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La mauvaise pente de Chris Womersley

Editeur : Albin Michel (Grand Format) ; J’ai lu (Format poche)

Traducteur : Valérie Malfoy

Avec ce roman, je vous propose de découvrir un auteur australien, qui pourrait bien faire partie des très grands de la littérature. En mélangeant les genres entre roman noir et roman de fuite éperdue, ce roman est construit sur deux personnages forts et révèle un auteur au style éblouissant, rien de moins !

Ce roman a été lu grâce au conseil de mon ami Le Concierge masqué et lu dans le cadre de la sélection des Balais d’Or 2017.

Lee est un jeune homme qui se réveille dans une chambre d’hôtel avec à ses pieds une valise pleine de billets de banque et une balle dans le ventre :

« Emergeant des profondeurs océaniques, Lee revint lentement à lui. Il lui semblait que c’était en rêve qu’il battait des paupières, face à ses genoux cagneux. La chambre se taisait, comme s’apprêtant à l’accueillir. Telle une grossière figurine d’argile, rigide et très ancienne, il était couché dans ce lit, et il clignait des yeux. »

Wild est un docteur morphinomane qui a tout abandonné, y compris lui-même :

« Même si ce fut soudain, Wild ne fut pas extrêmement étonné de se voir quitter la maison qu’il avait si longtemps habitée avec sa femme et sa fille. De toutes façons, il vait perdu depuis belle lurette la trace de l’homme qu’il était censé être. Même partir en pleine nuit lui ressemblait désormais et il se consola à l’idée que tout le monde avait déjà foutu le camp – alors pourquoi pas lui ?  Mais en réalité, il savait que certaines décisions sont irrémédiables, et celle-ci en était une. »

Lee et Wild vont se rencontrer et fuir ceux qui cherchent l’argent. Parmi eux, il y a Josef :

« Le soir tombait et il tira les rideaux. Des voisins parlaient très fort dans l’escalier, derrière sa porte. Il y eut des rires, puis des « chut » frénétiques. Surement le crétin de l’appartement sept. C’était comme une minuscule bombe explosant dans sa cage thoracique. Pourquoi le rire des autres était-il si dévastateur ? Il passa un doigt le long de son col et suçota sa dent en or, léchant la surface en expert. Le bruit retomba, mais l’agacement bouillonna dans sa poitrine comme de la vase remuée au fond d’un lac. »

Des romans de fuite, tout le monde en a lu tant et tant. Des personnages forts, on en connait aussi plein. Mais quand c’est raconté d’une façon aussi remarquable, on en redemande. Il faut juste que je vous prévienne que le texte ne comporte pas de marque pour distinguer les dialogues du texte lui-même. Il faut un peu s’y faire au début, mais on entre rapidement dans le jeu et on se laisse mener dans cette intrigue, racontée avec une fluidité et une évidence rares. Chaque mot appelle le suivant, chaque phrase appelle la suivante. C’est un roman qui, dès qu’on l’a commencé, est impossible à lâcher. D’ailleurs, je vous ai mis des extraits en guise de résumé mais j’aurais pu tout aussi bien farcir ce billet d’extraits tant certains passages sont tout simplement brillants.

Si ce roman parle de fuite, il met surtout en scène deux personnages qui, par la force des choses, vont rechercher la rédemption en se sauvant l’un l’autre. Wild va chercher à sauver sa vie en sauvant celle de Lee, blessé, qui lui va chercher à sauver Wild de son addiction. De cette fuite vers nulle part, ces deux hères vont errer (justement !) sans but, sans avenir, sans espoir. Le ton est définitivement noir, à l’inverse de l’écriture qui est lumineuse. Il y a bien un troisième personnage Josef qui apparait rarement dans le livre, mais qui fait planer une menace constante par son absence justement.

Je ne peux que vous conseiller cet auteur, qui m’a fait penser par bien des aspects à Donald Ray Pollock, et toute cette génération de jeunes auteurs qui renouvellent des thèmes connus par la simple beauté de leur écriture. Il faut savoir que deux autres romans ont été édités : Les affligés et La compagnie des artistes. Enfin, l’ami Claude a donné un coup de cœur à ce roman.

