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Oldies : La danse de l’ours de James Crumley

Editeur original : Albin Michel puis Gallimard

Réédition illustrée par Aude Samama : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Permettez-moi de vous souhaiter à nouveau une excellente année 2019, pleine de découvertes littéraires enthousiasmantes.

2018 fut l’année Rivages Noir. 2019 sera l’année Série Noire. Et quoi de mieux que de commencer par un gigantesque auteur du roman noir, qui a influencé nombre de jeunes auteurs actuels. Il est à noter que ce roman fut édité par Albin Michel, puis le Livre de poche, avant d’être repris par Gallimard Série Noire puis Gallmeister.

L’auteur :

James Crumley est un écrivain américain, né le 12 octobre 1939 à Three Rivers, au Texas, et mort le 17 septembre 2008 à Missoula, dans le Montana.

James Crumley est né dans une région rurale reculée du Texas en 1939.

Après y avoir fait ses études et servi pendant deux ans dans l’armée, il devient professeur de composition littéraire. Il est ainsi embauché successivement par de nombreuses universités, il a la bougeotte, et le métier de professeur ne lui convient guère. Attiré par le poète Richard Hugo, comme d’autres écrivains de sa génération (James Welch, Bob Reid, Neil McMahon, Jon A. Jackson), il débarque à Missoula, Montana, au milieu des années 1960.

Il s’essaye à la poésie et à l’écriture de nouvelles, en plus d’animer des ateliers d’écriture en compagnie de Richard Hugo, James Lee Burke et d’autres écrivains.

En 1967, il écrit son premier roman, Un pour marquer la cadence (One to Count Cadence), qui n’est publié qu’en 1969. Sur fond de guerre du Viêt Nam, ce roman raconte une histoire d’amitié entre un sergent dur-à-cuire et un soldat gauchiste. Crumley met déjà le pied dans le roman noir, genre dans lequel il excellera par la suite. « Jamais de polar pur et dur mais des ouvrages où le suspense et l’intrigue servent avant tout à nous faire pénétrer au plus profond des questionnements humains sur le bien et le mal, la violence, la dépendance, le pouvoir », comme le dit Jean-Marie Wynants dans un article relatant la rencontre des Étonnants Voyageurs de Saint-Malo avec la ville de Missoula et ses écrivains.

Crumley est terriblement ancré à Missoula, comme tous les autres écrivains du coin. Missoula est leur coin de paradis, un paradis où règnent tolérance, bonne humeur, où l’alcool coule à flots et où les écrivains sont une denrée incroyablement fréquente. À Missoula, tout le monde écrit. Au milieu des montagnes, dans cette ville de 50 000 habitants, Crumley reste donc. Il essaye bien parfois de s’en « échapper », mais il finit toujours par y revenir. « On s’y sent bien, alors on y reste, c’est tout. Cette ville m’a adopté. Il y fait bon vivre, niché entre les montagnes du Montana. Il y a de tout chez nous. Même un policier-écrivain, comme Robert Sims Reid : c’est un bon gars… même s’il est flic ! », révèle Crumley dans une interview accordée à Guillaume Chérel et Hervé Delouche.

En 1966, peu de temps après son arrivée à Missoula, il laisse définitivement tomber l’enseignement, constatant qu’il n’est pas fait pour ça. En revanche, il est passionné par l’écriture. Il en parle d’ailleurs comme d’une drogue, quelque chose de vital et quasi obsessionnel : « En période d’écriture, je rêve de ce que j’écris toutes les nuits. Si je travaille trop longtemps, je plane littéralement parce que ça marche, alors je dépasse mes 4, 5 heures de travail quotidiennes. Ça peut aller jusqu’à 7 ou 8 heures. Mais après, je suis tellement excité que je ne peux plus dormir pendant 2 ou 3 jours. La sensation de ce trip dans l’écriture est géniale, j’adore ça. Mais après c’est terrible, très dur. Comme pour un camé en pleine descente ».

