Echo de Ingrid Desjours (Pocket)

Je n’avais pas entendu parler de Ingrid Desjours jusqu’à ce que sorte Potens, son deuxième roman. A partir de ce moment là, mes amis n’ont pas arrêté de me vanter les mérites de ce jeune auteur qui avait commencé par Echo. Il est sorti aux éditions Pocket et c’est un thriller très sympathique, un premier roman très réussi.

Les deux nouvelles stars du PAF sont retrouvées assassinées chez elles, un gigantesque appartement luxueux de Paris. Lukas et Klaus Vaillant sont deux jumeaux qui en cinq ans sont devenus des incontournables du petit écran grâce à une émission où ils interviewent des invités, le principe étant de littéralement démolir ceux-ci par des insultes et blagues de mauvais goût, quitte à ressortir en public des faits plus ou moins avouables de leur vie privée. Ceux qui s’en sortent bien sont assurés d’un succès immédiat, les autres pouvant passer à l’abandon de leurs fans.

Les deux présentateurs jumeaux ont été retrouvés massacrés, assis à leur table, empoisonnés à la strychnine, nus, et leur visage tailladé comme le Joker de Batman. Ils sont positionnés face à face comme s’ils se regardaient dans un miroir, ayant en face d’eux leur propre image, celle de leur frère. A cause de leur émission, le nombre de leurs ennemis est aussi élevé que le nombre des invités de leur émission. Il s’avère qu’en plus d’être des personnages détestables en public, ils l’étaient aussi en privé avec une tendance perverse très prononcée.

Le commandant Patrik Vivier est chargé de l’enquête. C’est un cinquantenaire débonnaire qui n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds. Son age et son expérience font qu’il est la bonne personne pour mener cette enquête, où il va avoir affaire aux gens su show business. Débarque alors sur la scène du crime une psychologue experte en profilage criminel, Garance Hermosa. Elle a été appelée en renfort pour faire le profilage de l’assassin. C’est une jeune femme frivole et légère, mais malgré tout très compétente et impliquée. C’est une battante qui gère sa vie privée comme sa vie professionnelle : beaucoup de charme, besoin d’être aimée, mais sans attaches, la liberté avant tout. C’est donc un « couple » un peu particulier qui va enquêter sur ces frères jumeaux adeptes de sado masochisme et autres perversités.

Avant tout, je tiens à dire que j’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre. Et cela est du essentiellement à l’auteur, qui a elle aussi pris énormément de plaisir à l’écrire. Et cela se sent tout au long du livre. Il y a une sorte d’euphorie, de légèreté, de fluidité, d’optimisme dans le style qui se sent.

Ingrid Desjours a d’énormes qualités pour mener une intrigue, certes, mais surtout pour bâtir des personnages et pour les faire vivre devant nos yeux. Elle nous montre Patrik et Garance dans leur vie de tous les jours, avec chacun leurs petites failles, dont ils se satisfont. Le personnage de Garance est surtout très fouillé, avec ses qualités, ses défauts, ses contradictions, ses erreurs, sa sympathie.

Alors, bon, ce n’est pas un livre parfait. Je l’ai trouvé parfois trop bavard, parfois trop démonstratif, parfois trop facile dans les explications pas toujours utiles de la psychologie des personnages. Mais, si on se rappelle que Ingrid Desjours est née en 1976 et que c’est son premier roman, moi je dis : Chapeau ! Ce livre m’a fait sourire, m’a passionné, m’a étonné, m’a pris quelques heures de sommeil. J’ai le deuxième tome dans ma bibliothèque, il s’appelle Potens et je vais bientôt le lire … en espérant qu’il confirme tout le bien que j’espère à cet auteure.

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Attention les fauves de Brice Pelman (Noir Retro – Plon)

De temps en temps, il fait bon lire des classiques. Bon, je ne parle pas de Zola ou Stendhal (que j’adore par ailleurs) mais des classiques du roman noir. Or Plon vient de créer une collection qui s’appelle Noir Rétro qui permet de lire ou relire ces romans qui ont été trop négligés à leur sortie, à tort.

