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Harry Bosch 4 : Le dernier coyote de Michael Connelly

Editeur : Seuil &Calmann Levy (Grand format) ; Points& Livre de poche (Format poche)

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles, La glace noire et la Blonde en béton, voici donc la quatrième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va permettre de revenir sur le passé de Harry. C’est avec cet opus que la série atteint ses lettres de noblesse.

Harry Bosch a reçu trop de mauvaises nouvelles en même temps, ce qui a eu pour conséquence de lui faire perdre ses nerfs. D’un point de vue personnel, Sylvia sa compagne a décidé d’accepter un poste en Italie et donc de le quitter. Et suite à un tremblement de terre, sa maison, située sur les collines de Los Angeles, a été déclarée inhabitable. Il a donc décidé de continuer à y vive en toute clandestinité.

Lors de l’interrogatoire d’un suspect, le lieutenant Harvey Pounds, a fait capoter la stratégie de Bosch. Il s’en est suivi une altercation pendant laquelle Bosch a fait passer son chef à travers une vitre. Bosch se retrouve donc suspendu de ses fonctions avec une obligation de suivre des séances chez une psychologue, Carmen Hinijos, afin de mieux maitriser son agressivité.

Lors d’une de ses séances, la psychologue lui demande de lui expliquer ce qui s’est passé. Harry Bosch lui narre son « exploit » et sa philosophie : « Tout le monde compte ou personne ne compte ». Cela lui permet de revenir sur le meurtre non élucidé d’une prostituée, Marjorie Lowe, le 28 octobre 1961. Bosch va mettre à profit sa mise à pied pour enquêter en toute illégalité sur cette affaire et remonter le fil jusque dans les hautes sphères de la justice et de l’état.

Le roman s’ouvre sur un Harry Bosch fatigué, énervé, et désabusé par tous les désagréments qu’il a connus en même temps. Sûr de son bon droit, il voit d’un mauvais œil l’obligation de réaliser des séances chez sa psychologue. Le début va donc nous montrer un personnage qui tourne en rond, et l’apparition d’un coyote lui confirme qu’il devrait peut-être jeter l’éponge, jusqu’à ce qu’il se trouve une nouvelle motivation.

A partir de ce moment-là, on retrouve l’enquêteur pugnace, intuitif et entêté qui va petit à petit accumuler les indices jusqu’à la conclusion de cette affaire. Outre toutes les qualités de l’écriture de Michael Connelly, et en particulier cette faculté de nous faire vivre cette affaire comme si on faisait le chemin avec Harry Bosch à ses côtés, cette enquête se révèle plus personnelle que les autres. On sent la rage et l’obsession du résultat à chaque page.

On voit aussi un Harry Bosch à bout, quasiment suicidaire au moins pour sa carrière professionnelle, prêt à provoquer les politiques sur leur terrain alors qu’il ne possède que des intuitions ou de maigres pistes. On a surtout l’impression de lire une histoire qui est improvisée, qui se suit au fil de l’eau comme dans la vraie vie, sans jamais avoir l’impression que Michael Connelly sache où il veut nous emmener … alors que c’est tout le contraire.

Et c’est tout le contraire bien entendu, grâce à cette conclusion des dernières pages, qui nous confirme que Michael Connelly est un auteur incontournable, capable de nous faire suivre une piste avant de nous dévoiler la solution formidablement trouvée. Il nous dévoile les luttes de pouvoir, les compromissions, les chantages et les exactions que les hauts dignitaires sont prêts à faire pour atteindre le Graal du pouvoir. Le dernier coyote est le meilleur roman de la série (que je viens de commencer) pour moi pour le moment, un grand moment du polar.

La patience de l’immortelle de Michèle Pedinielli

Editeur : Editions de l’Aube

Après Boccanera et Après les chiens, Ghjulia fait son retour pour une enquête plus personnelle, donc plus touchante, et marque aussi un retour dans sa région natale, la Corse du Sud, sauvage, taiseuse, ancrée dans ses traditions. Impressionnant !

Dan, son compagnon, réveille Ghjulia Boccanera dit Diou pour lui annoncer que le commandant Joseph Santucci dit Jo l’attend dans le salon. Dans une autre vie, Jo et Diou ont vécu ensemble. Jo vient l’informer de la mort de Letizia. Son corps a été retrouvé dans le coffre de sa voiture à laquelle on a mis le feu. Pour parfaire l’horreur, l’assassin lui avait tiré une balle dans la gorge.

