Un employé modèle de Paul Cleave (Sonatine)

Encore un thriller prometteur de la part de Sonatine, encore un bouche à oreille qui a commencé avant même que le livre sorte, encore un nouvel auteur à découvrir. Une chose est sure : chez Sonatine, ils ont le nez fin, et ils savent vendre leurs livres. Voici de quoi il en retourne.

Angela est une jeune femme comme beaucoup d’autres. Ce matin là, elle prend sa douche, et en sortant de sa salle de bains, elle découvre un homme assis dans son salon. Cet homme s’appelle Joe Middleton, connu sous le surnom de Boucher de Christchurch. Quand il sort un grand couteau, elle s’enferme dans la salle de bain. Joe menace de tuer son chat, alors elle ouvre la porte. Avec un sang froid effrayant et une application méthodique, Joe assomme Angela, l’attache à son lit, la viole et la tue. Puis il rentre chez lui comme tout un chacun, s’occuper de ses deux poissons rouges, Cornichon et Jéhovah, ses deux seuls amis.

Joe Middleton doit alors aller voir sa mère qui perd un peu la tête, mais pour laquelle il a une empathie et un respect énorme. Puis il va à son travail, au commissariat de Christchurch, où il fait le ménage. Il est connu là bas sous le sobriquet de Joe Le Lent, car il se fait passer pour un attardé mental. C’est aussi grâce à ce subterfuge qu’il a obtenu ce poste, car la police doit avoir un certain quota d’handicapés. Cela lui permet aussi de se donner bonne figure car tout le monde le considère comme une gentille personne. C’est le cas de Sally, une jeune agent de police dont le frère handicapé Martin est mort quelques années auparavant.

Au commissariat central, il a la possibilité de savoir exactement l’avancement de l’enquête. Car tout le monde travaille pour retrouver le Boucher de Christchurch, auteur de sept meurtres. Mais six seulement sont l’œuvre de Joe. Le septième, qui concerne la mort de Daniela Walker, a été perpétré par un copieur. Joe y voit la chance de l’identifier pour lui mettre la totalité de ses assassinats. Lors de la visite de l’appartement de Daniela, un détail le met sur la bonne piste : En comparant les photographies prises par la police et le salon, il voit qu’un stylo qui traîne par terre n’est pas le même. Le copieur est donc un flic. Dans le dossier, que Joe a photocopié, il est mentionné que 94 personnes sont affectées à l’enquête visant à trouver le Boucher de Christchurch. Joe va pouvoir occuper les grands vides de ses journées, et de nombreux rebondissements vont lui occasionner des difficultés.

Ce roman est très bon à plusieurs égards. L’intrigue est parfaitement bien menée, et l’écriture est d’une limpidité que beaucoup pourraient envier. Il y a suffisamment de rebondissements pour tenir en haleine le lecteur. Et si on ajoute à cela la « légende » qui est que l’auteur a mis douze ans à écrire son livre, il y a une cohérence de l’ensemble qui force l’admiration. Pour un premier roman, c’est une œuvre qui impressionne. Mais ce n’est pas tellement l’intrigue qui m’a intéressé, mais plutôt le portrait psychologique de ce serial killer décidément hors du commun, et la façon de le décrire.

Car Paul Cleave a choisi de narrer son histoire à la première personne, avec non pas un humour noir mais un cynisme comme j’en ai rarement lu. Joe est quelqu’un d’extrêmement intelligent, qui ne rentre pas dans le moule de la société de consommation et de loisirs. Alors il s’ennuie. Il n’est pas un psychopathe mais un jeune homme qui cherche à s’amuser. Il n’est pas fou, bien au contraire, il ne cherche pas à assouvir de pulsions meurtrières, il n’a pas été maltraité, il ne veut pas se venger d’un quelconque traumatisme. Il veut juste combler ses longues journées où il n’a rien à faire, car nourrir ses deux poissons rouges lui parait bien peu passionnant. Il veut s’occuper.

Le fait qu’il soit intelligent entraîne forcément de sa part un dédain des autres, qu’il juge stupides. Il est aussi très fort dans l’art de jouer la comédie, pour se créer un masque, et il arrive parfaitement bien à berner son entourage. D’ailleurs, Paul Cleave introduit dans son histoire des chapitres consacrés à Sally (qui sont écrits à la troisième personne) pour mieux montrer comment les autres voient le personnage de Joe. Sa décision de faire l’enquête en parallèle de la police n’est pas pour lui de démontrer qu’il est plus fort, cela se transforme petit à petit en une volonté de se montrer qu’il peut vivre sans les autres, le rêve de tout individualiste de ce nom, l’aboutissement du prédateur qui tue pour le fun.

