Archives pour la catégorie Oldies

Dans l’œil du démon de Junichirô Tanizaki

Editeur : Editions Philippe Picquier

Traducteurs : Ryôko Sekiguchi et Patrick Honnoré

Je vous avais annoncé que la prochaine vague de polars viendrait du Japon, comme il y eut celle des pays nordiques. C’est une bonne occasion pour moi de revisiter un roman datant de 1919, inédit en France.

L’auteur :

Jun’ichirō Tanizaki est un écrivain japonais, né le 24 juillet 1886 à Tokyo et mort le 30 juillet 1965 à Tokyo.

Né dans une famille aisée de marchands, fortune due à l’ingéniosité de son grand-père, il fait de brillantes études à l’Université impériale de Tôkyô, mais en 1910 la ruine de son père le contraint à les interrompre. Il considéra son père comme un être faible qu’il transposera dans ses écrits. La même année, il publie son premier texte, une nouvelle cruelle et raffinée, « Le Tatouage », dans la revue qu’il a fondée avec quelques amis. L’histoire de la belle courtisane et de son tatouage en forme d’araignée fait scandale et lance sa carrière d’écrivain.

En 1913, il rassemble toutes ses nouvelles dans un recueil intitulé « Le Diable » et subit les foudres de la censure qui les juge « immorales ». Il publie sans trêve drames, comédies et scénarios à une époque où le cinéma en est encore à ses balbutiements, il traduit également la pièce d’Oscar Wilde « L’Éventail de Lady Windermere ».

Installé à Yokohama, il fréquente les résidents étrangers et découvre l’image de la femme occidentale. Lorsqu’un terrible tremblement de terre détruit la ville en 1923, il s’installe définitivement dans le Kansai. Le séisme le bouleverse profondément : alors qu’il puisait son inspiration dans un Occident et une Chine exotiques, il revient vers le Japon à partir de 1924, date à laquelle paraît son premier roman, « Un amour insensé ».

Dans les années 30, il multiplie les publications : « Yoshino » (1931), « Le Récit de l’aveugle » (1931), « Histoire secrète du sire de Musashi » (1932), « Le Coupeur de roseaux » (1932), « Shunkin, esquisse d’un portrait » (1933), « Éloge de l’ombre » (1933).

Il se consacre ensuite à la traduction en japonais moderne de « Le Dit du Genji » de Murasaki Shikibu. En 1943, la publication en feuilleton de son chef-d’œuvre « Quatre sœurs » est interdite car jugée inconvenante en temps de guerre. Après la guerre, Tanizaki publie des romans audacieux comme « La Mère du général Shigemoto » (1950) et « La Clef : La Confession impudique » (1956).

Son état de santé s’aggrave après 1960. Sa souffrance et son obsession de la mort apparaissent dans son « Journal d’un vieux fou » (1961).

En 1964, il fait partie des six derniers candidats retenus de la short list du comité Nobel.

Décerné en son honneur, le prix Tanizaki est l’une des principales récompenses littéraires au Japon.

(Source : Babelio)

Quatrième de couverture :

Un écrivain est interrompu dans son travail par un ami qui lui propose d’assister à un meurtre. Dans un bas-fond de Tokyo, ils assistent à ce qu’ils croient être un assassinat sordide orchestré par une femme démoniaque, dont son ami va devenir fou amoureux. Enfermé dans sa passion, il se rend compte qu’il est destiné à être sa prochaine proie. Bientôt, il demande à son ami d’être témoin de sa propre mise à mort. Mais le lendemain, de retour chez son ami, l’écrivain découvre celui-ci vivant, qui l’attend… Une intrigue haletante qui fonctionne sur le mystère de messages codés à déchiffrer, un jeu d’apparences trompeuses, une ville labyrinthique… Avec toutes les obsessions de Tanizaki : voyeurisme, jeu de miroirs et mise en abyme… Le roman comme théâtre des illusions.

Mon avis :

Datant de 1919, ce roman inédit en France ne peut être lu que comme un hommage à Sir Arthur Conan Doyle et Edgar Allan Poe. Après la mise en place de l’intrigue, (Takahashi, un écrivain est emmené par son vieil ami Sonomura dans un endroit louche où doit avoir lieu un crime car il croit avoir traduit un message mystérieux grâce au Scarabée d’or d’Edgar Allan Poe), les deux hommes vont confronter leur perception de la scène qu’ils ont aperçue à travers un volet.

