Meth in France de Marc Wilhem (Juste pour lire)

Les éditions Juste pour lire veulent remettre au gout du jour la littérature populaire, pour le plaisir de la lecture, ce qui est louable en soi. Voici l’un des titres sorti pour cet été, Meth in France de Marc Wilhem.

Prison d’Apanteos, San Salvador. Oscar de La Cruz, dit Truchita pour sa petite taille est en train de vivre ses dernières journées en prison. Il fait partie des chefs d’une bande de trafiquants de drogue nommée MS13. Alors qu’il est dans la cour, un jeune de la bande insulte sa mère. Il organise une rixe entre bandes et en profite pour poignarder celui qui s’est permis de salir le nom de sa mère. Le mardi suivant, Guerrilla lui demande de partir en France monter un trafic de méthamphétamine, afin de développer les activités du gang.

Tokyo, Japon. Reijiro Kumagaya est un chef de bande de la mafia japonaise. Bien que les parrains n’aient rien à lui reprocher, son attitude n’est pas assez respectueuse envers les anciens et les règles des Yakuzas. Ichikawa, son mentor et ami, lui propose de monter un commerce de méthamphétamine en France. On lui octroie l’aide d’une dizaine d’hommes et l’appui de M.Makimure qui a la possibilité de faire du chantage sur des industriels de renom.

Porte Montmartre, Paris. Léopold Villiers dit Léo est capitaine à la Brigade de Répression du Banditisme. Il y a 3 groupes, les 10, les 20 et les 30. Léo fait partie des 20. Après une interpellation à succès, Léo est promus à la tête du groupe des 30. Mais il doit se faire des indics pour trouver des affaires, et sa première filature se termine mal. Alors, il va se faire aider par les autres chefs de groupe, puis lors d’une fête dans un bar va tomber sur les Salvadoriens.

Ce roman, assez court car il ne fait que 230 pages, est surtout intéressant pour l’action qu’il développe et par son aspect documentaire. En effet, on va suivre l’activité d’une équipe de la Brigade de Répression du Banditisme dans le détail et s’apercevoir que si une interpellation dure cinq minutes, les filatures pour arriver à un résultat peuvent durer plusieurs jours voire plusieurs semaines. On s’aperçoit aussi que sans indic, les flics ne peuvent rien faire, et que la chance est pour beaucoup dans la résolution de cette affaire.

L’auteur a choisi de nous faire suivre cette histoire à la première personne de singulier, avec quelques passages à l’intérieur des gangs. C’est efficace pour décrire et les actions et les difficultés de leur travail sans compter le manque d’unité de la police en général pour lutter contre le grand banditisme. Mais le sujet n’est pas là : avant tout, c’est une histoire policière que nous suivons.

J’ai trouvé original de décrire une filature au travers de discussions par radio. Parfois c’est un peu long, mais le procédé est efficace et donne une impression de stress tant on est pris par le personnage de Léo. La seule chose qui m’a manqué, c’est la vie de Léo en dehors de son travail. Certes, on sait qu’il est 3 fois divorcé, mais sinon, on ne sait rien d’autre et c’est dommage. Ceci dit, c’est un roman bien agréable, très bien écrit qui m’a fait passé un bon moment.

Publicités

Le bal des frelons de Pascal Dessaint (Rivages Thriller)

L’année dernière, Pascal Dessaint nous avait ébloui avec Les derniers jours d’un homme, l’une de mes meilleures lectures de 2010. Voici son dernier en date, qui nous narre la vie d’un petit village.

Dans un petit village d’Ariège, on pourrait penser que la vie peut s’écouler paisiblement. On y rencontre Maxime, qui s’occupe de ses abeilles et qui retrouve le fils de sa compagne qu’il a quitté. On y trouve Rémi, voyageur solitaire, qui a vécu avec Mariel, jusqu’à sa mort accidentelle, et qui l’a déterrée pour avoir une compagnie. Il y a Antonin, gardien de prison, marié avec Martine, passe une retraite tranquille jusqu’à ce que sa femme Martine lui annonce avoir retiré toutes leurs économies et avoir caché l’argent en liquide.

Martine, pour sa part, a été amante du maire Michel, lequel bénéficie de sa position pour en tirer des avantages substantiels. Martine fait du chantage auprès de Michel pour qu’il assassine son mari. Coralie, la secrétaire de mairie, entend la conversation et pense que sa chance est enfin arrivée d’épouser le maire et de perdre son pucelage. Il serait temps à 46 ans !

