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Le cercle de Bernard Minier (XO éditions)

Ce roman va être l’occasion de lire un nouvel auteur, de découvrir un nouvel univers. Ce roman, que tout le monde voudrait classer dans la rubrique Thriller, en comporte l’écriture alors que la forme est plutôt un roman policier. Et par bien des égards, j’ai beaucoup aimé cette lecture, cette intrigue en forme de puzzle.

Cette enquête est en fait la deuxième du commandant Martin Servaz, après Glacé qui est sorti chez Pocket. Mais si Servaz est bien au centre de l’intrigue, le livre s’ouvre sur Oliver Winshaw, un retraité qui écrit des poésies. Cette nuit là, il a du mal à dormir, et regarde dehors l’orage avancer, et jette un coup d’œil chez sa voisine. Lorsqu’un éclair déchire le ciel, il aperçoit un jeune homme assis au bord de la piscine, alors que des poupées flottent dans celle-ci. Il appelle la police, intrigué et angoissé par cette vision.

Servaz reçoit un coup de fil : c’est Marianne, une de ses amours de jeunesse ; vingt ans qu’il ne l’a pas vue, après qu’il l’ait abandonnée. Elle lui demande de venir à Marsac, car son fils Hugo vient d’être arrêté alors qu’il déambulait dans la maison de Claire, sa professeur de civilisation antique. Le corps est retrouvé dans la baignoire, Claire a été ligotée et noyée, et après sa mort, l’assassin a glissé une lampe dans sa bouche.

Marsac est une petite ville, qui ressemble à une mini Silicon Valley. En effet, son université accueille toutes les têtes de la région. C’est d’ailleurs là que va étudier la fille de Martin, Margot. Quand Martin va découvrir dans le lecteur de CD un disque de Gustav Malher, les chants pour les enfants morts, il va être persuadé que le serial Killer suisse Julien Hirtmann est impliqué dans ce meurtre.

Encore une histoire de serial killer, me direz vous ? Que nenni ! ce roman est avant tout le portrait d’un homme, miné par son passé, déboussolé, à la recherche de son passé, de son présent et de son futur. Il a toujours été abandonné, mais il se complait dans sa solitude. Les deux faits qui vont le bouleverser sont l’appel de Marianne et le fait que sa fille parte à 200 kilomètres étudier à Marsac. Il se retrouve donc seul une nouvelle fois, et s’enfonce dans ses déductions souvent fausses.

Car ce roman regorge de rebondissements, de fausses pistes, à l’image de Martin qui ne comprend rien à cette histoire. On a plutôt l’habitude de lire des enquêtes avec des policiers infaillibles, eh bien ici ce n’est pas le cas. Et jusqu’aux dernières pages, vous ne saurez pas qui est l’assassin ou qui sont les assassins. Car Bernard Minier a l’art de renverser vos certitudes, en rajoutant des pièces dans le puzzle, tout en mélangeant celles que vous aviez en main.

Alors le lecteur que je suis est intrigué, et c’est tellement bien écrit, avec des dialogues excellents car longs juste comme il faut, avec des remarques inquiétantes qui mettent l’ambiance, que ce roman qui fait tout de même 550 pages s’avale en un rien de temps. Il y a dans l’écriture une tension permanente, une urgence dans les phrases qui s’enchainent que le plaisir est intense.

Alors vous qui cherchez un roman à offrir à Noel, nul doute que celui-ci doit faire partie de la hotte du père Noel. Il tient la dragée haute à beaucoup de thrillers américains, et va ravir tous les fans déçus de Jean Christophe Grangé ou Maxime Chattam. Pour moi, c’est en tous cas une sacrée découverte et je vais m’acheter Glacé de ce pas. Voici aussi une liste de quelques avis que vous trouverez sur Internet. Et sachez que la comparaison avec Donna Tartt et son génial Maitre des illusions n’est en rien usurpée.

http://www.unwalkers.com/le-cercle-de-bernard-minier-xo-superbe-bernard-minier/

http://dora-suarez-leblog.over-blog.com/article-le-cercle-de-bernard-minier-112283840.html

http://blog-du-serial-lecteur.over-blog.com/article-bernard-minier-glace-edition-xo-109449574.html

http://www.un-polar.com/article-le-cercle-de-bernard-minier-113284777.html

http://actu-du-noir.over-blog.com/article-encore-une-tentative-de-thriller-113277561.html

Ainsi puis-je mourir de Viviane Moore (10/18)

Ce roman est donc le dernier de mes lectures pour le prix du meilleur roman français de Confidentielles.com. Je l’avais mis en dernier car la quatrième de couverture me faisait penser à un roman à l’eau de rose, comme on dit. Finalement, ce n’est pas du tout le cas, même si j’ai un peu de mal à le définir.

