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Le chouchou du mois de mars 2017

Si vous vouliez trouver une lecture distrayante, il ne fallait pas venir voir du coté de Black Novel ce mois-ci. Car à part Mystère au camping de Martin Widmark (PKJ), quatrième tome de la série des enquêtes de Leo et Maya destiné aux enfants à partir de 8 ans, et Mör de Johana Gustawsson (Bragelone) qui est un thriller dans la plus pure tradition, que nous a partagé Suzie, tous les autres romans, d’une façon ou une autre nous ont proposé une réflexion, qu’elle soit philosophique ou sociétale.

Tous les romans que j’aurais chroniqués ce mois-ci laisseront des marques, me laisseront des souvenirs quant aux sujets qu’ils ont abordés. Et finalement, n’est-ce pas aussi pour cela que nous lisons : pour que ces romans nous apportent quelque chose ? Bon, j’arrête sinon je vais vous saouler sur l’importance de la lecture. Que disais-je ? Ah oui, réfléchissons en nous amusant …

En termes de réflexion sur la peine de mort, Le sixième commandement de William Muir (Gallimard-Série Noire) en est un excellent exemple. Avec son personnage principal irresponsable, l’auteur nous place face à un dilemme sur la culpabilité et ses conséquences. Dans un autre genre, Antonin Varenne nous emmène au Far-West avec Equateur (Albin Michel) et nous propose à travers son personnage une belle métaphore de la fuite et de la recherche du paradis perdu. Plus classique, Retours amers de Fabrice Pichon (Lajouanie) reprend le thème de la vengeance et se distingue de ses prédécesseurs par la force de ses personnages. Dans Cet été là de Martin Lee (Sonatine), ce roman remarquablement écrit nous questionne sur la responsabilité de chacun dans notre société. Enfin, Dompteur d’anges de Claire Favan (Robert Laffont) nous montre les dangers de l’éducation des enfants, et la forme du thriller est un bon moyen pour marquer les imaginations et poser de vraies questions.

Sous la terre des Maoris de Colin Nixon (Editions de l’Aube) est peut-être un roman qui n’en a pas l’air, mais il nous montre bien le chocs entre la culture occidentale et celle des maoris. Elijah de Noël Boudou (Flamant noir), quant à lui, ne prend pas de gants et montre au grand jour les violences conjugales. Récit d’un avocat d’Antoine Bréa (Seuil), dans un registre plus subtil, nous montre un personnage d’avocat introverti qui va s’ouvrir au monde. Toutes taxes comprises de Patrick Nieto (Editions du Cairn) revient sur le scandale de la taxe carbone, dans un roman choral extraordinaire à la fin très drôle et cynique.

Et si vous voulez savoir comment se porte notre monde, il vous suffit de lire Pssica d’Edyr Augusto (Asphalte) ou Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi (Plon) pour avoir une idée de la violence et de la corruption, réciproquement au Brésil et au Gabon. Et finalement, on se rend compte qu’on n’a pas besoin d’aller chercher très loin pour avoir la même chose …

Trêve de plaisanterie. Vous allez me dire que je n’ai pas choisi de chouchou. Eh bien, après beaucoup d’hésitations et d’atermoiements, j’ai choisi Pssica d’Edyr Augusto (Asphalte), car cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été secoué de cette façon. Au-delà du message clairement politique, l’auteur choisit un parti-pris artistique pour faire de son roman un grand roman.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Pssica d’Edyr Augusto

Editeur : Asphalte

Traducteur : Dinhiz Galhos

J’avais été enchanté, effaré par Nid de vipères, un roman court et violent, autopsiant la société brésilienne et la corruption généralisée, à travers une histoire de vengeance terrible. Et si l’histoire était marquante, le style si particulier fut pour moi une révélation. Pssica (qui veut dire Malédiction), pour moi, va encore plus loin, et fait plus mal.

Janalice est une collégienne comme les autres. Et pourtant, ce jour là est pour elle comme l’ouverture d’une porte vers l’enfer. Sa beauté, sa couleur de peau blanche en font une des vedettes du lycée. Quand elle est convoquée par la directrice, c’est pour apprendre que son petit ami Fenque a filmé leurs ébats sexuels et les a mis sur un réseau dit social.

