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Le chouchou du mois de février 2018

Revoilà déjà le temps d’élire le chouchou du mois. Et c’est un choix bien difficile pour ce mois-ci, tant les lectures proposées en ce mois glacial de février furent de vrais morceaux de pur plaisir. C’est aussi un mois 100% français (ce qui est un hasard) qui montre que cette année, les éditeurs ont démarré l’année le pied au plancher pour nous proposer d’excellents polars issus du cru.

La seule exception parmi ces romans hexagonaux aura été un roman noir pour ma rubrique Oldies : Rue barbare de David Goodis (Rivages). C’est une redécouverte pour moi, trente ans plus tard. Je n’étais pas fan avant, j’ai été impressionné par l’ambiance noire et déprimée de Ruxton Street et de cet homme qui veut sauver les autres à défaut de se sauver lui-même. Un classique du Noir à ne pas rater.

La seule découverte de ce mois-ci sera à mettre à l’honneur de Les écorchés vifs d’Olivier Vanderbecq (Fleur Sauvage). Premier roman plein de passion, de fureur et de sang, ce pur roman d’action est bourré de qualités et d’ambition. Olivier Vanderbecq se dévoile dans le genre roman d’action, et ses Écorchés vifs sont un hommage aux incontournables du genre. Personnellement, je le range juste à côté des romans de JOB qui signe la préface de ce roman.

Après avoir lu Toxique, je savais que j’allais rapidement lire la suite : Fantazmë de Niko Tackian (Calmann Levy). Si le roman est plus centré sur le personnage de Tomar Kahn, il s’avère un bel hommage envers le cinéma populaire des années 80 et en particulier de Dirty Harry. Cette deuxième enquête confirme que cette série est à suivre de près.

Les trois romans suivants sont écrits par des auteurs que je suis et pour lesquels j’avoue avoir beaucoup de sympathie, d’amour, littérairement parlant, bien sur. Marche ou greffe ! d’Olivier Kourilski (Glyphe éditions) est un polar dont la forme est originale et passionnant dans le fond. C’est aussi la construction et la psychologie du personnage principal qui le rend passionnant et impossible à lâcher dès qu’on a lu la première page. Une grande réussite.

Malgré le fait que Dominique Sylvain soit une auteure connue et reconnue, Les infidèles de Dominique Sylvain (Viviane Hamy) a réussi une nouvelle fois à me surprendre. Avec une galerie de personnages hauts en couleurs, Dominique nous met mal à l’aise et nous plonge dans un milieu de menteurs professionnels. Super, vraiment super !

Et puis, je ne pouvais pas ne pas parler du dernier roman en date de Jean-Bernard Pouy. Moi qui ai lu tous ses premiers romans (des années 80 et 90), j’ai adoré retrouver ce style si particulier tout en dérision et jeux de mots. Plongeant dans une actualité brûlante, il nous présente un personnage plongé dans une machination qui fait de ce roman un très bon polar. Ma ZAD de Jean Bernard Pouy (Gallimard-Série Noire) est un roman à lire, bien sur !

Le titre (honorifique) de chouchou du mois revient donc à Xangô de Gildas Girodeau (Au-delà du raisonnable) car après Antonia, ce roman propose à nouveau un formidable portrait de femme, en jouant sur tous les genres et tous les codes pour nous proposer une enquête remarquablement écrite. Gildas Girodeau est décidément un auteur à ne pas rater et les éditions Au-delà du raisonnable une petite maison qui sait découvrir et mettre en avant de nouveaux talents.

J’espère que ce bilan vous aura aidé dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

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Xangô de Gildas Girodeau

Editeur : Au-delà du raisonnable

Antonia, le précédent roman de Gildas Girodeau, Coup de cœur Black Novel, m’avait énormément impressionné par son portrait de femme qui se découvre. A tel point que je lui avais donné un coup de cœur ! Je ne pouvais décemment passer à coté de son petit dernier Xangô. Et quand je dis petit, c’est pour ses 200 pages, car je devrais plutôt dire grand !

