Archives du mot-clé Ambiance

Cavale (s) de Marie Vindy (Manufacture de livres)

Après Une femme seule, formidable polar qui savait allier les mystères le l’âme humaine et les ambiances étranges et inquiétantes des forêts de l’est de la France, Marie Vindy nous convie à retrouver ses deux personnages dans une nouvelle affaire. Et je vais essayer de vous expliquer pourquoi j’adore Marie Vindy …

Marianne Gil et Francis Humbert ont emménagé dans la ferme des Champs-Marie à la Loge-Suzon, dans une nouvelle maison, dotée d’une grande propriété où elle pourra faire venir ses chevaux et s’occuper d’eux. Marianne a un projet de roman, qu’elle doit écrire et le changement de décor devrait lui permettre d’avancer dans sa tache. Quant à Francis, il découvre sa nouvelle caserne, son nouveau poste de commandant de gendarmerie, ses nouveaux collègues. Ça devait être un week-end tranquille, où ils auraient pris le temps de déballer leurs cartons, où ils auraient pu passer un peu de temps ensemble, juste à s’installer sur la terrasse, boire un café ou un thé, et parler des arbres, du temps qui passe …

Mais un braquage au supermarché de Sombernon de Dijon va gâcher leur week-end. Deux hommes sont entrés et ont emporté le contenu du coffre, avant de s’enfuir dans une Seat blanche. En partant, les gendarmes débarquent et une fusillade éclate. L’un des gendarmes reste à terre, mort. Le Seat a été retrouvée incendiée : les voleurs ont du changer de voiture. Tous les services sont sur les dents et Humbert est nommé directeur d’enquête.

Alors qu’elle rentre de balade sur son cheval, un homme apostrophe Marainne. Il s’agit de Jean Claude Viard, un gros propriétaire terrien et maire du village. Il aurait voulu voir Humbert, car sa femme a disparu. Solène, institutrice, est en effet partie sans raison aucune. Alors que la femme du gendarme tué menace de révéler la maltraitance qu’elle a subi de son mari, la fuite de Solène va croiser la route des fuyards et Humbert va avoir fort à faire.

Si vous n’avez pas lu Une femme seule, je pense qu’il faut que vous le lisiez avant, car au début de ce roman, Marie Vindy en dit beaucoup sur son dénouement. Ceci dit, celui-ci peut parfaitement se lire indépendamment du précédent. Et, d’ailleurs, Une femme seule et Cavale (s) ont beaucoup de points communs mais aussi beaucoup de différences. Ce que je vais essayer de faire, c’est vous expliquer pourquoi j’adore ce qu’écrit Marie Vindy. Sachez juste que j’avais mis un coup de cœur pour Une femme seule, et que celui-ci aurait parfaitement pu en avoir un aussi.

Nous retrouvons donc nos deux personnages, rencontrés dans la roman précédent, avec tous les traits de caractère qui les caractérisent : Marianne est mystérieuse, elle cache des secrets, enfouis dans les abimes de son âme. Humbert est professionnel, motivé et follement amoureux d’elle. Mais ces deux là forment un couple où ils se cherchent et où les moments qu’ils passent ensemble sont des havres de paix au milieu du tumulte ambiant.

Si le roman précédent jouait sur les ambiances de brouillard, celui-ci est plus centré sur les personnages. Et Marie Vindy ne veut pas faire dans le sensationnel ; ce qu’elle nous montre, ce sont des gens simples, des gens comme vous et moi, confrontés à la violence de tous les jours. En cela, l’auteure nous offre une galerie de personnages lui permettant de montrer (dénoncer ?) les dérives de nos vies. Entre les consommations de drogue, les femmes qui subissent les maltraitances de leur mari, les gendarmes qui se battent sans moyen, les petites escroqueries des « petits élus », les souffrances et compassions des gendarmes confrontés aux malheurs de la vie de tous les jours, nous avons là ce qui remplit les pages de faits divers. Mais l’auteure nous montre que derrière les quelques lignes des petits encarts des journaux, il y a des hommes et des femmes.

Pas besoin d’esbrouffe donc, pas d’effet de style, Marie Vindy reste en retrait, préférant mettre en avant ces gens, dans leur vie de tous les jours. Si cela semble simple, sachez que l’intrigue, simple au départ, s’enrichit bien vite de plusieurs éléments, comme si on voulait rajouter des draps pour cacher le malheur des gens. Tout cela donne un roman qui, l’air de rien, va vite grace à ses nombreux rebondissements, et son alternance entre l’enquête et la fuite des braqueurs de supermarché.

