Tranchecaille de Patrick Pécherot (Série noire Gallimard)

Attention, chef d’œuvre ! A priori, c’est encore un bouquin que je n’aurais pas lu. Et ce n’est pas faute d’avoir lu des articles élogieux à son sujet. Non ! c’est le sujet. Je n’aime pas la guerre. Je n’aime pas les films de guerre. Je n’aime pas les livres sur la guerre. Quand Tranchecaille a reçu le prix 813, je me suis décidé à faire une entorse à mes sensibilités personnelles. Effectivement, ce livre est un chef d’œuvre.

Nous sommes en 1917. La guerre a duré depuis trop longtemps. Sur le front, les armées s’arrachent quelques mètres. Le lieutenant Landry vient de se faire poignarder par derrière lors d’un assaut. Le coupable est tout trouvé : Jonas, un deuxième classe, qui malgré son courage face à l’ennemi, a une attitude bizarre, à tel point que ses camarades l’ont surnommé Tranchecaille. Le capitaine Duparc va être chargé de sa défense. Il ira au bout de sa conviction, pour découvrir la vérité sur cet étrange bonhomme : Est-il un assassin, voire un espion ou simplement un homme écrasé par la machine de guerre ?

Je ne vais pas passer des heures à commenter ou essayer de décrire ce livre. Face à un monument comme celui-là, il faut être clair : IL VOUS FAUT LIRE CE LIVRE. Et ce n’est pas le suspense qui en fait la qualité, car dès les premières pages, Jonas, dit Tranchecaille est exécuté. La qualité de ce livre, de ce roman réside dans l’émotion qu’il charrie, dans l’horreur qu’il montre, dans les réflexions qu’il inspire.

La construction est imparable, faite de témoignages des personnes ayant côtoyé Jonas. Des chapitres courts, clairs, concis, efficaces. Avec une logique, pas forcément chronologique, passant du front, aux entretiens, aux permissions à Paris, ou même aux lettres écrites par Duparc à sa promise. Cela se suit facilement, et avec énormément de plaisir. Pas un mot de trop, pas un paragraphe de trop, pas une page inutile. Parfait.

Ensuite, ce choix de faire paraitre les entretiens, permet de ne pas décrire la guerre, et ses horreurs, mais de les faire sentir, ressentir au lecteur. Pas de descriptions « gore » dans ce livre, juste les impressions des différents protagonistes. Et c’est d’autant plus horribles, et d’autant mieux fait, que, à chaque chapitre, à chaque personnage, on ressent réellement ce qu’il vit. Je n’ai pas dit que l’on se reconnait dans tous les personnages, mais Patrick Pécherot, par la force de son écriture, nous met réellement dans leur tête, dans leur cœur.

Enfin, le message est fort, les phrases sont autant de slogans contre la guerre, mais l’auteur ne juge pas ceux qui sont en charge de mener les hommes à l’abattoir. Il nous montre de l’intérieur ce procès perdu d’avance, et pourquoi il l’est. Alors, bien sur, la guerre, ce n’est pas beau, mais il nous démontre ce qu’est le double langage ou la langue de bois. Dans une situation extrême, certes, mais pas si éloigné de tout discours politique. Quelle charge, non pas contre la guerre, mais contre ceux qui acceptent de la diriger, les colonels, généraux et autres. Les autres, les petits, servent d’engrais pour les champs.

Vous devez lire ce livre, et j’irai même plus loin, vous devez le faire lire. Et tous les collégiens qui étudient la première guerre mondiale devraient lire ce livre. Et il faudrait le faire lire aussi à tous les bellicistes qui parcourent ce monde. Pour ce qu’il charrie en émotion, en plaisir, en horreur, parce que c’est plus efficace que n’importe quel livre ou cours d’histoire, parce que c’est plus fort que n’importe quelle charge contre la guerre. Tranchecaille est un livre extraordinaire. Je ne trouve pas d’autres mots.

