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Lady Chevy de John Woods

Editeur : Albin Michel

Traducteur : Diniz Galhos

L’Ohio semble receler d’un vivier d’auteurs très intéressants et à la clairvoyance remarquable. Il n’y a qu’à se rappeler de Stephen Marklay, Tiffany McDaniel, David Joy, Benjamin Whitmer pour n’en citer que certains. John Woods arrive avec un roman coup de poing, une autopsie de l’Amérique des campagnes, très largement suprémaciste, d’aucuns diraient trumpiste, même si le roman se déroule pendant le gouvernement de Barack Obama.

Subissant les moqueries de ses camarades de classe, Amy Wirkner porte sur son dos le surnom de Lady Chevy, en lien avec son surpoids et son postérieur très large. La fête organisée chez Sadie Schafer regroupe toute sa classe qui va entamer sa dernière année de lycée, avant d’essayer d’obtenir une place en université pour quitter enfin cette petite ville de Barnesville. Paul McCormick et Sadie forment le petit cercle d’amis d’Amy, surtout parce qu’ils se connaissent depuis la petite enfance.

Amy intégrera l’Ohio State University si ses moyennes restent à ce niveau. Elle deviendra vétérinaire, quittera enfin son père, qui a loué ses terres à une entreprise extrayant le gaz de schiste, sa mère qui va se faire baiser tous les soirs par des inconnus, son oncle, ex-soldat, enfermé dans ses théories paranoïaques et suprémacistes, et tous ces imbéciles qui passent leur temps à soigner leur apparence et vomir sur elle. Mais l’université coûte cher, et elle compte sur une bourse et un don de la paroisse.

Brett Hastings représente la loi à Barnesville en tant qu’adjoint du shérif. Il conduit dans le désert, avec comme passager, un homme dont la tête a été recouverte d’un sac poubelle. Randy s’est fait kidnapper parce qu’il est un dealer, parce qu’Hastings veut faire le ménage dans sa ville, à moins qu’il en ait besoin. Il le sort et les deux hommes avancent dans les collines, avant qu’Hastings lui ordonne de s’arrêter. La discussion ne dure pas longtemps et il lui tire une balle dans la tête à travers le sac poubelle.

Toute la ville devient malade, même son frère Stonewall, petit être chétif atteint de saignements et de crises. Tout le monde sait que cela vient des produits qu’ils injectent dans le sol. Paul, ce soir-là, vient voir Amy pour lui demander de l’aide. Il a fabriqué des bombes artisanales pour détruire les installations gazières ; Sauf que leur plan va tourner au drame et Amy va devoir réagir.

John Woods aurait pu donner la parole à Amy, en faire l’unique narratrice ; il a préféré un duo de raconteurs avec Amy et Hastings. Et il ne faut pas prendre ce roman comme un énième roman sur l’adolescence, ou même une simpliste description des campagnes américaines ou encore un pamphlet contre l’extraction du gaz de schiste. Ce serait bien trop réducteur par rapport à ce que John Woods a voulu montrer.

Car dans son premier roman, il a voulu parler de beaucoup de thèmes, et pour cela, il a choisi un personnage féminin hors normes (je ne parle pas de son poids), au sens où il a minutieusement construit sa psychologie. S’il l’a voulue en surpoids, c’est pour montrer une adolescente qui s’est construit un mur contre sa famille, contre ses amis, contre le monde ; et ce mur est tellement haut qu’elle a fini enfermée dans son monde. On la voit ainsi écoutant les autres, regardant les autres, mais ne suivant que son chemin, aidée en cela par une acuité et une intelligence au dessus du troupeau peuplant Barnesville.

Il a voulu aussi son héroïne en prise avec un environnement familial perturbé, mais il n’a pas fait dans la simplicité. Son père d’abord, au chômage, mais responsable, se retrouve obligé de louer ses terres à un processus mortel pour lui et les autres, car c’est sa seule source d’argent. Sa mère ne rêve que de s’enfuir, même s’il ne s’agit que d’une nuit dans les bras d’inconnus.