Il y a aussi Loïk, ancien taulard, qui a souffert de Antonin quand il était en prison. Il vit avec Baptiste, ancien taulard aussi et fan de Status Quo, s’occupe de son hérisson Caroline et se veut se venger de Antonin. Au milieu de ce petit microcosme, Charles le gendarme connaît bien ses administrés. Il va être confronté à une vague de violence inédite dans ce village si calme en apparence, si idyllique sur le papier.

Au milieu de cette nature tranquille, dans un village aux abords sympathiques, que pourrait-il se passer d’extraordinaire ? En suivant les petites histoires de ses habitants, on s’aperçoit vite qu’ils sont tous un dérangés, plein de rancunes, emplis de haine et désireux de vengeance envers leur prochain. Plutôt que de suivre le cours tranquille rythmé par les saisons, la violence va faire son apparition, démontrant que, comme la nature, l’homme n’est rien d’autre qu’un animal, tuant pour des raisons autres que pour se nourrir.

Car, comme partout ailleurs, les habitants de ce village suivent leurs motivations primales, pour l’argent, le sexe et le pouvoir. L’intrigue va avancer grâce aux narrations de tous les protagonistes, chacun présentant une portion de l’histoire. Et si c’est redoutablement efficace pour fouiller leur psychologie, si c’est très bien construit pour éviter toute redite, je regrette juste que le style ne se soit pas adapté à certains d’entre eux. Par contre, les personnages sont tellement bien dessinés que l’on n’a aucun mal à suivre l’histoire.

Enfin, il y a l’humour. Selon les personnages, c’est du premier degré, placé dans les reflexions ou les dialogues, parfois c’est du deuxième degré, mais plus généralement, c’est du cynisme noir pur et dur, du style : « Qu’est-ce que c’est que la prison, j’y disais, sinon une usine à à fabriquer des récidivistes ? ». On en arrive, avec cette galerie de doux dingues en tous genres, d’êtres «d’une nature bizarre, azimuté du bulbe, dérangé sous le capot », que les seuls êtres sensés de cette histoire sont finalement les animaux qui traversent le roman.

Clairement, le ton est drôle, légèrement décalé, pour mieux démontrer l’absurdité de la psychologie humaine. Dans ce petit village, les gens sont les mêmes qu’ailleurs, ni plus dingues, ni plus intelligents qu’ailleurs. C’est un roman parfaitement construit avec lequel on passe un excellent moment de lecture noire.

Maelstrom de Stéphane Marchand (Flammarion)

Alors que j’avais fait un petit clin d’œil à mon ami Bruno et son blog Passion Polar à propos d’un jeu pour gagner Maelstrom de Stéphane Marchand, l’auteur m’a gentiment offert son roman dédicacé. Voici donc ce thriller prenant.

Tout commence avec le meurtre de Robert Galway. Adepte des plus incroyables sports à haute sensation, il a été jeté du 52ème étage pour un dernier saut à l’élastique avec un lest de 30 kilogrammes, et s’écrase sur le trottoir. Dexter Borden du FBI se retrouve sur le coup et trouve un indice lui demandant de contacter un écrivain en manque d’inspiration : Harold Irving. Il l’appelle au téléphone mais celui-ci a toutes les difficultés à répondre : il est menotté à son lit.

En effet, Harold vient de passer une nuit de folie avec une prostituée du nom de Katsumi. Celle-ci l’a attaché au lit et lui a fait l’amour dans toutes les positions, tout en le filmant avec un caméscope. Quand Dexter débarque chez Harold, il est écrit au mur en lettres de sang : « Je suis venu vous dire que vous allez mourir », et c’est signé Le Maestro. Puis tout leur est expliqué dans un message : Ils doivent lui obéir sinon il fera exploser des bombes. D’autres cadavres vont suivre avec des indices. A eux de trouver la clé de l’énigme s’ils veulent le rencontrer.

