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Des poches pleines de poches … en humour

Polar et humour

Je suis un fan de littérature humoristique et j’aime bien insérer entre deux polars « sérieux » un roman qui me fasse rire. J’avais déjà fait un billet sur cette thématique avec les romans de Nick Gardel et Stanislas Petroski. Comme je viens d’en lire trois, en format poche, je vous les propose en vous les conseillant très fortement :

La revanche des hauteurs de Guillaume Desmurs :

Editeur : Glénat

La station de sports d’hiver est en ébullition grâce aux afflux touristiques. La journée a vu la température monter avant que la nuit vienne- recouvrir les trottoirs et la rue d’une couche de glace. Au petit matin, on retrouve une touriste espagnole au bas de son balcon. Outre la jolie couleur rouge qui agrémente le blanc immaculé, la thèse du suicide avancée par les gendarmes et la municipalité permet de ne pas faire de vagues.

Jean-Marc est le directeur de l’Office du Tourisme. Il a tout organisé pour que cela passe inaperçu. Alix, une jeune stagiaire est chargée par le quotidien local de faire un entrefilet le plus rapidement possible. Quant à Marc-Antoine, médecin de son état, il vient en vacances avec sa femme Christiane ; il n’aime pas le ski mais elle adore, d’autant plus qu’elle retrouve un ancien amant ancien GO qui va lui permettre d’améliorer son planté de bâton.

Tout se passerait pour le mieux dans le meilleur des mondes si on ne retrouvait pas le lendemain un jeune collégien sous la déneigeuse. Outre la couleur rouge sur la route, cela fait tout de même deux morts inexpliquées en pleine saison touristique. Quand c’est le propriétaire du commerce de journaux qui se retrouve écrasé par ses étagères, la phobie de la présence d’un tueur en série fait son chemin.

On peut dire que Glénat fait son entrée en grandes pompes dans le domaine du polar, avec cette nouvelle collection appelée Neige Noire. Neige Noire devrait nous proposer des polars ayant pour cadre une station de ski fictive. Et ce premier « tome » est un grand, un énorme morceau d’humour décalé et cynique à souhait. D’ailleurs, la dédicace en ouverture de livre nous laisse envisager le meilleur : A pierre Desproges qui a posé la première pierre.

Vous connaissez (ou pas) mon amour pour Pierre Desproges. Si on peut craindre pour ce pari un peu fou, on est vite rassuré par l’humour cynique, pas méchant, et par des descriptions acerbes et minutieusement bien travaillées. On y trouve aussi une redoutable observations de nos semblables et de leurs travers ce qui fait de cette histoire un excellent moment de rire jaune mais pas grinçant. Quant au scénario, contrairement à Des femmes qui tombent du Maître Pierre Desproges où l’histoire et sa chute étaient capillo-tractées, il tient la route avec des scènes délirantes. Une excellente surprise !

Pension complète de Jacky Schwartzmann :

Editeur : Seuil (Grand format) ; Points (Poche)

Dino Scala vit depuis 20 ans avec Lucienne, une riche septuagénaire luxembourgeoise. Ils ont plus de 30 ans d’écart mais cela ne les gêne pas, ni elle qui est aimée, ni lui qui vit la belle vie. Un couple presque normal, quoi ! Ils vivent avec la mère de Lucienne, Macha, presque centenaire. Quand Macha fait un AVC, ce n’est que le commencement d’une descente aux enfers inéluctable.

Résumé comme cela, on peut penser à un roman noir comme on en lit tant. Sauf qu’aux manettes, on retrouve Jacky Schwarzmann, et qu’on se retrouve avec une histoire bien barrée, décalée, écrite dans un style plus assagi que d’habitude mais bien cynique quand même ! Car, il va s’en passer des choses dans la vie peinarde de Dino, qui vont l’emmener du Luxembourg au camping des Naïades de La Ciotat.

Pour ceux qui ont déjà lu les précédents romans de cet auteur, ils y trouveront un style assagi, un humour moins mordant, moins méchant. Et on y trouvera des descriptions toujours aussi drôles de nos contemporains, démontrant une fois de plus que Jacky Schwarzmann a le talent d’observer le monde autour de lui et surtout de nous le décrire de façon irrésistible. Il n’y a qu’à lire la scène du restaurant, celle de la banque ou même l’arrivée des voisins Belges au camping.

Et si l’humour est plus sage, cela sert aussi au scénario ; d’aucuns diraient que l’auteur s’est mis au service de son histoire. Il n’empêche que ce roman est un pur plaisir de lecture. « Demain c’est loin » (Le Seuil, 2017) a reçu le Prix Transfuge 2017 du meilleur espoir polar, le Prix du roman noir du Festival international du film policier de Beaune et le Prix Amila-Meckert 2018. Celui-ci a déjà remporté le prix des chroniqueurs. Nul doute qu’il va encore remporter de nombreuses distinctions.

