Mort à Florence de Marco Vichi

Editeur : Editions Philippe Rey

Traductrice : Nathalie Bauer

Parmi les auteurs italiens traduits chez nous, mes deux préférés sont incontestablement Carlo Lucarelli et Massimo Carlotto. Mais il y en a trois que je suis depuis quelque temps : Antonio Manzini, Valerio Varesi et Marco Vichi. Après Le commissaire Bordelli et Une sale affaire, voici donc le troisième tome des enquêtes de ce commissaire cinquantenaire dans les années 60, débonnaire, nostalgique, nonchalant et rigoureux.

En cette fin de mois d’octobre 1966, le commissaire Bordelli et son ami Ennio Botta, truand de son état,  vont cueillir des champignons dans les bois environnants de Florence. Bordelli aimant la bonne cuisine, Botta lui propose d’aller chercher des cèpes. Cela lui changera les idées, car Bordelli est occupé par la disparition d’un collégien de 13 ans, Giacomo Pellissari, qui après être sorti de l’école, n’est jamais arrivé chez lui.

La police se fait incendier par la presse, incapable de trouver la moindre piste sur la disparition du jeune garçon. Alors qu’il arrive au commissariat et retrouve son collaborateur Piras, fils d’un de ses amis d’enfance, Bordelli est informé d’un couple mort dans une voiture. Un suicide vraisemblablement. Diotivede le légiste lui annonce que la femme est morte deux heures après l’homme. Mais ce qui obsède Bordelli, c’est bien la disparition du petit Giacomo et la cuisine de Toto ne va rien y changer.

Sa soirée se termine chez Rosa, ancienne prostituée qui accepte de le recevoir pour lui prodiguer des massages qui ont le don de le détendre. Ce jour là, elle lui réserve une surprise en la visite d’Amélia, une cartomancienne. Elle lui prédit de trouver l’amour mais cela ne durera pas longtemps et qu’il trouvera le corps du petit Giacomo le lendemain. Et dès le lendemain, on réveille Bordelli pour lui annoncer qu’on vient de trouver le corps du petit, enterré non loin de là où il était allé chercher des champignons avec Botta. Refusant la superstition, il fouille autour de la scène et trouve à la fois un chaton et une facture en papier appartenant à un boucher nommé Panerai. Cela décuple la motivation de Bordelli d’autant plus que Diotivede lui apprend que le petit a été violé puis étranglé.

Voilà un roman sur lequel j’ai plein de choses à dire parce qu’il parle de beaucoup d’aspects de l’Italie. Comme ses précédents romans, le style s’avère calme, lent et nonchalant. Marco Vichi y ajoute de l’humour fort bienvenu surtout dans les dialogues, ce qui soulage l’aspect dramatique de l’intrigue. Il faut aussi signaler qu’il n’est pas utile de lire les précédents, puisque les trente premières pages vont nous présenter l’entourage du commissaire Bordelli, ce qui est un véritable tour de force.

Le roman peut se séparer en deux parties, puisqu’à la moitié du roman, la ville de Florence se retrouve envahie par les eaux, suite aux pluies qui ont déferlé pendant plusieurs jours. Alors que le début du roman parle de l’impuissance du commissaire pour trouver la moindre piste concernant le meurtre du petit Giacomo, l’inondation va transformer la ville en paysage de boue, créant une allégorie sur la saleté des dessous de Florence et la suite de l’enquête va en être une belle illustration.

Car outre la psychologie de Bordelli qui est bien détaillée, montrant un personnage écrasé par sa solitude et à la recherche de l’Amour, Marco Vichi insiste sur son obsession, ses incessants souvenirs de la guerre. Il ne passe pas pour un héros, loin de là, mais revient sans arrêt sur des événements qui l’ont marqué, à chaque fois qu’il déambule dans les rues de Florence. Il en vient même à se raccrocher aux prédictions d’une cartomancienne, qui lui promet une rencontre qui débouchera sur une relation forte qui ne durera pas longtemps. C’est donc un Bordelli totalement perdu qui erre au travers de ces pages.

Ce roman va dépasser le cadre de l’enquête ou des atermoiements de notre commissaire. Car c’est bien l’image d’un pays, se rêvant plus grand qu’il n’est que nous avons devant les yeux. L’Italie présentée ici a élu El Duce en regard aux illusions perdues d’antan, et ce dernier a joué cette carte à fond pour faire croire au peuple que leur pays allait retrouver les ors perdus. Marco Vichi nous montre qu’une grande partie de la société est nostalgique des chemises noires de l’Italie fasciste, qu’elle ne rêve que d’un chef qui la ramènerait sur le piédestal perdu.

