Escalier B, Paris 12 de Pierre Lunère

Editeur : Harper & Collins

En été, certains cherchent de la lecture facile, de quoi se divertir sans se prendre la tête. Ce roman m’est arrivé entre les mains presque par hasard et je l’ai lu au bon moment, c’est-à-dire que je cherchais un livre drôle. Bonne pioche !

Pierre est concierge dans un immeuble du douzième arrondissement de Paris, près du boulevard Soult, qui comporte 2 bâtiments (entendez deux escaliers). Il est affublé d’un Pékinois albinos et vit en colocation avec Danny. En ce dimanche, une personne fait des allers-retours dans l’escalier en jogging et en faisant du bruit. Evidemment, tous les habitants viennent se plaindre auprès de Pierre, d’autant plus qu’après les montées et descentes  d’escaliers s’ajoute un bruit incessant.

Quand il sonne, il se retrouve face à la nouvelle locataire de l’immeuble, Marion-Lara. Il se propose de l’aider à monter ses meubles avant de découvrir qu’elle est lieutenant de police. Comme elle le trouve sympathique, elle lui propose de l’accompagner à un mariage. Mais pendant la fête qui suit la cérémonie, au petit matin, une petite fille a disparu : elle se nomme Myrtille, une nièce de Marion-Lara.

Or Pierre a un don pour arrondir ses fins de mois : il est voyant et tireur de cartes. Il est donc fin observateur, fin psychologue et il entend une petite voix qui lui susurre parfois des mots qui peuvent aider. Il accepte d’aider Marion-Lara et de regarder les photos du mariage, car le couple avait installé un photomaton derrière le château. En regardant les photos de poche, Pierre arrive à donner quelques pistes à Marion-Lara.

Et ce n’est que le début des aventures de nos deux comparses tant ils vont avoir à résoudre un grand nombre de mystères, de la présence de prostituées dans l’immeuble à la disparition de l’une d’elle, d’un envoûtement chinois à la prolifération de tuyaux de plomb, d’un mystérieux suicide à des enlèvements.

Ce roman est foisonnant d’intrigues, aidé en cela par des personnages hauts en couleurs. Entre les femmes qui entourent Pierre, de sa colocataire et l’actrice qui fait tout pour décrocher un rôle, entre les emmerdeurs (Madame Dijoub qui fait signer des pétitions à tout va) à ceux qui veulent faire déguerpir les étrangers, on s’amuse beaucoup.

Et puis, l’écriture, si elle n’est pas extraordinaire, est fluide et drôle. Le ton est virevoltant, pas cynique ou méchant pour un poil, juste distrayant et léger comme il faut. La quatrième de couverture fait un rapprochement avec la saga Malaussène de Daniel Pennac. J’y rajouterai Gilles Legardinier, période Demain j’arrête. Bref, comme je vous l’ai dit plus haut, il ne faut pas chercher dans ce roman un livre inoubliable mais juste une lecture distrayante qui remplit son rôle parfaitement.

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Le tueur en ciré de Samuel Sutra

Editeur : Alter Real

Samuel Sutra est un auteur que je défends depuis ses premiers romans, car c’est un auteur bourré … de talent, capable de nous offrir des comédies hilarantes et de nous écrire des romans policiers bercés par la musique jazzy de son style, comme Kind of Black. C’est du coté du roman humoristique qu’il faut ranger Le tueur en ciré, de l’humour qui vous fait éclater de rire.

Concarneau, juillet 1982. La saison touristique va bientôt démarrer. Au bar du port, ça discute ferme autour du journal local, Le Phare. Monique Dugommier a été retrouvée étranglée avec la ceinture de son peignoir, dans sa chambre de la résidence pour personnages âgées aisées, Les Mimosas. Pour clore la discussion, rien de tel que lever le coude et boire un coup à sa mémoire … C’est le troisième meurtre en quelques jours qui secoue la petite ville balnéaire.

