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Ce que vit le rouge-gorge de Laurence Biberfeld

Editeur : Au-delà du raisonnable

Voici une lecture que m’a conseillée mon ami Richard le concierge masqué, en insistant sur le fait que c’était un roman original. Comme je suis curieux de nature, je ne pouvais qu’être attiré par ce roman au titre énigmatique. D’ailleurs, allez faire un tour sur le site du concierge pour y lire l’interview de Laurence Biberfeld.

Nous sommes en Bretagne, dans une porcherie industrielle tenue par Jean-Michel et Marylène. Ils sont mari et femme, parce que leur alliance leur apporte cette réussite professionnelle qui gomme les regrets personnels. Garance, une femme d’une cinquantaine d’années se présente pour s’occuper des gamins et tenir la maison. Garance a fait quelques années de prison, et on se doute bien qu’elle est venue chercher quelque chose …

Quelques années auparavant, Sophie travaillait dans la porcherie. Elle tenait la dragée haute aux hommes qui passaient leur journée dans la saleté et la merde. Elle abattait un boulot monstrueux. Et Jean-Michel et Marylène savaient bien qu’ils avaient la possibilité de s’agrandir, de se faire encore plus de fric. Seulement, voilà, un jour, Sophie a disparu. Elle a fait ses bagages et est partie sans donner de nouvelles.

Au-delà de l’aspect descriptif d’une porcherie industrielle, qui nous montre en détail comment on élève en énorme quantité des porcs destinés à l’abattoir, Laurence Biberfeld nous montre aussi et surtout des hommes et des femmes dans des portraits saisissants. Il y a ceux qui bossent comme des fous, il y a Paco, Rémi et Léon, entre autres qui font tourner la boutique, laissant le sale travail à faire à Sophie. Il y a Jean-Michel qui est un amoureux des femmes et qui saute tout ce qui lui passe sous la main. Il y a Marylène qui a apporté l’argent du début et qui s’occupe de faire grandir l’exploitation, en en faisant le minimum. Il y a Garance qui s’occupe de toute l’intendance …

Et puis, il y a les animaux qui regardent toute cette usine avec leurs yeux et leur interprétation. Et ils nous parlent avec leur langage. Comme les humains, ils ont tous leur centre d’intérêt, des porcs bien sur au rouge-gorge ; du chien au chat. Cela nous aide à voir le monde d’un autre œil, et aussi et surtout de nous montrer ce que les ouvriers ne veulent ou ne peuvent plus voir.

Il va y avoir beaucoup d’événements qui vont secouer cette porcherie, beaucoup de drames qui vont intervenir. Et leur apparition va être soulagée par l’humour des animaux, cela va nous aider à supporter l’innommable, le drame final qui va vous retourner le cœur, va vous donner envie de vomir. Indéniablement, ce roman original dans sa forme, montre des aspects de l’agriculture à outrance que l’on aimerait ne pas voir mais qu’il fait savoir. Avec ses personnages forts, il devient un roman à lire, à ne pas rater.

Ne ratez pas les avis de Bob Polar et de Jeanne Desaubry

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Espace jeunesse : Histoire d’un chien Mapuche de Luis Sepulveda

Editeur : Métailié

Traducteur : Anne-Marie Métailié

Illustrateur : Joëlle Jolivet

L’origine de cette lecture vient des suggestions de la médiathèque de ma ville (Montgeron). J’y emmène toujours mes enfants pour qu’ils découvrent d’autres livres, d’autres auteurs et il y avait ce roman dans le cadre du mois « Roman policier jeunesse ». J’ai craqué sur la couverture et sur le titre, sans même savoir de quoi ça parlait. Retour enfance pour un roman que l’on peut raconter en histoire du soir à ses enfants.

Quatrième de couverture :

Le chien, prisonnier, affamé, guide la bande d’hommes lancée à la poursuite d’un Indien blessé dans la forêt d’Araucanie. Il sait sentir la peur et la colère dans l’odeur de ces hommes décidés à tuer. Mais il a aussi retrouvé dans la piste du fugitif l’odeur d’Aukamañ, son frère-homme, le compagnon auprès duquel il a grandi dans le village mapuche où l’a déposé le jaguar qui lui a sauvé la vie.

Dans la forêt, il retrouve les odeurs de tout ce qu’il a perdu, le bois sec, le miel, le lait qu’il a partagé avec le petit garçon, la laine que cardait le vieux chef qui racontait si bien les histoires et lui a donné son nom : Afmau, Loyal.

Le chien a vieilli mais il n’a pas oublié ce que lui ont appris les Indiens Mapuches : le respect de la nature et de toutes ses créatures. Il va tenter de sauver son frère-homme, de lui prouver sa fidélité, sa loyauté aux liens d’amitié que le temps ne peut défaire.

Avec son incomparable talent de conteur, Luis Sepúlveda célèbre la fidélité à l’amitié et le monde des Mapuches et leurs liens avec la nature.

Mon avis :

Assoyez-vous dans votre fauteuil, bien confortablement, et retrouvez votre âme d’enfant. Imaginez que Luis Sepulveda vous raconte une histoire, simple mais dure. Une troupe d’hommes poursuit un Indien et utilise pour cela « Le Chien ». L’Indien est blessé et il suffit de suivre l’odeur du sang grâce à l’odorat très développé de l’animal.

Cette histoire, qui fait une centaine de pages, peut être lue par un enfant ou par ses parents, sans aucun problème. Il y a la simplicité et la poésie des contes, et aussi la cruauté des contes pour enfants. En ce sens, je le conseillerais plutôt pour des enfants d’au moins 10 ou 12 ans.

J’ai particulièrement apprécié la puissance de l’évocation de la nature, sauvage, inhospitalière. En très peu de mots, Luis Sepulveda arrive à nous plonger dans ces contrées enneigées, à nous faire ressentir de la haine envers le groupe d’hommes et à nous esquisser le drame de la situation Mapuche. La traductrice a d’ailleurs fait un travail remarquable pour à la fois retranscrire la simplicité des mots et l’importance du vocabulaire Mapuche, ce qui nous implique encore plus dans cette histoire et dans leur histoire. A consommer sans modération.