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

L’ancien détective privé Milo Milodragovitch s’est assagi : délaissant les drogues, il limite désormais ses vices à l’alcool et s’est trouvé un job paisible d’agent de sécurité à Meriwether, Montana, en attendant de pouvoir toucher l’héritage parental le jour de ses cinquante-deux ans. Quand une riche vieille dame, ancienne maîtresse de son père, vient remuer de vieux souvenirs et lui confier une enquête si facile qu’elle ne semble pas justifier ses généreux émoluments, l’aubaine est trop alléchante pour pouvoir résister. Mais ce qui devait n’être qu’une mission de routine ne tarde pas à exploser en tous sens et se transforme en une course frénétique entre voitures en feu, lancers de grenades, tirs de mitrailleuses et rails de cocaïne.

À travers les yeux d’un antihéros dur à cuire et attachant, qui regarde avec amertume l’hédonisme des années 1970 se changer en matérialisme des années 1980, James Crumley nous livre un roman saccadé, brutal et sans concession, ponctué de descriptions méditatives de l’Ouest américain.

Un texte rock ’n roll et irrévérencieux que j’adore – Élise Lépine, FRANCE CULTURE

Tout l’humour et le désespoir de Crumley sont là, portés par un style puissant, une poésie sombre. Son portrait sans concession d’une Amérique des années 70-80 n’a pas pris une ride – Bruno Corty, LE FIGARO LITTÉRAIRE

Mon avis :

La réédition du troisième polar de James Crumley est une bonne occasion de démarrer cette nouvelle année 2019 sous les meilleurs auspices. Car James Crumley fait partie du Panthéon du genre, il a allié ses personnages cassés à un style balançant entre humour grinçant et pureté poétique. Il a enfin creusé un sillon entre le polar et la littérature blanche, démontrant que l’on peut être une grande plume et raconter des histoires noires. Il fait partie de ces auteurs qui créent un pont, un lien pour le pur plaisir des lecteurs.

L’intrigue de ce roman est d’une simplicité enfantine : Une vieille dame convoque Milo Milodragovitch pour lui confier une affaire absurde. Elle voit en face de chez elle un couple qui se rejoint une fois par semaine et elle voudrait en savoir plus sur eux, par pure curiosité. Comme elle est proche de la fin et qu’elle a été l’une des amantes de son père, il ne peut pas lui refuser ça, d’autant plus qu’elle paie très bien. Sauf que cette affaire ne va pas être de tout repos, loin de là.

Raconté à la première personne, ce roman place au centre de l’intrigue Milo, avec son mal-être, son esprit jusqu’au-boutiste et ses actions déraisonnables. Âgé de 47 ans, il doit encore patienter 5 ans avant de toucher son héritage et en profite pour s’occuper d’affaires sans importance lui permettant de se payer son alcool et sa coke. Si on ajoute qu’il ne peut résister à un sourire charmeur, vous avez l’exemple même du détective sans limites.

Là où James Crumley se détache du lot, c’est par son humour grinçant, sa façon de décrire ses scènes à base de digressions visuelles, et par sa faculté d’être lucide et de créer des scènes soit drôles, soit tristement réalistes. On y trouve ici des passages d’un burlesque étonnant juste avant qu’il ne descende en flammes la société de consommation américaine. Et tout cela avec une langue qui tangue entre hargne et poésie, rage et fatalisme, si bien que c’en est un vrai plaisir de lecture.

Ce roman-ci démarre doucement, par beaucoup de fous rire, puis passe par une séquence émotion, quand Milo rencontre la vieille dame, avant de plonger dans un roman d’action débridé, une course poursuite sans but ni avenir, où Milo se retrouve à contempler notre monde de violence entre noirceur et détachement, essayant juste de sauver sa peau. Parce que, à un moment, c’est la seule chose qui reste à faire … tout en gardant le recul et l’humour nécessaire pour ne pas péter un câble.

Comme les deux précédents réédités par Gallmeister, Fausse piste et Le dernier baiser, la traduction m’a semblé proche de celle de Gallimard, mais le roman bénéficie d’illustrations en Noir et Blanc qui collent parfaitement au style de l’auteur. Et comme les deux précédents, c’est une lecture à ne pas rater, qui n’a pas pris une ride. Un indispensable, quoi !