Doria Deslandes est une jeune veuve qui vit dans une maison aux alentours de Nice. Elle a perdu son mari Remy dans un accident de voiture. Elle travaille comme traductrice chez elle et élève ses deux jumeaux Patrick et Marieke âgés de onze ans. Cela lui permet de gérer le quotidien sans trop de problèmes mais sans toutefois de contacts avec les gens. Un soir, Jourdain, un voisin débarque chez eux. Sous un prétexte fallacieux (l’élargissement de la route départementale), il rentre chez eux et trouve Doria désirable. Alors il n’écoute que son instinct et ses envies : il la viole et l’étouffe. Se rendant compte qu’il a fait une énorme erreur, il empoche le slip de Doria et s’enfuit bien vite.

Les enfants, qui dorment à l’étage, n’ont rien entendu. Le lendemain matin, ils découvrent le corps de leur mère et se rendent compte que leur mère est morte. Patrick est sous le choc alors que Marieke prend les choses en main. Le risque est trop grand qu’ils soient envoyés en pension et séparés. Elle lui propose de ne rien dire à personne. Ils savent où trouver de l’argent dans le tiroir de la commode et ont huit cent francs, de quoi tenir trois mois. Petit à petit, les proches vont poser des questions et chercher à voir cette mère absente.

Jourdain est marié depuis huit ans avec Marie-Louise. Alors que la période avant mariage laissait augurer une vie heureuse, il en fut autrement après que les deux eurent passé la bague au doigt. En effet, Marie Louise fut prise de migraines à répétition et Jourdain devint un homme sexuellement frustré. Le lendemain matin, il s’étonne de ne pas voir une voiture de police devant chez Doria mais s’inquiète de ne pas retrouver le slip, qu’il avait mis dans sa poche. Il n’a pas d’autre solution que d’approcher les enfants pour comprendre ce qui se passe. La situation devient de plus en plus difficile quand une voisine Mme Josepha vient voir Doria, puis quand leur tante Françoise débarque pour une visite de courtoisie.

Quand j’étais jeune (enfin plus jeune que maintenant, mais je vous rassure je ne suis pas vieux), j’arpentais les gares situées à côté de l’appartement de mes parents. Déjà, à cette époque, je lisais beaucoup, que ce soient des classiques (les vrais, ceux là) ou des romans d’aventure. Je regardais les devantures des marchands de journaux et je voyais les SAS, San Antonio et Fleuve Noir. Avec dédain et envie : dédain car la réputation de ces romans était d’être des romans sans envergure, de la sous littérature pour s’occuper pendant un voyage, envie car les couvertures montraient des femmes dénudées (Désolé mesdames, j’ai aussi été un adolescent !).

Après avoir dévoré ce livre, je me dois de rendre justice à Brice Pelman. Ce roman, qui part d’une idée simple, est tout simplement fantastique. Car au-delà de l’intrigue qui est fort bien racontée, au-delà du style fluide et limpide qui se lit bien et vite, la psychologie des personnages est vraiment impeccable. Entre Jourdain qui est d’abord pris de remords avant de chercher à comprendre puis à s’en sortir, et les voisins qui font circuler les bruits de couloir, l’intrigue avance essentiellement grâce à ses personnages vrais, à ses réactions réalistes, aux coups du sort qui compliquent la vie, aux bonnes mœurs qu’il ne faut pas transiger. Même les réactions des enfants sont impressionnantes de justesse. Cela en fait un récit incroyablement vrai et passionnant dont on ne sait jamais comment cela peut se terminer. Par moments, on atteint même des retournements à la Feydeau.

Quelle bonne idée d’avoir ressorti ces romans qui seraient aujourd’hui mis en lumière plus qu’ils ne le furent à l’époque (il faut dire aussi qu’il y a plus de media qu’avant), car il doit y avoir de vrais petits bijoux et qu’il est grand temps de leur rendre justice. A cet égard, je vous conseille de lire l’interview de Brice Pelman publiée chez Paul Maugendre ici pour avoir une idée du travail de titan que ces auteurs abattaient afin de garnir les rayonnages des gares d’antan.

Surveille tes arrières ! de Donald Westlake (Rivages)

Dans le milieu du roman noir, il était un personnage à part. Donald Westlake était un comique prolifique génial. Voici donc le dernier roman paru à ce jour qui est une aventure de Dortmunder.

Arnie Albright, receleur de son état et… relation ‘professionnelle’ de John Dortmunder. Personne ne le supporte, et lui-même ne se supporte plus, à tel point que « quand il se rase, il tourne le dos au miroir ». Poussé par ses proches, Arnie fait donc une cure au Club Med, pour se changer. Et ça marche ! Il devient plus sympathique. Dès son retour, il contacte John Dortmunder pour une affaire dont il a eu l’idée pendant sa cure.

