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Les polaroïds des éditions In8

Editeur : Editions In8

Depuis 2010, les éditions In8 mettent à l’honneur les novellas, ces mini romans de moins de 100 pages. C’est un exercice de style difficile de raconter une histoire et de plonger dans la psychologie de personnages avec aussi peu de mots. Quand 2 de mes auteurs favoris se lancent dans ce défi, je ne pouvais que vous en parler.

Le sorcier de Jérémy Bouquin :

Dans un petit village du Berry, un homme habite une maison isolée. On l’appelle le Sorcier, mais il s’appelle Raoul. Tout le monde le craint mais tout le monde a besoin de lui. Il fournit des potions, des crèmes pour guérir de maladies. En échange, on lui donne à manger et le « client » doit donner à Raoul un objet personnel, qu’il collectionne. Au marché hebdomadaire, il vend ses herbes, ses onguents, ses remèdes et tout le monde connait l’efficacité de ses médicaments. Quand la petite Margaux disparait, tout le monde est persuadé qu’il est le coupable, puisqu’il ne vit pas comme les autres.

Le principe de cette collection est de proposer des novellas, c’est-à-dire des romans de moins de 100 pages. Et Jérémy Bouquin se montre aussi efficace dans cet exercice qu’il l’est dans des nouvelles ou des romans. Avec son style direct, sans fioritures, il nous propose cette histoire rythmée par des chapitres courts et quelques dialogues uniquement quand ceux-ci sont utiles.

Il y a une constance dans ses romans : le décor tout d’abord, un village comme celui que l’on rencontre dans Les enfants de la Meute ; un personnage mystérieux, vivant isolé, en marge du village, habitant une maison sur une colline. Et derrière cette intrigue, on y trouve une illustration de la justice expéditive, où on accuse ceux qui ne rentrent pas dans le moule. C’est une belle occasion pour découvrir Jérémy Bouquin et son univers, son style et ses qualités de conteur.

Ne ratez pas l’avis d’Yves

Aucune bête de Marin Ledun :

Cela fait 8 ans que Vera n’a plus participé à une course officielle. Elle a été la championne des courses extrêmes avant de tomber pour un contrôle antidopage positif. Elle a eu des enfants, a rongé son frein à l’usine pour revenir, car la course, c’est sa vie. Entourée de sa famille, elle s’engage aux 24 heures non-stop. En face d’elle, elle retrouve l’Espagnole Michèle Colnago, qui est devenue la star de la discipline.

D’une structure presqu’académique, cette novella est un modèle du genre, avec une présentation du contexte, le déroulement de la course et la chute finale. Trois parties bien distinctes qui remettent en cause nos certitudes, enfoncent petit à petit ses messages pour finalement nous mettre à mort à la fin. Car cette course est plus qu’une course, c’est la lutte entre la Femme et la Machine.

Vera est plus humaine que jamais, et se bat pour elle, contre elle. Ce type de course, c’est avant tout la capacité à battre son corps par son esprit, oublier les sauts, les pas, les coups. Michèle est une véritable mécanique, abattant les mètres, les kilomètres les uns après les autres. Mais la machine peut s’avérer plus fragile qu’elle ne parait, surtout quand elle va subir l’impensable de la part de son entraineur. Je ne vous en dis pas plus.

Mais j’en ai bien envie, tant Marin Ledun dénonce les images du sport, les icones que l’on monte en vedette au-delà du raisonnable, que l’on descend à la moindre performance. Il dénonce aussi ces femmes que l’on place sur un piédestal, uniquement pour avoir la photo la plus sexy qui permettra au buveur de bière libidineux de baver sur son canapé. Il dénonce l’inhumanité du sport au profit de l’image et de l’argent. Il dénonce l’impunité des hommes ignobles qui se croient tout permis. Tout ça en moins de 80 pages ! Chapeau, M.Ledun !