Les autres avis de mes collègues sont unanimes chez Jean-Marc, Jeanjean ou Hannibal.

Darling Jim de Christian Mork (Pocket)

Ce livre là est l’un des sélectionnés pour Polar SNCF. A priori, je serais passé au travers, et cela aurait été bien dommage.Car il nous convie à un véritable conte pour adultes.

Castletownbere, Irlande, ‘il n’y a pas si longtemps’. Moira Hegarty et ses deux nièces, Fiona et Róisín sont retrouvées assassinées sauvagement. Dans un petit village tranquille, cela créé un choc. Mais comme tout cauchemar, tout le monde s’empêche d’oublier ce drame. Quelque temps plus tard, Niall, le jeune postier du village, récupère une enveloppe contenant le journal intime de Fiona. Il se retrouve envoûté par ce personnage et décide de comprendre ce qui se cache derrière ces meurtres. Il découvre alors l’existence de Jim Quick : un ‘seanchai’, conteur de légendes irlandaises et cherche à comprendre toute l’histoire, aidé en cela par le journal intime de la deuxième nièce.

Il est bien difficile de parler simplement de ce roman foisonnant. Car l’imagination est au rendez vous dans ce livre. Bien que j’ai mis beaucoup de temps pour le lire, pour des raisons de santé, jamais je n’ai voulu le lâcher. Car sa lecture est envoûtante. Autant que le personnage de conteur. Christian Mork a une grande qualité, c’est qu’il vous prend par la main, et vous embarque dans son imaginaire. Il construit son histoire comme on construit un conte, ou un château, pierre par pierre, morceau par morceau. Et le mystère qui plane autour des personnages nous force à vouloir aller plus loin, à essayer de démêler les fils de ce drame.

La construction du livre y est pour beaucoup. Alternant entre l’enquête de Niall et les journaux intimes des deux nièces, cela devient vite passionnant, d’autant que c’est un très bon moyen de manipuler le lecteur. Car dans un journal intime, on ne fait apparaître qu’une partie de la vérité, on cache ou on omet certaines choses. Et il a le talent d’avoir agencé cela comme des poupées russes, mêlant une histoire dans une histoire dans une histoire. Et tout cela sans que le lecteur ne ressente aucune confusion. Très fort.

Alors oui, comme tous les auditeurs du conteur Jim Quick, je me suis laissé prendre à cette histoire, regrettant parfois certains effets de styles, certaines maladresses de style de description ou de faux suspense. J’ai trouvé que Christian Mork était beaucoup plus à l’aise dans les journaux intimes que dans l’avancée de l’enquête de Niall. Mais au bout du compte, j’en ai retiré énormément de plaisir à lire ce conte moderne. Sans oublier, bien sur, le suspense et l’explication finale qui n’intervient que dans les toutes dernières pages.

Comme pas mal de mes collègues blogueurs, j’ai été surpris, bluffé par le talent de conteur de Christian Mork, et je pense qu’il va falloir que je lise les prochains. D’ailleurs, Jim Quick n’est-il pas le double de Christian Mork ? En tous cas, ce conte moderne pour adultes vaut largement d’être lu et dévoré.

Les autres avis dont je vous parlais sont chez

Lecture sans frontières, yspaddaden, Cynic63, et  Pages d’écriture entre autres.

Six pieds sous les vivants de Antoine Chainas (La Tengo Editions)

Mona Cabriole est journaliste à Paris News. Elle a ses indics un peu partout à Paris. Dans cette aventure, Elle est contactée par Moise qui travaille au centre médico-légal de Paris, quai de la Râpée : il vient de recevoir le corps de Adriana de Rais, célèbre artiste de musique underground. Celui-ci se serait suicidé d’une balle dans la tête. Mona Cabriole se rend à la morgue et s’aperçoit que le corps a disparu. De même, quand elle veut obtenir des renseignements sur Adriana (de son vrai nom Albert Duplot, tous les livres sont épuisés et tous les renseignements sur internet inaccessibles. Seul un bouquiniste aussi étrange que beau lui procure une autobiographie. Mona Cabriole, tout en se demandant si ce journal est vrai ou faux, tente de démêler cette affaire.

