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Défaillances de BA.Paris

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Vincent Guilluy

Son premier roman, Derrière les portes, a fait beaucoup de bruit de ce coté-ci de la Manche, comme chez nos amis anglo-saxons. Derrière les portes s’avérait un thriller psychologique au scénario rondement construit, et dont le style simple participait à l’immersion du lecteur dans la peau de cette pauvre femme malmenée par un mari sans pitié.

Cassandra est professeur d’histoire au collège de Castle Height. En ce 17 juillet, elle termine ses cours et sort un peu tard après une petite fête avec ses collègues. Quand elle sort, il tombe des cordes et elle téléphone à son mari Matthew pour qu’il ne s’inquiète pas. Elle décide de prendre un raccourci qui passe par la forêt. Elle passe devant un petit parking et aperçoit une voiture garée et la tête blonde de la conductrice. Elle s’arrête, se disant que si elle a besoin d’aide, elle la rejoindra. Mais après 5 minutes d’attente, elle décide de reprendre sa route.

Le lendemain matin, son mari va mieux, sa migraine de la veille a disparu. Il lui amène même son petit déjeuner au lit. La télévision annonce qu’une femme a été retrouvée sauvagement assassinée dans la forêt. Soudain, elle se rappelle le visage qu’elle a entre-aperçu, et se rend compte que, non seulement elle connait la victime, mais en plus qu’elle ne l’a pas aidée.

Elle va essayer d’assumer sa culpabilité, gardant pour elle les détails de cette soirée, puisque personne ne sait qu’elle a pris ce raccourci. Mais elle va petit à petit craquer, d’autant plus que des coups de fils mystérieux commencent à la harceler. Et puis, elle va se rendre compte qu’elle oublie des choses, des actes, des phrases et cela augmente sa peur de finir comme sa mère qui fut atteinte d’une sénilité précoce, dès l’âge de 44 ans.

Ce deuxième roman est à la fois pareil et différent de son premier. Dans les deux cas, j’ai retrouvé le talent de cette jeune auteure de prendre le lecteur par la main et de l’emmener exactement là où elle veut. On entre dans le vif du sujet très rapidement, car en deux chapitres, le contexte est posé, les personnages placés et on attaque l’histoire. Si on peut penser qu’il s’agit d’une illustration de la culpabilité de Cassandra de ne pas avoir aidé la jeune femme garée sur le parking, l’intrigue oblique vite vers la maladie d’Alzheimer.

Car tout est raconté à la première personne par Cassandra et à coups de phrases simples, en ajoutant minutieusement de petits événements insignifiants, l’auteure va nous faire plonger dans la folie paranoïaque de Cassandra. Comme c’est elle qui raconte, elle va tirer des conclusions de tout ce qu’elle oublie, étant obsédée et effrayée de finir comme sa mère. Il n’y a aucun temps mort, les oublis, les coups de téléphone s’enchaînent, et comme elle n’assume pas sa culpabilité, elle va commencer une descente aux enfers, et entraîner le lecteur à sa suite.

Ce n’est que dans les cent dernières pages que BA.Paris va nous livrer l’explication de tout ce qu’elle a minutieusement décrit, nous livrant tous les indices qu’elle a parsemés ça et là. On pourrait reprocher un dénouement que l’on sent venir, mais personnellement j’ai été happé par la psychologie de Cassandra. On pourrait reprocher ce style simple voire simpliste de l’auteure. J’y trouve quant à moi une force, celle de se glisser dans la peau d’une jeune femme commune et de ne pas vouloir faire d’effets de style qui, dans ce roman, auraient été bien inutiles.

Une nouvelle fois, BA.Paris, dont ce n’est que le deuxième roman, est arrivée à me surprendre, moins au niveau de l’intrigue que par sa faculté à écrire un pur roman psychologique, nous décrivant une plongée dans la folie pure. Tenir presque 400 pages avec un tel sujet, enfermer le lecteur dans la tête d’une folle est un coup de force. Il faut bien reconnaître que ce roman est une nouvelle fois une bien belle réussite.

Même pas morte ! de Anouk Langaney (Albiana)

C’est après avoir lu l’avis de Hervé Sard que j’avais acheté ce roman , car j’adore l’humour noir. Et c’est l’auteure elle-même qui m’a contacté via un réseau social, et qui m’a rappelé que j’avais son roman dans une de mes bibliothèques. Un premier roman, un roman noir, de l’humour, bref, tout ce qu’il me fallait !

C’est l’histoire d’une vielle dame, comme on en connait tous … sauf que …

Minette a 88 ans. Elle habite un petit village et finit tranquillement sa vie, mais il est hors de question de mourir. Elle durera le plus longtemps possible. Quand son docteur … comment s’appelle-t-il déjà ? Ah oui, le docteur Granger, ou quelque chose comme ça ; quand il lui annonce qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle est effondrée. Alors, il lui conseille de tenir un journal, d’écrire chaque jour, et c’est le roman que vous tenez entre les mains.

Minette n’est pas une vieille dame comme les autres. Elle s’est séparée de sa famille. Elle a bien une sœur, partie se marier aux Etats Unis ; les autres, elle s’en fout. D’ailleurs, y en a-t-il d’autres ? elle ne sait pas, elle ne sait plus ! Quand Edouard, son possible neveu la contacte pour venir la voir, un neveu qu’elle n’a jamais vu, elle accepte avec méfiance …

Et de cette méfiance va naitre une paranoïa de tous les jours. Car Minette n’est pas une vieille dame comme les autres (je l’ai déjà dit ?). Minette a eu un passé riche en émotions, elle a surtout participé avec ses copains à des braquages. Il ne manquerait plus que ce neveu des Amériques n’en veuille à son pactole. D’ailleurs, c’est quoi, déjà, le numéro de son compte en banque ?

Fendard ! C’est le premier adjectif qui m’est venu à l’esprit après voir refermé ce livre. Cela m’a rappelé dans un style plus noir un roman que j’avais lu il y a très longtemps, et qui s’appelait Pisse-vinaigre de Edgar Smadja. J’y ai trouvé ce même humour, sauf qu’ici, il y a beaucoup moins de compassion puisque que l’on va suivre la vie de cette mémé flingueuse dans ses délires.

De l’humour, noir bien entendu, il y a en a à foison. Mais pas seulement. Car si les situations prêtent à rire, avec le débarquement d’Edouard son neveu qu’elle n’a jamais vu, cela se transforme vite en polar, avec les remarques de la vieille … qui flinguerait bien son docteur si elle n’en avait pas besoin, ou bien les voisins trop regardants, sans compter son ancien complice qui habite à coté.

Anouk Langaney se permet même de faire monter la tension, dans ce suspense impeccable au style très adapté à la situation pour finir par un feu d’artifice et quelques scènes finales d’anthologie qui rappelleraient presque un western avec comme personnage principal un John Wayne vieillissant. Et si les descriptions de ces scènes ne collent pas tout à fait avec une vieille atteinte d’Alzheimer, peu importe, car le divertissement et l’humour sont au rendez-vous, et c’est tout ce qui compte, après tout ! Le talent de cette auteure tient en deux points : une psychologie de Minette impeccable et une suite de rebondissements tous plus réjouissants les uns que les autres.

Et dire que c’est un premier roman ! Je ne peux dire qu’une chose, Chapeau ! Car le rythme est soutenu du début jusqu’à la toute fin, avec une conclusion extraordinaire d’humour qui m’a fait éclater de rire dans les transports en commun ! Ce roman alterne entre journal intime, polar, roman noir avec une maestria qui en étonnera plus d’un. Et pour un premier roman, c’est un roman incontournable.

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