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L’affaire Myosotis de Luc Chartrand

Editeur : Seuil – Cadre Noir

Sorti initialement chez Québec Amérique, L’affaire Myosotis se lance dans une deuxième vie avec une sortie en métropole. Ce roman comporte tous les ingrédients d’un bon thriller politique.

Bande de Gaza, janvier 2009. Les chars se sont massés le long du mur, les bombes pleuvent et malgré cela, Ibrahim Shalabi et ses copains jouent dans la rue. Quand un cortège de véhicules est annoncé, ils s’enfuient en sens inverse. Ibrahim a un don pour croquer des visages et quand sa famille est consignée à domicile par la police, son aptitude l’a servi. Un matin, il observe à travers la fenêtre les policiers s’en aller. Quelques minutes plus tard, un bruit envahit l’espace et la maison est réduite en cendres par un missile.

Israël, 2011. Pierre Boileau, travaillant pour le gouvernement canadien se présente à la porte d’une maison. Il cherche Paul Carpentier, son ancien élève qui est devenu son ami, et qui a abandonné sa carrière de journaliste. Rachel, l’ex-femme de Paul, ne peut le renseigner. Pierre donne ses numéros de téléphone pour que Paul le joigne rapidement. Quelques jours plus tard, le corps de Pierre Boileau est retrouvé criblé de balles.

Trois voitures déboulent à coté d’un terrain de hockey. Les policiers sont à la recherche de Paul Carpentier. Celui-ci est surpris de voir apparaitre sa chef, Sarah Steinberg, qui fait partie des Israéliens qui pensent qu’ils doivent cesser leur occupation de la Palestine. Elle lui annonce la mort de Pierre Boileau et lui demande d’enquêter, à cause de ses liens avec le gouvernement canadien. Quand Paul écoute les messages de son répondeur, il se rend compte que son ami lui a laissé plusieurs messages.  

Situé dans une zone de guerre, en pleine période difficile, l’auteur choisit la forme d’un thriller pour nous concocter une intrigue qui en respecte tous les codes. Ainsi, on y voit passer plusieurs personnages, on va voyager dans plusieurs pays, et on va assister à l’implication de plusieurs niveaux du gouvernement canadien dans le conflit israélo-palestinien.

Pourquoi canadien ? L’auteur étant canadien, il tient à nous montrer comment un gouvernement, le sien, qui a toujours soutenu la cause des palestiniens, se trouve à un tournant l’obligeant à changer sa politique étrangère. Il nous montre l’inextricable situation de cette zone, opposant les va-t-en guerre et les pacifistes à travers de nombreux points de vue et s’en tire plutôt bien.

Car écrire un roman situé dans la zone d’occupation sans être ni dans un camp ni historien factuel est une sacrée gageure. Luc Chartrand nous offre donc un thriller de bon niveau, avec des chapitres courts, une plume agréable, une enquête linéaire en y insérant quelques événements ou situations intéressantes, auquel il m’aura manqué ce petit soupçon d’émotion qui en aurait fait un thriller de haut niveau.  

Ombres et poussières d’Antonio Manzini

Editeur : Denoël

Traducteur : Samuel Sfez

Quand on tient un personnage de la trempe de Rocco Schiavone, sous-préfet d’Aoste, on ne le lâche plus et on se jette sur ses dernières enquêtes dès qu’elles sortent en librairie. Dans ce nouveau tome, Rocco poursuit sa descente aux enfers.

Marco attend devant le 12 via Brean, et hésite à monter la prostituée qu’on lui a conseillée. Avec cinquante-deux ans au compteur, il a du mal à accepter l’abstinence imposée par Barbara sa femme. Enfin, il se décide et profite de la sortie d’un livreur pour entrer dans l’immeuble sans être obligé de sonner à l’interphone. C’est malin ! Le livreur pourrait reconnaitre son visage, la honte !

Quand Rocco se réveille ce matin-là, il n’est pas harcelé par la musique abrutissante de son jeune voisin Gabriele. Il le rencontre dans l’escalier, ce qui est étonnant à cette heure matinale, partir pour son examen de latin. Comme sa mère est absente, comme souvent, Gabriel demande à Rocco de le faire réviser. Il accepte mais cela se fera au commissariat, où l’attend une surprise de taille.

