Propriétés Privées de Pascale Fonteneau (Actes sud)

De Pascale Fonteneau, j’avais lu 1275 ares dans la série Suite Noire (Forcément !). Que j’avais moyennement aimé, la faute peut-être aux clins d’œil à Jim Thompson et Jean Bernard Pouy. Mais je ne reste pas sur une impression, fut elle mauvaise. En me baladant dans une librairie, j’avais été attiré par le sujet du livre et je l’ai acheté. Quand j’ai découvert qu’il faisait partie de la sélection Eté de Polar SNCF, je me suis dit qu’il était temps de le lire.

Dans un petit lotissement proche de la cité des Champs, les habitants se sont organisés pour organiser des rondes afin de se protéger des malfaiteurs. Ce n’est pas qu’ils soient en grand danger, mais après l’agression de la petite Martine, alors qu’elle faisait le ménage chez les Durant, et en l’absence de réaction de la police, il fallait faire quelque chose.

Henri Frot fait partie de cette patrouille, celle de nuit souvent. Il fait des rondes avec son ami Robert. Un soir, ils trouvent un jeune homme mort. Robert arrive à décider Henri à l’aider à se débarrasser du corps en le balançant du haut du barrage. Henri dort mal cette nuit là, comme toutes les nuits depuis que sa femme est partie. Il boit, un peu trop, et est réveillé le lendemain par la police qui frappe à sa porte.

Ils l’interrogent sur un corps retrouvé dans le coffre d’un des habitants du lotissement, Denis Lassalle, un ancien militaire. D’ailleurs, Lassalle a disparu. Cela ne peut pas être le même corps ! En allant voir Robert, il s’aperçoit que Robert est parti lui aussi avec sa femme, sous prétextes que sa femme déprime et qu’elle a besoin de grand air. Pour cet homme toujours un peu perdu dans sa vie, trop passif, c’est un peu trop, mais il ne fait pas bon chercher la vérité de trop près parfois.

C’est une bien belle galerie de personnages à laquelle on a droit dans ce roman. Entre ceux qui ne sortent pas de chez eux et qui sont alimentés par les informations télévisées (Henri), ceux qui sont par nature bellicistes envers les autres ou les étrangers (Lassalle), ceux qui font leur beurre sur ces bribes d’information (le journaliste), ou les pacifistes de tout poils (Weiss). Tous sont très vivants et Pascale Fonteneau fait vivre ce petit microcosme avec beaucoup de talent.

Car c’est une sacrée vision de notre société qui ressort de ce livre, en aparté de l’intrigue, très caustique, voire cynique. Il n’y a pas de jugement, juste une certaine logique dans la psychologie de Henri qui démontre comment on en arrive à s’enfermer chez soi, par peur de l’extérieur. Heureusement, l’humour, très noir, par moment, évite de tomber dans des travers ou le ridicule. Alors, on sourit, on rit, en réfléchissant, et il en ressort une énorme jouissance pour le lecteur.

Et puis, il y a aussi toute cette description de la relation entre voisins, ces gens que l’on côtoie, que l’on connaît, que l’on croit connaître, cette pseudo famille qui en fait n’en est pas une. Ces gens bien sous tous rapports dont on n’arrivera jamais à cerner les contours. Et il nous revient en mémoire cette célèbre phrase de Sartre : « L’enfer c’est las autres ».

Quelle belle lecture que ce livre ! Quel plaisir ! Quelle jouissance ! Un livre chaudement recommandé, à ne pas prendre au premier degré, pour éviter de tomber définitivement paranoïaque envers les gens qui nous sont proches, si proches …

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Deep Winter de Samuel W.Gailey (Gallmeister)

Gallmeister est une petite maison d’édition qui a pour habitude de nous trouver des auteurs de grande qualité. Ils ont aussi une collection Noire, qui est une vraie mine de talents. Ce roman a sa place parmi Trevanian, Tapply, Craig Johnson mais surtout Walt Whitman. Deep Winter fait surtout partie de ces romans qui nous dépeignent l’Amérique profonde, celle des campagnes abandonnées, désertées suite l’industrialisation féroce, où il s’avère que ne vivent là que des gens qui sont revenus à l’état de bêtes féroces. C’est ce que l’on trouve dans des romans tels que Le diable tout le temps, Donnybrook ou bien Pike, paru chez Gallmeister justement.