Mais Joe n’est pas un être parfait, sinon il serait Dieu. D’ailleurs, il le croit. Mais il a comme tout le monde ses propres chaînes. La sienne, c’est sa mère. Je peux vous dire que même si les scènes sont répétitives, j’ai pris un énorme plaisir pendant ces scènes. Car Joe ne l’aime pas, ne la déteste pas, mais se soumet aux bonnes volontés de sa mère pour une raison qu’il ignore. C’est sa mère, et alors ? Richard disait dans son billet qu’il était amoral et immoral, mais pas totalement. Cette relation est bien le seul lien qu’il garde avec la moralité, et c’est une relation Amour / Haine qu’il n’analyse pas de peur de se révéler aussi faible que les autres. C’est un individualiste hypocrite, et Paul Cleave pousse le raisonnement jusqu’au bout.

Au-delà d’un thriller avec tous les ingrédients pour en faire un best seller, et malgré quelques longueurs et répétitions, surtout au début, ce roman s’avère plus profond et psychologiquement plus intéressant qu’il n’y parait. Vous pouvez le lire et l’interpréter à plusieurs niveaux. La lecture de ce roman est fortement recommandée … en espérant que le prochain roman de Paul Cleave, qui devrait paraître l’année prochaine chez Sonatine, soit aussi passionnant.

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Eté de Mons kallentoft (Serpent à plumes)

Il vaut mieux lire que regarder le football à la télévision en ce moment. Je vous propose une de mes lectures de cet été. Après le premier coup d’essai qui s’appelait Hiver, Eté se devait de figurer en bonne place sur ma liste de livres à lire. Et le titre est suffisamment explicite pour qu’il soit lu tranquillement sur la plage. Ce fut donc ma première lecture estivale.

Malin Fors est sur les nerfs. A Linköping, il fait une chaleur d’enfer. Cette petite ville connaît les plus chaudes heures qu’on ait jamais enregistrées de mémoire de Suédois. Les incendies de forêt ravagent la campagne et il règne une odeur de brûlé permanente en ville. Pour couronner le tout, Jan, son ancien mari emmène leur fille Tove à Bali ; C’est un voyage qu’il dans une loterie de la caserne de pompier où il travaille. Alors, Malin tourne et retourne, s’ennuie, se sent seule, abandonnée et n’a même pas le travail pour s’occuper car il n’y a rien à faire au commissariat.

Un matin, une jeune fille est retrouvée complètement nue au milieu d’un parc pour enfants. Elle est consciente, a des traces de blessures et saigne du bas ventre. Elle semble avoir tout oublié de ce qui s’est passé, volontairement ou involontairement. Elle s’appelle Josefin Davidson et a 14 ans. Elle a été torturée et pénétrée par un objet bleu, mais elle a aussi été minutieusement nettoyée avec du détergent, afin de ne laisser aucune trace provenant du criminel.

Au même moment, une autre jeune fille de la même école est portée disparue. Elle s’appelle Theresa Eckeved, a le même age, et ses parents ne veulent pas croire à l’improbable. De fil en aiguille, les soupçons portent sur un groupe de lesbiennes ou sur des travailleurs immigrés. De nombreuses pistes apparaissent, mais l’enquête n’avance pas, jusqu’à ce qu’on retrouve Theresa, morte, enterrée sur la plage. L’examen du corps montre qu’elle a été violée avec le même outil peint en bleu et que son corps a été nettoyé de la même façon que Josefin, si bien qu’aucune trace d’ADN ne peut être relevée. Malin va d’autant plus s’impliquer dans cette enquête que sa fille Tove a à peu près le même age.

Après Hiver que j’avais beaucoup aimé pour sa narration efficace et sa façon de mener une intrigue, Mors Kallentoft continue son cycle des saisons et nous offre une fois de plus une enquête policière de fort bonne facture. Et il est bien difficile de ne pas faire de comparaison. En résumé, c’est aussi bien que le premier, aussi passionnant sans les quelques temps morts du premier tome.