Quatrième de couverture :

Comme dans les contes de fées, il y a une rencontre magique : celle de Gabrielle, la romancière, et de Philip Sedley, un mariage et, bien sûr, un château. Sauf qu’ici, non loin de Cherbourg, dans ce pays de bocages et de légendes, entre ces murs épais, quatre cents ans plus tôt, a vécu une autre femme, Marguerite, qu’une passion tragique a menée à la mort. En faisant de ce destin le sujet de son nouveau roman, Gabrielle ne peut se douter qu’elle va en devenir la prisonnière. La fiction se mêle au réel, le passé au présent. L’histoire semble se répéter, telle une malédiction, et menace de faire de la jeune femme la dernière victime du château des Ravalet.

Mon avis :

La première chose que je voudrais dire de ce bouquin, c’est que c’est fluide et très bien écrit. l’auteur mélange les styles en fonction des époques, agrémente ses dialogues d’expressions d’une autre époque, et c’est un vrai plaisir à lire. Même si on peut se demander pourquoi Gabrielle se marie si vite (au bout d’un mois) sans connaitre ni son mari, ni sa future belle famille, on est vite emporté par les événements de l’intrigue et intrigué sur la destination que veut nous faire prendre l’auteure.

D’ailleurs, c’est bien là où je me pose des questions : ce livre m’a donné l’impression de toucher plusieurs sujets sans vraiment en choisir un. Du travail d’une écrivaine, et de ses relations avec la vie réelle, Viviane Moore penche par moments vers de l’angoisse en nous faisant voir un fantôme sur les marches de l’escalier, puis elle nous emmène vers la jalousie avec l’arrivée de sa belle sœur, avant de nous sortir la tête de l’eau avec des passages du livre de Béatrice. Puis c’est à nouveau le mystère qui revient avec un mari cachotier voire bizarre. Bref, j’ai trouvé cette histoire difficile à suivre, à force d’être malmené comme une balle de ping-pong. D’un coté, chacun peut y trouver son compte, d’un autre, c’est très déstabilisant et il m’a été difficile de me passionner pour ce livre. Bref, Viviane Moore, ça n’a pas l’air d’être pour moi. Et pour vous ?

Une femme seule de Marie Vindy (Fayard Noir)

Attention, coup de cœur ! Il ne faut jamais rester sur une impression mitigée. Onzième parano ne m’avait pas emballé. Ce roman de Marie Vindy,  je le regardais du coin de l’œil, car je pressentais une bonne lecture. Je ne fus pas déçu tant j’ai été emporté par ses personnages.

Au lieu-dit de l’Ermitage, près de Chaumont, en Haute Marne. Au petit matin du 10 janvier, Joe, vétérinaire, fait le tour des écuries pour vérifier su les chevaux vont bien. Il découvre le corps d’une jeune femme étranglée aux abords de la grange. Il se précipite alors chez la propriétaire, Marianne Gil, pour la prévenir. Elle lui conseille de prévenir la gendarmerie.

Le capitaine de gendarmerie Francis Humbert est immédiatement appelé sur les lieux. Il s’aperçoit que l’enquête va être difficile, que les indices ne vont pas se multiplier ou qu’il va falloir chercher longtemps. De là où est le corps, on aperçoit le manoir. Francis va alors rendre visite à Marianne, et être trouble par sa beauté sombre et mystérieuse.

Marianne est écrivaine et a eu du succès avec son deuxième roman. Il s’avère que la propriété ne lui appartient pas, mais à son ancien compagnon, Marc Eden, star de la chanson qui a entamé une carrière solo depuis que son groupe Garage a disparu. Elle s’est retirée dans cette propriété depuis leur rupture. Humbert, divorcé et dévoué à son travail, va plonger dans cette enquête, en cherchant tout d’abord qui peut bien être cette jeune femme.

Nous voici donc à la campagne, au fin fond de nulle part, à des kilomètres de la première habitation, dans un manoir perdu au fond des bois, habité par une créature belle et étrange, coupable et innocente, attirante et mystérieuse. Ne cherchez pas dans ce roman des scènes d’action, des courses poursuites, des meurtres à chaque page. Ce roman est un policier tout ce qu’il y a de plus classique dans le déroulement de son intrigue.