Le Maestro connaît tout d’eux et a tout prévu. Il leur annonce qu’il sait que Dexter est homosexuel et que personne au FBI ne le sait. Il sait que Harold a abusé de drogues et d’alcool et qu’il a oublié son passé et qu’il faudra qu’il fouille sa mémoire. Il a embauché une experte légiste, Franny Chopman, qui fera les autopsies pour eux. Ils n’ont qu’à se laisser mener et obéir. Le jeu de pistes ne fait que commencer. Et Harold va être obligé de retourner vers un passé cauchemardesque.

Ce roman a tous les ingrédients du page turner (comme ils disent de l’autre coté de l’Atlantique) : Un tueur machiavélique bigrement calculateur, un mystère lié au passé, un héros (?) amnésique au cœur du massacre, un flic impliqué malgré lui dans l’affaire, des belles jeunes femmes, et une action qui se situe aux Etats-Unis. Le mot d’ordre est l’action, la rapidité, alors l’auteur écrit des phrases courtes, de courts dialogues, des chapitres courts, et ça se lit bigrement (trop ?) vite.

Contrairement à ce qui est écrit sur la couverture, où il est marqué Thriller, j’ai plutôt eu l’impression de suivre une enquête, mouvementée certes, plus qu’un bouquin sous haute tension. Cela est peut-être du au fait que je l’ai lu pendant le week-end de la Pentecôte et que j’étais détendu ! Le style de l’auteur vise le rythme, avec peu de place à des descriptions, des chapitres courts passant d’un personnage à l’autre. Ceux-ci sont d’ailleurs suffisamment bien dessinés pour qu’on ne soit pas perdus. Je m’attendais aussi à des scènes sanglantes, mais je dois dire que c’est très acceptable, je ne me suis jamais caché les yeux, je n’ai pas sauté de passages.

Au global, ce fut une lecture très distrayante sur une affaire bien mystérieuse et il m’a manqué quelques petits trucs pour être complètement emporté : tout d’abord, les lieux sont peu décrits et d’ailleurs je me demande pourquoi l’auteur a situé le roman aux Etats-Unis. Ensuite, j’aurais aimé plus de présence et d’épaisseur pour les personnages féminins, Franny et Katsumi. Enfin, l’indice final pour trouver le Maestro m’a semblé tomber comme un cheveu sur la soupe. Par contre, la fin est génialement bien trouvée. Bref, lisez ce roman, c’est un bon thriller à apprécier avec un jus de tomate bien rouge.

Deux avis complémentaires sont disponibles sur le net chez Oncle Paul et Dup.

L’ironie du short de Max Obione (Krakoen)

Toute promesse n’a de valeur que si elle est tenue. J’ai plusieurs fois discuté avec Max Obione sur les nouvelles. J’ai un problème avec les nouvelles, ce n’est pas que je n’aime pas cela, mais je n’ai pas le temps de m’installer dans un lieu, dans un personnage, de m’accaparer un contexte.

Alors, voilà, j’avais écrit à Max Obione : « Je n’aime pas les nouvelles ».

Et il m’avait répondu : « je te ferai aimer les nouvelles ».

D’où ma promesse de lire cette Ironie du short, au titre évocateur et plein de dérision. Je dois dire que sur les 18 nouvelles que j’ai lu avec beaucoup de plaisir, certaines ont ma préférence :

Marcel Bovaryou l’exemple type d’un pétage de plomb, bourré d’adrénaline et d’humour noir, avec un style percutant comme une giclée de chevrotine.

Arrière cuisine(et si dans Blanche Neige, il y avait eu 10 nains et pas 7?) ou comment faire du grand n’importe quoi à partir d’une idée hilarante et transformer cela en gigantesque éclat de rire.

L’ironie du shortest l’exemple type du fait divers atroce, raconté sans pathos mais avec un beau pied de nez final.

Au dessus du royaume bleu des mouchesdonne à lire de purs passages de poésie et c’est probablement la plus belle nouvelle, même si elle se termine mal.

Plat froidest une nouvelle marrante avec une psychologie impeccable brossée en quelques pages. Un véritable coup de force.

Mandigo, que j’adore, est plein d’un cynisme tristement réel.

Il y aussi beaucoup de nouvelles légèrement décalées comme dans Aurel et Maddy ou Crâne d’os ou D’amour tendre, du plus classique dans Au bout du bout,

Au global, ce sont 18 personnages, 18 morceaux de vie, 18 traits d’humour noir, cyniques et parfois méchants, et dans tous les cas sans concession aucune. Donc ce fut une lecture fort plaisante, marrante et dérangeante, de celles qui ne laissent pas de marbre mais qui fait frémir ou rire.

