Archives du mot-clé Anne Carrère

Le pacte des innocentes de Valérie Saubade (Anne Carrière)

J’ai la chance de pouvoir lire des polars de tous horizons et tout style. Comme je ne cantonne pas à un genre, cela me permet d’alterner et de découvrir des auteurs que je n’aurais jamais eu l’idée de lire. A l’origine de cette envie d’ouvrir ce livre, il y a tout d’abord la couverture … magnifique. Ensuite, il y a le billet de l’ami Claude grâce auquel je me suis dit : « Chiche, chouette, un pur roman policier ». Enfin, il faut que je remercie Olivia qui a pensé à moi … et qui se reconnaitra.

Ce roman si situe dans la campagne anglaise, plus exactement à Blewbury, un petit village tranquille de l’Oxfordshire. C’est pour cette raison que l’on peut se demander pourquoi, tout d’un coup, des événements vont secouer cette vie paisible et faire office de cataclysme.

Tout d’abord, ce sont des lettres de menace, presque de chantage, qui sont envoyées au maire et à ses adjoints. Ces lettres citent, pour chacune d’entre elles, une date et une citation religieuse, qu’elle soit issue de la bible, des évangiles ou bien de l’Apocalypse. Ensuite, c’est un meurtre que l’on déplore au domaine de Key Fields, la luxueuse maison de retraite du village. D’ailleurs, pour y entrer, il faut montrer patte blanche, entendez par là être doté d’une certaine richesse et d’une santé convenable, de façon à ce que la propriétaire du domaine ne soit pas embêtée.

Au poste de police local, bien peu équipé pour ce genre d’enquêtes, c’est l’inspecteur Reeves qui dirige les affaires, secondé par McHaggis. D’ailleurs, c’est une petite jeune qui débarque dans ce capharnaüm, en la personne de Karen Stanner. Cette dernière essaie d’ailleurs de faire bonne figure, mais manque sérieusement de confiance en elle.

Par moments, cela fait du bien de changer de type de lecture, de se sortir la tête des thrillers, d’éviter les romans noirs pour revenir à une lecture plus simple telle qu’un roman policier. C’est le genre qu’a choisi Valérie Saubade, en respectant à la lettre les codes et en ajoutant sa patte à une histoire qui aurait pu se limiter à la résolution d’un meurtre.

Valérie Saubade a choisi de situer son intrigue en Grande Bretagne, et en particulier en pleine campagne. Et pour cela, elle a mis au diapason son style, qui est très propre, très british, à un tel point qu’à un moment je suis allé voir la biographie de l’auteure. Je dois avouer que se laisser bercer au rythme d’une campagne éloignée de toute ville et de bruits des routes, cela fait un bien fou. Et je n’ai pas honte à dire que j’ai eu le même plaisir avec cette lecture que quand je lisais des romans d’Agatha Christie.

Car outre une intrigue fort bien construite, les personnages qui font vivre ces pages sont vivants et ont chacun leurs problèmes personnels. D’ailleurs, Valérie Saubade a choisi une forme certes simple mais efficace, puisqu’elle passe en revue à chaque fin de chapitre la vie personnelle de chacun d’eux. Cela nous permet aussi de les comprendre au-delà de leurs réactions professionnelles et de les apprécier. On suivra donc l’inspecteur Reeves qui doit accueillir son père chez lui, puisqu’il est atteint de sénilité douce ; On adorera les affres de McHaggis dont la femme vient de partir avec les enfants et qui demande conseil à un ancien collègue divorcé. On aura de la compassion pour la jeune Karen enfermée dans sa timidité et être obligée de se répéter qu’elle va y arriver.

Vous l’aurez compris, sous sa couverture fantastiquement subtile aux tons verts fleurant bon la nostalgie, vous trouverez un excellent roman policier qui n’a rien à envier aux grands auteurs du genre.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici

Les ténèbres et rien de plus de Julia Tommas (Anne Carrière)

Voici un nouvel auteur à épingler sur Black Novel, d’origine belge. Si vous cherchez un roman rythmé, un bon divertissement, ce roman est fait pour vous. Une fois n’est pas coutume, je recopie la quatrième de couverture car je la trouve bien faite.