Enfin, son oncle, que l’auteur a appelé Oncle Tom (quel humour !), apparait comme un homme cultivé, qui est passé par la guerre et qui en a déduit sa propre logique philosophique raciste et s’est donné comme but dans la vie, la sauvegarde de la race blanche. Ces passages, où Amy et Tom discutent en s’entrainant au tir au fusil, sont les plus réussis du livre et font froid dans le dos. Ils apparaissent comme un portrait lucide de l’Amérique contemporaine (et pas que l’Amérique).

Bien sur, on y voit l’église essayer de fédérer cette ville, les riches profiter et les pauvres souffrir, mais on y voit surtout par ces descriptions les campagnes subir les lois des grandes villes, de l’Etat, et le ras-le-bol des politiques (Rappelons nous que ce roman se déroule sous l’ère Obama). On y voit aussi la police, pas plus douée que les gens du cru, à part Hastings, que l’on peut prendre comme un justicier de l’ombre et qui s’avère un assassin qui se débarrasse des gens qui le gênent.

Tout au long du roman, on va se retrouver gêné par ce qui est dit, par la façon dont c’est dit, par les événements qui vont se dérouler. Car on n’y trouve plus de notion de bien ou de mal, la morale n’existe plus, on parle ici de survie ; et pour Tom, il s’agit de survie de la race blanche. Plus que choquant, ce roman est provoquant, poussant toujours le bouchon un peu plus loin, en gardant son ton clairvoyant pour montrer la vérité du terrain, celui que les politiques ne veulent pas voir.

A part quelques passages un peu long où on a l’impression que l’auteur en rajoute, ce roman porté par Amy et Hastings m’a impressionné par ce qu’il montre. J’ai tendance à dire que les auteurs mettent leurs tripes dans leur premier roman, et cela semble être le cas ici, tant John Woods est capable de faire une démonstration éloquente sans jamais juger qui que soit ; au lecteur de se faire sa propre opinion. John Woods a écrit l’autopsie de l’Amérique moderne et il va falloir suivre ses prochains écrits.

Un dernier mot : ne ratez pas la fin, avec quelques retournements de situation qui font que je ne suis pas prêt d’oublier ce roman. Impressionnant !

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L’eau du lac n’est jamais douce de Giulia Caminito

Editeur : Gallmeister

Traductrice : Laura Brignon

Après Un jour viendra, le premier roman traduit de cette jeune auteure, on sentait une puissance de son écriture capable d’emporter tout le monde. GiuliaCaminito nous propose de suivre la vie d’une enfant devenant adulte, à travers ses réactions et les événements qu’elle va vivre.

Gaïa est née dans une famille pauvre. Sa mère Antonia fait des ménages et son père est handicapé suite à un accident de travail sur un chantier, où il travaillait au noir. Cloué sur son fauteuil roulant, il ressemble plutôt à une plante verte qu’on a abandonnée au salon. Son grand frère, né d’une précédente liaison, est laissé à part et tous les espoirs d’Antonia résident dans la réussite de Gaïa.

Toute la famille vit dans une cave et Antonia a demandé un appartement aux services sociaux. L’inertie de ceux-ci fait que le dossier n’avance pas. Mais Antonia ne se laisse jamais abattre, ne baisse jamais les bras et fait le siège des bureaux pour avoir le dernier mot. Il faudra l’arrivée d’un nouveau chef de service pour qu’ils aient l’autorisation de déménager dans un grand appartement situé juste à côté d’un lac.

Pour Gaïa, sa vie est à refaire. Elle va entrer à l’école et côtoyer des enfants tous plus riches qu’elle. Sa mère lui répète, lui serine qu’elle n’a pas d’autre choix que de travailler dur pour réussir à l’école. Alors elle se bat tous les jours avec les faibles moyens dont elle dispose, considérant ses camarades comme des ennemis, ou au moins des concurrents. Antonia, avec sa volonté de se battre pour ses enfants afin qu’ils obtiennent une meilleure vie, ne se rend pas compte de la pression qu’elle leur met au-dessus de leur tête.

