La bouche qui mange ne parle pas de Janis Otsiemi (Jigal)

Après avoir lu, avec beaucoup d’enthousiasme son précédent roman, qui s’appelait La vie est un sale boulot, je ne pouvais manquer La bouche qui mange ne parle pas. Et voici un bon polar qui va plus loin que le précédent.

Solo sort de prison après avoir purgé une peine de trois. En effet, il a été enfermé pour le meurtre d’un homme par erreur : Il venait de réaliser un beau coup avec son pote Kenzo, et buvait du mousseux avec une jolie gossette. Alors qu’il était parti faire le plein, un homme prit sa chaise. Solo lui demanda de s’en aller mais l’autre ne voulut rien savoir. Alors il lui cassa les bouteilles sur la tête et l’homme mourut.

Comme l’argent coule vite à Libreville, Solo a vite besoin d’argent. Il débarque donc chez son cousin Tito, qui tient un garage, mais c’est plutôt une couverture. En arrivant, il rencontre la petite bande de délinquants, amis de Tito, qui se nomment Joe, Fred, Jimmy et Dodo. Chacun regorge d’idées pour faire de petites arnaques pour récupérer de l’argent. Tito propose à Solo de voler une voiture pour servir de chauffeur dans une affaire qu’il fait avec Youssef. Il devra conduire et surtout garder le silence.

Les autres petits truands de la bande ont tous leur petit business. Joe et Fred font dans le chantage auprès de femmes mariées, dont ils ont pris des photos embarrassantes. Dodo et Jimmy envisagent pour leur part un braquage de la banque Western Union. Enfin, Kenzo travaille sur une arnaque auprès d’un banquier, qui entretient l’amante de Kenzo, et celui-ci fait appel à Solo pour jouer le rôle d’un Libérien capable de fabriquer des billets de banque.

De l’autre coté de la ligne jaune, il y a les policiers Koumba et Owoula. Ils sont sur une affaire de meurtres rituels de jeunes enfants. Ceux-ci sont retrouvés dépecés, et la police est persuadée qu’ils ont été victimes de marabouts à la solde de politiciens. Leur enquête avance doucement, entrecoupée de petits arrangements avec de petits larcins qui permettent à Koumba et Owoula de récupérer de l’argent.

Janis Otsiemi nous refait le coup de l’autopsie de la société gabonaise, une société gangrenée à tous les niveaux par la corruption et la malhonnêteté. Car tout y est bon pour récupérer de l’argent, le seul et unique leitmotiv de tout le monde. Si on avait l’habitude des policiers corrompus, arrêtant ceux qui font des excès de vitesse pour récupérer un paiement en liquide, on assiste ici à des dessous de table de plus grande envergure, avec une implication jusqu’au plus haut niveau de l’état.

Par rapport à La vie est un sale boulot, on retrouve les thèmes, les personnages et la construction classique d’un roman noir. Mais la grosse originalité de Janis Otsiemi tient en deux éléments qui donnent un énorme plaisir à la lecture de ses livres. La construction est ici plus complexe, avec plus de personnages tous formidablement vivants, réalistes et l’on suit la logique de la narration avec étonnement si ce n’est de l’effarement. Je me doutais de la corruption mais Otsiemi nous montre qu’elle a lieu à tous les niveaux et que cela devient parfaitement naturel, une sorte de moyen de survie pour tout un chacun.

Enfin, il y a le style de Janis Otsiemi. Ecrire dans le patois gabonais, tout en étant explicite pour nous, gens de la métropole est un exploit. Cela en fait un livre extrêmement plaisant, voire drôle à lire par moments. Cela nous fait voyager dans ce pays, on ne nous montre pas la façade touristique, mais ce qu’il y a derrière le décor. Ce livre est tellement bien fait que j’ai eu l’impression de lire un reportage, ce qui m’a fait froid dans le dos ; cela m’a impressionné de voir un pays entraîné dans la spirale infernale de la corruption. Décidément, Janis Otsiemi confirme de la plus belle des façons qu’il est un auteur à suivre et vous auriez tort de laisser passer cette chance de lire un livre au style direct, acéré et coloré. Un mélange exotique et détonnant.

