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Des poches pleines de poches

Suite de cette nouvelle rubrique dans Black Novel, consacrée aux livres de poche. La précédente était là.

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans.

Pyromane de Wojciech Chmielarz

Editeur : Livre de poche (Grand format : Agullo)

Traducteur : Erik Veaux

Le fait que cet hiver soit aussi froid à Varsovie arrange plutôt le criminel qui va mettre le feu à une maison bourgeoise de la banlieue de Varsovie. Il va trouver une échelle dans le jardin, et balancer son cocktail Molotov par la cheminée. A l’intérieur, Klaudia Kameron, ancienne star de la chanson s’efforce de sortir du dressing dans lequel elle est bloquée. Elle arrivera à sortir avec de nombreuses blessures en sautant par la fenêtre alors que son mari, l’industriel Jan Kameron, finira carbonisé.

L’inspecteur Jakub Mortka, dit le Kub, est chargé de l’enquête et se rend sur le site avec son adjoint Kochan. Le responsable des pompiers demande à le voir : l’aspirant Marcin Kowalski lui confirme l’origine criminelle de l’incendie par la présence de morceaux de verre et l’odeur d’essence. Kowalski annonce ensuite au Kub qu’il s’agit du troisième incendie de ce type, les deux autres n’ayant pas fait de victimes.

Premier roman de Wojciech Chmielarz et premier roman d’une série mettant en scène le Kub, cette lecture constitue une très belle découverte. Elle permet en tous, au travers d’une enquête policière que je qualifierai de classique, d’avoir une bonne vision de la société polonaise, pays qui connait des températures extrêmes en hiver. C’est l’un des aspects très intéressant de ce roman, avec le personnage du Kub, rustre et solitaire, divorcé et loin des enquêteurs doués que l’on connait, puisque l’on découvre un policier travailleur et acharné, aimant aller au bout des choses avec obstination.

L’autre aspect de ce roman est de montrer un peuple mystérieux et taiseux, où certains hommes frappent leur femme, où la pègre est bien implantée et a mis la main sur les industriels, où les travailleurs subissent le règne de l’argent volé par les mafias. Le dernier aspect qui va vous décider à lire ce livre est bien l’intrigue, qui malgré quelques longueurs est remarquablement bien menée et qui réserve une surprise de taille dans le dernier chapitre. Décidément, c’est un premier roman qui donne envie de lire la suite, qui est déjà sortie chez Agullo, qui s’appelle La ferme des poupées et dont je devrais vous parler très bientôt.

La dernière expérience d’Annelie Wendeberg

Editeur : 10/18 (Grand format : Presses de la cité)

Traductrice : Mélanie Blanc-Jouveaux

Après une première enquête menée avec Sherlock Holmes (voir Le Diable de la Tamise), Anna Kronberg s’est retirée dans son cottage du Sussex. La jeune femme médecin pensait qu’elle et son célèbre coéquipier étaient parvenus à annihiler une organisation secrète qui expérimentait des bactéries pour en faire des armes de guerre. Mais le professeur Moriarty, véritable dirigeant de l’organisation, a survécu.

Et il a décidé d’utiliser Anna pour entamer des recherches sur la peste… Pour arriver à ses fins, Moriarty kidnappe Anna ainsi que son père. Si la jeune femme veut revoir ce dernier en vie, elle devra obéir. Vivant désormais sous haute surveillance entre la demeure luxueuse de son geôlier à Londres et un entrepôt où elle réalise ses expériences, Anna tente de trouver un moyen pour prendre contact avec Holmes.

Alors qu’elle fomente le meurtre de Moriarty, une relation ambiguë s’instaure avec cet homme violent, manipulateur et effrayant.

Ceux qui ont lu Le Diable de la Tamise vont se jeter sur cette deuxième aventure d’Anna Kronberg, cette jeune femme brillante qui s’est déguisée en homme pour obtenir son diplôme de médecin dans l’Angleterre victorienne. Ceux qui ne l’ont pas lu devront le faire avant de lire celui-ci car l’auteure dévoile beaucoup de choses de l’intrigue de la précédente aventure.

C’est un roman de séquestration auquel Annelie Wenderberg nous convie, et donc on n’y trouvera point d’enquêtes. Tout juste y verra-t-on l’esprit brillant de la jeune chercheuse à l’œuvre pour en déduire où elle est, et son aptitude à monter des stratagèmes pour s’en sortir. Il est tout de même intéressant de voir comment Anna est écartelée entre le professeur Moriarty à la fois brillant et violent et entre son désir de lutter contre la manœuvre maléfique basée sur une guerre bactériologique.

Construit de façon chronologique, égrenant les jours les uns après les autres, nous allons suivre Anna dans un roman très psychologique, avec peu d’action mais beaucoup de détails quant à ses recherches qu’elle est obligée de mener sous peine de voir son père assassiné. Sherlock Holmes fera quelques apparitions comme quelqu’un qui agit dans l’ombre et la fin appelle un tome supplémentaire qui promet, je ne vous dis que ça. Ce roman est tout de même à réserver aux aficionados du grand enquêteur anglais.

Ne ratez pas l’avis de la Belette, grande spécialiste de Sherlock Holmes et de l’ami Claude

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Le festin de l’aube de Janis Otsiemi

Editeur : Jigal

Après un passage chez Plon avec Tu ne perds rien pour attendre, Janis Otsiemi nous propose son petit dernier chez son éditeur historique, et poursuit sa description de la société gabonaise avec ses personnages récurrents, que l’on a rencontré précédemment.

Libreville, Gabon, de nos jours. Le gendarme Louis Boukinda rentre tard en voiture avec sa compagne Jacqueline. Quand une jeune femme débouche de la forêt, Boukinda ne peut l’éviter et le choc est terrible. Boukinda décide d’amener la jeune femme aux urgences car il lui semble qu’elle est encore en vie.

Le lendemain, il retourne à l’hôpital avec son collègue Hervé Envame pour apprendre que la jeune femme est morte dans la nuit. Ce n’est pas l’accident de la route qui l’a tuée, mais le nombre impressionnant de piqûres de serpent qu’elle a sur le corps. De plus, elle a des traces montrant qu’elle a été ligotée et martyrisée, brûlée par des cigarettes. Le seul indice que Boukinda et Envame possèdent est un tatouage qu’elle a sur le cou.

De son coté, la Police Judiciaire est sur une affaire délicate. On a découvert un grillage découpé dans un camp militaire. Des armes ont disparu : des fusils d’assaut, des explosifs et des détonateurs. Il est à craindre que le Grand Banditisme soit aux origines de ce vol, mais il reste à déterminer ce qu’ils vont en faire. Car la proximité des élections pour désigner le futur président du pays met tout le monde sur les dents.

Que dire de nouveau qui n’a pas déjà été dit ? Janis Otsiemi nous invite à visiter son pays, mais du point de vue du touriste, plutôt en allant voir du coté de quartiers que personne ne voit. Il agrémente son intrigue d’un langage local, utilisant des expressions qui sont parfaitement compréhensibles mais qui donnent une couleur locale. Et en début de chaque chapitre, on a une citation, qui fait appel au bon sens commun. Tout cela pour dire que lire Janis Otsiemi, c’est un dépaysement garanti en même temps qu’un plaisir de chaque ligne, ajouté à une impression de découvrir une nouvelle langue française.

Personnellement, j’ai l’impression que ce roman est parmi ses meilleurs pour les raisons suivantes. Bien que nous ayons affaire à des personnages récurrents, cette enquête peut être lue indépendamment des autres. J’ai l’impression que Janis Otsiemi a consolidé son intrigue, qu’elle est plus costaude, plus impressionnante. J’ai aussi l’impression qu’il a décidé d’intégrer plus d’expressions gabonaises, ce qu’il avait tendance à abandonner un peu. Enfin, j’ai l’impression que Janis Otsiemi a réussi à intégrer une tension permanente dans son décor, dans la situation politique du pays.

Après avoir lu le roman, que je trouve extraordinaire parce que passionnant de bout en bout, les remerciements montrent que l’auteur a choisi minutieusement les scènes, les situations et la façon de traiter le contexte pour ne pas être soumis à une éventuelle censure. C’est donc aussi un roman à lire entre les lignes dans un pays qui pourrait tomber dans l’instabilité. En cela aussi, la posture de Janis Otsiemi de témoin de son pays et de son temps est importante. Ne ratez pas cet excellent polar.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Privé d’origine de Jérémy Bouquin

Editeur : French Pulp

Je suis un ardent défenseur de Jérémy Bouquin, et vous qui êtes un fidèle de cet humble blog, vous devez le savoir. Ce roman est sorti en fin d’année dernière, dans un anonymat que je qualifierais de scandaleux. Lisez Jérémy Bouquin !

Kloé, avril 2014. Elle est bassiste dans le groupe de rock Vynille Rondelle. Après des mois de tournée, le groupe est enfin récompensé de succès. Il n’y a qu’à entendre les vivats du public du printemps de Bourges, qui en redemande ! Du vrai punk ! En sortant de scène, elle a un message. Jasper Zenderro lui annonce qu’il a des informations sur son père. Cela fait deux ans maintenant qu’elle est partie à la recherche de ses origines, elle qui est une enfant abandonnée à la naissance.

Rota, avril 1979. Depuis 1969, les brigades rouges sèment la terreur en Italie. Le commissaire Rota est appelé sur une scène de crime, le casse d’une bijouterie qui a mal tourné, puisque le propriétaire a été abattu. Si les armes utilisées fait penser à l’organisation d’extrême gauche, Rota pense que le bijoutier a voulu se défendre avec une arme et l’a payé de sa vie. La présence de sang sur le trottoir laisse à penser qu’un des voleurs a été blessé.

KLoé, avril 2014. Elle prend rendez- vous avec Zenderro, dans un petit bar de Mehun-sur-Yèvre. Il annonce avoir cherché du coté de l’hôpital où Kloé est née. Elle voit son vrai prénom écrit : Chloé. Zenderro n’en sait pas plus sur sa mère. En ce qui concerne sa mère, des amis « bien placés » lui ont conseillé d’abandonner. Ils ont été tellement persuasifs qu’il a décidé d’abandonner l’affaire, qui flirte avec des dossiers de terrorisme international.

Tony Marretti, avril 1979. Après le casse manqué, les camarades ont porté Tony, blessé, dans la voiture. Tony a perdu beaucoup de sang ; Giuseppe lui tient la main, lui parle. Il plonge dans le coma, se réveille sur un bateau, replonge, puis se retrouve en Corse chez un docteur … enfin, un vétérinaire, Peyo. Tony va devoir tout abandonner, sa vie, son identité, et fuir pour éviter de se retrouver en prison.

J’ai plutôt l’habitude de retrouver Jérémy Bouquin dans des intrigues bien ancrées dans notre quotidien. Il a l’habitude de prendre des personnages marginaux, et de grossir le trait dans un style direct et redoutablement évocateur. Et dans tous les cas, on retrouve sa patte, sa façon de peindre les décors et d’éviter les morales à deux balles pour offrir du vrai bon polar populaire (dans le bon sens du terme).

Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai ouvert ce roman ! La narration fait des allers retours entre aujourd’hui et les années 80. Entre la recherche de Kloé sur ses racines et les groupes terroristes d’il y a 30 ans, on a droit à la fois à des moments d’émotion pure, d’action, de mystère, et de découvertes. Jérémy Bouquin s’est surpassé pour nous fournir un roman plein, documenté juste comme il faut pour ne pas alourdir l’histoire, et des rebondissements qui vont nous retourner jusqu’à la dernière page (ou au moins jusqu’au dernier chapitre).

Avec ce roman là, Jérémy Bouquin a densifié ses personnages, qu’ils soient au premier plan ou pas, les a multipliés aussi, s’est évertué à construire une grande intrigue, en prenant son temps tout en restant passionnant. Il n’est pas question de juger les uns ou les autres, juste de se mettre au service de l’histoire. Jérémy Bouquin n’a pas monté une marche, il a grimpé un étage d’un coup, et a écrit avec ce roman son meilleur à ce jour. Enfin, c’est mon avis. J’ai adoré.

Ne ratez pas les avis de Laulo, Mel, et Garoupe.

Animal boy de Karim Madani

Editeur : Le Serpent à Plumes

Allez savoir pourquoi, j’avais lu Cauchemar Périphérique, qui était sélectionné à l’époque pour le Polar SNCF, et j’avais trouvé ce roman époustouflant d’ambition. Puis était venue cette idée folle de créer une ville imaginaire, à l’ambiance noire, une ville où on ne dort pas : Arkestra. Avaient alors suivi Le jour du fléau, Casher Nostra et même un épisode du Poulpe : Blood Sample. Tous trois venaient démontrer un pur talent pour écrire du polar noir, costaud. Voici donc le retour au polar noir de Karim Madani, avec Animal Boy.

Paris, vendredi 13 novembre 2015. Alex Kavini est batteur dans un groupe de deuxième zone Moloko. Le hasard veut qu’il décide de traîner du coté du Bataclan. Ce soir là, des nanars californiens font le show pour des bobos qui n’y connaissent rien. IL cherche un bout de came pour passer son temps. Il cherche à rentrer mais se fait refouler. Quatre mecs débarquent, genre arabes, et sortent des mitraillettes. C’est le carnage et Alex n’y comprend rien, si ce n’est qu’il est au mauvais endroit au mauvais moment. Une  fille sort de la sortie principale, elle s’est prise une balle dans le cou, elle s’écroule dans ses bras, elle vide son sang sur ses mains. Au milieu du chaos, il devient un survivant.

Alex est transporté aux urgences, les docteurs le traitent comme s’il avait survécu au carnage. Puis ce sont les flics qui l’emmènent au 36 quai des Orfèvres car il est un témoin essentiel. Elle s’appelait Pauline et s’invente un rôle, celui qui l’accompagnait au concert. Ses réponses sont floues, laissent planer le doute. Il aura droit à des séances de psy, souffrant du syndrome de Lazare.

De retour dans vie de merde, il retrouve sa compagne, Charlotte, une droguée, accro à tout ce qui permet de planer ailleurs. Charlotte  essaie de décrocher. Elle lui demande de dire la vérité, d’arrêter de mentir. Les journalistes le harcèlent au téléphone. Lou Slama, son pote de prison n’est pas de cet avis : il y a du fric à se faire. Puis, ce sont les parents de Pauline qui veulent le voir. Ils sont plein de pognon. Et Alex voit dans cette rencontre l’occasion de devenir quelqu’un.

Attention, Le Serpent à Plumes est de retour !

Attention, Karim Madani est de retour !

Délaissant Arkestra, il prend à bras le corps un sujet presque tabou, et nous concocte une histoire bien noire, qui n’est finalement pas très loin de l’univers qu’il avait créé avec Arkestra. La vérité dépasse la fiction, dit-on. Il y a bien eu le cas d’un jeune homme qui avait inventé la mort d’un de ses copains au Bataclan. Karim Madani avait écrit cette histoire avant, mais il force le trait, appuie sur la plaie, jusqu’à s’en faire mal. Car en l’occurrence, c’est un sujet qui permet de creuser des psychologies malades.

Le personnage principal porte tout le livre sur ses frêles épaules, apparaissant comme un loser né pour être un loser et laissant les autres et les événements de sa vie mener son chemin. Il prend donc toujours les mauvaises décisions, ou du moins, se laisse vivre, malmener, jusqu’à s’enfoncer. D’un simple mensonge qui lui fait entrevoir autre chose, qui lui permettrait de devenir quelque chose, d’être quelqu’un aux yeux des autres, il va s’enfoncer dans un destin des plus noirs, refusant une vie qui aurait pu lui ouvrir les bras.

Dans une ville comme Paris, qui brille de ses mille feux, au contact d’une famille, celle de Pauline, qui a réussi et est prête à le payer pour lui raconter ce qu’elle veut entendre, la pseudo-vie de Pauline, il pourrait devenir le centre d’attraction, vivre une vie normale. Car derrière les lumières de la ville lumière (justement), il y a les pauvres, les drogués, les assassins, les ratés qui se cachent derrière les décors enluminés.

Rythmé par les Ramones, groupe punk américain, dont chaque chapitre reprend un titre de leurs chansons, ce roman comporte une rage et une noirceur peu commune. Ecrit comme des slams de rap, il montre aussi le décalage du personnage d’Alex entre ses goûts et son époque, entre sa vie et le décor dans lequel il vit. Il n’y a pas de place pour les marginaux dans une ville qui veut se voir plus belle qu’elle n’est.

Du sujet initial à l’intrigue violemment amorale, de l’intrigue aux coups des mots qui font mal, ce roman est un véritable roman choc, car si on ne ressent pas de sympathie pour Alex, il n’en reste pas moins qu’on le suit avec une certaine avidité. Car le chemin est mince pour passer d’un coté à l’autre de la ligne blanche. Et si ce roman se veut une pure invention, il n’en reste pas moins qu’il comporte des messages qui parlent, qui en font un cri humaniste qui me parle ; et sa fin ouverte nous poursuit longtemps après avoir tourné la dernière page, nous posant de multiples questions.

Ne ratez pas les avis de Mr K. et de Jean-Marc

Encore et toujours des novellas …

Je vous propose deux romans, 2 novellas comme on les appelle, écrites par 2 auteurs que j’adore. Faites vous plaisir !

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Mortelle sultane de Marek Corbel

Editeur : Horsain

Quatrième de couverture :

12 janvier 2015. Le lendemain de la manifestation « Charlie », Sihem, une jeune célibataire en difficulté, issue des cités du 93, entame une longue cavale. Accompagnée par deux improbables complices, Diane et Laurence, elle revisite durant cette fuite les dernières heures précédant le forfait dont elle est complice.

Une semaine plus tôt, le capitaine Belkacem, sous la protection paternelle de son vieil ami Francis Duval, se remet doucement en selle à la brigade financière où il vient d’être affecté. Aux dires d’un de ses indics, un braquage tout en douceur est prévu prochainement dans un magasin de luxe. Une course-poursuite s’amorce, dans un Paris pétrifié par les attentats du mois de janvier.

Né dans le Finistère, Marek Corbel travaille, dans le civil, comme juriste pour le ministère de l’Éducation Nationale, Paris. Il évolue entre le roman noir à coloration politico-historique, et le polar régional, plus classique. Ses influences en matière d’écriture sont diverses puisqu’elles proviennent aussi bien de « Un Pays à l’aube » (Dennis Lehane) que des auteurs du néo-polar français.

Mon avis :

Dans cette novella, nous allons suivre alternativement un capitaine de police avant l’attentat de Charlie, puis la cavale de Sihem qui vient de commettre un vol. Si les chapitres sont courts et confèrent un rythme à l’intrigue, il vaut mieux avoir lu la quatrième de couverture pour le savoir. Car j’ai trouvé que cette lecture demande une certaine concentration et un certain effort pour comprendre comment ces 2 trajectoires s’emmêlent (ou pas).

Si cette nouvelle n’est pas parfaite, on peut y apprécier l’ambition de cet auteur, et son art d’user et d’abuser du style direct et des non-dits. Chaque chapitre est d’une efficacité redoutable, et c’est aussi le reproche que je ferai à cette nouvelle : A trop abuser de style direct et de ne pas être explicite, on y perd le lecteur. Du coup, je me suis retrouvé avec une somme de scènes qui, prises une à une, sont très bien faites mais qui mises ensemble, manque de liant, d’un début et d’une fin. En gros, j’aurais aimé quelques dizaines de pages en plus !

Ceci dit, c’est une excellente occasion pour vous lecteur curieux de découvrir un nouvel auteur, prometteur en devenir ; du moins, c’est mon avis. Allez lire aussi celui de l’oncle Paul.

CAT 215

CAT 215 d’Antonin Varenne

Editeur : Manufacture de livres

Quatrième de couverture :

Un jeune mécanicien, Marc, « qui répare des choses inutiles depuis toujours », accepte de quitter la métropole et sa compagne Stef, pour rejoindre en Guyane son ancien patron, Julo. Celui-ci a un projet dément : devenu orpailleur, trafiquant d’or, il doit changer le moteur d’une monstrueuse pelle Caterpillar 215 qu’il a entrepris de faire convoyer par un ancien légionnaire Jo et un mystérieux Brésilien qui l’assiste dans cet enfer vert. La machine, après avoir avalé des kilomètres, est immobilisée au milieu de la forêt, loin de la mine sauvage. Aidé d’un piroguier, Marc rejoint les deux hommes et va s’atteler à réparer la bête d’acier et de feu au milieu du paysage dans lequel l’engin s’est frayé un passage en luttant contre la jungle à la fois fragile et menaçante. Les hommes vont alors se battre bardage contre leur propre folie, contre cette nature qui les fait souffrir et qu’ils torturent en vain au pied de la pelleteuse, plantée au milieu de la forêt, à la fois imposante et ridicule. Enorme quand ils se tiennent à côté, ridicule face à ce qui l’entoure.

Antonin Varenne, alpiniste du bâtiment, charpentier, a travaillé en Islande, en Guyane et aux Etats-Unis. Avec Fakirs, il reçoit le grand prix Sang d’encre, le prix Michel-Lebrun et le prix du meilleur polar des lecteurs de Points. Le Mur, le Kabyle et le Marin a reçu le prix des lecteurs Quais du polar/20 Minutes, le prix du polar francophone et le prix Amila-Meckert. Il vient de publier Battues à la Manufacture de livres et Trois mille chevaux vapeur chez Albin Michel (Le Livre de Poche)

Mon avis :

J’ai retrouvé dans cette novella toutes les raisons pour lesquelles j’adore Antonin Varenne. Je le connaissais excellent dans le polar et le roman noir (xxx). Il m’avait époustouflé dans le roman d’aventures (xxx). Eh bien cet auteur est aussi génial dans des nouvelles. Sur un format aussi court, et avec une histoire aussi simple, Antonin Varenne nous passionne pour ce mécanicien qui part au bout du monde travailler pour de l’argent. Il abandonne famille et patrie et se lance vers l’inconnu … ou presque puisqu’il a déjà effectué ce genre de mission par le passé.

Avec une économie remarquable de mots, de phrases, l’auteur arrive à nous passionner, à nous faire vivre au milieu de la jungle, à voir les gouttes de sueur sur les fronts, à sentir la moisissure de la jungle, à entendre des bruits étranges venant du fin fond de la forêt menaçante. On sent que l’auteur s’est amusé à écrire cette nouvelle, et le plaisir est communicatif pour un voyage dans une contrée inconnue.

Ne ratez pas l’excellent avis de l’ami Yvan