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Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard

Editeur : Belfond

Voilà un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler, en bien. Ayant raté son précédent roman, Fais le pour maman, j’ai voulu tester son petit dernier en date. Le moins que je puisse dire, c’est que j’ai bien fait, parce que c’est un roman terriblement addictif, que je l’ai lu en deux jours. Vous êtes prévenu : si vous commencez ce roman, vous allez perdre quelques heures de sommeil.

Il est allongé. Il se réveille et ne se souvient de rien. Il a du mal à respirer, il semble être dans une boite, ou du moins dans un espace confiné. Le bruit de la terre qui tombe sur la boite l’obsède. On l’enterre vivant ? Au secours !

Fanny est une femme heureuse en famille. Elle vit avec Mickael et les deux jumeaux Arno et Victor. Depuis qu’elle a écrit un livre à succès, sur comment décorer sa maison avec des fleurs, sa boutique a du succès. La cinquantaine apaisée, elle apprécie sa vie de couple au milieu des peintures de Mickael. Tout juste est-elle inquiète de Victor, et son envie de faire souffrir son frère. Il semble avoir une envie de faire du mal.

Le commissaire divisionnaire Dubois est au cimetière. Il déteste ça, mais il est forcé de rester là puisque c’est sa mère qu’on enterre. Il vient de recevoir un SMS : Le professeur Jacques Jakubovitch, le chirurgien esthétique des stars vient d’être retrouvé assassiné, et l’assassin a fait preuve d’imagination.

Elle est étudiante en deuxième année de médecine à Paris VII. Elle a toujours eu un penchant pour l’alcool, buvant à en oublier sa vie, son stress, à s’en rendre malade. Ce soir là, saoule comme d’habitude, elle a accepté de prendre les pilules proposées par Marc. Puis, ils sont devenus plusieurs. Puis ils l’ont emmenée dans un coin. Puis ils l’ont violée. Tous. Les uns après les autres.

Après la lecture de ce roman, je comprends pourquoi François-Xavier Dillard reçoit autant de compliments pour ses romans. On a en effet affaire à un thriller costaud, plutôt classique dans la forme et parfaitement maitrisé. Ce roman est construit comme un puzzle. On a vraiment l’impression de se retrouver devant ce type de jeu. On est face à plusiuers pièces, n’ayant aucun rapport les unes avec les autres. Certaines ont des couleurs qui se ressemblent, les formes sont différentes, et on n’a aucune idée de l’ensemble.

Nous allons donc passer d’un personnage à l’autre, sans aucune notion de temps ou d’espace. Malgré cela, on n’est jamais perdu et c’est la grande force de ce roman. Chaque scène est minutieusement décrite, les scènes sont d’une justesse incroyable, ce qui rend les chapitres fascinants. Même les scènes de tous les jours, qui peuvent paraitre habituelles, faisant part d’une certaine routine deviennent passionnante par cette minutie apportée dans l’écriture. Et si on a l’impression d’être transporté d’une scène à l’autre, on est passionné par ces chapitres qui s’accumulent.

François-Xavier Dillard évite aussi les longues descriptions. Ses phrases son courtes, font mouche à tous coups. Et ses chapitres ne dépassent pas 5 à 6 pages, ce qui donne un rythme à la lecture et une certaine frénésie dans l’esprit du lecteur qui veut en découdre avec cette intrigue tortueuse. Toutes ces qualités font que l’on n’a pas envie de lâcher ce roman avant la dernière page.

Si j’ai déjà lu des thrillers traitant de ce sujet, il n’en reste pas moins que la forme de ce roman et le talent de l’auteur en font un roman réellement passionnant. Comme je l’ai dit, l’écriture arrive à nous rendre fascinantes toutes les scènes ce qui rend la lecture de ce roman addictif, impossible à lâcher. Cela en fait un roman hautement recommandable et un excellent divertissement procurant un plaisir difficilement oubliable.

De force de Karine Giebel

Editeur : Belfond

Karine Giebel change de boutique et passe de Fleuve Editions à Belfond. Pour autant, je retrouve toutes les qualités que j’aime chez cette auteure à savoir un thriller psychologique passionnant.