La directrice lui demande de partir et de revenir avec ses parents. Quand elle arrive chez elle, elle en parle à sa mère, qui est effondrée. La réaction du père est plus extrême, il lui demande de partir de la maison et il la jette dehors. Elle trouve refuge chez une amie, et essaie de tourner la page. Mais en se promenant dans la rue, elle est enlevée dans une camionnette par deux hommes. Le père de Janalice a des remords. Il fait appel à Amadeu, un policier à la retraite, pour retrouver sa fille.

On va suivre aussi beaucoup d’autres personnages dans ce roman. Manoel Tourinhos a fui son pays d’origine l’Angola quand la révolution a éclaté et a rejoint l’île de Marajo, où il ouvre un commerce avec sa femme Ana Maura. Une bande de délinquants débarque et tue atrocement sa femme. Prea a pris la suite de son père à la tête du gang de tueurs. Leur activité va du vol au meurtre, du trafic de drogue à la corruption. Prea est un des exemples de chefs de gangs dans un milieu ultra-violent.

Comme je l’ai dit pour le précédent roman, le style du roman est particulier, complètement personnel. Là où dans le précédent roman, le lecteur devait emboiter les pièces pour construire l’histoire, on se retrouve ici avec une histoire plutôt linéaire ou plutôt plusieurs histoires en parallèle. Et dans ce cas là, son style fait mouche. Les phrases sont courtes et frappent le lecteur. Les dialogues ne sont pas séparés, ils sont inclus dans un même paragraphe, et le lecteur n’a aucune difficulté à s’y retrouver. En fait, on a plutôt l’impression que Edyr Augusto nous prend la tête entre ses mains et nous la secoue bien fort.

Car la situation est proprement hallucinante, voire déprimante, nous montrant des gens communs aux mains de tueurs qui n’ont aucune limite. Les scènes sont éloquentes, l’auteur ne nous cachant rien. Il faut s’attendre à des scènes crues et être préparé à ce voyage en enfer. Car les victimes vont s’amonceler et le lecteur n’en sortira pas indemne. Si on peut qualifier ce roman de roman noir, c’est aussi et surtout un roman de dénonciation.

Car à travers la galerie de personnages, tous personnage principal de l’histoire à un moment donné, Edyr Augusto livre un témoignage éloquent sur l’état de son pays, aux mains de tueurs sans états d’âmes, inhumains jusqu’au bout des ongles, de tous les trafics qui nourrissent ces gangs, de l’argent qui va remplir les poches des politiciens. Et la morale, dans tout cela ? J’ai bien peur qu’elle ait été enterrée avant le début de ce roman.

Avec ce roman, Edyr Augusto va encore plus loin dans la dénonciation et la dérive de son pays. Il ne met pas de gants, et ne nous épargne rien. C’est un roman fort, un roman coup de poing, qui mérite d’avoir un large écho pour que son message porte. C’est un roman dur, apre, dans lequel on ne trouvera aucune rédemption, aucun espoir, aucun avenir. Et peut-être faut-il que l’on se prenne des claques dans la figure pour nous en rendre compte ? Vous l’avez compris, il faut absolument lire ce roman hallucinant.

Ne ratez pas les avis de Yan, de Jean-Marc et l’excellent billet de la librairie Charybde

Tant de chiens de Boris Quercia (Asphalte)

Attention coup de cœur !

Pour son précédent roman, Les rues de Santiago, je lui avais déjà donné un coup de cœur, ici. Ce roman reprend le même personnage de flic, Santiago Quiñones, et Boris Quercia en profite pour continuer son autopsie de la société chilienne. Bienvenue dans du pur Hard-boiled dans la plus pure tradition du genre.

Santiago Quiñones est au cœur d’une fusillade, comme dans le premier roman. Sauf qu’il est avec son collègue et ami Jimenez. Ce dernier n’a pas de chance, une balle lui transperce la cuisse. Quand les forcenés lâchent des chiens, quatre énormes Rottweilers, Jiménez ne peut se défendre. Les bêtes le prennent à la gorge. Jiménez ne s’en sortira pas.

Santiago Quiñones passera quelques jours à l’hôpital, puis retournera à son poste. Il a à peine le temps de se remettre de cette descente de folie, contre des trafiquants que les bœufs-carottes lui tombent dessus. Ils sont deux, persuadés que Jiménez était un pourri. Si Santiago pouvait tomber aussi, cela améliorerait leur compteur.

