Padana city de Massimo Carlotto et Marco Videtta (Points)

Il aura fallu la sortie en format de poche de ce Padana city pour que je le ressorte moi-même de ma bibliothèque. Malgré les avis divergents sur ce roman, je ne pouvais pas rater un Massimo Carlotto, même s’il est écrit en collaboration avec quelqu’un d’autre. En voici un bref résumé :

Francesco Visentin est issu d’une grande famille d’avocats. Son père est propriétaire d’un grand cabinet, et comme lui il embrasse la même carrière. Mais il a tout fait par lui-même, a fait ses études avec succès et ouvert son propre cabinet avant d’envisager de rejoindre son père. Car il doit épouser la femme de sa vie : Giovanna. C’est d’ailleurs le jour (ou la nuit) où il enterre sa vie de garçon que sa vie va basculer, pour le pire.

Giovanna est découverte le lendemain, noyée dans sa baignoire. L’enquête préliminaire ne laisse aucun doute : il s’agit d’un meurtre. Quand le juge apprend que Giovanna avait un amant, et qu’elle envisageait de tout dire à Francesco, ce dernier est rapidement soupçonné. Heureusement, son ami d’enfance Filippo qui était l’ancien petit ami de Giovanna lui sert un alibi en or. Mais Francesco va enquêter pour connaître la vérité.

Alors que le père de Francesco et la mère de Filippo s’arrangent pour brouiller les pistes, corrompre les indices et communiquer via leur propre chaîne de télévision, Francesco se demande si le coupable n’est pas son ami ; ainsi ils se servent mutuellement d’alibi. Mais, quand il découvre que Giovanna enquêtait sur les malversations dans le domaine du recyclage des déchets, ses certitudes sont remises en cause.

Massimo Carlotto s’est donc associé avec Marco Videtta pour écrire un roman à quatre mains, qui respecte l’œuvre du maître italien du roman noir. Car Marco Videtta est un scénariste et cela se retrouve dans ce livre, à savoir que l’histoire ne comporte pas de chapitres, mais des petites scènes, pour faire avancer l’intrigue. L’intrigue elle-même peut être divisée en deux parties : la première moitié montre Francesco obligé de se défendre d’une accusation injuste, la deuxième partie montre son enquête pour découvrir la vérité.

Un roman très carré dans sa forme en somme, mais qui poursuit la quête de Massimo Carlotto : montrer et démontrer les travers de la société italienne. Des petits arrangements entre gens de bonne société en passant par la manipulation des media ou les dysfonctionnements de la justice et de la police, tout y est. Avec ce détachement habituel de Carlotto qui montre que tout cela est parfaitement normal. Et je ne parle pas des trafics sur les déchets.

Bref, c’est agréable à lire mais ce n’est pas extraordinaire. Si le style est vif et bref, les fans de Massimo Carlotto resteront sur leur faim. Nous avons l’habitude de lire des portraits de méchants personnages, voire d’ignobles individus avec Carlotto. Ici, on a droit à un gentil monsieur bien lisse. Et si j’ai eu beaucoup de plaisir à avaler cette histoire, je dois dire que je considère ce roman comme une introduction en douceur au monde de Massimo Carlotto. Donc, si vous ne connaissez pas cet auteur, plongez dans le monde noir italien.

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Le jardin du diable de Ace Atkins (Editions du Masque)

Ne connaissant pas Ace Atkins, c’est surtout le sujet de ce roman qui m’a attiré. Le personnage de Fatty est un sujet extraordinaire de roman, un homme à l’étrange destin, qui est passé d’idole à ennemi public en peu de temps.

Nous sommes en 1921, à San Francisco. Roscoe Arbuckle, dit Fatty est devenu en peu de temps l’idole des foules. Il est adulé par tous pour ses films comiques muets. Avec son allure de gros nounours, sa gueule d’ange et ses yeux de couleur bleu azur, il obtient tout ce qu’il veut. Ce roman va raconter sa descente aux enfers.

En pleine période de prohibition, il organise des soirées arrosées de gin et de whisky. Lors de l’une d’elles, les 3 chambres qu’il a réservées dans un hotel sont remplies d’amis et de jolies filles fort peu vêtues. Alors que tout le monde est ivre, le corps de Virginia Rappe est retrouvé écrasé sur le lit d’une des chambres. Les témoignages sur les événements sont on peut plus confus, mais tout le monde s’accorde pour dire que fatty a écrasé Virginia et l’a tué.

