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Le chouchou du mois de février 2017

En ce mois de février, j’ai inauguré une nouvelle rubrique : Espace BD. J’ai en effet eu l’occasion de lire deux adaptations des romans de HG.Wells, scénarisées par Dobbs. Si j’ai apprécié l’unité des dessins alors que ce sont deux dessinateurs différents qui ont signé les 2 volumes, le format BD m’a paru court pour La machine à explorer le temps, alors que La guerre des mondes m’a vraiment plu, du moins le premier tome sorti. C’est Glénat qui édite ces Bandes Dessinées.

J’ai continué aussi de lire des novellas, en regardant du coté de La Manufacture de livres. Vagabond de Franck Bouysse (Manufacture de livres) est stylistiquement parfait, et Albuquerque de Dominique Forma (Manufacture de livres) est de facture plus classique et on prend beaucoup de plaisir à arpenter la Route 66.

Trois de mes auteurs favoris sont passés à l’autopsie ce mois : Brutale de Jacques-Olivier Bosco (Robert Laffont-La Bête noire) est un pur roman d’action comme sait les faire. La voix secrète Michaël Mention (10/18) est peut-être une réédition, mais j’ai eu l’impression de lire un autre livre, plus complet, plus prenant, plus réussi. Enfin, avec Dans l’ombre d’Arnaldur Indridason (Métaillé), on est plongé en pleine deuxième guerre mondiale pendant l’occupation de l’Islande par les Britanniques puis les Américains. C’est une nouvelle réussite, très éloignée des enquêtes d’Erlendur.

Ce qui marquera ce mois de février, ce sera l’originalité de traitement dans les intrigues. Avec Le vrai du faux et même pire de Martine Nougué (Editions du Caïman), cette auteure confirme son talent de peindre des ambiances en s’intéressant aux gens, qui font avancer l’intrigue. American requiem de Jean Christophe Buchot (Editions La Renverse) est un livre attachant qui part du principe que JFK nous parle de lui et c’est passionnant. Derrière les portes de BA.Paris (Hugo & Cie) est un thriller qui peut paraitre simple mais c’est cette simplicité qui fait mouche, qui sonne vrai. Duel de faussaires de Bradford Morrow (Seuil) nous plonge dans l’univers des faussaires, et délivre un beau message d’amour des livres.  Irezumi de Akimitsu Takagi (Denoel) enfin, est un pur roman policier qui date de 1948 et qui nous dévoile le Japon, ses traditions, sa philosophie et tout le mystère qui entoure les tatouages, véritables œuvres d’art.

Pour le titre de chouchou du mois, j’aurais pu choisir un auteur que j’adore. J’ai préféré mettre en avant un jeune auteur qui écrit des romans policiers en abordant des thèmes importants, tout en gardant une originalité dans le traitement. Gymnopédie pour une disparue d’Ahmed Tiab (Editions de l’Aube) nous parle des racines, et de leur importance dans la vie que nous nous construisons. C’est aussi pour cette thématique et sa subtilité de traitement qu’il fait un beau chouchou du mois, estampillé Black Novel.

J’espère que vous trouverez votre bonheur de lecture parmi ces avis. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal : lisez !

 

Gymnopédie pour une disparue de Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Découvert avec Le Français de Roseville, je dois dire que cet auteur m’interpelle par sa façon de construire ses intrigues et par son style très personnel. Avec ce roman, il confirme qu’il est un auteur à part et surtout un auteur à ne pas rater.

Boualem est un jeune homme qui veut faire business man pour s’en sortir. Sa première affaire, c’était la vente d’une paire de basket qu’il avait trouvée dans le hall d’un immeuble. Alors que l’Algérie s’enfonce dans les émeutes, le quartier d’Oran où il habite reste encore calme. Mais il se rend bien compte qu’il va devoir rejoindre la France pour pourquivre sa carrière.

Boris habite un petit appartement à Paris qu’il a hérité de Tante Rose, une amie de sa mère. Laure Sieger, sa mère, l’a abandonné alors qu’il avait 8 ans, et aujourd’hui en 2013, il s’en sort grâce à son emploi à la mairie. Il n’a pas de contacts avec les autres, si ce n’est une liaison avec Gino, le fils de la gardienne. Par hasard, il rencontre Oussama, qui lui montre une photographie de jeunes gens djihadistes, partis s’entrainer en Syrie. Sur la Photo, l’un des jeunes semble être le sosie de Boris. Serait-il son frère caché ?

Aujourd’hui, Kemal Fadil est chef de la police d’un quartier d’Oran. Son affaire en cours porte sur une série de meurtres dont les corps sont étrangement disposés. Quand on découvre le cadavre d’une femme supposée d’adonner à la sorcellerie, il suit la piste de rituels ancestraux, depuis longtemps abandonnés dans cette société qui s’est donnée toute entière à la modernité.