L’intrigue est compliquée à souhait et le style de Kallentoft toujours aussi plaisant. Il a gardé sa narration à trois personnes : le tueur à la première personne, la morte en italique et Malin Fors à la troisième personne. Si vous avez lu Hiver, cela ne vous étonnera plus. Dans ce tome, on entre bien plus profondément dans l’analyse psychologique de Malin Fors, la découvrant plus fragile, plus réservée, plus énervée contre elle-même, plus désespérément seule.

Et puis, au-delà d’une enquête fort bien menée, il y a la dénonciation des préjugés d’une société qui se veut sinon idéale, du moins exemplaire avec une image tellement lissée de société parfaite. En ville, c’est-à-dire à Stockholm, les gens peuvent vivre comme ils le veulent, mais dans l’ignorance des autres. Là, on est à la campagne et tout ce qui sort de l’ordinaire est suspect. On regarde de travers les immigrés ou les lesbiennes, qui sont des gens qui ne sont pas dans le moule.

Cela en fait un roman aussi passionnant qu’intéressant, et même si Mons Kallentoft n’a pas encore signé son chef d’œuvre, celui-ci est plus mur, plus abouti, sans temps mort. Les deux tomes peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre mais il serait dommage de rater cette tétralogie, dont j’attends avec impatience la troisième partie. Un dernier conseil : ne lisez pas la quatrième de couverture sinon vous connaitrez un rebondissement qui intervient vers la fin du livre.

La huitième vibration de Carlo Lucarelli (Metallié)

Si vous ne connaissez pas Carlo Lucarelli, il va falloir vous y mettre. Quand j’ai vu que le dernier sortait, je l’ai tout de suite mis dans mes priorités. Derrière ses romans de trame classique, il y a toujours une farouche lutte contre le fascisme. Dans la Huitième vibration, Carlo Lucarelli revisite l’histoire italienne et nous assène des vérités bonnes à rappeler.

Massaoua, Ethiopie, 1896. Un nouveau navire débarque avec à son bord de nouveaux colons et des soldats. L’Italie a décidé de doubler ses efforts pour redorer son blason. Il s’agit de repousser les troupes de Menelik 2. Sur place, la vie est différente, les gens sont différents, le paysage est différent, les coutumes sont différentes. Et pour ces Italiens colonisateurs, différent veut dire inférieur.

Ce roman regorge de multiples personnages aussi divers que Vittorio le commis colonial chargé de répertorier les marchandises, Leo le rêveur capitaliste qui veut batir une ville à la gloire de l’Italie et à la sienne, Cristina la femme de Leo qui veut revenir en Italie, Ahmed et Gabre deux hommes s’aimant d’un amour impossible, Serra un carabinier qui s’est engagé pour poursuivre un assassin de jeunes enfants, Aîcha la prostituée du camp, Pasolini l’anarchiste qui ne veut tuer personne. Tous ces personnages vont vivre leur dernier moment, jusqu’à la fameuse bataille d’Adoua, qui sera redoutable et sans pitié.

Quel plaisir personnel de retrouver Carlo Lucarelli, en particulier quand il est dans une telle forme. Cela faisait sept ans que je l’avais laissé de côté. Et une nouvelle fois, ce roman est très différent des précédents, Après l’humour loufoque de Phalange armée, après le style direct et nerveux de Laura de Rimini, après le brûlot anti-fasciste de L’île de l’ange déchu, voici l’histoire de la colonisation italienne de l’Afrique. En effet, le contexte de ce roman est la bataille d’Adoua, la première grande défaite d’une armée blanche devant des troupes africaines.

Car c’est un sacré pavé ambitieux qu’il nous livre avec toutes les qualités d’auteur (j’allais écrire d’artiste) dont il est capable. Car c’est un énorme roman (en qualité et en quantité) que l’on savoure avec délectation, lentement. Carlo Lucarelli a un style qui fait appel à tous nos sens : on voit les paysages, les personnages, on sent la poussière, on sent les voilages, on entend la musique sur laquelle danse de jeunes noires nues, on goûte la nourriture. C’est une véritable expérience sensorielle, un pur plaisir des sens.

C’est aussi, sous ses dehors de roman, une fronde contre l’esprit colonialiste d’alors mais aussi d’aujourd’hui. Les colonisateurs décrits par Lucarelli font preuve d’une suffisance, d’un racisme ordinaire, d’un dédain tels que l’on est presque content du résultat de la bataille d’Adoua. Et, en cela, les esprits des pays industrialisés n’a pas beaucoup changé : dans le livre, ce qui n’est pas comme eux, ce qui est différent est forcément sauvage, anormal, bizarre, inférieur à eux.