De la scène détaillée à laquelle nous assistons, les deux hommes vont donc additionner les indices et en déduire une explication sur les auteurs du meurtre et leur motivation. Comme je l’ai dit, cela m’a fait penser à Sherlock Holmes et au docteur Watson par l’extrême précision et la logique implacable de leur raisonnement. Mais la chute, en deux actes va donner tort, à la fois aux deux hommes mais aussi ai lecteur qui a accepté de jouer le jeu.

Cela nous amène donc à nous rendre compte qu’il ne faut pas croire à tout ce que l’on voit, et que nos limites nous amènent bien souvent à nous tromper sur la vérité. Ce roman, après avoir tourné la dernière page, et s’être fait avoir en beauté, est un beau joyau policier qui nous permet de prendre du recul par rapport à nos perceptions. Et cela donne une lecture tout simplement jouissive.

A noter la couverture qui est juste magnifique !

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Oldies : Le Grossium de Stanley G.Crawford

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Marcel Duhamel

Attention, Coup de cœur !

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède

Claude Mesplède écrivait des rubriques dans une revue consacrée au polar qui s’appelait Alibi, dans laquelle il proposait des polars édités par la Série Noire qui sortaient de l’ordinaire. C’est comme cela que je me suis procuré ce petit chef d’œuvre de comédie policière.

L’auteur :

Stanley G. Crawford, né le 2 octobre 1937 à San Diego en Californie, est un écrivain américain de roman policier.

Il fait ses études à l’université de Chicago, puis à la Sorbonne à Paris. Il devient professeur d’anglais au Northbranch College de Santa Cruz. Il rédige également plusieurs articles pour la presse (New York Times, Los Angeles Times, Country Living…) et est l’auteur de cinq romans et de deux mémoires.

Son premier titre, Le Grossium, publié à la Série noire en 1969, raconte les aventures de Gascogne, un magnat de l’alimentaire qui tient sous son emprise l’ensemble de la ville et dont la domination se voit remise en cause par un individu anonyme. Ce roman, un excellent pastiche du roman noir d’alors, offre une virulente critique de l’économie américaine et de sa notion de libre entreprise.

Les autres romans de Crawford n’appartiennent pas au genre policier. Carnet de bord (1971), par exemple, est le récit poétique et humoristique des mésaventures d’un couple qui met les voiles sur un chaland chargé d’ordures ménagères pour un périple de quarante ans sur toutes les mers du globe.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

« Le téléphone sans fil sonne : « Gascogne ? fait une voix pas du tout familière. – Qui voulez-vous que ce soit ? Et vous qui êtes-vous ? – Peu importe. Rufus Raffa vient de prendre une balle entre les deux yeux. – Pas possible ? Et pourquoi me le dire à moi ? – Je croyais que vous étiez… » Là-dessus, il raccroche. La mort de Raffa, en être le premier ou le dernier informé, c’est du kif, car personne n’ira se rincer le canal lacrymal à cette nouvelle. Surtout pas moi. »

Mon avis :

Attention, coup de cœur !

Comme je le disais, ce roman est un petit chef d’œuvre de comédie policière. Jugez-en plutôt avec ce bref résumé du début de l’intrigue :

Gascogne est dans sa voiture quand on l’informe par un coup de fil anonyme de la mort de Raffa, truand renommé du coin. Immédiatement, il appelle Raffa et celui-ci va bien, puisqu’il lui répond. Si on lui a annoncé la mort en avant-première, Gascogne y voit la chance de se faire du fric. En arrivant chez Raffa, il voit la voiture du commissaire O’Mallolloly, et son chauffeur qui fume la pipe. Quand il fait le tour de la maison, il voit Nadine, la femme de Raffa qui part suivie de Dimitri le chauffeur de Raffa. Puis c’est au tour de Nancy, la maîtresse de Raffa, de fuir le navire à poil ; soudain, un homme déguisé en Ours des Cocotiers Géants descend du balcon au bout d’un drap enroulé en forme de liane. Il repart, passe un coup de fil à son standardiste / homme à tout faire Chester. Celui-ci lui annonce qu’on vient de découvrir Raffa, mort d’une balle dans la tête. Décidément, il se passe des choses pas nettes dans sa ville …

Si vous croyez que mon bref résumé est fou, sachez que ce n’est rien à côté du reste du roman. Ce roman est d’une drôlerie irrésistible, burlesque d’un bout à l’autre, avec des dialogues savoureux et une intrigue énorme ! Et le gros attrait de ce roman est son rythme effréné, mené tambour battant par un Gascogne qui court (au volant de sa voiture) d’un endroit à l’autre.

