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Oldies : Le cycle de Cybione de Ayerdhal (Au Diable Vauvert)

Oyé, oyé, braves gens ! Les éditions Au Diable Vauvert rééditent le cycle de Cybione de Ayerdhal, cette série de 4 romans de science fiction datant des années 2000. 4 romans pour le prix d’un, je me demande comment vous pouvez résister ! Les quatre romans en question, avec mon avis, sont ici :

Cybione :

Lui, c’est Deen Chad. Flicaillon d’une sous-filiale de la plus grosse firme policière sur le marché de la justice, récemment promu inspecteur solo chez Invest.

Elle, c’est Elyia. Pour ainsi dire éternelle, puisqu’elle renaît de chacune de ses morts, la mémoire amputée de sa dernière vie. Entre eux, il y a Cheur, une planète ultralibérale dont chacune des institutions est privée. Mais il y a surtout Ender, l’assureur qui garantit les constitutions de mille mondes et qui veille sur ses contrats grâce aux services d’un million d’agents très spéciaux.

Mon avis :

La science fiction, ce n’est pas trop mon genre, car je n’arrive pas à m’installer dans un monde nouveau avec suffisamment de célérité. Il n’en reste pas moins que ce roman est un pur polar d’action, avec une enquête sur des meurtres, que c’est mâtiné de politique et de complots, et que les scènes d’action sont ébouriffantes. Bref, cela donne envie de continuer ce cycle pour retrouver Elyia. La fin est très réussie.

Polytan :

Elle s’appelle Elyia. C’est une cybione.

Son métier : agent très spécial, au service de la toute-puissante agence Ender. Aujourd’hui, on vient de l’expédier sur la planète Cinq-Tanat pour briser un mouvement révolutionnaire. Un job qui ne lui fait pas peur ; elle y laissera peut-être sa peau, mais ce ne sera pas la première fois. Car les missions fatales, elle connaît. Elle a même déjà donné. Non, le vrai problème, c’est que son patron semble lui cacher quelque chose… et que, une fois encore, ses propres convictions la portent à épouser la cause des insurgés.

Mon avis :

Tous les trente ans, la planète Cinq-Tanat connait des rebellions. Il semble bien que celle-ci se transforme en révolution et donne lieu à une dictature. Du roman d’action précédent, on passe à un pur roman politique, sous forme d’enquête où il s’agit de déterminer qui est le gentil et qui est le méchant … mais en politique, rien n’est ni blanc ni noir. Ce roman est passionnant et bigrement actuel, et nous démontre une fois encore qu’il est bien difficile de savoir qui tient les rênes du pouvoir et qui manipule qui ? A ne pas rater.

Keelsom, Jahnaïc :

En Jahnaïc, on chante le reggae, on boit du rhum, on joue au futchibol et on fume la ganja. Parfois aussi, on assassine un ministre ou on fait sauter un commissariat… Tout ça est cependant un peu réducteur. C’est en tout cas ce que pressent Elya Nahm, sans comprendre vraiment quelles raisons poussent l’agence Ender à s’intéresser à cette jeune et fragile république sans histoires. Encore qu’il paraisse normal que l’assureur des constitutions de mille mondes envisage de garantir la démocratie jahnaïcaine ; après tout, c’est sa vocation. Mais quels buts poursuivent alors ceux qui s’obstinent à lui mettre des bâtons dans les roues ?

Mon avis :

Ça commence par la mort de Elyia, lors d’un attentat contre un ministre ; et comme c’est une cybione, elle renait chez Sarryl. Quand elle retourne sur Jahnaïc, elle apprend qu’elle est morte plusieurs fois. Mais qui veut faire échouer le projet de constitution. Entre faux amis et vrais ennemis, Elyia va enquêter. Dans ce roman, on sent l’évolution de Ayerdhal. Le style se fait plus précis, les personnages sont mieux dessinés, les décors superbes, et l’immersion complète. C’est un splendide épisode où on a plaisir à plonger dans une nouvelle civilisation. Un très bon roman passionnant.