Et puis, il y a Yesenia. Elle est belle comme le jour, connait Santiago ; ils habitaient le même quartier. Il est le seul à pouvoir l’aider. Elle veut tuer son beau-père. Elle lui raconte comment il a abusé d’elle, comment sa mère n’a jamais rien fait pour l’aider, comment la police n’a rien fait, comment la justice l’a innocenté. Comment faire autrement sinon le tuer comme un chien ? Santiago accepte de voir ce qu’il peut faire. Mais cela va s’avérer être une bien mauvaise idée.

Si vous pensez, comme moi, avoir déjà tout vu, tout lu dans le domaine du polar, comme cela m’arrive (rarement, heureusement), détrompez vous et jetez vous sur ce roman noir immédiatement. Nous sommes dans le domaine du hard-boiled, le pur, le dur, le vrai. Nous sommes dans une société qui n’en a rien à faire des gens, dans une société où seuls l’argent et le pouvoir importent. Et, parfois, il existe des gens qui aident les autres, ceux qui ne cherchent qu’à survivre.

Boris Quercia dégaine son revolver pour écrire ce roman. Les chapitres sont courts, les phrases claquent comme des coups de feu, et le suspense est haletant, presque intenable. Il nous montre la vie des gens, au Chili, obligés de vivre dans un contexte ultra-violent, obligés de subir les agressions, les meurtres, les drogués, les obsédés sexuels. Il nous montre une société où la morale n’existe plus, où même la vie humaine n’a plus de valeur.

Et Boris Quercia nous construit cette intrigue en la complexifiant au fur et à mesure. D’une simple affaire de vengeance pour dépanner une ancienne voisine, Santiago va s’enfoncer dans des affaires tout simplement incroyables. Et comme cela va à une vitesse de folie, je n’ai pas relevé la tête, mais plutôt encaissé les coups que Boris Quercia m’a distribué, sans aucune pitié, sans aucun remords (clin d’œil, au passage, à M. Nicolas Lebel).

Ce roman est d’autant plus exceptionnel qu’il n’est pas dépourvu d’émotions. Ecrit à la première personne du singulier, nous avons droit à tous les états d’âme de Santiago. Mais nous avons aussi des chapitres racontés par les gens qu’il rencontre ou interrogent. Ceux-là sont d’une puissance émotionnelle incroyable (c’est la deuxième fois que je le dis), d’une violence à la limite du soutenable (sans effusion de sang). Dans ces chapitres, on y montre des atteintes à la dignité humaine qui m’ont révolté. Et pourtant, j’en ai lu, des romans de tous genres, je peux vous le dire.

Avec son personnage humaniste, obligé de courir pour sauver sa peau, Boris Quercia nous montre une société inhumaine, animale, peuplée de chiens assoiffés de sang, d’argent, de pouvoir. Il nous construit un roman d’une puissance d’évocation incroyable (et de trois !), qui ne pourra que vous toucher dans ce que vous avez de plus cher. Vous l’aurez compris, c’est un roman inoubliable, un coup de cœur !

Ne ratez pas les avis unanimes de BMR-MAM, des amis Yan, et Jean-Marc.

Le chouchou du mois d’octobre 2015

Honneur aux invités, donc honneur à Suzie qui en ce mois d’octobre, a chroniqué La défense de Steve Cavanagh (Bragelonne), un polar juridique dont le personnage principal, ancien voleur, va devoir sauver sa fille prise en otage par la mafia russe. C’est plein d’action, c’est divertissant et le final est explosif …

Dans le cadre de l’hommage à la Série Noire qui fête ses 70 ans, j’ai bénéficié des conseils avisés de Jacques-Olivier Bosco pour découvrir un super polar Pas de dragées pour le baptême de Jean Dorcino (Série noire). Il s’agit d’un polar étonnant, moderne, qui nous montre de formidables personnages, mais aussi l’ambiance du Paris des années 50.

J’aurais aussi continué à proposer les vendredis des romans au format de poche. J’ai donc parlé du formidable Et justice pour tous de Michael Mention (Rivages), qui est un roman noir dont on ne sort pas indemne tant sa lecture est dure. J’aurais aussi présenté Laissez toute espérance de John Connoly (Pocket), le deuxième tome des enquêtes de Charlie Parker qui nous plonge dans l’univers glaçant du nord des Etats-Unis.

