Totally killer de Greg Olear (Gallmeister-Americana)

Après le billet de Richard, il fallait bien que je lise ce roman, qualifié de politiquement incorrect. Avec un sujet dont l’idée, déjà vue, se révèle intéressante, cela faisait suffisamment de raisons pour découvrir Greg Olear.

Todd Lander se souvient. Il lui aura fallu 18 années pour oser coucher sur papier la vie qu’il a connue en 1991. A l’époque, il venait de finir ses études, rêvait de travailler dans le show business comme acteur ou comme scénariste. 1991, c’est aussi la guerre du Golfe, le père Bush aux commandes du pays et la crise économique qui laisse sur le carreau toute une génération de jeunes gens diplômés, ce qui créé chez eux une haine des baby-boomers.

En 1991, Todd vit de petits boulots, et partage son appartement avec Taylor Schmitt, une jeune femme belle et excitante, bourrée d’ambition. Taylor veut travailler dans le monde de l’édition et fait tous les bureaux de placement. Mais la réponse est toujours la même : « laissez nous votre adresse et on vous écrira ». Un matin, elle trouve une invitation d’une nouvelle agence Quid pro quo, dont le slogan est : « Un job pour lequel vous seriez prêt à tuer ».

Chez Quid pro Quo, elle rencontre Asher Krug, un cadre très élégant dont elle s’éprend. Du jour au lendemain, Taylor est placée chez un éditeur, pour un salaire beaucoup plus élevé que ce qu’on lui propose ailleurs. Elle est immédiatement en charge de la promotion d’un nouveau roman. Quid pro quo lui demande en contrepartie de ce travail, 20% de son salaire et une tâche et une seule : le licenciement d’une personne, c’est-à-dire l’assassinat de celle-ci.

A lire tous les billets qui fleurissent sur le net à propos de ce livre, on finit par se faire une idée préconçue de l’intrigue. Je dois dire que j’ai été un peu surpris, je m’attendais à un roman à l’humour débridé, très cynique et inconvenant. J’y ai plutôt trouvé un premier prometteur, une belle analyse de société et un auteur qui sait faire vivre ses personnages et qui sait sacrément bien écrire.

Car si le sujet est annoncé en quatrième de couverture, à savoir pourquoi ne pas tuer nos aînés pour que les jeunes aient du travail, j’ai trouvé un intérêt ailleurs dans cette intrigue : un très beau portrait de jeunes gens perdus face à leur entrée dans le monde du travail. Que ce soient Todd ou Taylor, nous avons deux personnages vivants, confrontés à leurs incertitudes, leurs doutes, leurs difficultés de tous les jours. Les Américains sont très forts quand il s’agit de parler d’eux-mêmes, mais quand c’est un premier roman, ça force le respect.

Et puis il y a le contexte. Sans être lourd ou répétitif, Greg Olear nous montre comment la vie était il y a vingt ans, seulement vingt ans ! Les gens sont les mêmes, les crises économiques sont les mêmes, les gens qui cherchent du travail sont les mêmes, mais la société a évolué d’une façon incroyable. Il sait nous plonger dans le passé de façon remarquable, avec ce détachement et parfois cette petite dose de cynisme qui fait sourire.

C’est aussi une belle démonstration de la guerre des générations, qui existait avant, qui existe aujourd’hui et qui existera demain. Place aux jeunes ! Et les personnages nous font des démonstrations tellement logiques que cela dépasse le simple coup de force littéraire, et il faut une bonne dose d’humour noir pour accepter certaines phrases qui vont du pur racisme à la logique de meurtres des gens haut placés. Ce n’est pas désagréable, mais surprenant de lire cela alors que l’on sort de vingt pages « sérieuses ». C’est un livre vraiment particulier qui donne à réfléchir. Et malgré quelques longueurs et un égocentrisme appuyé, c’est un bon premier roman qui laisse augurer une oeuvre à venir intéressante de Greg Olear.

Alors, n’y cherchez pas un thriller, mais une belle plongée dans les années 90, un roman à ne pas prendre au sérieux mais avec quelques belles réflexions. Et puis, cela vous donnera sûrement envie de lire Le couperet de Donald Westlake (qui est un chef d’oeuvre, plus que le film) dans le genre cynique, Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron dans le genre délirant ou Mort aux cons de Carl Aderhold pour rire et réfléchir.