Samuel (plus tard Dashiell, quand il commencera à écrire) Hammett est un  enquêteur pour l’agence de détectives privés Pinkerton. Il est chargé par l’avocat de Fatty d’interroger deux danseuses qui ont assisté à l’orgie. Samuel nage dans le flou le plus complet, les informations étant, pour la plupart, erronées ou déformées. Il devient vite évident que cette affaire sent le coup fourré et que l’on a tendu un piège à Fatty.

Ce roman part d’une affaire célèbre (le procès pour meurtre de Fatty) et nous donne à lire un roman d’enquête, mâtiné d’hommage au roman noir. Je ne suis pas assez lettré pour savoir si Samuel Hammett a réellement travaillé sur cette affaire, mais il fait partie des personnages principaux, au même titre que Fatty et quelques autres, d’ailleurs présentés au début de ce roman.

La première chose que je voulais vous dire, c’est que ça se lit bien, super bien, super vite, essentiellement parce qu’il y e peu d’action et beaucoup de dialogues. Et si le suspense de ce livre ne réside pas dans le guet-apens tendu à Fatty (on le sait dès les premières pages), il tient surtout dans le pourquoi. En effet, on se demande bien pourquoi on veut faire condamner cet acteur réalisateur, alors qu’il est adulé par les foules. Et je ne vous le dirai pas, bien sur.

Ensuite, Ace Atkins nous montre les travers de la société américaine, la manipulation de la police, de la justice, la super puissance des journaux qui publient tous les ragots. Et au milieu de tout cela, on a la vie des années 20, avec tous ces gens qui rêvaient de rencontrer des stars, qui rêvaient de faire partie de ce monde plein d’argent, plein d’alcool, plein de drogues. Finalement, les gens ont peu évolué aujourd’hui.

Une petite réserve toutefois, totalement personnelle. Alors que les derniers chapitres sont extraordinaires de sensibilité et d’émotion, je regrette finalement le parti pris de l’auteur d’avoir écrit tout son roman avec autant de distance et de retenue. Du coup, cela me donne envie de ressortir Moi, Fatty de Jerry Stahl pour avoir un autre éclairage sur cette affaire édifiante.

Soul Patch de Reed Farrel Coleman (Phébus)

Allez savoir pourquoi je me suis pris d’affection pour Moe Prager. Après ma précédente lecture de ses enquêtes avec redemption street, je replonge avec Soul Patch, aux éditions Phébus.

Soul Patch est un quartier Que Reed farrel Coleman a imaginé en plein New York. Soul patch, c’est le nom que l’on donne à la barbichette que certains se laissent pousser entre la lèvre inférieure et le menton. C’est aussi le quartier d’enfance de Moe Prager, ainsi que le lieu où il patrouillait quand il était flic. C’est dans ce quartier que va se dérouler ce roman.

Moe Prager et son frère inaugurent le troisième magasin de vins et spiritueux qu’ils ont appelé Red, White and you. Du coté professionnel, tout va bien pour Moe. Du coté de son mariage, les relations avec sa femme se délitent. Le poids de trop de secrets finit par les éloigner l’un de l’autre. Alors, Moe cherche une échappatoire, un peu d’action avant le désastre. Lors de cette inauguration, Larry MacDonald, un ancien collègue et ami de Moe lui donne une cassette, en lui demandant de l’écouter puis de l’appeler.

Il écoute donc l’enregistrement d’un interrogatoire entre deux flics et un dealer Malik. Il y est question de la mort d’un ancien caïd D Rex Mayweather. Il appelle Larry qui lui donne rendez vous un soir à Soul Patch. Là, Moe lui annonce qu’il refuse toute enquête qui pourrait mettre en cause un flic et met en cause l’honnêteté de Larry. Quelques jours plus tard, Malik est retrouvé assassiné et Larry suicidé. Moe va bien être contraint de faire la lumière dans cette affaire ténébreuse et dangereuse.

J’ai retrouvé tout le plaisir que j’avais éprouvé lors de la lecture de Redemption Street. Le personnage de Moe est extrêmement sympathique, et l’on sourit souvent, même si sa situation familiale ne va pas fort. On a droit à ses pensées, ses déductions, ses petits traits d’humour juif, et sa dérision. Si l’on ajoute à cela une intrigue menée de main de maître, avec une enquête menée avec sérieux et application, on a là un roman quasi classique qui procure toujours autant de plaisir.