Ce n’est pas un roman que l’on va lire pour l’enquête, puisqu’elle passe au second plan, et avance grâce à des indices trouvés par des coïncidences ou de la chance. Ce roman est plutôt à aborder pour toutes les thématiques qu’il montre, et en cela, il devient un roman riche et fort intéressant, disséquant en détail ce que beaucoup d’Italiens (et d’autres habitants d’autres pays) pensaient alors dans les années 60 et pensent encore aujourd’hui. En cela, ce roman est important.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

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La reine noire de Pascal Martin

Editeur : Jigal

Bien que Pascal Martin soit connu dans le milieu du polar, je n’avais lu un de ses romans auparavant. L’erreur est maintenant réparée et j’ai découvert un super polar, exemplaire à tous points de vue.

Avec son nom qui rappelle des champs fleuris, on pourrait croire que la petite ville de Chanterelle est idyllique. Hélas, comme beaucoup de villes de l’Est de la France, elle a subi la crise économique et la fermeture de son usine principale, la raffinerie de sucre, a engagé son déclin. Le seul vestiges qui demeure est cette gigantesque cheminée qui trône sur les ruines de l’usine et que tout le monde appelle La Reine Noire, comme une malédiction, comme pour rappeler aux habitants leur malheur de tous les jours.

Un homme au volant de sa BMW débarque en conduisant comme un fou. Il est habillé tout de noir et porte des lunettes de soleil opaques à travers lesquelles on ne peut voir son regard. Il s’attable au Bar du Centre et demande une boisson. Puis, il demande à Amandine, la serveuse s’il n’y aurait pas une maison à louer dans le coin. Elle l’oriente vers une agence de Bar-Le-Duc qui lui propose une petite maison isolée que tout le monde appelle La Maison du Fada. Il n’en faut pas plus pour que les discussions aillent bon train avec l’arrivée d’un homme qui ressemble à La Faucheuse.

Le même jour, un deuxième homme, moins énigmatique mais tout aussi inconnu débarque. Il ne cherche pas une  maison à louer mais une chambre qu’il trouve à l’auberge de Joe. D’un aspect amène, il pue l’eau de toilette pour homme et se dit psychiatre, ce qui lui permet de s’intéresser à beaucoup de gens.

En réalité les deux hommes se connaissent : l’homme en noir se nomme Toto Wotjeck et est tueur à gages pour le compte d’un Indonésien. Le deuxième se nomme Michel Durand et est flic. Il est chargé de surveiller Wotjeck. Les deux ont grandi à Chanterelle avant de suivre chacun leur parcours, l’un en Indonésie, l’autre dans la police. Quand des larcins sont perpétrés et que quelques corps sont retrouvés, la ville endormie de Chanterelle se réveille.

Malgré un début que j’ai trouvé maladroit, au moins pour les deux premiers chapitres, que j’aurais aimés plus descriptif pour que l’on entre directement dans le décor, ce polar arrive à captiver par l’efficacité du style et l’économie des descriptions. Pour tout dire, dès le troisième chapitre, j’étais pris, embringué dans cette histoire où, tout du long, on se demande où l’auteur veut en venir, sans pouvoir lacher le livre, pour finalement arriver à un final renversant, formidable.

Nous allons donc suivre l’itinéraire de deux hommes, en parallèle, qui vont débarquer dans une petite ville calme en apparence, mais où règne un ressentiment fataliste envers ceux qui ont fermé la raffinerie. L’auteur arrive à nous plonger dans ce décor, arrive à nous immerger dans des discussions de bistrot, et à nous présenter les âmes de cette ville abîmées par ce drame économique. L’ambiance y est noire, triste, et tout le monde y cherche un bouc émissaire, que les alcooliques du dimanche trouvent en Wotjeck puisqu’il n’est pas comme eux.

Puis l’histoire se construit, et on découvre que les deux hommes, Wotjeck et Durand se sont connus dans leur enfance, qu’ils ont grandi ensemble, mais du même coté de la barrière. L’un était le fils du directeur de l’usine, l’autre le fils d’un ouvrier. De ces deux personnages, l’auteur image une lutte des classes sous le refrain de la vengeance est un plat qui se mange froid comme la mort. Sans vouloir donner de leçons, ni être revendicateur outre mesure, il construit en toute simplicité un roman qui, personnellement, m’a impressionné justement par son apparente simplicité.

Et c’est sans compter la fin, qui évidemment et comme le reste du livre, est étonnante et renversante, mais sans aucune esbroufe, et avec beaucoup de créativité, d’ingéniosité et de malice. Décidément, ce roman s’avère surprenant du début à la fin, à tous points de vue et se place juste à coté des romans de Pascal Garnier, auteur que j’adore.