Maud Reynier promène son chien Charly aux abords de la propriété familiale, sur les hauteurs de Grasse. C’est la fin de journée et la luminosité baisse lentement. Un homme de grande taille l’aborde. Il connait son nom, semble même tout connaitre d’elle. Puis il devient agressif, assomme le chien. Il s’apprête même à la violer, quand un jogger s’arrête, se bat avec le colosse et arrive à le mettre en fuite.

L’homme providentiel, le sauveur, s’appelle Luc Garnier. Et par chance, il est gardien de sécurité dans un musée. Il raccompagne Maud chez elle et découvre qu’elle est la fille du célèbre chirurgien Armand Reynier, propriétaire de sa propre clinique, remarié avec une jeune femme Charlotte. Ce dernier lui propose de l’argent que Luc va refuser. Il n’a pas fait cela pour le fric, mais parce que son métier, c’est garde du corps.

Quelques jours plus tard, Armand Reynier reçoit une lettre de menace. Ayant peur pour sa fille, il contacte aussitôt Luc et lui demande de protéger sa fille. Luc lui demande de contacter la police, ce qu’Armand refuse catégoriquement. Luc est donc engagé à plein temps, et fait la connaissance de la cuisinière Amanda et du jardinier. Quand les menaces se font de plus en plus précises et que les sentiments s’en mêlent, la situation devient très rapidement compliquée et difficilement contrôlable.

J’avais déjà beaucoup aimé Le purgatoire des innocents, et j’ai entamé cette lecture en étant sur de passer un bon moment de lecture. Car Karine Giebel n’est pas n’importe qui, et est capable de construire une intrigue basée sur des psychologies de personnages fortes. Ce roman ne fait pas exception à la règle. On part d’une idée simple, classique, déjà traitée de nombreuses fois par le passé. On enferme tout ce joli monde dans une propriété. On dévoile petit à petit la psychologie des personnages, en parsemant de ci de là quelques rebondissements, jusqu’à un final … surprenant.

Si je trouve que ce roman n’est pas le meilleur de l’auteure, je dois dire qu’il est très agréable à lire, que c’est du très bon divertissement, et que, une fois de plus, on se laisse prendre au jeu, car j’ai l’impression que Karine Giebel joue avec ses lecteurs et que c’est une des raisons pour lesquelles elle a tant de succès (mérité). J’ajouterai juste qu’il y a beaucoup de dialogues, et que cela m’a donné l’impression que le roman aurait gagné en puissance et en efficacité avec quelques pages en moins.

Ceci dit, il est indéniable que c’est un roman maitrisé de A à Z et que c’est toujours un plaisir de se laisser emmener dans des histoires fouillées et étouffantes, un bon divertissement pour cet été, en somme.

 

L’innocence des bourreaux de Barbara Abel (Belfond)

Barbara Abel a l’habitude de créer des suspenses psychologiques passionnants, basés sur des situations de tous les jours. Ce roman ne fait pas exception à la règle puisque nous nous retrouvons dans une supérette … du moins au début …

Joachim Fallet, dit Jo, est un jeune homme, en situation de manque. S’il ne trouve pas de drogue rapidement, il va craquer. Il a bien essayé d’appeler sa copine mais ça ne répond pas. Poussé à bout par son envie, son besoin, il prend son arme et descend à la supérette de la rue des Termes.

Aline Verdoux a décidé d’aller voir son père qui est dans une maison de retraite. Son fils, adolescent de 15 ans joue à la console et ne veut pas venir. Aline craque et casse la manette. Ils partent tous les deux et s’arrêtent à la supérette avant de prendre la route.

Michelle Bourdieux est une dame à domicile qui s’occupe de Germaine Dethy, une vielle dame de 83 ans, désagréable au possible. Germaine ne peut se déplacer seule. Après avoir nettoyé les vitres, elles vont faire des courses.