Si on ajoute à cela l’obsession de l’auteur sur le passé, les conséquences de nos actes, les regrets de nos dires, ce roman nous pousse à nous identifier rapidement à Moe, et à nous poser des questions, dont Moe nous donne son avis d’ailleurs. On y voit aussi le décalage entre la vie d’aujourd’hui et celle d’il y a trente ans, quelques petites touches sur le téléphone portable, sur les relations humaines, sur l’attitude des gens.

Alors, qu’est ce qui fait la différence entre ce roman et les autres ? L’écriture bien sur. Elle est d’une assurance, d’une limpidité, d’une pureté, d’une facilité que cela devient prenant et qu’on ne peut plus lâcher le livre. Alors, n’hésitez pas, Moe est un excellent pote qui ne demande qu’à être votre ami. Vous n’avez qu’à dire que vous venez de ma part !

Une citation d’Oscar Wilde extraite du livre pour finir : « Quand les dieux veulent nous punir, ils exercent nos prières ». La mienne est que vous lisiez les enquêtes de Moe Prager. Un petit message pour Gridou : Moe n’est ni déviant, ni alcoolique, ni drogué; ça devrait te plaire !

Guerre sale de Dominique Sylvain (Viviane Hamy)

Attention, coup de coeur ! Vous connaissez mon plaisir à découvrir de nouveaux auteurs. Dominique Sylvain n’est pas une nouvelle dans le domaine du roman policier mais je n’avais jamais lu ses romans. Ce roman est tellement bien construit que je vais mettre ses précédents romans sur ma liste d’achat.

Florian Vidal est un avocat spécialisé dans les contrats d’armement et les relations franco-africaines. Son cadavre vient d’être découvert aux abords de la piscine de sa propriété de Colombes. Vidal a été menotté et brûlé vif, un pneu enflammé autour du cou. Cette méthode est connue sous le nom du supplice du père Lebrun, et a été très utilisée à Haïti lors du règne des tontons macoutes. Son Blackberry a été retrouvé au fond de la piscine mais la carte en a été enlevée.

Aucun autre document ne permet de démarrer cette enquête. Si ce n’est que cinq ans auparavant, Toussaint Kidjo, qui travaillait sous les ordres de Lola Jost, a été assassiné de la même manière. Lola a démissionné de la police un an avant sa retraite. Le meurtre de Toussaint y est pour beaucoup. Elle y voit là l’occasion de retrouver les assassins de son collaborateur et ami. Elle ne pourrait pas mener à bout son enquête sans son amie Ingrid Diesel.

Du coté officiel, Sacha Duguin se voit confier cette enquête. Il découvre rapidement que Vidal travaillait pour Richard Gratien, l’homme incontournable pour tous les contrats d’armement à destination de l’Afrique. Mister Africa, comme on le surnomme, a pris Vidal sous son aile, le considérant comme son fils naturel, allant même jusqu’à lui payer ses études de droit. Souvent suspecté de détournement de fonds, Gratien n’a jamais été condamné. Sacha et Lola vont enquêter en parallèle, presque comme des concurrents, pour démêler ce sac de nœuds qui va s’avérer bien noir et bien dangereux.

Le contexte de ce roman est dur, noir et sans concession. Ceux qui s’attendent à un roman policier classique ne seront pas déçus, au sens où l’enquête avance au rythme des interrogatoires et des indices éparpillés ça et là, mais ils auront en plus ce contexte si particulier lié aux ventes d’armes. Arrêtez d’être naïfs, la fabrication d’armes est une activité importante dans le PNB des pays riches, et où il faut bien des intermédiaires qui ont les bonnes relations pour vendre plus et mieux. Dégueulasse, non ? Mais c’est la réalité !

Au-delà du contexte, le style est direct. Quel punch ! Quelle brutalité parfois ! J’ai vraiment été surpris au départ, tant les phrases sont directes, sans fioritures. Cela donne une force au propos, mais aussi une impression que l’on vous assène des coups de poing. C’est un style violent, direct, acéré, que j’ai trouvé très agréable à lire. Et bien que je l’aie lu dans une période où je n’aie pas eu beaucoup de temps à consacrer à la lecture, le livre me faisait des clins d’œil quand je l’ouvrais.

Et puis, il a les personnages. Ils sont FORMIDABLES ! Il y a Sacha, enquêteur rigoureux et professionnel, poussé par sa hiérarchie, son chef qui fait partie des incorruptibles. Lola, fantastique femme que j’imagine de petite taille, toute en nerfs, en détermination, aidée en cela par le porto qu’elle boit comme du petit lait. Elle a un désir de résoudre cette affaire car c’est ce qui l’a poussée à démissionner, mais elle est aussi fidèle à Toussaint, son ancien ami, à qui elle veut donner une justice. Et puis, il y a Ingrid, cette américaine, qui est le trait d’humour de cette histoire, qui apprend le français en le parlant, se trompant toujours de mot quand elle utilise des expressions françaises.

Bien que ce roman ne soit pas leur première enquête, vous pouvez commencer celui-ci sans pour autant avoir lu les autres, puisque les informations nécessaires à comprendre les personnages sont distillées par petites touches au début du roman. Tout ce petit et complexe mélange fonctionne à plein régime. On a une impression de vitesse, d’urgence. Nos trois protagonistes tentent de surnager dans une piscine noire, cynique, inhumaine. C’est un excellent roman qui me fait dire que vous allez bientôt entendre parler de Dominique Sylvain chez Black Novel. D’ailleurs j’en ai déja acheté six qui sont ré-édités chez Points.

Les anges s’habillent en caillera de Rachid Santaki (Moisson Rouge)

Voici un roman dont on va parler, un roman qui va faire du bruit. Car le sujet est brûlant, ça touche ce que l’on appelle dans les médias la petite délinquance. Au passage, je remercie les éditions Moisson Rouge pour la découverte d’un nouvel auteur et pour ce très bon moment de lecture.

Ce roman est basé sur une histoire vraie, mais c’est un roman. Ilyès est un voleur à la ruse (un terme que je ne connaissais pas), probablement le meilleur que l’on ait connu. Il a commencé en 1998, alors qu’il avait 13 ans et a perpétré ses larcins à Saint Denis. Accompagné de deux complices, il volait les sacs à main dans les voitures arrêtées au feu rouge, avant de passer au vol à la tire.

En 2008, Ilyès, que l’on surnomme le Marseillais, sort de la prison de Villepinte. Il vient de purger 18 mois. Son cousin l’attend à la sortie. Il retrouve alors les gens qui peuplent son microcosme et apprend que c’est Hervé qui l’a donné aux flics. Il demande alors à l’ancien de retrouver Hervé. Un peu plus tard, dans une cave, les Serbes amènent Hervé et Ilyès le descend de cinq balles.

Ilyès vient de franchir une nouvelle étape dans la spirale infernale de la délinquance. Pourtant, il a toujours refusé le vol avec violence. Quand il était mineur, il ne risquait rien avec le vol à la tire. Puis il a rencontré Many qui officie à Paris. Il apprend d’autres méthodes comme le vol de carte bleue mais Many utilise la torture pour obtenir la carte et son code. Ilyès finit par faire bande à part en s’arrangeant à noter les codes confidentiels et à voler les cartes sans violence. Il amasse l’argent et en profite, devenant un habitué des sorties nocturnes parisiennes. C’est là qu’il rencontre Hervé, qu’il considère comme son pote.

Ce roman aurait pu être un vrai casse gueule, un hymne à la petite délinquance, avec le risque de faire de Ilyès un héros. C’est un sujet très sensible, traité à la façon d’un équilibriste sur un fil distendu. Ce roman aurait pu être un total échec, un roman apportant un scandale de plus. Et finalement, c’est une totale réussite. Et le meilleur moyen de vous faire lire ce livre, c’est de vous conseiller d’aller dans une librairie, d’ouvrir ce livre, de lire la préface écrite par Oxmo Puccino (que je ne connais pas) qui parle de Rachid Santaki et de sa volonté d’aider et d’occuper les jeunes, de lire aussi l’Avant propos écrit par Rachid Santaki lui-même qui parle du contexte et de son choix d’auteur. Après cela, vous achèterez le livre.

J’ai suivi le parcours de Ilyès, avec la peur au ventre. Avec la quatrième de couverture, j’étais inquiet du sujet, et surtout de son traitement. Il aurait été facile et dangereux de faire un mode d’emploi du parfait petit voleur, de donner vie à un personnage auquel on se serait identifié. Grâce aux choix littéraires et au style de Rachid Santaki, les pièges ont été évités et le roman en devient passionnant, par le fait qu’il ne prend pas position, qu’il ne juge personne, qu’il ne justifie pas les actes mais se contente de placer quelques traits qui sonnent justes.

Les passages écrits à la première personne sont tout bonnement impressionnants, on a l’impression d’avoir Ilyès en face de nous, en train de nous conter son parcours, nous expliquant qu’il est conscient que ce qu’il fait est mal, mais que d’un autre coté, cela permet à ses parents de retourner au bled chaque été. Toujours, Ilyès oscille sur cette balance avec une lucidité et est prêt à assumer ses actes. Tout est une question de risques. Et dire qu’il a commencé comme ça pour passer le temps, presque s’amuser.

Le roman regorge de personnages, tellement vrais, esquissés par de simples phrases, dont les frères, cousins, parents, flics pourris (ce sont les passages que j’ai le moins aimé). Tous parlent leur langage, entre le verlan et l’arabe, et cela aide à nous plonger dans ce monde, si proche de nous mais si lointain aussi. On y sent le décalage entre les parents qui travaillent et ces jeunes attirés par tant de facilité, par l’accès au luxe qu’ils n’auraient aucune chance de connaître autrement. Je ne cautionne en aucun cas ni ces actes, ni ces choix de vie, mais j’ai eu l’impression de comprendre un peu mieux, même si Ilyès n’est probablement qu’un cas. Pour finir, je citerai le dernier paragraphe de Oxmo :

Malgré tout ce que l’on peut voir et entendre des grands médias, j’ai la chance de rencontrer des personnes animées par un vrai désir politique et d’autres sont sur le terrain, porteurs d’espoir. Donc, je deviens optimiste et … oui, je suis convaincu que tout ira mieux lorsque tous donneront à bon escient ce qu’ils ont de plus cher : un peu de leur temps.

Ce livre est à lire, pour mieux comprendre, pour mieux aider, pour être plus tolérant, pour être positif, pour être moteur. D’aucun verront dans ce livre des exemples, des situations dont ils se doutent ou qu’ils imaginent au travers du miroir déformé des medias. On va en parler de ce livre, parce qu’il parle vrai, parce que le ton est réaliste et qu’il vaut mieux le lire que se boucher les yeux.

L’été tous les chats s’ennuient de Philippe Georget (Jigal – Polar)

Ce roman aura donc été le dernier que j’aurais lu pour la sélection 2010, pour laquelle il est sélectionné pour la finale. Bien que je l’ai acheté tôt, je n’avais pas trouvé le temps de le lire. Et c’est un bon polar un peu particulier et original dans le traitement de son intrigue.

Nous sommes dans les Pyrénées Orientales, c’est le début du mois de juillet, il fait chaud et les touristes vont bientôt débarquer en masse. Robert est un ancien ouvrier à la retraite, qui vient toujours au même camping en vacances à Argelès. Comme tous les matins, il se lève à 4 heures du matin, pour uriner puis aller se promener sur la plage. Ce matin là, il découvre le corps d’une jeune femme assassinée. Au même moment, une autre jeune femme, néerlandaise aussi est portée disparue.

Au commissariat de Perpignan, les affaires ronronnent avec une régularité et une routine exemplaire. Les deux personnages principaux, Gilles Sebag et Jacques Molina gèrent les affaires courantes de vols de motos en petits larcins. Le cœur n’y est plus, et la priorité est clairement donnée à la vie personnelle, même si Molina est divorcé et Sebag heureux en ménage. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Sebag n’a jamais eu d’avancement et n’en attend plus.

Ce matin-là, Sylvie Lopez vient pour signaler la disparition de son mari, José, chauffeur de taxi. Cela fait deux jours qu’il n’est pas apparu, et même s’il lui arrive de découcher, cela fait suffisamment longtemps pour que sa femme s’inquiète. Sebag, poussé par son instinct, va mener l’enquête. Il s’avère que José a été vu en compagnie d’une jeune hollandaise avec un tatouage d’oiseau sur l’épaule droite deux jours avant de disparaître. Or, cette jeune fille n’a pas donné signe de vie à ses parents. Les coïncidences ne font que commencer et le mystère va s’épaissir.

Ce roman est épatant, d’autant plus que c’est un premier roman. Le style est fait de belles phrases explicites, d’une fluidité qui méritent le respect. C’est très agréable de lire un roman où le contexte (lété, la pression sur les policiers due aux touristes qui vont débarquer) est bien décrit, où les paysages (Perpignan et ses environs, les Pyrénées et ses montagnes à l’horizon) sont bien peints, où les personnages ont une vraie profondeur et où l’enquête est bien menée.