Ne ratez pas l’avis de Claude et de l’Oncle Paul

Enfants de la Meute de Jérémy Bouquin

Editeur : Rouergue

Depuis que les éditions Ska m’ont permis de découvrir Jérémy Bouquin, j’essaie de suivre ses publications, ce qui n’est pas forcément évident puisque le bonhomme est prolifique. Ce que j’aime chez Jérémy Bouquin, c’est son style rentre-dedans et ses intrigues originales.

Il roule à bord de son AUDI intérieur cuir sans regarder en arrière. Il s’appelle Garry Lazare. Avec, lui, sur le siège arrière, il y a un enfant Yannis, âgé de 8 ans. Il s’arrête sur une aire d’autoroute, pour une pause pipi, et pour faire un petit ravitaillement. C’est alors que Yannis demande où est son papa. C’est vrai que c’est l’excuse qu’il lui a donnée : on va rejoindre ton papa.

Quand ils arrivent dans le Jura, la route commence à serpenter. Garry n’a pas trouvé mieux que d’emmener le petit chez son propre grand-père, que Garry a toujours détesté. Son frère et lui y passaient leurs vacances d’été et ils avaient du mal à supporter les humeurs de ce vieil alcoolique raciste. Mais il n’y a pas mieux comme planque que la baraque de ce vieux con, perdue dans les bois jurassiens.

Dans les virages boueux menant à la baraque du vieux, le petit vomit sur les sièges intérieur cuir. Garry arrive à garder son calme. Quand il arrive, le grand-père pose des questions auxquelles Garry ne répond pas. Il est officiellement venu passer quelques jours avec Yannis qui n’est pas son fils. Yannis est en effet le fils de Joe, son ami de cœur, son frère de sang. Joe est en prison, et doit bientôt s’en évader. Mais tout ne va pas se passer comme il était prévu.

Malgré sa forme relativement courte, il va se passer beaucoup de choses dans ce roman, qui montre une nouvelle tout l’art de Jérémy Bouquin de partir d’une situation simple et d’en faire un excellent polar uniquement grâce à sa créativité et son style. L’histoire tout d’abord se résume en un duel, même si cela commence comme un enlèvement d’enfant. Car le roman est construit en deux parties, une consacrée à Garry et une à son poursuivant. Vous comprendrez bien que je ne peux pas vous révéler son identité sous peine de vous révéler la chute du roman qui est génialement trouvée.

Le style est direct, il claque comme un coup de feu dans les bois jurassiens. Jérémy Bouquin démontre une nouvelle fois qu’il est inutile d’en faire des tonnes pour raconter une bonne histoire, histoire qui va se révéler plein de surprises : c’est indubitablement noir et sans remords. L’univers y est dur et on est en face de gens sans pitié. Mais l’auteur arrive par la magie de certaines scènes à nous insuffler de belles émotions de tendresse, en particulier les passages où le grand-père part avec Yannis dans la forêt.

Ne me demandez pas si cela va se terminer bien, ni si la morale est respectée. Le fond de cette histoire se passe dans le milieu de la drogue et donc la trame se révèle violente, même si elle n’est pas explicite et étalée sur les pages blanches. Il en ressort une sensation de stress insufflé uniquement par les actions des personnages.

Enfin, ne ratez pas la fin, qui a lieu après le duel (tant attendu et liquidé en deux phrases). Non, la surprise a lieu juste après, avec un retournement de situation qui fait montre d’un bel humour noir et qui surtout nous reconstruit toute l’histoire, comme quand on vient mettre les quelques dernières pièces d’un puzzle bien agencé. Avec ce roman, Jérémy a construit un polar efficace dans la plus pure tradition du noir.

Ne ratez pas l’avis de Claude entre autres …

Ne me quitte pas de Mary Torjussen

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Benoit Domis

Il me semble que depuis quelque temps, les auteurs et plus particulièrement les auteures se penchent sur notre quotidien pour imaginer des intrigues dont le rebondissement apparait dans les toutes dernières pages. Et comme ces romans sont en général narrés à la première personne du singulier, rien de plus facile que de prendre le lecteur à rebours. Ce fut le cas de La fille du train de Paula Hawkins, et avant cela de Les apparences de Gillian Flynn. Plus récemment, le succès de Derrière les portes de BA.Paris, a donné lieu à plusieurs romans entrant dans la même catégorie, tels Mon amie Adèle de Sarah Pinborough, Sisters de Michelle Adams, ou Disparue de Darcey Bell. Alors, pour parler de ce roman, nous avons voulu avec Suzie, ma chroniqueuse invitée, faire une sorte de tennis du polar.