Et puis, avec une couverture aussi belle, Max en pleine forme dans son petit short, peut on réellement résister ? Alors foncez sur le site de Krakoen (www.krakoen.fr) ou chez votre meilleur libraire.

Le cramé de Jacques-Olivier Bosco (Editions Jigal)

Un petit tour du coté de la maison d’édition marseillaise avec un roman qui va à cent à l’heure et la découverte d’un auteur très prometteur : voici Le Cramé de Jacques-Olivier Bosco.

Saint Denis, agence de La Marseillaise. Un braquage est en cours. Gosta Murneau, dit le Cramé à cause de son visage partiellement brûlé à la cicatrice sous l’œil droit, est aux commandes. Il est connu pour avoir un gang d’une vingtaine de personnes et orchestre des hold-up sans que personne n’ait réussi à le coincer. Justement, celui-ci se déroule mal, les flics ont été prévenus, Le Cramé et sa bande sont attendus.

Ils sortent, la fusillade éclate, deux des malfrats sont sur le carreau. Le Cramé arrive à s’échapper dans une impasse, mais est arrêté en pleine fuite par les balles policières. Une jeune femme et un jeune enfant lui tiennent la main, il s’accroche, ne va pas mourir, mais passer trois mois à l’hôpital avant d’être inculpé. Lors d’un interrogatoire, dans le bureau de Charles Dumont le flic, il saute par la fenêtre et arrive à s’échapper avec l’aide de son amie et amour Isabelle.

Reste à trouver le traître qui l’a balancé. Il disparaît de la circulation pendant 6 mois, le temps de faire un peu de chirurgie esthétique et d’essayer de pénétrer dans le commissariat pour lire les témoignages. La chance veut que Dumont soit parti à la retraite, et que son remplaçant, vienne d’arriver. Il s’appelle Ange Gabriel, vient de Nouvelle Calédonie et personne ne l’a encore vu. Gosta va usurper son identité, et pénétrer le commissariat de l’intérieur. Lors de son premier jour, une jeune femme vient signaler la disparition de son fils. Ce sont eux qui lui ont tenu la main quand il s’est fait prendre. Gosta va tout faire pour le retrouver.

Accrochez vous ! Ce résumé des 50 premières pages n’est qu’un bref aperçu du roman. Cela vous laisse imaginer la vitesse à laquelle ça va, à laquelle ça court. Le mot d’ordre ici, c’est la vitesse. Les phrases claquent, les chapitres sont courts, donc globalement, on en prend plein la gueule ! C’est impressionnant comme le style se marie à l’action, et je dois avouer que j’ai rarement lu un roman avec des passages aussi rapides, aussi haletants. Je garde en particulier une scène en tête de poursuite en voiture formidable.

Au-delà de ça, Jacques Olivier Bosco sait construire un personnage, qui n’est ni bon ni mauvais, ni blanc ni noir, avec un vrai passé, avec des principes, avec des règles de vie et de survie. Gosta a vécu une enfance difficile, il s’est construit tout seul, est devenu un meneur d’hommes grâce à sa loi du un pour tous et tous pour un. Et même si on désapprouve la façon dont il a mené sa vie, c’est un héros réaliste que l’on a plaisir à retrouver.

Evidemment, la situation est cocasse. L’auteur aurait pu en faire une comédie, avec un sujet tel que celui-ci, le truand qui infiltre un commissariat. Mais non ! On a droit à un vrai roman noir, mené tambour battant, avec des dialogues hyper efficaces, et des scènes chocs. Il n’y a qu’à lire les interrogatoires, qui sont dirigés hors de toutes les règles légalistes à la façon d’un Dirty Harry (je tire d’abord puis je demande).

N’y cherchez pas de morale, ni de message ! Ce roman est fait pour divertir, comme on regarde un excellent film d’action, jusqu’à une fin d’une noirceur infinie, glauque, l’horreur du chapitre 37. On lui pardonnera les petites facilités dans certaines scènes, quelques phrases d’humour noir et on louera la documentation sur le monde policier et le monde de la drogue qui est impressionnante. D’ailleurs,  l’ensemble du roman est d’une cohérence à faire pâlir un grand nombre d’auteurs. C’est une très bonne découverte d’un auteur qu’il va falloir suivre de très près, foi de Black Novel !

