L’information du mardi : Idées de polars

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Le livre sans nom (Sonatine)

L’histoire de ce livre est hallucinante. Il a été mis en ligne sur internet par quelqu’un, dont on ne connaît pas l’identité. Il a connu un énorme succès avant d’être publié en Grande Bretagne puis aux Etats Unis. Nouveau succès. Le voici donc en France, Sonatine ayant décidé d’éditer ce roman culte.

C’est l’histoire d’une pierre bleue, l’Oeil de la lune, qui rend invincible. Cette pierre a été volée et tout le monde pense que c’est un tueur du nom de Bourbon Kid (titre original du livre) qui a fait le coup. Cet homme fait peur à tout le monde car c’est un tueur redoutable, capable de tuer cinquante personnes avec une main ficelée dans le dos.

Cinq ans auparavant, Bourbon Kid est entré dans un bar, le Tapioca. Ce bar est un repère d’êtres malfaisants (c’est un euphémisme) tenu par Sanchez. En cinq minutes, après avoir avalé un bourbon, il a assassiné plus d’une quarantaine de truands. La légende dit qu’il a détenu la pierre bleue, et qu’il tue tous les gens qu’il rencontre. Seule une jeune femme s’en est sortie, c’est Jessica, et elle est dans le coma depuis.

Revenons à aujourd’hui : La pierre bleue était conservée dans un monastère par des moines spécialistes de karaté et autres arts martiaux. Elle vient d’être dérobée et une grande partie des moines décimés. Père Taos, le gardien de temple, décide d’envoyer deux jeunes moines à sa recherche, Kyle et Peto.

Avec tout cela, j’ajouterai que cette histoire se déroule à Santa Mondega, une ville reconnue pour son taux de criminalité record, que Jessica va sortir de son coma, que l’on y rencontre des personnes aussi sympathiques que Marcus la Fouine ou Elvis, des tueurs à gages, Jefe un chasseur de primes ou des flics Jensen et Somers, qui ne sont pas très nets non plus ! Et le livre sans nom, me direz vous ? C’est un livre qui, quand on le lit, vous assure une mort prochaine.

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est effectivement ce que je me suis dit au début de ce roman. Parce que, avec la pléthore de personnages, les lieux délirants, les personnages hauts en couleurs, les situations toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres, j’ai été un peu surpris (et le terme un peu est faible).

Ce livre est en fait une gigantesque encyclopédie synthétique de tout ce qui a connu du succès populaire ces vingt dernières années, en terme de musique et cinéma. Et tout est passé en revue, de Seven à Kayser Sözé (Usual suspects) sans oublier La Guerre des Etoiles pour le cinéma, de Elvis Presley aux Fine Young Cannibals pour la musique. Ce livre est un gigantesque hommage délirant envers tout ce que nous avons aimé.

Le meilleur résumé que je pourrais trouver pour ce roman, c’est que c’est une oeuvre de fou, un scénario de film qui aurait pu être écrit par Tarantino, (Tendance Boulevard de la mortou Kill Bill)dans une ville dessinée par Frank Miller (Sin City), réalisé par Robert Rodriguez  ou Guillermo Del Toro sur une bande son de … B52’s. Pas le temps de respirer, les scènes d’action se suivent au rythme d’une Ferrari lancée à fond sur l’autoroute sans frein, le sang coule à flot comme aux chutes du Niagara.

Le style permet d’aller vite, les dialogues sont uniquement là pour se mettre au service de l’action. La question est : Est-ce que ça marche jusqu’au bout ? Car le livre fait quand même 460 pages. Eh bien oui ! Ça ne ralentit jamais, ça n’est même pas répétitif. C’est fou, débile, déjanté, délirant mais ça fait du bien parfois. Les scènes s’enchaînent et l’ensemble est très bien construit, avec logique. C’est un comble. C’est résolument un livre à réserver à ceux qui ont gardé une âme d’adolescent nostalgique, fan de cinéma, musique pop et bande dessinée. Une bonne définition de livre culte.