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En ce sanctuaire de Ken Bruen (Gallimard série noire)

C’est toujours avec un énorme plaisir, voire une impatience démesurée et puérile que je retrouve mon ami Jack Taylor. Dès que j’apprends la sortie de ses prochaines enquêtes, je note la date de sortie sur mon agenda, et je me précipite chez mon libraire. Celui-ci m’a été prêté par Coco en avant première, et je ne le remercierai jamais assez, même si j’irai quand même l’acheter le jour de sa sortie.

Jack a vendu son appartement et se retrouve à la tête d’un beau petit pactole, avec lequel il envisage d’aller vivre aux Etats-Unis. En attendant, il loue un appartement beaucoup plus petit que ce qu’il avait auparavant, la faute à la hausse des prix complètement folle de l’immobilier. Un matin, il reçoit une lettre qui lui annonce la mort prochaine de deux policiers, une nonne, un juge et un enfant. Cette lettre est signée Benedictus. Encore un allumé !

N’écoutant que son grand cœur, il va voir le surintendant Clancy, son ancien collègue et ami, pour qu’il enquête, d’autant plus qu’un policier du nom de Flynn vient d’être retrouvé mort, écrasé par une voiture. Comme Clancy pense à un délit de fuite, et qu’il n’a pas l’intention d’écouter Jack, Jack demande à Stewart, son ancien dealer, de l’aider à retrouver l’assassin.

En parallèle de cette affaire, qui va le toucher de très près, son nouveau voisin de palier, Albert, homosexuel notoire, se plaint d’un groupuscule ayant pour but de se débarrasser des « déviants ». Puis, un riche propriétaire terrien fait appel à lui pour retrouver le poney de sa fille que l’on vient d’enlever, et contre lequel il est demandé une rançon.

A nouveau dans ce roman, Ken Bruen montre et dénonce les travers de la société irlandaise, qui court après l’argent. Cette Irlande qui est la plus riche d’Europe, perd toute notion de la réalité, perd aussi ses fondamentaux, ses croyances, au nom de l’argent roi. Mais elle conserve en son sein les mêmes allumés, les irréductibles, les derniers s’une culture amenée à disparaître. Et on retrouve tous ceux que jack connaît côtoie et aime.

Comme d’habitude chez Ken Bruen, les trois enquêtes vont se mêler les unes aux autres sans que l’on ressente un doute ou sans que l’on soit perdu. Comme d’habitude, Jack va payer de sa personne, et l’intrigue va se révéler bien éprouvante pour notre héros. Comme d’habitude, Ken Bruen nous montre toute l’étendue de son talent (son génie !) pour faire vivre des personnages, décrire des lieux en une phrase, pour nous passionner avec ses petites et grandes histoires.

Ce nouveau tome est dans la continuité des autres, avec un niveau très proche des autres, ce qui veut dire qu’il est très bon. L’enquête principale m’a paru d’une facture plus classique, et j’ai l’impression d’y avoir ressenti plus d’humour. J’ai ri plus d’une fois, surtout avec les remarques acerbes de Jack sur l’évolution de la mentalité des gens, de leurs mœurs, de la société irlandaise.

Quand on lit un livre de Ken Bruen, on se dit que c’est facile d’écrire un livre, tant tout semble évident, trivial, logique. Et, comme j’ai déjà du l’écrire ici sur Black Novel, c’est là tout le génie du bonhomme : raconter des histoires tellement réalistes qu’elles deviennent triviales. Vous pouvez, vous devez vous immerger dans ce cycle Jack Taylor, il y a une réelle cohérence du premier au dernier tome, et il faut vraiment les lire dans l’ordre car il y a une progression intéressante dans les personnages et dans le style.

Une rumeur dit que ce serait le dernier tome des enquêtes de Jack Taylor. Espérons que Jack fasse ses adieux comme Johnny Halliday ou les compagnons de la chanson. En tous cas, j’ai de la chance, il m’en reste un à lire. Il est sur ma table de nuit. Lisez jack Taylor, vous ne le regretterez pas. Ce roman sera en vente dès demain matin. Pour finir, un petit message personnel : merci Coco, béni sois-tu jusqu ‘à la 25ème génération.