Un été sans poche de Bram Dehouck

Editeur : Mirobole (Grand Format) ; 10/18 (Poche)

Traductrice : Emmanuèle Sandron

Dans la petite bourgade belge de Windjoek (la traduction néerlandaise donne Coupe-vent, ce qui donne le ton du roman, très humoristique), la vie qui devrait être un long fleuve tranquille va subir des changements : on vient de mettre en route un superbe et rutilant parc d’éoliennes. Doit-on pour autant considérer que c’est la cause des événements dramatiques qui vont déferler sur ce petit village ?

Tout a commencé avec le boucher-charcutier-traiteur Herman Bracke. Le bruit incessant des pales tournant à la vitesse du vent lui fait perdre le sommeil. Après une semaine de nuits blanches, sa spécialité le “Pâté Bracke de Windhoecke” a un goût, une odeur et une couleur de faisandé, alors qu’il n’y a pas de faisan dedans ! Normal, Herman s’est endormi en le préparant et a plongé la tête la première dedans !

Mais les autres protagonistes de ce roman vont aussi subir les influences néfastes de la rotation incessante des pales, et on va découvrir les dessous de leur vie privée. Entre Walter le facteur qui distribue les plis qu’il veut, Saskia la pauvre chômeuse qui se dévalorise, Jan Lietaer le vétérinaire et son épouse bien peu fidèle, le pharmacien ou l’immigré sénégalais, ce sont une belle galerie de personnages décalés.

Et le ton, parfois cynique, parfois méchant mais toujours drôle, va montrer les travers des uns et des autres pour démontrer comment un grain de sable fait dérailler une société qui est déjà aux limites de ce qu’elle peut accepter. Comme dans un roman de Brett Easton Ellis, tout cela va finir dans le sang, mais avec un gentil sourire aux lèvres. Car ce n’est que de la littérature, n’est-ce pas ? Voilà un roman fort amusant à découvrir d’urgence pour prendre plus de recul par rapport à notre quotidien !

Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche.

Si belle mais si morte de Rosa Mogliasso

Editeur : Finitude (Grand format) ; Points (Poche)

Traducteur : Joseph Incardona

« Elle était aussi belle qu’elle était morte. »

Elle est allongée au bord d’un fleuve, et seules ses chaussures rouges amenaient un peu de couleur à ce décor triste. Il y a bien une femme promenant son Teckel, Oscar qui se pose la question de ce qu’elle doit faire. Puis c’est un couple de deux jeunes adolescents qui décident de partir bien vite, pour éviter que les flics fouillent leurs poches et trouvent de l’herbe. Puis, un solitaire à moitié cinglé s’approche, la regarde, la hume, et décide de lui prendre une chaussure … pour la lancer dans le fleuve. Alfonso, masseur « spirituel » entend le fou crier et tombe sur le corps ; comme son petit ami Luigi est en prison, il ne veut pas lui attirer plus d’ennuis.

Et vous ? Si vous rencontriez le corps d’une jeune femme morte, que feriez-vous ? A partir de ce postulat, l’auteure décide nous montrer cinq personnages tous différents, tous occupés par leur quotidien, qui ne vont pas être bouleversés par ce corps mais juste être impactés. Ils vont donc suivre leur trajectoire, qui va immanquablement les ramener sur le même lieu. Jusqu’à la dernière page, qui est hilarante, d’un humour bien grinçant et bien jaune. Un conseil : ne lisez pas la dernière page avant d’avoir lu le reste, et jetez vous sur votre libraire pour lire ce court roman (129 pages) décidément pas comme les autres.

Manhattan chaos de Michaël Mention

Editeur : 10/18 (inédit)

13 juillet 1977, New York. Miles Davis n’a pas touché un instrument depuis deux ans. Il se terre dans son appartement, se gavant de drogues pour oublier son quotidien, sa vie, son passé, son œuvre, son génie, sa malédiction. Soudain, le quartier de Manhattan va subir une gigantesque coupure d’électricité qui va plonger la ville dans le noir. Malencontreusement, Miles Davis va renverser la boite métallique dans laquelle il garde sa drogue. Contre son gré, il va devoir mettre un pied dehors et aller chercher de quoi le sustenter. Cela va être l’occasion pour lui de se confronter à ce qu’il est et il se retrouver à la croisée du chemin, entre musique et mort.

Les romans de Michael Mention pourraient être classés en trois catégories : les romans noirs, les romans historiques et les OLNI, Objets à Lire Non Identifiés pour les ignares. Mais ce serait bien réducteur, même si ce roman fouille à la fois la vie de Miles Davis, les années 70 et qu’il n’est pas forcément facile d’accès. Car ce jeune auteur a décidé de fouiller l’esprit malade d’un drogué, un génie de la musique qui résiste pour ne plus jouer, car il n’est jamais arrivé à la note parfaite.

Dans ce New York plongé dans le noir, Miles Davis va donc lutter contre ses démons, aidé en cela par un personnage évanescent, Dieu ou Diable, peu importe, et qui va le forcer à regarder en face d’où il vient, ce qu’il est et où il va. En cela, ce roman est à rapprocher des romans sur les drogués (et ils sont nombreux). Mais avec son style haché et parfois ondulé et fluide, l’auteur va donner un rythme entrecoupé de morceaux rapides entourés de passages plus lents.