La première partie du roman m’a réellement impressionné, par son style imagé et poétique, par le ton sec, par la psychologie de Gaïa la narratrice et par le sujet, l’éducation d’une enfant et son passage à l’âge adulte, avec les déboires que cela entraine et la pression que l’on reçoit de ses parents. Et j’ai plongé, j’ai aimé suivre Gaïa, son esprit de battante, sa volonté de ne rien lâcher, malgré sa rigueur, sa méchanceté.

Et comme l’immersion dans cette vie d’une famille pauvre italienne me parle, comme ce roman fait écho à mon propre passé, j’ai poursuivi Gaïa comme une sœur imaginaire, l’aidant dans les moments difficiles, subissant les moqueries des camarades et ne trouvant comme réplique que la méchanceté (dans son cas) ou l’autodérision (dans le mien), comme un rempart devant ce qui nous a manqué.

Quand on ne nait pas dans une famille aisée, on va le dire comme ça, il s’avère bien compliqué de ne pas éprouver de complexe d’infériorité devant des habits de marque, ou même de ne pas changer d’habits tous les jours. Il y a 40 ans, quand on était boursier, on n’avait pas le droit de redoubler en classe; je vous laisse imaginer la pression. Tous ces aspects là m’ont touché, forcément.

Comme nos choix de vie entre Gaïa et moi furent différents, sa fin de l’adolescence m’a moins touché, voire j’y ai trouvé des longueurs tout en reconnaissant la justesse des événements et des réactions. Et puis, n’oublions pas que c’est un roman dramatiquement, follement beau et qu’il faudra à Gaïa des morts parmi ses proches pour se rendre compte de ses erreurs. Un roman à part pour moi.

Morvern Callar d’Alan Warner

Editeur : Jacqueline Chambon (Grand Format) ; 10/18 (Format poche)

Afin de fêter leurs 60 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux 10/18.

Je vous propose un roman acheté il y a bien longtemps, et que j’avais mis de côté, surtout pour son sujet. L’adjectif qui me vient en tête après l’avoir lu est déstabilisant.

L’auteur :

Alan Warner est un écrivain écossais né à Oban (Écosse) en 1964.

Il grandit dans le village écossais de Connel, et commence à écrire dès l’adolescence. Il est l’auteur de cinq romans : le très acclamé Morvern Callar (1995), trophée du Prix Somerset-Maugham, These Demented Lands (1997), trophée de l’Encore Award, The Sopranos (1998), gagnant du Saltire Awards, The Man Who Walks (2002), une comédie sombre et surréaliste, et The Worms Can Carry Me to Heaven (2006). La plupart de ses romans se déroulent dans un même endroit, nommé « le Port », présentant des similitudes avec son village natal d’Oban. Morvern Callar a récemment été adapté à la télévision et Alan Warner a reçu en 2003 le prix du Meilleur Jeune Écrivain Britannique.

Il est également connu pour être un grand admirateur du groupe de Krautrock Can. Il a d’ailleurs dédié deux de ses romans à deux membres du groupe (Morvern Callar à Holger Czukay et The Man Who Walks à Michael Karoli). Alan Warner habite actuellement à Dublin et à Xàvia.

Quatrième de couverture :

MorvernCallar, 21 ans, employée sous-payée au supermarché du coin. Signe distinctif : un genou phosphorescent et un goût certain pour le Southern Comfort Limonade. Quand elle découvre que son amant s’est tranché la gorge, vu qu’il peut plus râler, elle allume une Silk Cut et décide de le garder pour elle. Pas chien, il lui laisse en héritage une carte bancaire et un roman à publier. Casquée de son Walkman, Morvern va improviser une nouvelle vie… L’Ecossais Alan Warner compose ici une voix féminine d’une rare authenticité, un personnage déroutant et attachant, un premier roman d’une force saisissante !

Mon avis :

Sex, drugs and rock’n’roll.

Narratrice et personnage principal de ce premier roman d’Alan Warner, Morvern Callar va nous détailler, avec son langage parlé, sa vie de caissière dans une superette, perdue dans un port d’Ecosse. Le temps y est maussade, la vie emplie de routines, et le peu d’argent qu’elle gagne lui sert à faire la fête dans des rave-parties avec ses copines et à laisser passer le temps.

Ce matin-là, elle se réveille et découvre que son compagnon s’est donné la mort, en se tranchant la gorge et les poignets, ce qui prouve sa volonté d’en finir. Contre toute attente, Morvern ne va rien changer à sa vie, et même envisager de garder le corps pour elle. Car cela représente la seule chose matérielle qui lui appartient, le reste n’étant que du vent éphémère. Alors elle va monter le corps dans le grenier. En guise de testament, il lui laisse un mot, sa carte de crédit avec presque 7000 livres et une disquette comportant le livre qu’il a écrit. Il lui demande de l’imprimer et de l’envoyer chez les éditeurs qu’il a choisis, ce qu’elle va faire en remplaçant le nom de l’auteur par le sien.

Etrange portrait d’une jeunesse qui n’attend rien de la vie, si ce n’est de rester jeune le plus longtemps possible pour faire la fête et ne pas penser au lendemain. A défaut d’être attachante, le portrait de Movern Callar n’en est pas moins éloquent d’une personne sans avenir et qui l’a compris, qui l’a même intégré comme règle de vie. Bien que l’intrigue se déroule dans les années 90, le courant punk a fait bien des petits.

Affublée de son walkman et de son casque, fumant des Silk Cut l’une après l’autre, Morvern Callar passe son temps en musique, pour elle-même, sans accorder la moindre importance ni à sa famille (elle a été adoptée), ni à ses amis sauf quand ils font la fête avec elle. Hautement egocentrique, orientée vers son nombril, en forme de vide intersidéral, ce roman débouche sur une fin qui nous montre qu’elle pourrait peut-être grandir. A défaut de trouver ce roman passionnant, je l’ai trouvé intéressant.

Oldies : Fay de Larry Brown

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Daniel Lemoine

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de poursuivre la découverte des romans de Larry Brown, avec ce roman qui est la suite de Joe, chroniqué ici avec un coup de cœur.

Quatrième de couverture :

À dix-sept ans à peine, Fay fuit une vie de misère. Elle s’élance sur les routes du Mississippi pour gagner la mer et un autre avenir. Elle n’a pas mis les pieds à l’école depuis longtemps, ignore beaucoup des règles de la vie en société et ne sait pas vraiment ce que les hommes attendent des femmes. Belle, lumineuse et parfois inconsciente, elle trace sa destinée au hasard de ses rencontres, s’abandonnant aussi facilement qu’elle prend la fuite. Mais cette femme-enfant, qui ne réalise qu’à demi l’emprise qu’elle exerce sur ceux qui croisent son chemin, laissera dans son sillage une traînée de cendres et de sang.

Mon avis :

Ayant décidé de fuir sa famille et en particulier son père alcoolique, fainéant, violeur et violent, Fay Jones, du haut de ses 17 ans, va parcourir le Mississipi pour rejoindre Biloxi et ses plages paradisiaques vers une vie de rêve. A la fois naïve et belle comme un cœur, elle va apprendre la vie à travers différentes expériences et devenir une femme fatale à qui aucun homme ne peut résister. Elle va trouver un lit dans un camping auprès de jeunes gens vivant d’alcool et de drogue avant de rencontrer Sam, un policier de la route.

Sam et sa femme ont du mal à surmonter la mort de leur fille. Ils accueillent donc les bras ouverts Fay qui va découvrir cette nouvelle vie comme un paradis. Jusqu’à ce qu’elle se rende compte que Sam trompe sa femme devenue alcoolique. C’est d’ailleurs à cause de l’alcool qu’elle trouvera la mort et que Fay la remplacera … jusqu’à un nouveau drame qui l’obligera à reprendre la route et à rencontrer Aaron, un videur de boite de nuit violent tombé fou amoureux d’elle.