Alors si vous êtes prêt à faire un voyage sous amphétamines, en oubliant tout sens des réalités, montez dans ce TGV sanglant, en ayant pris votre dose de café, vous passerez un bon moment de lecture; et je vous garantis que vous oublierez vos problèmes présents.

Le fils des brulés de Laurent Brard (Plon)

Alors, voilà donc le deuxième volume de la série Nuit Blanche de Plon. Celui là, je le guettais pour le sujet qui me plaisait bien. Et puis c’est l’occasion de découvrir un nouvel auteur français.

Oscar Bellem n’a pas eu une enfance facile. Mais il s’est acharné à travailler pour nourrir sa sœur, et lui permettre de faire des études. Et, par miracle, il est reçu au concours de l’administration pour entrer dans la police. Comme tous les jeunes, il a un rêve : celui de devenir scénariste pour le cinéma. C’est ce rêve qui va le perdre.

Un week-end, alors qu’il est de permanence au commissariat de Talernes, une jeune fille de 14 ans disparait. Ses parents ne croient pas à la fugue, mais lui les éconduit poliment pour avancer sur son scénario. Le lendemain, la petite Cecilia est retrouvée éventrée, avec une croix gravée sur le front. C’est la fin de Bellem. Il est montré du doigt par tout le monde, de sa hiérarchie aux média. Alors, on le met dans un placard. Un placard qui va durer douze ans. Le coupable ne sera jamais découvert.

Douze ans après, il obtient sa mutation à Sarole, une petite bourgade située à 100 km de Talernes. Il envisage de donner sa démission, pour se rapprocher de sa sœur et pour monter un camp de vacances pour pêcheurs, avec des pédalos, des jeux. C’est alors qu’il reçoit un mail au commissariat citant des anecdotes privées, lui parlant à demi-mot du dramatique assassinat de Cecilia et lui demandant : « Que feriez vous si l’histoire recommençait ? »

Ce que Bellem a toujours essayé de nier, ce qu’il a toujours essayé d’oublier, lui revient directement dans la figure. Alors que la police croit à un canular, Bellem se demande ce que tout cela veut dire. Une allusion du mail dit que tout a commencé ici, à Sarole. Bellem apprend alors qu’une famille a été massacrée à la même date que la mort de Cecilia. C’est ce que tout le monde appelle l’affaire du Fils des brûlés. Bellem se doit de comprendre.

Ce résumé rend bien peu hommage à la façon dont Laurent Brard a mené son intrigue. J’en ai fait un résumé chronologique, alors qu’en réalité, au milieu de l’histoire de Bellem viennent s’insérer des chapitres concernant Antoine, le fils des brûlés. Le procédé est classique, mais permet d’une part d’ajouter au mystère de l’ensemble, et d’autre part de manipuler le lecteur sur de nombreuses pistes, forcément fausses.

Je m’attendais à un bouquin avec un superbe personnage de flic en plein naufrage. C’est vrai et faux à la fois. Certes, il est marqué par le meurtre inexpliqué de Cecilia dont il se sent coupable, mais il a avant tout pour objectif de quitter cette vie de flic où il se sent inutile. Douze ans passés dans un placard, c’est long !

L’autre aspect de ce personnage est qu’il est incompétent. Il n’a pas eu l’occasion de faire ses preuves en tant que policier qu’on le mettait déjà au placard. Le résultat est qu’il n’a aucune idée sur la méthodologie à employer pour mener son enquête, qu’il ne sait pas comment agir avec les gens, qu’il ne sait pas quelles questions poser. C’est un paumé sympathique, qu’on aime bien, qu’on imagine bien en grand dadais, et on sent bien l’amour de l’auteur pour son personnage.Mais il n’y a pas que le personnage qui est intéressant dans ce roman.