J’avais déjà lu le premier tome des aventures de Mona Cabriole, car dès qu’il y a des séries de ce genre, je me jette dessus. Le premier de la série, donc m’avait moyennement plu. Pas de suspense, pas de rythme, une écriture passe partout, une histoire aussi vite lue qu’oubliée.

J’étais curieux de voir ce que Antoine Chainas pouvait bien faire avec les exigences liées au genre. Comment allait-il rester dans le format, et réussir une histoire avec un personnage bien sous tout rapport ? Eh bien, Chainas a décidé de ne pas faire de concession. Le personnage est le même : Mona est toujours curieuse, douée pour les déductions et surtout désespérément seule, prête à tomber amoureuse du premier bel homme venu.

A partir de ce constat, Chainas construit son monde, avec coté pile le douzième arrondissement, et de l’autre le monde underground du glauque. On ne peut pas dire qu’avec ce livre, Chainas fait progresser sa vision du monde ou sa thématique, mais il fait avancer celui de Mona Cabriole. Plus que jamais, on retrouve un Paris du mois d’octobre, rayonnant et plein de touristes. Et sous la surface, vit tout un monde dont personne ne peut se douter.

Si vous êtes curieux de cet auteur, ce roman est un bon début. Ne vous attendez pas à être transcendé par l’histoire, mais succombez aux descriptions du monde que l’on ne voit pas, juste en dessous de la surface. Vous allez plonger dans le monde des glauques, des pervers, des déviants, des bizarres. Après avoir cette petite dose de Chainas, vous pourrez enchainer avec du lourd, à savoir l’un de ses trois romans au choix : Aime moi Casanova, Versus ou Anesthaesia. J’ai préféré Versus personnellement. J’aurais aimé que celui là fasse une centaine de pages en plus. mais bon !

Si vous connaissez Chainas, alors je suis sur que vous l’avez déjà lu.

D’autres avis sont disponibles sur le net dont Jean Marc, Cynic63 et Moisson noire et Serial Lecteur

Les cœurs déchiquetés de Hervé LE CORRE (Rivages Thriller)

Après avoir lu les avis chez mes collègues blogueurs, je l’avais mis dans ma liste de livres à dévorer. Le fait qu’il soit retenu dans la sélection automnale de Polar SNCF m’a motivé pour le lire dès à présent.

Pierre Vilar est commandant de police à Bordeaux. Victor est un garçon de 10 ans dont la mère a été assassinée. Les deux personnages principaux ont vécu un drame dont ils ne se remettent pas, dont ils ne se remettront jamais : Vilar a perdu son fils, Pablo, enlevé à la sortie de l’école depuis plus de cinq ans et Victor a découvert sa mère, gisant dans un bain de sang dans sa chambre. Vilar va enquêter sur le meurtre de la mère de Victor, qui lui va être placé dans une famille d’accueil. Les deux affaires vont se rejoindre bien vite au travers d’un tueur qui joue avec la vie de Vilar et Victor.

Sur la quatrième de couverture, il y est fait mention d’une atmosphère à la Robin Cook. Eh bien, on n’en est pas loin. L’ambiance est noire, opaque, sale. Le sujet est glauque. Et les personnages déprimés au possible. Ici, on est dans le Noir, le vrai, le pur. Et dans la nuit ambiante, pas une petite lueur. L’ambiance est aux pleurs, aux cicatrices qui ne se referment pas, aux regrets d’être arrivé trop tard, d’avoir manqué un moment important, aux conséquences mortelles.