Letizia est la nièce de JO, la fille de sa sœur Antoinette. Elle était journaliste présentatrice sur France 3 Corse, était tout le temps dynamique et enjouée. Diou a connu Letizia depuis sa naissance, se rappelant ses premiers instants, où l’air a la teneur du coton, où l(atmosphère sent le bébé, les couches de bébé, les lotions de bébé, sa petite tête venue se lover dans le creux de son bras.

Jo a besoin de Diou pour le soutenir lors de l’enterrement, mais aussi d’enquêter en parallèle de la gendarmerie pour connaitre le nom de l’ignoble coupable. Rien ne laissait penser que cette jeune femme, journaliste devenue présentatrice, mariée à Jean Noël Paoli, journaliste aussi, finirait carbonisée dans un coffre de voiture, laissant derrière elle sa petite Maria Stella. Diou doit revenir sur sa terre natale, abandonner Nice et son environnement urbain pour la campagne aride de la Corse du Sud, l’Alta Rocca.

Bien que La patience de l’immortelle soit la troisième enquête de Diou, ce roman peut se lire indépendamment des deux autres. Tout est présenté dès le premier chapitre dans un contexte plombant, parsemé de quelques souvenirs qui mesurent la grandeur du drame. Car même si Diou est du genre rentre-dedans, la disparition de Letizia sonne comme un coup de semonce, la touchant dans ce qu’elle a de plus cher, la famille, le clan.

Michèle Pedinielli, malgré son style sec et son humour cynique, ne peut laisser échapper des mots justes pour faire ressortir le chagrin et les larmes envers cette jeune femme, abattue comme un vulgaire animal. Derrière des décors fantastiques de terre sèche, parsemés d’oliviers pour certains centenaires, se cachent des secrets que personne ne veut dévoiler, car les problèmes se règlent avant tout à l’intérieur du clan.

D’ailleurs, quand on rencontre quelqu’un, on ne vous demande pas d’où vous venez, mais de quelle famille vous êtes issus. Comme le sujet aurait pu être délicat à traiter, comme il aurait pu verser dans le ridicule quand il touche au plus proche de nos racines, et comme les scènes deviennent irrésistibles de tristesse quand c’est bien écrit. Le chapitre trois, qui montre l’enterrement de Letizia est à ce propos terriblement émouvant, car d’une justesse incroyable.

Diou va donc louvoyer entre famille et habitants, essayant d’arracher quelques mots, une explication auprès de gens taiseux, méfiants, qu’elle finira par nous rendre attachants. En découvrant que Letizia tenait un blog pour publier ses enquêtes refusées par France 3, elle va découvrir des trafics, comme autant de mobiles pour ce meurtre … jusqu’au dénouement final, inattendu, brutal, horrible que l’auteure a la grande intelligence de nous placer en face des yeux en nous plaçant en juge. Mais comment peut-on prendre position face à un tel dilemme ?

07 07 07 d’Antonio Manzini

Editeur : Denoël

Traducteur : Samuel Sfez

Si vous ne connaissez pas le sous préfet Rocco Schiavone, il va falloir rapidement rattraper votre retard, puisque quatre enquêtes sont déjà parues avant celle-ci : Piste noire, Froid comme la mort, Maudit printemps et Un homme seul. Et comme toute série qui se respecte, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre, d’autant plus que 07 07 07 est la suite de Un homme seul, un polar dont la chute est une des meilleures (et les plus noires) que j’aie lues avec Le Dramaturge de Ken Bruen (rien de moins). Bref, si vous choisissez de vous lancer dans la lecture de ces romans, ne lisez pas le paragraphe suivant.

Eté 2013. Rocco Schiavone est réveillé par du Heavy Metal, que son voisin écoute à fond. A peine habillé, il se jette sur la porte du malotru pour lui expliquer la vie. De mauvaise humeur, il achète le journal et trouve un article relatant la mort d’Adèle Costa, la compagne de son ami Sebastiano, tuée à sa place (voir le tome précédent). Arrivé au commissariat, le préfet Baldi et le juge Costa le convoquent. Ils savent que ce meurtre est lié au passé de Rocco et lui demandent de s’expliquer.

Eté 2007. Quand Rocco se réveilla par cette chaleur étouffante de fin juin, ce fut pour trouver son lit vide. Il trouva sa femme Marina assise à la table du salon, en train d’éplucher les comptes en banque. Elle venait de découvrir les sales activités rémunératrices de son mari. Déçue, dégouttée, elle se leva et s’en alla, arguant qu’elle avait besoin de temps pour réfléchir. Heureusement, il allait être convié à une affaire qui occuperait son esprit.