Enfin, parmi les moyens ou grands formats, j’ai été étonné par les voyages que m’auront permis de faire mes lectures. Dans Le crime de Julian Wells de Thomas H.Cook (Seuil), nous aurons parcouru le monde à la recherche d’une explication du suicide de Julian Wells, avec toute la subtilité dont cet auteur est capable. Nous serons partis du coté du Gabon, avec Les voleurs de sexe de Janis Otsiemi (Jigal), où cet auteur que j’adore nous présente une autre facette de son pays, entre superstitions et modernité. Nous serons partis du coté du Vietnam, avec Personne ne court plus vite qu’une balle de Michel Embarreck (Archipel), un pur roman d’aventures qui ressemble à s’y méprendre à un hommage non dissimulé aux aventures de Bob Morane et Bill Ballantine. Puis nous serons partis dans le Nord, en Suède plus exactement, pour un roman policier psychologique passionnant avec Les noces perdues de Anna Jansson (Toucan) .

N’oublions pas la France, avec la dernière enquête en date du capitaine Mehrlicht dans Sans pitié ni remords de Nicolas Lebel (Marabooks), qui est un mélange d’enquête et d’action et qui fait encore une fois la part belle aux envolées lyriques de cet excellent personnage.

Le titre du chouchou revient donc fort logiquement à Nid de vipères de Edyr Augusto (Asphalte), pour son sujet, ses personnages, et l’originalité de sa forme, sorte de puzzle passionnant et à l’intrigue à perdre haleine.

Je vous donne rendez le mois prochain et d’ici là, n’oubliez pas le principal, lisez !

Nid de vipères de Edyr Augusto (Asphalte)

Etes-vous prêt pour une expérience ?

J’avais raté les deux précédents romans de cet auteur brésilien parce que … je ne sais pas. Celui-ci m’a été conseillé par Le Concierge Masqué. Et il avait raison, tant ce petit roman de 150 pages en vaut d’autres qui, sur le même sujet, en font 500 ! En fait, c’est à une véritable expérience que je vous convie, presque à un défi. Car je vais défendre ce roman que j’ai adoré, que je trouve fantastique.

Dans le quartier de Centre Architectural de Nazaré, il est presque minuit et les feux d’artifice vont bientôt se déclencher. Trois hommes sortent d’une voiture et entrent dans un immeuble. Ils pénètrent dans un appartement et assassinent la famille Pastri au complet. Les coups de feu se perdront dans le brouhaha des festivités.

A la terrasse d’un bar, Valdomiro, simple comptable, boit se bière. Trois hommes passent devant lui, et laissent tomber un porte-clés. Lui qui les collectionne, va le mettre dans sa poche. C’est aussi un arbitre de football amateur, où il oublie sa lâcheté naturelle, et grand fan de cinéma classique.

Autre temps, autre lieu. Il est l’amant de Pat Harrison, une rock-star internationale. Il doit prendre l’avion pour le Brésil et revenir dans son pays, le Brésil.

Les trois hommes ayant perpétré l’assassinat des Pastri s’arrêtent sur un parking. Une autre voiture arrive. Des hommes les exécutent.

Autre temps, Autre lieu. Les Pastri sont propriétaires d’une scierie à Castanhal. La famille est au complet, les deux enfants Alfredo et Isabela sont là. Wlamir Turvel débarque avec sa bande. Ils frappent le père, violent la mère devant les enfants … Jusqu’à ce que le père accepte de céder son exploitation à Wlamir.

Autre temps, autre lieu. Wlamir Turvel a bati sa fortune sur les biens des autres. Avec l’argent de la scierie, il a construit son empire de trafics. Drogue, prostitution, tout y passe. Il est devenu incontournable et a réussi à devenir gouverneur.

Voici un aperçu des premiers chapitres de ce roman, pas comme les autres. Les chapitres sont courts, très courts. Ils représentent tous une pièce du puzzle. Il n’y a aucune indication de temps, voire même de lieu. Le lecteur est amené à construire lui-même l’histoire, à reconstruire cette intrigue. Même la narration est sèche, les phrases sont courtes. Il n’y a pas de séparation dans les dialogues. Ils se suivent dans le même paragraphe. Là aussi, c’est le lecteur qui doit construire sa propre lecture.