L’œil de Spad :

Il s’appelle Chad, Deen Chad. il était flic solo sur Cheur quand il a croisé le chemin d’Elyia Nahm. Et c’est à présent sur lui qu’Ender et Saryll comptent pour la mettre hors d’état de nuire. Car depuis qu’elle s’est enfuie de la Jahnaïc, Elyia a entrepris l’éradication des assassins de son espèce. Tous sur Jaïlur, l’ex-planète capitale de l’Union que les agents d’Ender ont largement contribué â effondrer au profit des multi planétaires de l’Agrégat. Mais ce n’est pas vraiment le problème d’Elyia. En tout cas, ça ne l’était pas jusqu’à ce que son instinct de cybione la contraigne à mettre son nez dans les affaires de la mafia locale et de tous les intérêts qui se cachent derrière…

Mon avis :

Au jeu du chat et de la souris, Ayerdhal finit rapidement par nous plonger dans un véritable polar, mâtiné de politique. Le roman se construit donc autour de chapitres donnant le beau rôle alternativement à Elyia puis Chad. L’un court après l’autre, qui court après l’autre. Le contexte, c’est un trafic de drogue dont ils cherchent les dealers. Mais c’est aussi une possibilité pour Elyia de retrouver la mémoire, et pour un gouvernement de maitriser son peuple.

Depuis le premier épisode, la narration a bien évolué. Le ton est plus sur, le récit costaud, et les scènes d’action toujours aussi efficaces alors que les dialogues s’offrent une belle part. Bref, si l’on peut faire un reproche à ce tome 4, c’est bien qu’il se lit trop vite, tant il est passionnant. Et puis, rappelez-vous, Ayerdhal, au travers de ses intrigues, nous montre une facette de notre société, et ce n’est pas joli.

 Kwak

Enfin, sachez que le tome 5 de Cybione va sortir à la rentrée. Il s’appelle Kwak, sort aux éditions Au Diable Vauvert. La quatrième de couverture nous dit :

Kwak est une planète rustique, technologiquement indigente, où l’arme la plus dangereuse est l’arbalète et la non-violence de rigueur. Ender, l’assureur des constitutions de mille mondes, n’attend que le bon moment pour contractualiser le système politique local. Seulement, ses agents et ses correspondants locaux, chargés de préparer le terrain, disparaissent un à un, et une légende perturbe sa quiétude : l’évangile de Sainte Elyia du Couteau. Voilà pourquoi Ender expédie son meilleur agent sur Kwak. L’unique mais très remplaçable CYbernetic BIologic clONE : Elyia, cybione qui meurt puis renaît après chacun de ses décès fort peu accidentels. Éternellement jeune et seule, privée d’une partie de sa mémoire, elle continue de batailler entre son obéissance programmée et son goût pour la liberté. Pour cette mission, elle paraît surqualifiée, mais les apparences sont illusions et les ressources des Kwakers surprenantes.

Bastards de Ayerdahl (Au diable Vauvert)

A force d’entendre du bien de Ayerdhal, en particulier sur le site de Jean Marc Actu du Noir, il fallait bien que j’essaie cet auteur. Et je dois dire que c’est un roman très original, aux frontières des genres, entre roman noir, roman d’espionnage, polar et fantastique. Tout cela avec un style d’une fluidité rare et de multiples rebondissements.

New York, de nos jours. Alexander Byrd est un écrivain à succès, ou devrais-je dire était. Depuis son dernier roman, et depuis qu’il a reçu le prix Pulitzer, c’est la panne sèche. Il attend, joue la montre, mais il faut bien se rendre à l’évidence que l’inspiration n’est plus au rendez vous. Quand un ami écrivain lui parle d’un fait divers, et qu’il insiste pour qu’il s’y intéresse, il décide de faire son enquête.

Le fait divers, c’est une octogénaire qui a tué ses trois agresseurs avec un sarcloir, aidée par son chat. Alors qu’il discute avec un enquêteur du FBI, il apprend que ce fait divers n’est pas isolé et tous les indices le mènent vers une vieille dame qu’il va rencontrer : Janet Bond. Mais cette recherche va déclencher un cataclysme dont il n’a pas idée, le laissant imaginer une guerre entre services secrets.

Je ne peux pas vous en dire plus, sur l’intrigue de ce livre, au risque d’en dire trop. Car dans ce roman qui va vite, très vite, les rebondissements s’enchainent, qui vont aboutir à des acènes de bagarres décrites comme les meilleures scènes d’action. Si ce roman est pour moi une découverte de l’univers de Ayerdhal, c’est surtout une révélation : ce roman est impressionnant de bout en bout.

Car après nous avoir présenté ce romancier en panne d’inspiration, on plonge dans du pur roman d’action, avant d’obliquer dans un domaine de roman fantastique, nous montrant une guerre souterraine entre le bien et le mal, entre les chats et les serpents. Le style est extraordinairement visuel et les dialogues parfaitement agencés, c’est du pur thriller fantastique comme j’en ai rarement lu, qui m’a beaucoup fait penser à Laurent Fetis.

Outre les personnages qui sont formidablement dessinés, il ya le style qui est très visuel et qui nous plonge dans des milieux qui sont si habituels, (un simple appartement par exemple, qui deviennent dans les mains de Ayerdhal des endroits inquiétants. Et que dire des entrepôts où des scènes de combats nous font sursauter ou encore des caves qui donnent sur des galeries souterraines humides et inquiétantes. Ayerdhal est réellement un auteur avec un énorme talent.