Autant roman d’ambiance, roman d’amour, roman social, roman historique, roman dénonciateur, roman noir, roman de guerre, ce Huitième vibration est tout cela à la fois mais avec ce style , cette poésie, ces scènes parfaitement découpées, ces personnages si différents, si vivants avec leur histoire, leur passé, leur présent, leur destin. Je suis tombé amoureux de Cristina, j’ai détesté Leo et certains autres, j’aurais aimé devisé avec les Italiens comme avec les Ethiopiens.

Mais tous ces plaisirs se méritent. On n’entre pas dans un tel roman sans quelques sacrifices. Car il y a plus d‘une dizaine de personnages, et chacun a droit à un chapitre, chaque chapitre étant séparé par un sous-chapitre relatant le passé d’un des protagonistes. L’intrigue avance lentement, la pression monte doucement jusqu’au feu d’artifice final, les phrases sont longues, les dialogues réduits au minimum. C’est un roman que l’on prend quand on a une bonne demi-heure devant soi pour bien s’immerger, se laisser imprégne, pas un de ceux que l’on prend quand on a cinq minutes à perdre entre la poire et le fromage. Mais c’est un de ces romans que vous n’ètes pas prêts d’oublier.

Les fans de thriller ou de page-turner (excusez ces anglicismes) passeront leur chemin. Les fans de littérature (policière ou non) adoreront, pour le voyage dans l’espace et dans le temps. J’ai adoré, je le conseille à ceux qui veulent un grand roman classique (mais pas tant que ça) un grand roman ambitieux qui vous fait frémir et qui fait appel à vos cinq sens.

Jean Marc a un avis très proche du mien ici.

Matriochka de Claude Iconomou (Points de vue)

Lors de mes vacances d’été, j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur et de discuter une petite demi heure avec lui. Je lui avais promis de lire son livre et de le chroniquer ici même, donc voici Matriochka, livre auto édité très sympathique qui sent bon le témoignage vrai d’une région gangrenée par les affaires.

Saintes-Mers est une petite ville du sud-est de la France. Avec ses petites entreprises et ses agriculteurs, la vie y était paisible. Puis, dans les années 90, les entreprises disparaissant, le chômage augmente, et le prix du m² explose. Cela a modifié la vie de cette petite ville dont les élus ont vite compris qu’ils avaient intérêt à rendre les terrains habitables, ce qui permettrait aussi aux agriculteurs de vendre leurs terrains plus cher.

En 1991, la guerre fait rage pour récupérer la moindre parcelle de terrain. Les Linelli, un couple sans histoire, subissent des pressions pour vendre à bas prix leur maison. L’argument est que l’acte notarié fait lors de leur héritage a été mal fait et qu’ils ne sont en réalité pas propriétaires de leur bien. La police ne les aidant pas, ils vendent à des gens qu’ils ne connaissent pas, qui meurent le jour même dans un accident de voiture provoqué par un mystérieux tueur motard masqué.

Deux ans plus tard, Dans la cité nord de Saintes-Mers, deux dealers, Samir Smalah et Eric Dumas, sont tués d’une balle dans la tête. Leur chef, André Lo Bianco dit le gitan, est aussi assassiné de la même façon à Nice. Peu de temps après, c’est le conseiller municipal en charge de l’urbanisme, le docteur Lejay, qui est tué. Cette accumulation de morts dans cette petite ville paisible pousse les politiques à demander à la Police Judiciaire d’enquêter pour trouver les coupables.

Les inspecteurs Revelli et Bonnaud sont donc dépêchés sur place, sous la gouverne du juge d’instruction Baltard. Mais pour autant les meurtres ne s’arrêtent pas. C’est au tour de la femme d’un homme a priori tranquille, Mme Torrez puis à un policier d’être assassinés. Et nous allons suivre cette enquête au travers des inspecteurs mais aussi d’un conseiller municipal et d’un journaliste.

