Archives du mot-clé Amnésie

Avalanche Hôtel de Niko Tackian

Editeur : Calmann-Levy

Alors que je m’attendais à une nouvelle enquête de Tomar Khan, son personnage récurrent (voir Toxique et Fantazmë), j’ai été surpris et emballé à l’idée de lire un roman orphelin. Et ce roman est un sacré pari, celui de fouler les terres d’autres auteurs ayant utilisé comme décor un hôtel isolé en pleine montagne dont le géant Shining du King.

Janvier 1980. Joshua Auberson se réveille dans la chambre 81 d’un palace suisse, l’Avalanche Hôtel. Outre un mal de tête monstrueux, il a peu de souvenirs de ce qu’il a fait. Quand il descend à l’accueil, il apprend qu’il est agent de sécurité et est interrogé par la police, à la recherche d’une jeune femme, Catherine Alexander qui a disparu le jour de la fête de ses 18 ans. Il accepte de suivre Clovis, le barman, et les deux hommes grimpent sur la montagne. Ils débouchent sur une piste de bobsleigh abandonnée. Clovis lui demande de lui faire confiance, l’installe dans la machine et le pousse sur la piste. Avec les secousses et la violence de la descente, Joshua perd connaissance.

Joshua se réveille dans un lit d’hôpital. Il apprend par les médecins qu’il vient de survivre à une avalanche et a passé plusieurs jours dans le coma. Une femme vient le voir, elle se nomme Sybille. Elle lui apprend que nous sommes en 2018, qu’il est policier et qu’elle est sa partenaire. Il va petit à petit reprendre pied, en étant persuadé que l’Avalanche Hôtel n’est qu’un cauchemar … Quand ils doivent enquêter sur une mort mystérieuse, les cauchemars reviennent et Joshua part à la recherche d’informations …

Il y a de quoi être surpris, à la fois dans le changement de personnage mais aussi de décor et de sujet. On entre dans un décor inconnu, et l’auteur décide de nous plonger dans une atmosphère à la fois oppressante et mystérieuse, comme si on vivait (pardon, lisait !) ce roman en étant dans un brouillard épais. Car si le passage qui se passe en 1980 se déroule sur 3-4 chapitres, il n’en reste pas moins qu’on est bouleversé par le passage à l’hôpital, bousculé dans nos certitudes. Et le fait que l’on ait relevé quelques incohérences dans ces premiers chapitres nous rassure quand Niko Tackian nous donne comme explication que nous étions dans un cauchemar.

Sauf que … les cauchemars continuent, les mystères s’épaississent, et je peux vous dire que j’ai passé plus de 200 pages à me poser des questions, pas à cause de la résolution de l’énigme mais bien avec ce style jouant volontairement sur des tons brouillardeux. Quelle belle réussite de mettre en porte-à-faux le lecteur en le noyant sous des indices qui ne collent pas entre eux. Et si on ajoute à cela, cette ambiance glaciale des sommets montagneux, ces étendues blanches sans aucune trace pour nous ramener à la maison au chaud … C’est très réussi.

Il faut dire que le rythme de lecture est élevé puisque les chapitres ne dépassent que rarement les 4 pages, même s’il y a très peu de dialogues. Et que j’ai pris un plaisir fou à me laisser malmener. Et quand la conclusion, la clé de l’énigme arrive, je me suis dit que j’aurais du le voir venir, que je l’avais vu venir (là c’est quand je veux me rassurer sur mes qualités d’enquêteur !), mais en fait, je me suis bien fait avoir. Et pourtant, il y a pléthore d’indices ! Que dire de plus ? Avec un tel décor, un tel rythme et un tel scénario, nul doute que cela fera un excellent film si le réalisateur est à la hauteur. C’est donc un excellent divertissement que je vous recommande chaudement, forcément !