Un jeune homme a été retrouvé mort dans une carrière, poignardé derrière la tête. La carrière était gardé par un vieil homme alcoolique qui dormait pendant ses gardes et n’a rien vu ni  entendu. Le grillage n’enfermait pas totalement la carrière, il suffisait de le suivre pour se retrouver près d’une route, en face d’une station service. Et si le jeune avait été en mauvaise compagnie, avait réussi à s’enfuir avant d’être rattrapé puis tué ?

En revenant en arrière, en plongeant dans le cauchemar de cette journée du 07 juillet 2007, Antonio Manzini nous permet à la fois de mieux comprendre son personnage et son attitude quand il a été muté à Aoste. On s’attendait à un livre fort, et l’auteur est au rendez-vous, dans une histoire remarquablement menée, porteuse d’une charge émotionnelle immense, digne des plus grands drames noirs que le polar est capable de nous offrir.

On comprend mieux les origines de Rocco, d’une famille pauvreuse, on rencontre sa femme Marina, belle comme le jour, dont il est fou amoureux (et c’est réciproque), on rencontre ses amis unis comme les doigts de main, Sébastiano l’ours lent, Furio le généreux rapide, et Brizio le beau gosse un peu bête. On participe à leurs repas, leurs discussions pleines de dérision de d’humour. Antonio Manzini réussit le coup de force de nous inviter dans ce cercle fermé grâce à des dialogues formidablement savoureux même si certains auraient mérité d’être mieux traduits.

Et puis, il y a cette intrigue qui part d’un meurtre d’un jeune, et qui se déploie comme une toile d’araignée pour monter vers des sommets de maîtrise. Ce roman se suit comme une évidence, l’enquête se révèle totalement logique et les scènes se suivent avec plaisir tant on démonte les rouages en même temps que Rocco.

Et puis, Antonio nous convie dans une visite de Rome, pas celle des touristes, celle des résidents, entre les boutiques de receleurs et les entrepôts, des ports environnants aux restaurants amicaux avec ces repas savoureux. C’est à la fois un cri d’amour envers la culture italienne, un cri de rage devant les assassinats, un cri de désespoir devant une fin tant attendue alors qu’on sait très bien qu’elle ne peut être que dramatique. C’est aussi dans cette façon de nous faire attendre que l’auteur est fort : on connait la fin et malgré cela, on est surpris comme une balle de revolver qui nous frappe en plein cœur. Ce roman nous frappe en plein cœur. Terrible !

Dans l’œil du démon de Junichirô Tanizaki

Editeur : Editions Philippe Picquier

Traducteurs : Ryôko Sekiguchi et Patrick Honnoré

Je vous avais annoncé que la prochaine vague de polars viendrait du Japon, comme il y eut celle des pays nordiques. C’est une bonne occasion pour moi de revisiter un roman datant de 1919, inédit en France.

L’auteur :

Jun’ichirō Tanizaki est un écrivain japonais, né le 24 juillet 1886 à Tokyo et mort le 30 juillet 1965 à Tokyo.

Né dans une famille aisée de marchands, fortune due à l’ingéniosité de son grand-père, il fait de brillantes études à l’Université impériale de Tôkyô, mais en 1910 la ruine de son père le contraint à les interrompre. Il considéra son père comme un être faible qu’il transposera dans ses écrits. La même année, il publie son premier texte, une nouvelle cruelle et raffinée, « Le Tatouage », dans la revue qu’il a fondée avec quelques amis. L’histoire de la belle courtisane et de son tatouage en forme d’araignée fait scandale et lance sa carrière d’écrivain.

En 1913, il rassemble toutes ses nouvelles dans un recueil intitulé « Le Diable » et subit les foudres de la censure qui les juge « immorales ». Il publie sans trêve drames, comédies et scénarios à une époque où le cinéma en est encore à ses balbutiements, il traduit également la pièce d’Oscar Wilde « L’Éventail de Lady Windermere ».

Installé à Yokohama, il fréquente les résidents étrangers et découvre l’image de la femme occidentale. Lorsqu’un terrible tremblement de terre détruit la ville en 1923, il s’installe définitivement dans le Kansai. Le séisme le bouleverse profondément : alors qu’il puisait son inspiration dans un Occident et une Chine exotiques, il revient vers le Japon à partir de 1924, date à laquelle paraît son premier roman, « Un amour insensé ».