Il y a cette ambiance village ou petite ville. Sarole, un endroit où il ne se passe jamais rien, un endroit où les gens savent tout sur tout, un endroit où les gens ne disent rien sur rien. Remarquablement traité car non seriné à toutes les pages, Laurent Brard arrive à nous faire ressentir cette ambiance de surveillance perpétuelle. On a l’impression que les gens sont cachés derrière leurs rideaux à épier ce qui se passe dans la rue, pour mieux répéter au bar du coin ce qu’ils ont vu. D’ailleurs, je me demande si Sarole existe ou si il l’a inventé de toutes pièces.

Alors, bien sur, ce livre n’est pas un chef d’œuvre. Il y a parfois des redites et à mon goût trop peu de dialogues Mais il y a une vraie qualité pour la description des ambiances et des gens ruraux, de ces habitudes que j’appellerais ancestrales d’avoir de bonnes relations envers ses voisins tout en essayant de savoir un maximum de choses sur eux, de cette curiosité qui peut s’avérer malsaine. De quoi aiguiser ma curiosité pour le prochain livre de Laurent Brard.

La maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino (Actes Sud)

Quand vous lirez l’article de Claude Le Nocher sur ce livre, vous comprendrez pourquoi je me suis jeté dessus. Et j’espère qu’après mon article, vous ferez de même. Car c’est un excellent livre de mystère et de suspense.

Sayaka Kurahashi est sorti avec le narrateur pendant six ans. Puis ils se sont séparés. Ils se retrouvent lors d’une réunion d’anciens élèves. Elle s’est mariée à un commercial qui s’appelle M.Nagano, qui est en voyage d’affaires pendant six mois, et a une fille de trois ans. Bien qu’ils ne se soient pas parlé pendant cette réunion, elle lui téléphone quelques temps plus tard pour lui demander un service.

Le narrateur s’imagine renouer avec son amour de jeunesse et il accepte un rendez vous dans un petit bar. Elle lui explique alors qu’elle n’a aucun souvenir avant l’age de cinq ans. Elle n’a aucune trace de cette tendre période, ni relevé scolaire, ni photographie. Après la mort de son père, elle reçoit un plan indiquant une maison perdue dans les montagnes et une clé à tête de lion. Elle lui demande alors de l’accompagner. Il accepte bien volontiers, d’autant plus qu’il aperçoit des cicatrices sur son poignet gauche qui laissent penser qu’elle a essayé d’attenter à sa vie.

Arrivés sur les lieux, ils découvrent une maison qui a été condamnée. Seule une petite porte qui donne sur la cave peut être ouverte par la clé à tête de lion. N’écoutant que leur curiosité, ils entrent dans une maison qui n’est plus habitée depuis un certain temps. Toutes les horloges ou pendules ou montres se sont arrêtées sur onze heures dix. Les pièces indiquent que la maison a été habitée par un couple et un garçon. Puis ils découvrent le journal intime du petit garçon, Yusuke Mikuriya.

Voici l’exemple même du livre simplissime et complexe à la fois, et donc génial. Comment, à partir d’un huis clos, faire une enquête prenante, avec des personnages touchants, une ambiance angoissante et un sujet à faire froid dans le dos. Vous l’aurez compris, il faut lire ce livre, il faut le dévorer, c’est génial.

Tout d’abord, c’est une enquête en huis clos. Les deux personnages vont trouver des indices et essayer d’interpréter ce qu’ils trouvent ou découvrir ce qui est entre les lignes du journal intime du petit garçon. Et puis, il y a les deux personnages si vivants, si humains, cherchant à se débattre avec une vérité qui leur échappe. Enfin, il y a l’ambiance. L’auteur est très doué pour nous faire ressentir cette maison isolée au milieu des bois en plein milieu de la nuit.