En effet, deux semaines plutôt, le 3 juillet, Nathalie Laroche, une haltérophile belge, débarque pour s’inscrire au concours culinaire. Appelé le Chili Concarneau, le but est de revisiter la blanquette de veau. Non, je déconne, c’est le Chili con Carne. Ah ! vous n’aviez pas compris ? Bref, Nathalie Laroche, 200 kilos au compteur, cordon noir au sens où elle rate toutes ses recettes, a été retrouvée flottant (étonnant, non ?) dans le port, étranglée aussi. Le lendemain, c’est le corps de Mireille Kermabon, passante connue (d’aucuns auraient dit péripatéticienne renommée) que l’on retrouve dans les poubelles. A partir de trois meurtres, il faut considérer qu’un tueur en série sévit.

Au dernier étage de l’hôtel de l’Amiral, la duchesse Soizic de la Haute-Karadec décide d’écourter ses vacances, plus par peur des meurtres que par son planning désolément vide. Francis, le directeur de l’hôtel, essaie de la retenir. Elle accepte de rester une journée de plus, et il descend renvoyer le taxi. En bas, en levant la tête, il voit la duchesse pendu au bout du fil : elle vient d’être étranglée par le fil du téléphone.

Au 36 quai des Orfèvres, le commissaire Christian Boiteaulette, que ses hommes surnomment Le Timbré (mais il n’a pas compris pourquoi), reçoit un appel à l’aide du commissaire Leroydec de Concarneau. Boiteaulette n’aurait pas répondu à cet appel si la duchesse n’était pas la tante de son préfet bien-aimé. Par malheur, son adjoint Boileau (nom antinomique avec son occupation) a déjà dépêché sur place Auguste Lambert, le gaffeur de la Police Criminelle Nationale. Pour rattraper le coup, Boiteaulette envoie 10 hommes incognito pour aider Lambert à résoudre cette affaire au plus vite, par souci de travail bien fait, et un peu aussi pour sa carrière.

Délaissant son personnage de Tonton, le roi de la truande, Samuel Sutra passe de l’autre coté de la ligne jaune, en créant un personnage de flic inénarrable de drôlerie. Outre le fait qu’il est un gaffeur de renommée internationale, il a l’immense et envié talent de tirer des conclusions fausses à partir d’indices évidents et de savoir qu’il est d’une classe supérieure par rapport aux autochtones bretons.

Jamais méchant, sur un ton à la fois ironique et moqueur, Samuel Sutra déploie tout son art de la comédie en inventant des scènes incroyables. Je ne vous citerai que celle de l’arrivée de Lambert à la gare, ou celle de Nathalie Laroche si visuelle et burlesque. Tous les modes comiques y sont présents, y compris les quiproquos (la scène où Lambert interroge Francis est énorme) et on se marre, on se marre à en éclater de rire. Et puis, la prose de Samuel Sutra n’est pas de celle que l’on survole : on y savoure tous les mots, toutes phrases au risque de passer sur un jeu de mots, une moquerie ou même un éclat de rire.

Passant du passé au présent, Samuel Sutra se permet d’écrire derrière le coté drôle du livre un vrai roman policier, avec une intrigue, un mystère et une résolution à la Agatha Christie. Les personnages sont tous bien décrits avec toujours un sens décalé de la vérité. Et puis, je ne peux m’empêcher de tirer un coup de chapeau à ce roman qui est un vrai hommage à Peter Sellers et Blake Edwards. Sans hésitation, ce livre est LA comédie de l’été.

La Colombienne de Wojciech Chmielarz

Editeur : Agullo

Traducteur : Eric Veaux

La Colombienne est la troisième enquête du Kub, l’inspecteur Mortka, après Pyromane (bien aimé) et La ferme aux poupées (pas encore lu). Comme toutes les séries mettant en scène un personnage récurrent, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre pour suivre l’évolution du Kub.

Le travail de Polaco, c’est de faire du rabattage, trouver des naïfs jeunes dans une discothèque, qui veulent gagner de l’argent facile. Polaco se pointe dans une discothèque, et rameute quelques jeunes pour leur proposer de tourner une publicité pour Coca-Cola avec son van rouge. Polaco emmène le groupe de jeunes dans un hôtel de luxe, sur la mer des Caraïbes, all inclusive, tous frais payés. Quelques jours après, la mauvaise nouvelle tombe : le tournage de la pub est annulé, mais les frais sont payés. Quelques jours plus tard, les jeunes doivent payer leur séjour auprès d’un groupe armé ou faire un travail pour eux : ramener en Pologne de la cocaïne. Cette fois-là, Agnieszka se rebelle. Elle sera battue puis arrêtée par la police.