Quand il ouvre la porte de son bureau, tout le mobilier a disparu. Tout a été déménagé dans un placard pour laisser la place au cabinet provincial de la police scientifique. Avant d’aller pousser sa gueulante chez son chef, Rocco se rend compte que Gabriele ne connait pas son cours de latin. Le cas est désespéré. Soudain, on les appelle pour signaler la présence d’un corps découvert par un jogger. La victime serait un transsexuel. Les emmerdements Niveau 10 s’accumulent.

Depuis quelques tomes, Rocco Schiavone est confronté à des enquêtes complexes et embringué dans son passé qui ressurgit et l’oblige à en assumer ses conséquences. Les romans d’Antonio Manzini fonctionnent donc à deux niveaux sur deux lieux différents (Aoste et Rome) et permettent d’insuffler un rythme élevé aux romans. Il est inutile de vous préciser donc de lire cette série urgemment en commençant bien entendu par le premier.

Sans surprise, on retrouve Rocco obsédé par sa femme, qu’il entend encore dans ses songes (voire éveillé) mais qui se fait ici de plus en plus absente. Il va retrouver ses amis romains dans le cadre de la recherche de l’un des leurs et de la chasse de Baiocchi, le meurtrier d’une jeune fille … et je ne vous en dis pas plus pour l’intrigue récurrente qui devient de plus en plus dramatique et triste. Quant à l’enquête principale, elle est d’une complexité grandissante et confronte notre enquêteur aux services secrets qui s’octroient tous les droits.

Enfin, on est bigrement surpris par la réaction de Rocco face à son voisin, laissé à l’abandon en plein dans ses études. Gabriele se montre fainéant et ne veut pas changer pour autant. Rocco va le prendre sous son aile, lui octroyer du temps dans son agenda surchargé, comme son fils qu’il n’a jamais eu. Enfin, la fin est d’une tristesse infinie et cela m’inspire une réflexion à ce propos : quand on écrit une série avec un personnage récurrent, faut-il forcément le malmener, le maltraiter, le torturer et lui faire connaitre une descente aux enfers ? Celle de Rocco est loin d’être terminée, mais elle ressemble beaucoup à celle de Jack Taylor (en moins autodestructeur pour le moment).

La Blanche Caraïbe de Maurice Attia

Editeur : Jigal

Une fois n’est pas coutume, j’inaugure une nouvelle idée, celle de consacrer une semaine entière à un auteur. Comme Maurice Attia regroupe ses romans par trilogie, je vous propose donc la deuxième trilogie, publiée aux éditions Jigal. Pour votre information, j’ai tellement adoré ces polars que j’ai d’ores et déjà acheté la première trilogie publiée aux éditions Babel Noir.

1976. Cela fait huit ans que Paco Martinez a démissionné de son poste de flic à la brigade criminelle de Marseille. Depuis, il est devenu journaliste pour le journal Le Provençal, où il écrit des chroniques criminelles et des critiques de films cinématographies. Sa femme Irène connait un beau succès de modiste et s’occupe de leur fille Bérénice.

Un coup de téléphone va venir bouleverser leur petite vie bien tranquille. TigranKhoupigian, dit Khoupi, l’ancien collègue de Paco, l’appelle à l’aide depuis la Guadeloupe où il a trouvé refuge depuis huit ans, et leur dernière affaire ensemble. Khoupi avait en effet descendu de sang-froid les auteurs de la séquestration et du viol d’Irène, avant de prendre la fuite aux caraïbes avec sa compagne Eva.

Paco laisse derrière sa femme et sa fille pour retrouver son ami sous les orages, alors que la Soufrière menace d’entrer en éruption. Khoupi a beaucoup changé, avec son air de vieil alcoolique. Il va raconter à Paco son arrivée en Guadeloupe, son travail de garde du corps auprès de Célestin Farapati, un architecte puis vigile sur un chantier pendant qu’Eva devenait enseignante. Une nuit, Khoupi assiste à une scène hors du commun : deux hommes enterrent le corps de Farapati et coule du béton par-dessus.

Ce roman représente exactement tout ce que j’aime dans un polar. Avec une écriture parfaitement explicite et fluide, Maurice Attia nous plonge dans une atmosphère faite d’ombre et de menaces, les menaces venant à la fois du volcan et des morts qui vont s’amonceler dans l’environnement de Khoupi. Le petit microcosme dans lequel il s’est inséré avec Eva est peuplé de couples blancs qui se sont bien implantés mais qui semblent cacher bien des choses.