Car ce roman ne fait pas d’esbroufe.  L’intrigue est simple, mais elle est menée de main de maître, au rythme de la nature. Surtout elle est portée par deux personnages extrêmement forts et totalement opposés, deux personnalités comme un duo duel, un face à face entre ombre et lumière, entre mystère et vérité. Marie Vindy plonge dans les pensées les plus intimes de ses personnages sans trop en faire, sans trop en montrer et tout marche. Et j’ai couru tout au long du livre.

Quelle belle idée de prendre des gens simples, et de raconter une histoire simple, sans en rajouter, sans faire de vagues, avec un style simple. J’ai complètement adoré la façon de dérouler l’intrigue, le désespoir et l’envie de s’esseuler de Marianne, l’obstination, la fascination de Humbert, les scènes feutrées au coin de la cheminée, le réalisme de l’enquête, les bois mystérieux dans la nuit avec leurs bruits et leurs odeurs.

400 pages et deux jours de lecture. Jamais je n’ai ressenti l’envie de faire une pause, de poser le livre, ce fut pour moi une vraie addiction de fréquenter Humbert et Marianne, à les regarder se regarder, à les écouter se parler. Ça parle de gens comme vous et moi, ça parle d’amour, de crimes, de blessures, de cicatrices qui ne se referment pas, de la nature qui regarde, ça parle d’un homme et d’une femme et d’une histoire qui va les faire se rencontrer.C’est passionnant et tout fonctionne à merveille. J’ai lu sur Internet qu’il y avait du Mankell dans ce roman, et c’est un compliment mérité. En tous cas, il mérite amplement un coup de cœur !

Cavale (s) de Marie Vindy (Manufacture de livres)

Après Une femme seule, formidable polar qui savait allier les mystères le l’âme humaine et les ambiances étranges et inquiétantes des forêts de l’est de la France, Marie Vindy nous convie à retrouver ses deux personnages dans une nouvelle affaire. Et je vais essayer de vous expliquer pourquoi j’adore Marie Vindy …

Marianne Gil et Francis Humbert ont emménagé dans la ferme des Champs-Marie à la Loge-Suzon, dans une nouvelle maison, dotée d’une grande propriété où elle pourra faire venir ses chevaux et s’occuper d’eux. Marianne a un projet de roman, qu’elle doit écrire et le changement de décor devrait lui permettre d’avancer dans sa tache. Quant à Francis, il découvre sa nouvelle caserne, son nouveau poste de commandant de gendarmerie, ses nouveaux collègues. Ça devait être un week-end tranquille, où ils auraient pris le temps de déballer leurs cartons, où ils auraient pu passer un peu de temps ensemble, juste à s’installer sur la terrasse, boire un café ou un thé, et parler des arbres, du temps qui passe …

Mais un braquage au supermarché de Sombernon de Dijon va gâcher leur week-end. Deux hommes sont entrés et ont emporté le contenu du coffre, avant de s’enfuir dans une Seat blanche. En partant, les gendarmes débarquent et une fusillade éclate. L’un des gendarmes reste à terre, mort. Le Seat a été retrouvée incendiée : les voleurs ont du changer de voiture. Tous les services sont sur les dents et Humbert est nommé directeur d’enquête.

Alors qu’elle rentre de balade sur son cheval, un homme apostrophe Marainne. Il s’agit de Jean Claude Viard, un gros propriétaire terrien et maire du village. Il aurait voulu voir Humbert, car sa femme a disparu. Solène, institutrice, est en effet partie sans raison aucune. Alors que la femme du gendarme tué menace de révéler la maltraitance qu’elle a subi de son mari, la fuite de Solène va croiser la route des fuyards et Humbert va avoir fort à faire.

Si vous n’avez pas lu Une femme seule, je pense qu’il faut que vous le lisiez avant, car au début de ce roman, Marie Vindy en dit beaucoup sur son dénouement. Ceci dit, celui-ci peut parfaitement se lire indépendamment du précédent. Et, d’ailleurs, Une femme seule et Cavale (s) ont beaucoup de points communs mais aussi beaucoup de différences. Ce que je vais essayer de faire, c’est vous expliquer pourquoi j’adore ce qu’écrit Marie Vindy. Sachez juste que j’avais mis un coup de cœur pour Une femme seule, et que celui-ci aurait parfaitement pu en avoir un aussi.

