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Sans pitié ni remords de Nicolas Lebel (Marabook)

Il m’aura fallu découvrir Nicolas Lebel grâce à son précédent roman, le jour des morts,  pour être tombé amoureux de son personnage principal Mehrlicht. Et donc, c’est une maladie chez moi, je ne pouvais pas rater le petit dernier Sans Pitié ni remords.

9 novembre. Le meilleur ami du capitaine Mehrlicht et ancien collègue, Jacques Morel, celui qui faisait chier les infirmières, celui qui fumait comme un pompier dans sa chambre d’hôpital, celui qui vidait les bouteilles de Romanée-Conti quand il devait prendre ses médicaments, celui qui partait dans des tirades extraordinaires vient de rendre l’âme. Toute l’équipe de Mehrlicht assiste à l’enterrement et le commissaire Matiblout lui conseille de prendre quelques jours de congés.

Avant de partir en province, Mehrlicht est convoqué par un notaire pour la succession de Jacques Morel. Il lui remet une enveloppe marron, dans laquelle il trouve des jeux de reflexion (Mots fléchés et Sudoku) ainsi qu’une petite pierre précieuse. C’est alors que le capitaine Kabongo, membre de « la police de l’art » lui annonce que cette pierre fait partie d’un vol qui a eu lieu plusieurs années auparavant. Pour Mehrlicht, prouver l’innocence de son meilleur ami devient une question vitale.

Pendant ce temps là, l’équipe de Mehrlicht est appelée pour un suicide. Leur nouveau chef provisoire, pendant l’absence de Mehrlicht s’appelle Cuvier, un incompétent notoire, connu et reconnu comme tel. Le suicide est une pendaison d’un dénommé Ghislaini. Rien n’est signalé dans son dossier judiciaire. Ghislaini a juste été entendu dans une affaire d’œuvres d’art africain il y a une dizaine d’années. L’affaire se complique quand d’autres suicides font leur apparition.

Autant vous le dire tout de suite, si Nicolas Lebel écrit de très bons polars divertissants, il est aussi et surtout un auteur doué, très doué, capable de vous étonner. Etonnant, c’est bien le mot qui me vient après avoir tourné la dernière page. Ce n’est que le troisième roman de cet auteur, et il se permet de nous concocter un scenario surprenant, tout en y mettant les formes.

Car effectivement, vous allez être surpris par l’intrigue, jusque dans les dernières pages, mais vous allez aussi suivre le fil conducteur à travers plusieurs groupes de personnages. Et cela se passe avec autant de facilité parce que ces personnages sont forts. Mehrlicht occupe bien entendu le premier plan, et même s’il est moins en forme, moins présent, ses envolées lyriques sont toujours aussi jouissives et confines même au chef d’œuvre, telle celle des pages 156 à 158. L’équipe du capitaine, d’un autre coté, a affaire avec un remplaçant Cuvier que l’on adore détester voire même que l’on voudrait baffer. Enfin, vers le milieu du bouquin, on voit apparaitre un groupuscule responsable des suicides … et à la limite ce sont les passages que j’ai le moins aimé car ils m’ont semblé peu convaincants.

Le roman est donc divisé en deux temps, comme un opéra ou comme un film d’action. Vient d’abord Temps de deuil, où Nicolas Lebel met en place l’intrigue (complexe certes, mais dans laquelle on n’est pas perdu, loin de là, puisque le roman est réellement impossible à lacher). Puis arrive Temps de guerre où le rythme change et où le livre devient une course poursuite. Au-delà de ce rythme effrené, on y retrouve de pures idées comiques, telles les sonneries de téléphone que le fils de Mehrlicht installe sur le portable de son père et nous donne des moments comiques inoubliables !

Le livre se clot par deux pages de remerciements où l’auteur nous donne à lire une liste de blogueurs qui l’ont aidé, avec un dernier effet comique et j’ai adoré cet aspect de ne pas se prendre au sérieux. C’est aussi pour cela que j’adore cet auteur : il écrit d’excellents scenarii avec des personnages forts et malgré cela, il nous rappelle que tout cela n’est qu’un divertissement … quoique … Voici encore une réussite, une belle, signé Nicolas Lebel. Et ça rime !