Et vous savez quoi ? ça marche ! Quand je vous parlais d’expérience, je crois bien n’avoir jamais lu un roman aussi jusqu’au-boutiste dans sa forme, mais qui, malgré cela, fonctionne à merveille. C’est un roman étonnant, car, une fois accepté le jeu, on se retrouve avec une bombe à retardement entre les mains. Cela devient un véritable plaisir voire plus, une véritable drogue tant on a du plaisir à revenir sur les pages. On en vient même à relire certains passages tellement c’est bon.

Et cela ne s’arrête pas là. L’histoire, qui est la vengeance d’Isabela, n’est pas aussi simple que l’on croit. Le parcours de Wlamir est éloquent, la trajectoire d’Isabela terrible, les personnages secondaires nous mettant en face d’un dilemme : Peut-on aimer un seul de ces personnages, devant leur violence, leur lâcheté, leur égocentrisme, leur croisade sanglante ? Fichtre ! c’est un sacré bouquin, de ceux qui vous remuent, de ceux qui vous marquent, de ceux qu’on n’oublie pas, de ceux qu’on ne peut pas oublier.

Etes-vous prêt pour une expérience ?

Le chouchou du mois de juin 2015

Les vacances approchent à grands pas. Le hasard de mes lectures, et de mes avis fait que j’ai pensé à alléger la masse de vos bagages, et aussi celui du portefeuille. Je pourrais d’ailleurs appeler la rubrique de ce mois « Bons plans ». Et commençons par un coup de cœur, le troisième de cette année avec L’enfer de Church Street de Jake Hinkson (Gallmeister) qui inaugure de belle façon la nouvelle collection Néo Noir de Gallmeister. Ce roman m’a fait penser à du Jim Thompson, par ses thèmes, son style, ses personnages, ses décors, tout en ayant sa propre personnalité. Un pur joyau.

Je tiens aussi à défendre Black out de Marc Elsberg (Piranha), livre catastrophe, qui nous décrit comment on peut immobiliser un continent par l’arrêt de la distribution d’électricité. C’est terrifiant à souhait, surtout que cela est très réaliste.

Dans une rubrique que j’aurais pu appeler Bons plans, nombre de romans peu chers ont été chroniqués ce mois. Tout d’abord, honneur à la réédition des 4 tomes du cycle de Cybione regroupés dans un livre. Ça s’appelle Le cycle de Cybione de Ayerdhal (Au diable Vauvert), et si la première aventure est un ton en dessous, les autres sont des mélanges d’action, de politique et c’est passionnant.

Ce qui n’est pas écrit de Rafael Reig (Points) est une réédition en format poche du livre éponyme sorti chez Métaillié. Il pose la question du regard que les gens posent sur les auteurs, sur le fait que les lecteurs confondent la fiction avec la vie de l’auteur. Personnellement, je n’ai pas été totalement emballé, mais c’est une curiosité qui vaut le détour. A vous de vous faire votre avis.

Des novellas sont éditées chez Ombres Noires et les deux que j’ai présentées m’ont parues tout simplement fantastiques. Elles sont signées de deux grands auteurs. C’est à ne pas rater. Il s’agit de Le secret des tranchées de Thomas H.Cook et de Prière d’achever de John Connoly.

Enfin, je ne peux que vous conseiller les deux derniers épisodes en date des aventures de Dari Valko. L’humour y est toujours omniprésent, l’auteur prend à partie le lecteur et dans ces deux épisodes là, il pose des questions qui font reflechir. Bref, du divertissement, certes, mais intelligent. Les titres en sont : Tranquille le chat ! et La lune aux Français (Editions létales).

Parmi les auteurs auxquels je suis fidèle, là encore, que de bons polars à noter. Trois fourmis en file indienne de Olivier Gay (Masque) nous donne à lire une aventure mouvementée au scenario remarquablement construit. L’innocence des bourreaux de Barbara Abel (Belfond) est un polar psychologique surprenant et plein de suspense. A mort le chat ! De Jeremy Bouquin (Lajouanie) joue plutôt dans la catégorie des polars outranciers, politiquement incorrects avec un personnage à haïr. Enfin, comme à son habitude, Une nuit trop douce pour mourir de Maurice Gouiran (Jigal) va pointer une dérive de notre société avec une enquête comme seul Maurice Gouiran sait les faire.