J’ai pris un vrai plaisir à me balader en compagnie de nos deux inspecteurs dans les environs de Perpignan, à arpenter les rues de cette petite ville où se trament de petits trafics à cause de la proximité de la frontière avec l’Espagne, d’entendre les habitants parler catalan. Et malgré une structure faite de petits chapitres, le rythme est assez lent, comme écrasé par la chaleur de l’été.

Et le gros point fort de ce roman, et son originalité réside dans la vie privée de ses personnages et en particulier de Sebag. Il me semble que c’est la première fois que je lis un personnage avec autant de détails sur sa vie privée, ses relations avec sa femme malgré le cynisme de son collègue Molina, ses sentiments envers ses enfants, de leur naissance jusqu’à l’adolescence d’aujourd’hui. Cela permet de suivre la philosophie de la vie, somme toute simple, d’un homme qui considère son travail comme alimentaire et qui a placé sa vie familiale au premier plan.

Alors, oui, le rythme est lent, l’enquête avance doucement mais n’est ce pas plus réaliste, et puis, les auteurs nordistes le font aussi. Certaines situations et dialogues sont un peu longs, mais au global, j’aurai passé un bon moment au soleil en compagnie d’une personne profondément humaine, qui veut vivre tranquillement et sereinement sa vie de famille. Je voudrais en lire beaucoup des premiers romans comme ça, et j’espère en lire beaucoup des romans de Philippe Georget.

Le monde est un bousillage de José Noce (Krakoen)

Après Scarelife de Max Obione, voici une récidive en bonne et due forme chez les éditions Krakoen, avec un auteur à découvrir et une quatrième de couverture aussi alléchante que mystérieuse.

Extrait de la quatrième de couverture : Un beau jour sur une petite île, un type est débarqué d’un hélico avec une oreille en moins, et un petit trou en plus dans la tempe. Sur le point de trépasser, on le ranime avec toutes sortes de petits cailloux blancs aiguisés comme les dents des requins du même métal. Doucement, avec plus ou moins de tact, on ressuscite sa surprenante réalité.

En réalité, Ludo Tana est professeur de français qui a un défaut : il tombe facilement amoureux, et vient de tomber amoureux d’une de ses étudiantes. C’est ce défaut qui va l’entraîner dans un chantage qui va le dépasser : Raymond Lopes se présente à lui comme un flic faisant aussi partie d’une organisation la C.C.S.M. qui élimine des personnes néfastes à la société. On va donc demander à Ludo de tuer 7 personnes. Puis il va se retrouver dans un asile psychiatrique complètement amnésique.

Comment fait on quand on devient amnésique ? Vraiment amnésique ? Amnésique au point d’oublier non seulement son passé, mais aussi son vocabulaire ou la grammaire. C’est le pari que s’est lancé José Noce dans ce roman, au suspense fort bien entretenu et à la forme curieuse et déconcertante. Et la construction et le style jouent un grand rôle dans cette histoire. Je m’explique.

Ludo est enfermé dans un asile psychiatrique. Il a tout oublié. Et donc, il va se reconstruire, en se basant sur les lectures qu’on lui donne, en interprétant les phrases qu’on lui raconte, en notant tout dans son carnet de notes personnel. Alors, on a droit au début à un homme qui écrit ce qu’il entend sans comprendre le sens des mots. Puis, il se forge une image de ce qu’il est, du monde qui l’entoure, agrémenté en cela par ses souvenirs qui reviennent par bribes.

Je parlais de la construction : l’auteur alterne un extrait du journal de Ludo avec un souvenir écrit à la troisième personne. Comme l’intrigue n’est pas chronologique, il faut accepter le jeu du puzzle. Si on entre dedans, cela devient très intéressant et nous pousse à cette réflexion de la manipulation des gens par le savoir. Finalement, nous ne pouvons raisonner que par rapport aux données et informations que l’on nous donne, vend, inculque. Au final, c’est un roman très intéressant, plus profond qu’il n’y parait, pour peu que l’on accepte la forme imposée par l’auteur. On pourra juste reprocher une structure répétitive de l’intrigue rythmée par les 7 meurtres.

Enfin, si l’on regarde le dictionnaire, bousillage veut dire : Grosse erreur, ouvrage bâclé. Ce roman ne l’est pas lui, un bousillage; pour le monde, je vous laisse y réfléchir. Vous me rendrez vos copies pour la semaine prochaine.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com