Bonjour Suzie, et bienvenue chez moi, mais tu connais déjà, n’est-ce pas ?

Bonjour chers lecteurs. Et, bonjour Pierre. Merci de m’inviter de nouveau. J’en profite pour sortir de ma chère cave et pour aller me chercher quelques provisions littéraires. Mais, surtout pour vous parler d’un nouveau bouquin que, entre nous, j’ai eu énormément de mal à lâcher. J’y pensais tout le temps et la fin …

Mais je vais laisser le maitre de maison lancer le débat.

Parlons un peu de cette nouvelle mode de situer les intrigues dans notre quotidien. D’un coté, avec un peu d’observation, il est facile de détourner des petits événements en grosses catastrophes. D’un autre coté, on risque de tourner un peu en rond. Dans le cas de ne me quitte pas de marie Torjussen, Hannah revient de Oxford où elle a réalisé une présentation remarquée. A tel point qu’on lui laisse envisager un poste de direction. Toute heureuse, elle rentre chez elle et là … Patatrac … L’homme de sa vie, Matthew a disparu. Plus fort encore, toutes ses affaires ont disparu, jusqu’aux tableaux qu’il avait accroché dans le couloir de l’entrée. Même ses mails, ses SMS ont disparu. Etonnant, non ? Cela m’inspire deux questions pour toi : Que penses-tu de cette mode ? Que penses-tu de ce début ? Et toc, retour en revers …

Je vais répondre à une question implicite qui est sous-jacente. Dans le domaine du fantastique, on peut considérer qu’un ouvrage appartient à cette catégorie lorsque le merveilleux fait une incursion dans le monde réel. En ce qui concerne les thrillers, on pourrait penser que ce type de situation est directement inspiré du fantastique. Excepté que lui substitue un événement traumatisant au lieu d’un événement fantastique. Enfin, il faut savoir qu’il existe de nombreuses disparitions pour lesquelles on n’a plus de nouvelles de la personne. Ces dernières ne sont pas aussi extrêmes que celle racontée dans cette histoire. Mais, cela reste perturbant. Je précise que je parle de disparition d’adultes.

En ce qui concerne ce que je pense de cette mode, rien n’est plus terrifiant que de se retrouver dans une situation qu’on ne pouvait pas anticiper. Et la disparition d’un membre de la famille proche voire de son compagnon ou de sa compagne entraîne un état de stress très important. D’ailleurs, le cerveau n’a plus la possibilité de se concentrer sur autre chose. Tout va donc se jouer au niveau psychologique. Pas besoin de rajouter des éléments horribles. Le cerveau les créée de manière implicite. Et, il n’y a rien de pire qu’un cerveau qui vous rend aveugle à tout le reste. Plus rien d’autre n’a d’importance? Vous passez en mode de résolution de problème avec un « pourquoi » inscrit en gros dans votre cerveau. Donc, c’est le meilleur moyen de faire peur à moindre frais. Encore faut-il savoir maîtriser cet environnement et entraîner le lecteur dans la direction choisie. Et, ça, c’est l’exercice le plus dur à faire. Tout va tenir dans le style de l’auteur.

Le début de cette histoire est assez hallucinant. On pourrait presque croire que l’auteur a poussé son personnage dans la série « la Quatrième Dimension ». La problématique est qu’elle ne retrouve aucune trace de son compagnon. Que les affaires de ce dernier est disparu, soit cela peut se comprendre. Mais que le protagoniste principal féminin ne retrouve plus de photo ou que ses affaires se situent exactement au même endroit, comme si de rien n’était, est machiavélique. Car, cela peut induire plusieurs choses : a-t-elle vécu dans un rêve éveillé pendant ces quelques années avec un traitement inapproprié ou il s’est vraiment passé quelque chose. De quoi faire tourner les lecteurs en bourrique.

Heureusement, il reste les autres personnages. D’ailleurs que penses-tu de l’héroïne et de sa meilleure amie?

Comme tu les dis, la disparition de Matthew va constituer le premier fait étrange de cette intrigue. Et Hannah va se retrouver à la recherche de repères, soit envers ses collègues de bureau, soit envers sa meilleure amie. Tous vont vouloir lui apporter leur soutien, mais à chaque fois, elle va être rattrapée par d’autres événements qui vont la perturber. Elle va en effet recevoir des SMS provenant d’un numéro inconnu qui laissent entendre que Matthew la surveille ou du moins qu’il est vivant. Cette première partie, sans vouloir dévoiler ce qui va se passer ensuite, est comme tu le dis une belle façon de faire monter le stress. Et c’est aussi un beau portrait psychologique d’une personne qui se retrouve du jour au lendemain seule. Elle perd ses ancrages envers sa vie quotidienne, ses repères. Et sa réussite professionnelle se retrouve reléguée au second plan. Une fois que Mary Torjussen a posé le décor qui entoure Hannah, elle va s’attarder sur la psychologie de Hannah qui va se renfermer sur elle-même car tout ce en quoi elle croyait vient de partir en poussière. Tu avoueras, Suzie, que ce que montre l’auteure, a de quoi effrayer, toutes ces possibilités de pirater des comptes, d’envoyer des SMS anonymes, de torturer à distance quelqu’un. Heureusement, tout ceci n’est que de la fiction …

De la fiction, de la fiction, c’est vite dit.