Les deux personnages ont une force en commun. Malgré les moments de découragement, ils redressent toujours la tête. Ils sont blessés par les événements de leur vie, mais refusent de se laisser abattre un peu plus. S’ils sont tous les deux passionnants d’un point de vue psychologique, j’ai trouvé personnellement que Vilar était plus intéressant à suivre, et que l’histoire de Victor était par moments accessoire par rapport au déroulement général du roman. Le fait qu’un chapitre leur soit comparé à tour de rôle est classique et j’avais hâte de passer certains chapitres de Victor. D’ailleurs, je n’ai pas trouvé de logique ou de relation entre les chapitres Vilar et les chapitres Victor. Serais-je passé à coté de quelque chose ?

L’écriture est vraiment agréable, regorgeant de descriptions, d’adjectifs. On est dans un style très détaillé, faisant part égale entre description des lieux ou de l’environnement et les états d’ame des personnages. J’ai regretté qu’il n’y ait pas de personnages secondaires plus marquants, car Hervé Le Corre met en avant ses deux protagonistes. Par contre, on a parfois droit à des passages d’une noirceur comme j’en ai rarement lu récemment. En cela, on se rapproche de Robin Cook. Et parfois, on a droit à des phrases interminables, faisant dix lignes (je n’exagère pas) qui nous laissent à bout de souffle mais qui ralentissent le rythme, le rendant poisseux. Je dirai que l’on oscille entre le brillant et le le lassant (mais très peu, je vous rassure).

Mais c’est le sujet qui me restera en mémoire, c’est toute cette violence dirigée contre des petits êtres innocents. Et tous les gens qui gravitent autour, pour qui c’est normal. C’est la révolte de Vilar contre le système, qui se débat avec les armes qu’il a, quitte à faire bande à part, en solitaire, comme un loup à la recherche de son louveteau. Et ce qui m’a choqué, c’est l’indifférence générale, la normalité devant des actes atroces que Hervé Le Corre dénonce. Tout le monde s’en fout des cœurs déchiquetés. La société qu’il nous peint est bien moche, son trait est sans concession, et il laisse passer de bien désagréables frissons dans le dos.

Si je dois encore en rajouter pour vous donner envie de lire ce livre, allez chez un libraire et lisez les six premières pages qui constituent le prologue. Elles sont noires à souhait et donnent le ton du roman.

D’innombrables avis sont disponibles sur internet dont ceux de mes collègues  Jean marc , Hannibal , et Jean Claude .

Petits meurtres entre voisins de Saskia NOORT (Denoel)

Allez ! encore un roman sélectionné pour le vote automnal de Polar SNCF. Amusant, celui là, je le connaissais. Mais je vous en parlerai plus bas.

Michel et Karen quittent Amsterdam pour un petit village de banlieue. Comme Karen s’ennuie, elle décide de créer le club des dîneurs avec cinq couples de ses voisins. Tout se passe pour le mieux jusqu’à qu’un de ses voisins et amis Evert se tue dans l’incendie de sa maison. Heureusement, la femme d’Evert et ses deux enfants en réchappent. La police conclut l’affaire par un suicide. Puis, Hanneke, une autre amie est retrouvée morte après qu’elle se soit jetée du balcon d’un hôtel. Commencent alors les doutes pour Karen, les questions sur des gens qu’elle croyait connaître et apprécier voire aimer.

L’une des grandes qualités de ce roman, c’est sans aucun doute son écriture. Simplissime, efficace, pas besoin de faire de grandes descriptions ni de grandes phrases pour apprécier et dévorer ces 300 pages. Ça se lit bien, ça se lit vite, et sans jamais lasser. On a l’impression que karen est devant nous à nous conter ses mésaventures. C’est efficace et très agréable

Le deuxième point fort, c’est la montée des doutes que subit la narratrice. Il semblerait que cela soit à la mode, au moins dans les livres que je lis. On a affaire à quelqu’un (en l’occurrence quelqu’une) qui est pleine de certitudes, et un ou plusieurs drames viennent remettre en cause ces certitudes. On doute de ce qu’on croit, des fondations de notre vie quotidienne, des gens que l’on connaît ou croyait connaître.

