Les Anges de la Nuit de John Connoly

Editeur : Presses de la cité (Grand format) ; Pocket (Format Poche)

Traducteur : Jacques MARTINACHE

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec ma huitième lecture. Après un épisode franchement emballant, ce roman m’a surpris, m’a pris à revers. La liste de mes billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Quand les trahisons se paient au prix fort…

On les surnomme les Faucheurs, et ils sont l’élite des tueurs. Des hommes si terrifiants qu’on ose à peine prononcer leur nom. Louis, l’ami du détective Charlie Parker, a été formé par cette armée de l’ombre avant de tirer un trait sur son passé. Mais aujourd’hui il est la cible des Faucheurs, et plus particulièrement de Bliss, le tueur des tueurs. Charlie Parker, que Louis a souvent tiré de mauvaises passes, parviendra-t-il à le sauver ?

Tableau d’un monde crépusculaire où tout n’est que corruption, où les crimes demeurent impunis mais où les trahisons se paient au prix fort, Les Anges de la nuit fascine et glace le sang.

Mon avis :

Après un épisode noir et qui avait, me semble-t-il relancé la série, John Connoly décide de creuser ses personnages. Entre Louis et Angel, il a choisi Angel. C’est donc l’histoire d’Angel que nous allons lire, avec en parallèle une course poursuite, sorte de duel entre tueurs, un peu comme Highlander. Louis, a été élevé par un groupe de tueurs. L’un d’eux, Bliss, veut à tout prix le tuer pour se venger du passé, puisque Louis l’a brulé plusieurs années auparavant.

Certes cet épisode est glauque, car John Connoly arrive à nous montrer un univers parallèle, dont nous n’avons pas idée. C’est aussi l’occasion de nous offrir encore une fois des scènes incroyablement visuelles, mais j’y ai trouvé peu de scènes d’angoisse. Par contre, entre deux moments de tension, on rigole beaucoup, puisque Louis et Angel nous offrent des dialogues truculents voire inénarrables.

Il faut juste savoir que Charlie Parker n’apparait que très peu dans cet épisode, puisqu’il entre vraiment en scène qu’à partir des deux tiers du roman. Donc la narration n’est pas à la première personne et cela m’a créé comme une distance par rapport aux précédents opus. Par contre, cela m’a donné envie d’en relire un autre tout de suite, parce que je n’ai pas eu ma dose de Charlie Parker.

Liste des épisodes précédents :

Tu n’auras pas peur de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

Michel Moatti est un auteur que je suis depuis ses débuts dans le polar. Pour son petit dernier, il revient à Londres, lieu de ses deux premiers polars historiques. Mais il s’agit d’un thriller, qui en respecte tous les codes, en rajoutant une réflexion intéressante sur le journalisme. Génial !

L’histoire :

Un corps est repêché dans l’étang de Crystal Palace, au sud de Londres : il est attaché à un siège de pilote d’avion et comporte une pochette peinte en bleu, nouée autour du cou. Trevor Sugden et Lynn Dunsday sont les premiers journalistes sur les lieux. Sugden a la soixantaine et est journaliste pour un journal papier, alors que Lynn est journaliste pour un site Internet d’information le Bumper. Les deux se sont rencontrés lors d’une précédente enquête et s’apprécient beaucoup, au point de s’échanger des informations quand ils sont sur les mêmes sujets.

Sugden et Lynn apprennent des policiers sur place, que le mort a été attaché à ce siège et balancé vivant dans l’étang, si bien qu’il s’est noyé. En plus, le meurtrier lui a congelé le bras droit avec de l’azote, si bien que les ambulanciers ont cassé le bras en transportant le corps. Sugden pense avoir déjà vu cette scène et en fait part à Lynn : Il s’agit d’une reconstitution de la mort de d’un chanteur connu, lorsque son avion a plongé dans un lac gelé.

L’horreur atteint son comble, quand le tueur poste sur les réseaux sociaux une vidéo mettant en scène son meurtre sans rien cacher. Sugden et Lynn vont mener leur enquête chacun de leur coté, s’épaulant par moments, alors que la vie privée de Lynn va être bouleversée quand elle devient l’amante du policier Andy Folsom. Bientôt, c’est un deuxième cadavre qui apparait, avec une mise en scène totalement différente.