Danny est un jeune homme qui vit chichement, s’amusant à faire des sculptures en bois. Il est légèrement attardé, depuis l’accident de voiture, dans lequel ses parents sont morts. Il a été élevé par ses grands parents. Le livre s’ouvre sur une scène terrible : Danny a dans ses bras le corps de Mindy, sa meilleure amie d’enfance, une serveuse de bar fort mignonne. Il lui avait apporté un superbe oiseau taillé dans le bois et peint.

Puis on revient quelques heures auparavant. Aujourd’hui est un grand jour, c’est l’anniversaire de Mindy, et celui de Danny : ces deux là sont nés le même jour, ce qui les a surement rapprochés. Mais Mindy éprouve aussi de la pitié et a toujours protégé Danny des autres, agressifs envers ce colosse à la tête d’argile. Ce jour là, dans le bar où travaille Mindy, Sokowski, le shérif adjoint, boit un coup. Comme toujours, il s’en prend à Danny et se fait rabrouer par Mindy.

Puis Sokowski va rejoindre Carl, son ami avec qui il fait de la culture de marijuana. Cela lui permet d’assurer ses fins de mois. Ils prévoient ce soir là d’aller dans une soirée où l’alcool coulera à flot et où il y aura beaucoup de drogue et de femmes peu farouches. Cette journée, qui a débuté sagement, va se poursuivre par le meurtre de Mindy et par la traque de Danny, qui fait office de suspect idéal.

Ce roman est un vrai page turner. Avec ses chapitres courts, ses personnages vivants, Samuel Gailey nous montre tout son talent pour mener son intrigue à terme. On y trouve surtout une galerie de fondus, de teigneux qui vivent à l’abri de leurs armes à feux. On y trouve aussi la vie d’une petite ville, où tout le monde se connait, depuis la plus petite école car ces gens du cru ne veulent pas quitter l’endroit où ils sont nés. Samuel Gailey a choisi de nous montrer des personnages à la limite de la caricature tels Danny, l’attardé gentil ou Sokowski le salaud intégral. De toutes façons, dans ce pays là, personne n’en sortira indemne voire vivant.

Le style est redoutablement efficace, et l’ambiance, froide et violente, a plutôt des tons noirs par opposition avec la neige omniprésente dans ces contrées perdues en plein hiver. L’alternance des personnages (chaque chapitre porte le nom d’un personnage), le fait que les chapitres soient courts, tout concourt à faire de ce roman un livre que l’on a pas envie de lâcher.

Si le plaisir est au rendez vous, il y a certaines petites choses qui m’ont gêné. Par exemple, les mais qui ne sont pas coupés alors que les paysages sont recouverts de neige. Ou encore certains personnages, que l’auteur fait apparaitre pour justifier la suite de son intrigue et qui disparaissent peu après, semblent superflus. Ou encore le manque de nuance dans la psychologie (les bons sont gentils, les m échants sont des salauds) gachent un peu l’ensemble quand on sort la tête du livre.

Reste que ce roman est une bonne surprise et que j’attends Samuel Gailey au tournant pour son prochain roman. Car il ne faut pas oublier que c’est un premier roman et qu’il est fort prometteur par le rythme soutenu et le déroulement de l’intrigue. Auteur à suivre …

Vous trouverez d’autres avis sur le net tels ceux de Yan, Jean Marc, Jeanne, Leatouchbook, Canel entre autres.

Et qu’advienne le chaos de Hadrien Klent (Attila Editions)

L’un des sites que je visite souvent, Entre deux noirs pour ne pas le citer, en a fait son coup de cœur deux mois de suite. Vous croyez que l’on peut résister à cette tentation ? Moi pas ! Et il faut dire que le titre est tout bonnement génial. Alors voilà de quoi ça parle.

Des phénomènes bizarres ont lieu en différents lieux du monde. Un homme qui voyage en avion, sort des toilettes et s’aperçoit que tout le monde a disparu, pilotes compris. Une femme qui voyageait dans le métro londonien se rend compte que les rames se sont vidées d’une station à une autre. La femme de ménage qui travaille chez Biométrics se retrouve seule sans se rendre compte qu’elle est dans le hall surpeuplé de la société.

Mikael Korta est un éminent chercheur qui travaille chez Biometrics, une société qui stocke et gère les empreintes génétiques des criminels pour le gouvernement américain. C’est un être génial comme a pu l’être Einstein. Il a son travail officiel, et en douce, il travaille à sa dernière découverte : les calques. Cela lui permettrait d’être enfin le seul être au monde. Korta a, petit à petit, nourri sa maladie mentale, de son enfance en se coupant les veines en voulant découper un ver de terre jusqu’à son agoraphobie extrême qui le pousse à foncer en voiture sur des squares d’enfants pour démolir les jeux. Il a trouvé un moyen d’isoler / trier les gens par leur iris.

Il est en contact avec April, une jeune chercheuse anglaise qui travaille sur le même sujet. April a peur que les fonds gouvernementaux britanniques pour ses recherches ne soient coupés. Alors qu’elle vit dans une certaine instabilité professionnelle, elle parvient à aboutir sur ses études de l’iris grâce à un coup de téléphone avec Korta. Son entretien avec un jeune avocat des causes perdues nommé Vincent la confirme sur le fait qu’elle est capable d’isoler des gens d’un même calque. Mais, elle nourrit quelques doutes sur l’utilisation potentielle de ces trouvailles.

Un dernier mot sur cette découverte : Tout le monde est classable via leur iris qui peuvent être répertoriés en catégories appelées calque. Chaque calque peut contenir jusqu’à 99 personnes. Il s’agit d’un calque dans le temps, et quand on superpose les calques, on retrouve le monde tel que nous le vivons. Il est possible d’isoler un calque et cela seulement durant 9999 secondes. Pendant ce laps de temps, ces personnes ne voient que les gens appartenant à leur propre calque.

J’ai mis un peu de temps à entrer dans ce roman, surtout à cause de la galerie de personnages et par le style assez déconcertant. Mais, une fois pris dans l’engrenage, on ne peut plus en sortir. Car il faut bien se rendre à l’évidence que ce roman, entre son analyse psychologique des personnages et l’intrigue qui flirte avec la science fiction ou l’anticipation a pour lui d’être bigrement original. Et ça en devient même flippant par moments.

L’originalité vient aussi de la façon de mener l’intrigue, avec un chapitre par personnage, l’histoire avance doucement. Le rythme est plutôt lent, mais le style coupé, acéré, brutal rend tout cela très angoissant. Malgré ces phrases courtes, l’ensemble reste très explicite, mais je conseillerais plutôt de lire ce livre rapidement pour rester dans l’histoire, ce que je n’ai pas fait au début pour des raisons personnelles (trop de boulot !)

J’ai trouvé ce livre angoissant, étouffant, oppressant, mais bigrement attachant. Ce fut pour moi une bonne découverte d’un auteur sacrément particulier par le sujet, par sa façon de mener son histoire et par son style définitivement personnel. Car l’auteur est allé au bout de son œuvre sans concession, ni dans sa façon de mener son histoire, ni dans son style. On retrouve dans ce roman complexe et foisonnant l’opposition entre un savant fou et des personnages humains voire humanistes. Le seul conseil que je donnerais, c’est qu’il faut lire la première moitié du livre d’une traite pour entrer dans l’histoire et être aspiré par la spirale infernale de l’intrigue. Hadrien Klent a réussi un sacré roman chaudement recommandé pour tous ceux qui aiment les livres au sujet original traité de façon très personnelle. Un OVNI .

Faux semblants de Guillaume Fortin (Editions du polar)

Voilà une curiosité, parue en fin d’année dernière. Son auteur m’a contacté directement pour me proposer son livre et lui dire ce que j’en pense. Et cela donne un polar très intéressant. En voici donc le début de l’intrigue :

Marseille, aujourd’hui. Le commissaire Lébovitch est tout juste sorti de l’école et se retrouve à la tête d’une petite équipe dont le commandant Marquez et les lieutenants Vidal et Mariani. Depuis cette loi voulant limiter les corruptions dans la police, les commissaires changent de lieu géographique tous les deux ans. Lébovitch se retrouve donc en terrain inconnu à Marseille, au milieu d’une équipe qui fait son travail et finit sa journée au bar pour l’apéritif à écouter les blagues sexistes et homophobes de Marquez, le bout en train du groupe.

Dans un petit hotel sordide qui sert aux prostitués masculins, on retrouve un homme de 55 ans qui a été assassiné d’horrible manière. Il a d’abord été assommé, avant d’être éviscéré et sodomisé à l’aide d’un gourdin on d’un objet y ressemblant. Il s’agirait d’un client venant profiter de rencontres sexuelles masculines. Alors, dans le quartier, c’est la panique : tous les prostitués pensent que c’est à eux qu’on en veut et non à leurs clients, comme le confirme Galinette, un travesti lors de son entretien avec le commissaire Lébovitch.

Lébovitch, persuadé qu’il a affaire à un psychopathe ou du moins à un malade mental, se renseigne auprès des institutions psychiatriques puis auprès des psychiatres. Mais tous lui opposent le secret médical. Tous sauf une : Marie-Claire Savy. Un de ses patients en analyse, Benjamin Reynaud, est un prostitué travesti. Il a toujours été obsédé par le sexe masculin comme un signe de virilité. De fellations en rencontres sexuelles, il en vient à se prostituer puis à se travestir. Cette spirale de l’enfer équivaut pour lui à un suicide, qu’il a déjà essayer de faire durant son adolescence chaotique.

Bientôt, un deuxième meurtre similaire au précédent survient. Il a lieu dans un petit hôtel, l’hôtel Horizon. Là aussi, les prostitués et leurs clients prennent une chambre pour leurs ébats. Là aussi, le client a le ventre ouvert et a subi une sodomie post-mortem. Mais l’interrogatoire du veilleur de nuit arabe ne les aide pas beaucoup. Plus l’enquête avance, plus les coupables en puissance sont nombreux, plus les notables sont impliqués, plus les pistes se multiplient.

Voilà une bonne surprise avec ce premier roman. Il y a d’abord les personnages fort bien dessinés par leurs actes, sans effet de style inutile. L’oppositon vieux flic / jeune flic est certes classique. Mais quand on y ajoute une psychologie opposée, cela donne une facette d’autant plus intéressante. On se retrouve avec un vieux flic en apparence homophobe qui succombe à la chair homosexuelle et un jeune flic obsédé par son boulot et aveuglé par ses convictions, se demandant comment s’y prendre, perdu dans son travail et dans sa sexualité.

Il y a un style aussi, tendu, court, tranchant qui étonne au premier abord mais auquel on s’habitue rapidement. Et avec cela, Guillaume Fortin a un sens des dialogues qui est superbe, et qui fait avancer l’histoire. Car il ne faut pas chercher de grandes descriptions, tout avance surtout grace aux situations et aux oppositions (interrogatoires) des protagonistes. Et malgré le sujet sanglant, les scènes de crimes ne sont pas mises en évidence de façon outrageante, il faut juste signaler que les scènes de sexe, elles sont explicites. Donc c’est tout de même un livre à ne pas mettre entre toutes les mains.

Enfin, plus le livre avance et plus les pistes se multiplient, à tel point que pendant un moment j’avais compris de quoi il retrounait et que soudain, toutes mes certitudes étaient balayées en quelques paragraphes. C’est très plaisant pour le lecteur d’être manipulé même si j’ai trouvé le livre un peu court. Pour finir, l’exemplaire que j’ai eu entre les mains comportaient par moment de nombreuses fautes d’orthographe ou de frappe. J’espère que cela a été corrigé car cela m’a vraiment gêné. Une bonne découverte d’un premier roman dont j’espère qu’il sera suivi par de nombreux autres.

Trois accidents et un suicide de Seamus Smyth (Fayard Noir)

C’est la quatrième de couverture qui m’a attiré. Cette histoire de tueur, narré à la première personne, avec une bonne dose d’humour noir et de cynisme avait tout pour me plaire. En voici donc l’histoire.

Gerard Quinn dit Gerd Quinn est un tueur professionnel, ou plutôt un organisateur de meurtres. Après un court passage à l’IRA en réaction à la mort de son père tué par l’armée britannique, il a décidé de se mettre au service du caïd local de Dublin Paddy Toner. Son travail a consisté d’abord à aider Paddy à se débarrasser des anciens bandes de truands, puis il est devenu le bras armé de Paddy pour réaliser des arnaques dont ils sont tous les deux friands, pas pour l’argent mais pour le plaisir de passer entre les mailles de la police et de la presse.

Gerd vit donc comme n’importe quel homme d’affaires, avec une vie de famille normale et une femme et des enfants. Il organise les coups et les fait réaliser de façon à ce que personne ne sache que c’est lui qui réalise les basses besognes. De l’extérieur, c’est un homme normal sans problèmes. Il part le matin en costume avec sa petite serviette et rentre le soir après une journée de travail, travail qui consiste à préparer une arnaque ou un meurtre pendant plusieurs semaines s’il le faut, en construisant un scénario, en analysant les différentes possibilités et en ayant toujours une possibilité pour s’en sortir si la police ne croit pas à son scénario. Seule sa vie de famille bat de l’aile. Sinead sa femme est partie après qu’on lui ait dit Que Gerd la trompait. Elle part avec ses deux fils et demande le divorce.

Jimmy Byrne propose à Paddy une nouvelle affaire. Jimmy est un raté qui a réussi à épouser Carol Hasset, la fille de Tom Hasset, propriétaire millionnaire des entreprises immobilières Hasset. Tom est âgé maintenant et se retire petit à petit des affaires en laissant la gérance de son entreprise à Jimmy. D’autant plus que sa femme Bridie est atteinte de la maladie de Parkinson. Jimmy ne veut pas attendre. Il demande donc de supprimer les parents Hasset et leur deux filles Annie et Carol. Gerd va donc mettre en œuvre toute son ingéniosité et sa créativité pour inventer trois accidents et le suicide de Carol. Il ne reste plus qu’à exécuter son scénario, avec son comparse Kevin Maguire (qui ne connaît pas l’existence de Gerd, d’ailleurs) mais le temps presse car les époux Hasset ont prévu de faire un tour du monde avant que la mère ne soit trop malade.

C’est un drôle de personnage auquel on adroit dans ce thriller. Un personnage qui est obsédé par deux choses : la première est de ne pas aller en prison, la deuxième est de réaliser le meurtre parfait. Alors, c’est un homme qui vit dans l’ombre d’un caïd, agissant comme un organisateur des basses œuvres, en ayant sa main d’oeuvre (un tueur) qui ne le connaît pas. Tout est organisé pour qu’il n’apparaisse jamais au devant de la scène.

Ce personnage est très bien décrit grâce à la narration à la première personne, avec ses problèmes personnels et ses problèmes professionnels. On croirait lire la biographie d’un business man standard, à la différence près que son domaine de prédilection c’est le crime. Et la lecture en est particulièrement agréable grâce à l’humour noir, au cynisme du personnage. J’ai lu la plupart du bouquin le sourire aux lèvres, avec parfois quelques grincements mais cela est parfaitement voulu par l’auteur. Ajoutez à cela une intrigue qui se déroule facilement, et vous aurez un livre fort distrayant.