Et tout ces ingrédients fonctionnent avant tout grâce à la magie et au talent de Keigo Higashino, car tout y est suggéré, minuté. Le puzzle y est assemblé pièce par pièce de façon subtile. Et c’est tellement bien construit que l’on ne s’aperçoit de rien, on se laisse emporter du début jusqu’à la fin en se laissant guider par l’histoire.

Pendant un moment, j’ai été tenté de comparer ce roman avec du Agatha Christie (je veux dire les très bons Agatha Christie). Mais en fait, cela va plus loin, c’est plus fort, avec une réflexion sur la mémoire, sur ce que l’on veut bien retenir de notre vie (comme il est dit sur la quatrième de couverture). J’aurais pu aussi comparer cette Maison à certains huis clos  que les Japonais ont sorti au cinéma. Car l’ambiance vous prend vraiment à la gorge.

Voilà. Je n’arrive pas à exprimer mieux pourquoi et comment cet auteur arrive à nous enfermer dans ses filets, alors la seule chose que je peux dire pour finir, c’est que c’est un excellent suspense et que vous devez le lire.

La vie est un sale boulot de Janis Otsiemi (Editions Jigal)

L’occasion fait le larron. Une grande chaîne de distribution (commençant par FN et finissant par AC) a décidé de faire une thématique polar africain. J’ai trouvé cela original, et je me suis rappelé que j’avais un livre caché au fond d’une de mes bibliothèques. D’où ce très bon roman noir (sans jeu de mot) de Janis Otsiemi. Ceci fait partie de mon défi sur la littérature policière des 5 continents dont voici le lien.

La vie est un sale boulot raconte l’histoire de Ondo Mba Alex, dit Chicano et de sa bande. Chicano, Ozone et Lebegue prévoient de faire un casse chez Farrad, un Arabe qui tient un magasin de luxe. Farrad doit être intercepté alors qu’il va déposer sa valise d’argent à la banque. Le coup est bien prévu : Lebegue teint en joue la femme de Farrad et les deux vendeurs, Chicano reste au volant de la voiture pour prendre la fuite, et Ozone doit récupérer l’argent.

Mais alors que Ozone file un coup de poing à Farrad, celui-ci ne se laisse pas faire et Ozone lui tire une balle dessus. « L’Arabe avait attrapé le pruneau sur le front comme on attrape un rhume. Ozone s’enfuit en courant, Lebegue s’éclipse et Chicano se fait serrer par des agents de la Société Gabonaise de Sécurité.

Après quatre années passées en prison, Chicano va sortir. En effet, il bénéficie de la grâce présidentielle. C’est inespéré, car cela n’arrive qu’à ceux qui sont condamnés à de faibles peines. Une fois dehors, il est plein de bonne volonté, veut trouver un travail, retrouver Mira, celle qu’il aime. Mais, il est bien difficile de trouver un travail quand on n’a pas de certificat, et Mira est enceinte d’un autre.

En introduction du livre, on trouve un extrait de L’instinct de mort de Jacques Mesrine. Il y est dit : « Un ex-condamné ne sera jamais quitte de sa dette, même après l’avoir payée. » Et voilà tout le drame qui se joue dans ce petit roman de 130 pages. Avec une intrigue classique, Otsiemi nous offre un voyage à Libreville, Gabon. Les personnages sont bien dessinés, et après nous avoir décrit le parcours de Chicano, il nous plonge dans les méandres de la corruption de la police judicière.

Car la grande qualité de ce roman est bien là : grâce à sa grande faculté à raconter des histoires, Otsiemi nous fait voyager. Son style est empreint du langage de là-bas, les dialogues viennent de ces contrées lointaines, les ambiances sont alourdies par le soleil, les expressions viennent du parler local. Tout au long du bouquin, je n’ai pas arrêté de m’extasier devant ce Français adapté. Et n’ayez crainte, on comprend parfaitement l’histoire.

Par ce voyage sur ce grand continent que je n’ai pas encore visité, je vous conseille vivement de lire ce livre, qui restera dans ma mémoire comme une carte postale colorée. Une très bonne découverte.