Un bon petit roman distrayant qui risque de se faire oublier aussi vite que je l’ai lu. La quatrième de couverture parle de montée d’angoisse dans le bouquin, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un suspense gentillet savamment distillé. J’ai aussi particulièrement apprécié les flash-back distillés pendant une bonne partie du roman, sans qu’ils ne soient affichés comme tels. Certains romans m’horripilent quand ils se sentent obligés d’afficher en tête de chapitre les dates pour que le lecteur lambda s’y retrouve. Là, on oscille entre passé et présent et seuls les actes ou les personnages présents permettent de situer l’action dans le temps.

J’ai regretté par contre que l’auteur passe sous silence la psychologie de trois maris. Certes on comprend bien qu’elle est souvent avec ses amies. Mais de là à les ignorer ! Du coup, cela limite le nombre de coupables potentiels et un peu notre plaisir.

Un petit coup de gueule pour finir. J’avais acheté ce bouquin « en avant-première » chez France Loisirs il y a un an ! Denoël, la maison d’édition le sort un an après, et au prix fort. Ça aurait mérité de faire un prix d’appel vers 12 euros plutôt que 17,50 euros. Je trouve cela un peu abusif.

Chemins de croix de Ken Bruen (Gallimard Série Noire)

Ah Jack ! Mon compagnon annuel (car il sort une aventure de Jack Taylor par an). Vincent (toujours lui) me l’avait fait découvrir avec les Martyres des Magdalènes. Cette série est incontournable. Voici donc le dernier opus en date et je vais essayer d’en parler sans dévoiler ce qui se passe dans les précédents épisodes.

Jack Taylor sort de son précédent épisode, marqué mais il reste malgré tout sobre. Sobre d’alcool et de drogue. Il est confronté à deux enquêtes : l’une sur la disparition de chiens, l’autre sur l’assassinat du frère puis de la sœur de la même famille ; le frère ayant été crucifié, la sœur brûlée vive. Et ces enquêtes nous réservent de belles surprises !

Pas facile de raconter un roman sans vouloir en dire trop ! Soyons clair, soyons bref, parlons peu mais bien ! Si vous connaissez Jack Taylor, alors ne lisez pas cet article : cette aventure est une nouvelle fois passionnante et probablement une des meilleures de Ken Bruen.

Si vous ne connaissez pas Jack Taylor, sachez que Ken Bruen est un des auteurs les plus doués dans la catégorie romans noirs contemporains. Bruen a un style hyper efficace et une facilité pour raconter les histoires … déconcertante. Le plaisir de lire ses histoires est immense, et son personnage principal, Jack Taylor donc, tout simplement génial.

Jack Taylor est un ancien flic, devenu détective privé non officiel, qui résout des enquêtes que des connaissances et/ou amis lui confient. La particularité de Jack, c’est qu’il porte malheur. Et chaque malheur devient pour lui une nouvelle cicatrice. Jack est un écorché vif de la vie qui n’en finit pas de s’enfoncer. La série Jack Taylor, c’est l’histoire d’une déchéance continue, sans fin, sans fond. C’est l’histoire d’un combat de boxe entre Jack et Dieu. Il s’en prend plein la tête, mais à chaque fois, il la relève, la tête, jamais abattu. Il a une capacité à encaisser les mauvais coups qui dépasse l’entendement.

Jack Taylor, c’est aussi une charge implacable contre la religion, essentiellement catholique car cela se déroule en Irlande. Sa haine envers une entité imbattable se transforme en antipathie de ce monde. Jack est un humain humaniste qui déteste de plus en plus ce monde, qui évolue trop vite pour lui, qui devient incompréhensible, inhumain. Depuis le précédent roman, on voit que la distance entre Jack Taylor et Ken Bruen réduit comme peau de chagrin. Ken Bruen, de plus en plus, crache son venin sur notre quotidien, en montrant par les yeux d’un cinquantenaire (ou presque) combien nos vies deviennent idiotes et aliénées. Le monde change, et Jack avance au travers des obstacles grâce à sa rage de vivre, ou survivre.