Le personnage de Gascogne est clairement un pur joyau, empreint d’un mystère que l’on va voir se lever petit à petit au long de l’intrigue. Tout d’abord, on croit qu’il est détective privé, puis qu’il est au service de truands tels que Raffa. Puis on se rend compte qu’il tient beaucoup de gens au creux de sa main, par chantage ou prêt d’argent. On finit par se rendre compte qu’il est propriétaire (au moins en partie) d’un nombre incalculable de boutiques de sa ville et que le maire ne peut rien lui refuser. Finalement, il s’avère être le roi de cette ville, un roi caché qui gère en sous-main toutes ses affaires. Le roman se déroulant sur 2 jours, Gascogne vit une vie de fou, gérant ses affaires sur son téléphone sans fil (je vous rappelle que le roman a été écrit en 1965 !) et mène la vie dure à ses employés, ne leur laissant aucun répit.

Enfin, derrière son histoire foldingue, Stanley G. Crawford décrit une Amérique en proie à la consommation à outrance. Il y a des publicités partout pour forcer les gens à acheter, les noms des boutiques sont eux-mêmes de véritables pubs (hilarantes au passage) et on propose aux gens d’acheter n’importe quoi, même des souris miniatures qui se reproduisent à une vitesse phénoménale (ce qui démontre une nouvelle fois un côté visionnaire si on pense aux manipulations génétiques d’aujourd’hui).

Je vous le dis, je vous le répète, ce roman, c’est un chef d’œuvre d’humour, une comédie policière immanquable et pas seulement une parodie du genre ! Coup de cœur !

La baleine scandaleuse de John Trinian

Editeur : Gallimard Série Noire

Traducteur : Philippe Marnhac

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède.

Claude Mesplède écrivait des rubriques dans une revue consacrée au polar qui s’appelait Alibi, dans laquelle il proposait des polars édités par la Série Noire qui sortait de l’ordinaire. C’est comme cela que je me suis procuré ce roman décidément pas comme les autres, dont il disait dans son Encyclopédie des littératures policières qu’il était le meilleur de son auteur.

L’auteur :

John Trinian, nom de plume de Zekial Marko, né en 1933 aux États-Unis et mort le 9 mai 2008 à Centralia (Washington), est un écrivain, scénariste et acteur américain.

Sous son nom il n’écrit qu’un seul roman, Scratch of Thief en 1961. Pour les autres, il utilise le pseudonyme de John Trinian, nom sous lequel sera traduit Scratch of Thief en français.

En 1960, il écrit The Big Grab qui sera traduit en français l’année suivante mais ne sera édité aux États-Unis qu’en 1963 avec pour titre Any Number Can Win. De même, The Whale Story sera publié aux États-Unis avec pour titre Scandal on the Sand. C’est un roman atypique, une étude des comportements d’individus ordinaires confrontés à des événements perturbants.

Il écrit également des scénarios pour des séries télévisées comme 200 dollars plus les frais ou Dossiers brûlants. Il joue quelques rôles dans trois films et séries télévisées dont celui de Luke dans Les Tueurs de San Francisco.

Quatrième de couverture :

«Y’a jamais un chat», lui avait assuré Willie. Joe s’était donc imaginé que ce bout de plage allait être complètement désert et il avait accepté le rendez-vous. Mais qu’est-ce qu’il voit ? Une putain de baleine grise échouée sur le sable, une bande de tordus en train d’admirer le phénomène et par-dessus le marché un flic ! Et à cheval, encore !

Si ça se trouve, il va demander du renfort, cette ordure. Ça va grouiller de poulets. Pour un tueur en cavale, c’est pas joice.

Mon avis :

Une baleine se baladait dans les ténèbres glacées des profondeurs marines quand elle se laissa surprendre par un courant qui la projeta sur une plage d’une petite ville des Etats-Unis.

