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Le chouchou du mois d’octobre 2019

Globalement, ce mois d’octobre fut un bon mois : j’ai publié beaucoup d’avis (puisque j’y ai inclus quelques lectures faites pendant cet été) et j’aurais décerné deux coups de cœur, ce qui est exceptionnel (pour moi).

Honneur donc aux deux coups de cœur :

J’avais adoré son précédent roman, Par les rafales, c’est dire que j’attendais beaucoup de son deuxième polar. Zippo de Valentine Imhof (Editions du Rouergue) m’a subjugué par la qualité de l’intrigue et surtout de la qualité psychologique des personnages, tout cela embelli par une plume d’où sort une lave incandescente. Pour moi, c’est indéniablement l’un des grands romans de 2019 et la confirmation d’une grande auteure.

Claude Mesplède m’avait conseillé Le grossium de Stanley G.Crawford (Gallimard-Série Noire). Ce roman s’avère être un petit chef d’œuvre de comédie policière, une parodie de polar dénonçant les travers de la société de consommation. Il était totalement normal que je lui décerne un coup de cœur.

J’annonçais récemment une prévision quant à la prochaine déferlante de polars japonais. J’ai eu l’occasion de lire un inédit d’un des plus grands auteurs du genre : Dans l’œil du démon de Jun’ichiro Tanizaki (Editions Picquier). C’est un roman de déduction à la « Sherlock Holmes » où l’auteur joue avec notre don d’observation et d’analyse logique, pour nous induire en erreur. C’est un excellent divertissement.

Au rayon science-fiction, ce qui est rare chez moi, InKARMAtions de Pierre Bordage (Editions Leha) est le dernier roman en date de cet auteur prolifique, un roman qui part du principe qu’une entité supérieure, formée de plusieurs sages, régit la destinée humaine. Animé, vivant, mais aussi complexe, c’est un beau roman humaniste.

Au rayon fantastique, je l’avais lu il y a un certain temps et j’avais oublié de le publier : il s’agit de Le livre des choses cachées de Francesco Dimitri (Hugo & Cie). Voilà un premier roman mettant en scène des amis à la recherche de l’un d’eux manquant à leur rendez-vous annuel. Retenez bien ce nom, car c’est un premier roman prometteur par ses personnages et ses ambiances.

Il y a quelques mois, je vous parlais de Pierre Pouchairet. Les trois brestoises, comportent trois romans et j’ai publié mon avis sur les tomes 2 et 3 : La cage de l’albatros & L’assassin qui aimait Paul Bloas (Editions du Palémon). Comme le précédent Haines, ce sont des romans policiers costauds avec des intrigues bien construites et des personnages féminins que l’on adopte et suit avec passion.

Au rayon Roman noir, Atmore Alabama d’Alexandre Civico (Actes Sud) s’avère aussi grand que son format est petit. Cette errance au pays de l’Oncle Sam est illuminé par une plume noire et poétique et possède une chute à la fois brutale et inoubliable. Cela donne une lecture réjouissante et indispensable pour tout fan du genre.

Au rayon humour et cynisme, ne cherchez pas plus loin : Carrément à l’Est de James Holin (AO éditions) est fait pour vous. C’est à la fois délirant et cinglant et quand on prend un peu de recul, scandaleux. On y suit un homme s’engageant dans une ONG qui a pour but de reconstruire un pays après une guerre civile, mais selon les critères occidentaux. A ne pas rater !

Du cynisme à la politique, il n’y a qu’un pas qu’en tant que lecteur de polar, je franchis allègrement. Il était une fois dans l’Est d’Arpad Soltesz (Agullo) est un premier roman surprenant de maîtrise, qui remporte l’adhésion dès les premiers chapitres. A la façon d’un Robert Altman, l’auteur va introduire ses nombreux personnages et nous brosser un paysage sinistre et désespérant d’une Slovaquie d’après ère soviétique totalement corrompue et laissée aux mains des mafieux.

Le polar (historique, souvent chez lui à ne serait rien sans Maurice Gouiran. Son dernier roman en date Qaraqosh de Maurice Gouiran (Jigal) signe le retour de Clovis Narigou pour une double enquête : les documents ésotériques collectionnés par Himmler et un jeune homme pourchassé après s’être engagé en Irak dans la milice Qaraqosh. C’est une nouvelle fois une belle réussite où on apprend beaucoup de choses.

Pour ceux qui cherchent un polar humaniste dépaysant, Paz de Caryl Ferey (Galimard Série Noire) vous promet une visite de tous les coins et recoins de la Colombie, un pays où la vie humaine vaut moins que la boue qui noie ses rues. L’auteur y implante l’histoire d’une famille, compliquée et complexe dans un contexte de Violencia. C’est grand comme du Ferey, Brutal comme du Ferey, violent comme du Ferey et humaniste comme du Ferey. Du grand œuvre.