1er juillet 2016, Perpignan. Laurence Guéguen rentre de courses dans son petit appartement. Après des études de doctorat de psychologie, qu’elle a brillamment terminées, elle est entrée dans la police judiciaire après avoir réussi le concours d’entrée. Le lendemain, elle allait débuter sa journée par une convocation chez son chef, le commandant Meyer.

C’est un coup de téléphone qui la réveille : son collègue lui annonce qu’une voiture va venir la chercher. On leur a signalé un meurtre sur la plage de Canet. Le corps trouvé par des amoureux a été décapité, juste au bord de la mer. A coté, d’étranges symboles ont été dessinés dans le sable. Sa thèse s’appelant Crimes et symboles, elle est toute désignée pour faire partie du groupe qui va enquêter sur cette affaire. Il faut faire vite, la DGSI va bientôt débarquer, puisque tout meurtre horrible est pris en charge en tant qu’acte terroriste potentiel.

Lors du briefing au commissariat, Laurence décrit à l’équipe la signification des symboles. Un peuple de l’Afrique de l’Ouest, les Yorubas, vénère un Dieu, Olodumare, qui a envoyé sur Terre des demi-dieux. Les signes dessinés sur le sable rappellent un demi-dieu Yoruba. Laurence conseille donc à l’équipe de se mettre en chasse de meurtres identiques, devant l’absence d’hésitations concernant le meurtre ou le dessin. Et son enquête va plutôt la mener en Amérique du Sud, en Argentine …

Après Antonia, Gildas Girodeau nous offre à nouveau un superbe portrait de femme. Laurence est une femme qui se cherche, aussi bien professionnellement que personnellement. Contrairement à beaucoup de polars, elle n’est pas malheureusement, mais elle doute. Quelque soient les événements, elle hésite sans arrêt entre aller de l’avant et se laisser mener par la vie. Et on s’aperçoit que quand elle fait des choix, quand elle donne sa confiance en quelqu’un, elle se prend une belle claque.

J’aurais tendance à dire que l’auteur respecte à la lettre les codes du polar. En réalité, il joue avec, alternant les genres avec une facilité déconcertante. Avec un début typé Thriller, avec un tueur en série, on oblique dans le roman policier avec une enquête excellemment menée, emplie d’indices et de fausses pistes. Puis, on lorgne du coté du polar pour finir dans un brûlot, mettant à jour de beaux faits historiques bien dégueulasses.

Car on va peu à peu plonger dans une affaire liée à la guerre des Malouines, en Argentine, mettant face à face l’Argentine et l’Angleterre de Margaret Thatcher. Au milieu de tout cela, la France et ses missiles Exocet. Au milieu de tout cela, la France qui enverra ses meilleurs experts en torture pour soutenir la dictature sud-américaine. Au milieu de tout cela, la France, avec ses airs de respect des droits de l’homme, qui en sous-main, va officiellement soutenir l’Angleterre mais vendre des missiles au nom de l’économie et au détriment des populations.

Tout cela est officiellement connu, et Gildas va nous dévoiler quelques aspects un peu moins connus. Et il le fait avec une facilité et une évidence qui rend ce livre un grand morceau du polar. J’ai rarement lu un roman aussi court qui en disait tant, un style si fluide que la lecture coule naturellement, une tension qui, l’air de rien, augmente au fil des pages, sans que jamais, je n’ai mis en cause une scène, un passage ou une phrase. Ce roman est tout simplement génial, exactement ce que je cherche.

Ce que vit le rouge-gorge de Laurence Biberfeld

Editeur : Au-delà du raisonnable

Voici une lecture que m’a conseillée mon ami Richard le concierge masqué, en insistant sur le fait que c’était un roman original. Comme je suis curieux de nature, je ne pouvais qu’être attiré par ce roman au titre énigmatique. D’ailleurs, allez faire un tour sur le site du concierge pour y lire l’interview de Laurence Biberfeld.

Nous sommes en Bretagne, dans une porcherie industrielle tenue par Jean-Michel et Marylène. Ils sont mari et femme, parce que leur alliance leur apporte cette réussite professionnelle qui gomme les regrets personnels. Garance, une femme d’une cinquantaine d’années se présente pour s’occuper des gamins et tenir la maison. Garance a fait quelques années de prison, et on se doute bien qu’elle est venue chercher quelque chose …

Quelques années auparavant, Sophie travaillait dans la porcherie. Elle tenait la dragée haute aux hommes qui passaient leur journée dans la saleté et la merde. Elle abattait un boulot monstrueux. Et Jean-Michel et Marylène savaient bien qu’ils avaient la possibilité de s’agrandir, de se faire encore plus de fric. Seulement, voilà, un jour, Sophie a disparu. Elle a fait ses bagages et est partie sans donner de nouvelles.