Si vous réfléchissez bien. Est ce que vous avez déjà vécu la situation où un mail ou un sms ont soudainement disparu de votre messagerie ou de votre téléphone? Et de vous retrouver en train de tourner en rond car vous le ne retrouvez plus? En ce qui me concerne, à chaque fois, je deviens chèvre. Et si vous élargissez cette situation à l’ensemble de votre messagerie, sms, profils de réseaux sociaux, etc, il y a de quoi devenir dingue.

En lisant l’actualité, on peut constater que le piratage est en train de devenir un danger au quotidien. A travers l’ouverture de mails ou de sms vérolés, vos données peuvent disparaître d’un seul clic, vous pouvez être pris en otage et vous ne pouvez, dans la plupart des cas, rien y faire.

En revanche, ce qui est perturbant, et qui est une forme de torture, c’est de recevoir des appels ou des sms anonymes. C’est d’ailleurs le fond de commerce de nombreux films d’horreur où le téléphone devient un ennemi visible et menaçant. On ne sait pas comment y faire face car il reste là, immobile à attendre. Une autre torture psychologique qui peut être utilisée est de vous faire douter de votre propre santé mentale par différents moyens dont le plus simple est le changement de place d’objets quotidiens. Cela vous est peut-être déjà arrivé de bouger certains objets et d’oublier par la suite de l’avoir fait. Dans certains cas, on pourra demander à un membre de la famille s’il est à l’initiative du fait. Dans d’autres cas, on ne pourra que s’accuser de posséder une mémoire de poisson rouge, voire avoir un double maléfique, une espèce de Mister Hyde si les faits persistent. De quoi douter de la réalité dans laquelle on vit.

Mais, revenons à nos lamas. Que pensez vous que mon très cher hôte pourrait vous dire sur les différentes intrigues de cette histoire?

Si nous abordons les différentes intrigues de cette histoire, je l’imagerais bien comme un arbre. Nous avons le tronc qui est le personnage de Hannah, qui sert de point central, et en cela, la forme de l’écriture est bien faite pour cela. C’est elle qui est au centre, c’est elle qui parle, c’est elle qui nous fait ressentir ses émotions. Du tronc, partent différentes branches, que l’on pourrait classer en trois catégories : Tout d’abord les amis proches Katie et son compagnon James qui sont toujours présents pour Hannah. La deuxième concerne l’environnement professionnel avec Sam, le collègue de travail ou Lucy l’assistante qui mettent inconsciemment et incontestablement une pression d’enfer. Enfin, il y a les voisins Sheila et Ray. Ce que j’ai apprécié c’est cette narration qui plonge le lecteur dans le personnage de Hannah, avec toute la subjectivité que cela implique. Comme nous ne voyons que par les yeux de Hannah, nous ne pouvons imaginer la réalité de ce qui est autour. Et d’ailleurs, je trouve que l’auteure joue beaucoup avec cette situation, jusqu’à nous concocter un final auquel nous ne pouvons pas nous y attendre. Chère Suzie, si tu devais argumenter pour que les visiteurs de mon blog se jettent dessus, quel serait ton avis ?