Ecrit dans un style littéraire et méticuleux, Larry Brown continue à nous montrer la société américaine, en s’écartant des miséreux pour détailler la vie des ouvriers. Il montre des gens qui dépensent leur argent en alcool ou en drogues dans un monde sans pitié, un monde sauvage ne respectant que la loi du plus fort. Il est d’ailleurs intéressant de voir que l’auteur oppose Sam à Aaron, comme deux faces d’une même pièce de monnaie, le Bien et le Mal. Pour autant, chacun de ces deux mâles vont succomber aux charmes de Fay et avoir une psychologie complexe et bien plus nuancée qu’une simple opposition Bien/Mal.

On voit aussi Fay, une femme fatale moderne, qui va devenir consciente de son pouvoir d’attraction envers les hommes, et sa capacité à les utiliser. De jeune femme victime, elle va orchestrer les événements à son profit et devenir femme manipulatrice. Personnage éminemment complexe, semblant parfois rechercher une sécurité, parfois prenant des décisions, elle démontre une sacrée faculté à obtenir ce qu’elle veut avec un beau machiavélisme.

De ce personnage féminin d’une force remarquable, de cette peinture de la société sans concession, de ce style si détaillé, de cette intrigue suivant l’itinéraire d’une adolescente, nous garderons cette image bien noire des Etats-Unis brossée par Larry Brown, avec la sensation d’avoir parcouru un sacré chemin et avoir abordé des thèmes divers qui font réfléchir. De la grande littérature, tout simplement.

Fucking Melody de Noël Sisinni

Editeur :Jigal

Avant d’ouvrir ce roman, je n’avais aucune idée d’où je mettais les pieds, enfin, les yeux. Je n’avais pas lu la quatrième de couverture, et ai juste été attiré par les différents avis sortis sur la toile.

Alors qu’elle a été abandonnée, elle a été transférée dans un hôpital pour de redoutables douleurs dans le dos, à l’âge de 15 ans. Elle se fait appeler Fiorella, s’invente des personnages et rejette les autres. La seule personne avec qui elle a des discussions, c’est Soline, une infirmière qui propose des spectacles pour les enfants, de morceaux de musique à des scènes de clown.

Soline possède un don pour la musique, mais trouve son bonheur dans sa relation avec ces enfants meurtris et malades. Le professeur Marsac la convoque dans son bureau. Parce qu’elle a une relation particulière avec Fiorella, il préfère lui annoncer la vérité : la petite est atteinte d’un cancer des os, et il va falloir recourir à la chimiothérapie. Marsac lui propose de lui couper les cheveux avant qu’elle les perde.

Alors que son frère lui propose un enregistrement en studio de sa dernière pépite musicale nommée Fucking Melody, Soline propose à Fiorella de passer un week-end avec Boris, son compagnon. Fiorella qui veut découvrir le monde va tomber amoureuse du jeune homme. Et comme elle n’est pas prête à faire des compromis, la situation ne peut virer au drame.

S’appuyant essentiellement sur deux personnages, Fiorella et Soline, on ne peut que voir dans leur relation une fusion comparable à celle du froid et du chaud, de la glace et du feu. Soline veut faire le bien, aider les enfants malades et s’en persuade jusqu’à introduire Fiorella dans sa sphère personnelle. Fiorella n’est pas prête au compromis, et ira au bout de ses envies, de ses désirs, sans aucune limite.

Se sachant condamnée, Fiorella répète qu’elle est pourrie de l’intérieur. Mais l’auteur évite les effets larmoyants en décrivant une jeune fille prête à tout, pressée de tout vivre avant la fin. On y trouve dès lors l’image d’une société enfermée dans ses carcans, appliquant les règles établies sans même chercher à comprendre les réactions et / ou la psychologie des malades. Pour autant, l’auteur fait en sorte que l’on ne ressente aucune compassion pour cette jeune fille qui brave tous les interdits. Il nous place devant une situation extrême, et nous laisse seul juge.

Si le roman est court, il regorge tout de même d’une multitude de scènes rapides aux dialogues percutants, comme si l’auteur avait tracé une ligne droite et ne s’en écartait jamais. Le style rapide évite de nous poser trop de questions et les personnages suivent leur trajectoire rectiligne jusqu’au bout du monde dans une fin digne d’une peinture de maître, une chute poétique mélangeant les couleurs froides et chaudes. Ce roman est une superbe découverte pour moi.