Khoupi n’étant pas tout à fait neutre ni apte à avoir le recul nécessaire, c’est Paco qui va devoir enquêter et retrouver les sensations liées à son activité préférée et regrettée de l’investigation. Et plus le roman avance, plus les morts s’amoncellent, plus le danger se rapproche et plus les différents trafics se révèlent, ce qui nous en apprend beaucoup sur la vie de cette île.

Et ce roman ne se contente pas d’être excellent dans son scenario ou la psychologie des personnages. Il ose aussi devenir un roman choral, chaque chapitre étant narré par une personne différente sans aucune indication en tête de chapitre. Si cela surprend au début, on comprend vite le principe et on apprécie d’autant plus le processus qui rajoute encore à l’attrait de ce roman. Le plaisir procuré par ce roman est à la hauteur de ce qu’il nous apprend de la vie sous le soleil, où derrière le décor enjôleur se cachent d’innombrables magouilles.

Viper’s Dream de Jake Lamar

Editeur : Rivages

Traductrice : Catherine RICHARD-MAS

Pour qui a lu Nous avions un rêve, Jake Lamar est un auteur dont il faut lire tous les romans. D’origine américaine, il a choisi de vivre en France et nous parle dans chacun de ses romans de son pays et de la vie des Noirs là-bas. Et quoi de mieux que d’évoquer le milieu du jazz pour en parler, comme il le fait ici.

1961, New York. Viper se retrouve chez Pannonica de Koenigswarter, dite Nica, une richissime baronne qui finance le milieu du jazz. Le jeu de la baronne consiste à demander aux gens qu’elle héberge d’écrire sur une feuille leur trois vœux les plus chers. Il reste quelques heures à Viper avant que la police ne vienne l’arrêter. Car cette nuit, Viper vient de tuer un homme, pour la troisième fois de sa vie.

Viper, c’est le surnom de Clyde Morton. En 1936, Clyde découvre une trompette dans le grenier de ses parents. Son oncle Wilson lui apprend à en jouer et le persuade qu’il deviendra un grand jazzman. Clyde décide de quitter Meachum, Alabama, pour rejoindre New-York, laissant derrière lui sa fiancée Bertha. Mais dès la première audition dans un club de Harlem, on lui fait comprendre qu’il n’a aucun avenir dans la musique.

Alors Clyde trouve un travail au Gentleman Jack’s Barbershop. Ne sachant pas couper les cheveux, il deviendra cireur de chaussures et balayeur. Un richissime client, Mr.O débarque dans la boutique et lui demande s’il sait se battre. Il emmène Clyde sur un ring de boxe et, à la surprise générale, Clyde étend son adversaire. A partir de ce jour, Clyde va devenir Viper, et garde du corps de Mr.O, propriétaire d’un club de jazz et trafiquant de Marijuana.

Ecrit comme un conte, comme une histoire orale (il faut dire qu’à l’origine, ce roman était une pièce radiophonique pour France Culture), on prend un énorme plaisir à s’assoir et écouter Jake Lamar nous narrer la vie de Viper, de son ascension jusqu’à sa chute. Il nous brosse un portrait de l’Amérique, avant et après la deuxième guerre mondiale et la « fameuse » échelle sociale des Etats-Unis. On en déduit à la lecture de ce roman, que pour les Noirs, leur seule possibilité de grimper dans la société réside dans le trafic de drogue, le reste de la société étant noyauté par les Blancs.

Viper’s Dream est avant tout une histoire d’amitié, de tolérance et de loyauté ; amitié envers ses proches, tolérance et accueil des étrangers et loyauté envers ce que l’on croit. Et Viper ne voudra jamais vendre de drogue dure. Viper rencontrera aussi l’amour avec le formidable personnage de femme fatale Yolanda. Tous les codes sont bien présents et c’est bien la façon de raconter cette histoire qui retient l’attention.

Car il y a dans ce roman un rythme lancinant, une mélodie avec des variations de rythme, des improvisations. On ressent le brouhaha de Harlem, et on entend les instruments, parfois du piano, souvent de la trompette. Cet hommage au Jazz se couple à un thème fort sur le poids du passé et les regrets qui se transforment en remords qui me parle. Pour moi, ce roman rejoint ma pile de romans cultes.

Un grand merci à Petite Souris, il saura pourquoi.