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Tuez les tous … mais pas ici de Pierre Pouchairet

Editeur : Plon – Sang neuf

Voilà un auteur que j’avais découvert chez Jigal, avec la Prophétie de Langley, roman qui nous plongeait dans une situation d’attentat contre une centrale nucléaire. Pierre Pouchairet confirme avec ce roman tout le bien que je pense de ses intrigues.

Au commissariat de Quimper, la sous-brigadier Geneviève Louedec assure la réception des plaintes et les rédactions des main-courantes. Martine et Louis Loubriac sont à l’accueil pour faire part de la disparition de leur fille Julie. Martine est une femme sèche, désagréable au premier contact. Quant à à Louis, c’est un ex-tout : ex-flic, ex-journaliste, ex-mari. Geneviève essaie de les rassurer puisque Julie est connue pour faire des fugues. Mais là, elle est partie sans rien, ni affaires, ni argent.

Louis ne peut se résoudre à attendre que la police veuille bien faire quelque chose. Il a peu dormi cette nuit, réveille sa compagne Jennifer en se levant, et décide de fouiller la chambre de sa fille chez Martine. Il trouve son ordinateur, protégé par un mot de passe. Louis décide de faire jouer ses anciennes relations pour trouver une piste. Et petit à petit, il va se lancer lui-même dans cette enquête.

Julie est réveillée par un bruit de coups de pied dans les murs de la cabane en tôle. Il fait encore nuit mais c’est l’heure de l’Adhan, l’appel à la prière. Elle s’est vite liée d’amitié avec Aicha, une infirmière du 9-3, parmi toutes les jeunes filles de nationalités différentes. Elle a aussi une pensée pour Yacine, son amoureux qui l’a demandée en mariage il y a 3 semaines. Au jour levé, Julie voit que les garçons et les filles ont été séparées dans deux cabanes différentes. Des véhicules approchent, soulevant un nuage de poussière épais. Ce sont de gros 4×4, qui entourent les cabanes. Des hommes sortent et tirent sans pitié avec des mitraillettes. La cabane des garçons est criblée de balles. Les filles sont épargnées. Julie s’attend au pire, être maltraitée, tuée, violée …

Quand j’étais petit, je n’étais pas grand … Soyons sérieux, au moins quelques minutes. Quand j’étais plus jeune, j’aimais beaucoup les romans américains où un homme (ou une femme) standard comme vous et moi se retrouvait embringué dans une affaire qui le dépassait … et finissait par se retrouver dans une machination diabolique ayant des répercutions aussi extraordinaires qu’internationales (le plus souvent). Avec la multiplication des attentats, on voit ressortir des romans qui, sans être conspirationnistes, permettent des intrigues originales et surtout renversantes.

Tout démarre par une situation à laquelle tout le monde peut être confrontée, à savoir la fugue de sa fille. Après avoir présenté le couple Loubriac, en quelques chapitres, on entre réellement dans le vif du sujet. Pour être franc, le début ne m’a pas convaincu, ce qui fait que j’avais laissé tomber le bouquin. Et puis, vacances aidant, je l’ai repris et j’ai été pris dans le rythme imposé par l’intrigue.

Si les psychologies ne sont pas le fort de ce roman, au sens où elles passent au second plan après l’action de l’histoire, il n’en reste pas moins qu’elles restent crédibles. Louis, qui a tout raté dans sa vie, retrouve un sens à sa vie pour aller sauver sa fille. Placé au premier plan, Louis va assurer l’avancée de l’intrigue, bien qu’il soit entouré de personnages intrigants. Et c’est là où la narration de vient forte : Entre les islamistes et de sombres personnages qui œuvrent dans des bureaux et dirigent des pantins, le lecteur que je suis se retrouve tout le temps en terrain dangereux, malmené et me demandant où tout cela peut bien nous emmener.

Car, au bout de ce roman de 480 pages, on voit se dessiner une machination aussi inhumaine que démoniaque, que l’on peut éventuellement entrevoir plus tôt dans le terrain. Et c’est là où Pierre Pouchairet est fort : nous construire des intrigues folles, tout en restant crédible. Car ce roman finit par faire passer un frisson désagréable dans le dos, et on finit par croire à toutes les magouilles possibles et imaginables que l’on ne nous raconte pas. Voilà un roman de divertissement haut de gamme, qui m’a impressionné.

