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Les incurables de Jon Bassoff

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

Après une premier roman plus que prometteur, Corrosion, Jon Bassoff nous revient avec un roman qui nous plonge dans l’Amérique profonde des années 50 avec un roman tout simplement génial.

1953. Le Dr Walter Freeman est une des sommités de l’hôpital psychiatrique dans lequel il travaille. Il est un spécialiste de la lobotomie trans-orbitale, et a sauvé nombre de personnes. Ce matin-là, Edgar, son patient du jour, s’avère être un jeune homme extrêmement violent. Armé de son pic à glace et de son marteau, il lui enlève les zones du cerveau à l’origine de sa violence. Après l’opération, Edgar semble avoir oublié toute idée de meurtre. Pour le Dr Freeman, il vient de sauver une personne supplémentaire. C’est d’ailleurs tout ce qui lui reste, depuis qu’il n’a pas pu sauver son fils lors d’une randonnée dans les Rocheuses.

Sa situation est remise en cause par McCloud, le directeur de l’hôpital et par l’amélioration récente des médicaments. Il lui demande de cesser ces opérations inhumaines et vire le Dr Freeman, qui se retrouve face à sa femme alcoolique. Sa décision est prise : il partira sur les routes sauver de nouvelles âmes. Après avoir récupéré Edgar, les deux hommes partent arpenter les petites villes et leur marché.

Deux ans plus tard, Dans une petite ville de l’Oklahoma. Sur un podium, Stanton, un vieil homme exhorte les passants, leur annonçant la venue du messie. En effet, à coté de lui, Durango, son fils est assis sur un trône de fortune, une couronne d’épines sur la tête. La foule se moque d’eux jusqu’à ce qu’une femme apparemment aveugle affirme avoir retrouvé la vue après que Durango ait apposé ses mains sur sa tête.

Puis Durango rencontre Scent dans un bar, une jeune fille qui vit avec sa mère folle qui croit que son mari va revenir en jour. Scent ne rêve que d’une chose : récupérer l’argent de sa mère et partir de cet enfer. Le lendemain, le Dr Freeman et Edgar débarquent, proposant de faire une démonstration de leur solution ultime à tous les problèmes.

C’est dans les campagnes américaines que les auteurs américains ont trouvé l’inspiration et le don de décrire la nature humaine, celle qui nous rappelle que nous ne sommes rien d’autre que des animaux doués de réflexion. Bien qu’il situe son roman dans les années 50, probablement pour des raisons scénaristiques, Jon Bassoff nous livre là un roman intemporel, prenant, impressionnant, encore meilleur que Corrosion à mon avis.

Dès les premières lignes, dès les premières pages, on est plongé dans un décor surnaturel, dans une sorte de mélange de Vol au dessus d’un nid de coucou et Shutter Island. Et dans cette ambiance de folie, où les docteurs sont aussi fous que leurs patients, Jon Bassof nous place ses personnages dans une première partie qui va durer quatre chapitres. Puis on arrive deux ans plus tard dans un autre décor impressionnant, une place dans un village avec des marchands ambulants, qui collent parfaitement à l’idée que l’on peut se faire des badauds et des petits podiums, des hurleurs cherchant à vendre leurs solutions miracles.

Dans cette période et ce lieu qui ressemblent à la fin du monde, les personnages sont tous à la recherche de quelque chose, et plus particulièrement d’une possibilité de fuite, car, dit-on, l’herbe est plus verte ailleurs. Je ne sais pas si Jon Bassoff a voulu y insérer un message, mais tous ses personnages veulent être sauvés, et la solution n’est ni dans la médecine, ni la religion, ni le Diable qui fera son apparition vers la fin du livre. Toujours est-il que son livre, inoubliable et brillant à tous points de vue, évoque beaucoup de choses et nous amène vers une fin en forme d’apocalypse.

Avec son style minimaliste et bigrement évocateur, Jon Bassoff nous guide dans son cauchemar qu’il a patiemment dessinés avec juste quelques traits de fuseau, un fuseau comportant deux couleurs : le noir et le rouge. Et en seulement 200 pages, il nous aura parlé de plein de choses, sans jamais les imposer, juste pour nous faire grandir. Après avoir tourné la dernière page, je me suis dit que je n’avais jamais lu un roman aussi proche et aussi empreint d’humilité pour l’univers du grand Harry Crews. Les incurables est pour moi un des incontournables de cette année 2018

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Oldies : La pomme de discorde de Donald Westlake

Editeur : Rivages

Traducteur : Denise May et Marc Boulet

Quand je ne sais pas quoi lire, je me tourne souvent vers les Grands du polar. Elmore Leonard, Donald Westlake, David Goodis, William Irish ou Lawrence Block sont quelques noms vers lesquels je me tourne. Donald Westlake pour moi est un incontournable.

L’auteur :

Donald Westlake (1933-2008) est né à Brooklyn. Écrivain prolifique et éclectique, il a écrit plus d’une centaine de livres, approchant bon nombre des genres de la littérature policière que ce soit le polar humoristique (son genre de prédilection), le roman policier, le roman noir, le thriller, le fantastique ou même la science-fiction.

Il a écrit sous divers pseudonymes, en particulier ceux de Richard Stark et Tucker Coe.

Spécialiste du roman de « casse », ses deux personnages préférés et récurrents sont John Dortmunder, cambrioleur professionnel aux aventures rocambolesques poursuivi par la poisse et Parker (sous le pseudonyme de Stark), jumeau sérieux de Dortmunder, un cambrioleur froid, cynique et efficace.