Dans les années 30, il multiplie les publications : « Yoshino » (1931), « Le Récit de l’aveugle » (1931), « Histoire secrète du sire de Musashi » (1932), « Le Coupeur de roseaux » (1932), « Shunkin, esquisse d’un portrait » (1933), « Éloge de l’ombre » (1933).

Il se consacre ensuite à la traduction en japonais moderne de « Le Dit du Genji » de Murasaki Shikibu. En 1943, la publication en feuilleton de son chef-d’œuvre « Quatre sœurs » est interdite car jugée inconvenante en temps de guerre. Après la guerre, Tanizaki publie des romans audacieux comme « La Mère du général Shigemoto » (1950) et « La Clef : La Confession impudique » (1956).

Son état de santé s’aggrave après 1960. Sa souffrance et son obsession de la mort apparaissent dans son « Journal d’un vieux fou » (1961).

En 1964, il fait partie des six derniers candidats retenus de la short list du comité Nobel.

Décerné en son honneur, le prix Tanizaki est l’une des principales récompenses littéraires au Japon.

(Source : Babelio)

Quatrième de couverture :

Un écrivain est interrompu dans son travail par un ami qui lui propose d’assister à un meurtre. Dans un bas-fond de Tokyo, ils assistent à ce qu’ils croient être un assassinat sordide orchestré par une femme démoniaque, dont son ami va devenir fou amoureux. Enfermé dans sa passion, il se rend compte qu’il est destiné à être sa prochaine proie. Bientôt, il demande à son ami d’être témoin de sa propre mise à mort. Mais le lendemain, de retour chez son ami, l’écrivain découvre celui-ci vivant, qui l’attend… Une intrigue haletante qui fonctionne sur le mystère de messages codés à déchiffrer, un jeu d’apparences trompeuses, une ville labyrinthique… Avec toutes les obsessions de Tanizaki : voyeurisme, jeu de miroirs et mise en abyme… Le roman comme théâtre des illusions.

Mon avis :

Datant de 1919, ce roman inédit en France ne peut être lu que comme un hommage à Sir Arthur Conan Doyle et Edgar Allan Poe. Après la mise en place de l’intrigue, (Takahashi, un écrivain est emmené par son vieil ami Sonomura dans un endroit louche où doit avoir lieu un crime car il croit avoir traduit un message mystérieux grâce au Scarabée d’or d’Edgar Allan Poe), les deux hommes vont confronter leur perception de la scène qu’ils ont aperçue à travers un volet.

De la scène détaillée à laquelle nous assistons, les deux hommes vont donc additionner les indices et en déduire une explication sur les auteurs du meurtre et leur motivation. Comme je l’ai dit, cela m’a fait penser à Sherlock Holmes et au docteur Watson par l’extrême précision et la logique implacable de leur raisonnement. Mais la chute, en deux actes va donner tort, à la fois aux deux hommes mais aussi ai lecteur qui a accepté de jouer le jeu.

Cela nous amène donc à nous rendre compte qu’il ne faut pas croire à tout ce que l’on voit, et que nos limites nous amènent bien souvent à nous tromper sur la vérité. Ce roman, après avoir tourné la dernière page, et s’être fait avoir en beauté, est un beau joyau policier qui nous permet de prendre du recul par rapport à nos perceptions. Et cela donne une lecture tout simplement jouissive.

A noter la couverture qui est juste magnifique !

La boussole d’Einstein de Gilles Vidal

Editeur : Zinedi

Chouette, voici le nouveau Gilles Vidal, une assurance de lire un polar emballant et surprenant. Je ressors de cette lecture une nouvelle fois emballé.

Félix Meyer revient dans sa ville natale pour une bien triste nouvelle. Sa sœur Carole vient de mourir. On a découvert son corps, renversé par une voiture alors qu’elle marchait vers chez elle en pleine nuit. On devrait plutôt dire qu’elle a été écrasée par une voiture, tant celle-ci s’est acharné sur elle, lui passant et repassant plusieurs fois dessus. D’ailleurs, Meyer n’arrive même pas à reconnaître sa sœur à la morgue.

Le lieutenant Aurélie Costa est en charge de cette affaire et reçoit Meyer, qu’elle ressent comme un personnage énigmatique et sans émotions. Elle est de la même façon étonnée de son absence de réactions devant le corps en charpie qu’elle lui présente à la morgue. Revenue dans son bureau, elle est bien obligée de lui avouer qu’elle n’a pas la moindre piste concernant ce qui doit être considéré comme un assassinat.