Les écorchés vifs d’Olivier Vanderbecq

Editeur : Fleur Sauvage

J’ai connu Olivier Vanderbecq, virtuellement, dans une autre vie. Il avait ouvert une petite librairie à Lille, Humeurs Noires. Je lui avais même proposé mes coups de cœur pour son site et j’avais visité sa librairie. Malheureusement, il n’était pas là. Je n’allais pas rater le deuxième rendez vous, littéraire, celui là, à savoir son premier roman, Les écorchés vifs. Ce roman était sorti en 2014 chez Amalthée, le voici dans une nouvelle mouture, avec une couverture jaune et trois clous plantés. On peut donc s’attendre à ce que ça cogne fort. Et ça cogne TRÈS fort.

Damien Glob est un enquêteur doué, passionné par son métier. Il a des statistiques à faire pâlir les meilleurs. Il a d’ailleurs fait des miracles lors de son affectation à Nantes. Quand il a voulu changer d’air, voir plus grand, il a débarqué à Lille, dans le service d’un commissaire qui ne fait rien d’autre de ses journées que de faire reluire ses chiffres. Damien se retrouve obligé de consigner le moindre de ses gestes, d’avoir l’aval pour la moindre de ses décisions. Mais il n’est pas comme ça. Il parvient d’ailleurs à identifier un tueur, un conseiller bancaire, pendant ses congés. Il lui met tellement la pression que le conseiller bancaire se suicide. Mais d’où lui vient cette volonté d’aller au bout des choses et de se mettre sans arrêt en danger ?

Pierre (on apprendra son prénom plus tard dans le livre) doit assurer une livraison dans une voiture de luxe. L’avantage de l’Europe, c’est qu’il n’y a plus de frontières. De retour de Belgique, il fait une pause à Lille pour dîner dans un restaurant de luxe. En sortant, des jeunes gens sont en train de lui voler sa voiture. D’une façon tout à fait cordiale, il leur propose de l’argent, quand leur chef débarque avec une jeune fille, Alicia. Pierre propose encore plus d’argent pour la voiture et Alicia. La négociation va se terminer dans une course poursuite d’enfer.

Damien et Pierre vont emprunter deux chemins différents. Leur route va se percuter dans un petit village perdu dans les Alpes.

Voilà l’exemple type de roman qui me conforte dans la volonté de lire des premiers romans (et je l’ai déjà dit maintes et maintes fois, mais je revendique le fait de radoter). Car au-delà des quelques défauts que l’on peut y trouver, il y a une passion, une envie de bien faire, de convaincre le lecteur, de l’embarquer dans son monde. Les écorchés vifs entre totalement dans cette catégorie des romans marquants qui donnent envie de lire la suite. Non pas parce qu’il est trop court, mais bien parce que cette histoire est convaincante, aussi bien dans la forme que dans le fond. Comme le dit Maître Yoda : « Oh oui, tu auras peur ! ».

Ce roman n’est pas un roman d’horreur ; il ne faut pas prendre au pied de la lettre tout ce que je dis. Mais c’est un roman tout en célérité, un vrai bon roman d’action, avec des scènes incroyablement visuelles. On pourrait presque baisser la tête par moments, pour éviter de se prendre une balle. C’est indéniablement le gros point fort de ce roman, l’alternance de rythme parfaitement maîtrisé donne plus de force aux scènes d’action, qui décoifferaient le plus chevelu des lecteurs.

Ça va vite, ça claque, ça tire, ça pulse de l’adrénaline dans les veines, ça fait monter le rythme cardiaque. Il y a de la rage dans ce roman, comme dans Elijah de Noël Boudou. C’est aussi bon que les scènes d’action (réussies) de John Woo (ressortez donc The killer au lieu de regarder la télévision) ou Quentin Tarantino. Et si je cite Woo ou Tarantino, c’est aussi bien pour insister sur le coté visuel du style de Olivier Vanderbecq, que pour signaler les dialogues, formidablement maîtrisés. C’est simple : dans la littérature française, pour moi, seul Jacques Olivier Bosco, dit JOB, arrive à me surprendre dans ses romans par ses scènes d’action impressionnantes. Eh bien, Olivier Vanderbecq vient se situer juste à coté, et se partager la marche de mon podium personnel.

