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La rivière noire de Analdur Indridason (Métaillié – Noir)

Comme tous les ans au mois de février, nous avons la chance de lire les aventures de nos Islandais préférés. Qu’on se le dise : les romans de Analdur Indridason sont toujours d’un très bon niveau, celui-ci ne fait que confirmer la règle.

Un samedi soir comme un autre. Un jeune homme passe de bar en bar, à la recherche d’une femme. Dans sa poche, il a du rohypnol, plus connue sous le surnom de drogue du viol. Il rencontre une jeune femme, avec un T-shirt de San Francisco comportant une petite fleur. Deux jours plus tard, le jeune homme est retrouvé égorgé dans son appartement du centre de Reykjavik. Le jeune homme ne porte qu’un T-shirt de San Francisco. Il n’y a aucune trace d’effraction, ni de lutte, comme s’il s’était laissé égorger. Dans la veste du jeune homme, on trouve une boite de Rohypnol.

Erlendur n’est pas là, il a décidé de prendre des vacances pour aller visiter les fjords de l’est. En son absence, c’est Elinborg qui s’occupe de l’enquête. Sous le lit du jeune homme assassiné, elle trouve un châle féminin. Comme elle est adepte de cuisine, elle reconnaît aussitôt l’odeur dont est imprégnée l’étoffe : il s’agit d’épices utilisée dans la cuisine tandoori. Les pistes étant peu nombreuses, elle va fouiller dans le passé de la victime en interrogeant ses connaissances.

Et bien voilà ! Analdur Indridason a décidé de se passer de son héros récurrent, avec une excuse logique : Erlendur a décidé de prendre des vacances pour retourner sur ses terres natales. En son absence, l’enquête est reprise en main par Elinborg. Cela donne l’occasion à Indridason de repartir de zéro et de fouiller la psychologie de l’enquêtrice comme si c’était le premier roman d’un nouveau cycle. En cela, vous pouvez lire cette histoire sans avoir lu les précédents.

Avec Erlendur sur le devant de la scène, les autres personnages étaient plus ou moins transparents. Indridason nous démontre toute sa qualité de narrateur, fouillant par le détail une personne, décrivant sa psychologie par une analyse minutieuse des actes quotidiens, mais aussi par ses réactions pendant l’enquête. C’est à la fois subtil, très bien fait, et réalisé de main de maître. Indridason est plus qu’un auteur capable de décrire par le détail un héros récurrent, il est un formidable auteur qui aime ses personnages.

Cet avis ne serait pas complet si je ne parlais pas de l’enquête. D’un crime à propos duquel on ne sait rien, il bâtit petit à petit son raisonnement, assemblant les petits détails pour arriver à un final pour le moins surprenant. La minutie que Elinborg apporte à cette analyse en dit long aussi sur son mode de pensée. Et cette minutie se retrouve dans le style de Indridason. Tout y est décrit sans fioritures mais avec beaucoup de détails. N’y cherchez pas un roman avec du rythme, mais plutôt un roman policier exemplaire sur le fond et la forme. Du grand art, dont le résultat est aussi passionnant qu’impressionnant.