Ne ratez pas l’avis de mon ami le Souriceau du sud

Amère Méditerranée de Philippe Georget

Editeur : Editions In8

Alors qu’on avait l »habitude de lire les romans de Philippe Georget chez Jigal, voici que son petit nouveau sort aux éditions In8. Honnêtement, je n’avais pas l’information. Il aura fallu un petit message de Philippe lui-même pour que je sois au courant, et quelques semaines pour que je le lise. Un mot : Ne ratez pas ce roman !

Au large de l’île d’Ostiolum, Ugo et Elena sont en pleine partie de pêche à bord de leur Yacht Aurélia. L’ïle d’Ostiolum est un bout de terre de 83 km² situé entre l’Afrique et l’Europe, comme un lien entre la pauvreté et la richesse. Alors qu’Elena descend vers la petite cuisine, elle entend Ugo et son cousin Javier crier. Mais en guise de grosse prise, il s’agit du corps d’un homme. D’autres flottent autour, et ils en distinguent quelques uns qui bougent encore. Immédiatement, ils lancent un signal d’alarme.

Elle est dans l’eau, accrochée à son espoir, à son désespoir, qui n’est autre qu’une caisse en bois. La caisse lui permet de ne pas couler, et elle bat des jambes de temps en temps pour avancer. Ce qui la tient encore en vie, c’est ce petit corps qui proteste dans la caisse : un petit chat qu’elle a nommé Mouna se met à miauler.

Louka Santoro est résident sur l’île et a fait ses études sur le continentavant de revenir pour exercer le métier de journaliste. Assis à la terrasse du Café de la Gare, il boit son café qui devrait finir de le réveiller. Corto, un pêcheur qui embarque les touristes, vient de recevoir un appel d’Ugo : un chalutier vient de chavirer au large avec des migrants à bord. Louka et Corto se mettent de suite en route pour en sauver le maximum et récupéreront une vingtaine de personnes. Mais pourquoi le chalutier a-t-il sombré ?

Philippe Georget nous a habitué à insérer dans sa bibliographie des romans orphelins, entre deux enquêtes de Gilles Sebag et Jacques Molina, ses inspecteurs récurrents. C’est le cas ici, où il situe l’intrigue de son roman sur une île imaginaire, sorte de pont entre l’Afrique, affamée et déchirée par ses conflits et l’Europe riche et hautaine. Et on sent que cet auteur, que j’adore pour son humanisme, a choisi ce sujet parce qu’il lui tient à cœur.

On y trouve une passion, sous-jacente, qu’il n’a pas voulu mettre au premier plan, optant pour un style grave, solennel, pour bâtir son roman. Il y met aussi beaucoup de recul, se plaçant en retrait par rapport à ce qui arrive à ces pauvres gens qui, en définitive, ne veulent que survivre. Car il y a bien une intrigue policière, puisque Louka va plonger pour observer l’épave du chalutier, et découvrir qu’un couple est menotté à une barre du bateau. Il y a donc bien eu assassinat.

Louka va donc avancer à pas comptés, rencontrant les naufragés survivants, les membres de la police locale, ceux de la métropole et même ceux des services secrets. Pour asseoir son sujet, Philippe Georget va insérer des chapitres consacrés aux migrants, et nous donner quelques clés à propos de l’énigme. Mais surtout, il va nous montrer la complexité des tensions qui se jouent entre les différentes nationalités et les conditions déplorables du voyage, orchestrées par des passeurs marchands de viande !

Et c’est dans ces moments là que le roman décolle et nous place en face de nos responsabilités. Sans vouloir être un brûlot, il nous pose des questions. Car nous sommes responsables. Comment pouvons-nous mettre au pouvoir des dictateurs sanguinaires et fermer les yeux devant le sort de leur peuple ? Comment pouvons-nous ruiner, voler leurs ressources naturelles et fermer les yeux devant le sort de leur peuple ? Comment pouvons-nous nous empiffrer de nourriture et fermer les yeux devant le sort de leur peuple ?