C’est une question dure, très cher Pierre. Bon, je vais me lancer. Revenons à la base de l’intrigue. Vous rentrez et les affaires de la personne avec qui vous vivez, ont disparu. Tout est revenu dans un état initial, comme si cette personne n’avait jamais existé que ce soit sa décoration, ses affaires proprement dites, ses photos, les SMS ou mails échangés. Plus rien n’existe. Il y a de quoi devenir fou. Ai-je tout inventé ou me joue-t-on un tour maléfique ? Avec ce postulat de départ, cela m’a tout simplement intrigué. Je me suis mise à la place de l’héroïne. Que ferais-je dans cette situation ? Qui préviendrais-je ? Déjà que lorsque j’égare un objet, c’est l’enfer pour le retrouver. Alors, si je devais me retrouver dans la même situation qu’Hannah, je n’ose même pas imaginer ma réaction. Rien que cet aspect de la quatrième de couverture intrigue. Et, si … De plus, le personnage d’Hannah comme l’expliquait notre cher hôte est l’ossature de l’intrigue : sa manière de réagir à la situation, au boulot, au stress que cela engendre. Cela est suffisamment cohérent pour s’identifier à la situation. Enfin, il y a la relation avec les autres protagonistes. On a l’impression que tout est clair, que la vie est un long fleuve tranquille. Et patatras, tout s’écroule alors qu’on pensait atteindre le sommet. Vous verrez que l’eau n’est pas aussi claire qu’on pourrait le penser. Mais, ce n’est pas tout. Il y a surtout l’ambiance psychologique et ce jeu avec la mémoire que ce soient des protagonistes ou des lecteurs. Combien de fois vous est-il arrivé de faire les choses machinalement et de ne plus vous en souvenir ? Tels que fermer la porte de votre appartement, maison ou de votre voiture, mettre ses lunettes de vue sur son nez, etc… Du coup, est-ce vous ou y a-t-il anguille sous roche ? L’auteur va vous mener par le bout du nez jusqu’au final. Et quel final inattendu. Vous ne pourriez même pas l’imaginer.

Donc pour résumer, c’est un livre à lire car il vous tiendra en haleine jusqu’au bout et il pourrait même vous surprendre. L’intrigue de départ est juste machiavélique. L’atmosphère mise en place par l’auteur risque de vous rendre dingue. Cela a été mon cas. Les protagonistes sont justes même si une fausse note devrait vous orienter. Enfin, pour la dernière phrase qui est juste à croquer.

C’est difficile de donner un avis sur ce type de roman sans vous en dévoiler trop. J’espère que j’ai suffisamment titillé votre curiosité pour que vous lisiez ce livre. Je me demande ce que donnera son prochain roman. Une chose est sûre, je le lirai.

Mais, que pense notre hôte sur le sujet ? Je lui laisse la parole. Balle de match

Je m’incline, tu as gagné notre match de tennis, chère Suzie. J’ai aussi été particulièrement impressionné par ce roman, qui exploite à fond la subjectivité des faits, en rédigeant ce roman à la première personne. Incontestablement, Hannah et donc nous lecteurs sommes intrigués et surpris par la situation. Le stress monte, les événements finissent par devenir harcèlement moral et on est en droit de se dire que quelqu’un veut la rendre folle ou bien elle l’est vraiment. C’est d’autant plus surprenant que c’est un premier roman et qu’il est remarquablement maitrisé. Je dois juste avouer que vers le milieu du roman, comme il ne se passe rien de nouveau, je l’ai trouvé un peu bavard. Mais les 100 dernières pages nous renversent comme une crêpe. Car l’auteure dévoile un final inattendu et je me suis aperçu qu’elle avait parsemé son livre d’indices que je n’avais pas vu. C’est le genre de roman où on se laisse prendre, on se laisse mener par le bout du nez, et c’est le genre de roman qu’on a envie de relire, rien que pour retrouver les indices qui sont cachés dans les pages précédentes. Et comme toi, je serai au rendez vous du prochain roman de Marie Torjussen. Je ne peux que te remercier pour ce petit match et j’espère que tu reviendras bientôt parmi nous pour parler polar stressant !

Merci très cher Pierre de m’avoir de nouveau invitée pour discuter thriller. Je m’en retourne dans ma cave lire d’autres merveilles. A bientôt.

A bientôt, Suzie. Quant à vous, lecteur fidèle ou simple visiteur occasionnel, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 3 et 4

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Voici mon avis sur le tome 3, Le peuple des glaces et le tome 4, Les chasseurs des glaces.

Le peuple des glaces :

La Transeuropéenne a déclaré la guerre à la Panaméricaine. Personne ne sait où le front de la guerre se situe, mais la Compagnie a décidé d’envoyer des bâtiments dans le Nord, pour s’approprier les ressources en énergie. Le sergent Malcolm est à la tête d’un patrouilleur faisant route au Nord, quand un engin pirate attaque. Surpris, il tente de fuir mais les trains sont détruits par de puissants tirs laser. Les survivants assureront avoir vus des Hommes Roux dans ce navire pirate, armés de fusils laser. Lien Rag, qui a été réintégré dans la société de glaciologie, est chargé d’une mission : découvrir la vérité et tenter de prendre contact avec ces Hommes Roux.

Même s’il est plus court, 160 pages environ, ce troisième tome n’en est que plus passionnant. Resserrant les descriptions et les situations à suspense, il vient surtout apporter une pierre essentielle à cette saga. En effet, l’aspect politique, voire géopolitique en est le thème central, prenant la source de son inspiration dans les conflits du 20ème siècle. Je ne vous dis qu’une chose : c’est génial.