Le titre de chouchou du mois revient donc ce mois ci à Coupable vous êtes de Lorenzo Lunar (Asphalte), pour ces formidables personnages auxquels il donne la parole, pour ce décor réaliste qu’il nous peint, pour ce témoignage sur son pays si important.

Je vous donne rendez vous fin aout pour le chouchou de l’été. D’ici là, n’oubliez pas le principal, lisez !

Coupable vous êtes de Lorenzo Lunar (Asphalte)

Après La vie est un tango, les éditions Asphalte nous donnent à lire le deuxième roman de Lorenzo Lunar. On retrouve toutes les qualités de son premier roman ainsi que son personnage de flic, Leo Martin. Du pur plaisir, de la lecture intelligente.

Le roman se déroule à Santa Clara, Cuba. Pedrusco, le spécialiste du cirage, se réveille difficilement de sa cuite de la veille. Il vient de découvrir un cadavre, à coté de la gare routière. Leo Martin est rapidement sur place. La mort remonte à 4 heures du matin. Le mort a eu la tête écrabouillée par un objet contondant, comme un marteau de cordonnier.

Le mort s’appelle Francisco Cordié Montero, il avait 45 ans, Après avoir été enseignant, il devient danseur professionnel, déménage à Varadero et vit chez une vieille dame qui meurt subitement. Francisco hérite de la vieille dame et monte des spectacles. Il est aussi connu pour être bisexuel et proxénète.

Leo Martin pense tout de suite à son ennemi juré, Chago Le Bœuf. De profession cordonnier, il officie dans tous les trafics possibles, mais s’en est toujours sorti. Ce même jour, Leo Martin reçoit une visite. C’est Chago Le Bœuf qui vient porter plainte : on lui a volé un marteau. Leo Martin a du mal à le croire. Mais Chago Le Bœuf lui conseille de faire le tour des prostituées pour faire avancer son enquête de meurtre.

Ce roman est plus costaud que le premier. Comprenez qu’il a un peu plus de pages, et surtout que le style s’affirme. Lorenzo Lunar garde son style direct, et nous donne une leçon sur l’équilibre entre narration et dialogues, des dialogues remarquables d’ailleurs. Si on pourrait rapprocher cet auteur des grands auteurs américains, auteurs de polars noirs sociaux, c’est à mon avis parce qu’il est lui-même libraire, et qu’il a du assimiler certains codes du polar.

Le personnage de Leo Martin est un témoin de son époque. Comme dans le précédent roman, il a l’occasion lors de son enquête de côtoyer beaucoup de gens et de se retrouver dans des situations qui montrent leur quotidien. Après nous avoir montré les regrets que les anciens ressentaient comparativement à la vie moderne, nous nous retrouvons dans une société extrêmement pauvre. Le seul avenir pour les femmes est de se prostituer afin de se trouver un mari ou un amant qui a un bon poste politique. Sans prendre parti ou même juger ses congénères, Lorenzo Lunar montre, détaille et d’une certaine façon dénonce.

Il y a aussi cette pauvreté, à propos de laquelle l’auteur ne s’appesantit pas, mais qui est bien présente et pesante. Il n’y a qu’à voir la mère de Leo préparer une soupe avec ce qui lui reste dans la cuisine. Ou bien, les gens qui attendent les bons pour obtenir de l’huile et pouvoir faire enfin une vinaigrette digne de ce nom. Ou encore, l’attente devant la pizzeria qui dépasse les deux heures, mais à propos de laquelle les gens se sont résignés … parce qu’ils n’ont tout simplement pas le choix.

Ce roman de Lorenzo Lunar, c’est une intrigue policière très bien ficelée, c’est un style percutant, des dialogues formidables. Et c’est aussi une lecture intelligente, c’est une sorte de reportage, c’est un état des lieux d’un pays qui s’enfonce dans la course pour l’argent, laissant sur le bas-côté le peuple qui crève de faim. C’est une photographie du Cuba d’aujourd’hui vue de l’intérieur. C’est un roman fort. Lorenzo Lunar est le héraut du Cuba moderne.