Barbara Garlaschelli : Deux sœurs (Rivages Noir)

C’est l’histoire de deux sœurs quarantenaires et célibataires qui vivent dans une maison légèrement à l’écart d’un village italien. Il y a Amelia, brune, institutrice, forte et qui est celle qui dirige la famille. Il y a Virginia blonde, légèrement attardée, qui tient la maison et est passionnée par la télévision. Elles sont deux inséparables sœurs, mais aussi totalement différentes. Elles sont inséparables comme deux branches de menottes. Et puis arrive Dario, un bel homme qui va bousculer leur paisible petite vie.

Le rythme de ce court roman est le même que celui de la vie des deux sœurs. C’est lent, très bien écrit, avec une profondeur psychologique très intéressante, passant en revue tous les protagonistes un par un. Et les souvenirs sont distillés savamment pour faire avancer ce « drôle » de petit drame, pas drole du tout.

La construction est très bien maîtrisée et jamais on n’a l’impression de deviner une quelconque trame que l’auteur aurait prévue d’avance. On avance dans ce livre comme dans la vie, on s’attend au pire, on ne devine pas ce qui va arriver, et puis, on les aime bien ces personnages.

Mais surtout, il y a le style. Il y a une violence toute contenue, une agressivité constante dans ce livre. Par moments, on ressent la haine d’Amelia envers tout ce qui peut bousculer sa vie réglée d’avance, décidée par elle. Amelia, c’est la constance, la tranquillité, mais aussi l’agressivité et la jalousie. Virginia, c’est l’inconscience mesurée, prête pour l’aventure sans pouvoir aller au-delà de ses limites. Dario, c’est la victime qui comprend tout un peu trop tard. On est plus proche de Massimo Carlotto, tant le style est dépouillé et direct.

En conclusion, un bon petit thriller psychologique qui prend toujours par surprise, même la fin (que je ne vous dirai pas bien sur !). Un court roman qui prouve qu’il n’est pas besoin de faire un roman de 500 ou 600 pages pour passionner ses lecteurs.

Antonin Varenne : Fakirs (Points)

ATTENTION : coup de cœur ! Les symptômes d’un excellent bouquin, en ce qui me concerne, sont très simples. Je rentre très vite dans l’histoire, et je l’avale à raison de cinquante à cent pages par jours. Je suis pressé de suivre les déboires du ou des héros jusqu’aux dernières pages. Et là, vers la fin, j’avance comme une limace (dix pages par jour) parce que je ne veux quitter ni l’ambiance, ni les protagonistes de l’histoire. D’habitude, je mets la conclusion à la fin de l’article, mais là, je n’y vais pas par quatre chemins : courez acheter Fakirs et dévorez le.

D’un coté, il y a le lieutenant Guérin, qui travaille à la brigade des suicides (sic). Il est mis là comme on range un balai dans un placard. Mis de côté par sa hiérarchie pour ne pas gêner, affublé d’un stagiaire nommé Francis Lambert, il est appelé pour constater qu’il s’agit bien d’un suicide. Il est toujours resté droit dans ses baskets, c’est le genre de mec qui fait bien son boulot, désabusé par les injustices, mais qui n’a pas baissé les bras.

De l’autre, il y a John P. Nichols, un psychiatre franco-américain qui s’est retiré dans le Lot, et qui vit dans une cabane au fond des bois, loin de tout, loin des autres. Tout commence quand la gendarmerie de Saint Céré lui apprend le suicide de son meilleur ami, Alan Mustgrave, fakir de son état, mort sur scène pendant un de ses numéros extrêmes. Les deux personnages (trois avec Lambert) vont se rencontrer et s’entraider pour démêler une affaire plus compliquée qu’il n’y parait, entre les bizarres du Paris Underground, les officiels de l’ambassade américaine et la hiérarchie de Guérin moins blanche qu’on ne le croit.

D’abord, il y a les personnages, que l’on n’est pas prêt d’oublier, ceux que j’ai cités, mais aussi ce que l’on appelle les personnages secondaires qui sont tout simplement extraordinaires. Comment oublier Bunker (comme Edward et par comme l’abri anti-bombes) et son chien, mais aussi les collègues du Quai des Orfèvres, ou Ariel ou Paco. Je pourrais vous les citer tous un par un, tellement ils sont marquants.