Pendant sa cure, Arnie a fait connaissance avec Preston FareWeather, un personnage encore plus odieux que lui : il a divorcé de cinq femmes et ne veut rien leur laisser. Elles se ont donc liguées contre lui pour qu’il ne lui reste rien, d’où son exil au Club Med dans les Caraïbes. Arinie le fait parler et apprend qu’il a un appartement à New York avec plein d’œuvres d’art. Comme il est en exil, l’appartement est vide et libre sauf deux fois par mois, lors de la tournée d’une société de sécurité et lors d’une société de nettoyage.

Arnie qui est en train de devenir un personnage fréquentable propose ce cambriolage à Dortmunder et son équipe. Vider un duplex vide situé sur la cinquième avenue ne parait pas compliqué, d’autant plus qu’il est desservi par un ascenseur particulier et que l’alarme est un modèle usuel. Récupérer un camion, le garer dans le garage où est rangée une BMW et vider l’appartement en une nuit, on ne voit pas comment Dortmunder peut rater ce coup là.

Seulement, voilà ! Le bar dans lequel ils préparent tous leurs coups, le O.J. Bar & Grill est tombé entre les mains de la pègre. Les mafiosi utilisent les crédits du bar pour acheter des affaires (caisses enregistreuses, bouteilles…) pour ensuite tout déménager et ainsi mettre en faillite le bar. Dortmunder ne peut pas laisser faire cela, et il va devoir gérer cette affaire en parallèle de son cambriolage.

On retrouve tout ce qui fait la force dans ce roman : Un style limpide et simple, des personnages toujours aussi bien décrits et réalistes, des situations loufoques amenées doucement pour que le lecteur image bien la scène, des dialogues hilarants, une histoire vraisemblable et délirante.

Et, à la limite, je n’ai pas envie de rajouter quelque chose. C’est drôle, enlevé, ça se lit très vite et on sourit ou on rit à toutes les pages. Si vous cherchez un livre sérieux ou noir, passez votre chemin. Ici tout est fait pour passer du bon temps. C’est bien fait, c’est tout simplement à lire.

A noter à la fin du livre une liste de toutes les aventures de Dortmunder que je vous conseille de lire pour passer un excellent moment de rigolade. Et vous n’êtes pas obligé de les lire dans l’ordre, mais tous sont indispensables. Enfin, Rivages vient de sortir deux romans de Donald Westlake que sont Argent facile et le génialissime Mort de trouille. Lisez Donald Westlake.

J’ai confiance en toi de Massimo Carlotto et Francesco Abate (Métallié Noir)

Il y a des auteurs dont je ne peux résolument pas rater les dernières sorties. Massimo Carlotto fait partie de ceux-là, depuis que j’ai lu L’immense obscurité de la mort et Rien, plus rien au monde. Dès la sortie, je me suis précipité chez mon libraire pour acheter ce J’ai confiance en toi. Et c’est du Carlotto pur jus, en très grande forme.

Gigi Vianello a traversé bien des encombres avant d’en arriver là où il en est. Après des études qui n’ont servi à rien, et motivé par l’argent qui est son seul leitmotiv, il devient dealer d’ecstasy dans de petites boites de nuit. Un soir, il se fait tabasser par des hommes de main d’un richissime négociant grossiste, Ilario Sambin, sous prétexte qu’il fournit de la drogue à sa fille Sabrina.Il fait alors tout pour empêcher Sabrina de se droguer, quitte à l’isoler de ses amis pour qu’elle ne sorte plus le soir. Le problème, c’est que Sabrina tombe amoureuse de Gigi, Ilario veut qu’ils se marient et il lui promet qu’il reprendra la suite de son entreprise. Mais cette vie n’est pas faite pour lui.

La chance lui sourit en deux étapes. La première, c’est sa rencontre avec son maître, un propriétaire d’une vingtaine de supermarchés qui revend de la nourriture frelatée impropre à la consommation. Il y voit clairement son avenir. La deuxième, c’est un contrôle fiscal qui lui donne la possibilité de s’échapper : Ilario est alors en voyage en Russie et, pour échapper au contrôle fiscal, sa femme lui prépare une valise pleine d’argent en demandant à Gigi de l’apporter à Ilario. Gigi le dénonce et part avec l’argent à Cagliari.