Karen se réveille dans une chambre d’hôtel, ne se rappelant rien de la veille. Elle avait bu, avait dansé avec Hobart et apparemment, a fini la nuit avec lui. De méchante humeur, elle décide d’aller faire un tour sur la plage.

Joe Bonniano est un tueur à gages qui vient d’éliminer un caïd de la mafia, Herbert Betseka. Recherché par toutes les polices, il appelle un pote nommé Willie pour qu’il lui fournisse une planque. Ce dernier lui donne rendez vous sur la plage.

Karen demande à Hobart d’aller chercher un flic. Pas motivé plus que ça, il traine jusqu’à tomber sur un membre de la police montée, l’agent Mulford, connu pour sa violence inconsidérée et inutile.

A partir d’un fait divers insolite, John Trinian va décrire une journée à la plage et la réaction des estivants, autour des trois personnages principaux. Du comique d’une situation décalée, il va montrer ceux qui sont concernés, ceux qui n’en ont rien à faire et ceux qui veulent en profiter. Si les dialogues sont parfaits et enchaînement des situations d’une logique implacable, on avale ce roman avec un plaisir énorme en se délectant du déroulement de la situation, jusqu’au dénouement final finalement très noir et très moral. Ce roman pas comme les autres, subtile analyse psychologique, mériterait bien une réédition en format de poche, chez Folio par exemple, mais je dis ça, je ne dis rien.

Il est à noter que l’on retrouve une baleine échouée dans Le Mondologue d’Heinrich Steinfest (Carnets Nord) qui est une comédie délirante et qu’un sujet analogue a été traité dans Si belle mais si morte de Rosa Mogliaso (Points) mais avec le corps d’une femme abandonné.

Oldies : Du sang sur l’autel de Thomas H. Cook

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Madeleine Charvet

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède

Quand j’ai créé cette rubrique, j’avais aussi dans l’idée de lire les premiers romans de mes auteurs favoris. C’est une façon de voir le chemin parcouru et pour moi, la possibilité de me rassurer sur mes gouts. Je n’ai pas trouvé le premier roman de cet auteur que j’adore tant alors voici son deuxième paru en France.

Merci infiniment à Spider Bruno pour le cadeau !

L’auteur :

Thomas H. Cook est né à Fort Payne le 19 septembre 1947.

Originaire de l’Alabama, Thomas H. Cook a fait ses études au Georgia State College puis au Hunter College d’où il est ressorti avec un Master en Histoire américaine. À la Columbia University, il obtient également un Master de philosophie.

Ainsi armé, Thomas H. Cook enseigne l’Anglais et l’Histoire, de 1978 à 1981, au Dekalb Community College de Géorgie et devient rédacteur et critique de livres pour l’Atlanta Magazine (19878-1982). À la même époque, Thomas H. Cook commence à écrire et à être publié. Au rythme d’un roman annuel à peu près. Unanimement reconnu, il a reçu un Edgar Allan Poe Award de la Mystery Writers of America en 1997 pour The Chattam School Affair. La même année, Andrew Mondshein a adapté au grand écran Evidence of Blood.

Thomas H. Cook se partage actuellement entre Cap Code et New York City avec sa petite famille.

(Source Klibre)

Quatrième de couverture :

Dans Salt Lake City, capitale économique et religieuse des Mormons, un dément, qui se prend pour un Illuminé, tue, pour régler de vieux comptes qui remontent à l’époque des premiers Mormons, des personnalités de la ville. Tandis qu’un flic romanesque et cafardeux, qui a quitté New-York par dégoût, ne réussit pas à s’acclimater. Ce sera cependant lui qui démasquera le dément.

Mon avis :

Un homme arrive au Paradise Hotel de Salt Lake City et passe un coup de fil. Il demande une prostituée, une négresse. Quand Rayette Jones arrive, elle se déshabille, il se place derrière elle et l’étrangle. Tom Jackson est inspecteur de police, en provenance de New York. Il est rare d’avoir des cas de meurtres dans cette petite bourgade tranquille. Le médecin légiste lui indique que le corps de Rayette a été lavé puis habillé. Tom trouve rapidement le souteneur qui a organisé cette passe et comme tout a été géré pat téléphone, il va être difficile de trouver le coupable. Quelques jours après, c’est un célèbre journaliste du coin, Lester Fielding qui est abattu d’une balle dans la tête.

Si ce pur roman policier respecte tous les codes du polar, il a aussi la forme des romans que l’on pouvait lire dans les années 80, fait à base d’interrogatoires. On y trouve donc beaucoup de dialogues qui vont nous lancer sur beaucoup de pistes qui vont s’avérer très loin de la résolution finale. Mais ils vont nous en apprendre beaucoup sur la psychologie de chacun et c’est un des points essentiels de ce roman.

Car en tant qu’un des premiers romans de Thomas H. Cook, c’est bien la psychologie des personnages qui domine et en particulier celle de Tom Jackson, présenté comme un « étranger » qui débarque dans une ville détenue et gérée par les Mormons. D’une nature discrète mais redoutablement tenace, c’est un personnage solitaire qui souffre de cette solitude et de ce sentiment de ne rien faire de sa vie.

Tout le monde va lui rappeler de ne pas faire de vagues, de ne pas ébranler la communauté qui fait vivre la ville. Et ce roman va s’avérer bien plus subtil qu’il n’en a l’air, avec comme Tom Jackson, cette sensation de ne pas vouloir appuyer là où ça fait mal. Et pourtant, ce roman, dans son dénouement s’avérera non pas une dénonciation mais un plaidoyer humaniste envers des gens qui sont sensés véhiculer un message d’amour. Du sang sur l’autel s’avère un très bon roman policier de la part de cet immense auteur.

Ne ratez pas l’avis de Yan (lors de la réédition chez Points) et de l’Oncle Paul

Oldies : Cirque à Piccadilly de Don Winslow

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Philippe Loubat-Delranc

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède

Quand j’ai créé cette rubrique, j’avais aussi dans l’idée de lire les premiers romans de mes auteurs favoris. C’est une façon de voir le chemin parcouru et pour moi, la possibilité de me rassurer sur mes goûts. Place donc au premier roman de Don Winslow, qui date de 1991, et qui est le premier d’une série mettant en scène Neal Carey, un jeune étudiant barbouze.

L’auteur :

Don Winslow, né le 31 octobre 1953 à New York, est un écrivain américain spécialisé dans le roman policier.

Né en 1953 à New York, Don Winslow a été comédien, metteur en scène, détective privé et guide de safari. Il est l’auteur de nombreux romans traduits en seize langues, dont plusieurs ont été adaptés par Hollywood. Après avoir vécu dans le Nebraska et à Londres, Don Winslow s’est établi à San Diego, paradis du surf et théâtre de certains de ses romans.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Les choses auraient été trop simples si Neal avait pu rester à New York avec Diane et passer son examen sur Tobias Smollett. Mais la sonnerie du téléphone laissait présager une mauvaise nouvelle. Cette fois, P’pa l’envoie courir la campagne anglaise aux trousses de la fille d’un sénateur qui s’est fait la belle. D’après la photo, la fugueuse vaut bien le détour mais on n’a quand même pas idée de faire avaler des scones à la crème à un enfant de Broadway !

Mon avis :

Neal Carey a du s’en sortir seul : sa mère était une junkie, son père parti sous d’autres cieux. Alors il est devenu voleur à la courre (entendez, il pique un portefeuille et court vite). Sauf qu’il est tombé sur Graham, qui l’a pris sur le fait. Dès lors, Graham l’a formé à devenir espion-barbouze-détective privé-étudiant. Graham travaille pour Levine qui lui-même travaille pour les Amis de la Famille. Est-ce la mafia ou des banques surpuissantes ?

La fille d’un sénateur a fait une fugue. En tant que tel, ce n’est pas une information de première primeur. Mais quand celui-ci doit briguer l’investiture pour les élections présidentielles, il vaut mieux que toute la famille soit derrière lui. Pour les Amis de la Famille, il y a aussi beaucoup d’argent à se faire. Neal Carey va donc être chargé de retrouver puis de ramener la gamine, que l’on a identifiée à Londres avec un groupe de drogués.

Avant d’écrire son chef d’œuvre, La griffe du chien, Don Winslow a commencé comme auteur de polars standards. Entendez par là un personnage atypique, de l’action, de l’humour et une intrigue bien faite. Un tiers du livre est consacrée à l’éducation de Neal Carey, un tiers à son passage à Londres et le dernier tiers à la conclusion finale. C’est fait de façon très académique, très appliquée et agréable à lire.

Si on est loin du style que cet auteur adoptera par la suite, on retrouve tout de même une grande qualité dans les dialogues, et cet humour froid et cinglant qui relève la lecture. Ce roman ne restera donc pas dans mes annales, si ce n’est que je ne suis pas du tout déçu de sa lecture en tant qu’objet de curiosité et qu’il m’a fait passer un bon moment de divertissement. Un bon polar, en somme.

Oldies : Comment vivent les morts de Robin Cook

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Jean-Bernard Piat

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède.

Attention coup de cœur !

Quand j’ai publié mon avis sur Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook (Rivages), Claude Mesplède et moi avons beaucoup correspondu par mail et par téléphone sur cet auteur que j’adore. Nous avons, entre autres, discuté des romans de cet auteur formidable (à mon avis) et Claude m’a demandé par curiosité le titre du roman que je préférais. Evidemment, je lui ai dit J’étais Dora Suarez, tant sa lecture m’a marqué. J’ai été surpris d’apprendre que Claude n’avait pas pu finir cette lecture, car le roman était trop dur et sombre pour lui.

Curieux comme je suis, je lui ai évidemment demandé quel était le sien ! Il m’a alors dit : « Comment vivent les morts. Le destin de la jeune femme est juste magnifique et dramatique. » Je n’avais jamais entendu parler de ce roman, honte à moi ! Il était évident pour moi qu’il fallait que je le lise. Cela m’a donc donné l’idée de consacrer ma rubrique Oldies à la collection Série Noire de Gallimard pour cette année 2019. Quand j’ai décidé cela, je ne pouvais imaginer le drame qui allait nous frapper, nous amoureux du polar à la fin de l’année 2018.

En dehors des discussions téléphoniques, Claude Mesplède, qui adorait partager son expérience, m’avait confié quelques anecdotes, par téléphone et quelques-unes par mail. J’en ai retrouvé une que je vous partage in-extenso, comme il nous parlait encore aujourd’hui. Je n’ai pas touché un mot de ce message.

L’anecdote de Claude Mesplède:

Je connais pas mal d’anecdotes sur lui et ce soir je t’en confie une que tu peux reproduire.

La scène se déroule à Londres, au début des années 1950. Une salle de bal. Robin doit avoir vingt ans et il est très beau.

Sa cavalière évoque sa solitude, son ennui et lorsqu’ils se quittent, elle lui confie l’adresse de son hôtel en l’engageant à passer la voir. C’est une Américaine.

Lorsqu’il quitte le bal un peu plus tard, il tient à la main la carte avec l’adresse de l’hôtel de sa cavalière d’un soir. Il s’y rend, passe une fois devant, puis deux fois, puis plusieurs fois encore avant finalement de détaler et quand il te raconte il te dit tu sais qui c’était cette Américaine ?

C’était Ava Gardner.

Quatrième de couverture :

Où donc est-elle allée, la belle Marianne qui réjouissait par ses chansons la bonne société de ce patelin de la campagne anglaise ? Et pourquoi reste-t-il invisible, ce chef de la police locale ? Et quel jeu joue-t-il, ce chef d’entreprise de pompes funèbres ? Serait-ce que dans les petites villes, les malfrats valent largement ceux des grandes métropoles ?

Mon avis :

La série de l’Usine comporte 5 romans qui sont On ne meurt que deux fois, Les mois d’avril sont meurtriers, Comment vivent les morts, J’étais Dora Suarez et Le mort à vif. La particularité de ces romans, c’est d’avoir un personnage principal anonyme. Ce qui est remarquable, c’est la noirceur dévoilée dans ces romans, la route que prend la société vers plus de violences et moins d’humanité. Le point de non-retour est de mon point de vue atteint avec J’étais Dora Suarez, comme un feu d’artifice de la démonstration qu’a voulu nous faire Robin Cook.

Comment vivent les morts reste dans la veine romantico-noire, au sens où il est moins glauque que les romans qui le suivent. Dès le premier chapitre, on est dans le bain, avec la présentation d’un expert psychologue sur les tueurs en série au Service des Décès Non Eclaircis de l’Usine. On y sent le décalage entre la théorie et la pratique, entre le psychologue et les flics de terrain. On y sent surtout une tension qui s’installe, comme pour nous montrer que dehors, c’est la jungle, l’horreur, la négation de la loi.

Le personnage principal, anonyme, va être envoyé à Thornhill, une petite bourgade de bouseux, suite à une pétition qui demande que l’on éclaircisse la disparition de Marianne Mardy, la femme du docteur local et célèbre cantatrice. Depuis quelque temps, elle avait arrêté de donner des concerts dans son salon et on ne la voyait traîner qu’affublée d’un foulard cachant son visage. Puis elle s’évanouit tel un nuage de brouillard, alors qu’elle était fort appréciée du village.

Notre sergent anonyme se doute bien qu’il va mettre les pieds dans un panier de crabes, sinon les habitants se seraient adressés à la police locale. Dès son arrivée, il se dirige vers le poste de police et demande après l’inspecteur Kedward. Mais celui-ci est absent et ne daigne pas se déplacer. Plus désagréable que jamais, notre sergent anonyme va se mettre mal avec le réceptionniste de son hôtel, la police et le gérant du bar local. Et il va mettre à jour une des affaires les plus incroyables et malhonnêtes que l’on puisse imaginer.

On ne peut pas dire que notre sergent anonyme aime se faire des amis. Quand il arrive dans un panier de crabe, la première chose qu’il fait est de mettre un grand coup de pied dedans. Il baisse la tête et fonce tout droit, à coup de dialogues cyniquement drôles mais surtout rudement bien adressés dans leur agressivité. Il n’est pas là pour faire plaisir et le fait savoir. Par ce biais, il va se faire des ennemis … en fait, tout le village.

Quand il n’est pas en activité, il repense à son passé, douloureux, terrible. Il nous raconte sa première petite amie qu’il a rencontrée au lycée, comment cela s’est terminé. Il nous raconte sa femme et sa fille mortes toutes les deux de façon horribles. Ces passages sont d’une noirceur insoutenable mais surtout, ils sont racontés avec une sincérité telle que l’on pourrait croire que cela est arrivé à Robin Cook.

Et petit à petit, les briques s’amoncellent non pas pour trouver un coupable mais pour découvrir une histoire, celle du docteur Mardy et de sa femme. Et on entre là dans les plus beaux passages du livre, probablement les plus beaux passages qu’il m’ait été donné de lire. Sans y mettre de pathos ou d’émotion, il y a dans cette histoire tant de romantisme perdu, tant de désespoir et tant d’injustice que l’on ne peut qu’être effaré, horrifié et ébloui devant leur sort mais aussi le talent de cet auteur unique.

C’est toute la magie de la littérature, la raison cruciale qui nous pousse, nous lecteurs, à parcourir des pages, dévorer des livres. C’est la quintessence même de force de la langue qui quand elle est maniée comme cela nous fait plonger dans un autre univers, et nous fait ressentir des émotions que l’on ne pourrait jamais connaitre autrement. Ce roman-là est un roman dur, noir, mais aussi romantique, dramatique et surtout inoubliable. C’est un grand roman d’un grand auteur, le Britannique Robin Cook, qui est plus que jamais mon auteur favori avec James Ellroy dans un autre genre.

Coup de cœur, je vous dis !

La bête et la belle de Thierry Jonquet

Editeur : Gallimard – Série Noire

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède.

En choisissant de mettre en valeur les romans de la Série Noire, je me devais de parler d’un de mes auteurs français favoris, Thierry Jonquet. Tout le monde connait Mygale, mais il faut lire tous ses romans pour bien comprendre l’ampleur de son œuvre, et sa façon de décortiquer, toujours avec humour, la société française.

L’auteur :

Thierry Jonquet est un écrivain français, né le 19 janvier 1954 dans le 14e arrondissement de Paris et mort à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris le 9 août 2009. Auteur de polar contemporain, il a écrit des romans noirs où se mêlent les faits divers et la satire politique et sociale. Il a également publié sous les pseudonymes de Martin Eden et Ramón Mercader, et utilisé les noms de Phil Athur et Vince-C. Aymin-Pluzin lors d’ateliers d’écriture.

Thierry Jonquet a une enfance marquée par le cinéma. Il fait ses études secondaires au lycée Charlemagne à Paris, puis étudie la philosophie à l’université de Créteil et, plus tard, l’ergothérapie. Il travaille ainsi en gériatrie.

Devant le spectacle de la mort omniprésente, il commence à écrire pour raconter l’horreur et pour rendre hommage à un pensionnaire avec qui il s’était lié d’amitié. Lassé de l’environnement hospitalier, il brigue un poste d’instituteur. Il se voit affecté à un centre de neuropsychiatrie infantile. Puis il est nommé par l’Éducation nationale dans les cités de banlieue nord-parisienne où il est responsable d’une classe de section d’éducation spécialisée.

Tous ces métiers l’ont mis en contact avec les « éclopés de la vie », « lui (ont) permis de découvrir le monde des vieillards oubliés, des handicapés, des délinquants, tableau complet de la défaillance de nos sociétés ». Lorsque Thierry Jonquet découvre assez tardivement les romans de la Série noire, il peut faire le lien entre la violence du réel et la violence littéraire. Il publie son premier roman, Mémoire en cage, en 1982.

Si les romans sont de pures fictions où il réinvente la réalité, il puise dans les faits divers, en revendiquant une totale liberté. Son roman Moloch lui vaut ainsi un procès. Bien que ses romans mettent en scène une société malade qui engendre la violence, la haine, le désir de vengeance, Thierry Jonquet refuse de porter l’étiquette d’auteur engagé. Même s’il ne cache pas qu’il est un homme de gauche, ses convictions ne s’expriment que très discrètement dans son œuvre. Thierry Jonquet mène de front deux activités distinctes — celle de scénariste et celle de romancier. Les personnages de son roman Les Orpailleurs ont donné naissance à une série télévisée, Boulevard du Palais. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands auteurs de romans noirs et ses livres sont autant de merveilles de construction, d’angoisse et d’intelligence narrative.

Son livre Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte est adapté par Emmanuel Carrère pour la télévision sous le titre Fracture en 2010, pour un téléfilm réalisé par Alain Tasma. Son roman Mygale est adapté en 2011 au cinéma par le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, sous le titre La piel que habito.

Il raconte son engagement militant à Lutte ouvrière, puis à la Ligue communiste révolutionnaire et Ras l’Front dans Rouge c’est la vie, où il disait de lui :

« J’écris des romans noirs. Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n’en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n’accorde aucune chance de salut. Chacun s’amuse comme il peut. »

Lors de ses obsèques, un certain nombre d’anciens militants de la LC/LCR sont présents dont Romain Goupil.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C’est dans sa nature… C’est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?

Mon avis :

La bête et la belle n’est pas un conte de fées, plutôt un conte pour adulte, qui se vautre dans la glauque. C’est aussi un roman choral où l’on voit se succéder Léon, le Coupable, l’Emmerdeur, et Rolland Gabelou le commissaire. Le Coupable a tué Irène, sa femme, et a mis le corps dans le congélateur. Pour cacher son méfait, le Coupable va inviter le vieux Léon à vivre avec lui, et entasser les sacs poubelle dans l’appartement, pour cacher le congélateur. Puis, comme cela ne suffit pas, il va commettre des meurtres pour détourner l’attention de lui …

Avec une intrigue décalée et incroyable, Thierry Jonquet va nous peindre une société qui ne s’intéresse pas à son voisin, et où tout déraille. Comme les trains électriques qui sont la passion du coupable. Thierry Jonquet regarde, observe, dissèque et tire sur un bon nombre d’institutions sans en avoir l’air, de l’éducation à la police, en passant par la télévision, les journalistes ou les petits commerces.

D’un humour noir sarcastique, il nous déroule son intrigue, entrecoupée d’une confession que le coupable a enregistré sur une cassette audio (eh oui, les jeunes, ça a existé !), que Gabelou va écouter pour comprendre comment on peut en arriver à de telles extrémités. Car c’est bien le sujet de ce roman : cette société de plus en plus violente qui créé des monstres qui alimentent les informations mais qui se dédouane en affichant un portrait plus propre que propre.

Ce roman est construit d’une façon à la fois originale et totalement impressionnante, tout en s’enfonçant dans le glauque (sans goutte de sang). Et la fin, mes aïeux, la fin, réalisée en deux actes va remettre toutes vos pendules à zéro. Elle est à la fois noire, désespérante mais aussi tout à fait géniale. Vous avez cru ce qu’on vous a montré avant ? C’est le genre de retournement de situation qui donne envie de relire le livre. Génial !

Voilà pourquoi Thierry Jonquet est mon auteur français favori.