Cavale ou cavales ? Tous les personnages ont ce point commun d’être en cavale ; cavale vers leur rêve, vers leur tout, vers le tout, vers le rien. Outre les braqueurs qui rêvent de s’exiler sur une île ensoleillée, Solène rêve d’échapper à son quotidien peuplé de disputes et d’insultes de son mari, la femme du gendarme rêve de voir sa maltraitance reconnue, Betty la collègue de Humbert rêve d’aider les gens, Humbert lui-même veut fuir son métier plongé dans le malheur des autres pour retrouver son havre de paix, Marianne veut échapper au bonheur qui lui tend les bras … Tous sont en cavale vers un ailleurs, un nulle part qui leur promet tant et ne leur donne rien.

Cavale(s), c’est un livre vrai, où on côtoie des personnages, comme si on les rencontrait dans la rue ; on vit avec eux, on parle avec eux. C’est aussi un livre dur. C’est aussi le portrait de minables, qui se croient plus forts, parce qu’ils ont quelque chose entre les jambes. C’est enfin l’histoire d’un couple que l’on aimerait retrouver et qui possède sa part de brouillard. Fichtre ! J’adore !

Le sang des pierres de Johan Theorin (Albin Michel)

Après L’heure trouble et L’écho des morts, voici le troisième roman de Johan Theorin, dont les caractéristiques tiennent en un mot : Atmosphère. Celui-ci n’échappe pas à la règle.

Nous sommes sur l’île d’Öland, pendant les vacances de Pâques. La fonte des neiges est en cours et la nature reprend ses droits. Gerloff Davidsson, 83 ans, vient de voir mourir de vieillesse un de ses amis, l’ancien gardien du cimetière Torsten Axelsson. Alors, comme il pressent sa fin proche, il décide de revenir chez lui. Il décide donc de quitter la maison de retraite pour revenir chez lui, où il va apprécier le temps qui passe et lire enfin les carnets intimes de sa femme.

Comme le printemps arrive à grands pas, de nouveaux Suédois arrivent pour s’occuper de leurs riches résidences. Gerloff va donc avoir l’occasion de rencontrer de nouveaux voisins. C’est le cas de Max et Vendella Larsson. Vendella connaît bien la région pour y avoir passé son enfance et aime à faire revivre les légendes des Elfes et des Trolls. Max est plutôt un homme taciturne et secret qui prépare un livre de recettes de cuisine et prépare de futures conférences.

Vendella adore le footing et va courir avec Peter Mörner qui vient d’arriver lui aussi. Il a repris la maison de son oncle Ernst Adolfsson, l’ancien tailleur de pierres. Peter vient sur l’ile avec sa fille Nilla gravement malade et son fils Jesper, qui passe son nez plongé dans sa Game Boy. Lorsqu’un incendie ravage les entrepôts de son père Jerry, Peter doit aussi loger ce dernier, qui n’est autre que le propriétaire d’une entreprise de revues pornographiques.

Encore une fois, Johan Theorin prend la cadre de l’île d’Öland, et encore une fois, il imagine de toutes pièces le village où se déroule l’action. Action ? Euh pardon. Johan Theorin n’est pas spécialement connu pour faire des romans d’action. Et d’ailleurs l’intérêt n’est pas là. Dans ce roman, qui est situé au printemps, il ne peut pas déployer son talent à faire vivre des paysages mystérieux.

Qu’à cela ne tienne ! il parsème l’histoire des légendes entre les Elfes et les Trolls, les gentils et les méchants. Il parait qu’ils se partageaient l’île, et qu’ils se sont combattus à un endroit situé près de la carrière de pierres, ce qui a donné à la pierre une couleur rouge sang. Vendella, l’un des personnages de cette histoire a vécu son enfance sur cette île, et elle a toujours vécu en compagnie des Elfes, faisant de ces histoires une part de son passé.

Les personnages sont d’ailleurs ceux qui font avancer l’intrigue. On retrouve avec énormément de plaisir Gerloff, ce qui me manquait dans la précédente enquête, mais aussi Peter, un beau portrait de père dépassé par les événements, obligé de se confronter au passé de son père et d’assumer l’héritage bien peu glorieux que celui-ci lui laisse.