Surpris, passionné, enchanté, passionné, ravi, époustouflé, horrifié. Voici les états d’âme par lesquels je serais passé lors de cette lecture. Pour tout vous dire, le cinquantenaire que je suis est très méfiant vis-à-vis du flot d’information incessant que nous subissons ou qui nous est disponible. On a l’habitude de dire que trop d’information tue l’information. Et pourtant, aujourd’hui, on est abreuvé par des informations qui viennent de toutes parts, vraies ou fausses et on ne se pose plus la question de ce que l’on doit croire ou trier. J’attendais un roman qui aborderait cet aspect et Tu n’auras pas peur de Michel Moatti est ce roman-là. Il pose même plus de questions, aborde plus d’aspects que ce que je demandais.

Michel Moatti a choisi une forme classique pour illustrer son propos. Choc des générations, choc des cultures, choc des technologies, choc des modes de réflexion (je préfère utiliser le mot choc plutôt que guerre). Et pour cela, il place deux personnages au centre de l’intrigue. Sugden fait office de « Vieux de la vieille », travaille à l’ancienne, posément, rigoureusement, pour sortir son billet avant le bouclage du journal quand il a de la matière. Lynn, elle, doit tenir son lectorat en haleine. Elle doit donc sortir des billets de quelques paragraphes pour que les gens la suivent, ou du moins qu’ils suivent grace aux flux RSS les nouveautés. Et s’ils sont de deux générations différentes, s’ils travaillent différemment, les deux sont d’excellents journalistes dont le métier a pris le pas sur leur vie privée. D’ailleurs, Lynn est portée sur la boisson et les bars nocturnes, Sugden apte de bons restaurants.

A travers ces deux personnages, on voit bien où veut nous mener Michel Moatti. Il ne sert à rien de lutter contre la technologie, nous dit-il entre les lignes, mais il faut se rendre compte du passage de témoin qui est en train de se jouer. Pour autant, la jeune génération veut aller vite, à l’essentiel, et les journalistes qui abreuvent les sites de nouvelles doivent suivre le rythme. Mais pour autant, qui dit changement de mode travail ne veut pas dire baisse de talent. Sugden et Lynn sont tous deux doués. Et si on peut penser que la psychologie des personnages risque de passer au second plan derrière ce sujet, n’en croyez rien. J’ai un critère pour ça : Il y a un ENORME événement un peu avant la page 200 qui va toucher les deux personnages. Quand on lit ces 4 ou 5 pages, en ayant la gorge qui se serre, les yeux qui piquent, ça veut dire que l’on s’attache aux personnages. Fichtre ! Mais quel talent, quel passage !

Comme à son habitude, Michel Moatti accorde une grande importance aux décors, à la ville, au mode de vie des gens. Il ne faut pas oublier que lors de ses trois précédents romans, c’est bien ce talent à peindre des ambiances réalistes qui m’avaient plu. C’est encore le cas ici, puisque l’on a vraiment l’impression de vivre avec Sugden et Lynn, à l’anglaise. On y voit les rues, les couleurs, les immeubles, on y sent les odeurs, on goute même aux plats suggérés par Sugden. Super !

L’intrigue quant à elle est plus proche d’un roman policier, voire d’un roman psychologique que d’un thriller où il y a des morts toutes les 50 pages. Les meurtres apparaissent juste quand il faut et quand Michel Moatti a jugé bon de relancer l’histoire après nous avoir asséné quelques vérités. Car c’est vraiment ce que j’ai adoré dans ce roman. Lynn parfois se demande si elle n’est pas tout juste bonne à lancer de la viande au peuple, au travers de ses billets pour le Bumper. Outre la prise de conscience de la journaliste, et de leur code de déontologie, c’est nous, lecteurs, que Michel Moatti oblige à une prise conscience de ce que nous vivons. Il ne juge pas, mais nous place en face de nos responsabilités. C’est bien parce que nous lisons des horreurs, que nous avons des attitudes de voyeurs, que la prolifération de l’information a lieu. En gros, tout le monde est coupable, puisque c’est la loi de l’offre et de la demande. Et donc je vais terminer ce long billet par mon petit conseil du jour : Eteignez donc la télévision, et lisez !

Tiens, avant de vous quitter, je vous offre un beau sujet de réflexion : Plus il y a d’information disponible, moins il y a de communication. Vous m’en écrirez 4 pages. Merci !