De son coté, Lien Rag, sorte de rebelle désireux de faire triompher la vérité, il va se retrouver en conflit avec lui-même. En effet, il va être de plus en plus lié aux Hommes Roux, mais d’un autre coté rencontrer des fermiers qui valent que l’on se batte pour eux. Comme quoi, de façon parfaitement lucide, GJ.Arnaud nous montre que tout le monde n’est pas pourri, corrompu ou raciste. Un excellent roman.

Les chasseurs des glaces :

Lien Rag a déserté de la Compagnie, abandonnant son poste de glaciologue pour vivre son histoire d’amour avec Jdora, une jeune femme qui fait partie du peuple des Hommes Roux. Alors que la guerre fait rage, la Compagnie Transeuropéenne est obligée de diminuer le chauffage pour concentrer ses ressources à la guerre. La conséquence en est que la glace envahit les dômes de façon irréversible. Les dirigeants décident donc de chasser les Hommes Roux pour les envoyer dans des camps de travail et en faire des esclaves. Des bandes de mercenaires partent à la recherche de ce peuple qui résiste au froid moyennant finances. Alors que Jdora a disparu, Lien Rag part à sa recherche et va découvrir l’horreur de l’esclavagisme moderne.

Ce roman à mi chemin entre roman d’aventures et roman politique ajoute une nouvelle brique à la vision de l’auteur sur cette société moderne totalitaire. Si la désinformation est toujours bien présente, la pression se fait sur Lien Rag qui découvre un véritable esclavagisme moderne. Et cela se fait au travers d’une histoire de romance et d’amour impossible pour mieux frapper les esprits.

Avec un style toujours aussi simple et agréable à lire, on ne peut s’empêcher d’être ébahi par l’ambition de cette saga et d’être époustouflé par la cohérence de ce nouveau monde, ainsi que par l’aspect visionnaire de certaines idées imaginées par Georges Jean Arnaud. Si la fin n’est pas optimiste (mais comment le pourrait-elle ?), elle ouvre sur des possibilités infinies quant à la poursuite de la saga. A bientôt donc pour la suite de l’histoire …

Les corps brisés d’Elsa Marpeau

Editeur : Gallimard Série Noire

J’avais beaucoup aimé L’expatriée, son roman sorti en 2015. Et c’est mon ami Richard le Concierge Masqué qui a attiré mon attention sur ce roman en le sélectionnant pour le Grand Prix des Balais d’Or 2018. Effectivement, ce roman regorge de qualités.

Sarah est une championne de rallyes automobiles et est en avance dans la course au championnat du monde. Son principal adversaire Ralph Dichters la talonne de quelques points et si elle gagne cette course au Rallye de Monte Carlo, elle sera assurée du titre. Une seconde d’attention suffit à envoyer la voiture dans le ravin. Son copilote n’y survivra pas. Sarah connaîtra quelques semaines de coma, avant de se réveiller hémiplégique.

C’est son frère Nathan qui l’accompagne à la clinique, L’Herbe Bleue, perdue dans les bois vosgiens, dans laquelle elle va passer beaucoup de temps pour s’adapter à sa nouvelle condition d’handicapée. Elle va faire connaissance avec toute l’équipe médicale du Docteur Virgile Debonneuil, surnommé Docteur Lune à la psychologue, en passant par les infirmières ou le masseur. Heureusement, elle va avoir une voisine de chambre qui va l’aider à surmonter cette épreuve.

Mais petit à petit, des événements vont semer le doute dans son esprit. La malade qui l’a précédé dans son lit a mystérieusement disparue, certaines pièces sont fermées au public et les réactions de l’équipe médicale lui semblent bizarres. Quand sa voisine disparaît, sa paranoïa atteint des niveaux stressants difficiles à gérer.

Bâti en trois parties, ce roman relativement court d’environ 220 pages, est un roman à la construction implacable et plutôt classique. Dans la première partie (Le Paradis), d’une centaine de pages, on nous présente la clinique, en insistant bien sur la psychologie de Sarah. Dans la deuxième (Le Purgatoire), les événements étranges se succèdent avant d’aboutir en apothéose à des scènes d’horreur inimaginables. Je n’insisterai pas sur le fait que ce roman est basé sur des faits réels tant cela parait difficile à concevoir.

Du début (ou du moins à partir du deuxième chapitre) jusqu’à la fin, tout est fait pour faire ressentir un profond malaise autour de la situation de Sarah. D’ailleurs, Sarah est le personnage principal de cette histoire et ce sont ses réactions, ses pensées qui vont faire avancer l’intrigue. Tout le talent de l’auteure réside justement dans le fait qu’elle nous décrit une personne battante, une championne qui ne s’avoue jamais vaincue. D’ailleurs, sa décision est très claire : soit elle parvient à remarcher, soit elle se suicide. Il est inimaginable pour elle de passer sa vie dans un fauteuil roulant.