Apparemment, les habits du corps et les papiers correspondent bien à la sœur de Meyer. Meyer demande l’autorisation de visiter l’appartement de sa sœur. Et il n’y trouve là-bas aucun signe de personnalisation : il est quasiment vide, il n’y aucune photo, aucun ordinateur. De même, il n’y a rien dans la salle de bains, comme si personne n’y avait habité, ou que tout avait été soigneusement nettoyé.

Il y a un côté classique dans ce roman. Bien que l’intrigue suive deux personnages en parallèle, le roman démarre avec un mystère brouillardeux et continue comme cela jusqu’à son dénouement. Gilles Vidal n’étant pas un auteur débutant, ce roman est d’une maîtrise parfaite et l’auteur nous mène où il veut, en nous prenant par la main.

Il y a un côté fascinant dans l’écriture de Gilles Vidal, une façon remarquable de construire ses scènes sans être démonstratif, une manière particulière de bâtir la psychologie de ses personnages sans en dire trop. De cette écriture à la fois abstraite et visuelle, on a l’impression que le mystère de l’intrigue se complète par des personnages complexes, que l’on va chercher à comprendre sans jamais y arriver tout à fait.

Il y a un côté entêtant dans cette lecture, car Gilles Vidal nous oblige à continuer la lecture. Il nous donne au compte-gouttes les indices, nous assène parfois des scènes (dont une violente) que l’on a du mal à rattacher au reste avant de reconstruire petit à petit le panorama. Et même là, on ne découvre l’ensemble de l’histoire qu’à la toute fin du roman.

Il y a un côté hypnotique dans cette lecture, car le style, fait de légèreté et de simplicité est l’un de ses meilleurs atouts. C’est probablement un des romans de Gilles Vidal les plus abordables (par rapport à certains autres) mais c’est aussi le plus ludique comme un jeu de pistes et l’un des plus agréables à lire. Et enfin, quand on termine ce roman, on en sort heureux, heureux d’avoir lu un roman pas comme les autres et extraordinairement agencé.

Cross de Marc S.Masse

Editeur : Flamant Noir

Le petit dernier des éditions Flamant Noir a tout pour surprendre : une superbe couverture d’un homme qui court sans objectif et un sujet étonnant : un homme s’engage dans une course de l’extrême, le Grand Cross pour trouver un homme et le tuer. Inutile de vous dire que le sujet est casse-gueule. Eh bien, c’est un pari grandement réussi !

Le roman s’ouvre sur un jeune homme qui vient d’avoir son permis de conduire. Il a le droit et l’autorisation d’utiliser le coupé BMW de son père. Pour l’occasion, il roule doucement, prudemment sur la petite départementale. En face, il y a un camion, qui n’aurait pas du rouler en ce dimanche. Derrière le camion, la Mercedes Classe S roule à 180, voire 200 km/h. Quand la Mercedes veut doubler, elle ne ralentit pas, et le jeune homme, voyant une voiture face à lui, fait tout pour l’éviter mais finit par s’encastrer dans un platane. La Mercedes ne s’arrête pas et le jeune homme meurt sur le coup.

Eric Milan a tout raté dans sa vie. Policier, il a démissionné à la suite d’une bavure ou supposée comme, puisqu’il a descendu un jeune homme armé d’un couteau. Devenu détective privé, il vit d’affaires conjugales et de recherches d’animaux domestiques disparus. Et sa femme n’en peut plus et s’apprête à demander le divorce. Mais le client qui débarque dans son bureau pourrait changer sa vie.

Très élégant, il dit s’appeler M. Martin. Il s’est renseigné sur Milan, sait qu’il fut adepte de courses de fond. M. Martin veut retrouver l’assassin de son fils. Or, à coté de l’accident, il y avait une course extrême. M. Martin veut que Milan s’engage dans le Grand Cross, une course de 8 jours où il faut courir entre 60 et 80 km. M. Martin paiera les 9 mois d’entrainement intensif nécessaires. Le seul signalement qu’il a à lui donner est que l’homme était chauve avec une balafre sur la joue gauche. Mais il ne veut pas seulement le retrouver, il veut que Milan le tue. Pour 300 000€, Milan peut-il résister ?

Avec une quatrième de couverture comme cela, on se dit que le sujet est certes original, mais qu’il est surtout casse-gueule. Comment passionner le lecteur sur 265 pages avec des hommes qui courent au-delà de leurs forces ? Comment créer un personnage apte à être cohérent dans cette histoire, pour qu’on y croie ? Comment tenir en haleine le lecteur alors qu’il parcourt chaque kilomètre en souffrant ? Comment faire tenir une intrigue et l’amener à se dévoiler petit à petit pour un final évidemment surprenant ?