Ne ratez pas l’avis de mon ami Yvan

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Nouvelle donne de Marc Falvo

Editeur : Fleur Sauvage

En arpentant les linéaires des libraires, vous avez forcément aperçu des romans au format poche affichant en gros STAN KURTZ. C’est le nom du personnage principal qui raconte ses mésaventures, toujours aux prises avec des méchants très méchants. Nouvelle donne, le petit dernier de Marc Falvo est pour le coup ma première lecture de cet auteur. Il faut savoir que ce n’est pas un amateur puisque Babelio dénombre 17 romans à son actif. En route donc pour de l’action et de l’humour.

Quatrième de couverture :

J’ai jamais cru aux amnésies foudroyantes… Jusqu’à ce que ça m’arrive.

Le jour où on s’éveille en pleine nuit sans plus se rappeler ni quoi ni qu’est-ce, entouré d’hôtes peu avenants et avec une seule pompe, ça commence à sentir le cramé.

J’ai raison ou j’ai raison ?

Stan Kurtz. Trente-trois ans. Détective. Gueule d’ange. Une main de fer dans un gant de plomb, coincée sous un chapeau mou. J’en ai vu des affaires bigleuses – voire louches – mais celle-ci décroche la palme… De quoi enchaîner les sueurs froides. Quand on court après sa mémoire, les loulous, il y a pas à chiquer. Faut espérer le meilleur et s’attendre au pire.

Mon avis :

Il n’est pas facile de débouler dans une série comportant déjà 6 tomes, à savoir Série B. C’est l’un des gros points forts de ce roman puisque l’on n’est jamais perdu. La pirouette de l’auteur est d’utiliser l’amnésie du personnage principal car, au début de cette aventure, il se réveille en prison sans aucune idée de ce qui s’est passé auparavant sauf son nom et son adresse. Je parle de pirouette car il se rappelle quand de pas mal de choses ce qui est à mon gout limite d’un point de vue vraisemblance de l’intrigue.

Donc, Stan Kurtz, infra-détective selon ses propres dires, se retrouve avec un trou noir, incapable de comprendre pourquoi il se retrouve en prison. En sortant, il rencontre une (fort jolie) médium qui le ramène chez lui. Puis alors qu’il va boire un coup au bar d’en face, il apprend que le propriétaire a maille à partir avec deux gros balèzes qui on’ l(inconvénient d’être peu avenants. A cela, il faut ajouter une belle énigme concoctée par son diable de père, sorte de barbouze free-lance qui bizarrement a disparu.

Bref, si les scènes s’accumulent dans un style rapide, presque parlé, puisque Stan s’adresse à nous, lecteurs. Il interpelle, vocifère, déblatère, et diverge dans des réflexions en général fort drôle. Car le ton et le principe ne sont pas de se prendre au sérieux, mais bien de divertir le lecteur. Alors, avec beaucoup de dérision et d’autodérision, Marc Falvo déroule son intrigue en donnant toujours l’impression qu’il improvise. L’originalité est bien de rajouter sans cesse des questionnements, des intrigues supplémentaires pour ajouter du sel à un plat qui s’avère très bon au gout, et pas graveleux pour un sou.

C’est donc un très bon divertissement, quatre heures de lecture bonheur, sans se prendre la tête, pendant lesquelles j’ai pu apprécier l’art de raconter une histoire sans en dire trop, pour finir avec une belle pirouette. Cela m’a fait penser à Dari Valko, le personnage de Ben Orton, à l’exception près que ce roman est deux fois plus long. Et tenir 200 pages avec des blagues, c’est un sacré tour de force. Bref, vous cherchez de la bonne humeur, sans prise de tête, Stan Kurtz est là !

Les disparus du phare de Peter May

Editeur : Rouergue

Traducteur : Jean-René Dastugue

Nous commençons une semaine consacrée au prix des Balais d’Or, avec trois chroniques de romans qui faisaient partie de la sélection initiale. Et on débute par Peter May.

Je n’arrête pas de me dire que je ne lis pas assez de romans de Peter May. Les avis sur la toile sont unanimes, et ce qui a fait pencher la balance, c’est l’insistance de mon ami Le Concierge Masqué. En plus, il a sélectionné ce roman pour les Balais d’Or. Et je peux vous dire que ce roman est un modèle du genre.

Il se réveille sur une plage, complètement trempé. Il ne sait pas où il est, qui il est. Il a tout oublié de son passé. En rencontrant sa voisine, et avec des bribes de souvenirs, il se dirige vers sa maison, le cottage des dunes. La vieille dame l’appelle Neal McLean, et crie après son chien Bran. En se changeant, il voit une cicatrice sur son bras et des piqures sur les mains. Au moins a-t-il un nom pour commencer ses recherches sur son identité.

Il apprend en fouillant des papiers qu’il loue cette maison depuis dix-huit mois … L’ordinateur est en veille mais il ne lui apprend rien : il est vide. Les livres racontent l’histoire des Hébrides, ces îles du nord de l’Ecosse. L’un d’eux l’attire particulièrement : Le mystère des îles Flannan : En 1900, trois gardiens de phare ont mystérieusement disparu.

Ses voisins débarquent chez lui. Sally et Jon sont deux jeunes qui habitent la maison à coté. Alors que Neal se dirige pour aller chercher quelque chose à boire, Sally se jette sur lui et l’embrasse goulument. Apparemment, ils sont amants. En discutant, ils lui apprennent qu’il est écrivain et qu’il enquête sur la disparition des trois gardiens de phare. Mais alors, pourquoi le micro-ordinateur est-il vierge  de tout manuscrit ? Puis Neal va découvrir avec Sally une plaine cachée au milieu des bois qui abrite plus d’une dizaine de ruches. De quoi expliquer les piqures sur ses mains mais aussi épaissir le mystère à propos de son passé.

La première centaine de pages est tout simplement géniale. Menée avec application, et épaississant le mystère petit à petit, il y a suffisamment de rebondissements pour attirer irrémédiablement l’attention du lecteur et ne plus la lâcher. Ceci d’autant plus que c’est écrit à la première personne du singulier et que l’on est vraiment en plein brouillard. J’ai adoré ce début de roman … et la suite … même si elle est plus classique.

En effet, dans la deuxième partie, nous sommes en présence de deux nouveaux personnages : Karen une jeune adolescente qui a perdu son père, qui a disparu en mer (a priori, il se serait suicidé) et l’inspecteur George Gunn qui va enquêter sur un meurtre qui a eu lieu sur une des îles des Hébrides (C’est terrible d’écrire un billet sans vouloir en dire trop, je vous le dis !). Sans vouloir dire que ces deux nouveaux personnages font retomber l’intérêt du livre, j’ai trouvé que ces deux nouvelles enquêtes en parallèle étaient plus classiques que l’amnésie de Neal McLean.

Enfin, la troisième partie termine en fanfare avec un sujet éminemment grave dont peu de gens ont conscience et qui sont, je pèse mes mots, un pur scandale écologique qui vous fout la rogne pour quelques jours voire plus. Et on se dit que ce polar nous a bien mené et malmené, grâce à tout le talent d’un maitre du genre pour mieux nous faire réagir face à une problématique dont tout le monde devrait parler. Et en tournant la denrière page, je n’ai pu m’empêcher de me dire : « Chapeau, M.May ! Vous avez écrit là un sacré polar qui mérite qu’on le fasse lire d’urgence. »

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Petite Souris.

Alice change d’adresse de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

C’est à un roman indéniablement original que nous convie Michel Moatti, et pour ce faire, je me suis permis une petite illustration en guise de résumé, que voici :

« Bonjour, je m’appelle … euh … je ne sais plus, ou devrais-je dire, je ne sais pas. Je suis allongée. L’ambiance est calme, l’air est ouaté. J’ouvre les yeux, difficilement. Les murs sont blancs, la pièce petite et carrée. Une femme vient me voir, dans sa blouse blanche, immaculée. Elle dit que je m’appelle Alice Hoffman. Je ne sais pas. Il semblerait que je sois dans un hopital, mais je ne peux pas parler.

Puis, des images me viennent, font irruption dans ma tête. Un canal, avec quelques maisons autour, un ciel bleu, mais avec des nuages menaçants, une écluse et une petite main serrée dans la mienne. Ces images me fatiguent … le bruit de l’orage me déchire les oreilles, l’eau monte, les gens crient, mais je ne savais pas qu’il y avait des gens … et la petite main disparait dans les flots. Alors je crie : « Franck ! ». Mon fils …

La femme revient, voit mon état agité. Un homme vient après qu’elle l’ait appelé. Il doit être docteur. Il me dit que les souvenirs vont être douloureux. J’ai du mal à articuler, mais je peux prononcer son nom, Franck. Ils me donnent des médicaments et je repars dans une atmosphère cotonneuse où les cauchemars ne peuvent pas me réveiller. Je me persuade : « Je m’appelle Alice, et j’ai perdu mon fils, Franck ».

Entre les images et les souvenirs, entre les sensations et les impressions, je reprends pied. L’homme, qui est bien docteur, me dit que je n’ai pu supporter la perte de mon fils, que j’ai fait une tentative de suicide, en avalant une boite de Noctran. Je ne connais pas ce nom, mais je deviens compréhensive envers mon geste. Comment peut-on vivre après la perte de son propre fils ?

Un matin, j’ouvre les yeux. Un autre homme se tient là. Qui est-il ? Il me prononce une phrase, une phrase qui peut changer ma vie : « Votre fils n’est peut-être pas mort ». J’ai le droit de sortir dans le parc, et je revois cet homme. C’est un ancien flic, qui récupère dans cette clinique après une blessure à la tête. Il a le droit de sortir, passe ses week-end à enquêter sur mon affaire … quel drôle de terme ! Est-ce vraiment une affaire ? Mais je dois tout faire pour retrouver la chair de ma chair, mon fils, Franck. »

C’est donc à un voyage à l’intérieur de la tête d’une femme malade auquel nous convie Michel Moatti, après nous avoir fait voyager à Londres lors de ses deux premiers romans Retour à Whitechappel et Black-out baby. Le fait d’avoir écrit ce roman à la première personne est une sacrée gageure, et un sacré casse-gueule car il faut être crédible pour parler à la place d’une femme et qui plus est d’une femme malade.

Nous allons donc nous réveiller avec cette femme, qui renait à la vie. Il y a peu de dialogue et elle cherche à tout ce à quoi elle peut se raccrocher : les bruits et les odeurs tout d’abord, puis les lieux et les couleurs quand elle ouvre les yeux. Il faut un peu de persévérance pour lire les premiers chapitres, qui présentent le personnage, sa situation, sans aucun dialogue puisqu’elle ne parle pas.  Puis, l’intrigue démarre … et on ne sait à quoi se fier, ni qui est qui … et c’est redoutablement bien fait.

Et nous entrons alors dans un roman étrange, où Alice détaille les endroits où elle va, les personnes qu’elle rencontre comme si elle se raccrochait à ce qu’elle voit, ce qu’elle entend, ce qu’elle respire, ce qui est un problème pour quelqu’un qui ne ressent rien. On a alors affaire à une atmosphère feutrée, clinique faite essentiellement de fits et pas de sentiments. Et de la même façon, quand Alice va s’échapper avec le flic, VanDern, on a aussi l’impression de flotter dans un rêve, dans une atmosphère cotonneuse.

Ce roman n’a pas fini de surprendre puisque l’on a droit à une fin surprenante, car je me suis laissé prendre au jeu de cette atmosphère à la fois extrêmement précise et floue à la fois. Alice va changer d’adresse, et me surprendre jusqu’au bout, et après avoir tourné la dernière page, on a à la fois l’impression de sortir d’un rêve et à la fois la sensation que l’auteur nous a bien eu. Finalement, ce roman demande un peu d’effort, mais on est récompensé !

 

Amnésie de Serge Radochévitch (Editions Territoires Témoins)

Le sujet de l’amnésie a été maintes fois traité dans le polar, et dans la littérature en général. Quoi de mieux, en effet, que de partir d’un personnage qui a tout oublié et qui se retrouve vierge, sans passé. Le roman de Serge Radochévitch en est une déclinaison.

Pierre-Julien Renouard est un jeune homme de 29 ans qui a un poste de commercial. Alors qu’il revient d’un rendez-vous d’affaires, il a un accident de voiture. Le traumatisme crânien n’est pas grave au point d’intenter à sa vie, mais il passe tout de même un mois dans le coma. Quand il se réveille, il s’avère qu’il est amnésique.

Cet événement dramatique va surtout marquer ses proches. Si lui se laisse aller, presque bercer par le temps qui passe, ce sont ses parents, ses amis qui vont vouloir le retrouver comme il était avant. Alors, ils vont lui rappeler des souvenirs qu’il a perdus, et qu’il n’a pas forcément envie de retrouver. En particulier, il apprend qu’il est divorcé parce qu’il était violent envers sa femme. Le fait qu’il se fasse virer de son travail va lui donner l’occasion de disposer de la liberté qu’il recherche.

Après avoir décidé de tirer un trait sur son passé et d’avoir amputé son prénom (il devient dorénavant Julien), il passe ses journées à se promener et ses soirées dans des bars. Il fait la connaissance d’un jeune homme qui habite dans un camping. Daniel lui montre un roman qu’il a écrit et Julien lui propose de le lire pour lui donner son avis. Comme il a rencontré Michelle, une journaliste, il a la possibilité de lui donner un coup de pouce. Sauf que … il décide de dire à Michelle que c’est lui l’auteur de ce roman.

Voilà une variation sur le thème de l’amnésie qui présente des aspects très positifs et d’autres qui me laissent sur ma faim. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce roman est globalement construit selon trois actes, comme une pièce de théâtre. La première concerne la sortie de Pierre-Julien de l’hôpital ; La deuxième parle du vol du roman et la troisième de l’enquête d’un journaliste … mais je ne peux vous en dire plus sans dévoiler complètement l’intrigue, et ce serait dommage.

Si la construction est très carrée, je dois dire que cela donne un roman avec une intrigue efficace. D’ailleurs, le format relativement court du roman le prouve. Ensuite, les dialogues sont très bien faits. Il y a une vraie recherche pour en dire le juste nécessaire. Enfin, le thème abordé, l’air de rien, est bien : est-on foncièrement mauvais ou devient-on mauvais ? Quelle part le hasard tient-il dans la trajectoire du commun des mortels ? Et il est presque dommage que le roman soit si explicite à la fin. J’aurais aimé qu’il y reste une part de mystère … mais bon !

Sinon, je suis resté surpris et dubitatif devant certains effets de style qui m’ont laissé pantois. Passer dans une scène d’une narration à la troisième personne puis, sans prévenir à la première personne, est très surprenant. A tel point que l’on se demande qui parle. De même, j’ai trouvé la première partie peu passionnante, la faute peut-être à certains manques de développement de certaines scènes, alors que dès que Julien rencontre Daniel, le roman prend son envol.

Voilà donc un nouvel auteur épinglé sur Black Novel dont le roman aborde le thème de l’amnésie … mais pas seulement. En tous cas, je suis curieux d’avoir votre avis.

La chronique de Suzie : Des yeux dans la nuit de Chevy Stevens (Archipel)

Suzie est de retour pour son avis sur le dernier roman de Chevy Stevens. Je lui laisse la parole :

Nadine Lavoie, dont la fille Liza âgée d’une vingtaine d’années a fugué sans laisser de nouvelles, est psychiatre dans un hôpital de Vancouver.

Lorsqu’une patiente, Heather, lui est confiée après une tentative de suicide, Nadine commence avec elle une thérapie afin qu’elle lui raconte son histoire. Au fil des séances, Nadine apprend qu’Heather est membre d’une secte. Surtout, elle se rend compte qu’il existe de troublants parallèles entre la vie d’Heather et la sienne.

Mais, lorsqu’elle veut fouiller son propre passé, Nadine se retrouve face à un trou noir, ayant effacé de sa mémoire de nombreux souvenirs traumatisants d’adolescence. Pourquoi sa mère les a-t-elle emmenés son frère et elle vivre dans une commune isolée de l’île de Vancouver ? Pourquoi sa famille a-t-elle été détruite ? Et pourquoi le nom d’Aaron Quinn, le gourou de la secte d’Heather, lui inspire-t-il des sentiments de terreur ?

Plus Nadine avance, plus elle sent une menace peser sur elle. Elle se sent observée, le danger se rapproche. Ce sera lui ou elle.

Un thriller!! Qu’est ce que j’aime les thrillers.

« Des yeux dans la nuit » est le troisième roman de la Canadienne Chevy Stevens.

Actuellement, la totalité de ses romans sont édités chez L’Archipel (« Séquestrée » et « Il coule aussi dans tes veines »). Le prochain « That night » sortira en anglais en juin 2014.

Mais revenons à nos moutons, « Des yeux dans la nuit », tout est quasiment dit dans le titre et ce qui compte, c’est le quasiment. Ce titre est intriguant car, en lisant la quatrième de couverture, on se demande où l’auteur veut nous amener mais on la suit avec une seule question en tête : pourquoi?

Cette histoire est un thriller psychologique qui joue sur deux aspects. Le premier aspect concerne les souvenirs refoulés qui restent à la lisière de notre mémoire, de notre conscience et qui peuvent induire des comportements bizarres. L’esprit est bien fait, il ne débloque certains souvenirs que lorsqu’on est en mesure de les comprendre ou en cas d’urgence. Pourquoi bloque-t-on certains souvenirs, sont-ils vraiment nécessaire à notre vie quotidienne ou est-ce qu’on s’accommode au fur et à mesure de ne pas savoir pourquoi?

L’autre aspect de cette histoire est la vision que l’on peut avoir, extérieure et intérieure, de la vie dans certaines communautés, plus exactement les sectes. L’auteur s’en sert comme terrain pour engendrer les traumatismes de son héroïne, mais aussi pour montrer les difficultés de compréhension entre les personnes qui y résident et ceux de l’extérieur.

Notre héroïne est psychiatre et elle n’a pas été gâtée par la vie mais elle a réussi à s’en sortir, du moins sur l’aspect professionnel, car sa vie personnelle est un champ de mines. On pourrait croire que son métier lui donne plus d’ampleur pour comprendre les autres. Et, là est le problème, les autres, oui, ses proches, non. On va la voir évoluer et comprendre ses erreurs, du moins mieux les appréhender. C’est un personnage attachant, qu’on pourrait côtoyer dans notre vie de tous les jours et ne pas s’en rendre compte car très secrète.

Les interactions avec les autres personnages ont une réelle intensité, une véritable émotion. On se prend au jeu. Même si tout tourne autour de Nadine, les autres personnages ne laissent pas indifférents. Il y a des paires de claques, voire des réactions plus violentes qui peuvent émerger tellement on est pris aux tripes et qu’on aimerait réagir. Mais, je vous laisse les découvrir.

Un des problèmes que j’ai rencontré et qui peut rebuter certains lecteurs est que l’histoire est racontée à la première personne. Ce que j’ai toujours un peu de mal à appréhender mais, une fois dans la peau du personnage, je me suis tout à fait identifiée à l’héroïne et à ses problèmes. J’ai même réussi à me spoiler car je voulais connaitre la fin (comme souvent). Un autre point est que vous trouverez certaines situations convenues, que cela se voyait arriver de loin mais l’intérêt est la manière de traiter certains sujets et c’est justement parce qu’on les voit arriver que cela prend toute son ampleur (pas de spoil).

Ce roman est une bonne histoire qui vous fera réfléchir sur les sectes, les troubles de la mémoire, la confiance et la loi du silence ainsi que sur d’autres aspects que je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même. Ne pas savoir est un mécanisme de protection que tout un chacun possède mais il est difficile et dangereux parfois de savoir pourquoi on a certains comportements.

