l’exemple américain, il n’en reste pas moins qu’il a sa singularité française dans les décors et le sujet traité.

Je n’avais jamais lu de romans de Léo Malet, et j’ai été surpris. Dans ma tête, Nestor Burma est incarné par Guy Marchand ce qui, pour l’adolescent que je fus, était classé « Has Been ». Et je me suis aperçu de mon erreur tant ce roman s’avère passionnant mais aussi touchant par bien des aspects. Deuxième surprise : malgré quelques expressions argotiques, ce roman s’avère très moderne et remarquablement bien mené. Bref, Brouillard au pont de Tolbiac est génial.

On ressent à sa lecture toute la passion que l’auteur a voulu mettre dans ce roman, du sujet (les anarchistes dont il a fait partie dans sa jeunesse) jusqu’aux descriptions des quartiers de Paris qu’il a arpentés. On y retrouve des thèmes chers au polar, tels la loyauté ou l’obsession mais on retrouve aussi la volonté de dénoncer certains aspects de la société. On ressort de ce roman bouleversé, autant par ces hommes qui renient leurs idées et leurs valeurs que par l’issue dramatique, ébauchée en quelques lignes et qui concluent ce roman qui est indéniablement un grand moment de la littérature policière.

Ce roman m’aura beaucoup apporté, puisque j’ai appris beaucoup de choses sur les mouvances anarchistes, et sur le Paris d’après-guerre. En 200 pages, Léo Malet nous concocte une intrigue, une ambiance et des personnages inoubliables. Brouillard au pont de Tolbiac est tout simplement une lecture obligatoire pour toute personne aimant le polar et un excellent roman à découvrir pour les autres.