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La rose oubliée d’Alexandre Geoffroy

Editeur : Ex-Aequo

A la lecture de ce deuxième roman d’Alexandre Geoffroy, jeune auteur ayant obtenu le Balai de la découverte pour Les Roses volées, on pourrait croire qu’il a une obsession pour les enlèvements d’enfants, ou bien qu’il a conçu ses romans comme un diptyque. Je pencherai pour la deuxième hypothèse pour deux raisons : Lors de la cérémonie de remise des Balais, il m’avait confié écrire une suite aux Roses volées, qui n’en était pas tout à fait une. Ensuite, ce roman est effectivement la suite de la précédente intrigue, vu cette fois par le tortionnaire que l’on à peine entrevu dans le premier roman.

Issu d’une famille riche dont le père fut un des pionnier de l’aéronautique française, Jean-François Latour, la bonne soixantaine, a bien profité de la fortune familiale et laissé libre cours à ses penchants les plus vils. A tel point que dans une de ses propriétés des Landes, il a arrangé ses caves en prison pour de petites filles qu’il vendait à ses amis. Mais son avenir devient incertain quand son fils Marc, pédophile lui aussi, se fait arrêter par la police. Par pur instinct de survie, il se maquille et abat son fils à l’entrée du tribunal avant de fuir.

C’est pour lui le moment de disparaitre. Il prend la route en direction de la Suisse, prend rendez vous avec une de ses connaissances qui planque son argent dans plusieurs banques situées dans des paradis fiscaux, et se rend dans la clinique de chirurgie plastique de Helmut Hansen pour se faire arranger le portrait. A son réveil, l’anesthésie lui a fait perdre la mémoire et par la même occasion ses penchants maléfiques.

Après quelques jours de repos, Latour décide de partir quand Hansen lui rappelle ses agissements, dont il a bien profité d’ailleurs. Dégoutté par lui-même, il décide de réparer ses méfaits avec l’argent dont il dispose. C’est alors qu’une jeune femme le kidnappe et le menace de mort. Elle s’appelle Mélanie et a été enlevée sur une plage vingt ans auparavant. Depuis ce jour, elle ne cherche qu’à assouvir sa vengeance contre ceux qui l’ont violée. Seul Latour peut lui permettre de mener sa mission à bien.

Voilà un début de roman passionnant par son idée de départ, qui reprend la même thématique que le précédent, et c’est pourquoi je vous conseille de lire le premier. De la même façon, avec ce sujet difficile de la vengeance à tout prix, Alexandre Geoffroy évite les écueils en ne prenant pas parti, mais en déroulant son intrigue sans pathos ni surplus de sentimentalisme … et surtout sans voyeurisme facile.

D’ailleurs, c’est bien la facilité à dérouler un scenario de course poursuite qui m’impressionne. Car les scènes vont se suivre avec une certaine vitesse et on a bien hâte de savoir ce qui va arriver. L’écriture simple mais par ailleurs efficace nous y aide bien. Le petit plus réside dans l’alternance entre les chapitres à la première personne, narrés par Latour et ceux à la troisième personne qui parlent du couple … étrange. Le procédé n’est pas nouveau, mais il est bien fait, surtout qu’entendre un véritable salaud narrer ses aventures alors qu’il est devenu un agneau innocent est une expérience bizarre. Pour autant, on ne va jamais le plaindre …

Du coup, l’emploi du présent se justifie dans l’histoire, ce que je n’aime pas trop, je vous le rappelle (mais on ne se refait pas). Là où je m’interroge, c’est sur la façon dont est écrite la fin. En effet, l’auteur introduit quelques chapitres écrits à la première personne par Mélanie et je trouve que cela n’apporte rien à la narration. De plus, les derniers chapitres passent au passé (et non au présent) et à nouveau je m’interroge.

Ceci dit, j’ai lu ce roman en à peine deux jours, car c’est réellement passionnant, et les petites réserves dont j’ai parlé, voulues ou non, n’ont pas gêné loin de là mon plaisir de lecture. En tous cas, je ne peux que vous encourager à découvrir cet auteur qui a, j’en suis sur, beaucoup d’intrigues à suspense à partager.

Ne ratez pas l’interview de l’auteur par le concierge masqué

Les roses volées de Alexandre Geoffroy (Editions Ex-Aequo)

Voilà un premier roman enthousiasmant qui, malgré son sujet délicat, arrive à se sortir de bien des pièges. Je peux même rajouter qu’en lisant ce polar, j’ai eu du mal à croire que ce n’était que le premier roman de cet auteur, tant l’intrigue est bien maitrisée.

Il est dans sa voiture. Il attend qu’un homme sorte. Il va le tuer, car il lui a pris sa petite fille. Il s’appelle Paul …

Paul Gontrand est un homme comme les autres, restaurateur de son état. Il tient avec sa femme Nat un restaurant à Agen, lui étant aux cuisines, et elle en salle pour le service. Ils ont une petite fille de 6 ans, Louise, qui les ravit, tant elle sourit tout le temps. Comme le restaurant ferme tard, Louise va se coucher et Paul et Nat la surveille à distance sur le petit haut-parleur positionné sur le comptoir.

Paul aurait du se douter de quelque chose, mais c’est toujours facile à dire après. Un de ses clients, Marc Latour, était connu pour avoir eu des soucis avec la justice : il avait été accusé de violences envers une jeune fille en sortie de boite de nuit, avait été soupçonné de vol envers des clients de sa banque. A chaque fois, il s’en était sorti grâce à son père et son argent.

Marc, en tant que client du restaurant, connaissait le fonctionnement du restaurant. Aucun problème pour lui de kidnapper la petite Louise. Paul s’en aperçoit trop tard, prévient la police, et se retrouve à arriver trop tard : Louise est morte et Marc arrêté. Quelques mois plus tard, suite à une erreur administrative, Marc est libéré, en attente de son procès, et disparait. Pour Paul, c’est inacceptable. Il se fera justice lui-même. La traque commence …

Pour un premier roman, c’est un sujet difficile : celui d’une vengeance, de la volonté de se faire justice soi-même. Et Alexandre Geoffroy évite cet écueil, en écrivant son roman à la première personne du singulier, et avec un style extrêmement concis, rapide. Cela donne l’impression que le personnage principal ne se pose pas de questions. Il est tourné vers son objectif et totalement aveuglé par sa volonté de tuer l’assassin de sa fille.

Par ses chapitres courts, par la logique de l’intrigue, je dois dire que ce roman est une agréable surprise. Car cela va vite, très vite. On n’a pas le temps de se poser de questions, on se laisse porter par l’intrigue et comme le style est très fluide, il est bien difficile de laisser tomber le roman.

Je me dois de souligner que le sujet est difficile, de la volonté de se faire justice soi-même aux soirées pédophiles et que l’auteur évite fort judicieusement les détails glauques. Vous n’y trouverez pas de descriptions qui pourraient rebuter. Ici, le mot d’ordre est : place à l’action et au suspense.

Le seul petit reproche que je ferai concerne l’utilisation du présent pour ce type d’histoire. J’aurais préféré le passé, ou du moins pour ce qui concerne le début du roman, quand il raconte sa vie dans le restaurant. Mais vous avouerez bien que c’est bien peu, pour un premier roman. Et en tant que polar, ce roman s’inscrit dans une tradition de suspense, s’avère très efficace et c’est une excellente découverte. Pour ma part, je signe d’emblée pour le deuxième roman d’Alexandre Geoffroy.