Michael Mention va aussi s’interroger sur la création (et en cela il se rapproche de son Maison fondée en 1959), sur ce qui pousse les hommes à rechercher non pas la beauté mais la perfection. Il va aussi nous immerger dans les années 70, toutes en paillettes alors que la pauvreté n’a jamais été aussi grande (la ville de New York est en faillite). Malgré son sujet très ambitieux et sa petite taille, 210 pages, ce roman aborde beaucoup de sujets et dit beaucoup de choses, et vaut le détour.

 

Des poches pleines de poches

Suite de cette nouvelle rubrique dans Black Novel, consacrée aux livres de poche. La précédente était là.

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans.

Pyromane de Wojciech Chmielarz

Editeur : Livre de poche (Grand format : Agullo)

Traducteur : Erik Veaux

Le fait que cet hiver soit aussi froid à Varsovie arrange plutôt le criminel qui va mettre le feu à une maison bourgeoise de la banlieue de Varsovie. Il va trouver une échelle dans le jardin, et balancer son cocktail Molotov par la cheminée. A l’intérieur, Klaudia Kameron, ancienne star de la chanson s’efforce de sortir du dressing dans lequel elle est bloquée. Elle arrivera à sortir avec de nombreuses blessures en sautant par la fenêtre alors que son mari, l’industriel Jan Kameron, finira carbonisé.

L’inspecteur Jakub Mortka, dit le Kub, est chargé de l’enquête et se rend sur le site avec son adjoint Kochan. Le responsable des pompiers demande à le voir : l’aspirant Marcin Kowalski lui confirme l’origine criminelle de l’incendie par la présence de morceaux de verre et l’odeur d’essence. Kowalski annonce ensuite au Kub qu’il s’agit du troisième incendie de ce type, les deux autres n’ayant pas fait de victimes.

Premier roman de Wojciech Chmielarz et premier roman d’une série mettant en scène le Kub, cette lecture constitue une très belle découverte. Elle permet en tous, au travers d’une enquête policière que je qualifierai de classique, d’avoir une bonne vision de la société polonaise, pays qui connait des températures extrêmes en hiver. C’est l’un des aspects très intéressant de ce roman, avec le personnage du Kub, rustre et solitaire, divorcé et loin des enquêteurs doués que l’on connait, puisque l’on découvre un policier travailleur et acharné, aimant aller au bout des choses avec obstination.

L’autre aspect de ce roman est de montrer un peuple mystérieux et taiseux, où certains hommes frappent leur femme, où la pègre est bien implantée et a mis la main sur les industriels, où les travailleurs subissent le règne de l’argent volé par les mafias. Le dernier aspect qui va vous décider à lire ce livre est bien l’intrigue, qui malgré quelques longueurs est remarquablement bien menée et qui réserve une surprise de taille dans le dernier chapitre. Décidément, c’est un premier roman qui donne envie de lire la suite, qui est déjà sortie chez Agullo, qui s’appelle La ferme des poupées et dont je devrais vous parler très bientôt.

La dernière expérience d’Annelie Wendeberg

Editeur : 10/18 (Grand format : Presses de la cité)

Traductrice : Mélanie Blanc-Jouveaux

Après une première enquête menée avec Sherlock Holmes (voir Le Diable de la Tamise), Anna Kronberg s’est retirée dans son cottage du Sussex. La jeune femme médecin pensait qu’elle et son célèbre coéquipier étaient parvenus à annihiler une organisation secrète qui expérimentait des bactéries pour en faire des armes de guerre. Mais le professeur Moriarty, véritable dirigeant de l’organisation, a survécu.

Et il a décidé d’utiliser Anna pour entamer des recherches sur la peste… Pour arriver à ses fins, Moriarty kidnappe Anna ainsi que son père. Si la jeune femme veut revoir ce dernier en vie, elle devra obéir. Vivant désormais sous haute surveillance entre la demeure luxueuse de son geôlier à Londres et un entrepôt où elle réalise ses expériences, Anna tente de trouver un moyen pour prendre contact avec Holmes.

Alors qu’elle fomente le meurtre de Moriarty, une relation ambiguë s’instaure avec cet homme violent, manipulateur et effrayant.

Ceux qui ont lu Le Diable de la Tamise vont se jeter sur cette deuxième aventure d’Anna Kronberg, cette jeune femme brillante qui s’est déguisée en homme pour obtenir son diplôme de médecin dans l’Angleterre victorienne. Ceux qui ne l’ont pas lu devront le faire avant de lire celui-ci car l’auteure dévoile beaucoup de choses de l’intrigue de la précédente aventure.

C’est un roman de séquestration auquel Annelie Wenderberg nous convie, et donc on n’y trouvera point d’enquêtes. Tout juste y verra-t-on l’esprit brillant de la jeune chercheuse à l’œuvre pour en déduire où elle est, et son aptitude à monter des stratagèmes pour s’en sortir. Il est tout de même intéressant de voir comment Anna est écartelée entre le professeur Moriarty à la fois brillant et violent et entre son désir de lutter contre la manœuvre maléfique basée sur une guerre bactériologique.

Construit de façon chronologique, égrenant les jours les uns après les autres, nous allons suivre Anna dans un roman très psychologique, avec peu d’action mais beaucoup de détails quant à ses recherches qu’elle est obligée de mener sous peine de voir son père assassiné. Sherlock Holmes fera quelques apparitions comme quelqu’un qui agit dans l’ombre et la fin appelle un tome supplémentaire qui promet, je ne vous dis que ça. Ce roman est tout de même à réserver aux aficionados du grand enquêteur anglais.

Ne ratez pas l’avis de la Belette, grande spécialiste de Sherlock Holmes et de l’ami Claude

Le diable de la Tamise d’Annelie Wendeberg

Editeur : Presses de la cité (Grand Format), 10/18 (Format poche)

Traducteur : Mélanie Blanc-Jouveaux

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas lu d’enquêtes de Sherlock Holmes, à part le recueil de nouvelles humoristiques publié par les éditions Baker Street. J’ai voulu tester une nouvelle auteure mettant en scène le génial détective, dont c’est le premier roman. Ce roman est tout simplement impressionnant pour beaucoup de raisons que ja vais vous exposer un peu plus loin.

Eté 1889. Une infirmière remet un télégramme au Docteur Anton Kronberg, spécialiste de bactériologie à Londres. « Votre présence est Requise. Possible cas de cholera à l’usine de traitement des eaux de Hampton. Venez sur-le-champ. Inspecteur Gibson, Scotland Yard. Quand le docteur Kronberg arrive sur les lieux, il apprend que les pompes fonctionnent en circuit ouvert. Londres est donc protégée. Le corps qui flottait dans le canal a été déplacé. Anton demande à désinfecter elle même tous ceux qui ont touché le corps.

L’inspecteur l’informe qu’un corps peut difficilement escalader une clôture. Il s’agit donc d’un meurtre et on a balancé le corps dans la canal. Anton remarque un homme de grande taille, bien mis, qui file tout de suite vers les bords de la Tamise. L’inspecteur lui présente alors Sherlock Holmes, qui va aider la police sur cette affaire. Holmes annonce que le corps a été jeté en amont à environ 12 lieues, et il en fait la démonstration. Le corps a été habillé par quelqu’un d’autre que lui-même puisqu’il est droitier. Des traces de liens montrent qu’il a été ligoté. Enfin, une plume de loriot femelle s’est logée dans sa boutonnière.

Puis, une fois seuls, Anton pose la question à Holmes : A-t-il l’intention de le dénoncer, d’annoncer aux autorités qu’Anton Kronberg est en fait une femme, et qu’elle se déguise en femme pour mener à bien sa mission : sauver des gens en tant que docteur ?

Pour un premier roman, c’est impressionnant. Pour un roman de Sherlock Holmes, c’est impressionnant aussi. Evidemment, on peut louer la qualité de l’intrigue, la tortuosité de l’intrigue et la fin du roman qui est géniale. Car nous parlons ici de recherche médicale et de la façon dont on trouvait des cobayes au XIXème siècle. Sur tous ces points, Annelie Wendeberg remporte la manche haut la main.

J’ai aussi été époustouflé par l’ambiance que l’auteure arrive à créer, des rues crasseuses de Londres, aux salles d’attente de l’hopital où des miséreux atteints des pires maladies attendent leur fin, faute de médicament. Mais il faut louer aussi les sons, les odeurs et le calme de la campagne environnante, les salles stressantes de l’asile, les salons cossus où les dirigeants vivent bien mieux que le peuple. Sur ce point aussi, Annelie Wendeberg remporte la palme.

Quant aux personnages, ce n’est pas une palme qu’il faut décerner mais carrément un grand prix. Tous sont formidables, Anton, ou devrais-je dire Anna, Sherlock Holmes et même tous les personnages secondaires. Sherlock apparait comme un personnage distant vis-à-vis des autres, qui s’allie avec Anna parce qu’elle est différente. Evidemment, c’est un esprit logique remarquable et ce roman est un bel hommage à sa capacité de déduction, mais aussi avec sa volonté quitte à prendre des risques pour sa vie.

Anna enfin, est à la fois la narratrice et le personnage central de ce roman. A travers elle, on a droit à une vraie description de la condition des femmes en ce temps là, Anna étant obligée de se cacher pour assouvir sa passion pour la médecine, alors qu’elle est plus compétente que beaucoup d’hommes. Rien que pour ce formidable personnage, vous vous devez de lire ce roman.

Ne ratez pas les avis de la Belette et de Claude Le Nocher.

La voix secrète de Michaël Mention

Editeur original : La Fantascope

Réédition en format poche : 10/18

Ce roman tient une place particulière dans mes souvenirs littéraires, puisque c’est grâce à celui-ci que j’ai découvert le talent de Michaël Mention. A l’époque, c’était Unwalkers qui avait attiré mon attention sur les deux polars de cet auteur. Puis, j’ai rencontré plusieurs fois Michaël dans des salons, et j’ai découvert quelqu’un de profondément humain, qui a des choses à dire, et qui les dit bien, quelque soit le style ou le genre qu’il choisit.