Il ne faut pas croire que la psychologie est absente. D’ailleurs, c’est elle qui donne son titre au livre, et c’est elle qui fait que le roman fonctionne si bien. Et quel titre ! S’il rappelle la chanson de Noir Désir, il montre des personnages qui m’ont fait penser à des volcans, prêts à exploser à la moindre faille. Les causes de cet aspect psychologique m’ont paru un peu faciles mais elles donnent une consistance et une épaisseur à Pierre et Damien. Cela ajoute aussi quelques scènes où affleure l’émotion … mais affleure seulement.

Olivier Vanderbecq aura joué son va-tout, annoncé le banco dans ce premier roman. C’est surtout dans sa construction où il aura misé gros. Faire deux grandes parties mettant en scène chacun des deux personnages, et raconter l’histoire à la première personne du singulier est un sacré pari. Il faut être aussi intéressant dans la première que dans la deuxième partie, il faut que les deux personnages soient aussi vrais l’un que l’autre, il faut enfin justifier la relation qui va les faire se rencontrer. La relation sera faite par un groupe de roms. Le choc des deux itinéraires par Petru, leur chef. Et la scène finale sera à la hauteur de l’attente : apocalyptique.

Ce roman aura créé chez moi une sorte d’addiction, d’attente pour le prochain. Car il y a tant de promesses qu’on ne peut qu’être assuré que le prochain sera un grand roman. Je voudrais y voir moins d’évidences, moins de volonté de tout décrire, et des dialogues plus efficaces. Car dès qu’on attaque des scènes de fusillade, il n’y a rien à retoucher. Malgré ces quelques petits défauts, ce roman, c’est de l’adrénaline pure, un roman d’action avec des scènes incroyables et du pur plaisir de lecture. Merci M.Vanderbecq !

A noter que la préface est écrite par Jacques-Olivier Bosco (comme par hasard !)

Nouvelle donne de Marc Falvo

Editeur : Fleur Sauvage

En arpentant les linéaires des libraires, vous avez forcément aperçu des romans au format poche affichant en gros STAN KURTZ. C’est le nom du personnage principal qui raconte ses mésaventures, toujours aux prises avec des méchants très méchants. Nouvelle donne, le petit dernier de Marc Falvo est pour le coup ma première lecture de cet auteur. Il faut savoir que ce n’est pas un amateur puisque Babelio dénombre 17 romans à son actif. En route donc pour de l’action et de l’humour.

Quatrième de couverture :

J’ai jamais cru aux amnésies foudroyantes… Jusqu’à ce que ça m’arrive.

Le jour où on s’éveille en pleine nuit sans plus se rappeler ni quoi ni qu’est-ce, entouré d’hôtes peu avenants et avec une seule pompe, ça commence à sentir le cramé.

J’ai raison ou j’ai raison ?

Stan Kurtz. Trente-trois ans. Détective. Gueule d’ange. Une main de fer dans un gant de plomb, coincée sous un chapeau mou. J’en ai vu des affaires bigleuses – voire louches – mais celle-ci décroche la palme… De quoi enchaîner les sueurs froides. Quand on court après sa mémoire, les loulous, il y a pas à chiquer. Faut espérer le meilleur et s’attendre au pire.

Mon avis :

Il n’est pas facile de débouler dans une série comportant déjà 6 tomes, à savoir Série B. C’est l’un des gros points forts de ce roman puisque l’on n’est jamais perdu. La pirouette de l’auteur est d’utiliser l’amnésie du personnage principal car, au début de cette aventure, il se réveille en prison sans aucune idée de ce qui s’est passé auparavant sauf son nom et son adresse. Je parle de pirouette car il se rappelle quand de pas mal de choses ce qui est à mon gout limite d’un point de vue vraisemblance de l’intrigue.

Donc, Stan Kurtz, infra-détective selon ses propres dires, se retrouve avec un trou noir, incapable de comprendre pourquoi il se retrouve en prison. En sortant, il rencontre une (fort jolie) médium qui le ramène chez lui. Puis alors qu’il va boire un coup au bar d’en face, il apprend que le propriétaire a maille à partir avec deux gros balèzes qui on’ l(inconvénient d’être peu avenants. A cela, il faut ajouter une belle énigme concoctée par son diable de père, sorte de barbouze free-lance qui bizarrement a disparu.