Au-delà de l’aspect descriptif d’une porcherie industrielle, qui nous montre en détail comment on élève en énorme quantité des porcs destinés à l’abattoir, Laurence Biberfeld nous montre aussi et surtout des hommes et des femmes dans des portraits saisissants. Il y a ceux qui bossent comme des fous, il y a Paco, Rémi et Léon, entre autres qui font tourner la boutique, laissant le sale travail à faire à Sophie. Il y a Jean-Michel qui est un amoureux des femmes et qui saute tout ce qui lui passe sous la main. Il y a Marylène qui a apporté l’argent du début et qui s’occupe de faire grandir l’exploitation, en en faisant le minimum. Il y a Garance qui s’occupe de toute l’intendance …

Et puis, il y a les animaux qui regardent toute cette usine avec leurs yeux et leur interprétation. Et ils nous parlent avec leur langage. Comme les humains, ils ont tous leur centre d’intérêt, des porcs bien sur au rouge-gorge ; du chien au chat. Cela nous aide à voir le monde d’un autre œil, et aussi et surtout de nous montrer ce que les ouvriers ne veulent ou ne peuvent plus voir.

Il va y avoir beaucoup d’événements qui vont secouer cette porcherie, beaucoup de drames qui vont intervenir. Et leur apparition va être soulagée par l’humour des animaux, cela va nous aider à supporter l’innommable, le drame final qui va vous retourner le cœur, va vous donner envie de vomir. Indéniablement, ce roman original dans sa forme, montre des aspects de l’agriculture à outrance que l’on aimerait ne pas voir mais qu’il fait savoir. Avec ses personnages forts, il devient un roman à lire, à ne pas rater.

Ne ratez pas les avis de Bob Polar et de Jeanne Desaubry

Aux vents mauvais d’Elena Piacentini

Editeur : Au-delà du raisonnable

Afin de clore en beauté ce week-end Elena Piacentini, voici donc le petit dernier en date, Aux vents mauvais, septième enquête du commissaire Pierre-Arsène Léoni. Les précédentes, qui sont toutes chroniquées ici, sont dans l’ordre :

Un corse à Lille

Art brut

Vendetta chez les Ch’tis

Carrières noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes

Aux alentours de Roubaix. Sur une chantier de démolition, Pierre-Arsène Leoni débarque sur le lieu du crime. Alors que les officiers de police délimitent l’endroit, le commandant se dirige vers deux hommes qui en viennent aux mains. Parmi eux, il y a le lieutenant Thierry Muissen, le cadet de son équipe. Il veut en découdre avec M.Renaud, le directeur des opérations du chantier. Ce dernier ne voit pas l’intérêt d’arrêter le chantier pour une pute ou une camée, et ces mots ont suffi pour faire exploser Thierry Muissen. Alors que Pierre-Arsène Leoni s’interpose, Muissen s’enfuit en moto.

Le lieutenant Grégoire Parsky interroge l’homme qui a découvert le corps, un dénommé Boudraa. Après quelques questions, il admet venir tôt sur les chantiers pour voir s’il ne peut pas récupérer quelque chose avant la démolition, surtout des métaux qui se revendent bien. Sur place, Eliane Ducatel, médecin légiste, est déjà au travail. Elle accueille Pierre-Arsène devant le corps d’une jeune femme d’origine africaine, scalpée.

Colette Chabroux est une ancienne professeur de mathématiques. Sa vie est gérée comme les maths, sans imprévus, puisque tout peut se mettre en équations. Elle élève son petit fils Rémy, qui zone avec d’autres jeunes. Elle observe qu’un de ses voisins a une attitude étrange.

1966, La Réunion. Jean Toussaint est un jeune orphelin. Bientôt, il aura l’occasion de venir en France, découvrir ce beau pays qu’on lui a vendu. Il pourra aussi acheter plein de cadeaux pour sa chérie.

Comme à son habitude, Elena Piacentini va nous inviter à vivre avec beaucoup de personnages dans ce roman. Et c’est avec cette belle subtilité, et avec grand talent qu’elle réussit à ne pas nous perdre en route. Au travers de ces personnages, Elena Piacentini nous montre la vie dans le Nord de la France, cette région ravagée par le chômage et la montée des idées fascistes, et surtout le fait que plus personne ne se cache, plus personne n’a honte d’afficher ses opinions nauséabondes.

Elle aborde aussi la déportation des  Réunionnais en Creuse avec le personnage de Jean Toussaint. On peut penser que cela fait beaucoup pour un seul livre. Pas du tout ! C’est là la magie de cette conteuse sans pareille. Avec quelques ingrédients, elle nous sort encore une fois un grand roman policier, droit, honnête, direct, et surtout d’une lucidité rare sur les gens et leur façon de vivre au jour le jour. On pourrait presque dire qu’Elena Piacentini est le témoin de notre époque. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi je dis presque.

Pour avoir lu tous les autres romans de cette auteure, j’ajouterai qu’on y voit dans ce roman une nouvelle efficacité. Les chapitres sont courts, resserrés sur eux-mêmes, les phrases tranchent, font mal souvent. On a l’impression qu’elle n’a pas voulu prendre de gants, elle y va franco, comme dans un match de boxe avec le lecteur. J’y ai trouvé aussi un ton noir, pas pessimiste, mais lucide devant tant de problèmes et bien peu de solutions en face. Cela en fait un roman qui nous parle, qui nous remet en question aussi.

Enfin, comme à son habitude, Elena Piacentini termine par sa Note aux lecteurs. C’est probablement une façon pour elle de continuer le lien imperceptible et indicible qui se créée entre elle et ceux qui lisent ses livres. Ce sont surtout quelques pages qui sont aussi importantes que le roman lui-même car elles montrent le travail de l’auteure, et les thèmes abordés, et on a l’impression de l’avoir en face de nous, nous expliquant les tenants et les aboutissants de ce que l’on vient de lire.

Vous l’aurez compris, Elena Piacentini a encore une fois écrit un grand roman policier. Si vous ne connaissez pas l’auteure, jetez vous sur ses livres. Quant à moi, j’espère que seront réédités ses trois premiers romans …

Ne ratez pas l’avis de Garoupe

Week-end Piacentini : Pourquoi j’aime ses romans …

Si je dois cette découverte, c’est parce que j’ai rencontré Claude Mesplède aux Quais du Polar à Lyon et qu’il m’a dit que, s’il y avait un livre à lire, c’était Le cimetière des chimères. Venant du Pape du Polar, je ne pouvais qu’acheter le livre et découvrir une nouvelle auteure, que je ne connaissais pas. Et c’est après avoir lu et adoré Des forêts et des âmes que j’ai décidé d’acheter et de lire tous ses livres. Ce fut un peu difficile, car les trois premières enquêtes ont été éditées par Ravet-Anceau et étaient épuisées. Mais grâce à quelques amis rencontrés sur FB et un peu de ténacité, je les ai eu enfin tous en main.

Un corse à Lille

Maintenant que je les ai tous lus, j’ai l’impression qu’il y a des cycles dans ce qu’écrit Elena, une sorte de progression à la fois dans les personnages, c’est bien normal, mais aussi dans les thématiques abordées. Dans les trois premiers romans, que sont Un Corse à Lille, Art Brut et Vendetta chez les Ch’tis, nous avons affaire à des enquêtes policières que je qualifierai de classique.

Art brut

Dans Un Corse à Lille, ce sont deux meurtres qui vont occuper l’équipe du commissaire Pierre Arsène Leoni. Dans Art brut, une série de meurtres mis en scène comme des œuvres d’art va donner du fil à retordre à la police criminelle. Dans Vendetta chez les Ch’tis c’est bien un serial killer qui va œuvrer. Si avec le premier roman, on a d’habitude la présentation de l’équipe au complet, ce n’est pas le cas de cette auteure. Elle fait comme si on les connaissait tous et ajoute subtilement quelques traits de caractère pour que nous fassions petit à petit connaissance avec eux. Mais dans ces trois premiers romans, j’ai eu l’impression de lire un cycle, une trilogie, que j’appellerai la trilogie Marie.

Vendetta chez les chtis

Pour ceux qui ont lu ces trois premiers romans, je pense qu’ils ont eu la même impression que cela n’irait pas plus loin, qu’Elena Piacentini allait repartir avec d’autres personnages. Avec Carrières Noires, on repart donc avec la même équipe, mais c’est bien un autre cycle, un nouvel éditeur et aussi une nouvelle façon de construire les intrigues et une nouvelle façon d’écrire … en mieux.

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A partir de Carrières Noires, les personnages secondaires se placent sur le devant de la scène, on a souvent droit à plusieurs affaires en parallèle et surtout le paysage se construit, le regard sur notre société se fait plus précis, plus lucide. A partir de Carrières noires, Elena Piacentini parle de sujets graves, qu’elle les place au premier ou au second plan. Mais la volonté de montrer, de dénoncer sont bien là. Et comme l’équipe de la police criminelle nous est devenue coutumière, le ou les messages portent d’autant mieux. Ce sont pêle-mêle les ripoux de la politique, les arnaques à la taxe carbone, les scandales des abus de médicaments que l’on donne aux adolescents dès qu’ils ont une attitude différente ou bien les Réunionnais déportés de la Creuse et le racisme ambiant et devenu « normal ».

Cimetière des chimères

Je voudrais ajouter que lire un roman d’Elena Piacentini, c’est aussi lire de la littérature, de la belle littérature, car sa plume est … belle, simple et efficace. Certes, je trouve quelques longueurs dans les premiers romans, mais ses quatre derniers romans gagnent en efficacité jusqu’à ne dire que l’essentiel pour que le lecteur s’imprègne de la psychologie des personnages. Car et c’est encore un compliment que je me dois de faire, TOUS les personnages sont plus vrais que nature, psychologique vivants.

Des forêts et des ames

Pour ceux qui ont peur de prendre le train en route, sachez que vous pouvez lire ses romans dans l’ordre que vous voulez. Certes les membres de l’équipe Leoni évoluent au fur et à mesure des romans, et il serait dommage de ne pas respecter l’ordre. Mais on n’est jamais perdu et les romans sont tellement bien construits que l’auteure n’en dit jamais trop sur les épisodes précédents.

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Un dernier mot, tout de même sur Pierre-Arsène Leoni. Si les romans reposent sur ses épaules, c’est parce que c’est un homme fort, dont on connait peu le passé, s’i ce n’est qu’il a été muté de Marseille pour avoir voulu s’attaquer à une personne de pouvoir. C’est un homme droit, juste, humain. Ce sont ses qualités d’écoute qui le rendent sympathique. C’est aussi sa vie de famille qui fait qu’il devient un personnage que l’on a l’impression d’avoir toujours connu. Autour de lui, gravitent de vrais beaux personnages, et chacun mériterait d’être à la tête d’un roman. Mais ils ont tous leur place, et ne servent jamais de faire valoir.

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Un petit mot de Mémé Angèle, la grand-mère de Pierre-Arsène Leoni. Elle représente à la fois les racines du Corse, mais aussi celle sur qui il peut se reposer à tout moment. Tout le monde rêverait d’avoir une grand-mère comme elle, nous gâtant de plats corses et n’hésitant pas à nous ramener les pieds sur Terre si besoin. Je pourrais passer tous les autres en revue mais je préfère m’arrêter là. J’espère juste que je vous aurais donné envie de lire cette auteure, et dès demain, je vous présenterai son dernier roman en date, Aux vents mauvais.

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Elena Piacentini a aussi été interviewée 3 fois par mon ami Le Concierge Masqué, et je vous joins les liens correspondants ici,  ici et ici.

Enfin, si ces éditions spéciales Week-End vous ont plu, n’hésitez pas à me laisser un petit message d’encouragement. Cela pourrait me motiver à recommencer !

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Et n’oubliez pas le principal, lisez !

 

Week-end Piacentini : Carrières noires d’Elena Piacentini

Editeur : Au-delà du raisonnable ; Pocket (Format poche)

Ça y est, je suis à jour à propos des enquêtes de Pierre Arsène Leoni ! Vous les trouverez donc toutes chroniquées et je vous les rappelle dans l’ordre :

Un corse à Lille

Art brut

Vendetta chez les Ch’tis

Carrières Noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes – Coup de cœur Black Novel

Aux vents mauvais (Paru le 5 janvier 2017)

Joséphine Flament, que tout le monde appelle Josy, est une soixantenaire bonne enfant. Elle n’est pas le genre à se prendre la tête, ni avec le quotidien, ni avec des hommes. C’est pour cela qu’elle vit avec ses amies d’enfance Chantal et Marie-Claude, dans sa petite maison. Alors qu’elle faisait le ménage chez la sénatrice Justine Maes, Josy découvre une forte somme d’argent qu’elle rend à sa propriétaire.

Mais elle a l’occasion de découvrir où se situe le coffre fort. Elle imagine alors un plan, qui consisterait à vider le coffre pour offrir à ses amies une maison à La Panne. Comme elle connait Angelo, un petit braqueur, elle lui demande de l’aide. Celui-ci lui apprend comment ouvrir le coffre et Josy arrive à mettre la main sur son contenu : de l’argent, des bijoux et des documents.

Pierre-Arsène Leoni s’est mis en disponibilité de la police suite à la mort de Marie, sa femme et mère de sa fille. Il envisage de retourner dans son île natale, la Corse, avec sa grand-mère Mémé Angèle. Alors qu’il attend le début d’un concert avec Eliane Ducatel, son amie médecin légiste, la sénatrice qui doit faire un discours se fait attendre. Quand ils se rendent chez elle, juste à coté, ils s’aperçoivent qu’elle est morte. Et quand le téléphone sonne, Eliane prend le combiné et tombe sur un maître chanteur qui demande de l’argent contre les documents. Il semblerait bien que ce soit un meurtre …

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Je trouve qu’avec ce roman, Elena Piacentini a franchi un cap. Elle garde ce talent de peindre des personnages à la psychologie si fouillée, mais je trouve qu’elle a acquis une sorte d’efficacité qui fait que ce roman policier est impossible à laisser tomber. Car si l’intrigue peut sembler simple au premier abord, il nous réserve bien des surprises tout au long de ces pages si bien écrites.

La première partie est consacrée à Josy et à la sénatrice Justine Maes. On y plonge dans le monde des petites gens d’une part, puis dans le monde des magouilles politiques d’autre part. Et ce n’est qu’après un peu moins de 100 pages que Pierre-Arsène Leoni fait son entrée avec une Eliane plus dégourdie et craquante que jamais. Et c’est tout l’art des dialogues d’Elena Piacentini qui apparait, car Eliane et Pierre-Arsène forment un couple à la fois excitant et drôle ! La dernière partie va se dérouler dans les carrières de craie de Lezennes, qui forment un véritable labyrinthe, dans lequel les policiers vont chercher des enfants disparus. Mais c’est aussi un endroit montré sombre et stressant par l’auteure, et ces pages m’ont crispé au livre !

Ce roman tient à la fois sur l’intrigue et sur la façon dont Pierre-Arsène et Eliane vont démêler la pelote, mais aussi sur ces formidables personnages dont on est toujours triste de quitter à la fin. Avec ce roman, Elena Piacentini nous démontre de belle façon qu’elle est une grande du roman policier et qu’avec ce roman, elle semble entamer un deuxième cycle, chez un nouvel éditeur (Au-delà du raisonnable) après avoir sorti trois tomes chez Ravet-Anceau.

Antonia de Gildas Girodeau

Editeur : Au-delà du raisonnable

Attention, coup de cœur !

Par moments, je me dis que, pour ne pas se tromper dans les choix de lecture, il est très utile de suivre les conseils des amis. Pour être totalement honnête, je n’aurais jamais lu ce livre sans mon ami Richard, de son nom de scène Le Concierge Masqué, et je ne l’aurais jamais vu car il est rangé dans le rayon littérature, que je n’arpente jamais. Ce roman est un roman épique, presque une biographie, un roman qui aborde des sujets importants à travers un personnage féminin extraordinaire, et cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle flamme pour un personnage de fiction. Fantastique !