Nuit de Bernard Minier

Editeur : XO Editions

Comme beaucoup, je suis fan de Bernard Minier. Le fait que Glacé ait été adapté en série télévisée a relancé l’intérêt de ces romans mettant en scène le duel entre Martin Servaz, commandant à la Police Judiciaire de Toulouse et Julian Hirtmann, tueur en série manipulateur sans limites. Et je ne peux que vous conseiller de lire les précédents romans mettant en scène Servaz, à savoir Le cercle et N’éteins pas la lumière.

Bergen, Norvège. L’inspectrice Kirsten Nigaard est appelée à la cathédrale, car le corps d’une femme vient d’être découvert, mis en scène sur l’autel, tendu comme si le corps avait reçu une décharge électrique. Si le policier, Kasper Strand, a fait appel à elle, c’est parce qu’il a trouvé sur le corps de la morte un morceau de papier avec le nom de Kirsten. Le corps est vite identifié ; il s’agit de Inger Paulsen. Celle-ci travaille sur une plate-forme pétrolière.

Toulouse, France. Martin Servaz est en intervention avec son collègue et ami, Vincent Esperandieu. Ils vont interroger Florian Jensen pour une affaire de viols, sachant que ce dernier a déjà été condamné pour ces crimes. Apparemment, il a un alibi. Mais en voyant un chat sous le buffet, Servaz se rappelle d’une affaire de meurtre un peu plus ancienne. Quand il évoque le chat, l’homme s’enfuit. La course poursuite les conduit dans une gare de triage où l’homme tire sur Servaz avant de se faire électrisé sur un wagon.

Kirsten Nigaard et Kasper Strand débarquent sur la plateforme pétrolière en pleine tempête. Le responsable de la plateforme leur indique que la morte était en permission. Ils vont visiter sa chambre mais ne trouvent rien. Quand ils demandent à voir les chambres de ceux qui sont en permission, ils tombent sur des photos montrant le commandant Servaz, ainsi qu’une photo d’un enfant, avec inscrit au dos : Gustav.

La balle de l’homme a transpercé le cœur de Servaz. Il se retrouve entre la vie et la mort. Après avoir passé plusieurs jours dans le coma, Servaz retourne au travail, ne pouvant se résoudre à rester sans rien faire. Kirsten Nigaard débarque et lui fait part de ce qu’elle a trouvé sur la plateforme pétrolière. Elle lui montre aussi des videos prises sur la plateforme où apparait sans aucun doute possible Julian Hirtmann. Ceci explique pourquoi Hirtmann avait réussi à disparaitre des radars pendant cinq ans.

Bernard Minier est trop fort. En situant son intrigue à deux endroits différents, il s’empare de l’attention du lecteur pour ne plus la lâcher jusqu’à la fin. C’est dans ce début du roman que l’on voit l’étendue du talent de cet auteur, finalement tout jeune puisqu’il ne s’agit que de son cinquième roman, mais dont je savoure chaque production. Ceux qui ont découvert la série sur M6 devront à mon avis lire les précédents romans, les autres étant en terrain connu. Car oui, je vous le dis, ce roman est grand par ses scènes mais aussi par son intrigue retorse.

Bernard Minier n’est pas un adepte du thriller qui va à 100 à l’heure. Et ce n’est pas avec ce roman là qu’il va changer. Mais il nous offre une intrigue comme un labyrinthe, avec plusieurs entrées et une seule sortie … quoiqu’au fur et à mesure de la lecture on peut imaginer plusieurs fins. Et la fluidité du style, l’évidence de la narration, la justesse des mots font que ce roman est du pur plaisir de lecture. Ce roman, ce sont aussi des scènes incroyablement visuelles, de celles que l’on n’oublie pas : je citerai évidemment la plateforme pétrolière, mais aussi la scène du chalet de montagne, la poursuite de Jensen par Servaz sous des trombes d’eau, jusqu’à la scène finale en forme de duel à la John Woo.

Et il ne faut pas oublier Servaz, qui au sortir de son coma, se retrouve changé, en plein doute sur les émotions qu’il ressent. Il se trouve troublé dans les relations avec Margot, qui revient du Canada pour le soutenir. Servaz a aussi affaire à une beauté scandinave, froide comme la glace mais redoutablement efficace, malgré le fait qu’elle ne parle pas français. Et puis, il y a ce duel en plusieurs actes avec Hirtmann, que j’ai trouvé plus effrayant au début du roman, quand il fait peser une menace sans être présent.

