Archives du mot-clé Aéroport

Terminal 4 de Hervé Jourdain

Editeur : Fleuve noir

Ce roman est déjà le sixième de cet auteur, ancien capitaine de police, et ce sera pour moi le premier, une sorte de découverte. Bien qu’il mette en avant des personnages récurrents, je n’ai ressenti aucune gêne dans ma lecture ; j’ai même plutôt été emporté par le rythme insufflé à l’histoire.

Un incendie se déclare sur le chantier aéroportuaire du nouveau terminal de Roissy. Les pompiers se précipitent pour circonscrire le feu qui a pris dans des voitures. Quelle n’est pas la surprise de trouver un cadavre calciné dans le coffre de l’une d’elle !

Le fameux 36 quai des Orfèvres a déménagé au Bastion. Suite à une précédente affaire, le commissaire divisionnaire Hervé Compostel, le commandant Guillaume Desgranges, la capitaine de police Lola Rivière, et la brigadière Zoé Dechaume ont été placardisés dans le service anti-terroriste. Le service des douanes les appelle pour interpeller un homme qui transporte dans ses bagages des pièces d’or à l’effigie de l’Etat Islamique.

Sauf que sur le chemin, le dégagement de fumée attire l’attention de Lola et Zoé. Arrivées avant la police judiciaire, elles font les premières constatations et devraient passer la main à leur collègue. Mais de retour au Bastion, Zoé insiste pour conserver l’affaire du cadavre brûlé. Hervé Compostel va appeler sa hiérarchie et obtenir un passe-droit, étant donnée la charge de la Police Judiciaire en ce moment.

A partir de ce moment-là, Hervé Jourdain va nous décrire comment fonctionne l’aéroport, tout le microcosme qui tourne autour, toutes les entreprises qui en vivent et surtout tous les enjeux économiques et politiques. Tout en étant rigoureux sur les démarches policières, et les obligations administratives, le roman devient de plus en plus énorme, de plus en plus intéressant, nous dévoilant l’arrière du décor dont on n’a aucune idée quand on prend un avion pour une destination lointaine.

Les entreprises visibles sont bien évidemment celles ayant trait à la construction, que ce soit des bâtiments ou les nouveaux moyens de transport qui doivent être prêts pour les Jeux Olympiques de 2024. Mais il y a aussi les ouvriers qui dégèlent les avions, les transporteurs de bagages, les taxis, les vrais et les faux, (il faut savoir qu’il y a la guerre entre les taxis français et les taxis chinois), les SDF, les sans-papiers et enfin, je ne crois pas en oublier, les ZADistes, manifestant contre ce nouveau terminal, qui va ajouter de la pollution à une région qui n’en a pas besoin.

Outre qu’Hervé Jourdain va les faire intervenir dans le roman, il va les insérer dans l’intrigue, ajoutant ainsi autant de pistes potentielles pour les enquêteurs et autant de fausses pistes pour le lecteur qui cherche aussi à dénouer les liens. Malgré la multiplicité des suspects potentiels, le lecteur, justement, n’est jamais perdu, car l’auteur prend le temps de bien leur donner des caractéristiques reconnaissables. Un sacré tour de force !

Mais ce qui m’a énormément emballé, c’est le rythme qui est insufflé dans ce roman. Les chapitres sont courts, découpés eux-mêmes en scènes, et les enquêtes avancent en parallèle. L’auteur fait preuve d’une imagination et d’une construction implacable pour ne jamais baisser le rythme. Et c’est tout bonnement passionnant, à tel point que j’ai avalé les 315 pages en deux jours. Ce roman est impossible à lâcher, nous entraînant dans sa course folle, à la résolution d’une énigme remarquablement retorse.

Enfin, l’auteur en profite pour nous alerter sur la pollution des transports aériens, que tout le monde croit moins polluants. Il nous donne des chiffres, s’amuse même à nous proposer en fin de livre, des problèmes mathématiques. D’ailleurs, on se demande pourquoi nos énarques n’ont pas encore mis en œuvre des mesures pour lutter contre la pollution. A moins qu’ils y trouvent leur intérêt … mais c’est un sujet que je n’aborderai pas ici.

Pour moi, cette découverte d’un nouvel auteur est une bonne pioche et je vous encourage à vous jeter sur ce roman passionnant, rythmé et intelligent.

Hommage : Le poulpe a 20 ans

Je ne pouvais laisser passer cette occasion. Gabriel Lecouvreur, personnage fictif créé par Jean Bernard Pouy, Serge Quadruppani et Patrick Raynal célèbre ses 20 années d’existence. C’est exceptionnel pour un personnage de fiction, dont les aventures sont écrites par des auteurs différents. Je me demandais bien comment célébrer cet événement, alors j’ai repris des épisodes récents pour vous inciter à lire cette série.

La série :

« Le Poulpe » est une collection de romans policiers publiée aux éditions Baleine, inaugurée en 1995 avec La petite écuyère a cafté de Jean-Bernard Pouy, également directeur de collection originel. Bien que chacun des épisodes soit écrit par un auteur différent, on y suit les aventures d’un même personnage, Gabriel Lecouvreur, un détective surnommé « Le Poulpe » à cause de ses longs bras semblables aux tentacules d’un poulpe. La collection a été adaptée au cinéma en 1998 (Le Poulpe, le film), et certains numéros ont été adaptés en bande dessinée à partir de 2000 (Le Poulpe en bande dessinée).

Jean-Bernard Pouy, qui a fondé et dirigé la collection à ses débuts, déclarait ne pas faire de sélection dans les manuscrits, les publiant dans leur ordre d’arrivée pour rendre compte sans filtre de ce qui s’écrit. De cette façon la collection a rapidement dépassé les 100 épisodes, très inégaux mais attirant des signatures d’horizons très divers : maîtres du roman noir, habitués des collections blanches ou encore des amateurs, des collectifs.

De janvier 2009 à janvier 2013, la collection a été dirigée par Stéfanie Delestré. Elle est ensuite dirigée par Gwenaëlle Denoyers. Cinq à six titres inédits paraissent chaque année. Pour 2010 : Maïté Bernard, Marin Ledun, JP Jody, Sébastien Gendron, Sergueï Dounovetz, Antoine Chainas… Pour 2012 : Stéphane Pajot. Pour 2013 : Gilbert Gallerne, Christian Zeimer et Margot D. Marguerite, Philippe Franchini, Franz Bartelt…

Les illustrations de la collection « Le Poulpe » sont de Miles Hyman, qui a inauguré un nouveau style graphique avec le Poulpe de Christian Zeimert.

Les personnages récurrents :

  • Gabriel Lecouvreur dit « Le Poulpe ». Sans domicile fixe : il oscille entre le salon de coiffure de Chéryl, les hôtels, les pensions… Il essaie de restaurer un vieux Polikarpov. Amateur de bière, il déteste le vin.
  • Chéryl. Coiffeuse, dont la couleur favorite est le rose. Compagne du Poulpe.
  • Gérard. Patron du bar restaurant « le Pied de Porc à la Sainte-Scolasse ».
  • Femme de Gérard. D’origine espagnole.
  • Aide cuisinier roumain.
  • Léon. Le chien du propriétaire du restaurant.
  • Pédro. D’origine catalane. Il a pris part dans la lutte contre Franco lors de la guerre d’Espagne. C’est un anarchiste, ancien imprimeur. Il fournit à Gabriel faux papiers et armes.
  • Membre des Renseignements généraux. Ennemi intime de Gabriel, bien qu’il lui rende quelques services à l’occasion. Son nom correspond à Javert en verlan, clin d’œil au Javert des Misérables de Victor Hugo.

(Source Wikipedia)

L’oncle Paul avait fait un portrait du Poulpe ici

Blood sample

Blood sample de Karim Madani (Baleine)

Nelson, un métisse de 20 ans, est victime d’une fusillade en pleine rue à Arkestra, la « ville où il fait toujours nuit ».

Ç’aurait pu être un fait divers tragique de plus dans cette ville gangrenée par la corruption et les trafics en tous genres, sauf que la photo du jeune homme affichée dans Le Parisien fait tiquer le Poulpe : Nelson a des bras longs, très longs… et lui ressemble indéniablement.

Alors quand, le lendemain, une ancienne amante du Poulpe, Déborah, l’appelle d’Arkestra pour annoncer que, jusqu’à hier, il était papa d’un brillant garçon, Gabriel hésite entre consternation et colère.

Sous la pression de la mère, le voilà parti pour Arkestra à tenter de résoudre le meurtre de Nelson, fils ou pas fils. C’est sous le soleil de plomb d’une ville accablée par la pollution et dans l’attente des résultats du test de paternité que Gabriel va arpenter « les rues homicides de la ville damnée ».

A-t-on tué le fils pour faire pression sur Déborah, avocate engagée dans une lutte contre un promoteur véreux ? Ou Nelson avait-il un lien avec les Disciples, un gang de dealers qui règne en maître dans le quartier des Tours Organiques ?

Ce qui est certain, c’est que le Poulpe dans le ghetto, ça risque de ne pas être de tout repos…

Mon avis :

J’adore l’univers de Karim Madani et sa ville imaginaire d’Arkestra, la ville où on ne dort pas. Alors, certes, le format imposé des enquêtes du Poulpe est restrictif et on le sent bien dans ce roman ; Il n’empêche que Karim Madani nous sort un roman d’action, dans un endroit où les balles fusent, où la ville est minée par la violence et la drogue. Et le format de poche inhérent aux enquêtes du Poulpe obligent l’auteur à une efficacité qui met en valeur le rythme de l’intrigue.

Karim Madani en profite pour nous montrer une nouvelle facette du monde d’Arkestra : C’est un paysage en perdition dans lequel les gens n’ont aucun espoir et où les politiques se vendent aux promoteurs immobiliers. Dans ce roman, Karim Madani garde son univers et nous concocte une intrigue impeccable, passionnante et qui claque. Un très bon numéro du Poulpe qui fait plus de place à l’action qu’aux sentiments.

 La catin habite au 21

La catin habite au 21 de Hervé Sard :

À Sainte-Mère-des-Joncs, près de Nantes, une jeune prostituée disparaît dans la plus profonde indifférence des autorités, sans doute trop occupées à gérer les tensions locales liées au projet houleux de construction d’aéroport du Grand-Ouest.

À la Sainte- Scolasse, ça s’excite, ça théorise devant l’article du Parisien relatant le fait divers. le Poulpe penche pour l’élimination de témoin gênant, Gérard soutient qu’il s’agit d’un tueur en série et met Gabriel au défi de prouver le contraire : s’il a tort, il lui paiera dix tournées de bières.

Le Poulpe n’a pas besoin d’autre motivation pour filer mener son enquête en terres armoricaines. Arrivé dans la bourgade, il va de surprise en surprise : premièrement il semblerait que tout le monde connaisse la jeune disparue mais que personne ne l’ait jamais vue ! Un sacré paradoxe qui laisse Gabriel pantois. Ensuite, contrairement à ce qu’il avait lu sur l’affaire de l’aéroport, ici les habitants ne se font pas prier pour dire tout le bien qu’ils pensent du projet. Marcherait-on sur la tête ?

À Sainte-Mère-des-Joncs, il pleut, il mouille, et ça va pas être la fête au Poulpe, car cette enquête va rapidement virer au jeu de patience en terrain glissant. Ah ! le bon air de la campagne n’est plus ce qu’il était !

Mon avis :

Changement d’auteur, changement d’univers. La raison pour laquelle j’adore Hervé Sard, c’est son style qui prend le temps de regarder les gens, qui prend le temps de les écouter, qui prend le temps de vivre. Et l’univers du Poulpe correspond bien à celui de Hervé Sard. Car Le Poulpe est un personnage qui va résoudre des affaires en allant voir les gens, en général en province.

Ici, nous allons à Sainte-Mère-des-Joncs, l’endroit qui doit accueillir le futur grand aéroport. Alors qu’il est à la recherche d’une prostituée, il va rencontrer des habitants d’un petit village qui sont pour l’installation de cet aéroport, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Avec cette subtilité qui le caractérise, Hervé Sard nous concocte de formidables personnages grâce à des dialogues formidables. On y retrouve moins d’action que d’habitude, mais on y gagne en tendresse. Et puis, le dénouement vaut le détour, car il est très bien trouvé.