Si ce roman est d’une construction admirable, complexe mais redoutablement bien menée, si on y trouve des scènes d’action et même angoissantes, le fond du sujet, élaboré avec beaucoup de subtilité, rend ce roman un livre important. Et par moments, on y trouve des phrases éloquentes telles celle-ci que j’ai pioché à la page 232 : « On ne peut pas se revendiquer des Droits de l’Homme tout en fermant nos portes à ceux qui fuient l’Enfer. » Voici un des grands romans humanistes de l’année 2018, à ne pas rater.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

 

 

Barouf de Max Obione

Editeur : Editions In8

Collection : Court-circuit

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu de roman de Max Obione. Je le considère comme un auteur de roman noir et de polar injustement méconnu. Pourquoi ? Parce qu’il écrit sans concession, dans un style plein de verve et « rentre-dedans ». Ce roman entre totalement dans cette catégorie.

4e de couverture

Il n’y a pas plus indépendant que le journaliste Bob Mougin. Le reporter havrais n’a pas son pareil pour fourrer son nez dans les affaires douteuses et les révéler dans Web Hebdo, le journal alternatif qu’il a lui-même monté. On n’est jamais mieux servi… Quand un parc éolien surgit dans les vertes prairies du pays de Caux, il n’hésite pas une seconde, enfourche Rosalinde, sa moto mythique, et part prendre le pouls des autochtones. Tandis qu’à la ville, des oiseaux décapités viennent ensanglanter la jolie place de la mairie, à la campagne, quelques rétifs s’opposent à l’implantation des géants ailés, qui défigurent le paysage et vrombissent à rendre fou. Ils osent mettre en question le tout éolien pourtant prôné comme une alternative crédible au tout nucléaire : de véritables criminels climatiques. Et si le criminel était ailleurs ?

Note de l’éditeur

Fidèle à son tempérament libertaire, Max Obione n’hésite pas à prendre le parti qui contredit la bien-pensance écologique sur l’énergie éolienne terrestre, au titre du grand barnum du développement durable. Il manie la langue avec subtilité, donne libre court à son écriture, laisse éclater un humour foutraque et jouissif. Ses nombreux personnages sont croqués en quelques lignes, ses digressions pimentent le récit, et son attachement à la ruralité normande transparaît tout au long de la fiction.

Mon avis :

Il existe pléthore de petits polars mettant en scène des héros, tels que des détectives privés, des journalistes ou même simplement des redresseurs de tort (Le plus connu étant surement Gabriel Lecouvreur, dit Le Poulpe). Max Obione en invente un nouveau, et il se nomme Bob. Bob est journaliste et tient un hebdomadaire sur internet. Son crédo : Enquêter dans son voisinage, aller remuer la merde dans le caniveau d’à coté. Et comme il est doué pour faire parler les gens, il arrive à déterrer de beaux scandales. Par contre, il est moins doué pour les bagarres …

Ici, Max Obione remet les points sur les i, et de belle façon. Vous croyez que l’énergie éolienne est propre ? Que nenni ! C’est surtout un bon moyen de faire de l’argent sale. Bob Mougin va donc interroger les gens du cru, et en particulier le comité opposé à l’installation d’un champ d’éolienne, et découvrir un pan dont on ne vous parle pas. Il n’est pas question de critiquer les écologistes (qui entre parenthèse feraient mieux de prôner l’économie d’énergie !), mais de montrer ce qu’on ne nous dit pas.

Sinon, c’est un polar au style vif, très agréable à lire, avec son lot de dialogues, de rebondissements, d’action pour arriver à un épilogue tout à fait amusant et montrant avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision qu’il faut arrêter de se prendre la tête. Vous ne comprenez pas ? C’est parce que j’ai oublié de vous signaler que Bob Mougin écrit des polars ! Bref, une lecture fort divertissante que je vous conseille.