Ensuite, il y a l’ambiance, si calme des bois du Lot, si déjantée du Paris nocturne. Il y a dans ce livre une vraie analyse du Paris d’aujourd’hui, sans jugement, avec suffisamment de petits détails pour qu’on y soit. Ce qui m’a choqué, c’est la description des sans abris sans papiers : il n’y a pas d’étonnement, pas de pathos, juste un état de fait. Les personnages voient ça, et continuent à vivre comme si c’était normal. N’est-ce pas ce que nous faisons en fermant les yeux ?

Il y a aussi le style simple, direct, évident. Pas de mots ou de descriptions superflus. D’ailleurs, le livre ne fait que 280 pages. On en vient presque à regretter qu’il n’y en ait pas 50 de plus. Et les dialogues sont ciselés, écrit avec pointillisme, adaptés à la psychologie de chaque personnage. Bref tout ça sonne bigrement vrai. Que du bon ! Que du plaisir ! La construction, qui passe d’un personnage à l’autre est classique mais devient évidente tant les événements servent le roman et pas l’inverse.

Pour toutes ces raisons, il faut lire ce livre. Ce n’est pas glauque comme du Chainas, pas violent comme du Ellroy, pas littéraire comme du Bello, pas marginal comme du Pouy, pas social comme du Jonquet, pas gore comme du Chattam, juste un excellent roman noir, mais noir. Noir mat. Comme la nuit.

Voilà. Je vous le redis : courez acheter ce livre. Le fait qu’il soit édité par la maison d’édition de Fred Vargas n’a rien à voir. Ce n’est pas les mêmes histoires ou le même style. C’est marqué « Policier » sur la couverture, mais c’est du vrai bon « Noir », comme un petit noir qu’on prend au bar du coin.

Ce livre m’a été conseillé par Vincent qui travaille à la FNAC des Halles de Paris. Une nouvelle fois, il a raison. Deux ou trois fois par an, il me dit : « Tiens, tu dois absolument lire ça » et à chaque fois, il fait mouche. Accessoirement, c’est mon meilleur ami, mais si vous avez besoin d’un bon bouquin, allez lui demander un conseil. Il ne vous donnera pas un titre de best seller, mais assurément un livre que vous n’oublierez pas.

Christian Roux : La bannière était en noir (Suite Noire N°29) & Nadine Monfils : Le bar crade de Kaskouille (Suite Noire N°30)

Suite Noire est une collection dirigée par Jean Bernard Pouy, et rien que pour ça, ça vaut le coup d’acheter ces livres. Ce sont de petits livres à couverture cartonnée, superbes, comme les couvertures de la première célébrissime Série Noire. Le format imposé est de 95 pages, ce qui est assez difficile : on a affaire ni à un roman, ni à une nouvelle. La contrainte supplémentaire est de détourner un titre connu de la Série Noire. Enfin, les auteurs ont tous été publiés à la Série Noire. Un hommage qu’il faut saluer. Le prix est de 10 euros, donc voici une petite aide pour choisir les meilleurs de la série.

Le livre de Christian Roux raconte l’histoire d’un provincial qui monte à Paris. Il a une connaissance de la famille qui l’embauche « au noir » en tant que serveur. De fil en aiguille, il rencontre un groupe de nazillons et son manque de réflexion et de caractère va lui être fatal. Ce livre est exemplaire dans sa maîtrise de l’histoire sur un court format. C’est un véritable voyage au pays de la connerie. Comme dans tous ses livres, Christian Roux est passionnant. Il nous montre le quotidien de ce jeune homme, même pas raciste, juste mouton, irresponsable, dont la seule envie c’est de (sur) vivre. C’est un des meilleurs romans de la suite noire.

Le livre de Nadine Monfils raconte l’histoire d’un bar crasseux, avec ses habitudes et ses habitués. Un jour, un homme entre pour leur malheur à tous. Il s’avère que c’est un tueur à gages un peu particulier. Ce qui est frappant, ce sont les dialogues, hyper réalistes et toujours droles. Au travers de simples remarques, les personnages finissent par se découvrir. C’est tout simplement passionnant, de pouvoir fouiller la psychologie des personnages sur si peu de pages. On a l‘impression de lire (ou voir) une pièce de théâtre comico-policière. Je vous garantis un éclat de rire par page tellement les dialogues sont brillants. Une réussite.