Le roman commence en 1974, en Italie. La situation devient de plus en plus explosive et les attentats se multiplient contre le gouvernement. La cible des forces de l’ordre est le groupuscule d’extrême gauche. Antonia est une jeune femme recherchée par toutes les polices. Son surnom de La Pistolera est sur toutes les lèvres. C’est une passionnée, obnubilée par son combat contre les fascistes, quitte à commettre des attentats meurtriers.

Quand deux de ses acolytes sont arrêtés par la police, elle n’a d’autre choix que de fuir, pour survivre, pour combattre. Avec un peu d’argent et un déguisement, elle se retrouve à faire du stop pour rejoindre la France, et tombe sur Robert, un homme riche qui se dirige vers la Suisse. Elle va se laisser séduire par l’homme et par le luxe attenant. Devenant son amante puis sa compagne, elle va rester quelque temps avec lui, avant de le quitter.

Elle a pris une nouvelle identité et se nommera désormais Astrid. Grâce à son cousin Anselme, qui travaille au Vatican, elle arrive à avoir un entretien avec la Mère Supérieure en charge d’une congrégation qui aide les pays en voie de développement. Bien qu’elle ne soit pas catholique, elle accepte un poste d’enseignante en Ethiopie. Une nouvelle vie commence pour elle.

Rassurez-vous, mon résumé ne couvre qu’une petite partie des tribulations d’Antonia. Car ce roman de seulement 250 pages va parcourir presque vingt années de la vie de cette jeune femme. Il est intéressant de savoir que l’auteur, en faisant des recherches pour un roman, a découvert ce personnage de jeune italienne qui a alerté sur les massacres du Rwanda bien avant qu’ils ne soient perpétrés. Alors, il a décidé de lui rendre hommage en lui inventant un passé, une vie.

En fait, j’ai été totalement pris, enchanté par ce roman. Et en premier, j’ai été époustouflé par l’écriture d’une limpidité rare, qui nous emmène dans différents lieux, dans différentes périodes de temps, sans jamais en faire trop. En fait, tout est dans la simplicité, dans la magie de transporter le lecteur ailleurs, par la force des mots, des phrases.

Bien que je ne sois pas spécialement féru de biographie, et que ce roman peut sembler en être une, je dois dire que j’ai été transporté par ce personnage de Antonia. Pour autant, il ne m’a pas inspiré de sympathie ni de pitié. Nous avons tout de même à faire avec une terroriste. Mais l’auteur est d’une remarquable intelligence, quand il se contente de jouer aux témoins et de ne jamais prendre parti.

Et cela lui permet de nous montrer un personnage féminin fort dans sa vie, dans ses amours, dans ses convictions. C’est un personnage qui, voulant faire passer ses messages de combat par la violence, va se découvrir dans la sauvegarde et la protection des autres. Antonia, c’est la portrait d’un enfant qui nait pour une deuxième fois, c’est une rose qui éclot sous nos yeux, sans jamais montrer un seul aspect de faiblesse.

Enfin, il y a la contexte historique, celui de l’Italie dans un premier temps, et le combat contre les brigades rouges. Celui de l’Éthiopie ensuite, embringué dans ses luttes politiciennes au détriment du peuple. Celui du Rwanda enfin où toute l’horreur des compromissions devient un argument pour laisser faire des massacres, qui trouveront leur apogée en 1994. L’auteur, en même temps que son héroïne, nous montre comment l’horreur devait arriver, comment elle aurait pu être évitée si les grands pays industrialisés (dont la France) avaient décidé de ne pas soutenir l’un des camps, si on n’avait pas fermé les yeux, si on n’avait pas été sourds aux appels au secours, si même la religion catholique avait fait passer un message de paix et d’harmonie. La plupart de ces aspects m’étaient connus, mais je ne les avais jamais lus dans un roman. Je vous le dis, ce roman est magnifique ! Coup de cœur !

Un grand, un énorme, un gigantesque merci à Richard pour cette découverte. Ne ratez pas les billets de Garoupe et l’oncle Paul.