True story de Kate Reed Petty

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

J’ai déjà dû le dire par le passé : il faut être vigilant sur les sorties du mois d’août des éditions Gallmeister, en ce qui concerne les premiers romans. Une nouvelle fois, ils nous ont déniché un sacré roman, époustouflant.

Nick entre dans sa dernière année de lycée. Il a vite appris que, pour être accepté parmi un groupe d’amis, il faut entrer dans l’équipe de crosse. Les deux meilleurs amis de Nick sont Max et Richard. Max est un jeune homme volubile, immature et toujours prêt à faire des bêtises, alors que Richard est plutôt mutique et discret. Par voie de conséquence, max a beaucoup de succès auprès des jeunes filles alors qu’on n’a jamais vu Richard sortir avec une fille. A la fin du trimestre, Nick réussit à sortir avec Haley, une jeune fille du lycée privé.

Les soirées de week-end sont mémorables, surtout celles où il y a des cigarettes, et de l’alcool. Les lycéens ont trouvé une parade pour récupérer de l’oxycodin. Quand l’un d’entre eux est blessé, il doit mettre des pilules de coté pour les soirées entre potes. Et puis, il y a les après midi chez Denny’s. Les discussions vont bon train, on se vanne, on s’envoie des piques et on raconte n’importe quoi.

Lors d’une de ces discussions, devant les bières, ils se remémorent la fête mémorable, la FOOTBRA : Fête Où On Baise Tous (Richard Aussi). Ils sont tous là, Max, Richard, Nick, Haley, ainsi que Ham et Alan. Max raconte alors comment, aidé de Richard, ils ont raccompagné Alice, une amie d’Haley, chez elle. Elle était saoule, inconsciente, et Max raconte qu’eux deux ont abusé d’elle. La rumeur ainsi lancée va faire bien des ravages dans la vie de ces jeunes.

Epoustouflant, ce roman, disais-je, car il faut avoir une sacrée dose de courage pour s’attaquer à un tel sujet. Ne nous trompons pas, le sujet n’est en aucun cas les débordements lors des fêtes estudiantines mais bien les conséquences d’une rumeur lancée dans un bar sur chacun des protagonistes, d’autant plus qu’Alice va se retrouver harcelée et Haley va se battre pour faire reconnaitre le viol.

Outre le courage de s’attaquer à un tel sujet, et de trouver cette fin mémorable qui va vous prendre par surprise, l’auteure a décidé non pas de faire un roman choral, mais de faire raconter cette histoire par Nick, qui est l’innocent de l’histoire, impliqué émotionnellement par son amitié pour ses potes et son amour pour Haley. Et j’y ai trouvé une allégorie de la religion, au sens où c’est Nick qui va être puni pour les crimes des autres …

Là où le roman atteint des cimes, c’est dans le choix de l’auteure pour la forme de la narration. Kate Reed Petty ose tout, passant de la narration à la première, deuxième, troisième personne, incluant des lettres de motivation d’Alice pour entrer à l’université ou même des extraits de scenario co-signés par Alice et Haley. J’ai trouvé extraordinaire qu’une jeune auteure prenne le risque de proposer un tel puzzle dont la colonne vertébrale est cette rumeur mais dont le paysage d’ensemble dessine une société de groupes avides de sensations qui ne doivent toucher que les autres.

On ressort de ce roman véritablement impressionné, par l’ampleur de l’ambition affichée, par la qualité de l’écriture (ainsi que la formidable traduction de Jacques Mailhos) et surtout par la cohérence de l’ensemble. De toute évidence, ce roman occupera une place à part dans ma mémoire, par son indéniable originalité et par sa faculté à avoir abordé tant de thèmes importants et surtout avec autant de réussite. Voilà un roman à ne pas rater, un des plus forts de cette rentrée littéraire.

L’homme de Tautavel de Jérôme Zolma

Editeur : TDO éditions

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu un roman de Jérôme Zolma … et voilà que m’arrive comme un don du ciel, ce roman au titre mystérieux. En route pour une enquête dans le Sud-Ouest.

Un coin de morilles, ça ne se partage pas, sauf au dernier jour de notre vie. C’est ce que Fernand Marty, l’oncle de Fabrice Puig, ne cesse de lui répéter. Et puis, au détour d’une soirée arrosée, Fernand l’emmène à l’endroit secret. Le lendemain, Fernand mourait. Depuis Fabrice, vigneron de son état, fait bien attention quand il va à la cueillette aux morilles à ne pas être suivi.