Manquent peut être à ce livre un peu plus d’ambiance (mais c’est probablement voulu là aussi par l’auteur, en montrant que la seule chose qui intéresse Gerd, c’est le meurtre parfait) et un peu plus de sobriété (j’ai trouvé par moments le livre un peu bavard). Mais ce fut une bonne découverte d’un auteur menant une intrigue de qualité et originale sans temps mort, qui tient uniquement sur la force de son personnage. Un beau challenge d’humour noir fort réussi.

Usurpé de Laurent Terry (Plon-Nuit blanche)

Quoi de mieux qu’un bon thriller à lire pendant l’été. On s’installe tranquillement dans un fauteuil ou sur un banc, on se laisse porter par les aventures du livre, oubliant ce qui se passe autour, et on tourne les pages une par une en oubliant le temps qui passe. Et bien voilà un très bon candidat pour vous accompagner cet été.

Thomas Eckelton se réveille un matin en plein milieu d’un bidonville qui lui est totalement inconnu. Il s’aperçoit qu’il est en fait à Bogotà et il n’a aucune idée de comment il est arrivé là. Tout ce dont il se souvient, c’est que samedi, il était sur son yacht à siroter un cocktail et que mardi il se retrouve dans la ville la plus dangereuse au monde.

Thomas Eckelton est le PDG d’une des start-up qui est vouée à un grand succès, Purple Incorporation. Il est l’inventeur d’un des meilleurs moteurs de recherche sur internet. Au fond d’une poche, il trouve un billet de 20 dollars. Cela lui permet de rejoindre l’ambassade des Etats-Unis. N’ayant que sa bonne foi pour lui, Thomas n’est pas cru par le responsable des ressortissants, Edward Tender. Mais celui-ci promet de se renseigner.

Thomas rejoint donc un hôtel miteux pour y passer la nuit. Thomas s’aperçoit en se regardant dans la glace, que ce n’est pas son visage. Pendant ce temps là, Tender récupère une photographie du Times et les empreintes digitales du disparu. Evidemment, rien ne correspond. Le lendemain, Tender refuse à Thomas toute aide.

Aux Etats-Unis, la police puis le FBI ont tous conclu à une mort accidentelle. Mais Hannah, la compagne de Thomas reçoit une demande de rançon de 10 millions de dollars. Le FBI enquête donc grâce à ses deux inspecteurs Frank Anderson et Sonny Raynes. Frank est passionné par son métier depuis que sa femme a disparu et qu’elle a été retrouvée morte. Sonny est un transfuge de la brigade des stupéfiants et plus brutal, plus speedé.

Lors de l’enquête, ils s’aperçoivent que la vie et l’avenir de Thomas Eckelton est moins rose que prévue. Certes, son entreprise marche très bien, mais elle est sur le point soit d’entrer en bourse, soit d’être rachetée par Techsystème. Sa femme Carole est toujours amoureuse de lui mais ne lui pardonne pas de l’avoir (dé) laissée pour son travail, Hannah joue la comédie et semble surtout intéressée par l’argent. Thomas et le FBI, chacun de leur coté, vont essayer de démêler cette pelote de laine.

La première chose que je me suis dite en ouvrant ce bouquin, c’est que Laurent Terry s’était bien compliqué les choses. Partir d’un héros que l’on défigure, dont on change les empreintes digitales et que l’on place en Colombie, quel défi ! Et c’est un défi fort bien relevé.

Car j’ai trouvé toutes les qualités d’un très bon thriller : Des chapitres courts avec un style fluide, un héros (en fait il y en a plusieurs) et des personnages réalistes, une intrigue bien menée et avec logique, un suspense bien entretenu avec des dénouements et des nouveautés savamment parsemées. Clairement, ce livre comporte toutes les qualités d’un très bon page-turner comme ils disent de l’autre coté de l’Atlantique.