Alors, oui le rythme est lent. Mais les scènes, décrites dans des chapitres courts, s’enchaînent avec une logique implacable, pour faire avancer une intrigue qui peu à peu s’enfonce dans des abîmes qui font une telle opposition avec la beauté du printemps. Et l’on est d’autant plus surpris quand Johan Theorin nous jette à la figure une scène choc : on est tellement bien installé dans notre confort que cela nous frappe d’autant plus fort.

Ce troisième tome m’a semblé à la fois très différent des deux autres, et avec tant de ressemblances aussi. Car il y a tant de maîtrise dans les descriptions de la vie de tous les jours, tant de facilité à passer d’un personnage à l’autre, tant de fluidité dans l’écriture, que c’est un vrai plaisir à lire. Mais rappelez vous bien, que si vous cherchez un roman avec de l’action, ce roman n’est définitivement pas pour vous.

Paris la nuit de Jérémie Guez (La Tengo Editions)

Après un article aussi élogieux que celui publié chez mon copain de Passion Polar, je ne pouvais qu’être tenté de lire ce roman écrit par un très jeune et prometteur auteur français. Le résultat est impressionnant.

Abraham est un jeune homme, qui vit dans le quartier de la Goutte d’or. Sa mère est morte quand il avait l’age de cinq ans, en tentant de mettre une fille au monde. Son père vit sa vie de travailleur, et laisse son fils faire la sienne. Justement, Abraham ne fait pas grand chose de sa vie. Il deale un peu de drogue auprès des étudiants, afin d’avoir un peu d’argent et de se payer sa propre consommation de drogue.

Abraham est donc un jeune homme qui vit la nuit et dort le jour. Il a sa petite bande de copains, dont Goran qui est son ami d’enfance. Et il passe ses nuits chez Julia, une jeune étudiante de la Sorbonne. Il sait que ces « fils à papa » ne cherchent que ça : dépenser l’argent de leur parents en dope pour se sentir mauvais garçon. Julia lui permet aussi d’avoir une clientèle sélectionnée et sans risques.

Alors qu’il est de sortie dans un bar avec Nathan, un de ses potes, il découvre une salle de jeu clandestine où de gros pontes jouent de grosses sommes d’argent. La tentation est là ; Abraham va convaincre Karim, Trésor, Nathan et Goran de faire le gros coup. Ils vont donc passer dans le camp du grand banditisme, en se frottant à des truands qui n’ont pas de scrupules. Et leur vie va devenir un enfer.

Ce roman a été écrit par un jeune homme de 23 ans. Et quand on dit ça, le résultat n’en est que plus impressionnant. La qualité littéraire est évidente, et malgré le fait que ce roman soit court, on a l’impression que tout est dit et bien dit. De l’équilibre entre la narration et les dialogues, des événements de l’intrigue à la psychologie du personnage principal, il est bien difficile de trouver des défauts à ce roman. La principale qualité de ce roman est la narration, et cette faculté de faire ressentir le monde de la nuit au travers de la vision d’un jeune homme, et cela sonne bigrement vrai, tant c’est écrit de façon synthétique et simple.

Car c’est une histoire simple que Jérémie Guez nous raconte, celle d’une chute inéluctable d’un jeune homme qui veut se croire un grand, d’un enfant qui est face au monde des adultes, d’un garçon qui ne peut résister à la tentation de l’argent. C’est l’histoire de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, version noire. Avec en toile de fond, une ville de Paris et sa vie de quartier nocturne, décrite de façon claire et concise, on s’y croirait.

Quel plaisir de lire ce roman, ou plutôt devrais-je dire avaler ce roman. Et quand on sait que ce n’est que le premier tome d’une trilogie parisienne, on en redemande. S’il continue comme cela, il se pourrait bien que Jérémie devienne un très grand du roman noir français. Et vu le niveau élevé de ce premier volume, il est clair que je vais être à la fois attentif, fidèle et exigent pour le deuxième roman. Ne ratez pas ce roman sous peine de passer à coté d’un auteur qui pourrait bien devenir très bientôt incontournable. J’attends la confirmation avec impatience.

Poussière tu seras de Sam Millar (Fayard noir)

Cela fait un an que j’attendais de lire ce livre, débordé que je fus par les nouveautés qui n’arrêtaient pas de sortir. J’ai tout de même pris quelques jours pour me faire mon avis sur ce roman qui promet d’être noir.