Car on passe par tous les sentiments dans ce roman, mais c’est surtout l’angoisse que j’ai ressenti, attendant comme un gamin la confrontation entre Servaz et Hirtmann. Et cette attente est remarquablement orchestrée, laissant planer une menace constante, même pendant la recherche du petit Gustav. Vous l’aurez compris, ce roman est une excellente suite aux enquêtes de Servaz et j’en redemande !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan

Espace jeunesse : Histoire d’un chien Mapuche de Luis Sepulveda

Editeur : Métailié

Traducteur : Anne-Marie Métailié

Illustrateur : Joëlle Jolivet

L’origine de cette lecture vient des suggestions de la médiathèque de ma ville (Montgeron). J’y emmène toujours mes enfants pour qu’ils découvrent d’autres livres, d’autres auteurs et il y avait ce roman dans le cadre du mois « Roman policier jeunesse ». J’ai craqué sur la couverture et sur le titre, sans même savoir de quoi ça parlait. Retour enfance pour un roman que l’on peut raconter en histoire du soir à ses enfants.

Quatrième de couverture :

Le chien, prisonnier, affamé, guide la bande d’hommes lancée à la poursuite d’un Indien blessé dans la forêt d’Araucanie. Il sait sentir la peur et la colère dans l’odeur de ces hommes décidés à tuer. Mais il a aussi retrouvé dans la piste du fugitif l’odeur d’Aukamañ, son frère-homme, le compagnon auprès duquel il a grandi dans le village mapuche où l’a déposé le jaguar qui lui a sauvé la vie.

Dans la forêt, il retrouve les odeurs de tout ce qu’il a perdu, le bois sec, le miel, le lait qu’il a partagé avec le petit garçon, la laine que cardait le vieux chef qui racontait si bien les histoires et lui a donné son nom : Afmau, Loyal.

Le chien a vieilli mais il n’a pas oublié ce que lui ont appris les Indiens Mapuches : le respect de la nature et de toutes ses créatures. Il va tenter de sauver son frère-homme, de lui prouver sa fidélité, sa loyauté aux liens d’amitié que le temps ne peut défaire.

Avec son incomparable talent de conteur, Luis Sepúlveda célèbre la fidélité à l’amitié et le monde des Mapuches et leurs liens avec la nature.

Mon avis :

Assoyez-vous dans votre fauteuil, bien confortablement, et retrouvez votre âme d’enfant. Imaginez que Luis Sepulveda vous raconte une histoire, simple mais dure. Une troupe d’hommes poursuit un Indien et utilise pour cela « Le Chien ». L’Indien est blessé et il suffit de suivre l’odeur du sang grâce à l’odorat très développé de l’animal.

Cette histoire, qui fait une centaine de pages, peut être lue par un enfant ou par ses parents, sans aucun problème. Il y a la simplicité et la poésie des contes, et aussi la cruauté des contes pour enfants. En ce sens, je le conseillerais plutôt pour des enfants d’au moins 10 ou 12 ans.

J’ai particulièrement apprécié la puissance de l’évocation de la nature, sauvage, inhospitalière. En très peu de mots, Luis Sepulveda arrive à nous plonger dans ces contrées enneigées, à nous faire ressentir de la haine envers le groupe d’hommes et à nous esquisser le drame de la situation Mapuche. La traductrice a d’ailleurs fait un travail remarquable pour à la fois retranscrire la simplicité des mots et l’importance du vocabulaire Mapuche, ce qui nous implique encore plus dans cette histoire et dans leur histoire. A consommer sans modération.

 

Nu couché sur fond vert de Jacques Bablon

Editeur : Jigal

En seulement deux romans, Trait bleu et Rouge écarlate, Jacques Bablon a imposé ses histoires, ses personnages et son style, une voix faite de phrases qui tapent comme autant de coups de poing au lecteur. D’ailleurs, je n’avais pas hésité à évoquer James Sallis lors d’un de mes billets. Eh bien, Jacques Bablon est de retour avec une autre couleur, le vert. Mais ne vous leurrez pas, ce n’est pas la couleur de l’espoir …

Margot Garonne et Romain Delvès travaillent tous les deux dans le même commissariat et pourtant ils n’ont fait que s’observer de loin. Quand il se décide à l’inviter à diner, il ne se passe rien entre eux. Tout juste Romain lui raconte-t-il que sa mère et son père se sont séparés, et que ce dernier a été assassiné quand il avait 6 ans, en sa présence.