Bref, si les scènes s’accumulent dans un style rapide, presque parlé, puisque Stan s’adresse à nous, lecteurs. Il interpelle, vocifère, déblatère, et diverge dans des réflexions en général fort drôle. Car le ton et le principe ne sont pas de se prendre au sérieux, mais bien de divertir le lecteur. Alors, avec beaucoup de dérision et d’autodérision, Marc Falvo déroule son intrigue en donnant toujours l’impression qu’il improvise. L’originalité est bien de rajouter sans cesse des questionnements, des intrigues supplémentaires pour ajouter du sel à un plat qui s’avère très bon au gout, et pas graveleux pour un sou.

C’est donc un très bon divertissement, quatre heures de lecture bonheur, sans se prendre la tête, pendant lesquelles j’ai pu apprécier l’art de raconter une histoire sans en dire trop, pour finir avec une belle pirouette. Cela m’a fait penser à Dari Valko, le personnage de Ben Orton, à l’exception près que ce roman est deux fois plus long. Et tenir 200 pages avec des blagues, c’est un sacré tour de force. Bref, vous cherchez de la bonne humeur, sans prise de tête, Stan Kurtz est là !

Une affaire d’hommes de Todd Robinson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

On reprend les mêmes acteurs, on reprend les mêmes ingrédients, et on recommence. Globalement, ce roman est la suite directe de Cassandra et en cela, on y retrouve le même plaisir dans ce polar de baston.

On retrouve Boo et Junior, ami depuis leur adolescence, quand ils se sont connus dans l’orphelinat de Saint Gabriel. Depuis, ils sont à la tête d’une boite de videurs, 4PC (Plans Pourris Pour Pas Chers) et œuvrent dans une boite de nuit appelée le Cellar. Cette nuit-là , ils ont été obligés de virer manu militari des hooligans qui attendaient le concert de Jason St John, chanteur des Kingly. Après avoir jeté les malpropres, ils ont pour mission de surveiller Jason St John, le chanteur, mais celui-ci leur échappe.

Ils le retrouvent au Raja, une boite connue pour être une des plaques tournantes de la drogue. Le raja est gardée par IronClad, des concurrents à 4PC. L’entrevue se termine par une baston dans l’antre même de Summerfield, le parrain de Boston. De retour au cellar, Boo et Junior sont inquiets : sans aucun doute, les gars d’Ironclad vont se venger et faire une descente. Finalement, Summerfield himself vient avec son armée. L’affaire se termine au corps à corps entre Boo et Summerfield et Boo prend cher.

Deux événements vont faire que Boo et Junior vont s’enfoncer dans la merde : L’un des mecs qui a tabassé Junior s’appelle Byron et bosse pour IronClad. Et au raja, Boo a vu Summerfield poser ses mains sur Kelly, son ex. Une vengeance s’impose. Alors, ils vont faire sa fête à Byron … Mais après ce petit moment de distraction, ils apprennent que l’on a retrouvé le corps de Byron. Les choses se gâtent …

On retrouve les deux mêmes personnages avec le même principe de narration : Boo raconte l’aventure, les dialogues fusent et c’est bourré d’humour. Alors, qu’est-ce qui change par rapport à Cassandra ? C’est relativement simple : l’intrigue est plus complexe, et donc mieux construite, il y a plus de baston, plus d’alcool, plus de femmes, plus de quiproquo, plus de tout. J’ai eu l’impression que l’auteur a cherché à faire mieux que le premier, ou du moins plus fort.

Pour autant, je dois dire que les deux énergumènes sont toujours aussi cons et aussi casse-cous. Toujours aussi cons, parce que le titre, qui peut paraitre énigmatique, se justifie totalement, et que cela nous donne quelques scènes vraiment poignante. Toujours aussi casse-cous car le nombre de scènes de bagarre a augmenté et que les états d’âme de Boo vont nous le rendre encore plus humains. On a aussi droit à de nombreux passages sur le passé de Boo et Junior, qui sont vraiment un plus dans la construction de leur psychologie respective.