Deux clochards, frère et sœur, finissent de cuver leur vin quand ils aperçoivent une voiture qui s’arrêtent un peu plus loin. Le conducteur porte un colis sur le pont enjambant la Vistule. Apercevant le clochard, le conducteur leur ordonne d’appeler la police pour venir constater son œuvre. L’inspecteur Mortka arrive sur les lieux pour découvrir un corps suspendu et éviscéré. Embringué dans ses affaires familiales et sa séparation d’avec sa femme, il doit aussi faire face à une épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête : Il doit impérativement vérifier s’il est atteint du virus du SIDA. Malheureusement pour lui, il va devoir mener cette enquête seul : son adjoint est assigné à une affaire étrange : le corps d’une femme a été retrouvé les poignets tailladés dans sa baignoire alors que l’appartement est fermé à clé : un suicide évidemment. Quoique …

Comme vous pouvez le lire sur mon résumé, les intrigues foisonnent dans cet excellent roman policier, troisième de la série. Par rapport au premier roman, Pyromane, le style s’est affermi et le mélange entre vie privée de Jakub Mortka et vie professionnelle se fait plus consistant. Il en ressort que l’on partage ce que le Kub traverse et que l’on compatit (plus qu’on ne s’identifie) à ce qui lui arrive.

On y voit un personnage de père fort, attaché à ses deux garçons, et toujours aussi meurtri de sa séparation avec sa femme. Professionnellement parlant, il se retrouve affublé d’une nouvelle collègue, l’aspirante Suchocka, dite La Sèche, eu égard à son physique, et doit reprendre du service avec un bras dans la plâtre. Avec la menace du SIDA, cela créé autour du Kub une tension émotionnelle intense que l’on ressent très bien à la lecture, que l’on vit même.

Outre le trafic de cocaïne, qui grandit en Pologne, Wojciech Chmielarz aborde nombreux autres thèmes, dont les loisirs faciles, l’acceptation des homosexuels, les malversations financières et la facilité de détourner de l’argent ou de le blanchir, et enfin, la maltraitance des femmes. Tous ces thèmes se mêlent, s’entremêlent, se fondent dans les différentes intrigues pour donner un roman plus qu’intéressant, passionnant par ce qu’il montre, et c’est d’autant mieux fait que tout se fond de manière parfaite avec les différents personnages.

Par rapport à Pyromane, j’ai trouvé le style plus fluide (merci pour cette formidable traduction), et la multiplicité des intrigues font qu’il ressort de ce roman une puissance fictionnelle et émotionnelle intense. A la limite, c’est un roman où on est plus concerné par le devenir de son personnage principal que par le dénouement des intrigues, ce qui est paradoxal. En tous cas, cela m’inspire un regret : celui de ne pas avoir lu (encore) La ferme aux poupées. Ne ratez pas cette série polonaise !

Ne ratez pas l’avis de Velda

Telstar de Stéphane Keller

Editeur : Toucan

J’avais été très impressionné par le premier roman de Stéphane Keller, l’année dernière, Rouge Parallèle, par son intrigue qui s’appuie sur trois personnages forts et par sa faculté à nous immerger dans une autre époque, les années 60. Telstar sort moins d’un an après et reprend les mêmes personnages.

Une suite ? Non, plutôt une explication du parcours des policiers et militaires rencontrés dans Rouge Parallèle. Les anglo-saxons appellent cela un pre-quel ; moi j’appelle ça un « Revenons en arrière » ! Original, non ? Et donc, pour bien appréhender les Lentz et Holliman, quoi de mieux que de les envoyer dans les années 50, plus précisément 1956, en Algérie.