Ce roman sent bon le Var, avec tout le vécu de l’auteur. On a plus l’impression de lire une enquête qu’un roman, et c’est probablement ce qu’il ne faut pas faire. Il faut se dire que ce n’est qu’une fiction. L’auteur a bâti une intrigue complexe à plusieurs personnages, et le tout, même si tout n’est pas parfait, est très intéressant. On est baladé entre mafia, police, politique, journalistes et simples citoyens. Avec une intrigue pour le moins mystérieuse, avec des dialogues très bien faits, le roman se suit et se lit bien.

Malgré tous ces aspects qui rendent ce roman plaisant et sympathique, le style de l’auteur oblige à quelques réserves. Le fait de dérouler l’intrigue de façon chronologique n’est pas gênant en soi, mais mélanger plusieurs personnages dans un même chapitre sans parfois être totalement explicite m’a obligé à chercher de qui on parlait. Il aurait mieux valu dédier un chapitre par personnage, ajouter plus de détails sur la vie privée de chacun pour qu’on arrive à mieux les identifier, à mieux les suivre, et ne pas faire un chapitre par jour, mais un chapitre par personnage par mois.

De plus, les cinquante premières pages sont difficiles à suivre, et c’est quand la PJ entre en jeu et qu’on a affaire à une vraie enquête qu’on commence à s’attacher à l’histoire, et à comprendre la complexité de l’histoire. Il y a un décalage de style entre le début, très direct, presque télégraphique, et la deuxième moitié du livre plus détaillée, plus diserte. Et cette deuxième partie m’a plus intéressé, on est pris dans un tourbillon de pistes, on cherche à dénouer les nœuds, et l’auteur nous maintient bien dans le brouillard.

Avec un sujet ambitieux, cette chronique d’une petite ville du Var m’a permis de rester un peu plus en vancances. Au global, j’ai trouvé ce livre plutot bon, attachant et intéressant malgré ses petits défauts. Si vous saviez ce qui se passe dans le Var …

Vous pouvez faire l’acquisition de ce roman auprès de l’auteur ici ou en contactant directement l’auteur par mail à klean.oiko@aliceadsl.fr. Cela coûte 12 euros et c’est un bon rapport qualité / prix.

Letal rock de Maurice Zytnicki (Editions Loubatières)

Encore un conseil de Claude Le Nocher … et encore une nouvelle découverte d’un auteur que je ne connais pas. Celui-ci est plutôt à classer dans les enquêtes policières et ce qui le distingue des autres romans, c’est le traitement qui est original. Voici quelques mots sur son sujet :

Comment ? Vous ne connaissez pas Track Sys, le nouveau groupe Pop Rock dont tout le monde parle ? Il est composé de trois jeunes gens : Gil Caulet le bassiste, Romain Sanganis le guitariste et Lorraine Erckner la chanteuse du groupe. Ils ont deux disques à leur actif : Envergures puis Mégapole, ce dernier étant devenu disque d’or.

Un matin, la musique joue à fond dans l’appartement de Gil. Sur la platine, Unplugged in New York de Nirvana a tourné en boucle toute la nuit. Les voisins ont appelé la police qui débarque pour ce tapage nocturne et retrouvent Gil mort. A priori, c’est une overdose puisqu’on retrouve une cuiller et une seringue à proximité du corps.

Pour ce groupe qui s’est créé au lycée, cela ressemble à une mort en plein vol. Et alors que tout le monde croit le groupe soudé, le capitaine Leïla Hilmi, en charge de l’enquête, découvre l’entourage des musiciens et les petites animosités autour et dans le groupe. Lorraine est prête à tout pour réussir, Romain est drogué jusqu’au bout des ongles, le manager Jaume Bernat protège son gagne-pain, la famille de Gil tient à récupérer un maximum d’argent, sans oublier une secte, les Vitale Chevalier, à laquelle Gil cotisait et qu’il a abandonné peu avant sa mort.

Leïla Hilmi va devoir enquêter au milieu de ce monde de requins, en mettant de côté ses préjugés, surtout envers Lorraine, qu’elle considère comme une jeune fille arriviste et arrivée, qui a eu la chance de naître dans une famille riche et qui n’a pas eu à travailler pour arriver au sommet.

Si l’intrigue est fort bien menée, si les personnages sont fort bien dessinés, c’est surtout la façon de mener l’histoire qui m’a paru originale. En effet, le personnage principal n’est pas le capitaine Hilmi, mais plutôt Lorraine Eckner. Et donc, au travers de la vie de ce petit microcosme qu’est le show business, on suit les événements de cette intrigue avec surprise d’abord, puis avec beaucoup de plaisir.