Les derniers jours d’un homme de Pascal Dessaint (Rivages)

Pascal Dessaint, je le connais bien, ou du moins son oeuvre. Car elle est publiée chez Rivages Noir, et comme j’en fais la collection … Ce qui m’a décidé à lire celui-ci, c’est l’article de Jean-Marc intitulé Le grand roman noir de Pascal Dessaint, qui est dithyrambique. Et comme il est édité chez Rivages (donc en littérature), je serais passé au travers.

Cela se passe dans le Nord, dans une cité industrielle qui ne vit que grâce à l’usine Europa de zinc et de plomb. Tout le monde y travaille ou connaît quelqu’un qui y travaille. Deux personnages vont raconter leur histoire à quelques années d’intervalle : Clément et sa fille Judith.

Clément vient de perdre sa femme Sabine à la suite d’une opération bénigne, pour enlever un kyste. Elle ne se réveille pas de l’anesthésie, et Clément doit continuer à vivre pour sa fille Judith, alors agée de cinq ans. Clément a quitté l’usine où il travaillait à la sécurité, et est devenu élagueur. Mais le travail vient à manquer car les arbres meurent à cause la pollution de l’usine.

Judith a dix huit ans maintenant. Elle a été élevée par son oncle Etienne et raconte la vie du village, alors que l’usine s’apprêt à disparaître. Elle cherche des réponses à ses questions, cherche les racines qui lui manquent, au travers des discussions avec son oncle, mais aussi à l’aide des habitants du village qui ont connu son père.  Et de chapitre en chapitre, placés en alternance père / fille, l’intrigue se noue, le drame se construit, et la vie continue, comme elle peut.

Le livre est un drame constant. Le contexte est dramatique, les personnages sont dramatiques, les situations sont dramatiques. C’est un voyage dans le Nord auquel Pascal Dessaint nous convie, mais pas dans une grande ville parée de ses lumières. Non, ici, on est dans un petit village, qui ne vit que par et pour son unique usine. Pascal Dessaint décrit sans pathos ce que c’est que de vivre avec rien, au jour le jour, en ayant sans arrêt conscience de dépenser moins.

Ce n’est pas un roman noir, mais un roman gris. Tout dans le style est gris, peint par petites touches, le ciel, l’eau, les maisons, même les visages de ses habitants. Petit à petit, les indices (il n’y a plus de papillons, plus d’oiseaux, les arbres meurent …) s’amoncellent pour arriver à la conclusion que tout le monde connaît : L’usine les tue à petit feu. Mais c’est aussi elle qui les fait vivre. Difficile dilemne qui ne peut qu’aboutir à un drame. Comme le dit Jean Marc, tous sont des victimes, mais tous sont coupables à leur niveau.

Ce roman est un roman sur le monde ouvrier, qui ne peut faire autrement que travailler, que l’on a élevé dans le fierté du travail bien fait. Mais que vaut aujourd’hui le travail ? (Note à ceux qui vont me faire des commentaires assassins : ceci n’est qu’une question et pas mon opinion personnelle.) Comment être fier de soi quand on n’a même plus l’occasion de travailler ? Ce livre écrit comment les ouvriers seront toujours des victimes jusqu’à être des victimes consentantes, jusqu’à devenir des coupables … à leur niveau.

C’est un superbe roman et je regrette qu’il soit sorti en littérature plutôt qu’en roman noir. J’ai l’impression qu’il aura plus de mal à trouver son public. C’est un superbe roman sur les sentiments, sur la famille, sur les gens … normaux (pas ceux que l’on voit à la télévision), sur un scandale non explicitement nommé (Metaleurop), sur notre monde tel que nous l’avons construit, tel que nous sommes en train de le bâtir. Nous sommes tous coupables, à notre niveau. Lisez ce livre, et vous comprendrez pourquoi.