Allez jeter un oeil chez l’éditeur i

Pouy à l’Atelier In8

Depuis quelque temps maintenant, les éditions Atelier In8 sortent des novellas en moyen format. Nous avons l’occasion, dans cette collection Polaroid, dirigée par Marc Villard, de lire des textes écrits par nos plus grands auteurs français. Honneur à Jean Bernard Pouy qui a écrit deux titres parmi la quinzaine de titres disponibles à ce jour :

Calibre 16mm :

Calibre 16mm

Quatrième de couverture :

Vincent apprend qu’il hérite de Matilda Rosken, excentrique américaine installée en France. Il pense d’abord à une farce, mais les boîtes de pellicule que lui lègue la mamie le renvoient à sa jeunesse de cinéphile adepte des films expérimentaux. La flamme se rallume. Des noms de réalisateurs oubliés dansent la sarabande sous ses yeux : Gérard Malanga, Tony Conrad, Michaël Snow, Bruce Conner, Paul Sharitz. Quand des malfaisants cherchent à s’emparer de son héritage, il ne s’inquiète pas trop. Sauf que la menace se précise.

Que peut bien écrire l’inénarrable et prolifique Jean-Bernard Pouy lorsqu’il choisit d’ouvrir son jardin secret et d’initier le lecteur à ses obscures passions ? L’amateur de bons vins nous avait offert le gouleyant Bar parfait, lecture canaille, hédoniste, sautillante. Cette fois, Pouy joue la partie à 100% car il nous révèle une marotte bien moins partagée, volontiers taxée d’élitiste, celle du cinéma expérimental. Titulaire d’un DEA d’histoire de l’art en cinéma, il nous cornaque dans les milieux arty des années 70, jusqu’à la Factory de Warhol, mais avec humour, potacherie, insolence, toujours, et conclut cette nouvelle noire par une farce, outrancière à souhait.

Mon avis :

Il n’y a pas grand’ chose à ajouter à propos de ce roman. Jean Bernard est un grand auteur de polar, et encore une fois, il nous montre l’étendue de son talent, à travers cette histoire simple. Dès le départ, les personnages sont posés, l’histoire se suit avec une facilité déconcertante, et quand on a commencé le livre, on le finit avec avidité. Il nous décrit aussi des films issus de la période expérimentale des années 70 à 80, que lui seul probablement a vu, il nous montre son amour pour ce cinéma hors du commun, plein d’humour noir et de dérisoire. C’est une histoire simple et malgré ses 60 pages, il n’est pas sur qu’on l’oublie facilement. Encore une fois, Jean Bernard Pouy remplit son objectif de nous divertir intelligemment et ça fait du bien.

Le bar parfait :

Bar parfait

Quatrième de couverture :

Un marathonien du Blanc hante les rues de Paris à la recherche du bistrot parfait. Celui qui proposera mieux que Cabernet ou Sauvignon. Les établissements se succèdent et ne se ressemblent pas. Dans sa quête, il utilise un jeu de Monopoly et découvre ainsi des quartiers qu’il avait jusque-là négligés. Pendant ce temps, un groupe de tueurs prépare une descente dans un vieux rade.

Le Bar parfait est une balade au pays de l’alcool chaleureux, des éblouissements autour du zinc, des ivresses des arrière-salles enfumées. On marche dans la lumière sourde des bar-tabacs en compagnie d’un narrateur qui ressemble terriblement à un Jean-Bernard Pouy.

Mon avis :

C’est pratique, les RTT. Le narrateur se met à chercher le bar parfait. Et, en commençant à 10 heures du matin, il faut trouver le vin blanc. C’est parti pour une vadrouille à Paris, en suivant les cases du Monopoly, trouvé dans un vide-grenier.

Qui d’autre que Jean-Bernard Pouy peut prendre un sujet aussi simple et en faire une novella jouissive ? Quel plaisir d’arpenter les rues de Paris et d’assister à des discussions toutes aussi décalées les unes que les autres. Et même si les passages avec les tueurs à gages sont moins convaincants, ce petit roman reste un moment à part que seul un auteur comme lui peut mener à bien. Et si vous voulez savoir si le narrateur trouve le bar parfait, ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler la fin, et encore moins l’adresse. Il ne vous reste plus qu’à acheter ce Bar Parfait.