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L’innocence des bourreaux de Barbara Abel (Belfond)

Barbara Abel a l’habitude de créer des suspenses psychologiques passionnants, basés sur des situations de tous les jours. Ce roman ne fait pas exception à la règle puisque nous nous retrouvons dans une supérette … du moins au début …

Joachim Fallet, dit Jo, est un jeune homme, en situation de manque. S’il ne trouve pas de drogue rapidement, il va craquer. Il a bien essayé d’appeler sa copine mais ça ne répond pas. Poussé à bout par son envie, son besoin, il prend son arme et descend à la supérette de la rue des Termes.

Aline Verdoux a décidé d’aller voir son père qui est dans une maison de retraite. Son fils, adolescent de 15 ans joue à la console et ne veut pas venir. Aline craque et casse la manette. Ils partent tous les deux et s’arrêtent à la supérette avant de prendre la route.

Michelle Bourdieux est une dame à domicile qui s’occupe de Germaine Dethy, une vielle dame de 83 ans, désagréable au possible. Germaine ne peut se déplacer seule. Après avoir nettoyé les vitres, elles vont faire des courses.

Léa Fronsac est une jeune mère séparée. Son fils regarde les dessins animés. Elle a juste le temps de faire un aller retour éclair pour aller chercher des couches.

Guillaume Vanderkeren est caissier à la supérette. Il a son après-midi, avant que Camille, sa collègue lui annonce qu’elle a un rendez vous chez le gynécologue. Il ne manquerait plus que son égarement le conduise à devenir père ! Il va donc la remplacer.

Géraldine Marbeau et son fils Felix de 8 ans doivent préparer le repas du soir. Au programme, un fantastique Tiramisu. Mais il lui manque du café. Felix est d’accord pour aller chez la voisine Mme Bertille avant d’aller chercher un paquet de café pour sa mère.

Thomas Piscina est comptable. Il vient de tromper sa femme avec la réceptionniste. Après avoir passé du bon temps, il est temps de retourner travailler. En passant, ils s’arrêtent à la supérette pour quelques achats.

C’est alors que Jo débarque en hurlant : « Tous à terre ! Le premier qui bouge, je le bute ! ».

Une nouvelle fois, Barbara Abel va nous surprendre, mais il y a au moins une constance avec ce roman, c’est l’acuité dans l’analyse psychologique des personnages qui est au premier plan. Certes, on commence avec un huis clos, et cette situation est plutôt classique. J’ai apprécié la façon de présenter la petite dizaine de personnages qui vont errer dans ce roman comme des âmes en peine.

Donc nous avons un chapitre par personnage, et la précision de Barbara Abel est telle qu’elle est capable en moins de 10 pages de nous présenter à la fois le passé, le présent et les sentiments de ceux-ci. Cette facilité, ce talent est tout simplement époustouflant. On se dit aussi que l’on va se perdre avec dix personnages à suivre, chacun à son tour. Que nenni ! Ils sont suffisamment marqués, ils sont tellement vivants, qu’on a l’impression de les voir, de les rencontrer.

Puis arrive la scène de braquage. Sans esbroufe particulière, l’auteure nous déroule cette histoire en passant de l’un à l’autre, avec à chaque fois les états d’âme des uns et des autres mais surtout en dégottant dans son imagination débridée des événements qui sont comme autant de retournements de situation. Certes, on reste confiné dans un seul lieu, alors on peut se dire qu’en termes de rebondissements, c’est limité. Si vous avez cette reflexion, c’est que vous ne connaissez pas Barbara Abel.