La seule remarque ou bémol que j’y apporterais, est que cela fonctionne à fond tant que Boo et Junior sont ensemble. Dans cette aventure, ils vont être séparés, et j’ai trouvé que l’absence de Junior nous privait de cet humour qui rend cette série si indispensable. Malgré la présence de Twitch, un ami qui va les aider et qui est plus con encore qu’un Koala en pleine sieste, mais plus dangereux qu’un ours après une diète de huit jours, je dois dire que l’absence se fait sentir. Ce qui fait que le début est mouvementé, le milieu moyen et la fin géniale. Et quand je dis moyen, Todd Robinson nous donne un chapitre 13 qui est d’une longueur invraisemblable (80 pages) alors que ses romans ne fonctionnent bien que quand il y a du rythme et des dialogues qui pètent, donc quand les chapitres sont courts.

Dire que j’ai été déçu par ce roman est largement exagéré. J’ai pris mon pied au début et à la fin, et été ennuyé au milieu. Mais cela m’a permis aussi de comprendre que ce roman ne fonctionne qu’avec son couple de videurs au complet. Dès qu’il en manque un, le moteur tourne moins rond. Pour autant, les 120 dernières pages sont géniales et il serait dommage de passer au travers car elles sont une pierre de plus pour comprendre et apprécier Boo et Junior. A la prochaine, donc !

Cassandra de Todd Robinson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

Alors que je m’apprêtais à lire Une affaire d’hommes, le petit dernier de Todd Robinson, Marie-France que j’avais rencontré aux Quais du Polar m’a conseillé de commencer par Cassandra, son premier roman. Et comme il venait de sortir en format poche, l’occasion faisait le larron.

Quatrième de couverture :

Boo et Junior ne se sont pas quittés depuis l’orphelinat. Aujourd’hui adultes, ils sont videurs dans un club de Boston. Avec leurs deux cent quinze kilos de muscles et leurs dix mille dollars de tatouages, ça leur va plutôt bien de jouer les durs. Mais quand on leur demande de rechercher la fille du procureur de Boston qui a disparu, ils vont devoir recourir à autre chose qu’à leurs biceps. Que la gamine fasse une fugue, soit. Il faut bien que jeunesse se passe. Mais quand elle se retrouve sous l’emprise de ses mauvaises fréquentations, c’est une autre histoire.

Mon avis :

Ah, que j’aime les polars de détectives. Encore plus, quand il s’agit de purs amateurs ! Boo et Junior se sont connus dans un orphelinat et ne se sont plus quittés. Boo, qui est le narrateur de cette histoire, ne cache rien quant à ses états d’âme. Pour eux deux, le mot d’ordre est amitié et loyauté à tout prix. Ce couple de gros bras a créé une entreprise de videurs appelée 4PC, Plans Pourris Pour Pas Chers (hommage à Dirty Deeds Done Dirt Cheap de AC/DC). Et pur arrondir leur fins de mois, ils acceptent de rendre service et de résoudre des affaires.

Le cas qui se présente à eux est la disparition de la fille du procureur, Cassandra, âgée de 14 ans. Si nos deux amis sont de grosses brutes, ils ont aussi un cœur quand on leur promet un chèque avec beaucoup de zéros dessus. Ils ont aussi un sens de la moralité qui, allié à une envie de rentrer dans le tas, fait des dégâts. Et quand nos deux compères découvrent que la petite Cassandra a tourné un film porno, ils voient rouge !

Les couples de détectives, ça marche bien à partir du moment où on y croit. Avec Todd Robinson, on n’a pas le temps de réfléchir, ça fonce, ça bastonne, ça boit de l’alcool et ça nous malmène comme un film d’action. Le but n’est pas de revendiquer quoi que ce soit, mais bien de faire passer un bon moment de divertissement. Et grace aux dialogues nombreux et bourrés d’humour, ce roman se lit comme du petit lait. On rigole beaucoup, on en oublie que l’intrigue avance par à-coups, et on a même droit à quelques rebondissements qui font que l’on classera ce roman parmi les bons souvenirs.