L’année du rat de Régis Descott (Jean Claude Lattès)

Sujet énigmatique mais qui semble passionnant, coup de cœur chez Entre deux noirs, cela me semble suffisant pour aller y voir de plus près. Un polar à mi chemin entre anticipation et thriller.

Nous sommes en France dans la Mégapole, que l’on n’appelle plus Paris. Lors du pot de départ d’un collègue, une vieille Chinoise fait les sombres prophéties suivantes à Chomovski, dit Chim’, le meilleur flic du Bureau de la Recherche et de la Traque : Pour toi le monde entier va s’écrouler / Pour toi ce monde va disparaître / Et ce qui le remplacera te fera regretter d’être né / Aujourd’hui la mort a pénétré chez toi / Cette année tu vas mourir.

Chim’ est tout bonnement le meilleur flic de la brigade, et c’est pour cela qu’il travaille seul. Aucun autre flic ne serait capable de suivre ses déductions. Il vit seul, depuis que l’amour de sa vie, Vera est partie. Quand il l’appelle au téléphone, elle l’écoute et lui parle dans le vide. Depuis le 3ème conflit, les choses ont changé mais les hommes restent les mêmes. Tout au plus, les moyens d’investigation ont évolué, les transports sont plus rapides, mais les interrogatoires ressemblent plus à de la torture qu’à de vrais entretiens.

Chim’ est toujours mis sur des affaires mystérieuses que personne ne saurait résoudre. Cette fois, sept personnes ont été tuées dans une ferme de Normandie : quatre ont été égorgées à pleines dents et les femmes violées. Les tueurs, qui n’ont pris aucune précaution, sont restés plusieurs jours sur place, jusqu’à l’arrivée d’un livreur de semence de cheval. La recherche de fous récemment libérés ne donne rien, jusqu’à ce que l’analyse ADN montre quelque chose de plus inquiétant : Ces hommes ont leur ADN modifié ce qui en fait des hybrides mi-hommes mi-rats. Et ce n’est pas la seule des surprises auxquelles Chim’ va être confronté.

La moindre des choses que l’on peut dire, c’est que le futur tel que le voit Régis Descott n’est pas joli. Paris est devenu la Mégapole, il y fait noir et nuit comme dans Blade Runner, les gens sont à la recherche de la dernière drogue à la mode, et l’obsession de tous est de ne pas vieillir d’où les derniers médicaments en date qui permettent de garder une peau de bébé et de vivre plus longtemps. Les policiers ont tous les droits, et les séances d’interrogatoire ressemblent à des séances de torture dignes de la Gestapo. Enfin, les riches entreprises de pharmaceutique génétique sont devenues des intouchables. Autant de sujets qui nous poussent à réfléchir sur ce que peut devenir ce monde.

La plongée dans ce monde futuriste est brutale, abrupte, violente. On rentre dans le livre d’un coup, au travers d’un personnage qui semble en dehors du système. Dire qu’il nous est sympathique serait exagéré, mais c’est plutôt un personnage classique que l’on rencontre dans tout polar : un écorché solitaire qui dérive après son échec amoureux, qui se plonge dans le travail pour oublier.

L’intrigue est fort bien faite, elle nous fait voyager de France à la Norvège comme un thriller, sauf que ce roman est plutôt un roman policier d’anticipation à mon goût.  J’ai trouvé Régis Descott plus à l’aise dans les scènes intimes ou intimistes et dans les dialogues que dans les scènes d’action. Et à part les premières pages que j’ai trouvées un peu lourdes, et quelques descriptions scientifiques un peu longues que j’ai sautées, on est vite pris dans le rythme, avançant dans cette histoire hallucinante qui finira par vous faire faire des cauchemars … comme à moi. Et puis la fin … fantastique !

Village nègre de Olivier Chavanon (ArHsens éditions)

C’est toujours un plaisir de faire une petite place à de jeunes auteurs publiés par de petites maisons d’édition. C’est grâce à un partenariat avec Les agents littéraires que celui-ci est arrivé chez moi. Le résultat est d’une part original, et d’autre part surprenant.