Quand Michaël m’a parlé de cette réédition, c’était à Quais de Polar, l’année dernière. Il était tout heureux de m’annoncer cette réédition, en me disant qu’il avait repris tout le roman, y ajoutant des ambiances, des bruits, des odeurs pour mettre en valeur cette époque de la fin 1835, tout en en gardant la trame et l’intrigue. Je me rappelle que j’avais été dubitatif, car je considère qu’un livre doit vivre sa vie …

Puis, lors d’une rencontre à Paris, au début de cette année, Michaël m’a demandé si je l’avais lu. Je lui ai avoué que non, je ne l’avais pas ouvert, que je n’étais pas très chaud car je ne voulais pas entacher mes souvenirs de ma lecture précédente. Finalement, je me suis décidé à le relire, et je peux vous dire que le nombre de livres que je relis est très faible. Et je ne le regrette pas du tout. Car j’ai eu l’impression de lire un autre livre. Cette lecture m’a aussi confirmé que j’avais raison de faire une confiance aveugle dans ses écrits, tant Michaël est capable de passer du thriller au roman noir, du polar au roman historique avec toujours autant de talent et de passion.

Je ne vais pas paraphraser ce que j’ai écrit à propos de ce roman lors de mon premier billet que vous pourrez lire ici.

Nous sommes en décembre 1835. Pierre François Lacenaire, célèbre tueur en série et poète, attend sa mort prochaine dans sa cellule de la Conciergerie. Son exécution est prévue dans un mois, et il jouit de beaucoup d’égards : bons repas, visites d’amis et de connaissances, confort quant à la rédaction de ses mémoires. Durant ce mois de décembre, un tueur d’enfants sévit sur la capitale. Chaque corps porte des marques qui sont identiques à celles relevées sur des victimes de Lacenaire. Allard, le chef de la Sureté va être chargé de cette enquête qui va s’avérer explosive et destructrice pour ces deux personnages autant que pour le pouvoir en place.

Dans mon billet précédent, je parlais de ce charme qui ressortait du personnage de Lacenaire. Avec cette nouvelle lecture, j’ai eu l’impression qu’après avoir dessiné les personnages, Michaël Mention y a dessiné les décors. Et c’est un décor fait de désolations, de pourritures, de miséreux à tous les coins de rue. Les odeurs, les rues sombres et poussiéreuses viennent en opposition avec la cour du roi Louis-Philippe, qui est conscient de la misère de son peuple et ne lui propose que des apparitions luxueuses. On parcourt les rues au bruit des sabots des chevaux, on partage les quignons de pain des prisonniers.

Des personnages à l’ambiance de ce Paris du 19ème siècle, Michaël Mention nous en met plein les yeux, plein les oreilles, plein le nez, et en profite pour nous peindre une société qui a bien peu changé, où les pauvres vivent dans la misère et les riches au milieu de leurs ors. La voix secrète, version 2017, s’avère un polar historique certes, mais qui ravira tous les lecteurs avides de découvrir une nouvelle voix du polar, qui ne doit pas rester secrète.

Angel Baby de Richard Lange

Editeur : Albin Michel en grand format. 10/18 en format poche

Traducteur : Cécile Deniard

Le trafic de drogue au Mexique et la frontière entre les Etats Unis et le Mexique permettent de stimuler l’imagination des auteurs de polars. Dans ce roman, on a plutôt droit à une course poursuite pour la survie. C’est un roman remarquablement mené.

Luz est une jeune Mexicaine qui a été kidnappée par Rolando El Principe, le chef d’un réseau de trafic de drogue. Elle a laissé derrière elle sa fille de 4 ans, Isabel, qui est élevée par sa tante Carmen, près de Los Angeles. Elle décide de rejoindre sa fille pour son anniversaire et rien ne pourra l’arrêter. L’année dernière déjà, elle avait fait une tentative mais avait été reprise par El Principe. La sanction en avait été terrible, tant elle fut tabassée et violée.

Malone est Américain. Il a perdu goût à la vie et se contente de passer la frontière avec des immigrés mexicains qui veulent rejoindre la Terre Promise des Etats Unis. Il les enferme dans son coffre et passe la douane incognito. C’est Freddy qui organise les transports, Malone se contentant de faire la route. Avec l’argent qu’il récolte, il tente d’oublier sa femme et sa fille, noie son passé dans le jeu et l’alcool.

Mike Thacker fait partie de la police des frontières. Il traque les clandestins qui traversent et en profite beaucoup. Il trouve jouissif de profiter de son pouvoir, soit en volant le peu d’argent que les Mexicains ont sur eux, soit en violant les femmes démunies. Parfois, il les relâche, parfois non. A 50 ans passés, il n’a pas grand’ chose d’autre à attendre de la vie.

Quand El Principe s’aperçoit que Luz a disparu en tuant de sang froid la femme de ménage et le garde du corps, il décide de faire évader un assassin notoire nommé Jeronimo et le lance à la poursuite de Luz. Pour être sur que Jeronimo réalisera son boulot, il prend en otage sa femme et ses fils.

Les personnages étant positionnés, la course poursuite peut commencer …

Nous allons donc suivre l’itinéraire de ces quatre personnages, qui vont se rencontrer, se bagarrer, se quitter, se rencontrer à nouveau, que ce soit au Mexique ou aux Etats Unis, mais principalement aux Etats Unis. Le but de Richard Lange n’est pas de montrer la situation du trafic de drogue (comme on pourrait le lire dans La griffe du chien) mais plutôt de s’en servir comme contexte, et de peindre un univers ultra-violent.

Si l’auteur met l’accent sur ses personnages et leur psychologie, le décor passe au second plan, mais on peut remarquer qu’il aime peindre ce qui est derrière la façade, derrière les lumières. Et on y trouve un monde noir, glauque, violent, fait de petits hôtels et de bars louches, où tout un chacun trahit son voisin pour un peu d’argent.

Le gros point fort de ce roman, ce sont donc ces personnages, qui n’attendent rien de la vie, de leur vie, qui vivent au jour le jour pour leur propre satisfaction personnelle mais avec chacun un objectif. Et peu importe le destin du voisin. Luz veut retrouver sa fille. Malone veut faire une dernière bonne action après la perte de sa femme et sa fille. Jeronimo espère retrouver sa famille. Thacker court après le gros pactole dont il rêve pour bien finir sa vie. Et cette psychologie, simple en apparence, est remarquablement décrite par leurs actions, et on se retrouve avec des personnages incapables de penser à autre chose que leurs objectifs.

L’autre point fort, c’est ce style si direct, si percutant, qu’on lit ce roman sans pouvoir s’arrêter, en étant dans une sorte d’apnée, car il en ressort une tension de chaque page, de chaque paragraphe. A chaque fois qu’on ouvre ce livre, qu’on en lit quelques lignes, le rythme cardiaque s’accélère et cette magie n’est possible que grâce au talent de l’auteur et à celui non moins important de sa traductrice. On termine ce roman sur les rotules, ce qui est diablement bon !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Le dernier tigre rouge de Jérémie Guez (10/18)

Jérémie Guez, nous sommes quelques uns à le suivre depuis ses débuts, depuis Paris la nuit, tant ce roman était une évidence, tant il nous promettait la découverte d’un nouveau talent du polar français. Puis ce fut Balancé dans les cordes, un roman extraordinaire (et coup de cœur Black Novel), et Du vide plein les yeux qui cloturait la trilogie consacrée à Paris. C’est à un changement de décor que Jérémie Guez nous convie avec ce Dernier tigre rouge, dans la jungle indochinoise.

Le père de Charles Bareuil était légionnaire, lui aussi l’est devenu, mais pas pour faire comme lui. Pendant la deuxième guerre mondiale, la position trouble des communistes envers les nazis font qu’il a préféré immigrer en Yougoslavie pour combattre les Allemands. A la mort de sa femme Elena en Croatie, il décida de s’engager dans la légion étrangère. Et comme il est excellent tireur, il est devenu tireur d’élite, l’un des meilleurs d’ailleurs.

Il débarque en Indochine, dans une compagnie qui comporte des énergumènes de toute nationalité, et sa troupe est dirigée par un ancien nazi. Mais dans la légion, on laisse son pays au vestiaire. Bareuil découvre un pays où les gens sont passifs mais les ennemis partout. Entre les villageois et la jungle, il est difficile de savoir ce qui est le plus dangereux. Les légionnaires sont envoyés sur les fronts, là où on a besoin d’eux.

Alors qu’ils peuvent passer plusieurs jours sans altercations, les embuscades sont soudaines et très meurtrières. C’est lors de l’une d’elles que sa compagnie est décimée dans la jungle. Il rencontre alors un homme blanc qui combat aux cotés des Viet-Minh et lui laisse la vie sauve. Il va alors chercher à savoir qui est cet homme blanc qui combat aux cotés des Vietnamiens.

Il y a à la fois des changements et des similitudes entre ce roman et les précédents. Les changements, ce sont évidemment le décor, cette guerre dans un pays inconnu, ce danger permanent dans un paysage inconnu, cette impression que tous les habitants sont des ennemis. Et puis, il y a la guerre, ces moments d’attente, de stress dans l’attente d’une attaque, car même si les légionnaires sont les « envahisseurs », ils sont plus en situation de défense face à un danger qu’ils ne voient pas mais qu’ils redoutent.

Les similitudes, ce sont surtout dans les portraits d’hommes, dont Charles Bareuil, cette façon qu’a Jérémie Guez de détailler sans lourdeur la psychologie humaine. Il y a un excellent équilibre entre les scènes de bataille et les moments plus calmes et ils sont tous aussi réussis les uns que les autres. C’est un roman qui m’a beaucoup fait penser à des films tant le style est visuel, plus direct, moins poétique.