Ce jour-là, la récolte est bonne, le panier est plein. Alors qu’il s’apprête à partir, il aperçoit un corps, tourné face contre terre. N’écoutant que son civisme, il descend au village appeler les gendarmes. Arrivés près du mort, ils interrogent Fabrice qui ne sait que dire la vérité. Mais quand il veut justifier sa cueillette aux morilles, il s’aperçoit que son panier a disparu. Fabrice est immédiatement arrêté.

Raphaël Sarda, détective privé, lit son journal chez son ami boucher Gervais, qui tient la célébrissime boucherie Carné d’Aubrac. Dans un entrefilet, il apprend la découverte d’un mort et l’arrestation d’un suspect qui ressemble à s’y méprendre à son ami Fabrice Puig. N’écoutant que son sens de l’amitié et sa curiosité, il se lance dans l’aventure, qui sera l’occasion de rencontrer l’avocate Lina Llopis.

Depuis la disparition des éditions de la Baleine, nous ne pouvons que regretter l’absence du Pulpe, Gabriel Lecouvreur, des étals des libraires. Cette enquête avait été destinée à mettre en scène le détective aux bras démesurés, mais le destin en a décidé autrement … Exit Gabriel, exit les signes distinctifs physiques, exit Cherryl et le bar de la Sainte Scolasse, voici Raphaêl Sarda et son amie Kristgerour, islandaise d’origine.

Après un petit relifting des caractéristiques de la série, on se retrouve avec une enquêtes fort bien menée, écrite dans un style fluide. L’auteur va nous faire suivre des pistes sans suite avant de trouver enfin le nom de l’assassin. Remarquablement mené, le rythme apporté au déroulement et l’intrigue en forme d’hommage au Poulpe en font un très bon divertissement. D’ailleurs, ça me donne envie de reprendre une histoire du Poulpe, moi !

Le pacte de l’étrange de John Connolly

Editeur : Presses de la Cité (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa seizième enquête. Une nouvelle fois, John Connolly nous enchante avec cet excellent thriller. La liste des billets chroniqués sur Black Novel sur Charlie Parker est à la fin de ce billet.

Quatrième de couverture :

« Vous croyez aux fantômes, monsieur Parker ?

– Aux miens seulement. Mais peu importe ce que je crois. »

Charlie Parker, le privé tourmenté revenu d’entre les morts, est chargé par le FBI de retrouver Jaycob Eklund, un autre détective manquant à l’appel. L’homme enquêtait discrètement sur une série de meurtres sauvages et de disparitions s’étalant sur plus d’un siècle, tous associés à des événements surnaturels.

Flanqué de ses deux inséparables acolytes, Louis et Angel, Parker ne tarde pas à remonter la piste d’une mystérieuse organisation fondée au XIXe siècle, les Frères, dont les actions violentes ont laissé derrière eux des monceaux de cadavres. Mais les dangers qui guettent Parker prennent bien d’autres formes, notamment celle de la redoutable veuve d’un baron de la pègre à la tête d’un empire criminel, ou encore celle d’insaisissables fantômes qui semblent en vouloir aux vivants…

Avec l’extravagance, l’humour et le style qui le caractérisent, John Connolly continue ici à explorer l’occulte et les méandres de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus noir et nous prouve, si cela est encore nécessaire, qu’il est un des seigneurs de l’angoisse.

Mon avis :

Mon petit plaisir de vacances estivales …

L’intrigue entre vite dans le vif du sujet et on retrouve toutes les raisons qui font que j’adore cette série : une histoire foisonnante mettant en scène une multitude de personnages, des scènes angoissantes à souhait et le plaisir de retrouver Charlie, Louis, Angel et Samantha sa fille.

La thématique de la société secrète, les Hommes Creux, retrouvée lors des premiers tomes passe au second plan et John Connoly nous parle du monde des morts et du monde des fantômes, comme les grands auteurs de romans d’angoisse savent le faire.

Dans ce tome, Charlie Parker doit faire face à beaucoup d’éléments qui vont bouleverser sa vie, comme la demande de divorce de sa femme et son droit très restreint de visite auprès de sa fille. Nous découvrons aussi Angel atteint de maladie et qui refuse de voir un docteur, ce qui laisse augurer d’aventures dramatiques à venir.

Enfin, outre le fait que cette enquête est très tournée vers l’entourage de Charlie Parker, cette histoire est écrite avec beaucoup d’humour, surtout dans les répliques hilarantes dans les dialogues et nous laisse avec l’eau à la bouche sur l’avenir de nos amis. Vivement la suite …

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

La nuit des corbeaux

La colère des anges

Sous l’emprise des ombres

Le chant des dunes

Le temps des tourments

07 07 07 d’Antonio Manzini

Editeur : Denoël

Traducteur : Samuel Sfez

Si vous ne connaissez pas le sous préfet Rocco Schiavone, il va falloir rapidement rattraper votre retard, puisque quatre enquêtes sont déjà parues avant celle-ci : Piste noire, Froid comme la mort, Maudit printemps et Un homme seul. Et comme toute série qui se respecte, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre, d’autant plus que 07 07 07 est la suite de Un homme seul, un polar dont la chute est une des meilleures (et les plus noires) que j’aie lues avec Le Dramaturge de Ken Bruen (rien de moins). Bref, si vous choisissez de vous lancer dans la lecture de ces romans, ne lisez pas le paragraphe suivant.

Eté 2013. Rocco Schiavone est réveillé par du Heavy Metal, que son voisin écoute à fond. A peine habillé, il se jette sur la porte du malotru pour lui expliquer la vie. De mauvaise humeur, il achète le journal et trouve un article relatant la mort d’Adèle Costa, la compagne de son ami Sebastiano, tuée à sa place (voir le tome précédent). Arrivé au commissariat, le préfet Baldi et le juge Costa le convoquent. Ils savent que ce meurtre est lié au passé de Rocco et lui demandent de s’expliquer.

Eté 2007. Quand Rocco se réveilla par cette chaleur étouffante de fin juin, ce fut pour trouver son lit vide. Il trouva sa femme Marina assise à la table du salon, en train d’éplucher les comptes en banque. Elle venait de découvrir les sales activités rémunératrices de son mari. Déçue, dégouttée, elle se leva et s’en alla, arguant qu’elle avait besoin de temps pour réfléchir. Heureusement, il allait être convié à une affaire qui occuperait son esprit.

Un jeune homme a été retrouvé mort dans une carrière, poignardé derrière la tête. La carrière était gardé par un vieil homme alcoolique qui dormait pendant ses gardes et n’a rien vu ni  entendu. Le grillage n’enfermait pas totalement la carrière, il suffisait de le suivre pour se retrouver près d’une route, en face d’une station service. Et si le jeune avait été en mauvaise compagnie, avait réussi à s’enfuir avant d’être rattrapé puis tué ?

En revenant en arrière, en plongeant dans le cauchemar de cette journée du 07 juillet 2007, Antonio Manzini nous permet à la fois de mieux comprendre son personnage et son attitude quand il a été muté à Aoste. On s’attendait à un livre fort, et l’auteur est au rendez-vous, dans une histoire remarquablement menée, porteuse d’une charge émotionnelle immense, digne des plus grands drames noirs que le polar est capable de nous offrir.

On comprend mieux les origines de Rocco, d’une famille pauvreuse, on rencontre sa femme Marina, belle comme le jour, dont il est fou amoureux (et c’est réciproque), on rencontre ses amis unis comme les doigts de main, Sébastiano l’ours lent, Furio le généreux rapide, et Brizio le beau gosse un peu bête. On participe à leurs repas, leurs discussions pleines de dérision de d’humour. Antonio Manzini réussit le coup de force de nous inviter dans ce cercle fermé grâce à des dialogues formidablement savoureux même si certains auraient mérité d’être mieux traduits.

Et puis, il y a cette intrigue qui part d’un meurtre d’un jeune, et qui se déploie comme une toile d’araignée pour monter vers des sommets de maîtrise. Ce roman se suit comme une évidence, l’enquête se révèle totalement logique et les scènes se suivent avec plaisir tant on démonte les rouages en même temps que Rocco.