Et puis, vous aurez remarquez sur la couverture que Bourreaux est au pluriel, alors que Jo est tout seul. C’est bien parce que l’auteure a décidé de s’amuser à redistribuer les cartes, que l’on pensait pourtant bien avoir en main. C’est un gros point fort de ce roman : on ressent le plaisir qu’a eu l’auteure à s’amuser avec ses personnages. Alors elle se laisse aller, elle les laisse vivre leur vie, et quand on connait Barbara Abel, certains d’entre eux vont avoir de petits soucis …

Alors, même si je trouve la fin moins forte que le début du livre, Barbara Abel nous démontre une nouvelle fois qu’elle écrit des romans Psychologiques avec un grand P, et qu’elle sait rendre passionnant la moindre situation quotidienne pour notre plus grand plaisir. Toutes les lectrices et tous les lecteurs ne peuvent qu’aimer ce roman, tant il va évoquer en elles et eux des frissons à l’évocation d’une situation qu’ils ont forcément rencontrée un jour. Du grand art !

Ne ratez pas les avis des amis Claude Le Nocher et L’oncle Paul

Oldies : L’instinct maternel de Barbara Abel (Masque poche)

Dans la rubrique Oldies de ce mois, voici un auteur qui écrit de très bons polars psychologiques. Quoi de mieux que de lire son premier roman, qui vient d’être réédité aux éditions du Masque dans la collection Masque Poche. Barbara Abel a récemment connu un beau succès avec son dernier roman en date Derrière la haine.

L’auteur :

Après des cours en théâtre suivis à 15 ans à l’Académie d’Etterbeek, elle étudie à l’Université libre de Bruxelles où elle obtient une licence en philologie romane. Elle s’inscrit ensuite à d’interprétation à l’École du Passage de Paris, puis exerce un temps le métier de comédienne et participe à des spectacles de rue.

À 23 ans, elle écrit sa première pièce de théâtre, L’Esquimau qui jardinait, qui est montée avec succès sur des scènes bruxelloises et au Festival de théâtre de Spa. Elle se lance peu après dans l’écriture, publie quelques textes dans différentes revues et, en 2002, un premier roman policier, L’Instinct maternel, lauréat du Prix du roman policier du festival de Cognac. Elle fait ensuite paraître d’autres récits de suspense qui ont évoque souvent des milieux familiaux étouffants où germent délits et folie.

Elle assure également des chroniques culturelles diffusées sur Arte Belgique.

(Source Wikipedia)

4ème de couverture :

Richard et Jeanne Tavier jouent, depuis de nombreuses années, la comédie du bonheur parfait dans le milieu huppé qu’ils fréquentent. Leur agressivité et leur mépris sont renforcés par le fait qu’ils n’ont jamais pu avoir d’enfant. Edwige, la confidente de Jeanne, l’aide de son mieux en lui procurant conseils et tendresse. Un soir, celle-ci débarque chez elle et lui annonce que Richard s’est rompu le cou en tombant dans l’escalier. Edwige n’est pas dupe mais couvre son amie en l’assurant de son silence. À l’ouverture du testament, le notaire annonce à la veuve que Richard lègue sa fortune à une inconnue. Blessée et dépitée, Jeanne transforme son ressentiment en une boule de fiel qui lui fait perdre la raison. Décidée à retrouver la femme qui a hérité à sa place, elle a bien l’intention de la supprimer.

Mon avis :

Voilà un roman psychologique épatant. Découpé comme les neuf mois d’une grossesse, il va montrer la mécanique implacable d’un esprit totalement malade, celui de Jeanne, prête à n’importe quoi pour récupérer l’argent de l’héritage de son mari. Oscillant entre horreur et huis-clos, la magie du style de l’auteur nous entraine dans les bas-fonds de l’ame humaine, avec une maestria qui force le respect. Ce qui est remarquable, c’est la précision de l’écriture, cette obsession de la bonne expression, et la faculté de construire des décors très explicites.

Et si je regrette juste que tout le roman ne soit pas centré sur Jeanne, c’est un roman idéal pour rentrer dans l’univers de cette auteure qui sait à la fois construire une intrigue impeccable, mais en plus faire ressentir au lecteur les fortes émotions, en utilisant notre fibre humaine et sensible. Quand un esprit est incapable de ressentir le moindre sentiment, qu’il est renfermé sur lui-même, cela donne des scènes d’une force incroyable. Une lecture indubitablement forte et marquante à ne pas rater.