Pour les adeptes de polar psychologique, L’accident de l’A35 de Graeme Macrae Brunet (Sonatine) démontre une nouvelle fois que l’auteur est le digne héritier de Simenon et Chabrol, qu’il sait comme peu d’auteurs s’intéresser à la psychologie de ses personnages et à la vie des campagnes. Malgré son rythme lent, son roman n’en reste pas moins passionnant.

Pour le titre du chouchou du mois, j’ai longuement hésité. Deux titres sont difficilement départageables pour moi, J’ai finalement décidé d’attribuer ce titre à Il était une fois dans l’Est d’Arpad Soltesz (Agullo). Juste devant Paz, coiffé au poteau. J’espère que ces avis vous auront été utiles. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Il était une fois dans l’Est d’Arpad Soltesz

Editeur : Agullo

Traducteur : Barbora Faure

Les éditions Agullo ont l’habitude de dégoter de sacrées pépites noires. Quand j’ai lu la quatrième de couverture de ce roman, j’étais dubitatif. Ce sont les avis de Yan et Jean-Marc qui m’ont décidé. Ils avaient une nouvelle fois raison.

Veronika Bodnarova, dit Nika sort d’un supermarché et marche sur la route, en faisant de auto-stop. Une voiture s’arrête, avec à bord deux énergumènes qui se présentent comme étant Vasil’ et Mammouth. Puis ils changent de route au lieu d’aller à Roztoka, et après quelques baffes, se dirigent vers une maison esseulée. Pendant quelques jours, ils vont la séquestrer et la violer. Simulant une crise d’allergie, elle obtient des médicaments qu’elle leur donne pour les endormir et s’enfuit.

Son père s’est inquiété de l’absence de sa fille et s’est rendu au poste de police. Mais ils n’ont pas l’air de s’en faire plus que cela. Il faut dire que les disparitions de jeunes filles, ce n’est pas ce qui manque en Slovaquie. Quelques jours plus tard, c’est le lieutenant Miko qui la recueille. Quand Nika lui dit que l’un des deux hommes s’appelle Mammouth, Miko sait que c’est un homme de Sasà, le caïd du coin. Il va donc mener l’enquête avec son coéquipier Valent le Barge.

Quand Mammouth se réveille, il appelle Sasà et lui demande un service. Vasil’ ne s’est pas réveillé, il est mort à cause du somnifère de Nika. Mammouth a besoin des services du nettoyeur Maxo. Sasa va débarquer, accompagné de ses deux sbires Pat et Mat. Effectivement, il va falloir faire disparaître le corps et se préparer à des difficultés. Heureusement que Sasà le Grand les tient tous sous sa coupe. Quoique …

A la manière d’un Robert Altman, Arpad Soltesz va petit à petit introduire ses personnages dans cette intrigue qui se veut une vision de la société slovaque. On va donc passer en revue plus d’une dizaine de personnages dans des situations qui en d’autres temps pourraient être comiques ou traitées d’une façon comique. Mais on est dans le noir, le vrai de vrai, le pur.

Car il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer ce roman, ce premier roman, au style détaillé, descriptif mais jamais bavard. La vision que l’auteur nous partage est noire, je l’ai déjà dit, et sert presque de témoignage devant tant de pourris qui tiennent les gens par leurs trafics et leur corruption. Des flics aux juges, en passant par les avocats, les journalistes ou même les politiques, l’héritage du communisme est bien noir.

Si vu de chez nous, on peut penser que ce peuple a enfin atteint à la démocratie, au Graal du bonheur politique, on s’aperçoit que tous sont bien pourris, bien dégueulasses, et qu’il n’y en a pas un pour relever l’autre. La force du discours est étayée par une intrigue déroulée comme un métronome, d’une précision suisse, mais aussi par ces personnages forts et réels auxquels on croit d’emblée.

Et puis, il y a cette opposition entre les truands (globalement ils le sont tous !) et les honnêtes gens (Nika et ses parents) écrasés par tous les trafics possibles et imaginables, sans limites, sans aucune considération de l’humain. Et la chute finale, entrecoupée de quelques figures qui tombent dans des chapitres au présent, est énorme de cynisme. Bref, ce roman a tout pour me plaire, il est lucide, vrai, honnête et franc dans sa démonstration. Il aide à arrêter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Et c’est un premier roman fantastique, écrit avec une telle passion que l’on se demande ce que Arpad Soltesz va pouvoir écrire ensuite. En tous cas, je serai au rendez-vous, c’est sûr.