A Barton’s Forest, près de Belfast, c’est l’hiver et les fontes de neige mettent à jour un os humain que le jeune Adrian Calvert découvre et emmène avec lui, ainsi que la plume d’un corbeau mutilé. Adrian décide de n’en parler à personne, même pas à son père Jack Calvert, qui a plongé dans l’alcoolisme depuis la mort de sa femme. Quelques jours plus tard, c’est une poupée qu’il découvre, en plein milieu d’un lac gelé.

Jack Calvert, est un ancien policier de Belfast qui s’est reconverti dans la peinture. Sarah, la propriétaire d’une galerie d’art de renom, a le coup de foudre pour ces tableaux et fait tout pour le promouvoir. Elle entretient aussi une liaison amoureuse avec Jack, dont Adrian ne sait rien, jusqu’au jour où il les surprend en plein ébat sexuel.

Charlie Stanton est un clochard qui découvre un cadavre décapité, victime de sévices sexuels. Joe Harris et Jeremiah Grazier sont des coiffeurs au caractère bien différents. Alors que Joe est passionné par les faits divers, Jeremiah est une personne plus secrète et réservée, subissant les maltraitances de sa femme Judith, accro à l’héroïne. Joe et Jeremiah parlent beaucoup de la disparition de la petite Nancy McTiers, 7 ans, qui n’est pas reparue depuis 3 ans. La disparition de Adrian va déclencher un cataclysme.

J’avais besoin d’un roman noir, et pour le coup, j’ai été servi ! Que ce soit le contexte, l’histoire, les personnages ou l’ambiance, tout est noir, pas un petit noir brillant, mais un vrai noir mat, où rien ne se reflète. Il ne faut pas chercher la moindre étincelle d’espoir, pas la moindre lumière, c’est du noir brut, brutal.

Le style de Sam Millar y est pour beaucoup, avec ses descriptions minimales et ses mots soigneusement choisis qui laissent planer une atmosphère brouillardeuse, glauque, mystérieuse. Et les personnages vont s’enfoncer dans cette histoire sans que le lecteur ne puisse rien faire à leur déchéance. Ils ont tous des cicatrices ou des secrets qui petit à petit font leur apparition pour nous étaler des ignominies sans nom.

C’est un premier roman impressionnant, même si j’ai regretté que le livre soit coupé en deux : une première partie extraordinaire où Sam Millar installe l’ambiance et les personnages et une deuxième partie où Jack cherche son fils. Et c’est dans cette partie que j’ai été moins convaincu, où j’ai un peu décroché de cet environnement bizarre à cause des indices qui tombaient comme un cheveu sur un lac gelé. Ceci dit, ce roman est tout de même très recommandable et Sam Millar un auteur à suivre.

La rivière noire de Analdur Indridason (Métaillié – Noir)

Comme tous les ans au mois de février, nous avons la chance de lire les aventures de nos Islandais préférés. Qu’on se le dise : les romans de Analdur Indridason sont toujours d’un très bon niveau, celui-ci ne fait que confirmer la règle.

Un samedi soir comme un autre. Un jeune homme passe de bar en bar, à la recherche d’une femme. Dans sa poche, il a du rohypnol, plus connue sous le surnom de drogue du viol. Il rencontre une jeune femme, avec un T-shirt de San Francisco comportant une petite fleur. Deux jours plus tard, le jeune homme est retrouvé égorgé dans son appartement du centre de Reykjavik. Le jeune homme ne porte qu’un T-shirt de San Francisco. Il n’y a aucune trace d’effraction, ni de lutte, comme s’il s’était laissé égorger. Dans la veste du jeune homme, on trouve une boite de Rohypnol.

Erlendur n’est pas là, il a décidé de prendre des vacances pour aller visiter les fjords de l’est. En son absence, c’est Elinborg qui s’occupe de l’enquête. Sous le lit du jeune homme assassiné, elle trouve un châle féminin. Comme elle est adepte de cuisine, elle reconnaît aussitôt l’odeur dont est imprégnée l’étoffe : il s’agit d’épices utilisée dans la cuisine tandoori. Les pistes étant peu nombreuses, elle va fouiller dans le passé de la victime en interrogeant ses connaissances.

Et bien voilà ! Analdur Indridason a décidé de se passer de son héros récurrent, avec une excuse logique : Erlendur a décidé de prendre des vacances pour retourner sur ses terres natales. En son absence, l’enquête est reprise en main par Elinborg. Cela donne l’occasion à Indridason de repartir de zéro et de fouiller la psychologie de l’enquêtrice comme si c’était le premier roman d’un nouveau cycle. En cela, vous pouvez lire cette histoire sans avoir lu les précédents.