Alger, 24 décembre 1956. Le corps d’une jeune fille est retrouvé. Elle a été violée puis étranglée ; il lui manque une socquette. Pour l’inspecteur principal Brochard, ce n’est qu’une horreur de plus dans un pays de plus en plus ensanglanté. Depuis le début du mois, ce sont plus de 120 attentats mortels qui ont déferlé, dont la responsabilité incombe au FLN, le Front de Libération Nationale. Son adjoint, Joanin ne s’est pas encore remis d’un massacre dans une petite ferme du coin. Sa mère leur donne son nom : la petite s’appelait Henriette Pellegrini. Quelques témoins font état d’une voiture américaine de couleur, avec à son bord un homme blond. Cela n’arrange pas Brochard qui viserait plutôt les fellaghas.

Chypre, 24 décembre 1956. L’armée franco-britannique a remporté la victoire du Canal de Suez face à Nasser mais a dû faire marche arrière sous la pression des Américains et des Russes. Alors l’état major leur ordonne de rallier Alger, pour sécuriser la situation. La 10ème DP, accompagnée du capitaine Jourdan allait s’atteler à cette mission. Ils avaient carte blanche. La chasse au FLN débutera dès le 26 décembre, date de leur arrivée sur place. Par contre, Jourdan devra se coltiner la colonel Stuart Hollyman, observateur américain sur place.

Sainte Marthe, 25 décembre 1956. Norbert Lentz est un simple soldat, dont l’objectif et la motivation tiennent en quelques mots : faire la chasse aux communistes. Et il est sur d’en trouver à la pelle en Algérie. Direction donc Marseille, pour embarquer vers cette colonie qui a la prétention de revendiquer son indépendance. Il va leur faire passer cette envie, aux communistes …

Que c’est dur de faire un résumé du contexte de ce roman, environ les 50 premières pages, alors que la situation est inextricable. Après Rouge parallèle, l’auteur m’avait indiqué qu’il envisageait de traiter cette période sanglante pour y placer quelques uns de ses personnages, et expliquer leur histoire. Alors, si je dois vous conseiller quelque chose, c’est de lire celui-ci avant Rouge parallèle … ou pas. En fait, je pense que l’on peut suivre un déroulement chronologique mais on peut aussi lire Telstar en premier. En aucun cas, vous ne serez gêné dans votre lecture.

Passé cette introduction, je retrouve la puissance d’évocation de cette période, la sensation de danger permanent alors que le style de l’auteur est plutôt descriptif. Stéphane Keller nous montre la difficulté de cette situation qui ne peut que dégénérer, où les différents camps en présence se livrent à une guerre mortelle sans aucun état d’âme. Aux attentats aveugles, la police française y répond par des meurtres sans enquête pour boucler ses dossiers et l’armée se livre à des tortures qu’on a du mal à imaginer.

En fait, Stéphane Keller arrive à atteindre le juste équilibre entre personnages et contexte, entre action décrite et dialogues réduits au strict minimum. Et surtout, il réussit la gageure, en s’appuyant sur une documentation sans faille mais pas lourdingue, à nous montrer toute l’inhumanité des hommes quand ils sont persuadés de leurs actes. Il n’est pas étonnant que l’on ait vu aussi peu de romans traitant ce sujet et il semble bien que les vannes de l’imagination littéraire s’ouvrent depuis peu. Et c’est finalement une bonne chose pour l’Histoire.

Quant à Stéphane Keller, il passe haut la main le risque du deuxième roman en gardant le même thème. Et ça, c’était un sacré pari, un pari qu’il a formidablement transformé. Enfin, le titre, il s’agit d’un titre des Tornadoes, sorte de musique désenchantée, qui tourne en rond comme si les hommes refaisaient tout le temps les mêmes erreurs.

Ne ratez pas les avis de Wollanup

La vie en rose de Marin Ledun

Editeur : Gallimard

Il y a un an, nous faisions la connaissance de la famille Mabille-Pons, une tribu comportant un couple et 6 enfants dans une histoire légère et comique avec un soupçon de polar. D’un ton original par rapport à ce que l’on a l’habitude de lire de Marin Ledun, ce roman reportait l’adhésion par son ton et son rythme. La vie en rose en est la suite et il est, à mon humble avis, encore meilleur.