Quatrième de couverture :

Qu’est devenu le corps de Peter Mulchan, le tueur en série qui a terrorisé New York ? C’est la question que se posent l’inspecteur Kenji Yoshiro, de la brigade criminelle, et le docteur Lisa Cavalcante, chercheuse en neurosciences à l’université de Columbia.

Le premier se souvient encore du jour où il était parvenu à l’arrêter. Mais, inculpé pour le meurtre de trois jeunes femmes et deux tentatives d’assassinat, Mulchan s’était suicidé dans sa cellule avant même de connaître la date de son procès. Quant à Lisa, son doctorat en neuropsychiatrie ne lui est d’aucun secours pour faire face au traumatisme qu’elle a subi un an auparavant : Peter Mulchan était un de ses patients, et c’était avec elle qu’il avait décidé de mettre un terme à ses activités de serial killer ; et pourtant, il avait tenté de la tuer. Depuis ce jour, Lisa est hantée par ce souvenir ; un éclat de voix dans la foule, le contact d’une main dans le métro, un visage entraperçu au détour d’une rue, autant de symptômes du stress post-traumatique dont elle souffre et pour lequel elle refuse de se soigner.

Alors qu’elle se réfugie dans ses travaux de recherche, déterminée à prouver que la quatrième victime du tueur en série, encore plongée dans un état végétatif, pourrait sortir du coma, l’impensable se produit. Le corps d’une jeune femme est retrouvé dans un cimetière de la ville. Les marques sur son cadavre ne laissent aucun doute : elle a été enlevée et torturée selon le modus operandi de Peter Mulchan. Troublé par la ressemblance physique de cette nouvelle victime avec Lisa, Yoshiro pense avoir affaire à un imitateur. Mais la neuropsychiatre a un tout autre avis : et si Peter Mulchan n’était pas mort ?

Mon avis :

Quand vous voyez la couverture (superbement inquiétante, soit dit en passant), vous y voyez inscrit Thriller. Je dois vous avouer que si je devais donner un qualificatif à ce roman, je dirais que c’est plutôt un roman policier rythmé. Certes, Lisa et Kenji sont à la poursuite d’un serial killer, qui semble mort a priori. Pour autant, je n’ai pas ressenti de frissons à la lecture de ce roman mais plutôt une urgence à avancer dans l’intrigue, emporté par le rythme donné à cette enquête.

Donc, nous avons un serial killer qui est sensé être mort, des corps assassinés, martyrisés selon la méthode du tueur trépassé et deux enquêteurs en parallèle pour démêler une intrigue qui peut sembler simple et connue. Effectivement, Copycat de James Patterson parle du même sujet et je me suis demandé comment l’auteure pouvait faire du neuf avec ce sujet.

En fait, je dois dire que le roman, même s’il ne m’a pas passionné, a réussi à me tenir en haleine jusqu’au bout. Je pense que cela est du à la grande fluidité de la narration, à la simplicité du style et au rythme apporté dans le déroulement de l’intrigue. Car, avec ses chapitres courts et ses phrases qui n’en rajoutent pas, le rythme de la lecture est élevée comme tout ce qui se passe dans le roman.

Si ce roman remplit son rôle de nous divertir, il faut tout de même avouer que même si l’intrigue se complique au fur et à mesure de l’avancement, celle-ci reste tout de même très linéaire. De même, les personnages sont gentils (trop) mais je les ai trouvés un peu trop lisses à mon gout. Ceci dit, pour être honnête, ce roman remplit son objectif d’être un roman divertissant.

Ne ratez pas l’avis de Tousleslivres

Reflex de Maud Mayeras (Anne Carrière)

Attention, coup de cœur ! Je comprends mieux l’engouement qu’a engendré ce roman, qualifié sur la couverture de thriller. Thriller, certes, surtout dans la deuxième partie du roman, mais aussi formidable roman noir psychologique, dur, âpre, presque cruel.