Je peux même ajouter que, arrivé vers la page 200, j’ai préféré lire ce livre que de dormir. Ce qui fait que les nuits sont courtes, car le réveil, lui, est impitoyable. Car si le rythme est plutôt lent au début, tout d’un coup, dès que Thomas rentre aux Etats-Unis, le rythme s’accélère et c’est réellement difficile de le lâcher. Et tout le talent de Laurent Terry tient dans sa façon de mener et diriger son intrigue que dans sa construction qui elle est assez classique, passant un chapitre pour chaque protagoniste principal.

Je me rappelle avoir lu dans un blog sur une critique de thriller français que le blogueur en question préférait définitivement les romans américains et que l’on ne savait pas faire ce genre de roman en France. Eh bien, détrompez vous ! Usurpé démontre que, en France, on est capable de faire de très bon thrillers et celui est un excellent divertissement pour l’été qui s’annonce.

Chambre 26 de Tecia Werbowski (Les Allusifs)

De la maison d’édition Les Allusifs, je connaissais les aventures de Morgado de Gabriel Trujillo Muñoz mais je ne savais pas qu’il y avait d’autres auteurs édités dans cette collection ¾ polar. Il aura fallu un commentaire de Michel pour que je m’intéresse à ce Chambre 26.

L’action se déroule à Paris, le 25 octobre 2008, à l’hôtel Saint André des Arts. Le corps d’un homme est retrouvé dans la baignoire de la chambre 26. La porte de l’hôtel et la porte de la chambre sont ouvertes. Le corps a été découvert car la baignoire commençait à goutter et de l’eau tombait sur le comptoir de la réception.

L’homme est un inconnu. Tout ce que l’on sait de lui, c’est qu’il possède deux chiens, Masa et Dasa. Immédiatement, une dame qui séjourne souvent dans l’hôtel se propose d’adopter les deux chiennes. Elle s’appelle Maya Ney, est polonaise, et semble savoir des choses.

Patrick Vernier, jeune inspecteur de la police criminelle, mène l’enquête et retrouve l’identité de la victime : Josephy Hlavatsy. Celui-ci est originaire de la république tchèque et fait la manche à Paris, vivant de la bonté des passants. Les différentes recherches l’amènent vers ce qui s’est passé derrière le rideau de fer vingt années auparavant.

C’est une vraie belle découverte que ce livre, à mi chemin entre roman policier et grande littérature. Les personnages sont très bien décrits, les situations efficacement explicites et l’histoire poignante à souhait. La description des petites gens et de leur vie derrière le rideau de fer m’a réellement touché, entre ceux qui luttent pour survivre et ceux qui profitent du système.

Vous allez me dire que tout ça, c’est du très classique. Certes, mais quand on prend un plaisir fou à chaque phrase, que tout y est d’une fluidité et d’une simplicité qui frise le génie sans que l’on ressente le travail de l’auteur, on peut se dire que  l’on tient une auteure de qualité. Sur une trame classique de vengeance et de rancune mesquine mais néanmoins mortelle. Et puis, il ya le personnage de Maya, tellement humain mais malheureusement seulement esquissé.

Alors pourquoi n’est-ce pas un coup de cœur ? Parce que ce roman est court, trop court, bien trop court. Et ça ne nuit pas à l’ensemble du roman qui est très cohérent, loin de là. J’ai plutôt trouvé cela frustrant. Le livre aurait fait 200 pages de plus, il aurait été un pur chef d’œuvre. Malgré cela, ce roman est fortement recommandé pour le musicalité de la langue qu’il déploie. Ce n’est pas un gros diamant, c’est un petit bijou.

Pour être tout à fait honnête, ma femme n’a pas aimé. Elle préfère les livres avec un peu plus de rythme, et celui là est plutôt une enquête. Chacun ses goûts, n’est-ce pas ?

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com