Enfin, si cela vous tente, voici ma sélection personnelle de la suite noire :

La musique de papa de Jean Louis BOCQUET : une histoire touchante à vous tirer les larmes

Vitrage à la corde de Colin THIBERT : Comment un assassin se justifie avec logique

Sans mot dit de Patrick MOSCONI : Une histoire coup de poing bien menée

La sirène rousse de Mouloud AKKOUCHE : une histoire touchante

La reine des connes de Laurent MARTIN : Une histoire décalée

Raclée de vert de Caryl FEREY : Vous est il arrivé de ne pas lire Caryl Férey ?

Le futon de Malte de Michel EMBARECK : Agréable à lire

Les fans s’en balancent de François JOLY : Une histoire de saxo pour jazzmen

Le petit bluff de l’alcootest de Jean Bernard POUY : Du maître. C’est l’histoire d’un mec qui enquête, qui a raison, et qui finalement ne saura rien. Super.

Le débarcadère des anges de Patrick RAYNAL : De toutes façons, il faut lire tout Raynal

Quand la ville mord de Marc VILLARD : Un style direct sans concession

Helene Tursten : Un torse dans les rochers (J’ai lu)

Un début de mois de mai, sur une jolie petite plage suédoise, une femme promène son labrador entre les rochers. Un sac noir en plastique échoué là, attire le chien par son odeur. C’est le torse d’un homme tatoué. Un corps démembré. Le commissariat de Göteborg se voit chargé de l’affaire et commence les investigations. L’enquête envoie l’inspecteur de la brigade criminelle, Irene Huss à Copenhague sur la piste du tatoueur. Les commissariats suédois et danois échangent leurs informations. Mais, les personnes meurent de manière sordide autour d’Irène en guise d’avertissement. Les corps retrouvés sont profanés, sauvagement mutilés et tout prête à penser qu’il s’agit de psychopathe (s) nécrophile (s). C’est le début d’une minutieuse enquête de l’inspecteur Irene Huss, qui va se dérouler entre la Suède et le Danemark. Cette enquête de Irene Huss constitue la première traduite en France. Et c’est plutôt un bon roman policier.

Commençons par les points positifs : L’enquête avance doucement au gré des indices que la police découvre. On croirait être à la place de l’inspecteur, et l’auteur nous fait suivre sa logique. Ensuite, la description de la vie suédoise et danoise se fait suffisamment subtile pour qu’on n’ait pas l’impression de lire un guide vert spécial Europe du Nord. De même, Hélène Tursten ne passe pas des pages et des pages à justifier le mode de vie des suédois, mais le décrit comme un roman décrit ce que ses protagonistes vivent ou ressentent. Ce que je veux dire, c’est que ce roman n’est pas écrit pour être exporté. De même, un des défauts des premiers romans, et encore plus des premiers d’un cycle, c’est de passer des heures à décrire l’histoire des personnages, leur vie passée, etc … Ce n’est pas le cas ici. Enfin, Hélène Tursten évite les descriptions macabres. Les meurtres sont réellement horribles et elle n’en fait pas des tonnes « gore ». J’ai apprécié.

Du coté des points « négatifs », comme la plupart des romans nordiques (à part Jo Nesbo peut-être et Millenium), le rythme est lent. Ne vous attendez pas à une course poursuite contre un serial killer. Non ! Ici, les indices tombent au fur et à mesure de la réflexion des inspecteurs de la brigade criminelle. Tout est décrit dans le détail. Cela peut être un défaut, comme une qualité. Par contre, il faut compter une centaine de pages pour que cela démarre vraiment. Ceci dit, quand on trouve un torse, on a du mal à savoir par où commencer. Enfin, j’ai trouvé un certain manque d’émotion. Les moments d’angoisse de Irene quand elle se demande si le serial killer va s’en prendre à sa famille auraient pu être mieux exploités. Enfin, il y a quelques expressions qui finissent par énerver : Au moins 4 ou 5 fois dans le livre, on trouve quelque chose du genre : « A partir de ce matin, l’enquête allait accélérer. » alors que le rythme reste le même.

En conclusion, une bonne enquête à suivre pour les amateurs de policier nordique. Pour les fans de thriller haletant, il vaut mieux choisir autre chose. Je lirai probablement la prochaine.