Eh bien, Marc S. Masse s’en sort avec les honneurs et même avec une palme ; celle d’avoir su relever tous ces challenges sans jamais en délaisser un. Le personnage tout d’abord, s’il parait attirer sur lui toutes les poisses de l’existence, reste suffisamment simple pour qu’on accepte de le suivre. Le sujet, ensuite, intrigue dès le début, et on accepte de jouer le jeu. Le rythme ensuite est soutenu malgré la monotonie de la course, et l’auteur parsème de ci de là des rebondissements qui maintienne l’attention, et qui créé une tension dans le récit. La course, elle, est remarquablement bien rendue, et l’auteur se permet même de passer en revue les kilomètres comme un best-of de la course du jour. Et le final est surprenant à souhait, un pur plaisir.

Je tiens à ajouter que l’auteur a su donner suffisamment de détails dans la préparation et dans le déroulement de la course pour être crédible. Et comme on a accepté de jouer le jeu dès le départ, on va aller jusqu’au bout, passer la ligne d’arrivée épuisé. Et donc, je décerne officiellement la palme 2018 du roman le plus original de l’année à Marc S. Masse pour son roman Cross. Car c’est un très bon moment de détente. Chapeau et merci !

Les novellas d’Ombres Noires

Depuis quelques temps, les éditions Ombres Noires nous donnent à lire des romans courts, appelés Novellas d’auteurs connus et reconnus. En voici deux parmi les dernières parues :

 Chatié par le feu

Châtié par le feu de Jeffery Deaver :

Quatrième de couverture :

Hermosillo, Mexique. Alonso Maria Carillo, dit aussi Cuchillo, « le Couteau », jouit d’une réputation de parrain cruel et très efficace. On ne lui connaît qu’un seul vice : une passion pour les livres rares. Il en possède des milliers, qu’il collectionne compulsivement et conserve avec amour.

Aussi, lorsque Carillo est visé par un contrat, les deux hommes chargés de l’assassiner, Evans et Díaz, pensent que ce sera un jeu d’enfant. Un bel autodafé devrait remettre Cuchillo dans le droit chemin. C’était oublier qu’un parrain se laisse rarement déposséder de son bien.

Mon avis :

D’un coté un homme immensément riche enfermé dans sa luxueuse propriété et que l’on soupçonne d’être un trafiquant et un assassin. De l’autre, deux hommes chargés de le tuer. C’est donc un duel à distance auquel on va assister. Il n’y a aucun spectacle, si ce n’est le pur plaisir de lire un scenario impeccable, servi par des dialogues d’une efficacité rare. Si l’on ajoute à cela un final en forme de clin d’œil, ainsi que le plaisir de l’auteur à écrire cette histoire que l’on ressent à chaque ligne, on se retrouve là avec 110 pages de pur plaisir. A déguster.

Cavale étranger

La cavale de l’étranger de David Bell :

Quatrième de couverture :

Jusqu’à sa mort, le père de Don Kurtwood avait la réputation d’être un homme sans histoire : époux fidèle, père aimant et lecteur compulsif. Le jour de ses funérailles, un vendeur de livres rares, Lou Caledonia, se présente à Don. Il en sait beaucoup sur M. Kurtwood, et il doit en parler. Rendez-vous est pris pour le lendemain. Mais à son arrivée à la boutique, c’est un cadavre que Don découvre. Quelles révélations s’apprêtait à faire Lou Caledonia ? Comment expliquer que Don en sache si peu sur son père ? Avec ce roman à l’écriture limpide et envoûtante, David Bell s’interroge sur ce lien unique et ténu qui tisse les relations père-fils.

Mon avis :

Comment créer une histoire, donner pleins d’espoirs au lecteur, et faire retomber le soufflé ? C’est un peu comme cela que je pourrais résumer mon avis. Avec un démarrage plein de promesses, le narrateur va chercher à connaitre son père. De fil en aiguille, il découvre qu’il fut un auteur de roman, d’un seul roman, un western. Sauf que, on attend surtout que l’histoire décolle …

Et non ! L’auteur, en ébauchant des thèmes qui auraient pu être forts, s’enferme dans la simple description de son intrigue. Et du coup, le manque de sentiments, le manque d’émotions devient flagrant … et on se prend à regretter qu’avec un sujet pareil, on n’ait entre les mains qu’un bon scenario de téléfilm. Quelle déception !