Et puis, Antonio nous convie dans une visite de Rome, pas celle des touristes, celle des résidents, entre les boutiques de receleurs et les entrepôts, des ports environnants aux restaurants amicaux avec ces repas savoureux. C’est à la fois un cri d’amour envers la culture italienne, un cri de rage devant les assassinats, un cri de désespoir devant une fin tant attendue alors qu’on sait très bien qu’elle ne peut être que dramatique. C’est aussi dans cette façon de nous faire attendre que l’auteur est fort : on connait la fin et malgré cela, on est surpris comme une balle de revolver qui nous frappe en plein cœur. Ce roman nous frappe en plein cœur. Terrible !

Presqu’Îles de Yan Lespoux

Editeur : Agullo

Aux commandes du blog Encoredunoir, Yan Lespoux, pour son entrée en littérature, a choisi le format des nouvelles. Nous allons retrouver dans Presqu’îles 37 morceaux, 37 scènes de vie, 37 polaroïds comme autant de personnages soit se promenant en bord de mer, soit arpentant les bois pour une chasse, soit levant le verre de l’amitié. Yan nous propose une visite des Landes, peuplées de personnages hauts en couleurs.

Habitué à ses chroniques, le niveau littéraire ne m’a pas étonné ; par contre, la facilité à installer un décor, instiller une ambiance m’a passionné. Avant de se lancer dans une grande aventure, un grand roman, Yan a choisi des petits bouts de chemins comme des étapes avec des arrêts obligés, comme pour se rassurer. Et comme le dit Hervé Le Corre dans la préface, des 37 ballades nous font rencontrer un écrivain.

Ces histoires ont toutes un point commun, le sud-ouest ; pas celui des villes, mais celui compris entre les forêts de pin et la mer, souvent un petit village avec un bar. Là, on y discute des nouvelles (Carnet du jour), parce que c’est bien plus fiable que ce qu’ils nous montrent à la télévision ; on y devise sur Le premier noyé de la saison. On se moque aussi des gars de la ville (Le Bordelais), thème comique qui reviendra souvent comme une concentration du ressentiment que l’on peut avoir envers les autres, les étrangers. Mais il y a pire que le Bordelais, il y a Le Parisien ; et pire encore, L’écolo, excellente nouvelle comique. Le Charentais, en particulier, est une nouvelle digne d’un sketch comique, excellent.

Ce régionalisme, qui tend ici à se transformer au localisme, donne lieu à de beaux moments tendres et cyniques, comme dans Intégration où un jeune qui vient s’installer dans la maison de son grand-père pour monter une boutique de réparation de vélos, croit avoir gagné la reconnaissance voire l’amitié de ses copains d’enfance. Le thème devient encore plus fort dans Une vie, plus amer comme dans Une histoire d’amour, plus nostalgique dans Le couteau, ou plus drôle quand il aborde les conversations idiotes des piliers (L’Arabe).

Les bois, souvent noyés dans la brume, nous font admirer leur flore (Un secret), et parfois leur faune (Le cerf). Ils servent de décor, et donnent lieu à une des principales occupations du coin, les Parties de chasse, qu’elle soit aux canards (La loi de l’Ouest) ou au plus gros gibier (Dépeçage ou Le Cerf). Pour la cueillette des champignons, Le mirage donne lieu à un personnage très émouvant.

La mer, véritable joyau de la nature, permet un ressourcement qui vaut toutes les séances de yoga (Un jour parfait). Le flux et le reflux, les odeurs, les sons chatoyants permettent de prendre le recul nécessaire. La mer concentre l’autre activité de ces villages côtiers, la pêche, avec ou sans permis. La mer donne lieu à de vrais moments de nostalgie, lors des réunions entre copains (L’enjambeur)

Yan Lespoux n’oublie pas sa culture de base, et nous offre aussi des superbes scenarii noirs, de vrais petits polars comme Rencontre où un pêcheur va faire une mauvaise rencontre ; ou Cambriolage où 2 jeunes ratent celui d’une quincaillerie, sans oublier Incendie ou Moisson qui aborde la culture du cannabis ; à chaque fois, la chute est mémorable. Le voyage de Jésus est terrible de ce point de vue. Et quand il aborde la musique, ce sont de vrais moments de nostalgie qui nous émeut (Le chanteur) ou nous tire un sourire (Le concert fantôme).