Avec Erlendur sur le devant de la scène, les autres personnages étaient plus ou moins transparents. Indridason nous démontre toute sa qualité de narrateur, fouillant par le détail une personne, décrivant sa psychologie par une analyse minutieuse des actes quotidiens, mais aussi par ses réactions pendant l’enquête. C’est à la fois subtil, très bien fait, et réalisé de main de maître. Indridason est plus qu’un auteur capable de décrire par le détail un héros récurrent, il est un formidable auteur qui aime ses personnages.

Cet avis ne serait pas complet si je ne parlais pas de l’enquête. D’un crime à propos duquel on ne sait rien, il bâtit petit à petit son raisonnement, assemblant les petits détails pour arriver à un final pour le moins surprenant. La minutie que Elinborg apporte à cette analyse en dit long aussi sur son mode de pensée. Et cette minutie se retrouve dans le style de Indridason. Tout y est décrit sans fioritures mais avec beaucoup de détails. N’y cherchez pas un roman avec du rythme, mais plutôt un roman policier exemplaire sur le fond et la forme. Du grand art, dont le résultat est aussi passionnant qu’impressionnant.

Parce que c’est écrit … de Véronique VanHaren (Licorne Editions)

Les éditions de la Licorne m’ont donné l’occasion de découvrir un nouvel auteur, dont c’est le premier roman, avec un sujet bien aguichant. C’est aussi l’occasion de découvrir un nouvel auteur.

Flora est peintre, et vit sur les bords du lac Léman, avec son mari Daniel, avec lequel elle vit un amour fusionnel. Sa vie personnelle est heureuse, sa vie professionnelle tranquille, puisque sa dernière exposition à Genève s’est bien passée. Elle se prépare pour le grand saut, une exposition à New York, où sa carrière devrait décoller, grâce à l’appui de Thibault, directeur de la galerie. Avant de partir, elle tire son avenir dans le tarot et aperçoit un avenir sombre, voire même dramatique non pour elle mais pour son entourage.

Thibault est un homme à femmes. Sans même le vouloir, il exerce sur elles un attrait et une envie sexuelle alors que lui ne désire pas forcément de rapports. Il est amoureux de Charlotte, l’assistante d’un de ses meilleurs clients. Pour le moment, ses occupations sont essentiellement l’exposition de New York, pour laquelle il met toutes les chances et audaces esthétiques de son coté, afin que cela soit un succès pour lui et Flora.

Effectivement, cette exposition des toiles de Flora est un succès sans précédent, et ils sont même obligés de rajouter des jours d’ouverture, pour combler les demandes. Mais, des événements bizarres ont lieu : tout d’abord, un homme mystérieux semble épier les moindres faits et gestes de Flora, Flora reçoit une lettre étrange, une des vendeuses se fait tabasser, un policier se fait même tuer. Et puis 5 acheteurs mystérieux veulent se porter acquéreur d’une toile de Flora : Le regard. L’escalade vers la violence ne fait que commencer pour Flora et Thibault.

Reconnaissons à Véronique VanHaren une grande qualité : celle de prendre une situation simple et de créer une atmosphère intrigante et mystérieuse qui tient en haleine. Son style est fluide, rapide à lire, agréable et on a envie de comprendre de quoi il retourne de tous ces événements aux multiples meurtres.

Le roman est surtout basé sur les dialogues, qui sont fort bien faits et réalistes. Il n’y a pas de descriptions des lieux longues de plusieurs pages, ni de descriptions des actes qui n’en finissent pas. Si l’on ajoute à cela que les chapitres sont courts, ce roman se lit donc très vite, avec une intrigue menée avec rapidité et logique. Avec une ambiance de mystère, quelques soupçons de fantastique, c’est une enquête somme toute classique à laquelle on a affaire.

Mais tout cela m’a laissé un peu sur ma faim. Comme c’est un premier roman, je ne peux que regretter cette omnipotence des dialogues, qui au global, laissent de coté à la fois les lieux (j’aurais aimé une description de New York vue par une peintre) et la psychologie des personnages réduite au minimum.

En ce qui concerne les scènes « chocs », j’avoue ne pas avoir été impressionné, car j’ai eu l’impression d’une certaine retenue par le choix de descriptions succinctes. Forcément, en tant que fan de Chainas, je suis un peu blindé dans le domaine. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on peut le lire à tout age, mais ce roman ne m’a pas paru choquant. C’est donc un premier roman prometteur en terme d’intrigue et de dialogues, d’un auteur dont je suivrai la prochaine production.