Le lieu et l’époque ne sont pas définis dans ce roman. Tout juste sait on qu’il s’agit d’une ville au bord du fleuve, qu’en centre ville habitent les riches, en périphérie les pauvres et de l’autre coté réside le village nègre. Le village nègre est un genre de bidon ville où sont parqués les illégaux, en clair les étrangers sans papier. C’est l’hiver, et il est rigoureux.

Martin Vilano fait partie de ces pauvres qui habitent au bord du fleuve, juste en face du village nègre. L’hiver fait rage, et c’est l’époque de la Mascarade, une fête où l’alcool coule à flots et où les gens font des descentes dans les quartiers pour tabasser les illégaux. Martin rentre chez lui avec du combustible pour chauffer sa petite maison, quand l’agent Bidal, des services judiciaires l’apostrophe et lui demande de passer au poste pour parler du corps d’une jeune femme assassinée.

Au poste, l’agent Bidal se comporte comme si Martin était coupable. En effet, la victime a eu les deux yeux arrachés avec une grande précision. Justement, Martin venait d’emprunter un livre à la bibliothèque où était décrites dans le détail ce qui devait être fait pour enlever les yeux. Puis, l’agent Bidal exhibe un bout de papier trouvé dans la poche de la victime où est inscrit : « Martin va frapper encore ». Avec ce poids, Martin va essayer de vivre.

A travers une intrigue policière telle que celle là, on peut imaginer à peu près tout, avec dix mille façons de faire avancer l’histoire. Ça aurait pu être un roman d’enquête, un thriller haletant, ou bien un roman à rebondissements. Olivier Chavanon a décidé de prendre tout le monde à revers en livrant un roman étrange, déroutant mais que j’ai trouvé intéressant à bien des égards.

Tout d’abord, ce roman est écrit à la première personne, on vit à l’intérieur de la tête de Martin, qui est un homme solitaire, qui s’est retiré du monde pour se concentrer sur la lecture. Par pur dédain pour la matérialité des choses, il préfère se nourrir de culture, empruntant jusqu’à 10 livres par semaine à la bibliothèque. Il accorde peu d’importance à ce qui l’entoure, ne parlant que peu, évitant de se lier avec d’autres gens, il s’enferme dans une spirale de la solitude sans pour autant s’en plaindre.

Cela l’amène à voir le monde à sa façon, décrivant avec des termes très savants la moindre des situations, faisant des digressions à chaque petit événement, de sa vie scolaire à la naissance des papillons, en passant par des réflexions sur la ville, le fleuve. Par moments cela marche bien, par moments, c’est un peu hors sujet. Mais comme cela fait partie de la psychologie du personnage, on joue le jeu. Il faut dire tout de même que les 30 premières pages sont surprenantes, puis avec la découverte du corps, on suit l’auteur.

Ensuite,  il y a le contexte. L’auteur ne décrit ni lieu, ni espace de temps, mais on se doute que cela a lieu avant la deuxième guerre mondiale (merci la 4ème de couverture). L’ambiance du livre est un vrai moment de lecture. Tout y est froid, brouillardeux, glauque, les autres sont effrayants, les paysages sont mornes. Seuls les passages érudits de Martin éclairent la lecture. En lisant, j’ai bien évidemment pensé à Kafka par cette volonté de plonger le lecteur dans un lieu inconnu avec des gens bizarres dont on a du mal à comprendre les attitudes. Il y a beaucoup de similitudes avec Le Château par exemple.

Et puis, Olivier Chavanon veut nous faire revivre ce que furent les Villages Nègres, ces lieux de désolation où on parquait les immigrés, les « illégaux » dans le livre, mais pas de l’intérieur, plutôt vu par un pauvre qui aurait pu y habiter. Et que dire des autres, ceux qui font des descentes pour casser des illégaux ? De toute ma lecture, je n’y ai vu aucun espoir, juste une peinture sale d’une société où les gens s’enferment dans leur propre citadelles par la peur des autres, par peur de perdre leurs avantages. D’où le retrait de la vie sociale de Martin, qui préfère la compagnie des livres à celle des hommes, car c’est moins dangereux.

Décidément, ce roman n’est ni un roman policier, ni un thriller, ni un roman à rebondissements, mais un roman curieux et remarquablement écrit, qui ne plaira pas aux purs fans de littérature policière mais plutôt à ceux qui sont curieux ou qui sont à l’affût de lire des romans écrits avec style.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com