Les lieux sombres de Gillian Flynn (Sonatine)

Comme je suis en retard dans la rédaction de mes articles, retrour sur une de mes lectures estivales. Dès sa sortie, les internautes ont salué cette histoire et l’art de l’auteur de nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. Je l’ai donc acheté dès sa sortie, et je l’ai lu cet été. Et si je ne l’ai pas lu avant, c’est surtout parce que c’est un sacré pavé et que je préfère prendre le temps d’avaler de gros morceaux quand je suis en vacances. En voici un bref résumé :

Libby Day a connu un drame familial alors qu’elle avait sept ans. Sa mère et ses deux sœurs ont été massacrées dans leur ferme. Elle est la seule rescapée, arrivant à se sauver par la fenêtre de la chambre de sa mère. Elle a ensuite été élevée par sa tante, puis a vécu sans jamais travailler. En effet, ce massacre a fait grand bruit et de nombreux dons lui ont permis de vivre avec le strict minimum.

C’est son frère Ben qui a été accusé et condamné pour ce massacre. Et malgré les incohérences de l’accusation, c’est le témoignage de la petite Libby qui a fait pencher la balance. A son age, elle était forcément influençable et Ben a été condamné à la perpétuité. Libby a coupé les ponts avec son passé, avec sa famille, que ce soit sa tante ou son frère Ben ou son père Runner, un homme fauché, alcoolique et violent.

Deux événements vont faire pencher la balance et semer le doute dans sa petite vie bien rangée. Vingt cinq ans plus tard, le banquier de Libby lui signifie que son compte diminue à vue d’œil. C’est alors qu’un frôle d’individu, Lyle Wirth la contacte au d’un Kill Club. C’est un club qui réunit des passionnés de crimes mystérieux. Ils cherchent à éclaircir des meurtres lors de réunions qui se tiennent dans une cave de Kansas City.

Comme Lyle lui propose de la rémunérer, Libby accepte une première réunion. Là, de nombreuses personnes soulèvent des questions qui montrent que Libby ne pouvait pas avoir vu le massacre car elle était dans la chambre de sa mère, qu’il y a eu au moins deux armes utilisées (une hache et un fusil) et qu’il y avait une trace de pas adulte ensanglantée qui ne pouvait correspondre à celle de Ben. Petit à petit, Libby sent naître le doute et les remords d’avoir fait condamner son frère pour rien.

Après avoir lu ce livre, je comprends mieux les éloges couronnant ce roman. Ca r sous couvert d’une enquête, il y a un vrai roman complexe sur le monde rural des Etats-Unis, avec de vrais personnages forts et un vrai problème philosophique et psychologique.

Avec sa construction qui alterne entre passé et présent, Gillian Flynn nous montre l’envers du décor du rêve américain, celui qui a mené tant d’agriculteurs à la ruine dans les années 80 à cause de l’ouverture des frontières aux pays d’Amérique du Sud, puis avec ce que sont devenus leurs enfants. Ces gens là ne demandaient rien d’autre que de vivre de leurs terres et ils ont fini dans la drogue, la prostitution ou la prison. Quel savoir faire admirable !

Et puis, il y a la psychologie des personnages avec une problématique que Ben résume parfaitement à Libby : « Si je suis innocent, alors c’est toi qui deviens coupable. » C’est avec beaucoup de plaisir que l’on suit la trajectoire de Libby, avec ce passé qu’elle veut oublier. Elle est comme tous les protagonistes de cette histoire, il règne un fatalisme ambiant qui donne l’impression de ne pouvoir changer le cours des choses.

C’est aussi un brillant portrait des différentes générations, de notre évolution de l’enfance à l’age adulte, en passant par une adolescence perdue, sans repère, sans attaches, avec toujours cette idée de l’impact que peut des événements passés sur notre destin. C’est l’image d’un monde et d’une civilisation déracinée, laisée à l’abandon, une peinture noire du monde rural qui s’adonne à ses peurs ancestrales (la peur du Diable, la peur de l’autre) pour tenter de se rassurer, ou du moins avoir l’impression d’avoir une sorte de contrôle sur sa vie.

C’est un bien beau roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et que je vous conseille fortement pour ce voyage au fin fond des Etats-Unis, avec une fin que vous ne devinerez pas (d’ailleurs ce n’est pas ce que j’ai préféré dans le livre), une fin dessinée comme un pied de nez au destin des petites gens.