Indéniablement, Ahmed Tiab fait partie de ces tous nouveaux auteurs dont il faut suivre la trace. Car tout, dans ses romans, est fait avec originalité. Il y apporte sa propre touche aussi bien dans la construction que dans le style. Et il nous permet aussi d’approcher les difficultés de l’Algérie balancée entre modernité et histoire, entre politique et terrorisme. Mais tout cela n’est pas fait avec de gros sabots, et n’a pas pour but d’écrire des brulots. Ahmed Tiab préfère prendre les faits et exposer une situation comme le ferait le meilleur des journalistes. S’il aborde le sujet du Djihadisme, ce n’est pas le sujet principal du livre, qui nous parle plutôt de la recherche de ses racines et des questions que tout un chacun se pose sur ses origines.

Ce que j’aime c’est Ahmed Tiab, c’est cette façon, l’air de rien, de construire ses personnages, et de ne jamais les juger. Il les présente dans leurs faits de tous les jours et avec une telle tendresse que l’on finit par non seulement adhérer, mais aussi s’attacher à eux. Ces trois personnages vont former une histoire qui va se culminer vers une fin non pas dramatique mais qui va répondre à bien des questions.

D’ailleurs, la construction aussi est originale. D’autres auteurs auraient alterné les chapitres passant de l’un à l’autre. Ici, Boualem aura droit à une première partie, Boris à deux parties puis nous finirons par Kemal avant d’aboutir à la conclusion. On peut avoir l’impression de lire trois histoires différentes, trois nouvelles accolées. Mais c’est sans compter sur le talent de l’auteur qui réunit le tout dans un ensemble parfaitement cohérent.

Quand je vous dis que cet auteur, vraiment à part, est à suivre, c’est aussi avec ce rythme de la narration, qui pourrait laisser penser à de la nonchalance. Mais après quelques pages, cela en devient hypnotique et on devient accroché à cette plume réellement unique et d’une simplicité que beaucoup peuvent lui envier. Je suis sur qu’après ce roman, Ahmed Tiab va nous sortir un grand livre et qu’il sera enfin reconnu. Je ne suis pas pressé, je suis patient !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude.

Le Français de Roseville de Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Voici un nouveau venu sur la scène du roman policier qui va nous donner l’occasion de suivre un nouveau personnage de commissaire Kémal Fadil. Pour un premier roman, c’est une franche réussite, à tel point que j’ai hâte de lire sa seconde enquête.

Oran, 2013. Dans le vieux quartier espagnol, la rénovation des immeubles bat son plein. Sur un chantier de la rue des Bougainvilliers, le grutier remarque des os. Il arrête tout de suite son travail et se trouve effectivement en présence d’os humains. Le commissaire Kémal Fadil va être chargé de cette affaire. Le médecin légiste Moss confirme que c’est le corps d’un petit garçon et qu’il a du être enterré plusieurs dizaines d’années auparavant. Entre la pression de la hiérarchie pour cette affaire non prioritaire et celle des promoteurs immobiliers, Kémal va avoir fort à faire. Dès le départ, il trouve un bijou en forme de crucifix en or avec les initiales A C. Puis, c’est un deuxième squelette qui fait son apparition. A priori, un homme et un enfant ont été enterrés là.

Kémal est célibataire et vit avec sa mère, Léna, handicapée suite à un accident de la route qui a vu la mort de son père. Il a bien une femme dans sa vie, Fatou, d’origine nigériane, mais il ne peut vivre avec elle car elle et sa mère ne s’entendent pas. Léna était dans les années 60 interprète et traduisait des discours officiels en espagnol lors de réunions politiques. C’est là qu’elle a rencontré l’amour de sa vie …

Années 50. Arthur Guillot est un Français travaillant en Algérie. Il est comptable, et ses déboires sentimentaux vont le faire plonger dans la délinquance au moment où il rencontre Roméro, un truand notoire.

Ce premier roman est époustouflant par son ambition. Il arrive, par des allers-retours passé présent à différentes époques, à nous présenter à la fois Kémal et ses parents, la situation de l’Algérie avant, pendant et après l’indépendance. Et tout cela est fait à travers des personnages, de façon parfaitement subtile, tout en ne prenant jamais partie pour qui que ce soit. En cela, je trouve que ce roman est à la fois intelligent et instructif.

Il ne faut pas attendre de ce roman beaucoup d’action. On a à faire avec un roman policier du type Cold Case (référence à une série télévisée que j’aime beaucoup) voire même aux premiers romans d’Arnaldur Indridason. On y trouve la même volonté de décrire les ambiances, les couleurs, les sons, et cette force d’inventer des personnages secondaires aussi forts que celui de Kémal lui-même.

Vers le milieu du roman, un nouveau personnage fait son entrée, Arthur Guillot. On se doute bien qu’il a quelque chose à voir avec cette affaire. C’est encore une fois l’occasion pour l’auteur d’évoquer l’Algérie avant l’indépendance. Mais cela a aussi pour conséquence de gâcher le suspense final ou du moins une partie.

Vous l’aurez compris, ce roman m’a impressionner. Cela m’a donné l’occasion d’apprendre plein de choses, qui sont évoquées par petites touches. Ma seule envie, c’est maintenant de pourquivre cette série pour en apprendre encore plus. Pour votre information, le deuxième tome des enquêtes de Kémal vient de sortir aux éditions de l’Aube et s’appelle Le désert ou la mer.