De nombreux avis sont disponibles sur la toile, et parmi eux ceux des collègues Jean Marc et Jeanne. A vous de vous faire un avis.

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N’ayez crainte de Peter Leonard (L’archipel)

De Elmore Leonard, cultissime romancier noir, je n’aime pas tout mais c’est une valeur sure avec une bonne intrigue et de formidables personnages. Son fils Peter Leonard débarque sur la planète avec un roman speedé.

A Détroit, Karen Delaney est un mannequin d’une trentaine d’années qui vit avec Lou Starr, le riche propriétaire de plusieurs restaurants. Un matin, ils se font braquer chez eux par deux minables Bobby et Lloyd. Cette incursion donne une idée à Karen : utiliser ces deux ratés pour cambrioler Samir fakir, son ancien mari, un prêteur sur gages qui lui a emprunté 299 560 dollars et ne lui a jamais rendu. Et Karen n’a aucun document pour prouver qu’elle lui a donné l’argent.

Pour réussir le vol du coffre fort de Samir, il faut juste trouver un troisième comparse en plus de Bobby et Lloyd. Le troisième larron s’appelle Wade, un énergumène que Karen rencontre et qu’elle embobine facilement. Ces trois truands sont tous à la recherche d’argent facile, et Bobby plus que d’autres puisqu’il est un malade du jeu et a de grosses dettes à rembourser. Quant à Lloyd, il sort tout juste de prison.

Samir est plutôt bien organisé. Et comme tout prêteur sur gages, il a des problèmes de remboursement. Alors il fait appel Ricky son neveu, Johnny un obsédé sexuel, et O’Clair un ancien policier qui a connu la prison avant de se reconvertir dans ce « métier musclé » avec succès. Ce soir là, trois hommes déguisés en policiers débarquent chez Samir, volent son coffre fort et tue un homme en le laissant pour mort. Nos trois comparses s’aperçoivent que le coffre est vide et Karen prend la fuite, poursuivie par Bobby et Lloyd.

Il est bien difficile de ne pas faire de comparatif entre le père et le fils. Elmore Leonard est réputé pour être un auteur capable de bâtir des intrigues solides avec des personnages solidement décrits. Cela donne dans la majeure partie des cas des romans noirs bons voire très bons, n’ayant pas lu ses romans westerns. Ce qu’on peut dire c’est qu’Elmore Leonard prend le temps d’installer et la psychologie de ses personnages et son intrigue.

Peter Leonard, lui, n’a pas le temps. C’est un homme pressé. Il décrit une scène par un paragraphe, un personnage par une phrase, un dialogue par une ligne. Si on ajoute à cela que les chapitres sont courts, cela donne une impression de vitesse vertigineuse. Et comme le scenario est en béton et qu’il se passe quelque chose à chaque page, quand on ouvre ce livre, on ne le referme que bien tard dans la nuit.

Et des beaux personnages, on en a à la pelle dans ce roman : ils sont tous cinglés, désaxés, obsédés, tarés, avec plusieurs cases en moins. A la naissance, ils ont dû oublier de connecter deux neurones. Cela peut par moments impacter la crédibilité de certaines scènes mais la lecture en devient d’autant jubilatoire voire hilarante. Seule Karen, qui est parfois malmenée, arrive à manipuler, avancer ses pions, et s’en sortir.

Alors ce roman est à classer dans la catégorie des bons romans noirs, à la différence près que l’auteur a dû prendre des substances illicites pour écrire une histoire qui va aussi vite. La galerie des personnages tous aussi loufoques les uns que les autres en fait une lecture très agréable. Peter Leonard vient de se faire un prénom.

Tank de Orin (Editions Kirographaires)

Orin est un jeune auteur français qui m’a contacté pour donner mon avis sur son roman, qui est son deuxième après Aux quatre coins du cercle. Ce roman possède une vraie personnalité que je vais vous décrire.

« Le rédacteur en chef de Liberté Française m’a fait savoir qu’il porte plainte. En guise de réponse, je lui ai envoyé une boîte dans laquelle j’ai chié. » C’est ainsi que commence ce roman … surprenant.

Ce roman est écrit par un narrateur dont on ne connaîtra pas le nom. Celui-ci est un anarchiste coléreux et lâche, ce qui en fait un sacré mélange. Alors qu’il s’essaie à plusieurs métiers, il est en opposition avec toutes les règles. C’est alors qu’il pissait sur un mur dans la rue qu’il rencontre le rédacteur de chef du magazine Tank. Celui-ci lui propose un poste de journaliste.