Comme vous l’aurez compris, le personnage de Jack Taylor est complexe comme on les aime, vivant comme on les aime, vrai comme on les aime, entier comme on les aime. L’écriture de Ken Bruen est tellement fluide et limpide qu’il a donné corps à un personnage hors norme. Dans cette aventure, on voit aussi le poids des choix de Jack sur sa vie, les conséquences de ses actions, on a droit à un Jack cruellement mis face à ses responsabilités, face à ses propres erreurs. C’est à mon gout l’un des meilleurs romans de cette série, et l’évolution de Jack Taylor en devient d’autant plus passionnante.

Je pourrais vous parler pendant des heures et des heures de cette série qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte. Pour les malchanceux qui n’ont pas (encore croisé la route de Jack), elle comporte cinq volumes qui sont à lire dans l’ordre :

Delirium Tremens

Toxic Blues

Le martyre des Magdalènes

Le Dramaturge

La main droite du diable

Chemins de croix

Pour les autres, je suis sur que vous avez déjà acheté ce volume pour faire un bout de chemin de croix avec Jack.

Envoyez les couleurs de Donald Westlake (Rivages Thriller)

C’est un roman que j’ai lu quand il est sorti (donc en début d’année) car je lis des Westlake dès que je le peux.
Le jeune Olivier Abbott vient d’être nommé professeur d’anglais à l’école de Colfax que dirige son père. Mais dès le premier jour de classe, les élèves – 87 % sont des Noirs – se mettent en grève, lui reprochant d’avoir pris la place d’un professeur de race noire. Bravant cette contestation dirigée contre lui et son père, Olivier obtient la protection d’une ravissante collègue, Leona, qui appartient au groupe modéré des contestataires noirs. Mieux : il entreprend de la séduire, et Leona succombe peu à peu au charme du professeur, ce qui provoque la panique du père d’Olivier et la fureur de la communauté noire…
Donald Westlake est un GRAND, était un grand. Dans ce roman, il aborde le sujet du racisme, sujet oh combien ! difficle. Comme toujours, il part d’une situation classique, et déroule l’histoire avec logique. Et comme toujours, cela se suit avec beaucoup de plaisir. Son écriture est limpide, les descriptions simples et les dialogues brillants.
Les deux personnages, Olivier et Leona, sont immédiatement sympathiques et on ressent beaucoup de compassion envers ce qui leur arrive. Et on poursuit la lecture avec avidité en espérant que tout se finisse bien, parce qu’avec Westlake, on ne sait jamais. Il y a aussi un coté daté dans ce livre écrit en 1969 (cette édition a été re-traduite dans le cadre d’une ré-édition des oeuvres du maître). C’est pllutot agréable, on a l’impression de voir un film américain des années 50, comme le dit justement Actu du noir là.
Contrairement aux autres romans de Westlake, l’humour est moins présent (ou du moins je l’ai moins senti / ressenti). Il y a bien quelques passages hilarants mais ils sont situés vers le début du bouquin. J’ai eu l’impression que Westlake était un peu écrasé par la gravité du sujet, qu’il n’avait pas le détachement que l’on peut trouver dans ses autres romans. Par contre, il renvoie les deux parties dos à dos comme si on était dans un match de football (américain), que le match se terminait avec un score nul, pour montrer qu’au bout du compte c’est l’éducation qui compte et pas la couleur de la peau. La leçon de morale de la fin est tout de même un peu trop « premier degré » à mon gout.
Ce roman ne restera pas dans mes annales comme le meilleur de Westlake. Essayez donc les aventures de Dortmunder, ou même Un jumeau singulier ou Mort de trouille ou Aztèques dansants. Là, je vous garantis des éclats de rire à en avoir mal aux maxilaires.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com