Tiré à quatre épingles de Pascal Marmet (Michalon)

Après avoir lu A la folie, le Roman du parfum et le Roman du café, j’avais hâte de lire le dernier roman de Pascal Marmet, d’autant plus que c’est un roman policier et que nous allons faire connaissance avec un nouveau personnage.

Il fait très chaud en ce mois d’aout. Paris a été déserté de ses habitants, remplacé par de nombreux touristes. Les aéroports et les gares sont pris d’assaut. Les appartements étant délaissés, c’est le bon moment pour les cambrioleurs de fomenter leurs larcins. C’est le cas de Samy, qui est serrurier de profession et qui a un sacré savoir faire dans ce domaine. Il a déjà repéré une voie sans issue, avec des immeubles de belle allure. Il ne lui manque qu’un complice. Il repère alors un grand garçon dégingandé, affublé d’une tenue vert pomme, qui confine au ridicule. Le jeune homme, qui s’appelle Laurent Bastos est, effectivement, lent à la détente. Rien de plus facile que de l’embobiner …

Les deux hommes arrivent à entrer dans l’immeuble et grimpent à l’étage intéressant. Pendant que Samy s’occupe de la chambre, Samy découvre au bas de l’escalier la propriétaire des lieux, une femme de 40 ans, qui n’arrive plus à bouger. Elle lui explique qu’elle est tombée dans les escaliers et lui propose de l’argent s’il l’aide. Lui qui vient d’en voler de quoi remplir son caleçon, lui amène simplement un verre d’eau. Sans rien dire à Samy, Laurent suit son comparse.

C’est l’été aussi au 36 Quai des Orfèvres. Toute l’équipe du commissaire Chanel est débordée. Et pourtant, une affaire vient de tomber : Le corps de la propriétaire d’un appartement vient d’être retrouvé avec trois balles dans le corps. On pourrait penser à un cambriolage qui a mal tourné, mais l’autopsie va contredire cette hypothèse. D’autant plus que la victime s’avère être la femme du préfet assassiné six mois plus tôt.

Voilà un pur roman policier dont les nombreuses qualités en font une intrigue attachante. Et après avoir tourné la dernière page, on ne demande qu’à lire la prochaine enquête du commissaire Chanel.

J’ai aimé cette intrigue, qui, l’air de rien, est très rigoureuse et est déroulée avec une belle rigueur.

J’ai aimé ce contexte d’arts africains, domaine collectionné par la femme du préfet, qui nous apprend plein de choses, sans étaler sa science.

J’ai aimé ces détails sur le fonctionnement du 36 Quai des Orfèvres qui nous plonge dans l’action.

J’ai aimé ce style si simple et si subtil, cette façon de décrire ces ambiances si réaliste, ce léger décalage de vue, cette façon si personnelle de peindre un décor, ces descriptions si efficaces de montrer un personnage, une psychologie.

J’ai aimé ces chapitres courts, qui vont à l’essentiel, qui allègent la lecture et qui créent un suspense naturel de par leur structure.

J’ai aimé ces digressions qui parfois durent plusieurs chapitres, et qui viennent s’intéresser aux autres personnages que Chanel, nous offrant par là-même une belle galerie de personnages secondaires, qui, pour le coup, sont partie intégrante de l’intrigue.

J’ai aimé ce personnage de Chanel, sorte d’enquêteur surdoué, cinquantenaire débonnaire à qui on demande de former les futures générations, et qui ne s’encombre pas d’autre compagnie que lui-même. J’ai aimé quand il offre le logis à une jeune fille rencontrée dans le train, et s’aperçoit qu’il vaut mieux avoir auprès de soi une présence pour meubler les silences.

J’ai aimé ce roman pas comme les autres, avec un style pas comme les autres, avec un personnage pas comme les autres, et une intrigue menée de façon originale. Voilà un roman policier bien attachant. Et j’espère qu’on retrouvera bientôt le commissaire Chanel !