Gianrico CAROFIGLIO : Le passé est une terre étrangère (Rivages Noir)

Giorgio est étudiant en droit. Avant de commencer sa dernière année d’études, il rencontre Francesco. Celui-ci lui propose de participer à une partie de poker, et Giorgio gagne de l’argent, beaucoup d’argent. Alors, Francesco lui annonce qu’il a triché, qu’il est capable de gagner quand il veut, et il lui demande de participer à son aventure. Francesco est quelqu’un qui est facile d’accès, il trouve toujours des cercles de jeu entre particuliers et ils deviennent vite inséparables (« amis » dit Francesco ). En fait, Francesco va vite l’entraîner non pas sur la ligne blanche mais au-delà de cette ligne, et la descente aux enfers va commencer.

Le rythme est lent dans ce livre, car l’auteur montre comment un jeune homme intelligent va petit à petit subir l’influence d’un homme (pourtant de son age) jusqu’à en devenir un véritable esclave. Sa volonté est effacée, ses désirs deviennent ceux de Francesco, et jamais, il ne ressent le besoin de se rebeller, même quand on atteint des actes de délinquance graves. Le roman est écrit à la première personne, et l’auteur a l’intelligence, via des chapitres très courts de ne pas nous laisser le temps de réfléchir, un peu comme le héros de son roman.

Maintenant, le style est basique. Pas de grandes phrases, pas de lyrisme. Parfois, en lisant ce livre, je me suis demandé si cela venait de l’auteur (et donc si c’était voulu) ou si cela venait de la traductrice. Mais on ne peut s’empêcher, malgré l’histoire assez prenante, de rester sur sa faim tant le style et les mots sont sommaires.

J’avais lu ses deux précédents romans publiés chez Rivages. Ils concernaient les aventures de Guido Guerrieri, avocat à Bari. Il y avait dans ces livres un vrai style enlevé et positif, un humour parfois corrosif et donc un vrai plaisir de suivre les dénouements de ses procès.  Témoin involontaire (Rivages Noir) parlait du racisme et permettait d’introduire le personnage de cet avocat qui ne perd jamais son sourire malgré tout ce qui lui arrive.

Les yeux fermés (Rivages Thriller) parlait de la maltraitance des femmes et est un roman vraiment impressionnant. Je vous le conseille très fortement car il atteint des sommets et même dépasse les meilleures pages de John Grisham.

Pour Le passé est une Terre Etrangère, je retiendrai le titre qui est absolument génial, mais peu l’histoire, car dans le genre initiation d’un innocent aux dessous du crime, j’ai déjà lu mieux. Donc bien mais sans plus.

Antoine BELLO : Les éclaireurs (Gallimard Folio)

Comment ? Vous n’avez pas lu « Les falsificateurs » d’Antoine BELLO ? Il va falloir que vous vous y mettiez. « Les éclaireurs » est la suite de ce grandiose roman qu’est « les falsificateurs ». L’histoire en est très simple (du moins au départ). Imaginez qu’une société secrète nommée le CFR (Consortium de Falsification du Réel) se permette de reboucher tous les oublis des livres d’histoire et crée de toutes pièces des scénarii qu’ils implantent en falsifiant jusqu’au moindre petit détail leur scénario créé. Edifiant, non ?

« Les falsificateurs », c’est l’histoire de Sliv Dartunghuver, personnage principal et narrateur de cette histoire qui est embauché au CFR et qui petit à petit monte les échelons, car il est obsédé par une question : Quelle est la finalité du CFR ? Il passe ainsi du niveau 1 au niveau 3 et cela nous permet de comprendre l’organisation de cette société. Le roman ne permet pas de répondre à la question mais termine sur un engageant « A suivre ».

« Les éclaireurs » est donc la suite. A l’innocence de Sliv dans le premier tome, on retrouve un jeune homme qui n’a pas changé son but mais qui est une pièce majeure de l’organisation du CFR : il fait partie des opérations spéciales et est chargé de ce que l’on pourrait appeler le sauvetage de dernière minute : Un scénario se passe mal, on envoie les opérations spéciales. Sliv va donc avancer dans son enquête dans un contexte particulier : le 11 septembre 2001.

Comme je l’ai dit plus haut, finie l’innocence du premier tome. Là où on voyait Sliv découvrir petit à petit le gigantisme de cette organisation (et son danger), ici on suit ses aventures avec un esprit de découverte émoussé, mais toujours avec beaucoup de plaisir. Au final, cela revient à lire une enquête policière, à la différence près que le sujet est éminemment original.