La famille Mabille-Pons qui est d’habitude un clan se retrouve disséminée au début de ce roman. Les parents Charles et Adélaïde ont décidé de prendre des vacances et comme ils ne font rien à moitié, ils sont partis trois semaines en Polynésie Française, laissant la tribu des 6 enfants, le chien Kill-Bill et les deux chats Gobbo et Thalabert. Enfin, pas tout à fait les 6 enfants puisque les deux aînés font leurs études ailleurs qu’à Tournon. C’est donc Rose qui s’occupe de ses frères et sœurs dans l’ordre Antoine, Camille et Gus.

Rose, c’est une tornade, une tempête, En révolte permanente, affublée de cheveux rose bonbon, écoutant du hard-core, elle est lectrice (officiellement attachée culturelle) dans un salon de coiffure. Et elle qui a une mère anticonformiste, anti-système, elle fréquente un lieutenant de police Richard Personne. Bizarrement, quand Adélaïde s’absente, le monde entier semble s’écrouler. Ça a commencé trois jours après le départ des parents …

Rose n’en croit pas ses yeux : son test de grossesse est positif ! Puis c’est Camille qui lui rappelle le rendez-vous de ce soir avec le prof de maths. Puis Rose apprend que le salon de coiffure où elle travaille, le Popul’hair vient d’être cambriolé : on y a volé des accessoires de coiffure et les polars en format de poche de Harry Crews. Puis, Camille rentre en trombe et annonce que son ex-petit ami, Nathanaël, vient de se faire tuer. Enfin, Le service de gériatrie où travaille Antoine son frère se plaint qu’il organise des strip-pokers avec les pensionnaires du service. Cinq raisons de passer une semaine d’enfer !

Alors que le précédent roman faisait la part belle à Adélaïde, la mère, c’est Rose qui est ici sur des charbons ardents. Obligée de s’occuper de la famille, de respecter ses contraintes, elle se retrouve vite débordée de toutes parts. C’est pour cela que le rythme est élevé et que l’on ressent bien le stress de cette jeune femme au naturel révolté.

Le style de Marin Ledun fait des merveilles encore une fois, et j’ajouterais que la longueur du roman (320 pages) est idéale car cela se lit vite et en même temps, on a l’impression en fermant le roman d’en avoir eu pour son argent. Il y a un vrai mélange de tous les styles de comédie, entre les dialogues drôles et les comiques de situation, presque burlesques jusqu’aux malentendus hilarants.

Comme dans le premier roman, sous ses aspects de lecture légère, distrayante, on y trouve quelques piques bienvenues sur la société, la santé, la police, le racisme et l’éducation. C’est même le système scolaire qui est mis en avant ici, et fort intelligemment. Et le scénario s’apparente plus à un polar, une enquête policière, comme un jeu de piste. Je vous laisse imaginer ce que la pauvre Rose doit subir !

Enfin, et c’est un point que je tiens à souligner, ce roman est aussi une déclaration d’amour à la culture populaire, à la musique tout d’abord (le hard rock, ça me parle), mais aussi le polar (car outre Harry Crews, on y trouve une liste de romans incontournables qu’il faut avoir lu). Ce roman, c’est un vrai cadeau que Marin Ledun fait à ses lecteurs, un partage de ce qu’il aime et c’est pour ça qu’on l’aime.

Oldies : Cirque à Piccadilly de Don Winslow

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Philippe Loubat-Delranc

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède

Quand j’ai créé cette rubrique, j’avais aussi dans l’idée de lire les premiers romans de mes auteurs favoris. C’est une façon de voir le chemin parcouru et pour moi, la possibilité de me rassurer sur mes goûts. Place donc au premier roman de Don Winslow, qui date de 1991, et qui est le premier d’une série mettant en scène Neal Carey, un jeune étudiant barbouze.

L’auteur :

Don Winslow, né le 31 octobre 1953 à New York, est un écrivain américain spécialisé dans le roman policier.