L’écho des morts de Johan Theorin (Albin Michel)

Pour la deuxième année consécutive, Johan Theorin est sélectionné pour la sélection estivale de Polar SNCF. L’année dernière, c’était pour l’Heure Trouble, un roman brillant pour son intrigue, ses personnages et surtout son ambiance. Cette année, c’est L’écho des morts, que j’ai lu il y a quelques mois.

La famille Westin a décidé d’abandonner Stockholm pour s’installer sur l’île d’Öland. Ils ont acheté une vieille masure, située à côté des deux phares de Aludden. Sur les deux phares, un seul est encore en fonctionnement. Alors que Joakim doit retourner récupérer ses dernières affaires, il est pris d’un pressentiment. Il appelle chez lui et tombe sur une policière de proximité, Tilda Davidsson, qui lui annonce que sa petite fille Livia est morte noyée. Il refait la route inverse, écrasé par le chagrin. Quand il arrive tard cette nuit là, il s’aperçoit que la police s’est trompée, ses enfants Livia et Gabriel vont bien, c’est sa femme Katrine qui s’est noyée.

Tilda vient juste d’être nommée sur Öland, après être sortie de l’école de police. Sa mission sera d’assurer la présence policière sur cette île perdue dans la mer Baltique. Elle est de retour sur la terre de ses ancètres, puisque le frère de son grand-père n’est autre que Gerlof, rencontré dans l’Heure Trouble. Justement, elle a affaire à une série de cambriolages qui va agiter cette île d’habitude si calme.

D’ailleurs, Tommy et Freddy Serelius débarquent chez Henrik. Les deux frères proposent de faire quelques cambriolages pour animer les journées de Henrik, ancien taulard reconverti dans la menuiserie. Ils commencent donc par les résidences secondaires, abandonnées par leur propriétaire alors que l’hiver s’avance à grands pas, puis proposent de s’attaquer à des maisons habitées, pour mettre un peu de piment à leurs expéditions nocturnes.

Tous ces personnages vont voir leur destin se lier, mais les principaux personnages de ce roman, ce sont les morts, qui hantent cette maison d’Öland, tous ces gens qui ont fabriqué ces phares et cette maison avec les bois d’un bateau britannique naufragé, tous ces habitants qui sont morts noyés sur ces rochers glissants, tous ces gens de passage qui ont connu un destin tragique vers ces phares. Ces âmes vont hanter les nuits de Joakim Westin comme ils vont hanter les pages de ce livre.

La construction du livre alterne entre passé et présent, en passant en revue les noms des morts qui sont gravés dans la grange attenante à la maison. Et, encore une fois, Johan Theorin fait fort quand il s’agit de créer une ambiance. Et ici, on approche des ambiances glauques des films d’angoisse, en particulier ceux de M.Night Shyamalan ou Les Autres de Alejandro Amenabar. Et ne comptez par sur Johan Theorin pour accélérer le rythme, il prend son temps et c’en est presque de la torture.

Alors, même si j’ai regretté que Gerlof ait un rôle très secondaire dans cette histoire, même si j’ai trouvé quelques longueurs pour nous décrire les journées de Joakim, il y a de nombreux moments fort bien réussis dans cet Echo des morts. Et la fin est tout simplement une totale réussite. Je pense que globalement, cela reste un cran en dessous de l’Heure Trouble, mais ce roman confirme que Johan Theorin est un auteur d’ambiance à suivre de très près.

Fratelli de Jean Bernard Pouy et Joe Pinelli (JC.Lattès)

Cela faisait plusieurs mois que l’on m’avait prévenu de la sortie de ce livre, en me soulignant une fantastique histoire de Pouy avec de superbes dessins de Pinelli. Le résultat ne m’a pas déçu, loin de là.

New York, 1946. Emilio vient de débarquer aux Etats-Unis en provenance de son petit village sicilien. Il vient retrouver son frère qu’il n’a pas vu depuis quarante ans, pour effacer le drame qui a endeuillé sa famille. En effet, quarante ans plus tôt, le frère cadet Roberto a été assassiné et son frère Ercole a disparu juste après. Pour Emilio, c’est l’occasion de retrouver l’honneur perdu et d’en finir avec ces fantômes qui le hantent, de terminer sa vie par un fratricide.

Ercole sait que son frère le cherche, il sait que l’issue sera dramatique. Il a l’avantage de connaître le terrain de cette bataille familiale. Il travaille à Little Italy, et ses recettes font fureur dans son restaurant. Lui, qui est en survivance depuis quarante ans, est nerveux dans l’attente de cette confrontation mortelle. Alors, il erre dans cette ville, mais sait que l’issue est inéluctable.

Le duel entre ces deux hommes étrangers à leur environnement, étrangers à leur monde sera sans surprises, violent, irrévocable, au milieu des brumes et des brouillards de ce nouveau monde qu’ils subissent sans le vivre. C’est un roman court d’une centaine de pages sans fioritures, sans suspense mais avec une ambiance à couper au couteau.

Jean Bernard Pouy a laissé de coté tous les effets de style pour se mettre au service d’une histoire de revanche, de vengeance, d’honneur, de liens de famille, de liens de sang ou du sang, avec une fin qui ressemble aux duels des westerns américains. Tout le livre se déroule dans la tête des protagonistes, fait d’impressions, de sensations, de souvenirs, de cauchemars, mais sans aucun doute sur leur objectif, sur leur avenir, sur leur destin.

Si l’on ajoute à cela les dessins / peintures de Joe Pinelli, tout en gris flouté, on en ressort imprégné d’un monde trouble, gris, où le monde n’est fait que d’impressions et jamais de claires images, de couleurs, d’espoir. C’est une fantastique illustration de ce monde d’après guerre, de ce monde qui parait si gris à Ercole et Emilio. C’est aussi une formidable rencontre entre deux artistes qui sont sur la même note, sur la même partition, pour le plaisir des yeux.

Vous l’aurez compris, c’est un superbe livre qui nous conte une courte mais simple histoire dramatique. C’est un livre qui va naturellement trouver sa place dans votre hotte du père Noël, et qui ravira autant les amateurs de littérature que les aficionados de dessins à l’ambiance sombre. Une œuvre d’art qui se doit de figurer en bonne place dans votre bibliothèque.

La maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino (Actes Sud)

Quand vous lirez l’article de Claude Le Nocher sur ce livre, vous comprendrez pourquoi je me suis jeté dessus. Et j’espère qu’après mon article, vous ferez de même. Car c’est un excellent livre de mystère et de suspense.

Sayaka Kurahashi est sorti avec le narrateur pendant six ans. Puis ils se sont séparés. Ils se retrouvent lors d’une réunion d’anciens élèves. Elle s’est mariée à un commercial qui s’appelle M.Nagano, qui est en voyage d’affaires pendant six mois, et a une fille de trois ans. Bien qu’ils ne se soient pas parlé pendant cette réunion, elle lui téléphone quelques temps plus tard pour lui demander un service.

Le narrateur s’imagine renouer avec son amour de jeunesse et il accepte un rendez vous dans un petit bar. Elle lui explique alors qu’elle n’a aucun souvenir avant l’age de cinq ans. Elle n’a aucune trace de cette tendre période, ni relevé scolaire, ni photographie. Après la mort de son père, elle reçoit un plan indiquant une maison perdue dans les montagnes et une clé à tête de lion. Elle lui demande alors de l’accompagner. Il accepte bien volontiers, d’autant plus qu’il aperçoit des cicatrices sur son poignet gauche qui laissent penser qu’elle a essayé d’attenter à sa vie.

Arrivés sur les lieux, ils découvrent une maison qui a été condamnée. Seule une petite porte qui donne sur la cave peut être ouverte par la clé à tête de lion. N’écoutant que leur curiosité, ils entrent dans une maison qui n’est plus habitée depuis un certain temps. Toutes les horloges ou pendules ou montres se sont arrêtées sur onze heures dix. Les pièces indiquent que la maison a été habitée par un couple et un garçon. Puis ils découvrent le journal intime du petit garçon, Yusuke Mikuriya.

Voici l’exemple même du livre simplissime et complexe à la fois, et donc génial. Comment, à partir d’un huis clos, faire une enquête prenante, avec des personnages touchants, une ambiance angoissante et un sujet à faire froid dans le dos. Vous l’aurez compris, il faut lire ce livre, il faut le dévorer, c’est génial.

Tout d’abord, c’est une enquête en huis clos. Les deux personnages vont trouver des indices et essayer d’interpréter ce qu’ils trouvent ou découvrir ce qui est entre les lignes du journal intime du petit garçon. Et puis, il y a les deux personnages si vivants, si humains, cherchant à se débattre avec une vérité qui leur échappe. Enfin, il y a l’ambiance. L’auteur est très doué pour nous faire ressentir cette maison isolée au milieu des bois en plein milieu de la nuit.