Il a remporté par trois fois le Edgar award, et a été désigné en 1993 Grand Master de l’association Mystery Writers of America.

Quatrième de couverture :

Depuis son renvoi de la police de New York, Mitch Tobin flirte avec la dépression nerveuse. Aussi, lorsqu’il est interné dans un établissement de soins psychiatriques, peut-on se demander s’il est là en tant qu’enquêteur privé ou en tant que patient…

Mon avis :

Donald Westlake a écrit plus d’une centaine de romans, balayant tous les genres. Il est certes connu et reconnu pour ses romans humoristiques (la série Dortmunder, Aztèques dansants …) mais aussi pour ses romans plus sociaux (Le contrat) mais aussi pour ses romans plus violents mettant en scène le tueur à gages Parker. Avec une telle quantité de romans à son actif, il serait faux pour moi d’affirmer que tous ses romans sont incontournables mais il y en a beaucoup.

Ce roman fait partie de la série Mitch Tobin, que Westlake avait écrit sous le pseudonyme de Tucker Coe. La pomme de discorde, publié en 1970, avait été traduit en France la même année sous le titre « Alerte aux dingues », à la Série Noire. Rivages a eu la bonne idée de ressortir ce roman, dans une traduction complétée, car c’est un drôle de roman d’enquête.

Je ne connaissais pas Donald Westlake dans ce registre, moitié roman psychologique, moitié Whodunit. Mitch Tobin a été durement atteint par la mort de son partenaire de la police. N’étant pas encore détective privé, il accepte d’enquêter sur des actes de malveillance dans un asile, ou plutôt dans une maison de repos, qui renferme des doux dingues. Et Mitch va avoir fort à faire …

C’est un roman psychologique bien fait, qui allie la description des lieux avec les difficultés de Mitch Tobin. Il est d’ailleurs amusant de voir Mitch s’enfermer pour résoudre cette affaire. Et c’est un roman d’enquête fort bien mené, que Agatha Christie n’aurait pas renié. D’une rigueur à toute épreuve, Westlake va nous amener vers une solution que l’on n’aurait pas vu venir !

Dire que c’est un des meilleurs romans de Westlake serait un mensonge. C’est un bon polar qui révèle une nouvelle facette de cet auteur aux multiples facettes, qui a une nouvelle fois su me captiver.

Le briseur d’âmes de Sebastian Fitzek (Archipel)

Ma femme m’avait dit : « il faut que tu lises Thérapie ». Je ne l’ai toujours pas fait ! Mais j’ai décidé de découvrir Sebastian Fitzek par son dernier roman en date, Le briseur d’âmes.

A Berlin, de nos jours. Un professeur d’université propose à six de ses élèves une expérience inédite en l’échange de 200 euros. Ils devront lire le dossier médical d’un dénommé Caspar, un jeune homme amnésique, qui a été traité dans la clinique psychiatrique de Tenfelsberg. Ce dossier est écrit comme un polar, et seuls deux étudiants acceptent de relever le défi : Patrick et Lydia. Ils devront lire la totalité du dossier sans faire une seule pause.

De nombreuses années avant la Peur, à la veille de Noël. Caspar ne se souvient de rien. Son médecin traitant, Sophia Dorn passe beaucoup de temps avec lui. Cette nuit là , la tempête de neige fait rage, une ambulance a un accident, et le conducteur Tom Schadeck ramène le malade, Jonathan Bruck, à la clinique. Ils vont se retrouver bloqués, sans aucun moyen de communication avec l’extérieur.

Au beau milieu de la nuit, Caspar trouve sa thérapeute, inconsciente, dans la chambre d’un patient. Son seul indice : un bout de papier portant une énigme est coincé dans sa main… Elle a été victime du Briseur d’âmes, ce tueur en série qui laisse ses victimes en état de léthargie. La nuit va être longue pour les résidents de la clinique, avec un tueur en liberté …

Cette  première incursion dans le monde de Sebastian Fitzek fut autant cauchemardesque qu’étouffante. Et malgré le fait que l’on devine son mode d’emploi, la façon dont il fait monter l’angoisse, je dois reconnaître que c’est redoutablement efficace. Si j’ajoute l’insistance de ma femme à lire Thérapie, nul doute que vous allez entendre parler très bientôt.

L’angoisse est constante dans ce roman, et le huis clos est parfaitement bien maîtrisé, amenant tout doucement les scènes de rebondissement pour éviter l’ennui. C’est surtout dans les non dits que Sebastian Fitzek excelle, et c’est grâce à eux qu’il fait monter une sensation d’étouffement, et d’angoisse. Il n’y a pas de description de lieux, pas de longs détails sur la psychologie des enfermés, juste quelques phrases disséminées au milieu de dialogues qui suffisent à situer les personnages.

Comme cela parait facile, et comme cela doit demander beaucoup de travail. D’autant que l’auteur nous dit bien que chaque phrase est importante pour découvrir le nom du Briseur d’âmes, et cela attise notre curiosité. Honnêtement, j’ai du m’arrêter, faire des pauses car l’atmosphère est vraiment pesante, mais j’y suis vite revenu pour terminer sur la conclusion en forme d’apothéose. Du bel ouvrage, un très bon thriller psychologique, de ceux qui sont marquants pour longtemps.