Nous retrouvons donc nos deux personnages, rencontrés dans la roman précédent, avec tous les traits de caractère qui les caractérisent : Marianne est mystérieuse, elle cache des secrets, enfouis dans les abimes de son âme. Humbert est professionnel, motivé et follement amoureux d’elle. Mais ces deux là forment un couple où ils se cherchent et où les moments qu’ils passent ensemble sont des havres de paix au milieu du tumulte ambiant.

Si le roman précédent jouait sur les ambiances de brouillard, celui-ci est plus centré sur les personnages. Et Marie Vindy ne veut pas faire dans le sensationnel ; ce qu’elle nous montre, ce sont des gens simples, des gens comme vous et moi, confrontés à la violence de tous les jours. En cela, l’auteure nous offre une galerie de personnages lui permettant de montrer (dénoncer ?) les dérives de nos vies. Entre les consommations de drogue, les femmes qui subissent les maltraitances de leur mari, les gendarmes qui se battent sans moyen, les petites escroqueries des « petits élus », les souffrances et compassions des gendarmes confrontés aux malheurs de la vie de tous les jours, nous avons là ce qui remplit les pages de faits divers. Mais l’auteure nous montre que derrière les quelques lignes des petits encarts des journaux, il y a des hommes et des femmes.

Pas besoin d’esbrouffe donc, pas d’effet de style, Marie Vindy reste en retrait, préférant mettre en avant ces gens, dans leur vie de tous les jours. Si cela semble simple, sachez que l’intrigue, simple au départ, s’enrichit bien vite de plusieurs éléments, comme si on voulait rajouter des draps pour cacher le malheur des gens. Tout cela donne un roman qui, l’air de rien, va vite grace à ses nombreux rebondissements, et son alternance entre l’enquête et la fuite des braqueurs de supermarché.

Cavale ou cavales ? Tous les personnages ont ce point commun d’être en cavale ; cavale vers leur rêve, vers leur tout, vers le tout, vers le rien. Outre les braqueurs qui rêvent de s’exiler sur une île ensoleillée, Solène rêve d’échapper à son quotidien peuplé de disputes et d’insultes de son mari, la femme du gendarme rêve de voir sa maltraitance reconnue, Betty la collègue de Humbert rêve d’aider les gens, Humbert lui-même veut fuir son métier plongé dans le malheur des autres pour retrouver son havre de paix, Marianne veut échapper au bonheur qui lui tend les bras … Tous sont en cavale vers un ailleurs, un nulle part qui leur promet tant et ne leur donne rien.

Cavale(s), c’est un livre vrai, où on côtoie des personnages, comme si on les rencontrait dans la rue ; on vit avec eux, on parle avec eux. C’est aussi un livre dur. C’est aussi le portrait de minables, qui se croient plus forts, parce qu’ils ont quelque chose entre les jambes. C’est enfin l’histoire d’un couple que l’on aimerait retrouver et qui possède sa part de brouillard. Fichtre ! J’adore !

Le sang des pierres de Johan Theorin (Albin Michel)

Après L’heure trouble et L’écho des morts, voici le troisième roman de Johan Theorin, dont les caractéristiques tiennent en un mot : Atmosphère. Celui-ci n’échappe pas à la règle.

Nous sommes sur l’île d’Öland, pendant les vacances de Pâques. La fonte des neiges est en cours et la nature reprend ses droits. Gerloff Davidsson, 83 ans, vient de voir mourir de vieillesse un de ses amis, l’ancien gardien du cimetière Torsten Axelsson. Alors, comme il pressent sa fin proche, il décide de revenir chez lui. Il décide donc de quitter la maison de retraite pour revenir chez lui, où il va apprécier le temps qui passe et lire enfin les carnets intimes de sa femme.

Comme le printemps arrive à grands pas, de nouveaux Suédois arrivent pour s’occuper de leurs riches résidences. Gerloff va donc avoir l’occasion de rencontrer de nouveaux voisins. C’est le cas de Max et Vendella Larsson. Vendella connaît bien la région pour y avoir passé son enfance et aime à faire revivre les légendes des Elfes et des Trolls. Max est plutôt un homme taciturne et secret qui prépare un livre de recettes de cuisine et prépare de futures conférences.