Et tout ces ingrédients fonctionnent avant tout grâce à la magie et au talent de Keigo Higashino, car tout y est suggéré, minuté. Le puzzle y est assemblé pièce par pièce de façon subtile. Et c’est tellement bien construit que l’on ne s’aperçoit de rien, on se laisse emporter du début jusqu’à la fin en se laissant guider par l’histoire.

Pendant un moment, j’ai été tenté de comparer ce roman avec du Agatha Christie (je veux dire les très bons Agatha Christie). Mais en fait, cela va plus loin, c’est plus fort, avec une réflexion sur la mémoire, sur ce que l’on veut bien retenir de notre vie (comme il est dit sur la quatrième de couverture). J’aurais pu aussi comparer cette Maison à certains huis clos  que les Japonais ont sorti au cinéma. Car l’ambiance vous prend vraiment à la gorge.

Voilà. Je n’arrive pas à exprimer mieux pourquoi et comment cet auteur arrive à nous enfermer dans ses filets, alors la seule chose que je peux dire pour finir, c’est que c’est un excellent suspense et que vous devez le lire.

Darling Jim de Christian Mork (Pocket)

Ce livre là est l’un des sélectionnés pour Polar SNCF. A priori, je serais passé au travers, et cela aurait été bien dommage.Car il nous convie à un véritable conte pour adultes.

Castletownbere, Irlande, ‘il n’y a pas si longtemps’. Moira Hegarty et ses deux nièces, Fiona et Róisín sont retrouvées assassinées sauvagement. Dans un petit village tranquille, cela créé un choc. Mais comme tout cauchemar, tout le monde s’empêche d’oublier ce drame. Quelque temps plus tard, Niall, le jeune postier du village, récupère une enveloppe contenant le journal intime de Fiona. Il se retrouve envoûté par ce personnage et décide de comprendre ce qui se cache derrière ces meurtres. Il découvre alors l’existence de Jim Quick : un ‘seanchai’, conteur de légendes irlandaises et cherche à comprendre toute l’histoire, aidé en cela par le journal intime de la deuxième nièce.

Il est bien difficile de parler simplement de ce roman foisonnant. Car l’imagination est au rendez vous dans ce livre. Bien que j’ai mis beaucoup de temps pour le lire, pour des raisons de santé, jamais je n’ai voulu le lâcher. Car sa lecture est envoûtante. Autant que le personnage de conteur. Christian Mork a une grande qualité, c’est qu’il vous prend par la main, et vous embarque dans son imaginaire. Il construit son histoire comme on construit un conte, ou un château, pierre par pierre, morceau par morceau. Et le mystère qui plane autour des personnages nous force à vouloir aller plus loin, à essayer de démêler les fils de ce drame.

La construction du livre y est pour beaucoup. Alternant entre l’enquête de Niall et les journaux intimes des deux nièces, cela devient vite passionnant, d’autant que c’est un très bon moyen de manipuler le lecteur. Car dans un journal intime, on ne fait apparaître qu’une partie de la vérité, on cache ou on omet certaines choses. Et il a le talent d’avoir agencé cela comme des poupées russes, mêlant une histoire dans une histoire dans une histoire. Et tout cela sans que le lecteur ne ressente aucune confusion. Très fort.

Alors oui, comme tous les auditeurs du conteur Jim Quick, je me suis laissé prendre à cette histoire, regrettant parfois certains effets de styles, certaines maladresses de style de description ou de faux suspense. J’ai trouvé que Christian Mork était beaucoup plus à l’aise dans les journaux intimes que dans l’avancée de l’enquête de Niall. Mais au bout du compte, j’en ai retiré énormément de plaisir à lire ce conte moderne. Sans oublier, bien sur, le suspense et l’explication finale qui n’intervient que dans les toutes dernières pages.

Comme pas mal de mes collègues blogueurs, j’ai été surpris, bluffé par le talent de conteur de Christian Mork, et je pense qu’il va falloir que je lise les prochains. D’ailleurs, Jim Quick n’est-il pas le double de Christian Mork ? En tous cas, ce conte moderne pour adultes vaut largement d’être lu et dévoré.

Les autres avis dont je vous parlais sont chez

Lecture sans frontières, yspaddaden, Cynic63, et  Pages d’écriture entre autres.