Mezquite Road de Gabriel Trujillo Muñoz (Les Allusifs)

Morgado épisode 4. Voici donc la nouvelle aventure de notre avocat mexicain favori. Et oh ! Surprise ! Ce volume fait le double des 80 pages habituelles ! Enfin, on va pouvoir goûter une histoire sans se dire à la fin : « Quelle efficacité ! », mais aussi : « Quel dommage que ça ne dure pas quelques dizaines de pages de plus ! ». Ce roman fait partie de mon défi sur la littérature policière des 5 continents dont voici le lien.

Les précédentes aventures de Morgado ont été citées ici, à savoir : Tijuana City Blues ; Loverboy ; et Mexicali city blues.

Morgado est de retour à Mexicali, sa ville natale. Et ce n’est pas de gaieté de coeur tant il aimerait ne jamais revenir dans cette ville pourrie jusqu’à la moelle par la corruption. Il préfère Mexico et sa ville anonyme. Il est toujours aussi humaniste et c’est pour cela qu’il est avocat pour les droits de l’homme. Il a laissé derrière lui Alicia, sa bien aimée pour probablement éviter de la plonger dans ce qu’il considère comme un enfer.

Il est donc de retour à la demande de son frère, Atanasio. Celui ci lui demande de trouver la vérité sur le meurtre de son ami Heriberto. Contrairement à ce que la police veut faire croire, Heriberto n’a jamais touché à la drogue. Par contre, c’était un joueur invétéré, capable de vendre tous ses biens voire sa famille pour continuer à jouer. D’ailleurs, Atanasio s’est arrangé pour que la famille ait l’usufruit de ses propriétés, pour sauver celle-ci d’une faillite assurée. Lors de l’enquête, Morgado apprend qu’Heriberto jouait dans un club ultra select, mais complètement inconnu de tous. Le mystère demeure.

Là où on avait affaire à des histoires courtes très bien menées, Gabriel Trujillo Munoz donne de l’épaisseur à son personnage, à son histoire et à ses obsessions. Dans cet opus, il prend le temps de décrire les personnages et les paysages. C’est bigrement agréable, et ça permet de s’installer dans l’histoire. Morgado est toujours ce personnage bougon, bourru et humaniste que l’on aime tant. Et cette fois, il est amoureux. C’est pour cela qu’il est pressé de se débarrasser de cette enquête pour retrouver sa bien aimée.

On en apprend aussi plus sur la famille de Morgado. On fait la connaissance de son père, avec des passages écrits toute en retenue. J’ai eu l’impression que l’auteur écrivait ces passages avec les dents serrées, car il n’est pas trop du genre à étaler ses sentiments. On y parle aussi de son frère, de sa nièce, de sa mère. Et Morgado devient pour nous, lecteurs, un personnage plus profond et encore plus sympathique.

On retrouve dans cet opus l’obsession de Gabriel Trujillo Munoz : ces enquêtes servent de métaphore pour décrire les relations Amour / Haine entre les Etats-Unis et le Mexique. Le Mexique rêve de vivre avec l’opulence des Etats-Unis, sans en subir les conséquences, et les Etats-Unis exploitent ce pays à bas coût pour leur bien-être. Ces deux pays sont comme un couple qui ne s’entendrait plus mais qui restent ensemble … pour les enfants. C’est particulièrement bien décrit à la fin du roman avec les dialogues entre Morgado et son ami de la DEA.

Décidément, c’est un roman qui fait avancer le cycle Morgado dans le bon sens. L’analyse de la société mexicaine devient passionnante au travers de ce personnage et j’attends avec impatience la suite, qui est ouverte au vu des dernières pages. Pour finir, je vous signale que le premier tome vient de sortir chez Folio Policier à un prix de l’ordre de 4 euros, ce qui est acceptable pour un roman de 80 pages. Alors, jetez vous vite sur les aventures de Morgado. Je vous le dis, je vous le répète, vous ne le regretterez pas.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com