Et au-delà du roman d’action, Ayerdhal nous donne les clés de son roman : il ne s’agit pas uniquement de parler de la lutte du bien contre le mal, mais aussi de parler littérature. Tous ceux qui vont aider Alexander sont de grands écrivains, comme pour montrer que le salut est à chercher du coté de la littérature. Et les forces obscures sont celles de Wall Street qui mènent le monde à sa perte pour leur seul besoin de pouvoir. Et même si ce roman est essentiellement un roman d’excellent divertissement, même si j’y ai trouvé quelques longueurs surtout dans la deuxième partie, il n’est pas interdit de lire intelligent. Lisez donc ce roman, et vous serez comme moi : impressionné !

Ne ratez pas l’avis de Jean Marc ici

Artères souterraines de Warren Ellis (Au diable Vauvert)

Voici un livre qui m’a été conseillé par ma librairie préférée, la librairie 4 pages plus tard, à Montgeron. Comme je suis une bille en bande dessinées et comics (à part Alan Moore et Frank Miller), je vais vous parler de ce livre sans a priori aucun. Voici donc Artères souterraines de Warren Ellis.

Michael McGill est un détective privé new-yorkais qui attire la poisse, un aimant à merde comme on l’appelle. Un matin, sa rue est surveillée par des Men in black, puis une voiture débarque. Un petit homme héroïnomane en sort et se dirige vers son bureau. Il se présente comme étant le chef de cabinet le Maison Blanche.

Il lui propose de retrouver l’original de la deuxième constitution des Etats-Unis, écrite par des extra-terrestres. Celle-ci a été dérobée 50 ans plus tôt, et change de main en l’échange de services divers. Cette constitution comporte vingt trois amendements qui permettraient d’éviter la déchéance du pays, voire du monde. Et quand on ouvre le livre, une fréquence de 18 hertz donne un effet attractif à celui qui le lit. Pour cela, on lui offre un demi million de dollars, ce qui tombe bien pour un homme qui a sur son compte en banque la modique somme de trois dollars.

En sortant de chez lui, il tombe sur une mendiante qui écoute les voitures. Elle est capable de lire l’avenir et lui promet de nombreux voyages ainsi que la compagnie d’une femme. Il décide donc de suivre une piste vieille de trois ans, en débarquant dans un vieux cinéma où se réfugient les adorateurs de lézards géants. Leur hobby est de se projeter des films de Godzilla tout en se masturbant dans la salle.

Là il rencontre Trix, une jeune étudiante qui écrit une thèse sur les déviances de nos contemporains. Ils décident de faire équipe et vont rencontrer des gens aussi bizarres que des drogués, des gens qui s’injectent de l’eau saline dans les testicules, des fous de toutes sortes, des frappés paranoïaques …

Ne connaissant pas l’auteur, j’ai été un peu surpris. Car on croit nager en plein rêve, ou en plein cauchemar pendant tout le livre. Warren Ellis noue une intrigue basée sur le monde derrière le décor. Dès le premier chapitre, le personnage que l’on croyait un peu à coté de la plaque (Mike McGill) s’avère la seule personne saine d’esprit. Et on a droit à une sacrée bande de cinglés tout au long du bouquin. Et plus le livre avance, plus ils sont cinglés.

Si les dialogues sont bien faits, l’intrigue souffre du fait que Warren Ellis fait plus un collage de scènes et de rencontres avec des personnages qu’une histoire « normale », avec des transitions évitables. Ça ressemble à un pactchwork de scènes et on a l’impression de lire un scenario de film ou … de bande dessinée. Ceci dit, c’est un petit reproche, car je dois avouer que cela se lit très bien, avec un style plus parlé que littéraire.

Mais la grande qualité de ce livre, c’est l’humour. Ce roman aurait pu plonger dans le ridicule, à force d’aligner les pervers, les scènes trash, les propos irrévérencieux. Sans ces moments de franche rigolade, je me serais ennuyé. J’ai ri aux éclats souvent, ce qui m’a aidé à ne pas prendre ce livre au sérieux. Et même dans les dialogues entre Mike et Trix où ils parlent de morale, on sent que le but n’est pas de faire réfléchir mais de divertir.

Donc vous voilà prévenu : si vous n’avez pas peur des sodomisateurs d’autruches, ni de scènes sales, ni de propos grossiers et décalés, et si vous voulez passer un bon moment de rigolade, alors ce livre est pour vous. Sinon, passez votre chemin.