En effet, 30 ans plus tôt, la mère de Romain s’appelait Anna, son père Paul. Elle était réalisatrice de films et venait de boucler le tournage de son premier film Case Départ. Elle avait juste accouché après la dernière scène mise en boite. C’est lors de vacances en plein été à la campagne que l’orage éclata entre Anna et Paul, Anna ayant perdu une bague familiale et suspectant une des jeunes filles logée dans la propriété. Romain avait alors 2 ans. C’est lors de cet été que Romain rencontra Dimitri, un jeune lettonien qui allait devenir son meilleur ami, malgré leurs douze années d’écart.

La deuxième rencontre entre Margot et Romain eut lieu dans un supermarché, au rayon bio. Margot lui révéla qu’elle avait 3 filles et que c’est la justice qui l’animait, comme si elle voulait purifier le monde pour ses filles. Romain lui a trouvé logique d’entrer dans la police suite au meurtre non élucidé de son père, mais pour autant, il n’a jamais cherché à en savoir plus.

Lors d’une opération musclée, Romain et Ivo, son partenaire poursuivent des trafiquants. L’accident de la route fut fatal pour Ivo et Romain en sortit indemne. Romain se jura de venger Ivo. Pendant ce temps-là, Anna découvre que le père de Romain était immensément riche. Soudain, la résolution du meurtre de Paul devient son objectif.

Après avoir lu ce roman, je me demande comment Jacques Bablon fait pour rendre ses histoires aussi évidentes, aussi simples, aussi passionnantes ? Je ne reviendrai pas sur le style si direct, si efficace de l’auteur, qui en a fait sa marque de fabrique. Même si, au fur et à mesure de l’histoire, les phrases coup de poing deviennent simples caresses pour mieux nous décrire la vie à la campagne … mais je vais un peu vite.

Si je devais juste dire une chose sur ce roman, c’est que ces deux personnages, si vivants à coté de nous, sont comme deux personnes qui n’auraient jamais du se rencontrer. Hasard des rencontres, fréquentation de collègues de travail, et les deux trajectoires que sont leur vie vont se dérouler en parallèle.

Deux personnages donc, avec deux vies aussi dissemblables, deux itinéraires et deux passions. Anna représente le glaive de la justice, une superbe Athéna, obsédée par la chasse du mal, comme si ce qu’elle faisait pouvait améliorer un peu le monde pour ses filles. C’est une sorte de mère louve et on retrouve à nouveau une allégorie mythologique …  Romain est plutôt calme et désabusé, le genre sans passion, sans vague, sans vie. Du moins c’est ce qu’on croit au début. Car c’est bien lui que l’on va découvrir au grand jour quand il va partir en quête de sa vengeance, une sorte de croisade personnelle. En cela, on découvre une facette plus complexe qu’il n’y parait, un impulsif du bon coté de la barrière, un personnage dont regorgent de nombreux polars, mais peut-être pas avec cette force.

Puis, les vies de nos deux piliers vont continuer, en parallèle, même s’ils vont se croiser. Et l’histoire se dérouler, les deux enquêtes avançant … jusqu’à la fin, un véritable déferlement, un tel feu d’artifice, mais avec si peu de mots, qu’on en ouvre grand les yeux, tant on arrive à visualiser la scène dans notre tête. C’est très fort, très impressionnant, et surtout inoubliable. Alors, non, ce vert là n’est pas la couleur de l’espoir, mais bien la couleur du feu de signalisation autorisant Jacques Bablon à nous offrir de tels polars.

Ne ratez pas les avis des Amis Claude et Jean le Belge

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes

Editeur : Baker Street

Traducteurs : Isabelle D. Philippe, Laure Joanin, Martine Leroy-Battistelli, Jean-Luc Piningre, Julie Maillard-Pujos et Yves Sarda.

Le personnage de Sherlock Holmes est tout de même inédit dans la littérature. Créé par Sir Arthur Conan Doyle, il est devenu si connu que beaucoup de gens croient qu’il a existé. Rien que pour ça, il est passé à la postérité ! Evidemment, cela peut irriter ou amuser certains auteurs. Par conséquent, de nombreuses nouvelles prenant pour personnage principal Sherlock Holmes sont sorties de tout temps. Ce recueil de nouvelles en regroupe un certain nombre, balayant une période allant de 1892 à 2012. Elles sont toutes écrites par des auteurs reconnus et optent pour une parodie du grand détective, chaque auteur y amenant son style humoristique propre. Plus qu’une curiosité, c’est un drôle de divertissement drôle que les éditions Baker Street nous offrent.