Vendella adore le footing et va courir avec Peter Mörner qui vient d’arriver lui aussi. Il a repris la maison de son oncle Ernst Adolfsson, l’ancien tailleur de pierres. Peter vient sur l’ile avec sa fille Nilla gravement malade et son fils Jesper, qui passe son nez plongé dans sa Game Boy. Lorsqu’un incendie ravage les entrepôts de son père Jerry, Peter doit aussi loger ce dernier, qui n’est autre que le propriétaire d’une entreprise de revues pornographiques.

Encore une fois, Johan Theorin prend la cadre de l’île d’Öland, et encore une fois, il imagine de toutes pièces le village où se déroule l’action. Action ? Euh pardon. Johan Theorin n’est pas spécialement connu pour faire des romans d’action. Et d’ailleurs l’intérêt n’est pas là. Dans ce roman, qui est situé au printemps, il ne peut pas déployer son talent à faire vivre des paysages mystérieux.

Qu’à cela ne tienne ! il parsème l’histoire des légendes entre les Elfes et les Trolls, les gentils et les méchants. Il parait qu’ils se partageaient l’île, et qu’ils se sont combattus à un endroit situé près de la carrière de pierres, ce qui a donné à la pierre une couleur rouge sang. Vendella, l’un des personnages de cette histoire a vécu son enfance sur cette île, et elle a toujours vécu en compagnie des Elfes, faisant de ces histoires une part de son passé.

Les personnages sont d’ailleurs ceux qui font avancer l’intrigue. On retrouve avec énormément de plaisir Gerloff, ce qui me manquait dans la précédente enquête, mais aussi Peter, un beau portrait de père dépassé par les événements, obligé de se confronter au passé de son père et d’assumer l’héritage bien peu glorieux que celui-ci lui laisse.

Alors, oui le rythme est lent. Mais les scènes, décrites dans des chapitres courts, s’enchaînent avec une logique implacable, pour faire avancer une intrigue qui peu à peu s’enfonce dans des abîmes qui font une telle opposition avec la beauté du printemps. Et l’on est d’autant plus surpris quand Johan Theorin nous jette à la figure une scène choc : on est tellement bien installé dans notre confort que cela nous frappe d’autant plus fort.

Ce troisième tome m’a semblé à la fois très différent des deux autres, et avec tant de ressemblances aussi. Car il y a tant de maîtrise dans les descriptions de la vie de tous les jours, tant de facilité à passer d’un personnage à l’autre, tant de fluidité dans l’écriture, que c’est un vrai plaisir à lire. Mais rappelez vous bien, que si vous cherchez un roman avec de l’action, ce roman n’est définitivement pas pour vous.

Paris la nuit de Jérémie Guez (La Tengo Editions)

Après un article aussi élogieux que celui publié chez mon copain de Passion Polar, je ne pouvais qu’être tenté de lire ce roman écrit par un très jeune et prometteur auteur français. Le résultat est impressionnant.

Abraham est un jeune homme, qui vit dans le quartier de la Goutte d’or. Sa mère est morte quand il avait l’age de cinq ans, en tentant de mettre une fille au monde. Son père vit sa vie de travailleur, et laisse son fils faire la sienne. Justement, Abraham ne fait pas grand chose de sa vie. Il deale un peu de drogue auprès des étudiants, afin d’avoir un peu d’argent et de se payer sa propre consommation de drogue.

Abraham est donc un jeune homme qui vit la nuit et dort le jour. Il a sa petite bande de copains, dont Goran qui est son ami d’enfance. Et il passe ses nuits chez Julia, une jeune étudiante de la Sorbonne. Il sait que ces « fils à papa » ne cherchent que ça : dépenser l’argent de leur parents en dope pour se sentir mauvais garçon. Julia lui permet aussi d’avoir une clientèle sélectionnée et sans risques.

Alors qu’il est de sortie dans un bar avec Nathan, un de ses potes, il découvre une salle de jeu clandestine où de gros pontes jouent de grosses sommes d’argent. La tentation est là ; Abraham va convaincre Karim, Trésor, Nathan et Goran de faire le gros coup. Ils vont donc passer dans le camp du grand banditisme, en se frottant à des truands qui n’ont pas de scrupules. Et leur vie va devenir un enfer.