Les personnages, tous attachants, sont formidablement vivants. Ils nous partagent leur vie simple, leurs bons moments, leurs conneries (Le Terre-Neuve), même si elles sont parfois fatales (En apnée). Ils se trouvent des Surnoms qui se veulent affectifs, mais peuvent être blessants. Si le ton se veut respectueux, on trouve de beaux moments de pure comédie, teintés d’humour noir. Sécurité routière où deux malfrats sont suivis par des gendarmes. On y trouve aussi de pauvres bougres, au bout du rouleau (Rien ne va plus) dont le destin se retrouve bien sombre.

Enterrement, qui clôt ce recueil, montre tout le talent de Yan quand il aborde avec sensibilité et émotion retenue l’enterrement d’un père. Là encore, la nostalgie des souvenirs passés alliée à la simplicité du style font de cette évocation un pur moment de tendresse.

Quelque soit le genre abordé, l’écriture vous prend par la main, pour vous présenter ces villages visités uniquement l’été par des hordes de touristes, ces villages, abandonnés par les autoroutes, où on passe le temps, simplement, en se laissant bercer par le doux flux des vagues. Chaque nouvelle montrera des personnages attachants que Yan Lespoux ne juge jamais, les rendant plus vrais que nature (Jamais mieux que chez soi). Et à chaque fois, la chute vous laissera coi, tant Yan montre la maitrise de cet art difficile, qu’est la nouvelle.

Les âmes sous les néons de Jérémie Guez

Editeur : La Tengo éditions

Cela fait presque sept ans que j’attendais un roman de Jérémie Guez, depuis Le dernier tigre rouge. Entre temps, celui que je surnomme Le Petit Prince du Polar est passé du côté du cinéma, écrivant des scénarii et réalisant un film, Bluebird. Les âmes sous les néons permet donc de fêter le retour en grande forme de cet auteur du Noir.

Copenhague.

Elle vit une vie de rêve, belle maison, belles voitures, un bébé en forme, un homme qui l’aime.

La fête se déroule dans la joie, pour souhaiter la bienvenue au bébé.

Elle est énervée, Lars n’est pas là.

Elle est seule avec les amis de son compagnon.

Le téléphone sonne.

La police lui annonce que Lars vient d’être abattu d’une balle dans la tête, au volant de sa voiture.

Lors de l’interrogatoire, les flics lui apprennent que Lars dirigeait plusieurs bars à putes, blanchissait de l’argent sale de plusieurs mafieux.

Elle n’a rien vu, ne s’est intéressée à rien, a profité de l’argent qui coulait à flots.

Lors de l’enterrement, Libyens, Palestiniens, Syriens, Irakiens, Tchétchènes, Serbes, Albanais, et Somaliens viennent la saluer.

Elle ne les connait pas.

L’avocat de Lars lui annonce avoir trouvé des gens pour racheter le business de Lars.

Elle devrait signer, c’est un conseil.

Un homme sonne à la porte.

Il se présente comme le seul ami de Lars, son homme de main aussi.

Lars l’a chargé de veiller sur sa vie, qui va devenir à haut risque.

Il lui demande de ne pas accepter l’offre de l’avocat.

Question de survie.

Ce nouveau roman de Jérémie Guez s’annonce comme un nouveau coup de poing, un nouveau coup de pied au monde du polar. Bien que situé dans un pays nordique, il pourrait prendre place n’importe où ailleurs. L’auteur préfère mettre en avant les personnages et le mystère du monde interlope et caché de la nuit.

Les deux personnages principaux vont jouer un jeu dont ils ne connaissent pas les règles, se rencontrer, se frôler, se quitter en ne sachant pas s’ils peuvent se faire confiance. Leurs allers-retours ressemble à s’y méprendre à une danse moderne, où ils volettent d’un bout à l’autre de la scène.

De danse, il en est aussi question dans la forme de ce polar. Jérémie Guez a opté pour un style, non pas haché, mais fait de paragraphes formés d’une seule phrase, comme un slam rap brillant, une poésie noire et moderne, efficace menant tout droit à l’enfer. Dans chaque phrase, avec le minimum de mots, il se permet de dessiner des décors, de peindre des psychologies et de creuser des thèmes chers au polar.

L’amour, la solitude, la famille, la confiance, la loyauté, ces thèmes représentent les fondations de ce roman aussi brillant par son intrigue que par son style, sans montrer de sentiments superflus. Et à la fin de la lecture, on en vient à regretter d’avoir attendu aussi longtemps, presque sept ans, pour le lire. Bon sang, Jérémie, peux-tu nous en écrire d’autres de ce niveau-là, s’il te plait ?