Né en 1953 à New York, Don Winslow a été comédien, metteur en scène, détective privé et guide de safari. Il est l’auteur de nombreux romans traduits en seize langues, dont plusieurs ont été adaptés par Hollywood. Après avoir vécu dans le Nebraska et à Londres, Don Winslow s’est établi à San Diego, paradis du surf et théâtre de certains de ses romans.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Les choses auraient été trop simples si Neal avait pu rester à New York avec Diane et passer son examen sur Tobias Smollett. Mais la sonnerie du téléphone laissait présager une mauvaise nouvelle. Cette fois, P’pa l’envoie courir la campagne anglaise aux trousses de la fille d’un sénateur qui s’est fait la belle. D’après la photo, la fugueuse vaut bien le détour mais on n’a quand même pas idée de faire avaler des scones à la crème à un enfant de Broadway !

Mon avis :

Neal Carey a du s’en sortir seul : sa mère était une junkie, son père parti sous d’autres cieux. Alors il est devenu voleur à la courre (entendez, il pique un portefeuille et court vite). Sauf qu’il est tombé sur Graham, qui l’a pris sur le fait. Dès lors, Graham l’a formé à devenir espion-barbouze-détective privé-étudiant. Graham travaille pour Levine qui lui-même travaille pour les Amis de la Famille. Est-ce la mafia ou des banques surpuissantes ?

La fille d’un sénateur a fait une fugue. En tant que tel, ce n’est pas une information de première primeur. Mais quand celui-ci doit briguer l’investiture pour les élections présidentielles, il vaut mieux que toute la famille soit derrière lui. Pour les Amis de la Famille, il y a aussi beaucoup d’argent à se faire. Neal Carey va donc être chargé de retrouver puis de ramener la gamine, que l’on a identifiée à Londres avec un groupe de drogués.

Avant d’écrire son chef d’œuvre, La griffe du chien, Don Winslow a commencé comme auteur de polars standards. Entendez par là un personnage atypique, de l’action, de l’humour et une intrigue bien faite. Un tiers du livre est consacrée à l’éducation de Neal Carey, un tiers à son passage à Londres et le dernier tiers à la conclusion finale. C’est fait de façon très académique, très appliquée et agréable à lire.

Si on est loin du style que cet auteur adoptera par la suite, on retrouve tout de même une grande qualité dans les dialogues, et cet humour froid et cinglant qui relève la lecture. Ce roman ne restera donc pas dans mes annales, si ce n’est que je ne suis pas du tout déçu de sa lecture en tant qu’objet de curiosité et qu’il m’a fait passer un bon moment de divertissement. Un bon polar, en somme.

Le chouchou du mois de juin 2019

Avant de préparer vos valises pour les vacances estivales, je vous propose quelques avis qui vont peut-être vous faire ajouter quelques romans parmi les shorts et autres T-shirts. Et dans tout les avis que j’ai publiés, il y a forcément un livre qui correspond à vos goûts :

Commençons par un coup de cœur, d’un auteur que j’adore, Robin Cook, le Britannique. Comment vivent les morts de Robin Cook (Gallimard Série Noire) se situe juste avant j’étais Dora Soarès et s’avère un roman policier, à la fois cynique et méchant, que romantique et  horrible par son sujet. Dans un milieu corrompu jusqu’à la moelle, l’histoire de ce couple va nous décontenancer, nous émouvoir par tant d’injustice. Énorme, formidable, c’est un roman à ne pas rater.

J’ai continué mon défi Bob Morane avec la quatrième confrontation avec l’Ombre Jaune : Le châtiment de l’ombre jaune d’Henri Vernes (Marabout). Cette aventure va mettre en vedette Bill Balantine dans une sorte de jeu de piste où les rebondissements sont nombreux et les scènes d’action innombrables. C’est un excellent numéro.

Comme tous les ans, j’aurais jeté un coup d’œil di coté des nouveautés de chez Ska. Ce sont des nouvelles noires (ils proposent aussi des nouvelles érotiques) électroniques de bon voire de très bon niveau. La cuvée 2019 vaut largement le détour avec des auteurs tels que Mouloud Akkouche, Luis Alfredo, Gaëtan Brixtel, Mathilde Bensa, Louisa Kern, ou Stéphane Kirchaker. Ne ratez pas Le fils de Gaëtan Brixtel, entre autres.