Ce roman a été écrit par un jeune homme de 23 ans. Et quand on dit ça, le résultat n’en est que plus impressionnant. La qualité littéraire est évidente, et malgré le fait que ce roman soit court, on a l’impression que tout est dit et bien dit. De l’équilibre entre la narration et les dialogues, des événements de l’intrigue à la psychologie du personnage principal, il est bien difficile de trouver des défauts à ce roman. La principale qualité de ce roman est la narration, et cette faculté de faire ressentir le monde de la nuit au travers de la vision d’un jeune homme, et cela sonne bigrement vrai, tant c’est écrit de façon synthétique et simple.

Car c’est une histoire simple que Jérémie Guez nous raconte, celle d’une chute inéluctable d’un jeune homme qui veut se croire un grand, d’un enfant qui est face au monde des adultes, d’un garçon qui ne peut résister à la tentation de l’argent. C’est l’histoire de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, version noire. Avec en toile de fond, une ville de Paris et sa vie de quartier nocturne, décrite de façon claire et concise, on s’y croirait.

Quel plaisir de lire ce roman, ou plutôt devrais-je dire avaler ce roman. Et quand on sait que ce n’est que le premier tome d’une trilogie parisienne, on en redemande. S’il continue comme cela, il se pourrait bien que Jérémie devienne un très grand du roman noir français. Et vu le niveau élevé de ce premier volume, il est clair que je vais être à la fois attentif, fidèle et exigent pour le deuxième roman. Ne ratez pas ce roman sous peine de passer à coté d’un auteur qui pourrait bien devenir très bientôt incontournable. J’attends la confirmation avec impatience.

Poussière tu seras de Sam Millar (Fayard noir)

Cela fait un an que j’attendais de lire ce livre, débordé que je fus par les nouveautés qui n’arrêtaient pas de sortir. J’ai tout de même pris quelques jours pour me faire mon avis sur ce roman qui promet d’être noir.

A Barton’s Forest, près de Belfast, c’est l’hiver et les fontes de neige mettent à jour un os humain que le jeune Adrian Calvert découvre et emmène avec lui, ainsi que la plume d’un corbeau mutilé. Adrian décide de n’en parler à personne, même pas à son père Jack Calvert, qui a plongé dans l’alcoolisme depuis la mort de sa femme. Quelques jours plus tard, c’est une poupée qu’il découvre, en plein milieu d’un lac gelé.

Jack Calvert, est un ancien policier de Belfast qui s’est reconverti dans la peinture. Sarah, la propriétaire d’une galerie d’art de renom, a le coup de foudre pour ces tableaux et fait tout pour le promouvoir. Elle entretient aussi une liaison amoureuse avec Jack, dont Adrian ne sait rien, jusqu’au jour où il les surprend en plein ébat sexuel.

Charlie Stanton est un clochard qui découvre un cadavre décapité, victime de sévices sexuels. Joe Harris et Jeremiah Grazier sont des coiffeurs au caractère bien différents. Alors que Joe est passionné par les faits divers, Jeremiah est une personne plus secrète et réservée, subissant les maltraitances de sa femme Judith, accro à l’héroïne. Joe et Jeremiah parlent beaucoup de la disparition de la petite Nancy McTiers, 7 ans, qui n’est pas reparue depuis 3 ans. La disparition de Adrian va déclencher un cataclysme.

J’avais besoin d’un roman noir, et pour le coup, j’ai été servi ! Que ce soit le contexte, l’histoire, les personnages ou l’ambiance, tout est noir, pas un petit noir brillant, mais un vrai noir mat, où rien ne se reflète. Il ne faut pas chercher la moindre étincelle d’espoir, pas la moindre lumière, c’est du noir brut, brutal.

Le style de Sam Millar y est pour beaucoup, avec ses descriptions minimales et ses mots soigneusement choisis qui laissent planer une atmosphère brouillardeuse, glauque, mystérieuse. Et les personnages vont s’enfoncer dans cette histoire sans que le lecteur ne puisse rien faire à leur déchéance. Ils ont tous des cicatrices ou des secrets qui petit à petit font leur apparition pour nous étaler des ignominies sans nom.

C’est un premier roman impressionnant, même si j’ai regretté que le livre soit coupé en deux : une première partie extraordinaire où Sam Millar installe l’ambiance et les personnages et une deuxième partie où Jack cherche son fils. Et c’est dans cette partie que j’ai été moins convaincu, où j’ai un peu décroché de cet environnement bizarre à cause des indices qui tombaient comme un cheveu sur un lac gelé. Ceci dit, ce roman est tout de même très recommandable et Sam Millar un auteur à suivre.