Là-bas, il commence son commerce de grande envergure. Pour sa couverture, il achète un restaurant gastronomique, « Chez Momo », et se met en ménage avec Bianca Soro, la fille de l’ancien propriétaire. Tout marche à merveille, il est adulé, invité dans toutes les soirées. Lors de l’une d’elles, il rencontre Mariuccia Sinis, une femme d’une quarantaine d’années qui est aux abois. Elle aime son mari et veut désespérément un enfant de lui mais celui-ci est stérile. Elle n’y voit qu’une solution, Gigi sera le père de son enfant. Commence alors la descente aux enfers de Gigi.

Quel beau cadeau pour ces vacances d’été ! On a droit au grand retour du grand Massimo Carlotto, aidé en cela par Francesco Abate. Je ne connais pas M.Abate, mais force est de constater qu’on ne ressent jamais que ce livre a été écrit à quatre mains. Par contre, toutes les qualités connues de Massimo Carlotto sont là, aidées en cela par une traduction de très grande qualité.

Car on ne peut qu’être transporté par cette qualité d’écriture, cette fluidité dans l’action aussi bien que dans l’intrigue, cette pureté dans les descriptions, et cette perfection dans ce personnage tellement détestable. Je vous garantis qu’après avoir lu ce livre, vous allez regarder à deux fois ce que vous avez dans votre assiette. Car ce livre attaque bien tous ces truands qui nous empoisonnent avec pour seul objectif leur propre profit.

Car quoi de plus dégueulasse que de s’en prendre à ce qui est de plus sacré : la nourriture. Mais au delà de ce contexte, c’est un formidable portrait d’un homme sans scrupules, égoïste, sans sentiments, auquel on a droit. On croirait lire du Carlotto pur jus, et on se met à espérer que Francesco Abate est aussi doué que Massimo Carlotto, parce que ça nous ferait un auteur de plus à lire.

Le style est fluide, tellement fluide, tellement précis, tellement efficace que c’en est une véritable leçon pour tout écrivain. Rien n’y est de trop, et on se retrouve dans la peau de Gigi avec tant de facilité que c’en est gênant. Voilà un livre que vous allez aimer détester, un personnage que vous allez aimer abhorrer. Un livre indispensable dans le monde du roman noir. Messieurs dames, le grand Massimo Carlotto est de retour, et ça fait mal, ça donne envie de vomir. Dépêchez vous de dévorer de livre !

Salt River de James Sallis (Gallimard)

Voici le dernier tome en date des enquêtes de Turner. Après Bois mort, puis Cripple Creek, voici Salt River, tout petit roman de James Sallis par le nombre de pages mais grand par le talent.

Deux ans après la disparition de Val, John Turner continue d’appliquer ses dernières paroles : ‘Parfois, on n’a plus qu’à essayer de voir ce qu’on peut encore faire comme musique avec ce qu’il nous reste.’ Shérif adjoint de la petite ville où il s’est réfugié pour fuir ses démons, il essaie d’avancer. Mais on ne fuit pas son passé ni la fureur du monde environnant.

Le fils du shérif réapparaît après des années d’absence au volant d’une voiture volée qu’il encastre dans la mairie. Plus tard, c’est Eldon Brown, le vieil ami guitariste de Turner, qui refait surface et l’attend sur le perron de sa cabane. Venu pour trouver de l’aide, Eldon lui confie qu’on le recherche pour un meurtre qu’il pourrait avoir commis. Il ne sait plus trop bien, sa mémoire flanche…

Pour finir, Turner découvre le cadavre d’une vieille femme dans une maison abandonnée aux environs de la ville. Trois histoires entremêlées que Turner tente d’élucider au sein de sa nouvelle communauté, au fin fond du Tennessee, là où le temps semble s’être arrêté…

Pour une fois, le résumé est issu de la quatrième de couverture car il est très bien fait. C’est donc à un roman ultra court que nous avons entre les mains. J’avais fait la connaissance de James Sallis (en tant que lecteur) avec cette (désormais) trilogie. Et c’était grâce à une revue qui s’appelait Shanghai Express. C’était une revue consacrée au polar et il y avait dans un numéro une interview de James Sallis.

James Sallis y annonçait un changement de style, cherchant à atteindre la simplicité, la pureté de l’écriture. Son but : arriver à décrire une situation d’un mot. Voilà ce à quoi vous devez vous attendre. Pas de descriptions, beaucoup de retours en arrière car Turner est un homme hanté par son passé, et des phrases écrites au cordeau, coupées au scalpel, jusqu’à n’en laisser que la trame la plus simple, mais toujours avec les mots justes, tantôt poétiques, tantôt violents.

Alors, ça va en dérouter plus d’un. Ça va en décourager plusieurs. Mais ne croyez pas que ces 145 pages pour ces 15 euros sont un vol. Car ce livre ne se lit pas vite, il se déguste comme un bon verre de vin. Les personnages sont vivants, les dialogues réduits comme peau de chagrin (Turner n’est pas bavard), mais l’ensemble est un formidable plaisir pour les mots, les phrases, les images, la simplicité de la langue. D’ailleurs, il faut rendre hommage à la traductrice, Isabelle Maillet, qui a su traduire ce que l’auteur a voulu écrire.

Alors, d’où vient cette sensation désagréable, à la fin du livre ? Dans les précédents, on avait l’impression que Turner se défendait quand il était attaqué directement, lui ou ses proches. Dans celui là, l’intrigue se résume à plusieurs enquêtes emberlificotées ce qui donne parfois une impression de brouillon. Du coup, au lieu d’être 100% positif, j’en ressors avec une impression de déception. Et vous ?

Propriétés Privées de Pascale Fonteneau (Actes sud)

De Pascale Fonteneau, j’avais lu 1275 ares dans la série Suite Noire (Forcément !). Que j’avais moyennement aimé, la faute peut-être aux clins d’œil à Jim Thompson et Jean Bernard Pouy. Mais je ne reste pas sur une impression, fut elle mauvaise. En me baladant dans une librairie, j’avais été attiré par le sujet du livre et je l’ai acheté. Quand j’ai découvert qu’il faisait partie de la sélection Eté de Polar SNCF, je me suis dit qu’il était temps de le lire.

Dans un petit lotissement proche de la cité des Champs, les habitants se sont organisés pour organiser des rondes afin de se protéger des malfaiteurs. Ce n’est pas qu’ils soient en grand danger, mais après l’agression de la petite Martine, alors qu’elle faisait le ménage chez les Durant, et en l’absence de réaction de la police, il fallait faire quelque chose.

Henri Frot fait partie de cette patrouille, celle de nuit souvent. Il fait des rondes avec son ami Robert. Un soir, ils trouvent un jeune homme mort. Robert arrive à décider Henri à l’aider à se débarrasser du corps en le balançant du haut du barrage. Henri dort mal cette nuit là, comme toutes les nuits depuis que sa femme est partie. Il boit, un peu trop, et est réveillé le lendemain par la police qui frappe à sa porte.

Ils l’interrogent sur un corps retrouvé dans le coffre d’un des habitants du lotissement, Denis Lassalle, un ancien militaire. D’ailleurs, Lassalle a disparu. Cela ne peut pas être le même corps ! En allant voir Robert, il s’aperçoit que Robert est parti lui aussi avec sa femme, sous prétextes que sa femme déprime et qu’elle a besoin de grand air. Pour cet homme toujours un peu perdu dans sa vie, trop passif, c’est un peu trop, mais il ne fait pas bon chercher la vérité de trop près parfois.

C’est une bien belle galerie de personnages à laquelle on a droit dans ce roman. Entre ceux qui ne sortent pas de chez eux et qui sont alimentés par les informations télévisées (Henri), ceux qui sont par nature bellicistes envers les autres ou les étrangers (Lassalle), ceux qui font leur beurre sur ces bribes d’information (le journaliste), ou les pacifistes de tout poils (Weiss). Tous sont très vivants et Pascale Fonteneau fait vivre ce petit microcosme avec beaucoup de talent.

Car c’est une sacrée vision de notre société qui ressort de ce livre, en aparté de l’intrigue, très caustique, voire cynique. Il n’y a pas de jugement, juste une certaine logique dans la psychologie de Henri qui démontre comment on en arrive à s’enfermer chez soi, par peur de l’extérieur. Heureusement, l’humour, très noir, par moment, évite de tomber dans des travers ou le ridicule. Alors, on sourit, on rit, en réfléchissant, et il en ressort une énorme jouissance pour le lecteur.

Et puis, il y a aussi toute cette description de la relation entre voisins, ces gens que l’on côtoie, que l’on connaît, que l’on croit connaître, cette pseudo famille qui en fait n’en est pas une. Ces gens bien sous tous rapports dont on n’arrivera jamais à cerner les contours. Et il nous revient en mémoire cette célèbre phrase de Sartre : « L’enfer c’est las autres ».