Vous le savez, mes choix de lecture reposent beaucoup sur les autres blogs. Mon ami du Sud, Petite Souris, m’avait vanté les qualités de deux romans mettant en scène des femmes. Ce fut donc pour moi l’occasion de faire un billet ayant cette thématique. Avec Oyana d’Eric Plamondon (Quidam éditeur), j’ai découvert un auteur au style aussi minimaliste qu’il est expressif. Son histoire de femme qui revient vers ses racines sur fond d’ETA est juste éblouissant. Changement de thématique mais aussi de style avec Les mafieuses de Pascale Dietrich (Liana Levi) où on est plongé dans un intrigue plus polar, où j’ai été surpris par la maîtrise et l’assurance de cette auteure dont ce n’est que le deuxième roman. C’est une vraie belle découverte.

Restons du coté des polars, justement. Si vous cherchez du divertissement venu d’ailleurs, Ma sœur, serial killer de Oyikan Braithwaite (Delcourt) est fait pour vous. Débarquant du Nigeria, ce roman est juste et humoristique, décalé et passionnant ; bref, en un mot, il est impossible d’arrêter sa lecture. Outre son sujet original, l’auteure publie ici un premier roman passionnant sur la loyauté familiale, où elle pousse ce thème aux extrêmes, pour notre plus grand plaisir.

J’ai pris l’habitude de mettre en avant certains auteurs … quand l’occasion se présente. C’est le cas ce mois-ci avec Jean-Pierre Ferrière, puisque ses romans sont réédités de temps en temps. En fin d’année dernière, c’était La Seine est pleine de revolvers (French Pulp), l’histoire de deux couples dont les femmes veulent se débarrasser de leurs maris par des meurtres parfaits. Cette année, c’est Le dernier sursaut (Campanile éditions) avec un portrait parfait de femme qui se révèle et s’ouvre après un drame personnel ? Dans les deux cas, le scénario est impeccable et les psychologies féminines formidablement faites.

Au niveau divertissement toujours, dans le genre fantastique, Le maître des limbes d’Olivier Bal (De Saxus) nous propose de visiter un autre monde, celui des rêves. Bâtissant son roman avec tous les codes du thriller, Olivier Bal dont ce n’est que le deuxième roman s’avère un auteur plein de talent et prometteur pour l’avenir. C’est prenant, oppressant, inquiétant, et rythmé.

Le polar, c’est aussi le message, l’ouverture au monde, voire la dénonciation. Faisant suite à son excellent Tu n’auras pas peur, Et tout sera silence de Michel Moatti (HC éditions) reprend les mêmes personnages pour parler ouvertement du trafic des femmes à destination de la prostitution. D’un contenu parfois cru, excellemment documenté et profondément humain dans sa volonté de montrer l’horreur, l’auteur crie haut et fort ce scandale dont personne ne parle.

Les médias en parlent de temps en temps, puis c’est le grand silence et on pense que le drame du harcèlement au travail n’existe plus … jusqu’au prochain procès ou scandale. Elle le gibier d’Elisa Vix (Rouergue) nous place dans ce cadre dans un roman choral dont seule Elisa Vix a le secret. Un roman génial, tout petit qui pourtant en dit tant. Et c’est psychologiquement très fort.

Je l’attends tous les ans, le dernier roman d’Ahmed Tiab. Le dernier en date s’appelle Adieu Oran d’Ahmed Tiab (Editions de l’Aube) et il nous montre un pays en perdition, qui oublie ses valeurs, pour plonger dans le chaos. Au menu, là aussi, l’exploitation des migrants mais surtout un roman témoin qui nous rend impatient de lire la suite. A mon avis c’est le meilleur roman de cet auteur à ce jour.

Le chouchou du mois a dont été bien difficile à choisir. Car j’aurais pu en choisir trois ou quatre. Allez, je me lance ! Le titre du chouchou du mois revient donc à Elle le gibier d’Elisa Vix (Rouergue). J’espère que ces avis vous auront été utiles dans le choix de vos lectures.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances estivales, et rassurez vous : le blog reste ouvert tout l’été ! Profitez en bien et surtout n’oubliez pas le principal : lisez !

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com