Evanouies de Megan Miranda

Editeur : La Martinière

Traducteur : Pierre Brévignon

C’est la quatrième de couverture qui a motivé ma lecture et je dois dire que je n’ai pas été déçu. On a affaire à un roman psychologique essentiellement, mais aussi à un roman à énigmes. C’est un véritable page-turner, un très bon divertissement.

Cela fait 10 ans que Nicolette Farrell a quitté sa petite ville de Cooley Ridge. Elle est devenue Psychologue dans un établissement scolaire et va bientôt se marier avec Everett, un avocat promis à un brillant avenir. Son frère Daniel l’appelle et lui demande un coup de main pour remettre en état la maison familiale afin de la vendre. En effet, leur père est atteint de la maladie d’Alzheimer et les frais hospitaliers leur reviennent trop chers. Peu enchantée de ce retour obligatoire dans ses terres natales, elle reçoit une lettre de son père qui lui écrit : « Je dois te parler. C’est cette fille. J’ai vu cette fille ».

La voilà partie pour neuf heures de route. Il y a dix ans, Corinne Prescott avait disparu sans laisser de traces. Corinne était brillante, enjouée, aimée de tous et détestée de beaucoup. Elle était surtout l’amie de Nicolette, qu’elle appelait Nic. Corinne était au centre du groupe d’adolescents de Cooley Ridge. Et elle a disparu juste à coté de la fête foraine. C’était un été magnifique, comme maintenant.

En arrivant, Daniel l’attend. Il est marié à Laura qui vient d’avoir un bébé. Et elle revoit ses anciens amis, dont Tyler, dont elle était amoureuse. Il n’a pas bougé, pas changé. Sauf que maintenant, il est avec Annaleise Carter, qui habite à coté. C’était la plus jeune du groupe. A l’évocation de ce nom, les souvenirs reviennent en masse. Quand elle rentre après une visite à son père, elle s’aperçoit que quelqu’un est venu sans rien déranger.

Le premier chapitre fait 50 pages et présente le contexte. Puis le roman va présenter les 15 jours qui suivent à rebours. C’est à partir de ce moment là que l’auteure va s’amuser avec nous et avec nos nerfs. Comme dans Memento, le film, l’intrigue se déroule à l’envers, sauf que dans le film, c’était justifié par le narrateur atteint d’amnésie. Ici, la forme du roman est utilisée pour garder le suspense puisque les principaux retournements de situation vont se dérouler juste après l’arrivée de Nicolette.

Du coup, la grosse moitié du livre est un roman psychologique, avec de vrais moments d’angoisse, très bien retranscrits, surtout quand il y a des bruits inquiétants dans la maison, ou des impressions d’être surveillé par quelqu’un qui se cache dans la forêt toute proche. Surtout, l’auteure s’amuse avec nos nerfs, et puisque c’est écrit à la première personne du singulier, il faut un peu s’accrocher pour s’y reconnaitre au début entre les différents ados du petit groupe d’amis.

Par contre la narration y est fluide et remarquablement efficace. Parce que l’on y trouve quantités d’indices sur ce qui s’est passé il y a 10 ans, et sur ce qui va se passer dans le passé ! Et les indices pourront être à la fois vrais et faux. Ce roman a mis à la fois mes nerfs à rude épreuve, et à la fois mon envie d’en découdre avec cette histoire, mon instinct logique à mal.

Je dois dire qu’au bout du compte, la forme prenant le pas sur le fond, on se retrouve avec un roman original dans sa construction et plutôt classique dans son histoire. L’ensemble en fait un excellent divertissement pour ceux qui cherchent des romans psychologiques, ou des romans faciles à lire. Et ne croyez pas que c’est un reproche quand je dis cela. Car ce roman est un terrible page-turner, et la fin vous surprendra alors que vous aviez tous les indices en main, tout en restant mystérieuse. C’est du très bon travail !

Ne ratez pas l’avis de Mylene

Rural noir de Benoit Minville

Editeur : Gallimard

Collection : Série Noire

Si on jette un coup d’œil sur le Net, on ne trouvera que des éloges à propos de ce premier roman. Il faut dire que c’est bien fait, c’est passionnant, et surtout, ça parle … ce que je veux dire, c’est que ce roman fait appel à un brin de nostalgie qui, dans une époque troublée comme celle que nous connaissons, a quelque chose de rassurant. Sans vouloir être dans le message « C’était mieux avant », je dois dire que ce roman rappelle des souvenirs d’enfance et d’insouciance auprès de ceux qui ont eu entre quinze et vingt dans les années 80, et que forcément, cela excite une certaine fibre de l’amitié, de la loyauté, de la solidarité dans un monde anonyme. Et quand c’est bien fait, c’est passionnant. Dans ce roman, c’est TRES bien fait.

Ils étaient quatre, copains comme cochons. Quatre adolescents qui ont fait les 400 coups, ensemble, inséparables durant tous les étés. Il y avait Chris et Romain, les deux frères. A eux deux était venu se greffer Vlad. Julie était la fille du groupe. Ils jouaient dans la campagne, faisaient des conneries, et commençaient à avoir des discussions d’adultes. Mais c’est dur de devenir un adulte.

Cet été là, Cédric a débarqué, avec sa famille. Ils les craignaient dans le village, ils avaient des têtes de squatteurs, des têtes de vendeurs de drogue … et puis ils ne les connaissaient pas ! Cet été là, Cédric a débarqué et plus rien n’a été pareil.

Romain a quitté son village, il y a maintenant 10 ans. Il est de retour et beaucoup de choses ont évolué. Il a bourlingué dans tous les ports d’Europe et retrouve son frère Chris, qui après s’être engagé dans l’armée, a ouvert une boutique de poterie. Chris est avec Julie, qui est devenue infirmière, et attend un enfant. Vlad est toujours là aussi, et est devenu le caïd de la drogue du coin. Pour fêter les retrouvailles, ils décident de boire un coup au bar de Vlad et ils le découvrent battu à mort …

Benoit Minville va alterner entre le présent et le passé pour construire ses personnages et son intrigue, avec des scènes très marquées. Tout tient dans la psychologie des personnages, leur amitié qui malgré les années n’a pas changé et dans leur loyauté vis-à-vis du clan qu’ils ont formé. Même s’ils sont devenus adultes, un lien secret qui ne concerne qu’eux les relie, un lien indestructible qui passe les années. Certes, leur caractère s’est affirmé, ils s’engueulent ouvertement, Chris n’est plus le petit qui suit les grands mais il n’en reste pas moins que leur amitié reste entière.

Si le sujet va forcément toucher beaucoup de gens, si la construction est connue, ce premier roman se distingue des autres par cette maitrise dans la narration et le style d’une efficacité impressionnante. Il y a juste ce qu’il faut, là où il faut, sans vouloir forcément entrer dans des descriptions d’évolutions de la société, même si cela transparait forcément. Si les personnages sont au centre du roman, on y voit tout de même une campagne française qui résiste à l’évolution, on y entend les gens parler des « étrangers » (il faut comprendre ceux qui ne sont pas du village, et pas forcément des gens de nationalité différente). C’est très bien vu, très bien montré par petites touches subtiles.

A la lecture de ce roman, on a tendance à penser que c’était mieux avant, ou que la situation se dégrade, ou que le trafic de drogue est la plaie de notre société, la description qu’en fait Benoit Minville de nos campagnes ressemble beaucoup à du gagne-terrain, au sens où les autochtones  finissent par se retrancher derrière leurs clôtures pour bouter l’ennemi hors de … France. J’en connais des gens comme ça … je me suis retrouvé dans ce roman, j’ai retrouvé des gens que je connais dans ce roman, j’ai retrouvé des ambiances, des situations, des paysages, des musiques (et quelle bande son !). Comme pour beaucoup d’entre nous, c’est un roman qui me parle, et comme c’est un roman très bien écrit, très bien fait, c’est un roman que j’adore et que vous adorerez !

Rural noir est un coup de coeur chez les amis de Unwalkers et chez La Petite Souris

King Suckerman de George Pelecanos (Points)

Aux dire des experts pelecanosiens, King Suckerman est le meilleur roman de cet auteur, et chacun de ses romans se propose de montrer un aspect de la ville de Washington. Ici, nous faisons un retour en arrière, dans les années 70, quand la ville était à 80% noire. Ce roman est le premier d’un quartet, qui comporte Un nommé Peter Karras (qui se situe avant celui-ci), puis Suave comme l’éternité et Funky guns.

Nous sommes en 1976, à quelques jours des célébrations du bicentenaire de L’indépendance américaine. Wilton Cooper est un tueur à gages noir. Il est venu assister au Drive-in à son film favori : L’exécuteur noir, un film qu’il adore car il représente tellement ce qu’il est, lui. Au moment de la scène finale, il voit un jeune homme blanc qui entre dans la cabine du projecteur. Il reproduit les dialogues du film en tuant le projectionniste de plusieurs balles. Wilton Cooper va prendre sous son aile le jeune Bobby Roy Clagget.

Marcus Clay est un disquaire noir. C’est un ancien soldat revenu du Vietnam, mais il préfère ne jamais en parler. Il s’est pris d’affection pour le jeune Dimitri Karras, qui est élevé par sa mère, et avec qui il joue au basket. Dimitri sèche les cours, ne fait rien de ses journées et deale un peu de drogue.

Eddie Marchetti, surnommé Eddie Spaghetti, est à la tête du traffic de drogue à Washington, depuis que la Famille lui a demandé de quitter le New Jersey. Il attend la visite de Cooper qui doit lui proposer d’éliminer un gang de motards qui vend de la drogue, et celle d’un nommé Karras qui veut acheter une livre de dope.

Quand Dimitri débarque avec Clay chez Eddie Marchetti, Cooper est là avec Bobby Roy. La rencontre est sous haute tension, car il parle mal à Vivian et Dimitri ne l’accepte pas. Dimitri flanque un coup de poing à Eddie et les flingues sortent. Tout le monde se tient en joue. Et Clay ne sait pas pourquoi il fait cela, mais il prend l’argent, en même temps que la drogue. Dimitri et Clay repartent avec Vivian … Leur vie va se résumer à une question de survie.

Nous allons donc suivre l’itinéraire des deux groupes de personnes : d’un coté, la course sanglante de Cooper, avec son acolyte Bobby Roy, sorte de jeune homme cinglé et psychopathe. De l’autre Dimitri et Clay qui savent qu’une rencontre est incontournable, qu’il ne peuvent rien contre cela … jusqu’à ce que cela devienne une obligation pour stopper la série de massacres.

Outre la structure qui est plutôt classique et qui alterne entre les différents personnages, ce qui est remarquable dans ce roman, c’est la peinture du Washington des années 70, avec ces petits détails qui nous plongent dans les décors d’alors, avec cette bande son impeccable. On y trouve aussi ce combat des noirs pour exister, ce besoin d’être reconnu d’égal à égal avec les blancs. Le personnage de Cooper est d’ailleurs annonciateur de ce qui va arriver à la société américaine, puisque c’est un noir qui manipule et utilise un blanc.

Et puis, on retrouve les thèmes chers à l’auteur tels que l’amitié, la loyauté, la justice. Mais ce que Pelecanos a voulu mettre en avant, c’est cette époque charnière où dans une ville à 80% noire, la révolte gronde. Les films de la Blaxploitation montrent l’exemple à suivre, et donnent un espoir aux défavorisés d’accéder à une vie décente. Il n’y a jamais de volonté de dénoncer de la part de Pelecanos, juste de raconter à travers une histoire formidablement bien maitrisée les changements de la société américaine à venir. Superbe !

Voici le temps des assassins de Gilles Verdet (Jigal)

Une nouvelle fois, les éditions Jigal font mouche avec ce roman fort original empreint d’une poésie noire que l’on a peu tendance à trouver dans les productions actuelles. D’ailleurs, il y est fait référence à Rimbaud, aussi bien dans le titre, que dans l’intrigue et dans le style. Jugez-en par vous-même, cela commence comme ça :

« Le ciel de mai avait la couleur du plomb fondu. Le jour était sale. Et si bas qu’il avalait le clocher de Saint-Germain-des-Prés. »

Ils sont deux et ont tout prévus. Ils doivent arriver en moto. Avec leur casque intégral, personne ne les reconnaitra. Paul Viennot a mis le feu à une voiture pour attirer les flics plus loin. Puis il attendra Simon sur la moto. Simon Granville entrera dans la bijouterie, récupérera les bijoux. Mais cela ne devait pas se passer comme ça. Deux femmes voilées entrent, sortent un flingue, tirent dans le ventre de Simon mais il ne veut pas lâcher le sac. Alors l’une d’elle fourre le canon dans la visière du casque et fait feu, avant de s’enfuir.

Il semblerait que Paul et Simon ont toujours été amis. Paul est devenu photographe, il fait les portraits d’auteurs de romans. Simon, lui, est flic. Paul joint Bernard et lui explique ce qui s’est passé. Bernard le rassure, il lui assurera son alibi. Marianne, la femme de Simon, l’appelle en état de choc. Paul la rejoint et lui explique que Simon était endetté jusqu’au cou, à force de jouer au poker avec des cercles de truands, et qu’il était condamné par un cancer. Ce vol de la bijouterie, c’était la seule solution qu’il ait trouvé pour sauver Marianne.

Georges va prendre son métro à la station République. Il observe le quai, les gens. Le bruit étouffé et métallique annonce l’arrivée prochaine de la rame. C’est alors qu’il sent un souffle tiède sur sa nuque. Une voix féminine lui déclama : « La vie est là, simple et tranquille … ». Il se retourna, et fit face à un sourire, avant de sentir une poussée qui le mènera en enfer, accompagné de vers de Verlaine. Ce meurtre sera le premier d’une série qui va ramener Paul vers son passé …

Quand on lit du polar, on adore les personnages pris dans des remous, sans le vouloir … ou du moins c’est ce qu’on croit au début. C’est dans ce cadre que rentre ce superbe roman de Gilles Verdet, qui commence par un roman noir. Car certes, le personnage principal participe à un Hold-up par amitié, ce qui a priori ne le rend pas sympathique, mais plutôt attachant. Et puis, ses déambulations, son désarroi font qu’on le suit, non pas en essayant de comprendre l’intrigue, mais plutôt en l’accompagnant dans les rues de Paris. Il y a une maitrise dans cette intrigue, une façon de construire les scènes les unes après les autres qui démontrent un vrai savoir faire, un pur talent. Il y a aussi cette efficacité des mots, cette justesse dans la description des situations.

Et ce qui sort ce polar de toutes les productions actuelles, ce qui le démarque du lot commun, c’est la plume de l’auteur. Si le titre fait référence à Rimbaud, la plume de Gilles Verdet en est son plus bel hommage. Je pourrais prendre une phrase au hasard et vous montrer la beauté noire de son écriture, car ce roman est un pur plaisir de lecture pour qui aime la poésie. Ce roman, c’est un pur joyau des mots, un éclat naturel et noir, brillant dans un ciel gris.

« Dans la lumière du jour qui baissait, on voyait danser des ombres étranges de matière grise. Comme si son esprit rôdait une dernière fois dans ce carré de nature en jachère ».

Je me faisais cette réflexion en lisant ce livre : tout lecteur de polar doit être tombé amoureux de Baudelaire ou de Rimbaud un jour. Pour ma part, c’est Baudelaire. Rimbaud m’a toujours gêné par moments par sa liberté jusqu’au-boutiste. Eh bien, ce roman, c’est de la poésie pure, c’est un roman où se cachent des vers qu’aurait oublié Baudelaire, c’est une pure merveille qui nous montre combien le beau est triste. Dans le ciel du polar, brille une nouvelle étoile noire. Magnifique.

Ne ratez pas les avis des amis Jean le Belge, Claude Le Nocher et Aupouvoirdesmots

Espace jeunesse : Un cri dans la forêt de Marin Ledun (Syros)

Voici une nouvelle rubrique consacrée à la littérature jeunesse. Et c’est L’oncle Paul qui a attiré mon attention sur les œuvres jeunesse de Marin Ledun.

Quatrième de couverture :

Partis cueillir des champignons dans la forêt interdite, Lucas et Antonin trouvent un trésor de cèpes et de bolets. À mesure que leurs paniers se remplissent, ils s’enfoncent un peu plus profondément dans le bois, les yeux brillants d’excitation. La tombée de la nuit les ramène à la réalité. Le soleil a presque atteint la cime des pins. Les rouges-gorges ont disparu. Les cris du corbeau se sont tus. Antonin et Lucas se décident enfin à rentrer. Mais les traces de leur chemin ont été effacées par leurs nombreuses battues. Les deux enfants perdus découvrent alors, au détour d’un bosquet, un lac et une île mystérieuse qui semble habitée…

Mon avis :

Lucas et Antonin sont des amis inséparables. Ils s’entraident à l’école, et passent tout leur temps libre ensemble. Un après-midi, ils décident d’aller en forêt cueillir des champignons. Ils s’enfoncent dans des lieux que personne n’a visités … et finissent par laisser passer l’heure du retour. Ils découvrent une ile au milieu d’un lac, et sont pas au bout de leurs frayeurs …

Ce roman est PASSIONNANT ! Parce qu’il présente deux jeunes garçons aux psychologies bien marquées. Lucas est plutôt l’intrépide, le meneur des deux, Antonin est plus prudent et celui qui recherche plus d’assurances, moins de risques. Cela permet à l’auteur de montrer les thèmes tels que l’amitié, l’entraide, la solidarité et l’envie de s’en sortir. Les réactions des deux jeunes sont vraiment bien vues. J’en prends pour exemple une scène où ils sont angoissés par l’heure qui passe, puis dans la minute suivante, on les retrouve divertis par la découverte d’un lac et l’envie de jeter des cailloux le plus loin possible dans l’eau.

Ce qui est surprenant, c’est qu’avec peu de mots, Marin Ledun arrive à faire monter la tension, créant un suspense qui, moi-même, m’a surpris. Et on entre totalement dans le délire des jeunes garçons, prêts à imaginer les scènes les plus horribles, se créant des scenarii terribles, avant d’envisager une solution pour s’en sortir. Le décor aussi est remarquable, avec tous les bruits mystérieux que l’on peut y entendre.

A lire la quatrième de couverture, ce livre peut être lu à partir de 10 ans. A mon avis, je vous conseille de réserver cette lecture plutôt à des enfants de 12 ans, et aimant le stress et les romans sous haute tension. Sinon, certains risquent de passer des nuits blanches à imaginer ce que cache la forêt en pleine nuit.

Oldies : Le chien qui vendait des chaussures de George P.Pelecanos (Gallimard – Série Noire)

Quand j’ai créé cette rubrique Oldies, c’était aussi pour lire les premiers romans des auteurs que j’adore. C’est le cas de George P.Pelecanos, et ce roman n’est pas son premier, mais c’est le premier à être paru en France. J’en profite aussi pour dédicacer ce billet à un des grands fans de George Pelecanos, à savoir Vincent Garcia.

L’auteur :

D’origine grecque, George Pelecanos est né et a grandi dans un quartier ouvrier (avec une forte population noire) où son père tenait un snack. Âgé de 17 ans, il blesse un ami avec une arme à feu et manque de le tuer … En 1981, il crée Circle Films, une société de distribution de films, et commence à écrire la nuit … Il commence par écrire des romans à la première personne dont le personnage principal est Nick Stefanos, un Grec de Washington qui travaille parfois comme détective privé. Ainsi est né A Firing Offense (paru en français sous le titre Liquidations), qu’il envoie en 1990 à une maison d’édition qui le garde dans sa pile de manuscrits non publiés durant un an. Mais il en ressortira finalement et paraîtra en 1992. Suivront Nick’s trip (Nick la galère) et Down by the River Where the Dead Men Go (Anacostia River Blues), dont Stefanos est le héros ; puis Shoedog (Le Chien qui vendait des chaussures).