Quelle belle lecture que ce livre ! Quel plaisir ! Quelle jouissance ! Un livre chaudement recommandé, à ne pas prendre au premier degré, pour éviter de tomber définitivement paranoïaque envers les gens qui nous sont proches, si proches …

Deep Winter de Samuel W.Gailey (Gallmeister)

Gallmeister est une petite maison d’édition qui a pour habitude de nous trouver des auteurs de grande qualité. Ils ont aussi une collection Noire, qui est une vraie mine de talents. Ce roman a sa place parmi Trevanian, Tapply, Craig Johnson mais surtout Walt Whitman. Deep Winter fait surtout partie de ces romans qui nous dépeignent l’Amérique profonde, celle des campagnes abandonnées, désertées suite l’industrialisation féroce, où il s’avère que ne vivent là que des gens qui sont revenus à l’état de bêtes féroces. C’est ce que l’on trouve dans des romans tels que Le diable tout le temps, Donnybrook ou bien Pike, paru chez Gallmeister justement.

Danny est un jeune homme qui vit chichement, s’amusant à faire des sculptures en bois. Il est légèrement attardé, depuis l’accident de voiture, dans lequel ses parents sont morts. Il a été élevé par ses grands parents. Le livre s’ouvre sur une scène terrible : Danny a dans ses bras le corps de Mindy, sa meilleure amie d’enfance, une serveuse de bar fort mignonne. Il lui avait apporté un superbe oiseau taillé dans le bois et peint.

Puis on revient quelques heures auparavant. Aujourd’hui est un grand jour, c’est l’anniversaire de Mindy, et celui de Danny : ces deux là sont nés le même jour, ce qui les a surement rapprochés. Mais Mindy éprouve aussi de la pitié et a toujours protégé Danny des autres, agressifs envers ce colosse à la tête d’argile. Ce jour là, dans le bar où travaille Mindy, Sokowski, le shérif adjoint, boit un coup. Comme toujours, il s’en prend à Danny et se fait rabrouer par Mindy.

Puis Sokowski va rejoindre Carl, son ami avec qui il fait de la culture de marijuana. Cela lui permet d’assurer ses fins de mois. Ils prévoient ce soir là d’aller dans une soirée où l’alcool coulera à flot et où il y aura beaucoup de drogue et de femmes peu farouches. Cette journée, qui a débuté sagement, va se poursuivre par le meurtre de Mindy et par la traque de Danny, qui fait office de suspect idéal.

Ce roman est un vrai page turner. Avec ses chapitres courts, ses personnages vivants, Samuel Gailey nous montre tout son talent pour mener son intrigue à terme. On y trouve surtout une galerie de fondus, de teigneux qui vivent à l’abri de leurs armes à feux. On y trouve aussi la vie d’une petite ville, où tout le monde se connait, depuis la plus petite école car ces gens du cru ne veulent pas quitter l’endroit où ils sont nés. Samuel Gailey a choisi de nous montrer des personnages à la limite de la caricature tels Danny, l’attardé gentil ou Sokowski le salaud intégral. De toutes façons, dans ce pays là, personne n’en sortira indemne voire vivant.

Le style est redoutablement efficace, et l’ambiance, froide et violente, a plutôt des tons noirs par opposition avec la neige omniprésente dans ces contrées perdues en plein hiver. L’alternance des personnages (chaque chapitre porte le nom d’un personnage), le fait que les chapitres soient courts, tout concourt à faire de ce roman un livre que l’on a pas envie de lâcher.

Si le plaisir est au rendez vous, il y a certaines petites choses qui m’ont gêné. Par exemple, les mais qui ne sont pas coupés alors que les paysages sont recouverts de neige. Ou encore certains personnages, que l’auteur fait apparaitre pour justifier la suite de son intrigue et qui disparaissent peu après, semblent superflus. Ou encore le manque de nuance dans la psychologie (les bons sont gentils, les m échants sont des salauds) gachent un peu l’ensemble quand on sort la tête du livre.

Reste que ce roman est une bonne surprise et que j’attends Samuel Gailey au tournant pour son prochain roman. Car il ne faut pas oublier que c’est un premier roman et qu’il est fort prometteur par le rythme soutenu et le déroulement de l’intrigue. Auteur à suivre …

Vous trouverez d’autres avis sur le net tels ceux de Yan, Jean Marc, Jeanne, Leatouchbook, Canel entre autres.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com