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La chronique de Suzie : Rouge est la nuit de Tetsuya Honda

Editeur : Akatombo

Traducteurs : Franck et Dominique Sylvain

Le petit dernier de la toute nouvelle maison d’édition Atelier d’Akatombo était en vente au salon du livre de Paris. Quand j’ai vu Dominique à Lyon, je lui avais dit que mon amie Suzie le chroniquerai avant que je le lise, car c’est une fana du Japon. Voici donc son avis complet :

 

Bonjour amis lecteurs,

Me voici de retour à la surface pour vous parler d’un nouveau roman, « Rouge est la nuit » de Tetsuya Honda dont le titre original est « Strawberry Night (ストロベリーナイト) » en japonais.

Bien que prolifique avec une quinzaine de livres, c’est le premier titre de l’auteur qui est traduit en français. Celui-ci est le premier tome d’une série de cinq volumes sur le lieutenant Reiko Himekawa.

Le titre en français est bien choisi car il intrigue suffisamment pour donner envie de lire la quatrième de couverture, contrairement à la traduction du titre japonais, « la nuit fraise » qui semble bizarre en français. Ce dernier sera explicité à un moment du récit et vous comprendrez ce qui ressemble à une fraise. Mais, je vous laisse le découvrir.

D’ailleurs, le choix de la couverture en français indique le lieu principal de l’action avec une vue de la tour de Tokyo de nuit. Sur la couverture originale, on voit une jeune femme de dos sur un pont au lever du jour. Cela m’a fait penser à Odaiba, l’île artificielle au sud de Tokyo. Mais, cela reste à confirmer. L’ensemble rend la version japonaise intrigante. Les couvertures des autres livres de la série sont du même style comme si elles mettaient en avant le coté sombre des enquêtes du lieutenant Himekawa.

Comme vous avez dû le comprendre, l’intrigue va se dérouler à Tokyo et dans les villes proches. On va suivre une des enquêtes du département de la police métropolitaine de Tokyo, la DPMT, à travers trois de ses lieutenants et leur groupe d’intervention.

Le récit commence par la découverte du corps d’un homme torturé dans un endroit inexplicable. Plus exactement d’une lacération incompréhensible qui ne semble pas cohérente avec les autres blessures.

L’histoire est divisée en cinq parties qui constituent les différents niveaux de compréhension de l’affaire criminelle. Si l’intrigue principale est constituée par l’enquête policière, il y a des intrigues secondaires qui vont renforcer l’intrigue principale en étoffant la compréhension du caractère des différents personnages. Les premières parties sont précédées d’une histoire parallèle qui semble distincte de l’intrigue principale mais qui nous permet de comprendre l’historique d’un des personnages qu’on va découvrir plus tard dans le récit.

En ce qui concerne les personnages, le personnage principal est le lieutenant Reiko Himekawa, une des rares femmes officiers dans le monde indubitablement masculin de la police japonaise. Etant célibataire, elle constitue un élément inhabituel dans sa famille qui cherche à la marier à tout prix à travers des rencontres arrangées. Mais, Reiko ne vit que pour son métier qui lui sert de protection vis-à-vis de sa famille. Bien qu’elle s’en défende, elle ne supporte pas les lourdes nuits d’été car un événement traumatisant lui est arrivé durant une de ces fameuses nuits.

Lorsqu’elle enquête, elle se concentre sur ce qu’elle fait et elle essaie de faire abstraction de tout le reste, surtout de sa famille. Le but est de prouver sa valeur face aux autres lieutenants. Son groupe d’intervention constitue une espèce de famille de substitution et lors d’un autre événement traumatique, elle va s’en rendre compte. Elle est une femme de caractère, avec un instinct qui ne correspond pas à la hiérarchie de la police et une armure de verre qui peut voler en éclats à n’importe quel moment.

Son adversaire principal est le lieutenant Katsumata qui privilégie les dessous de table et l’extorsion d’informations. C’est un policier pour lequel « la fin justifie les moyens ». Mais, je vous laisse découvrir ce personnage très contrariant.

Les membres du groupe d’intervention de Reiko lui apportent un soutien sans faille et ils sont loyaux envers leur lieutenant. Chacun d’entre eux a une caractéristique, une qualité qui permet de former un groupe soudé autour de leur lieutenant. Il y a un personnage qui pourrait être intégré à cette escouade malgré son âge et sa fonction. Mais, je vous laisse deviner qui.

C’est le deuxième titre de cette maison d’édition que je lis après « le loup d’Hiroshima » de Yuko Yuzuki, J’étais impatiente de lire ce livre. D’abord à cause du titre qui, pour moi, évoque une affaire sanglante dont la nuit serait la complice ; Ensuite, pour le fait de suivre une femme lieutenant dans un milieu aussi strict que la police japonaise. Et, pour finir, tout simplement à cause du fait que l’histoire se passe au Japon.

