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Oldies : Rien dans les poches de Dan Fante (13ème note)

J’en connais une qui va être heureuse. Dan Fante est l’auteur favori de Cathy, du blog Ecrits et délices, et lors de nos échanges électroniques à propos de John Fante, elle m’a parlé de son fils Dan Fante et a eu la gentillesse de m’offrir Rien dans les poches. Cathy, ce billet est pour toi ! Grace à toi, Bruno Dante va me hanter longtemps et j’ai déjà acheté le deuxième tome de ses élucubrations.

Je tiens à souligner aussi l’excellent travail des éditions 13ème note, qui éditent de très bons romans dans un format carré inédit avec une couverture cartonnée à rabat. Et comme j’aime les beaux livres, je dois dire que tenir en main un de leurs livres est déjà le premier plaisir de lecture. 13ème note a décidé d’éditer tous les romans de Dan Fante. Bravo !

L’auteur :

Dan Fante a suivi les cours du lycée de Santa Monica et fait ses études dans diverses institutions. Il s’est ensuite installé à New York où il a pratiqué plusieurs métiers : colporteur, chauffeur de limousines et chauffeur de taxi, laveur de carreaux, vendeur par téléphone, détective privé et gardien de nuit dans un hôtel. Après une vie relativement instable, il décide d’écrire sur le tard et réussit à se faire publier par une maison d’édition française grâce à la chanteuse April March. Il écrit d’abord de la poésie, des nouvelles et des pièces de théâtre, puis les quatre volets de la tétralogie Bruno Dante qui, à l’image de l’œuvre de son père, constituent une saga autobiographique. Ses principaux modèles littéraires sont Hubert Selby Jr., John Fante et Charles Bukowski. Après avoir vécu quelques années en Arizona (Sedona), Dan Fante est revenu vivre à Los Angeles avec sa famille. (Source Wikipedia)

Les quatre volets de la tétralogie Bruno Dante :

Les Anges n’ont rien dans les poches (Chump Change), 1996

La Tête hors de l’eau (Mooch), 2001

En crachant du haut des buildings (Spitting Off Tall Buildings), 2001

Limousines blanches et blondes platine (86’d), 2010

Mon avis :

Le roman est précédé d’une préface de l’auteur qui nous explique la valeur que ce roman revêt pour lui, ainsi que les circonstances de sa création et de son édition. Cette préface nous montre aussi les parallèles que l’on peut trouver dans le roman entre Dan et John, car derrière Bruno se cache Dan, et derrière Jonathan se profile John. Et si on peut voir dans ce roman autobiographique une forme d’hommage au grand auteur qu’est John Fante, c’est aussi et surtout un exorcisme de Dan Fante pour sortir de l’ombre du talent de son père.

Car Bruno / Dan, tout alcoolique et excessif qu’il est, se montre comme un homme cherchant à échapper à son quotidien, à oublier son statut de loser, à provoquer les autres pour mieux exister. Mais quand il se retrouve face à l’agonie de son père, sa première réponse est la fuite de lui, des autres, de la vérité qui lui éclate à la gueule à savoir qu’il se retrouve en première ligne, qu’il n’y aura plus personne pour le juger ou le recadrer.

De ce roman, à la fois comique et déjanté, mais aussi désespéré et déprimé, Dan Fante construit un roman fort qui pose la question des relations père / fils et de la difficulté d’exister face à un modèle incontournable. L’écriture est formidablement efficace et précise, hésitant comme son personnage entre outrance et poésie, avec des passages d’une beauté folle et d’une grande émotion.

Ce roman, qui constitue le premier tome d’une trilogie, va faire des petits dans ma bibliothèque. J’ai déjà acheté La tête hors de l’eau et je ne compte pas m’arrêter là. Indéniablement, Dan Fante s’est créé un nom et un prénom avec ce roman, et vient se placer aux cotés de Hubert Selby Jr, Bukowski ou Henri Miller, que des auteurs culte !

Et merci Cathy, du fond du coeur !

La nuit ne dure pas de Olivier Martinelli (13ème note éditions)

Mon problème, c’est que je surfe beaucoup sur Internet et que je suis inscrit à beaucoup de newsletter. Et donc, je reçois les newsletter des éditeurs. Quand il s’agit d’un auteur que je ne connais pas, je lis la quatrième de couverture. Et quand celle-ci est alléchante, je ne résiste plus. C’est le cas de La nuit ne dure pas de Olivier Martinelli publié aux éditions 13ème note, dont voici le sujet.

Ils sont trois frères, ils s’appellent les Kid Bombardos, ce sont des adolescents qui font du rock. Il y a Arthur l’aîné bassiste, Seb le benjamin batteur et Dominic le guitariste qui est aussi le compositeur et le chanteur. Tous les trois sont des fous de musique, la musique c’est leur vie, leur sang, l’air qui leur permet de respirer. Tous trois sont inséparables, tous trois ont des caractères bien différents et traversent cette période difficile qu’est l’adolescence.

Arthur, l’aîné, a quitté le domicile des parents, a plongé dans la drogue et tente de s’en sortir. Il travaille dans une librairie, est fan absolu de Fante et voit le groupe comme d’une part la possibilité de démontrer qu’il est capable de faire quelque chose et d’autre part la réalisation du rêve de vivre de sa passion. C’est aussi un être solitaire qui cherche la rédemption au travers l’amour parfait. Le fait qu’il soit le bassiste montre qu’il est la base de la fratrie, qu’il sert d’exemple aux deux autres.

Seb est le plus jeune des trois, et donc forcément influencé par ses grands frères. Il en a marre d’être considéré comme le petit, a un besoin de s’émanciper, de respirer de l’air pur. Sa fugue à Paris lui fait découvrir le monde des adultes avec ses bons cotés (ses rencontres, ses amours) mais aussi les mauvais (se prendre en charge, c’est aussi se retrouver seul). C’est celui des trois qui porte en lui l’énergie, la puissance, la volonté donc c’est le batteur.

Dominic est celui sur qui repose tout le groupe, car sans chanson, il n’y a pas de groupe. En proie au doute, avec ses peurs des responsabilités, il regarde avec beaucoup d’envie son grand frère qui a osé faire le pas de quitter les parents. Car la fuite est bien tentante quand on est au pied du mur, comme peut l’être tous les excipients qui aident à oublier les contraintes de la vie adulte. Sans toucher à la drogue, probablement pour ne pas faire les mêmes erreurs que Arthur, il va boire et baiser les filles.

Vous l’aurez compris, ce sont trois personnages d’adolescents très complets, très différents que nous propose Olivier Martinelli. Avec sa structure en trois parties, faisant parler chacun des frères à tour de rôle, on entre dans leur tête jusqu’à les comprendre, les écouter, et rêver avec eux. C’est bigrement bien construit et bigrement efficace.

Evidemment, ça parle de rock. Chaque partie est découpée en chapitres dont les titres sont des chansons cultes. Et là encore, le choix est parfait. Des Smiths au Velvet, des Tindersticks aux Vines ou Jesus and Mary Chain, en ce qui me concerne, il n’y a aucune faute de goût, mais plutôt une sorte de discothèque idéale. Les nombreuses références vont faire découvrir de bien belles chansons aux néophytes et donner l’envie de se replonger dans des disques oubliés pour d’autres (dont je suis).

Et le style de l’auteur est d’une précision diabolique et d’une poésie désabusée. Quel plaisir de lire un auteur qui sait écrire, qui s’attache aux moindres petits gestes de la vie quotidienne, pour mieux montrer l’état d’âme. Ne venez pas y chercher un roman d’action, ici, on fouille les pensées, on décortique les cerveaux, on détaille les doigts qui tremblent, pour la logique du personnage. J’ai eu l’impression de lire du Philippe Djian et c’est un énorme compliment ! Olivier Martinelli aime ses personnages, et il nous embarque avec lui. On aime ces adolescents qui ont un rêve, qui travaillent pour qu’il se réalise, qui se prennent des baffes, mais qui repartent à l’assaut.

Ce roman n’est ni véritablement un polar, ni véritablement un roman psychologique mais une belle histoire de jeunes gens qui font quelque chose, de jeunes gens finalement pas si compliqués que cela, qui veulent vivre de leur passion et être aimés. Ce roman est à lire comme une œuvre à part entière, à garder précieusement comme un culte, à relire pour mieux écouter les autres.

Tous ceux qui ont fait semblant de jouer de la guitare en écoutant du rock, tous ceux qui ont rêvé de brûler sous les projecteurs, tous ceux qui ont gardé une âme d’adolescent rêveur, tous ceux qui cherchent à comprendre une partie de ce qu’est l’adolescence devraient lire ce roman. Trois parties, comme trois disques, trois superbes portraits de jeunes qui veulent construire quelque chose, trois gamins pour qui la famille est une maison dont ils sont les pierres, ce roman est d’hors et déjà culte pour moi.