Si le style est précis et imagé, il n’en demeure pas moins par moments poétique. Sans rentrer dans de grandes descriptions, l’auteur parvient à dresser une bien belle image des environs de Toulouse, coté paillettes. Et il y a des envolées, purement lyriques dans ce livre, comme la scène de concert en hommage à Gil, qui est tellement remplie d’émotions que cela m’a pris à la gorge.

Avec des personnages très vivants, et une intrigue formidable, ce roman est finalement une excellente enquête policière, de plus originale dans son traitement. Alors, que demander de mieux ? Pour ma part, j’en redemande ! A noter une couverture très réussie et très belle.

Orphelins de sang de Patrick Bard (Seuil)

Attention, coup de cœur ! En course pour la sélection Polar SNCF, j’avais choisi ce titre pour son sujet. Je m’étais dit aussi que je connaissais cet auteur, mais en lisant sa bibliographie, je me suis rendu compte que je m’étais trompé. Ce roman sera donc l’occasion pour moi de découvrir un auteur … et quelle découverte mes amis !

Je ne vous conseille pas d’aller à Ciudad de Guatemala, l’une des villes les plus violentes du monde. Victor Hugo Hueso est pompier. Son travail principal consiste à récupérer les cadavres des gens tués par les gangs et de prendre des photographies qui serviront ensuite à la police. Car cette ville est dirigée par la corruption et le meurtre et la police ne peut rien avec leur pauvre 9 mm face aux armes automatiques. Victor Hugo Hueso tient son nom de la passion qu’avait son père pour l’auteur français, dont il n’a d’ailleurs pas lu la moindre ligne.

Il a un rêve ou plutôt un objectif : devenir journaliste professionnel pour les journaux dont les pages regorgent de faits divers sanglants. Parce qu’il est doué et pour l’argent. Il suit des cours à l’université après son macabre travail. Ce matin-là, il est appelé pour un double meurtre de 2 jeunes femmes. L’une d’elles est morte, l’autre est dans le coma avec une balle dans la tête. A leurs pieds, a été abandonné une poupée de Shrek en mauvais état. Apparemment elles se promenaient avec un bébé qui a disparu. Comme Hueso doit faire un article pour valider son cycle universitaire, il va mener l’enquête avec son ami de la police Pastor.

La police n’est pas une priorité pour le Guatemala. Pastor fait partie de la brigade des fémicides, c’est-à-dire le département chargé de résoudre les meurtres de jeunes femmes. Mais le nombre des policiers de cette brigade diminue d’année en année alors que le nombre de meurtre peut atteindre un par heure certains jours.

A l’autre bout de la chaine, il y a Kate et John Mac Cormack. Ils sont américains, habitent à Santa Monica et désespèrent d’avoir un enfant. Ils ont essayé d’adopter un petit Roumain , mais la Roumanie vient de décider d’arrêter toutes les adoptions en cours. John remarque un site internet d’une association qui se propose de faire toutes les démarches pour l’adoption de petits Guatémaltèques en quatre mois. Comme leur jardinier est de cette nationalité, ils vont se lancer dans l’aventure une nouvelle fois …

J’allais commencer mon article par « Magnifique », mais ce n’est pas exactement le terme qui convient pour ce roman. Car le contexte noir et ultra violent ne va pas avec ce terme qui tient de la beauté. C’est plutôt un roman superbe et passionnant et cela pour plusieurs raisons. Tout est maitrisé dans ce livre, du déroulement de l’intrigue au style direct et acéré, de la psychologie des personnages à la vulgarisation de l’histoire du Guatemala. Ce livre plaira à tous, quel que soit ce que l’on cherche, que ce soit une enquête, ou une plongée dans la vie du pays, ou des personnages profonds, ou un suspense prenant.

Patrick Bard ne fait pas de voyeurisme, ne fait pas dans l’extrême, ne montre pas d’esbroufe, ne cherche à nous en mettre plein les yeux. Il nous plonge dans un monde déshumanisé, où la vie humaine n’a plus de valeur, où seul l’appât de l’argent devient une règle de vie. Et Patrick Bard se met au service de l’Histoire, de son histoire, de ses personnages pour mieux nous montrer ce que nous ignorons, ce que nous voulons ignorer. Formidable Hymne à l’humanisme plutôt qu’à l’humanité, ce livre remet férocement nos petites vies à leur petite place, en face de nos grandes responsabilités.