Vous ne pouvez pas vous imaginer ma joie de lire ce roman, de me dire que je dois continuer à vanter les talents de cet auteur. Car ce roman est une franche réussite avec ses personnages formidables, ses scènes de bataille fulgurantes et ses moments de calme stressants. Un inédit au format poche, quand, en plus, c’est signé Jérémie Guez, ça ne se rate pas !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude :

http://action-suspense.over-blog.com/2014/03/jeremie-guez-le-dernier-tigre-rouge-10-18-ed-2014.html

http://action-suspense.over-blog.com/2014/02/j%C3%A9r%C3%A9mie-guez-publie-chez-10-18-%E2%80%9Cle-dernier-tigre-rouge%E2%80%9D-avril-2014.html

Ainsi que celui de Velda : http://leblogdupolar.blogspot.fr/2014/06/jeremie-guez-le-dernier-tigre-rouge-la.html

Ainsi puis-je mourir de Viviane Moore (10/18)

Ce roman est donc le dernier de mes lectures pour le prix du meilleur roman français de Confidentielles.com. Je l’avais mis en dernier car la quatrième de couverture me faisait penser à un roman à l’eau de rose, comme on dit. Finalement, ce n’est pas du tout le cas, même si j’ai un peu de mal à le définir.

Quatrième de couverture :

Comme dans les contes de fées, il y a une rencontre magique : celle de Gabrielle, la romancière, et de Philip Sedley, un mariage et, bien sûr, un château. Sauf qu’ici, non loin de Cherbourg, dans ce pays de bocages et de légendes, entre ces murs épais, quatre cents ans plus tôt, a vécu une autre femme, Marguerite, qu’une passion tragique a menée à la mort. En faisant de ce destin le sujet de son nouveau roman, Gabrielle ne peut se douter qu’elle va en devenir la prisonnière. La fiction se mêle au réel, le passé au présent. L’histoire semble se répéter, telle une malédiction, et menace de faire de la jeune femme la dernière victime du château des Ravalet.

Mon avis :

La première chose que je voudrais dire de ce bouquin, c’est que c’est fluide et très bien écrit. l’auteur mélange les styles en fonction des époques, agrémente ses dialogues d’expressions d’une autre époque, et c’est un vrai plaisir à lire. Même si on peut se demander pourquoi Gabrielle se marie si vite (au bout d’un mois) sans connaitre ni son mari, ni sa future belle famille, on est vite emporté par les événements de l’intrigue et intrigué sur la destination que veut nous faire prendre l’auteure.

D’ailleurs, c’est bien là où je me pose des questions : ce livre m’a donné l’impression de toucher plusieurs sujets sans vraiment en choisir un. Du travail d’une écrivaine, et de ses relations avec la vie réelle, Viviane Moore penche par moments vers de l’angoisse en nous faisant voir un fantôme sur les marches de l’escalier, puis elle nous emmène vers la jalousie avec l’arrivée de sa belle sœur, avant de nous sortir la tête de l’eau avec des passages du livre de Béatrice. Puis c’est à nouveau le mystère qui revient avec un mari cachotier voire bizarre. Bref, j’ai trouvé cette histoire difficile à suivre, à force d’être malmené comme une balle de ping-pong. D’un coté, chacun peut y trouver son compte, d’un autre, c’est très déstabilisant et il m’a été difficile de me passionner pour ce livre. Bref, Viviane Moore, ça n’a pas l’air d’être pour moi. Et pour vous ?

Triple crossing de Sebastian Rotella (Liana Levi)

Ce roman m’a été fortement conseillé par Coco, alors, du coup j’en profite pour passer un message personnel : merci pour tes conseils, merci pour les bouquins que tu me donnes et merci pour m’avoir poussé à lire cet excellent roman.

Ils sont deux, deux hommes, chacun d’un coté de la frontière américano-mexicaine. Le premier s’appelle Valentin Pescatore, d’origine italienne, et travaille dans la police frontalière étatsunienne ; le deuxième s’appelle Mendez, flic mexicain incorruptible, à la tête du groupe Diogène, sorte d’équipe de terrain qui lutte contre le trafic de drogue. Entre les deux, la superbe Isabel Puente, agente américaine, va se servir d’eux et tirer les ficelles de cette histoire.

Le rôle de la police frontalière est de récupérer tous les migrants illégaux qui passent la frontière. De plus en plus Valentin récupère des AQM (Autres Que Mexicains), ce qui lui occasionne plus de paperasse. Alors que ses collègues profitent de la détresse de ces gens pour laisser libre cours à leurs instincts bestiaux, Valentin est un gentil, pris d’empathie envers ces gens qui espèrent sortir de leur misère. Alors qu’il course Pulpo, un passeur, il passe la frontière ce qui passe pour un acte illégal.

Mendez va interroger valentin et souhaite l’inculper, car il pense que Valentin est un pourri qui cache son jeu. Isabel Puente va récupérer Valentin et l’obliger à infiltrer le gang de son chef Garrison, soupçonné d’être en affaire avec les gangs qui détiennent le trafic de la Triple Frontière (Brésil, Paraguay, Argentine).