Et, comme souvent, je me suis laissée mener par le bout du nez par l’auteur. Celui-ci m’a distraite par les histoires annexes des personnages et je me suis fais piégée. Bien que l’on puisse présumer de l’identité de l’assassin quasiment depuis le début de l’intrigue, je me suis fait retournée comme une crêpe par la scène finale. Je n’avais compris qu’une partie de l’intrigue et, donc, je me suis laissée surprendre.

Malgré deux ou trois scènes particulièrement dures à lire et quelques mouchoirs utilisés, l’intrigue est assez soft et elle met en avant les relations entre les différents membres de la police et les interactions qui existent entre eux. Etant le premier volume d’une série, j’espère que la suite sera traduite en français car c’est un auteur intéressant à connaitre et à lire. C’est un appel que j’adresse aux éditeurs et j’espère qu’on sera nombreux à le faire.

Sur ces derniers mots, je vais retourner dans mon antre avec ma nouvelle provision de livres. Mais, je reviendrai sans faute pour vous parler d’un nouveau roman. A bientôt

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Le Loup d’Hiroshima de Yuko Yusuki

Editeur : Atelier Akatombo

Traducteurs : Dominique et Frank Sylvain

Une toute nouvelle maison d’édition a vu le jour cet été. L’Atelier Akatombo nous propose de découvrir la littérature de genre japonaise. Le premier roman sorti cet été nous propose une plongée dans le monde des Yakuzas. J’ai oublié de vous dire, que ce roman fait partie des titres présélectionnés pour le Grand Prix des Balais d’Or 2019.

Le jeune lieutenant Hioka débarque au commissariat de Kurehara, située dans la banlieue de Hiroshima. Pour une première affectation, il va lui falloir apprendre les règles de base. Avec le commandant Ôgami, il va être servi. Dès les premières heures de cohabitation, Ôgami n’hésite pas à lui donner des tapes sur la tête comme on le ferait à un enfant qui ne veut pas comprendre. De même, il doit toujours avoir à disposition un briquet pour allumer les cigarettes du commandant, ou passer devant pour ouvrir les portes.

Il n’est pas que le commandant Ôgami soit content d’avoir un jeune collé à ses basques. Aussi commence-t-il par le mettre à l’épreuve, quitte à pousser un garde du corps yakuza à le provoquer en duel. Comme Hioka s’en sort bien, il peut envisager de lui en dire plus, un tout petit plus sur la réalité du terrain. Car si le commandant Ôgami est détesté par ses chefs, c’est parce qu’il est bien intégré dans la sphère Yakuza.

Et pour être bien intégré, le commandant Ôgami est bien intégré ! D’ailleurs, ils ont rendez vous dans un bar, qui n’est autre que le Quartier Général du clan yakuza Odani, l’un des trois gangs de Hiroshima. Pour Hioka, son chef est traité comme un hôte de marque. D’ailleurs, Moritaka, l’un des dirigeants Odani, le charge de retrouver Junko Uesawa, son comptable qui a disparu.

Ce roman est à la fois un roman d’éducation, d’initiation et un roman social. A travers cette histoire, Hioka va découvrir un nouveau monde, qui vit en parallèle du sien. L’auteure va, au travers de scènes simples, nous montrer la différence qui existe entre ces deux mondes et les différentes règles de bienséance. Il est amusant de voir par exemple que la majorité des règles de morale ou sociale sont exactement inversées. Et pour autant, le monde des yakuzas est loin d’être anarchique, car bien que violent et sans pitié, il y règne une loyauté et un respect des uns envers les autres.

Le déroulement de l’intrigue est relativement linéaire et classique. On y voit le commandant Ôgami passer d’un clan à l’autre avec la même facilité ; il utilise beaucoup les bras de levier qui sont à sa disposition, sous forme de chantage masqué. Il est clairement à l’aise comme un poisson dans l’eau, on sait qu’il sait beaucoup de choses, mais on ne sait jamais quoi ni comment il le sait. Et Hioka a un rôle majeur dans cette intrigue : écouter, voir, et apprendre. S’il est compétent, alors peut-être pourra-t-il grandir. Pour autant, on n’y sent aucune menace dans toutes ces relations entre les mafieux et la police. Quand quelqu’un va trop loin dans son attitude, alors il se met en danger de mort … et meurt, tout simplement.

J’ai trouvé le scénario très américanisé, dans sa façon de le conduire et aussi dans son final. Le style est détaillé, très agréable à lire et la traduction m’a paru par moments littérale. Par contre, chaque chapitre commence par les notes que prend Hioka pendant son séjour au commissariat. Ce qui permet de suivre ce qu’il retient. Certains passages sont raturés ; Allez savoir pourquoi ! Moi, je ne vous le dirai pas, il va vous falloir lire ce roman. Et franchement vous ne perdrez pas votre temps, car c’est un excellent polar.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude