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Le dernier roi de Brighton de Peter Guttridge (Rouergue noir)

Après Promenade du crime, voici le deuxième tome de la trilogie consacrée à Brighton, station balnéaire de Grande Bretagne. Ce roman s’avère plus grand, plus fort, plus imposant, exemplaire.

Ce roman est composé de deux parties. La première est consacrée aux années 60, la deuxième se déroule de nos jours. En 1963, John Hathaway est un jeune adolescent dont la passion est la musique. Avec ses copains Charlie, Dan et Bill il forme le groupe des Avalons, et fait la tournée des petits clubs en reprenant des chansons à succès. Il se débrouille tout seul, ses parents étant en Espagne pour une durée indéterminée. Et c’est Reilly, l’homme de confiance de son père qui l’aide dans sa vie de tous les jours.

La ville de Brighton est plongée dans des affaires criminelles retentissantes : on y parle encore du tueur à la malle qui date des années 30, mais aussi de l’attaque du fourgon postal qui est une affaire plus récente. John va s’apercevoir que ses concerts sont organisés dans des clubs grâce à la réputation de son père, que la police lui fait les yeux doux parce qu’il est le fils de Dennis. Entre sa petite vie et Barbara, une trentenaire devenue son amante, il mène une vie facile et nocturne, jusqu’à ce que son père rentre avec sa mère, prise de délires et que son père attribue à la ménopause.

Son père va chasser Barbara, qui est une de ses employées et lui demander de travailler dans son organisation ; tout d’abord, il lui demande de transporter de l’argent, puis de la drogue, puis de vendre de la drogue pendant ses concerts. Petit à petit, il va comprendre l’étendue de l’organisation de son père. Cette formation et ce passé douteux va avoir des conséquences sur sa vie actuelle, quand quarante années plus tard, un homme se fait atrocement empaler.

Le portrait que fait Peter Guttridge de la superbe et riche ville de Brighton est bien peu ragoûtant. En effet, il prend son temps pour montrer comment dans les années 60, le principal gang de Brighton détenait le commerce illicite, des paris au trafic de drogue qui commence (les petites pillules que les jeunes avalent pendant les concerts pour mieux s’amuser !), de la prostitution à la pédophilie. A cela, on ajoute la police qui profite de cet argent, mais qui le dirige aussi tant la hiérarchie est impliquée.

Peter Guttridge a choisi une narration très classique, mettant en opposition deux époques, qui sont les années 60 et les années 2000. Il donne l’impression qu’avant la criminalité était moins violente, moins barbare. Il montre une époque ivre d’amusements, de musique, de joie de vivre, qu’il oppose à notre monde contemporain plus froid, plus brutal. D’ailleurs, dans la première partie, les titres des chapitres reprennent des titres de morceaux populaires, qui disparaissent dans la deuxième partie. Cette première partie, sur les années 60 est exemplaire à tous points de vue, tant elle est parfaitement écrite.

C’est aussi un roman de formation, d’initiation, au travers le personnage de John. Ce jeune homme va petit à petit perdre son innocence, jusqu’à devenir le nouveau parrain de Brighton, suivant en cela les pas de son père. Et le jeune homme de la première partie va se révéler un maitre du crime, que l’on va retrouver au travers d’enquêtes menées par Robert Watts dans une deuxième partie d’une narration plus classique.

Indéniablement, ce Dernier roi de Brighton s’avère un polar costaud, que j’ai eu bien du mal à lâcher, tant la façon qu’a Peter Guttridge de mener son histoire me convient bien : elle est centrée sur les personnages, avance surement grâce à des dialogues remarquablement bien faits, et ne s’appesantit jamais sur des futilités. Ce deuxième tome de la trilogie de Brighton est brillant, étincelant comme les joyaux de cette station balnéaire.

Ne ratez pas l’article de l’ami Claude ici

Promenade du crime de Peter Guttridge (Rouergue Noir)

Ce roman m’a été fortement recommandé par Le Concierge Masqué, et je vous conseille d’aller jeter un œil attentif sur l’interview de l’auteur Peter Guttridge, car cela vous permettra d’avoir une idée de son ambition. C’est ici : http://www.concierge-masque.com/2012/12/27/peter-guttridge-promenade-du-crime/

Le début est assez classique, nous assistons à une descente de police, dont une des équipes armées est dirigée par l’inspecteur Sarah Gilchrist. Au rez-de-chaussée, il n’y a rien à signaler. Les équipes montent au premier étage, et là, les coups de feu partent dans tous les sens. Sarah, qui est restée en bas, n’a rien vu. Quand elle monte, un corps est sur les toilettes, deux autres sont dans le lit. Quand elle descend, un homme entre. Elle n’a pas le temps de dégainer qu’il se fait descendre, probablement par un tireur d’élite. Elle a l’impression qu’il laisse tomber quelque chose sous le buffet.

Robert Watts, le narrateur, est le chef de la police, il est très jeune pour occuper ce poste et a de grandes ambitions pour redorer le blason des forces de l’ordre, mis à bas à cause des attentats de Londres du 7 juillet 2005. Macklin, son adjoint l’appelle pour le mettre au courant du carnage. Le truand visé ne semble pas être parmi les victimes. Watts va tenir une position difficile, celle de défendre ses hommes, alors qu’il semblerait que l’assaut ait été donné dans la mauvaise maison. Quand des émeutes se déclenchent, il va être poussé à la démission, d’autant plus que la presse publie le scoop comme quoi Watts et Gilchrist ont été amants.

Watts va alors annoncer la nouvelle à son père, Donald, écrivain de polars. Robert va être contacté par une journaliste Kate Simpson, qui enquête sur l’affaire de la malle, et qui date de 1934. En effet, un corps découpé fut retrouvé dans la gare de Brighton et l’affaire jamais résolue. Mais Robert n’a pas renoncé à découvrir qui cherche à le faire tomber.

En fait, dès la page 25, ce roman m’a pris à la gorge : Alors que Macklin appelle Watts, il lui décrit la situation, sans lui dévoiler le plus grave. Puis, d’une phrase, alors que Watts pense que la situation ne peut pas être pire que ce qu’il lui a annoncé, il dit juste cette phrase : « Il semblerait que nous ayons donné l’assaut à la mauvaise maison ». Je trouve que ce passage donne magnifiquement le ton à ce polar : un style simple, dépouillé et des dialogues percutants et efficaces.

Car, si l’affaire de la malle sanglante va être l’intrigue principale, la ville de Brighton et ses flics corrompus, les mystères des manigances politiques sont le véritable sujet de ce livre. Derrière les frasques de cette station balnéaire, de nombreux gangs profitent de l’argent qui court dans les rues. Derrière les lumières des richesses, se cache la noirceur des mafias locales, gérant les trafics de drogue et la prostitution.

D’ailleurs, ce premier roman est le premier d’une trilogie, et en ce sens, les personnages sont bien positionnés, les intrigues foisonnantes, et l’envie de continuer l’aventure est bien là. Le deuxième tome de la trilogie s’appelle Le dernier roi de Brighton et sort en ce début 2013. Une lecture obligatoire étant donné que Promenade du crime m’a mis l’eau à la bouche. Décidément, j’adore la façon qu’ont les grands bretons d’analyser leur société, avec tant de froideur, mais aussi tant de courage et de si beaux personnages.

L’avis de Claude est là : http://action-suspense.over-blog.com/article-peter-guttridge-promenade-du-crime-rouergue-noir-2012-102981427.html

Oldies : Meurtres à Pékin de Peter May (Babel noir)

Voici le premier roman d’un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler et qui consacre un cycle à un couple d’enquêteurs dans la Chine moderne. Meurtres à Pékin de Peter May est le premier roman de ce cycle. Et un grand merci à Dominique qui m’a prêté ce livre et qui m’a fait découvrir un nouvel auteur.