Enfin, il ne faut pas oublier le principal : le plaisir. Car Antoine BELLO est un extraordinaire conteur. Tout ce qu’il raconte s’enchevêtre parfaitement, son style est fluide, son histoire passionnante, ses dialogues évidents. Il a une érudition impressionnante et il mélange l’Histoire avec des scénarii ou des idées de son cru. Tout cela avec une simplicité et une évidence confondante.

D’ailleurs, ce roman inquiète. Nous savons tous que les médias nous manipulent (ou mentent, c’est selon) par ce qu’ils nous montrent (pour la télévision) ou disent (pour la radio) ou racontent (pour la presse écrite) ou omettent. On ne peut s’empêcher avec ces deux romans de devenir paranoïaque. Et de chercher pour chaque information qu’on nous assène plusieurs sources pour essayer de séparer le vrai du faux.

Sur la quatrième de couverture, il est dit que les deux romans peuvent se lire séparément. Je vous conseille très fortement de commencer par le premier. D’autant plus qu’il est sorti chez Folio et donc pas cher. Vous passerez forcément un excellent et inquiétant moment. Vivement le prochain Antoine Bello !

David Peace : GB 84 (Editions Rivages/noir)

Coup de coeur !

Le 5 mars 1984, les mineurs de Cortonwood, dans le Yorkshire, cessent le travail après l’annonce de la fermeture prochaine du puits dans le cadre d’un plan de restructuration des houillères britanniques qui prévoit 20 000 suppressions d’emplois. Ils ne savent pas qu’ils viennent d’amorcer une grève qui durera un an et sera le plus violent conflit social de l’après-guerre. Une semaine plus tard, la moitié des 187 000 mineurs que compte le pays a rejoint le mouvement emmené par le Syndicat national des mineurs (National Union of Mineworkers) d’Arthur Scargill. Alors qu’elle est au pouvoir depuis cinq ans, Margaret Thatcher n’a pas l’intention de subir le même sort. Tandis qu’Arthur Scargill tente de mobiliser l’ensemble des forces syndicales autour des mineurs, le gouvernement recourt à tous les moyens possibles pour briser la grève : artifices juridiques, répression policière, actions de déstabilisation.
David Peace alterne dans ce roman entre plusieurs personnages qui vont du gouvernement britannique jusqu’aux mineurs eux-mêmes. Et chaque chapitre est entrecoupé de « témoignages » de scènes violentes qui ont eu lieu pendant les manifestations des grèves.

Avant tout, un mot sur David Peace. Vous aimez le James Ellroy des White Jazz et USA underground , ce style coupé à la machette, ultra rapide et concis comme une lame de couteau, sans phrase, parfois sans verbe, fait de répétitions pour donner une ambiance, comme une salve de mitrailleuse ? Si vous aimez, alors il faut lire tout David Peace. Si vous n’aimez pas, passez votre chemin.

La tétralogie de l’éventreur du Yorkshire est d’une noirceur sans pareille, GB 84 en est presque la conclusion logique. Ce qui est terrible, c’est de voir l’absence de communication entre les grévistes et le gouvernement. Un roman qui démontre ce que vaut l’ultralibéralisme et le massacre de tout un pan de l’industrie. Lorsqu’on fait un parallèle avec la situation actuelle, on a envie de se lever et de hurler : arrêtez, vous êtes en train de faire les mêmes erreurs que par le passé. Certaines scènes m’ont fait pleurer. Mais le plus dur de ce livre, c’est l’espoir de ces gens, qui petit se délite, et lire ça quand on sait comment cela va finir, ça fait mal, pour eux, pour nous. Si vous vous lancez dans ce livre, attendez vous à recevoir des claques, et elles font mal tant David Peace ne vous laissera pas récupérer. On me l’avait prêté à l’époque, je vais aller me l’acheter en poche.

Après il y eut les « 44 jours » de Brian Clough, qui fut l’entraîneur de l’équipe de Leeds United qui est passionnant par l’analyse psychologique du personnage principal. Enfin « Tokyo année zéro », situé dans le Japon d’après guerre, plus difficile à lire mais où le style de David Peace fait des merveilles dans un pays complètement démoli, sur un peuple ravagé.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com