Moi comme les chiens de Sophie Di Ricci (Moisson Rouge)

Attention coup de coeur ! J’avais besoin d’un roman noir, allez savoir pourquoi ? Après avoir lu quelques best sellers très formatés mais néanmoins intéressants, le premier roman de Sophie Di Ricci me tendait les bras … les pages. En voici le début :

Willy est un jeune homme qui vit chez ses parents. Il déteste ce prénom et préfère se faire appeler Alan. Le jour où son père lui propose d’aller vivre dans un mobile home près de la dune de Pilat, il s’enfuit de chez lui pour débarquer dans la grande ville. C’est un garçon très beau, sur qui tout le monde se retourne, passionné de musique et dont le rêve est d’aller au Canada. Ne trouvant pas de boulot, il s’arrange pour trouver de bons samaritains qui, contre quelques faveurs, vont lui payer une chambre d’hôtel ou à manger ou quelques disques.

Alan va se rendre compte qu’il peut gagner plus d’argent en se prostituant, ce qui lui permettrait de se payer des habits, de la drogue, des disques, et de mettre de l’argent de coté pour son billet pour le Canada. Sa rencontre avec deux prostitués drogués, Mickey et Bouboule, va l’initier au monde de la nuit. Alors qu’il peut se permettre d’être arrogant avec les clients grâce à son coté androgyne, eux prennent tous les clients qui s’arrêtent devant leur abribus.

Hibou est un homme d’une quarantaine d’années mystérieux. Tout le monde dit le connaître mais en fait, ce sont plus des bruits véhiculés par la rumeur. On dit de lui que c’est un ancien bandit sorti de prison, riche et violent. Tous les soirs, il vient regarder les prostitués sous l’abribus du boulevard dans sa vieille 306. Il hait les homosexuels, et pense sans cesse à les tuer avec le revolver dont il ne se sépare jamais. Il passe ses journées à traîner dans les bars, à observer les gens et entretenir sa haine.

Un soir, un de ses fidèles clients ne se satisfait pas de ses séances de masturbation. Il demande plus, et devant le refus d’Alan, le tabasse. C’est alors que Hibou le sauve, alors qu’initialement il voulait le frapper à mort. Hibou emmène Alan chez lui, pour le soigner de ses plaies, En remerciement, Alan le suce, puis ils finissent par faire l’amour. Hibou voudrait se débarrasser d’Alan mais il revient sans cesse et Alan s’imagine qu’Hibou est amoureux de lui.

La moindre des choses que je puisse dire, c’est que j’ai été bluffé par cette auteure. Car j’ai déjà lu pas mal de romans sur le monde des prostitués (masculins ou féminins), mais celui-ci est vraiment particulier par le fait que Sophie Di Ricci a décidé de s’attacher aux personnages. Car, après une cinquantaine de pages décrivant le quotidien de ces pauvres hères drogués, on passe à une analyse psychologique fouillée minutieusement par ce style neutre mais extrèmement détaillé et imagé.

D’un coté, on a Alan, un jeune homme dont la malédiction est d’être beau et d’avoir des rêves. Sa beauté lui permet une certaine arrogance et une immaturité, car rien ne peut lui arriver. Mais il est aussi à la recherche des autres, de leur contact, d’une affection qui se situe entre l’amour et l’amitié. Et puis, il y a cette absence de père, sa famille qu’il a laissé derrière lui mais dont il a besoin inconsciemment. Sans illusion sur ce monde et cette société, il vit sa vie avec un but, un objectif, qui est de partir, de s’enfuir ailleurs, car il n’a plus d’illusion.

De l’autre coté, il y a Hibou. C’est tout le contraire de Alan. Il ne cherche pas de contact ou d’amitié, car il ne veut pas ou ne peut pas s’attacher, se faire des amis. Il vit comme un blaireau (je précise : l’animal), sauvegardant le mystère de sa vie privée. Mais on n’échappe pas à son destin, et son malheur va être de tomber amoureux de Alan, bien qu’il fasse tout pour le rejeter. Il vit dans une relation Amour / Haine sans être maître de son destin. Mais peut on encore aimer dans ce monde inhumain ?

Mais dans ce milieu interlope ultra violent, rien ne se passe comme il faudrait. Car, nous avons droit ici à un roman noir, un vrai de vrai. Sophie Di Ricci nous refait le coup de Roméo et Juliette version année 2010. Et elle garde toute la distance, toute la pudeur qui font mal dans les scènes fortes de ce livre, avec un style très agréable à lire, tout en descriptions neutres, presque cliniques. Et puis, elle nous brosse là des portraits de personnages haut en couleurs, même si le ton est noir, avec beaucoup de dialogues très bien faits.

Ce livre m’a envoûté, m’a remué, m’a emporté, m’a ému, m’a secoué. Vous vous doutez que le sujet m’impose de vous avertir que certaines scènes sont explicites et donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Mais Sophie Di Ricci fait preuve d’une maîtrise impressionnante tout au long de son histoire. Je viens de découvrir un nouvel auteur, son livre est grand, son livre est fort, son livre est à lire, et il mérite un grand coup de cœur.

Le retour de Robert Goddard (Sonatine)

Le retour

Attention, coup de cœur ! Cela faisait un certain temps que je voulais lire un roman de Robert Goddard, depuis Heather Mallender a disparu, qui avait obtenu le prix des lecteurs du Livre de Poche. Finalement, c’est sa dernière parution française qui est passé entre mes mains. Ce roman, publié en Grande Bretagne en 1997, ne sort dans l’hexagone que maintenant. Et le seul adjectif qui me vient à l’esprit pour parler de ce roman est MAGNIFIQUE.

1981, dans les Cornouailles. Christian Napier revient parmi sa famille après une absence d’une douzaine d’années. Il débarque dans le domaine de Tredower House, situé dans la petite ville de Truro, à l’occasion du mariage de sa nièce Tabitha. Propriétaire d’une entreprise de vente de véhicules de collection qui fonctionne à merveille, il vit avec une certaine assurance financière, malgré son divorce d’avec Melody Farren, une chanteuse à succès. Surtout, ces douze années d’absence lui ont permis de prendre du recul et d’arrêter sa consommation excessive d’alcool.

A la fin du mariage, un homme mal habillé, aux allures de clochard, apostrophe Christian. Il s’agit de son meilleur ami d’enfance, Nicky Lannion. La famille Lannion a toujours été hébergée par le grand oncle de Christian, Joshua, puisque la grand-mère de Nicky était la gouvernante de Tredower House. Nicky, lors de leur brève entrevue, annonce à Christian qu’il a des preuves pour innocenter son père, Mickael, qui a été pendu pour avoir assassiné l’oncle Joshua. Le lendemain matin, on retrouve Nicky pendu à un arbre, devant les fenêtres du domaine de Tredower House.

En effet, en 1947, Mickael Lannion fut accusé avec son complice Edmond Tully d’avoir poignardé Joshua. Si les témoins s’accordent à dire que le tueur est Tully, l’un d’entre eux assure avoir vu Mickael donner une enveloppe brune pleine d’argent pour commanditer le meurtre. Le mobile supposé fut que l’oncle Joshua envisageait de modifier son testament en faveur de la famille Napier. Tully fut condamné à perpétuité, et Mickael Lannion condamné à mort. Si Christian Napier, qui s’est éloigné de sa famille, ne veut pas plonger dans les affres du passé familial, sa rencontre avec la sœur disparue de Nicky va le décider à remuer les sables mouvants du passé.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman avec un tel souffle romanesque. Dès les premières lignes, on est emporté par le style de l’auteur, tant toutes les phrases sont d’une justesse et d’une beauté impressionnantes. Au passage, je tiens à saluer l’excellent travail d’Elodie Leplat, qui a su rendre justice à ce magnifique texte. J’ajoute une précision quant au sujet de ce roman. Ceux qui ne sont attirés que par des thrillers ou des romans rapides ou courts ne seront pas attirés (voire intéressés) par ce roman, car c’est un sacré pavé (certes il fait 430 pages mais l’impression est dense) et l’auteur prend le temps de décrire les paysages, d’installer la psychologie de ses personnages, et petit à petit nous prend dans ses filets grâce à des rebondissements surprenants.

C’est un roman que j’aurais donc mis longtemps à lire (une semaine, c’est exceptionnel pour moi !) mais j’ai adoré me laissé porter par ces phrases si belles, si subtiles, où chaque mot est important. J’ai adoré côtoyer Chris, sa vie, ses failles, ses doutes, ses envies, sa volonté de savoir, ses drames, ses souvenirs. Car l’auteur va sans cesse faire des allers retours entre les recherches de Chris et les passages du passé dont il est capable de se rappeler. Et plus il va en savoir, plus il va se retrouver emprisonné dans une vase qui va le toucher personnellement lui et sa famille.

C’est bien une saga familiale que nous allons suivre, ou plutôt plusieurs sagas où, à aucun moment on a l’impression que l’auteur en fait trop. Tout est parfaitement dosé, logique, jusqu’à son dénouement à la fois dramatique et énigmatique. On n’a jamais envie de poser le livre, on a juste envie d’en savoir plus, comme si on avait en face de soi Christian qui nous raconte tout, comme si nous faisions partie de cette famille. L’immersion dans l’histoire de cette famille tout au long du vingtième siècle est totale.

Enfin, on y trouve des rebondissements qui remettent sans cesse à plat ce que l’on a pu échafauder comme hypothèses. Et à chaque fois, on reconstruit soi-même son scenario, avant que Robert Goddard nous remette tout à plat. Ce roman, c’est du grand art, c’est de la grande littérature, c’est du grand roman à suspense, c’est du grand polar, et ce ne peut être qu’un coup de cœur Black Novel.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici

L’information du mardi : Un nouveau personnage à l’Aube

Les éditions de l’Aube sortent en ce mois de septembre une nouvelle série, avec un personnage récurrent féminin. Il y a plusieurs raisons pour s’intéresser à cette série. Tout d’abord, le personnage principal est un personnage féminin. Ensuite, c’est un roman policier allemand. Enfin, les 4èmes de couvertures sont bigrement alléchantes. Jugez en par vous-même :

L’été des meurtriers de Oliver Bottini

Eté des meurtriers

Publié dans une dizaine de pays. 3e prix du Polar allemand 2007 (90 000 exemplaires vendus)

Présentation du livre :

Kirchzarten, un paisible village au milieu des forêts, une quiétude que rien jamais ne vient troubler… jusqu’au jour où une grange prend feu. Cet incendie on ne peut plus banal dégénère soudain en une catastrophe d’une ampleur insoupçonnée : le sous-sol de la grange recelait une importante cache d’armes de guerre. Quand Louise Boni, commissaire de police à Fribourg, commence l’enquête, elle n’imagine pas où elle met les pieds. Terrorisme venu de l’ex-Yougoslavie ? Terroristes pakistanais ? L’enquête piétine quand un homme fait irruption dans son appartement et prétend être membre des services secrets. Il exige qu’elle oublie la piste pakistanaise et rentre gentiment à Fribourg… Un rythme à perdre haleine et une enquête digne des plus grands !

Presse : «Bottini s’exprime à travers des images recherchées, dans un langage clair et exempt de toute banalité, de tous clichés. Il signe une synthèse du roman littéraire et policier. » Mechtild Blum, Badische Zeitung

Meurtre sous le signe du zen de Oliver Bottini Meurtre sous le signe du zen

Publié dans une dizaine de pays.

Présentation du livre :

Louise Boni, détective à la section d’intervention de la criminelle de Fribourg, 42 ans, divorcée, vit un samedi comme tous les autres : elle travaille. Il neige et elle déteste la neige, qui lui rappelle le jour où un accident a tué son frère, le jour où son mari l’a quittée et le jour où elle a tué un homme. Elle est donc plongée dans la contemplation des flocons qui ravivent chez elle de mauvais souvenirs quand elle reçoit l’appel le plus étonnant de sa carrière : son supérieur l’envoie à la recherche d’un moine bouddhiste errant dans les rues de Breisgau, vêtu d’une simple toge et de sandales.

Presse : « Il y a longtemps que personne n’avait écrit ainsi, avec une telle force, une telle puissance dans les images. » Die Zeit

Présentation de l’auteur :

Oliver Bottini est né à Nuremberg en 1965. Il grandit à Munich, où il étudiera la littérature moderne et l’italien. Installé à Berlin, il décide de se lancer dans l’écriture d’une série policière mettant en scène un personnage féminin, Louise Boni

Des cadavres trop bavards de David Baldacci (Michel Lafon)

Ce nom vous dit certainement quelque chose. Vous avez sûrement du le rencontrer dans les linéaires de votre supermarché, ou chez votre libraire préféré. Je n’avais jamais lu de roman de David Baldacci, et celui-ci est l’occasion de faire la connaissance avec un nouvel auteur en ce qui me concerne.

Harry Finn est un jeune homme athlétique d’une trentaine d’années, vivant heureux en famille avec sa femme et ses trois enfants. Il travaille dans une société privée, qui a un contrat avec le Département de la sécurité intérieure, le DHS, pour tester le niveau de sécurité des installations sensibles. Ce matin là, Harry Finn se rend au National Airport de Washington, s’y introduit par l’entrée des employés, fait semblant de poser une bombe dans un A320, puis voyage dans la soute d’un 737 à destination de Détroit. Là bas, il se dirige vers le bureau de la sécurité avec des agents fédéraux pour leur montrer leur carence.

Mais Harry Finn ne rentre pas tout de suite à Washington. Auparavant, il tue Ross Thomas, en enduisant la poignée de sa voiture d’un puissant poison. Ross Thomas était sur la liste noire de Harry Finn. Le suivant s’appelle Carter Gray, l’ancien patron des agences de renseignement américain. Il le surveille au moment où il vient de recevoir la médaille présidentielle de la liberté. En fait, Carter Gray a été obligé de démissionner grâce à Oliver Stone, qui assiste justement à la sortie de Gray avec sa médaille.

Oliver Stone connaît bien Gray, il travaillait sous ses ordres. Oliver Stone, 61 ans, fait partie du Camel Club composé de Caleb Shaw, Reuben Rhodes, Milton Farb et Annabelle Conroy. Le Camel Club se donne pour mission d’enquêter sur des faits de façon à éviter les dérives du gouvernement. Auparavant, Oliver Stone était un tueur professionnel à la solde du gouvernement américain. Annabelle, elle, est une arnaqueuse professionnelle qui vient de voler 40 millions de dollars à Jerry Bagger, le célèbre et richissime propriétaire d’un casino à Atlantic city.

Le problème, c’est que Jerry Bagger retrouve tous les complices de l’arnaque un par un. Alors qu’Annabelle demande l’aide de Stone, celui-ci est invité par Carter Gray. Carter et Oliver parlent de la fille d’Oliver, adoptée par un sénateur, car Oliver est officiellement décédé sous le nom de Jason Carr. Il apprend aussi que ses anciens compagnons des services de renseignement sont morts récemment. Cette nuit là, la maison de Gray explose après qu’Oliver soit parti. Oliver décide d’enquêter et de rendre sortir Annabelle de son guêpier.

Rassurez vous, je ne vous ai résumé que 20% du roman. Car ça va vite, follement vite. J’avoue avoir eu un peu de mal dans les trente premières pages, car David Baldacci nous donne plein de noms, nous explique rapidement les situations, passant d’un personnage à l’autre. Et comme je n’ai pas lu les précédentes aventures du Camel Club, c’est peut être pour ça. Une fois que j’ai dépassé les trente premières pages, une fois les personnages installés, je me suis laissé prendre par cette lecture, car le style est très plaisant et le rythme relevé.

La construction du livre y est pour beaucoup. Le livre fait 400 pages et il y a 99 chapitres. C’est dire s’ils sont courts. David Baldacci nous fait passer d’un personnage à l’autre, et comme ils sont bien dessinés (il y en a tout de même une petite dizaine), cela se lit sans aucune difficulté. Evidemment, on nage en plein milieu des méandres de la politique américaine, mais sans cibler de période bien précise, juste pour servir le rythme de l’intrigue. N’y attendez pas de révélations époustouflantes, les politiques sont menteurs, les méchants sont méchants mais pas trop, les gentils sont gentils mais pas trop.

On finit par suivre aisément l’histoire, les personnages, car leur psychologie est bien décrite sans que cela soit voyant. Oliver Stone est un personnage auquel on s’attache aisément, même si ce n’est pas le seul héros de cette histoire. C’est un livre que j’ai lu très vite, dès que j’avais cinq minutes de libre, réalisé par un auteur qui maîtrise parfaitement les règles du best seller, et c’est très réussi. L’ensemble en fait un bon page-turner, qu’il faut prendre pour ce qu’il est : un bon divertissement très prenant.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com