Tank, un journal à la ligne éditoriale révolutionnaire voire anarchiste, se veut en guerre avec les fascistes de tout bord. Le narrateur se retrouve donc mêlé à une enquête sur un groupuscule, qui se termine mal : il est poursuivi par une bande d’allumés et fait par hasard la rencontre d’un Autrichien. Au début, leur relation était moyenne, mais ils doivent bientôt faire front pour retrouver le rédacteur en chef de Tank qui vient d’être enlevé.

Ce roman est, comme je le disais plus haut, surprenant. Nous y suivons les déambulations du narrateur, qui est entraîné de droite et de gauche dans une course poursuite ou une chasse à courre dont il est le gibier. C’est un personnage anarchiste mais pas spécialement violent, préférant fuir que se heurter aux décalés du bulbe qui lui en veulent pour cette mauvaise plaisanterie (le petit cadeau empaqueté). C’est un personnage qui globalement se moque de tout, en réaction contre la société, contre les institutions, contre les gens.

Le roman n’est pas vraiment un polar, ni un thriller, mais plutôt une course poursuite, suite de scènes où le narrateur rencontre des gens, où il est poursuivi par des nazillons belliqueux. Le style adopté est proche du langage parlé, avec des phrases courtes, des dialogues qui claquent, ce qui donne une impression de vitesse, ce qui fait penser à une personne speedée, stressée, comme si elle était constamment sous amphétamines. De plus, il y a beaucoup d‘humour (tout ce qui est féminin s’appelle Géraldine, prénom de sa première amoureuse à l’école, mais aussi la voiture de l’Autrichien ou même un chien) et en particulier des scènes très réussies telles celles du mariage ou celle de l’église, qui sont hilarantes et des moments de poésie (si, si !). Et le dernier chapitre est beau, il m’a touché, car tellement simple et rempli d’émotions.

Si l’ensemble se tient, si cela se lit vite, les qualités de ce roman sont aussi ses défauts. Le parti pris de l’auteur dans ce style direct peut paraitre jusqu’au boutiste, il est en tous cas original, au risque de laisser des lecteurs sur le bas coté. Et puis, le personnage principal n’est pas sympathique (mais est-ce un défaut ?) , et on a du mal à accepter ses justifications contre la police, la religion; c’est plutôt à prendre au deuxième ou troisième degré. Et on a l’impression que le livre ressemble plus à un assemblage de scènes qu’à une intrigue bien déroulée. C’est donc un roman sympathique et je serais curieux de confronter d’autres avis au mien … donc n’hésitez pas à me faire des commentaires.

Vous pouvez acheter le livre sur le site http://lemondedorin.free.fr/

Mortelles rencontres de Richard Philippe (Edition du bout de la rue)

L’avantage d’avoir un blog, c’est de pouvoir rencontrer (virtuellement) des gens avec qui on n’aurait pas eu de contact autrement. L’auteur m’a contacté pour que je lui donne mon avis, et ce roman est à la fois très bon et une sacrée surprise.

Jamel est un jeune beur de la banlieue lyonnaise, qualifié de sérieux, travailleur et faisant des études à Lyon III. Cet été là, il a décidé de ne pas suivre sa famille en vacances au bled, mais de rester pour travailler et se faire de l’argent. Mais en terme d’activité, il a fait des photos d’une femme mariée et a rendez vous avec son mari pour toucher l’argent du chantage qu’il exerce. Lors de leur rencontre dans la cave d’une cité des Minguettes, l’homme égorge Jamel : On ne fait pas chanter Arlequin.

Christian Barnier est un ancien militaire, passé cadre par la suite pour être licencié économique. Au bout de deux ans de chômage, il a décidé de créer son agence de détective privé, et ce n’est pas un métier où on roule sur l’or. Le quotidien est la filature de femmes infidèles, de maris trompeurs pour faciliter des cas de divorce. Une jeune femme belle comme le jour fait son apparition. Elle s’appelle Sheraz et veut que Barnier trouve l’assassin de son frère Jamel, dont la police se moque.

Alors qu’il n’est pas trop motivé par cette affaire, il promet de faire le minimum. Après une brève visite au commissariat, il apprend que Jamel se livre à la prostitution. Cela ouvre le champ des suspects mais Barnier est surtout furieux que sa sœur lui ai caché cela alors qu’elle était au courant. Au nom de la justice, Barnier va quand même creuser cette affaire et se retrouver à la poursuite d’un tueur en série qui traque les femmes via les sites de rencontre sur Internet.

Richard Philippe nous a construit un polar classique, avec tous les codes du genre : une affaire dont la police ne veut pas, un détective privé qui s’il est sympathique, n’en est pas moins désabusé et impulsif, des femmes fatales dont on ne compte plus le nombre, et un contexte actuel très ancré et dans le réel et géographiquement, puisque tout se déroule à Lyon et dans ses alentours.

Ce qui retient l’attention du lecteur, et fait que cela se lit avec plaisir, c’est la qualité de l’intrigue. Les chapitres sont courts mais surtout remarquablement écrits, avec un bon dosage entre l’intrigue et les dialogues. Et puis, le personnage de Barnier, ce grand échalas qui prend sur lui avant d’exploser est facilement identifiable.

Il faut dire que, dans ce livre, aucune concession n’est faite sur notre société moderne. Sans pour autant prendre position, Richard Philippe nous narre un monde où les étudiants sont obligés de se prostituer pour payer des études toujours plus chères ou juste pour vivre. Ceux qui en profitent, les bourgeois, les nantis sont présentés comme des pervers qui peuvent se le permettre car jamais ennuyés par la police. Du classique, en somme, ou presque.

Et puis, Arlequin, ce chasseur sur Internet nous fait nous poser des questions. Quelle drôle de société avons-nous créé là ? Une société où les gens ne se parlent plus, où ils ne se rencontrent plus, sauf pour réaliser leurs fantasmes. Une société faite de barrières, entre ceux qui ont l’argent et qui vivent dans de luxueux appartements, et les autres entassés dans des cités dortoirs.

Alors Barnier regarde cela comme un témoin, voit sa ville et sa vie changer sans savoir ni comprendre où elle est ni où elle va. Ses motivations : Sheraz (même s’il est marié) et la volonté de bien faire son travail. Et quand la coupe est pleine, il gueule ! Décidément, c’est un polar contemporain, qui revisite les classiques, agréable à lire et bien sympathique.

Alex de Pierre Lemaître (Albin Michel)

De Pierre Lemaître, j’ai lu avec effroi Robe de marié et avec intérêt Cadres noirs qui sont des romans aux intrigues finement ciselées avec des profils psychologiques fouillés. Voici donc le dernier en date : Alex.

Alex est une jeune femme comme les autres qui, cet après midi là fait les magasins. C’est une jeune femme sexy et élégante qui aime jouer avec son physique. D’ailleurs, elle se rend chez un vendeur de perruque et en achète une. En sortant, elle repère un homme, qu’elle croit avoir vu dans le métro. Puis, alors qu’elle mange dans un restaurant, elle devient sure qu’il la suit. Alors qu’elle rentre chez elle à pied, l’homme la tabasse, et la kidnappe à l’aide d’une camionnette blanche.

Le commandant Camille Verhoeven est chargé de l’enquête. Son chef, Le Guen, ne lui donne pas le choix, car Morel est en colloque à Lyon. Depuis la perte de sa femme enceinte à la suite d’un kidnapping, Camille ne veut pas s’occuper de ce genre d’affaire. Il accepte malgré tout d’assurer l’intérim pendant deux jours, jusqu’au retour de Morel. L’affaire s’avère particulièrement difficile car les témoins n’ont rien vu, et personne ne fait état de la disparition d’une jeune femme. Camille avance dans le noir.

Le ravisseur demande à Alex de se dénuder, avant de l’enfermer dans une cage où elle ne peut se tenir ni debout, ni assise. Le supplice est infernal et finit par l’épuiser physiquement. Il se contente de répéter qu’il veut la voir crever. De temps à autre, le ravisseur vient prendre des photos de Alex. A cela, il va ajouter des rats, qui vont jouer au « chat et à la souris ». Alex se rend compte qu’elle va avoir de grandes difficultés à rester en vie.

Je vous rassure, le roman n’est pas du tout, mais alors pas du tout ce que vous croyez. En lisant la quatrième de couverture et connaissant Pierre Lemaitre, j’avais peur qu’il nous fasse un roman proche des Morsures de l’ombre de Karine Giebel, parce que cela aurait été une redite et que Pierre Lemaitre aurait été capable de nous concocter des scènes pénibles et ignobles. Que nenni ! Si le roman commence comme je l’ai résumé plus haut, la suite devient beaucoup plus machiavélique et tordue.

Alors passons tout de suite sur les trente premières pages qui à mon avis détonnent par rapport au reste du roman. J’ai trouvé le style tellement balourd, maladroit, les petites phrases mal trouvées, que j’ai l’impression que l’auteur a eu du mal a commencer son histoire, parce que Camille est un personnage déjà rencontré dans Travail soigné et qu’il n’a peut être pas voulu en dire trop pour ne pas perdre de clients lecteurs. Je me pose la question. Toujours est-il que je n’ai pas aimé le début … et c’est tout.

Après, une fois lancé dans l’intrigue, les chapitres (de 5 ou 6 pages maximum) s’avalent à une vitesse affolante, et on se fait manipuler dans une histoire où seul Pierre Lemaitre sait où il veut nous emmener. Le fait d’alterner les chapitres, un pour Alex et un pour Camille, en centrant les descriptions sur le point de vue des 2 personnes ne nous aide pas à sortir la tête du guidon, mais nous plonge volontairement dans cette histoire. La méthode est connue mais bigrement efficace, et ça marche.

Les deux autres parties sont très différentes : Si la première est centrée sur la captivité de Alex, la deuxième est une course poursuite et la troisième un interrogatoire. Je ne peux pas en dire plus, si ce n’est que Pierre Lemaître s’avère à l’aise dans ces trois exercices. Et avec le scénario qu’il nous a concocté, quand on tourne la dernière page, on se dit qu’encore une fois, on s’est bien fait manipulé. Décidément, Pierre Lemaître est un auteur doué pour créer des histoires au suspense bien maîtrisé.

Le chronique de Gregory : DOBERMANN intégrale Tome 1 de Joël Houssin (Ring)

Voici un nouvel invité dans les colonnes de Black Novel. C’est lui qui m’a sollicité et qui m’a proposé ce billet. Ce qu’il aime, ce sont les romans qui vont vite, qui ne perdent pas de temps. Parmi ses lectures, les mangas … jusqu’à ce que je lui parle de Dobermann, dont il connait le film. Avec ce premier tome de l’intégrale, ils se sont trouvés …

Son avis :

Le livre nous plonge dans une France des années 80, arrosée de champagne Cristal, de fusillades, de copinages et de tabassages. Nous suivons sur les 7 histoires de cet intégrale 1 Yann Lepentrec et Christini Sauveur. Chacun son style, chacun sa manière, chacun son métier mais tout les deux des tueurs.

Notre premier anti-héros, Yann Lepentrec, c’est le Dobermann, des yeux aux paillettes dorés, une chevelure blonde, un chien de la taille d’un cheval, un cerveau de stratège ; il a aussi une femme merveilleuse. Il a du talent dans le banditisme nouvelle génération, fini l’époque des cowboys, lui il réfléchit, avance ses pions, vise, et tire 3 balles avec son 357 magnum. Le Dobermann ne respecte que son code éthique, il ne tue pas les civils qui ne sont pas impliqués, ne gaspille pas ses balles inutilement ; ce n’est pas que ça coûte cher, c’est juste pour s’assurer de toujours en avoir pour les flics.

Notre deuxième anti-héros Sauveur Chrisitini, c’est Voldemort, c’est l’Empereur, c’est Sauron, celui qu’on déteste, pour ses méthodes et ses manières, mais qu’on aime pour son tempérament, son charisme, pour ce qu’il représente. Il est brutal, perfide, malsain, pervers, dérangé, fanatique, mais il est surtout le chef de la brigade Grand Banditisme du quai d’Orsay. Un flic aux méthodes douteuses, il faut dire qu’il a la loi pour lui. Un héros pour le grand public, un monstre pour la police des affaires internes, un camarade de jeu du Dobermann.

Autour de nos deux anti-héros , tout un univers de tueurs, policiers et gangsters, que ce soit Nat la gitane, Gina, Clodarec ou le chien du Dobermann, ils sont tous intéressants et s’intègrent parfaitement à l’histoire.

Pas d’histoires de clichés, pas de rebondissements mielleux, les histoires s’enchainent et s’entremêlent, ne se répètent pas dans les situations et restent palpitantes. C’est violent, puissant et ça « carnage » dans tout les sens. On se surprend à espérer que tel personnage meure, et vite, c’est mieux. L’auteur nous fait bien comprendre qu’ici dans ce Paris, c’est le mieux équipé qui survit et qu’il faut savoir vider son chargeur avant de dire bonjour.

Le roman, c’est donc une claque dans l’univers du polar. Il démolit toutes nos habitudes du genre, les dés sont pipés, les flics sont pourris, les gangsters paraissent beaux, les putains sont dégueulasses. Les limites du bien et du mal sont complètement redéfinies par une règle simple: que tu sois policier ou politicien, civil ou gangster, tu restes une ordure.

 » Le voyou, c’est comme le gibier : faut que la viande pourrisse un peu pour qu’elle soit bonne. »

Grégory Fairbrooks.

4eme de couverture

Né en Janvier 1981, le Dobermann a, en 4 ans et 19 romans, dont l’un fut adapté au cinéma par Jan Kounen, taillé une sanglante balafre dans le paysage du polar. Une anthologie du braquage, un best-of du hold-up ! Côté flics, le mot d’ordre est clair : « Personne n’a envie de voir le Dobermann et son gang en prison. Il y a des voyous qu’on n’arrête pas. Le Dobermann, c’est pas un gangster comme les autres. Il respecte rien. Il braque les banques pour le plaisir. C’est pas humain. On n’a pas le droit de mépriser l’argent comme ça. L’argent, ça se mérite. Et le Dob, il mérite que d’aller au trou… Un trou bien profond avec de la terre par-dessus. Alors collez-moi un paquet de balles dans la tête de ces tueurs de flics ! » Christini.

Coup de foehn de Franck Membribe (Editions Krakoen)

Voici un petit roman passionnant à bien des égards, publié par une petite maison d’édition réputée pour la qualité de ses titres. Celui-ci me permet d’ajouter un nouvel auteur à la liste des découvertes.

Sarah est une jeune fille juive de 16 ans, qui habite Marseille. Pour améliorer son niveau d’Allemand, rien de tel que des séjours linguistiques. Sa mère l’envoie donc en Suisse, dans la riche famille Gründlich, où elle sera jeune fille au pair. Pendant les deux mois de vacances estivales, elle s’occupera des jumeaux Max et Jonas. Si Sarah a été envoyée dans ce village, c’est parce que Samuel Seemann son arrière grand-père y vécut et y disparut pendant la seconde guerre mondiale.

La famille Grünglich est une riche famille de la Suisse allemande, qui règne en maître sur le village de Hübscherwald. Elle a fait fortune dans des domaines divers tels que le bois, le textile, et possède son propre journal local. Sarah va rencontrer l’un des journalistes Johann Kramer, dont elle va tomber amoureuse, alors qu’il a le double de son age.

Sarah veut juste en savoir plus sur son arrière grand père disparu, pour renouer avec ses racines, mais aussi pour faire plaisir à sa mère. Elle et Johann vont donc enquêter en douce, pour ne pas déranger l’ordre qui règne dans ce village suisse, balayé par le Foehn, le vent violent qui rend fou, et vont découvrir des vérités qu’il ne fait pas bon déterrer.

Parfois, il est utile de rappeler certaines choses que l’on a tendance à oublier trop vite. Prenez la Suisse : pays neutre par excellence, pays de la propreté, de l’ordre. Une fois que vous avez enlevé le vernis de surface qui rend tout joli, cela devient tout de suite moins beau. Le contexte est donc l’une des raisons qui font que j’ai lu ce roman avec avidité.

Mais l’intérêt ne s’arrête pas là : Franck Membribe a choisi de narrer cette histoire en se plaçant dans la tête de Sarah. Et là, j’adore ! Il nous montre toute la légèreté, l’insouciance, l’irresponsabilité des actes d’une jeune adolescente qui croit avoir tout compris à la vie, et qui est rattrapée par la lourde et pesante réalité de son passé. A aucun moment, je n’ai douté de ce que je lisais, j’avais l’impression d’avoir cette gamine (pardon, je vieillis !) devant moi, qui me racontait son histoire. Ce fut une lecture passionnante.

Alors, ne passez pas à coté de ce roman, prenant, passionnant, raconté par une jeune fille sympathique. C’est un roman plein de tendresse, de noirceur, sans violence (c’est à noter) sur la bassesse humaine, sur la traîtrise, sur l’héritage, sur les liens générationnels. Et n’oubliez pas de passer voir le catalogue des éditions Krakoen, au passage.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com