Vous l’aurez compris, un roman d’action de série B pendant lequel on s’amuse beaucoup, c’est bien. Mais quand il s’agit de les regarder foutre des beignes à des gens qui le méritent, ça peut être jouissif. Et puis, franchement, j’adore quand Boo et Junior sont devant une porte en train de discuter de leur plan pour entrer. Boo demande si Junior a un plan. Non ? Bon, alors on fonce ! Fendard !

Brutale de Jacques-Olivier Bosco

Editeur : Robert Laffont – La Bête Noire

C’est avec un grand plaisir que je vous présente le tout dernier Jacques-Olivier Bosco, dit JOB. Et quand on attaque un livre de JOB, il vaut mieux avoir la santé, car ça va vite, très vite. Place à l’action !

Quatrième de couverture :

Elle est jeune. Elle est belle. Elle est flic. Elle est brutale.

Des jeunes vierges vidées de leur sang sont retrouvées abandonnées dans des lieux déserts, comme dans les films d’horreur. Les responsables ? Des cinglés opérant entre la Tchétchénie, la Belgique et la France. Les mêmes qui, un soir, mitraillent à l’arme lourde un peloton de gendarmerie au sud de Paris.

Que veulent-ils ? Qui est cet « Ultime » qui les terrorise et à qui ils obéissent ?

Face à cette barbarie, il faut un monstre. Lise Lartéguy en est un. Le jour, elle est flic au Bastion, aux Batignolles, le nouveau QG de la PJ parisienne. La nuit, un terrible secret la transforme en bête sauvage. Lise, qui peut être si douce et aimante, sait que seul le Mal peut combattre le Mal, quitte à en souffrir, et à faire souffrir sa famille.

Mon avis :

Je connais peu d’auteurs qui œuvrent sur le créneau du roman d’action pure. Je connais encore moins d’auteurs qui le font avec un tel talent. Comme je le disais plus haut, quand on ouvre un livre de JOB, il vaut mieux être en bonne santé, et se préparer à un sprint. Avec Brutale, le sprint va durer 400 pages, dans une course effrénée contre des monstres qui, je l’espère, n’existent pas et n’existeront pas.

Il ne faut pas chercher de message dans ce livre, mais pour autant, on y retrouve les mêmes thèmes qui sont la justice ou l’injustice, et la vengeance expéditive. Le personnage qui va incarner ces thèmes se nomme Lise Lartéguy. Depuis sa plus tendre enfance, elle a des accès de violence qui mettent en danger ses proches. Grace à son père, elle entre dans la police et s’avère être une enquêtrice chevronnée mais totalement hors contrôle. Et lors de ses accès de rage meurtrière, elle devient aussi féroce et mortelle que les ennemis qu’elle pourchasse.

Et c’est parti pour 400 pages de folie. JOB maitrise parfaitement le sens du rythme, alternant les scènes d’action effarantes avec des pauses fort bien venues où il peut approfondir la psychologie de ses personnages. Cela donne un livre que l’on ne peut pas lâcher de la première à la dernière page. Je peux vous garantir qu’il y a des scènes d’action dans ce roman qui sont tout simplement époustouflantes, tout cela grace à ce style si évocateur et visuel et aussi grace à cette faculté de ne dire que ce qui est nécessaire.

Il faut tout de même ajouter que le but des romans de Job n’est pas d’être toujours crédible. Les méchants sont très méchants, les innocents sont gentils. Les traits sont grossis à la limite de la caricature, comme ce que fait Tarantino au cinéma. Et quand il nous lance dans le feu de l’action, la lecture est tout simplement jouissive. J’y ai juste trouvé quelques indices qui tombent du ciel pour guider Lise dans sa quête et j’ai trouvé cela dommage.

Par contre, j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver un personnage que j’aime beaucoup (le Cramé) ainsi que Mako (hommage à Laurent Guillaume), croisés au fil des pages. Et puis, j’y ai trouvé une bande son qui me parle, essentiellement rock (AC/DC, Unwalkers, U2 …) ou bien faite de bruit et de fureur, avec quelques passages de douceur dont Amy Winehouse. Cela donne aussi le ton de ce livre, qui alterne entre action et calme et qui procure une sensation de passer du bon temps. De la bonne vraie littérature divertissante et populaire, quoi !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude