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Les noces perdues de Anna Jansson (Toucan)

Il est étonnant de ne pas plus entendre parler de ce roman. Car le début du roman est tout simplement brillant. En ce qui me concerne, j’avais découvert Anna Jansson avec Derrière les remparts, et ce roman m’a surpris car je ne m’attendais pas du tout à cette façon de traiter un tel sujet, à savoir les relations de couple.

En Suède, sur l’île de Gotland, dans la vieille cité de Visby. Maria Wern rentre chez elle après un diner avec Erika et Anders. Erika est une collègue et Anders, son amour du moment, un médecin de district. Sur le chemin du retour qu’elle a décidé de faire à pied, elle entend un appel au secours. Elle aperçoit trois hommes battre à mort un jeune homme. Elle s’interpose et les trois se retournent contre elle. Elle échappe au viol, mais l’un d’eux lui enfonce une aiguille emplie de sang, avant de partir. Et si on l’avait infecté du Sida ?

A l’hôpital, Tomas Hartman, son commissaire, vient prendre de ses nouvelles. Mais elle ne peut lui donner que de maigres indices concernant les agresseurs. Puis, c’est Jonatan Erikson, le spécialiste des maladies infectieuses qui vient la rassurer quant au risque qu’elle court et qu’elle peut faire courir à son amant Per Arvidsson, policier lui aussi. Quand elle se lève à la recherche du jeune homme battu à mort, Linus, elle rencontre son père qui lui annonce sa mort et veut se venger des assassins.

Linn Brogen est infirmière à l’hôpital. Elle rentre chez elle, en pensant à sa fille, Sara, en attente d’une greffe de poumons. Et comme son mari Claes est en mer, elle ne dort pas beaucoup. C’est dans un parking qu’elle se fait agresser par trois hommes ; elle aurait pu être violée si son voisin Harry n’avait pas sorti ses chiens. Ce traumatisme supplémentaire ne va pas arranger ses insomnies, d’autant plus que quelqu’un vient frapper à sa fenêtre en pleine nuit.

Linn va voir Anders pour qu’il lui donne des somnifères. Anders est le genre de médecin à écouter longuement ses patients, ce qui lui fait perdre beaucoup de temps. Mais cela lui permet de les comprendre. Linn ne lui dit rien de son agression, et parle de sa volonté de quitter son mari. Puis c’est Harry qui est hypocondriaque, qui vient consulter et Anders lui prescrit des analyses d’urine.

Un matin, on découvre un corps décapité au sommet d’une colline…

Que ceux qui cherchent des sensations et des romans rythmés passent leur chemin. Il s’agit bien ici d’un roman policier psychologique, où l’auteure prend le temps d’installer ses personnages ainsi que le décor. Le corps de Linn ne sera, en effet découvert qu’après 100 pages, ce qui montre qu’auparavant, on aura eu le temps de se familiariser avec les différents protagonistes.

Le début de ce roman est tout simplement brillant. L’auteure commence par un personnage, lui en fait rencontrer un autre, que le lecteur va à son tour suivre, jusqu’à en rencontrer un troisième que nous allons suivre et ainsi de suite. C’est brillamment fait, et surtout les descriptions sont justes. Certes, l’auteure prend son temps, mais les traits qu’elle dessine sont tous parfaitement placés. A cela s’ajoute le fait que les personnages habitent tous le même quartier, ce qui simplifie les transitions.

Puis arrive le meurtre et l’aspect policier peut se mettre en place. Et même là, l’auteure semble placer l’enquête au deuxième plan, préférant s’attarder sur la vie quotidienne de ces gens qui habitent sur une ile, en presque totale autarcie. Cela permet ainsi de fouiller certains aspects de notre société, et surtout la difficulté des relations humaines, la vie de couple ou bien la difficulté d’être accepté en tant qu’homosexuel. Même si ce roman n’est un pamphlet, chaque personnage incarne un aspect de ces thèmes.

C’est remarquablement fait et c’est psychologiquement passionnant. Il y a bien des passages un peu bavards, surtout vers le milieu du livre, mais ils sont vite effacés au profit d’une fin stressante et surtout inattendue, d’autant plus qu’elle est bien amenée. Ce qui fait que je garderai de ce roman un souvenir particulier, comme un voyage sur cette ile où j’aurais vraiment eu l’impression de vivre auprès de gens simples, engoncés dans leurs problèmes quotidiens. Très bon !

Derrière les remparts de Anna Jansson (Toucan noir)

Bonne pioche pour ce roman policier venu du froid, et découverte d’un nouvel auteur et d’un nouveau personnage récurrent, à classer dans les romans psychologiques.

Présentation de l’éditeur :

En Suède, au bord de la Baltique se cache sur l’île de Gotland la vieille cité de Visby, où chaque été se tient le célèbre festival médiéval. Mais, derrière les remparts de la ville, de mystérieuses lueurs transpercent les marécages et les cabanes de pêcheurs pourraient abriter d’anciens secrets. Wilhem Jacobsson meurt un soir dans une rixe qui l’oppose à un homme étrange, et sa femme Mona est témoin de la scène. Témoin ou complice ?

L’enquêtrice Maria Wern, aidée de deux acolytes venus du continent, va se pencher sur l’affaire. Qui aurait pu souhaiter la mort de Wilhem, et pourquoi ? Un de ses fils ? Son plus proche voisin ? Un festivalier ? La belle Birgitta, troublante femme-enfant errant au milieu des ruines, ne dissimule-t-elle rien derrière son apparente innocence ?

Derrière les remparts, (Silverkronan), s’est vendu à plus de 50 000 exemplaires en Suède et a donné lieu à une adaptation pour la télévision suédoise.

Mon avis :

La première impression à la lecture de ce roman fut de lire une enquête de Colombo version féminine.  Car dès le début du roman, on connaît l’identité de l’assassin, ou du moins de sa complice. L’intérêt de ce roman ne se situe donc pas dans la découverte du meurtrier, mais plutôt dans la psychologie des personnages et dans la description du paysage de l’ile de Gotland. Il faut donc s’attendre à un rythme lent, aussi bien dans l’avancement de l’enquête que dans la description des personnages.

C’est donc un polar psychologique auquel il faut s’attendre, qui peut s’apparenter à un huis-clos, qui va prendre son temps pour poser ses personnages, pour plonger le lecteur dans l’ambiance médiévale de cette cité de Visby. Les dialogues, remarquablement bien faits peuvent occuper un chapitre entier, les descriptions des fêtes plusieurs pages. Bref, n’allez pas y chercher de course poursuite effrénée,

Les chapitres sont courts, passant de Maria à Mona et la lecture est rapide grâce au style efficace de l’auteur. Mais l’auteur met au premier plan Mona, jeune femme à la vie difficile, ballotée entre un père handicapé insultant et un mari qui l’ignore. On arrive à éprouver de l’empathie pour un témoin de meurtre. Et puis il y a tous les autres personnages, apparaissant petit à petit, qui se révèlent de plus en plus complexes au fur et à mesure que l’on progresse dans l’histoire. On a l’impression d’avoir à faire à des gens qui se protègent derrière leurs propres remparts, cachant leurs secrets et leurs propres ressentiments. Assurément, ce roman s’avère une belle découverte, au succès mérité en Suède, et nous montre une nouvelle fois que le polar scandinave sait sortir des sentiers battus et nous proposer des psychologies passionnantes.