Jetez-vous sur ce livre qui engendrera, peut-être, des échos au niveau de votre vécu et vous vous poserez la question « qu’aurais-je fait à sa place »? Bonne lecture, je vais me dépêcher de lire « Séquestrée » ou « Il coule aussi dans tes veines », enfin de les mettre sur le haut de la pile !

Protocole 118 de Claire Le Luhern (Editions La Tengo)

Si vous êtes un fidèle de ces pages, vous savez ma passion pour la lecture de premiers romans. Alors, quoi de mieux que de lire le roman gagnant du prix Première Impression, organisé par les Editions La Tengo et la radio Le Mouv’ ?

Le Prix Première Impression a été créé en septembre 2011 par les Éditions La Tengo et Le Mouv’. Ce prix récompense par une première impression le vainqueur d’un concours mettant aux prises des auteurs qui n’ont jamais été publiés. Le jury 2013 était composé des journalistes du Mouv’,Olivier Cachin, Cyril Sauvageot, d’Anne-Julie Bémont des Éditions Radio France et Bruno Clément-Petremann, lauréat du Prix en 2012 pour son roman Strummerville.

A Sainte Anne, célèbre hopital psychiatrique de la région parisienne, Adrien Cipras est un psychopathe qui purge sa peine à vie, enfermé dans sa chambre. Amnésique, grâce aux médicaments qu’on lui donne, il est tenu bien à l’écart depuis qu’il a tué une jeune étudiante Alice Miège trente ans plus tôt. En ce vendredi 11 décembre, il ouvre les yeux et commence à retrouver la mémoire. Deux jours après, Adrien Cipras est retrouvé mort dans son lit.

Cela fait quatre mois que Juliette a rejoint la brigade criminelle. Elle travaille avec Patrice Hérès, un vieux de la vieille à la cinquantaine bien frappée. Apparemment, cette affaire ne passionne personne, alors c’est elle qui s’y colle. Les premières constatations de son enquête montrent que Adrien Cipras a été étouffé avec un coussin, c’est donc un meurtre. Puis le professeur Salfatis lui indique qu’il a fait l’objet d’un traitement au moment du meurtre d’Alice, le protocole 118 et qu’il aurait été incapable de marcher donc de tuer Alice. Et si la solution du meurtre d’Adrien Cipras trouvait ses origines trente années en arrière ? Et qui était Alice ?

En ce qui me concerne, ce roman a soufflé le chaud et le froid. Mais l’impression qui en ressort est que Claire Le Luhern a réussi à m’époustoufler … par moments. J’ai trouvé le début difficile, poussif. Car cette jeune auteure a un style direct, efficace qui m’a enchanté, sauf que par moments, c’est tellement dénué de descriptions qu’elle m’a égaré, n’ayant aucun repère pour certains personnages. Et, passé ce petit reproche, j’ai trouvé ce roman formidable.

Effectivement, Claire Le Luhern m’a époustouflé dans sa façon de construire ses personnages. Le ton est sombre, l’ambiance noire, et tous sont comme des fantômes trimbalant leurs cicatrices comme des boulets. Le mystère autour de leur vie, de leur passé est redoutablement bien entretenu, et si l’intrigue est assez simple, on ne devine pour autant rien du véritable coupable. Par contre, je garderai longtemps en mémoire les âmes écorchées vives qui hantent ce roman.

Et puis, il y a ce Paris, nocturne, sombre, inquiétant, que Claire Le Luhern brosse par petits traits, mais qui au détour d’une phrase font éclater une image d’une noirceur incroyable. On finit par croire qu’il ne fait jamais jour à Paris au mois de décembre, et que tout y est de la même couleur que les pensées des personnages. En fait, j’ai eu l’impression que l’auteur a mis du temps à s’installer, à trouver son rythme de croisière. Mais je peux vous dire que, passé les 50 premières pages, vous y trouverez des passages d’une noirceur inquiétante, des personnages abimés à souhait et une peinture de notre capitale hallucinante. Ce qui me fait dire que Claire Le Luhern a écrit un bon premier roman noir et que j’attends son deuxième roman pour confirmation avec impatience.