Le grand mystère de Pegram de Robert Barr :

Sherlaw Kombs s’ennuie chez lui et reçoit la visite de son ami Whatson. Un journaliste débarque et lui demande son aide pour résoudre le mystère de Pegram : Un homme a été retrouvé assassiné dans un train et on lui a dérobé tout son argent. Alors que le début de l’histoire montre toute la logique du grand maitre, la fin se termine par un grand éclat de rire cynique et cruel. Comme quoi, l’humilité, ça peut servir !

L’aventure des deux collaborateurs de James M.Barrie :

Sherlock Holmes devine qui sont les deux hommes qui viennent le voir sans les connaitre. Heureusement qu’il y a un paragraphe avant la nouvelle proprement dite, pour nous expliquer le contexte. Cette nouvelle est en fait une Private Joke que Sir Arthur Conan Doyle adorait.

La kermesse du terrain de cricket de Sir Arthur Conan Doyle :

C’est une nouvelle ne mettant en scène Sherlock Holmes et le Docteur Watson où l’auteur se moque de son héros. Sherlock arrive à deviner la teneur d’une lettre que Watson vient de recevoir.

Le cambriolage d’Umbrosa de R.C.Lehmann :

Invités dans la demeure du gouverneur John Silver, Picklock Holes et le docteur Potsonvont déjouer un cambriolage avant qu’il ait lieu. Fort bien écrite (et traduite), cette nouvelle flirte avec l’absurde. Je me suis beaucoup amusé.

Le vol du coffret à cigares de Bret Harte :

Le grand Hemlock Jones a été victime d’un vol : on lui a dérobé son coffret à cigares, que l’ambassadeur de Turquie lui avait offert. C’est une nouvelle hilarante où l’auteur se moque ouvertement de Sherlock Holmes … même si la chute est triste.

Scotland Yard de R.C.Lehmann :

Picklock Holes s’amuse à piéger l’inspecteur Lumpkin de Scotland Yard avec la complicité de son compares Potson. C’est une nouvelle qui flirte avec le burlesque, une sorte d’illustration de l’arroseur arrosé.

La beauté secourue de William B.Kahn :

Une nouvelle fois, l’humour absurde fait mouche dans cette nouvelle où Combs se transforme en bureau des renseignements.

Herlock Sholmes arrive trop tard de Maurice Leblanc :

Le créateur d’Arsène Lupin a parfois utilisé Herlock Sholmès dans le but de créer un duel entre les deux fantastiques personnages. Ici, en une trentaine de pages, nous allons visiter le château de Thibermesnil, faire la rencontre d’illustres personnages, assister à un vol audacieux, tomber amoureux de miss Nelly, et voir Sholmès résoudre le mystère du passage secret. Une grande nouvelle.

D’un cheveu de Jean Giraudoux :

« Je sortais des bras de Madame Sherlock Holmes, quand je tombais, voilà ma veine, sur son époux. ». Le docteur Watson va assister à l’esprit infaillible de logique de son ami, dans cette nouvelle qui m’a tiré un bel éclat de rire.

Arthur Conan Dyle de Jack London :

Jack London, dans un extrait de sa biographie, écrit sa fascination pour l’auteur de Sherlock Holmes et sa volonté de le rencontrer. Passionnant.

L’aventure de l’éditeur de livres d’art assassiné de Frederic Dorr Steele :

Le célèbre illustrateur des enquêtes de Sherlock Holmes écrit, dans cette nouvelle, une charge contre les éditeurs malhonnêtes. S’il n’y a pas de déduction logique, cette nouvelle permet à l’auteur de vider son sac.

Le meurtre de la cathédrale de Canterbury de Frederic Arnold Kummer :

Vous y croyez, vous, à Holmes et Watson en version féminine ? C’est bien ce que nous propose cette nouvelle, en mettant en scène la fille du grand Sherlock. Apparemment, la fille a les mêmes qualités que son père, sans les défauts. Cette nouvelle est tout simplement excellente, et probablement une des meilleures de ce recueil (à mon humble avis).

La plus grande machination du siècle de René Reouven :

Nous allons enfin découvrir la vérité sur la mort de Sherlock Holmes, à travers un éditorial écrit par le colonel Moriarty, le soi-disant frère du Professeur qui a poussé le détective dans le vide. Une autre façon de détourner le mythe.

Epinglé au mur de Peter G.Ashman :

L’auteur nous propose un recueil de lettres restées sans réponse et adressées à Sherlock Holmes après sa mort. Très drôle.

L’aventure de l’héboniste chronique de Ely M.Liebow :

Un Sherlock Holmes mâtiné à la sauce Humour juif.

L’autre défenestration de Pargue de Jacques Fortier :

Les deux dernières nouvelles (celle-ci et la suivante) sont plus récentes. Pour autant, cette défenestration, si elle est moins ironique, est remarquable par la logique déployée par le génial détective.

L’aventure du banquier pervers de Bernard Oudin :

Même si cette nouvelle n’a rien à voir avec l’affaire du Sofitel de New York de DSK, c’est avec à la fois beaucoup d’humour et de sérieux que l’auteur reprend une affaire similaire pour démontrer tout le génie de Sherlock Holmes. De quoi le regretter !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Le chouchou du mois de mars 2017

Si vous vouliez trouver une lecture distrayante, il ne fallait pas venir voir du coté de Black Novel ce mois-ci. Car à part Mystère au camping de Martin Widmark (PKJ), quatrième tome de la série des enquêtes de Leo et Maya destiné aux enfants à partir de 8 ans, et Mör de Johana Gustawsson (Bragelone) qui est un thriller dans la plus pure tradition, que nous a partagé Suzie, tous les autres romans, d’une façon ou une autre nous ont proposé une réflexion, qu’elle soit philosophique ou sociétale.

Tous les romans que j’aurais chroniqués ce mois-ci laisseront des marques, me laisseront des souvenirs quant aux sujets qu’ils ont abordés. Et finalement, n’est-ce pas aussi pour cela que nous lisons : pour que ces romans nous apportent quelque chose ? Bon, j’arrête sinon je vais vous saouler sur l’importance de la lecture. Que disais-je ? Ah oui, réfléchissons en nous amusant …

En termes de réflexion sur la peine de mort, Le sixième commandement de William Muir (Gallimard-Série Noire) en est un excellent exemple. Avec son personnage principal irresponsable, l’auteur nous place face à un dilemme sur la culpabilité et ses conséquences. Dans un autre genre, Antonin Varenne nous emmène au Far-West avec Equateur (Albin Michel) et nous propose à travers son personnage une belle métaphore de la fuite et de la recherche du paradis perdu. Plus classique, Retours amers de Fabrice Pichon (Lajouanie) reprend le thème de la vengeance et se distingue de ses prédécesseurs par la force de ses personnages. Dans Cet été là de Martin Lee (Sonatine), ce roman remarquablement écrit nous questionne sur la responsabilité de chacun dans notre société. Enfin, Dompteur d’anges de Claire Favan (Robert Laffont) nous montre les dangers de l’éducation des enfants, et la forme du thriller est un bon moyen pour marquer les imaginations et poser de vraies questions.

Sous la terre des Maoris de Colin Nixon (Editions de l’Aube) est peut-être un roman qui n’en a pas l’air, mais il nous montre bien le chocs entre la culture occidentale et celle des maoris. Elijah de Noël Boudou (Flamant noir), quant à lui, ne prend pas de gants et montre au grand jour les violences conjugales. Récit d’un avocat d’Antoine Bréa (Seuil), dans un registre plus subtil, nous montre un personnage d’avocat introverti qui va s’ouvrir au monde. Toutes taxes comprises de Patrick Nieto (Editions du Cairn) revient sur le scandale de la taxe carbone, dans un roman choral extraordinaire à la fin très drôle et cynique.

Et si vous voulez savoir comment se porte notre monde, il vous suffit de lire Pssica d’Edyr Augusto (Asphalte) ou Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi (Plon) pour avoir une idée de la violence et de la corruption, réciproquement au Brésil et au Gabon. Et finalement, on se rend compte qu’on n’a pas besoin d’aller chercher très loin pour avoir la même chose …

Trêve de plaisanterie. Vous allez me dire que je n’ai pas choisi de chouchou. Eh bien, après beaucoup d’hésitations et d’atermoiements, j’ai choisi Pssica d’Edyr Augusto (Asphalte), car cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été secoué de cette façon. Au-delà du message clairement politique, l’auteur choisit un parti-pris artistique pour faire de son roman un grand roman.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com