Ce roman est bouleversant en même temps qu’il est profondément dérangeant. Cela est du aussi au fait qu’il est remarquablement réussi. On se bat aux cotés de Sarah, on assiste à ses moments de déprime, on est heureux de ses réussites. Et on participe à sa paranoïa naissante en même temps que le stress monte. Et là où le roman s’avère particulièrement vicieux et fort, c’est que chaque petite victoire de Sarah qui lui procure une once d’espoir est immédiatement suivie par une défaite, une grande claque dans la figure. Cela donne une lecture éprouvante psychologiquement en même temps qu’un roman incroyablement noir.

Ce roman est incontestablement une incontestable réussite et une expérience qui vous fait passer par beaucoup de sentiments. J’ai déjà dit par le passé que les auteures féminins sont capables d’écrire des romans terriblement forts et noirs parce qu’elles ont justement le talent de toucher des sentiments profondément humains. C’est une nouvelle fois le cas ici, et je vous conseille avant d’attaquer ce roman, d’avoir un moral d’acier.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Gueule de fer de Pierre Hanot

Editeur : Manufacture de livres

Si j’aime bien les romans qui ont un fond historique, je ne lis que très rarement des romans biographiques. Alors pourquoi avoir choisi ce roman là ? En premier lieu, je dirai que c’est le billet de Claude qui m’a décidé. Ensuite, je suis fan de boxe. Enfin, la période évoquée (la première guerre mondiale) est une période qui restera pour moi un point d’interrogation, ne comprenant pas comment on a pu faire durer ce conflit avec toutes les horreurs qui ont été perpétrées. Et puis je suis tombé sur ce roman, court mais si intense … L’émotion qui se dégage de ce roman est tout simplement incroyable.

Le roman démarre en 1914. Champion de France Poids Mouche, Eugène Criqui vient de passer Poids Coq et commence par une défaite face à Ledoux. Cette défaite est dure à avaler, c’est comme s’il était passé sous un train. Le moral est en berne, il songe à arrêter. Mais son entraineur lui répète que c’est dans la défaite qu’on forge les champions. Alors, il va remettre les gants et repartir au combat.

Mais le conflit de la Grande Guerre approche et Eugène va être mobilisé. D’abord placé à l’arrière des lignes, parce qu’un gradé est un de ses fans, il demande de passer sur le front, car il veut se battre. Il connaitra tout, l’automne et son vent glacial, l’hiver et son froid paralysant, les assauts, les petites victoires, les grandes morts. Il découvrira l’amitié, la loyauté. Et il retiendra cette envie de se battre, de ne rien lâcher … jusqu’à cette balle qui lui traversera la mâchoire. On lui posera une plaque en fer pour soutenir tout le bas du visage.

Il reprendra la boxe dès 1917, ne cédant rien devant ce besoin d’avancer, fera des tournées en Australie, aux Etats Unis, jusqu’à obtenir sa chance au championnat du monde. Et il deviendra champion du monde, le deuxième champion français après Georges Carpentier. Et Eugène Criqui est tombé dans l’oubli, ce qui est une flagrante injustice.

Construit sur la base de chapitres courts, eux même découpés en scènes, Pierre Hanot choisit minutieusement ses passages pour nous montrer la vie de cet homme, qui si elle n’a pas été spectaculaire, a fait montre de succès à force de travail, de courage et d’amour, à la fois de son sport et de sa future femme.

C’est aussi le style très direct qui m’a époustouflé. J’ai rarement lu un livre qui disait autant de choses avec si peu de mots ; qui faisait passer autant d’émotions avec autant d’économie de phrases. Par moments, j’ai ouvert la bouche d’étonnement, j’ai détourné la tête devant certaines horreurs, j’ai eu la gorge serrée dans les moments tristes et j’ai crié de joie pour sa victoire au championnat du monde alors que cela tient dans un minuscule chapitre.

Tout cela est fait avec beaucoup de simplicité, et avec un choix minutieux des mots, une construction talentueuse des phrases si bien qu’il est difficile de ne pas être touché par la vie de cet homme. L’auteur montre aussi simplement la trajectoire de cet homme exceptionnel de courage et de ténacité, en nous évitant une morale qui aurait terni le propos. Ce roman est en fait un formidable hommage envers un homme injustement oublié et c’est une formidable réussite, un roman qui m’a réellement ému et impressionné.

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com