Cela se passe de nos jours. La narratrice Iris Baudry est photographe pour la police scientifique. Elle est appelée sur les scènes de crimes, pour prendre minutieusement les images qui aideront par la suite les enquêteurs dans la quête du coupable d’un crime. Sauf que le coup de téléphone de ce matin-là, elle aurait préféré ne jamais le recevoir : elle va être obligée de retourner dans son village d’enfance, qu’elle a quitté il y a plus de 11 ans, suite à la perte de son enfant, Swan, assassiné par un serial killer.

Pour ne rien arranger à l’affaire, c’est le corps d’un gamin, abandonné près de voies ferrées qu’elle va être obligée de photographier. Ian Reisse, le policier en charge de l’enquête, la connait bien : c’est lui qui l’a repérée quand elle faisait ses études ; c’est lui qui l’a formée. Par contre, il n’est pas heureux de l’accueillir là, car il a peur que le gamin retrouvé mort rappelle à Iris la disparition de son propre fils.

Iris va aussi retrouver son village, les gens qui l’habitent, et aller voir sa mère. Celle-ci est devenue sénile et est enfermée dans une chambre d’asile, attendant sa fin toute proche. Cette femme, dure et intraitable, a tellement fait subir de souffrances à Iris, que celle-ci ne souhaite qu’une chose : sa mort.

SILENCE. Entre deux chapitres, se glisse une autre histoire, toute aussi dramatique : Cette histoire familiale commence en 1919. Julie est une adolescente comme les autres, qui rentre chez elle. Sur le chemin, deux hommes l’entrainent et la violent. Elle tombera enceinte, et ses parents poussés par les rumeurs des voisins, de la bonne société, vont se débarrasser d’elle en l’envoyant chez les bonnes sœurs, où elle va subir bien des sévices.

Je vous préviens, ce roman est d’une dureté rare, tant les faits qui y sont racontés touchent au plus près de nos sentiments. Alors, on ne va pas y trouver de scènes sanguinolentes, pas de scènes gores et gratuites. Tout se passe ici au niveau des ressentis, de ce que la narratrice éprouve devant des événements qu’elle va subir, mais aussi des réactions des gens qui, bousculés dans leurs croyances, leur moralité ou leurs valeurs vont avoir des avis et des façons de réagir disproportionnées, mais oh ! Combien réalistes.

Car on pourrait penser que ce que nous narre Maud Mayeras est exagéré. Mais n’avez-vous jamais connu dans certains villages, deux familles qui se détestaient parce que deux de leurs aïeux avaient eu une altercation plusieurs dizaines d’années auparavant ? Ne connaissez vous pas de gens qui médisent sur d’autres, parce qu’ils sont juste différents ? N’avez pas entendu parler d’une jeune fille mère qui a déshonoré telle ou telle famille ? Et ce qui est terrible dans ce roman, c’est que tout le talent de Maud Mayeras est de nous montrer tout cela de façon tellement naturelle, que c’en est d’autant plus violent pour le lecteur !

Ce roman est une véritable claque dans la gueule. Et si on regarde l’étiquette que l’on colle à son roman, on peut y lire : Thriller. Alors oui, on a droit à une histoire de serial killer. Mais c’est pour mieux nous amener à un final époustouflant. C’est autant pour respecter certains codes, que pour raconter une véritable histoire dramatique, de vrais portraits fouillés de nos semblables, un regard terriblement neutre sur notre société, sur notre façon d’être mais aussi sur notre façon de regarder les autres et de les juger. Car le scenario est implacable, aussi implacable que ce qui arrivé à Iris et Julie … et les autres.

Fichtre ! je m’attendais à un roman fort, et j’en ressors avec un roman extraordinaire, qui pêche parfois un peu dans l’excès mais qui au bout du compte, laisse derrière mes rétines des scènes incroyablement vraies, et surtout des sentiments très forts, trop forts, tellement forts qu’à l’écriture de ce billet, j’en ai encore le rythme du cœur qui s’accélère. Rares sont les thrillers qui reçoivent un coup de cœur sur Black Novel, mais je ne peux pas faire autrement. Que d’émotions !