Margaret Campbell est une médecin légiste américaine, spécialisée dans les autopsies des corps brulés. Pour oublier sa vie qui part en vrille, elle accepte de partir six semaines pour donner des cours de pathologie médico-légale à l’université de la sécurité publique de Pékin. Malgré le décalage horaire, elle va être accueillie par le professeur Jiang dans un gigantesque banquet.

Li Yan, simple inspecteur à la section n°1 de la police, qui est chargée des homicides, se prépare pour le plus important des entretiens de sa carrière. Même s’il n’a que 33 ans, il espère obtenir une grande promotion. Reçu par le commissaire Hu Yisheng, il apprend qu’il est promu au rang de directeur et au poste de commissaire divisionnaire adjoint de la section n°1.

Ces deux personnages vont avoir à faire à une étrange série de meurtres. Un homme est découvert carbonisé dans un paisible parc. Puis, deux autres corps vont être trouvés dans des endroits différents. La légiste américaine et le commissaire chinois vont allier leurs compétences malgré leurs différences de culture.

Je qualifierai ce roman de policier classique ; classique par ses personnages qui n’ont rien en commun et qui doivent unir leurs efforts pour résoudre ce mystère ; classique par la façon de construire le roman par chapitres alternés. Peter May joue sur les oppositions Homme/Femme ou Chinois/Américain pour construire la psychologie de ses deux principaux personnages et à part l’histoire d’amour moyenne, c’est efficace pour décrire la Chine d’aujourd’hui. Vous aurez aussi droit à une explication didactique de ce que sont les OGM.

Car le grand intérêt est surtout là. Au travers d’une personne étrangère au pays du soleil levant, Peter May, bien qu’étant écossais, nous montre comment fonctionne la première puissance mondiale. On apprend plein de choses comme par exemple les règles de respect, les façons de dire non ou bien que ce qui passe en premier c’est l’intérêt général avant l’intérêt individuel. Imaginez ce que cela peut donner avec 1,6 milliards de personnes. Cela m’a paru un bon complément par rapport aux romans de Qiu XiaLong. Un petit exemple de la philosophie chinoise : « Apprendre peut parfois se révéler un processus difficile, même pénible. Mais il faut l’accepter ».

Il faut dire que l’intrigue est plutôt bien menée, le style est fluide, avec par moments quelques longueurs, mais l’ensemble est très facile à lire. C’est un roman qui permet de se plonger aisément dans un voyage lointain, fort agréable à dévorer. Pour ma part, j’ai plus été intéressé par le voyage touristique proposé par l’auteur que par les personnages eux-mêmes. Et que ceux qui sont tentés par ce roman soient rassurés, ce roman est le premier d’un cycle qui en comporte 4 qui sont (entre parenthèses les dates de première parution pour la traduction française) :

Meurtres à Pékin (2005)

Le quatrième sacrifice (2006)

Les disparues de Shanghai (2006)

Cadavres chinois à Houston (2007)

Jeux mortels à Pékin (2007)

L’éventreur de Pékin (2008)

Aller simple de Carlos Salem (Moisson rouge)

Après avoir lu tant de critiques élogieuses sur ce livre, je l’avais forcément mis sur ma liste de livres à acheter. Mais à chaque fois que j’allais dans une librairie pour acheter un bouquin, j’en trouvais un autre à acheter. Finalement, je l’ai mis sur ma liste de Noel, et le Père Noel, dans son immense bonté, l’a déposé au pied de notre sapin. Après Underworld USA, j’avais décidé de le prendre pour m’aérer un peu, pour avoir une lecture plus légère que le dernier Ellroy. Et c’est le livre le plus déjanté, le plus loufoque que j’aie jamais lu.

C’est l’histoire d’Octavio qui est en vacances au Maroc avec sa femme. Il est marié depuis 22 ans, et cela fait 20 ans qu’elle le fait chier (excusez du terme). Il est fonctionnaire espagnol au registre d’État Civil. En plein milieu de ces vacances, sa femme fait une crise cardiaque, s’écroule sur le lit de leur hôtel, se relève, se cogne la tête contre la table de nuit, et tombe sur le sol morte. Octavio se rend vite compte qu’avec la trace de coup qu’elle porte sur la tête, personne ne va croire à une mort naturelle. Il décide de la cacher sous le lit et d’aller prendre l’air. Au bar, il rencontre Soldati, un pseudo anarchiste et lors de leur périple, ils en viennent à voler le manteau d’un Bolivien, qui s’avère être un truand. Dans le manteau, se trouvent des faux papiers et de l’argent, faux aussi. Soldati, qui a par le passé cherché à vendre des glaces aux Touaregs et qui dispose d’un camion réfrigéré, aide Octavio à récupérer sa femme. Mais lors de leur retour à l’hôtel, Ils y mettent le feu et s’échappent sans trouver le corps. Les voilà donc poursuivis par la police et par les trafiquants colombiens.

Que voilà un résumé bien long pour un petit livre de 260 pages. Mais en fait, cela ne couvre que les 50 premières pages. Car ce roman part sur des chapeaux de roues pour présenter le canevas de cette intrigue aussi loufoque qu’hilarante. Ici, rien n’est sérieux, c’est drôle du début jusqu’à la fin. Et la suite est du même tonneau, avec des rencontres toutes plus improbables et délirantes les unes que les autres, d’un réalisateur qui tourne un film sans pellicule à Carlos Gardel.

La grande force de ce roman réside dans ses personnages, tous plus humains les uns que les autres. Voilà un auteur à propos duquel je peux dire sans me tromper qu’il aime ses personnages. On s’y attache facilement, on les suit avec plaisir, et quand on croit que l’intrigue s’embourbe, Carlos Salem fait une pirouette, en général très drôle, et l’intérêt est relancé.

J’ai particulièrement apprécié aussi les réflexions pseudo philosophiques, peut-être pour montrer que tout le monde peut le faire, ou pour monter le polar au niveau de la grande littérature, ou juste pour faire rire. Aucun sérieux n’est à retenir, ceci est une gigantesque potache, une énorme blague, avec d’excellents bons mots qui mériteraient leur place dans tout bon dictionnaire de citations. Et donc, le plaisir de lire est au rendez vous. Et j’avais l’impression parfois de lire du Westlake, pas en ce qui concerne le style, ou la construction de l’intrigue mais plutôt en ce qui concerne la volonté affichée d’abandonner la rationalité et le sérieux, pour se laisser entraîner dans les délires de l’auteur.

C’est aussi de très beaux portraits de personnages à la poursuite d’un objectif, d’un idéal qu’ils n’arriveront pas à atteindre. Entre Octavio qui cherche sa femme, le Bolivien qui court après un agenda, un réalisateur qui tourne un film sans pellicule, un écrivain qui cherche à écrire un livre, tous cherchent quelque chose qui donne un sens à leur vie. Même si ces objectifs sont plus loufoques les uns que les autres. On arrive à se demander si le monde entier n’est pas devenu fou.

Là où je suis un peu plus mitigé, c’est que par moments, j’ai décroché. Certes j’ai continué, et j’ai bien fait, car les rebondissements sont tellement bien faits que l’on est tout de suite repris par le rythme comique de l’ensemble. De plus j’ai regretté que les extraits des chansons de Gardel ne soient pas toutes traduites. Je ne parle pas espagnol, et j’ai peur d’être passé à coté de blagues supplémentaires ou tout simplement d’un peu de poésie. Enfin, des fautes d’orthographe en assez grand nombre m’ont un peu énervé.

En conclusion, Aller simple est une très bonne découverte, un auteur que je vais suivre pour son univers déjanté et décalé. Cela fait du bien de lire un polar différent et extrêmement bien construit, qui va au-delà de la simple blague. Je vous le conseille fortement. Un excellent polar qui n’est pas passé loin du coup de cœur en ce qui me concerne.