Quoi ? Triple crossing est un premier roman ? Alors, permettez-moi de tirer mon chapeau à Sebastian Rotella. Car vous trouverez ici de quoi vous passionner du début à la fin de ce livre, dont le seul reproche que je pourrais faire (si c’en est un) est parfois son coté enquête et investigation qui prend le pas sur la fiction. Mais sans doute est-ce du au métier de l’auteur, car il est journaliste et nous dévoile une connaissance aussi étonnante qu’ébouriffante sur les cartels de la drogue et la situation effarante des trafics de la drogue à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique et leurs conséquences jusqu’au plus haut point des états.

La construction est efficace et connue : passer d’un personnage à l’autre à chaque chapitre. Et c’est d’autant plus prenant que cela nous permet de voir les deux cotés de la frontière : d’un coté, la police mexicaine embourbée dans ses problèmes de corruption généralisée (voire plus), de l’autre l’organisation sans faille des narcotrafiquants du plus bas de l’échelle jusqu’aux plus hautes instances dirigeantes. La loi n’a plus voix au chapitre, c’est juste « tu te soumets ou tu meurs ». Les scènes d’assassinat sont d’ailleurs un autre des points forts de ce roman, arrivant sans prévenir, décrite succinctement pour avoir plus d’impact.

Alors, certes, ce roman n’a pas le souffle épique de La griffe du chien de Don Winslow, ou les envolées lyriques de Tijuana Straits de Kem Nunn. Mais le coté reportage ne peut que nous faire froid dans le dos, et les personnages sont bien attachants. Et puis, n’oublions pas que c’est un premier roman, et en cela, c’est un roman à ne pas rater, c’est bien plus efficace et mieux fait qu’un reportage d’Envoyé Spécial.

Tijuana Straits de Kem Nunn (Sonatine)

Il m’aura fallu neuf mois avant d’ouvrir ce roman. Ce roman est sélectionné pour le trophée 813 du roman étranger, donc je me devais de le lire avant la fin octobre. C’est fait ! Quel bouquin !

Sam Fahey est un ancien champion de surf, qui a touché à tout, de l’alcool à la drogue et qui, après être passé par la case prison, s’est établi en Californie, juste à coté de la frontière avec le Mexique. Il a créé un petit commerce de vermicultture et a même créé un site internet. En parallèle, il cherche à protéger les pluviers d’occident, espèce en voie de disparition. Alors qu’il est à la chasse de chiens sauvages qui détruisent les nids des pluviers, il va faire une rencontre qui va changer sa vie.

Elle s’appelle Magdalena, elle est mexicaine, elle a 25 ans. Elle déambule sur la plage, blessée car on a essayé de l’assassiner. Elle se retrouve en face des quatre chiens sauvages, et Fahey va lui sauver la vie en abattant trois des chiens. Fahey, qui est un solitaire, ne sait même pas pourquoi il va la soutenir, pourquoi il va l’inviter chez lui, pourquoi il va la soigner, pourquoi il va la prendre sous son aile.

Magdalena est une jeune avocate qui travaille dans un cabinet chargé de défendre les victimes des industries américaines polluantes. Ces sociétés préfèrent s’installer du bon coté de la frontière pour bénéficier de l’absence de loi sur la pollution ainsi que de la main d’œuvre moins chère. Cette activité militante fait que l’on veut se débarrasser d’elle.

Pour une découverte de Kem Nunn, ce fut pour moi un sacré choc. Car j’ai trouvé dans ce roman tout ce que j’adore dans les romans noirs. Et forcément, je vais avoir plein de choses à dire sur ce roman que je pourrais qualifier d’exemplaire. Car c’est passionnant à lire, beau et horrible à la fois, maîtrisé de bout en bout, et on en ressort avec un sacré goût amer dans la bouche.

Ce qui m’a choqué, dans le bon sens du terme, c’est la tranquillité du style, le rythme lent de l’intrigue, la sérénité qui se dégage de l’écriture qui est en complète contradiction avec le contexte. Car Kem Nunn nous montre, nous démontre la destruction de l’homme par l’homme, la course aux profits où les industries américaines préfèrent s’installer au Mexique pour polluer tranquillement et avoir accès à de la main d’œuvre moins chère, refrain connu, mais décrit de manière éclatante.

Et puis, il y a cette nature si belle, mise à mal par les industries, avec des descriptions tellement poétiques que c’en est un pur plaisir de lecture. Il y a ces deux personnages écorchés par la vie, à la rencontre improbable, qui traînent leurs cicatrices avec insouciance, pour la jouissance du moment présent : Fahey, ce grand solitaire, qui préfère se recroqueviller sur lui-même pour se sauver, Magdalena, cette idéaliste à la fois naïve et réaliste.

L’issue de ce roman ne peut qu’être dramatique, et elle l’est. Après avoir tourné la dernière page, j’ai été envahi par une tristesse que j’ai rarement ressentie, car ces personnages sont tellement vivants, que l’on aurait aimé vivre un peu plus longtemps avec eux.

La seule mise en garde que je donnerai pour les amateurs de romans noirs, car c’en est un, c’est que le style de l’auteur est fait de longues phrases, de grands paragraphes avec très peu de dialogues. Ceux qui cherchent des lectures rapides risquent d’être rebutés. Ils passeraient alors à coté d’un roman noir profond, au style poétique et envoûtant, tout simplement magnifique.