Pelecanos adopte ensuite un nouveau style et élargit le spectre de sa fiction avec le « D.C. Quartet », souvent comparé au L.A. Quartet de James Ellroy, en ce qu’il entremêle sur plusieurs décennies des personnages issus de diverses communautés évoluant dans un Washington en pleine mutation. Il écrit désormais à la troisième personne et relègue Stefanos dans un rôle secondaire. Il crée alors sa première équipe d’enquêteurs « poivre et sel », Dimitri Karras et Marcus Clay.

The Big Blowdown (Un nommé Peter Karras) se passe une génération avant l’apparition de Karras et Clay dans les années 1950 ; Pelecanos y suit les vies de plusieurs dizaines d’habitants de Washington, traçant les contours du visage changeant de la capitale américaine à cette époque. King Suckerman se déroule en 1970 et est souvent vu par les fans comme le meilleur livre de George Pelecanos. Il y installe le basket-ball comme thème récurrent de ses romans, le sport apparaissant souvent chez lui comme le terrain d’une coopération possible entre les races. Il montre aussi l’envers de ce possible : le terrain de basket est aussi le lieu des conflits non résolus… Dans ce cas, les comportements violents et criminels opposent les participants dans des micro-intrigues qui innervent le récit. The Sweet Forever (Suave comme l’éternité, 1980) et Shame the Devil (Funky Guns, 1990) achèvent le « quartet ».

En 2001, une nouvelle équipe de détectives privés, Derek Strange et Terry Quinn, voit le jour dans Blanc comme neige, qui sera suivi de Tout se paye et Soul Circus. Bien que ces livres aient eu un succès critique et qu’ils aient assis la position de l’auteur parmi les meilleurs auteurs de romans policiers, ils n’ont pas créé le même culte que le quartet. Ils poursuivent le travail critique et analytique de l’auteur sur le situation de conflit social et racial permanent entre les communautés sur le territoire de Washington.

Peut-être sensible aux critiques de ses lecteurs, Pelecanos ramène Derek Strange à sa jeunesse dans le Washington des années 1950 avec Hard Revolution (2001). Pelecanos joint au livre un CD, en faisant l’un des premiers romans qui incluent leur propre bande son. En 2005, Pelecanos publie Drama City.

Pelecanos a travaillé à l’écriture et la production pour HBO avec The Wire (Sur écoute). Il est aussi le scénariste de Treme produit par HBO, qui raconte les aventures de plusieurs musiciens à la Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina. Depuis 2006, Pelecanos vit dans une banlieue aisée de Washington, à Silver Spring avec sa femme et ses trois enfants. (Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Constantin est infiniment disponible, doux et tellement dangereux. Il a vu tant de choses que plus rien ne le touche. Revenu à Washington après dix-sept années d’errance à travers le monde, il joue une nouvelle fois son destin où d’autres ne feraient que passer. Il suffit parfois d’un rien, de lever le pouce sur une route déserte et de monter avec un inconnu… Il suffit d’un peu de désespoir et de beaucoup de temps…

Mon avis :

Si ce roman est une œuvre de jeunesse, on y retrouve tout de même toutes les qualités qui feront par la suite de George P.Pelecanos un grand auteur de roman noir. Cette façon de faire vivre plusieurs personnages, ces petits détails qui rendent une scène vivante, une intrigue simple au départ mais qui permet de creuser les thèmes chers à l’auteur (l’amitié, la loyauté, les relations père – fils, le destin irrévocable), sont tous les ingrédients qui vous feront passer un bon moment de littérature noire.

D’un casse de deux vendeurs d’alcool, George P.Pelecanos nous narre l’itinéraire d’un homme, Constantin, qui ne croit en rien, et qui erre pour trouver un sens à sa vie. On y trouvera des truands, une femme fatale et un sens de l’honneur qui aboutira à un final dramatique digne des meilleurs films hollywoodiens. Son écriture trèq imagée ainsi que son sens du découpage des scènes font de ce roman une des pierres fondatrices de l’œuvre de Georges P.Pelecanos. Si vous voulez découvrir cet auteur, ce roman est probablement à lire pour tomber amoureux de sa façon de construire ses romans et de nous emporter avec des personnages formidablement humains.