Alors que demander de mieux à un livre qui nous montre la vie des Guatémaltèques de l’intérieur, et le parallèle avec la vie des pays riches, même si ce n’est pas le sujet premier du roman. Pour vous donner une idée de comparaison, bien que je n’aime pas ça, Orphelins de sang est du niveau de Zulu, une analyse sociale et sociologique de l’influence et de l’impact de nos vies de « riches » sur les autres pays dits « pauvres ». Passionnant, indispensable, de quoi largement donner un coup de cœur pour cet excellent roman. Et si je ne vous ai pas convaincu, je ne sais pas comment le dire autrement : Lisez ce roman.

Echo de Ingrid Desjours (Pocket)

Je n’avais pas entendu parler de Ingrid Desjours jusqu’à ce que sorte Potens, son deuxième roman. A partir de ce moment là, mes amis n’ont pas arrêté de me vanter les mérites de ce jeune auteur qui avait commencé par Echo. Il est sorti aux éditions Pocket et c’est un thriller très sympathique, un premier roman très réussi.

Les deux nouvelles stars du PAF sont retrouvées assassinées chez elles, un gigantesque appartement luxueux de Paris. Lukas et Klaus Vaillant sont deux jumeaux qui en cinq ans sont devenus des incontournables du petit écran grâce à une émission où ils interviewent des invités, le principe étant de littéralement démolir ceux-ci par des insultes et blagues de mauvais goût, quitte à ressortir en public des faits plus ou moins avouables de leur vie privée. Ceux qui s’en sortent bien sont assurés d’un succès immédiat, les autres pouvant passer à l’abandon de leurs fans.

Les deux présentateurs jumeaux ont été retrouvés massacrés, assis à leur table, empoisonnés à la strychnine, nus, et leur visage tailladé comme le Joker de Batman. Ils sont positionnés face à face comme s’ils se regardaient dans un miroir, ayant en face d’eux leur propre image, celle de leur frère. A cause de leur émission, le nombre de leurs ennemis est aussi élevé que le nombre des invités de leur émission. Il s’avère qu’en plus d’être des personnages détestables en public, ils l’étaient aussi en privé avec une tendance perverse très prononcée.

Le commandant Patrik Vivier est chargé de l’enquête. C’est un cinquantenaire débonnaire qui n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds. Son age et son expérience font qu’il est la bonne personne pour mener cette enquête, où il va avoir affaire aux gens su show business. Débarque alors sur la scène du crime une psychologue experte en profilage criminel, Garance Hermosa. Elle a été appelée en renfort pour faire le profilage de l’assassin. C’est une jeune femme frivole et légère, mais malgré tout très compétente et impliquée. C’est une battante qui gère sa vie privée comme sa vie professionnelle : beaucoup de charme, besoin d’être aimée, mais sans attaches, la liberté avant tout. C’est donc un « couple » un peu particulier qui va enquêter sur ces frères jumeaux adeptes de sado masochisme et autres perversités.

Avant tout, je tiens à dire que j’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre. Et cela est du essentiellement à l’auteur, qui a elle aussi pris énormément de plaisir à l’écrire. Et cela se sent tout au long du livre. Il y a une sorte d’euphorie, de légèreté, de fluidité, d’optimisme dans le style qui se sent.

Ingrid Desjours a d’énormes qualités pour mener une intrigue, certes, mais surtout pour bâtir des personnages et pour les faire vivre devant nos yeux. Elle nous montre Patrik et Garance dans leur vie de tous les jours, avec chacun leurs petites failles, dont ils se satisfont. Le personnage de Garance est surtout très fouillé, avec ses qualités, ses défauts, ses contradictions, ses erreurs, sa sympathie.

Alors, bon, ce n’est pas un livre parfait. Je l’ai trouvé parfois trop bavard, parfois trop démonstratif, parfois trop facile dans les explications pas toujours utiles de la psychologie des personnages. Mais, si on se rappelle que Ingrid Desjours est née en 1976 et que c’est son premier roman, moi je dis : Chapeau ! Ce livre m’a fait sourire, m’a passionné, m’a étonné, m’a pris quelques heures de sommeil. J’ai le deuxième tome dans ma bibliothèque, il s’appelle Potens et je vais bientôt le lire … en espérant qu’il confirme tout le bien que j’espère à cet auteure.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com