Léa Fronsac est une jeune mère séparée. Son fils regarde les dessins animés. Elle a juste le temps de faire un aller retour éclair pour aller chercher des couches.

Guillaume Vanderkeren est caissier à la supérette. Il a son après-midi, avant que Camille, sa collègue lui annonce qu’elle a un rendez vous chez le gynécologue. Il ne manquerait plus que son égarement le conduise à devenir père ! Il va donc la remplacer.

Géraldine Marbeau et son fils Felix de 8 ans doivent préparer le repas du soir. Au programme, un fantastique Tiramisu. Mais il lui manque du café. Felix est d’accord pour aller chez la voisine Mme Bertille avant d’aller chercher un paquet de café pour sa mère.

Thomas Piscina est comptable. Il vient de tromper sa femme avec la réceptionniste. Après avoir passé du bon temps, il est temps de retourner travailler. En passant, ils s’arrêtent à la supérette pour quelques achats.

C’est alors que Jo débarque en hurlant : « Tous à terre ! Le premier qui bouge, je le bute ! ».

Une nouvelle fois, Barbara Abel va nous surprendre, mais il y a au moins une constance avec ce roman, c’est l’acuité dans l’analyse psychologique des personnages qui est au premier plan. Certes, on commence avec un huis clos, et cette situation est plutôt classique. J’ai apprécié la façon de présenter la petite dizaine de personnages qui vont errer dans ce roman comme des âmes en peine.

Donc nous avons un chapitre par personnage, et la précision de Barbara Abel est telle qu’elle est capable en moins de 10 pages de nous présenter à la fois le passé, le présent et les sentiments de ceux-ci. Cette facilité, ce talent est tout simplement époustouflant. On se dit aussi que l’on va se perdre avec dix personnages à suivre, chacun à son tour. Que nenni ! Ils sont suffisamment marqués, ils sont tellement vivants, qu’on a l’impression de les voir, de les rencontrer.

Puis arrive la scène de braquage. Sans esbroufe particulière, l’auteure nous déroule cette histoire en passant de l’un à l’autre, avec à chaque fois les états d’âme des uns et des autres mais surtout en dégottant dans son imagination débridée des événements qui sont comme autant de retournements de situation. Certes, on reste confiné dans un seul lieu, alors on peut se dire qu’en termes de rebondissements, c’est limité. Si vous avez cette reflexion, c’est que vous ne connaissez pas Barbara Abel.

Et puis, vous aurez remarquez sur la couverture que Bourreaux est au pluriel, alors que Jo est tout seul. C’est bien parce que l’auteure a décidé de s’amuser à redistribuer les cartes, que l’on pensait pourtant bien avoir en main. C’est un gros point fort de ce roman : on ressent le plaisir qu’a eu l’auteure à s’amuser avec ses personnages. Alors elle se laisse aller, elle les laisse vivre leur vie, et quand on connait Barbara Abel, certains d’entre eux vont avoir de petits soucis …

Alors, même si je trouve la fin moins forte que le début du livre, Barbara Abel nous démontre une nouvelle fois qu’elle écrit des romans Psychologiques avec un grand P, et qu’elle sait rendre passionnant la moindre situation quotidienne pour notre plus grand plaisir. Toutes les lectrices et tous les lecteurs ne peuvent qu’aimer ce roman, tant il va évoquer en elles et eux des frissons à l’évocation d’une situation qu’ils ont forcément rencontrée un jour. Du grand art !

Ne ratez pas les avis des amis Claude Le Nocher et L’oncle Paul

La voie des âmes de Laurent Scalese (Belfond)

Laurent Scalese, je l’avais découvert avec L’encre et le sang, petit roman qu’il avait écrit à quatre mains avec Frank Thilliez. J’y avais trouvé tout le plaisir de lecture que je prends à la lecture d’un roman de Stephen King. Et surtout, il y avait dans ce court roman une imagination débordante. Avec La voie des âmes, j’ai retrouvé les mêmes qualités, et le format a changé, puisque cette fois-ci, ce sont sur plus de 600 pages que nous allons suivre les trois personnages principaux de cette aventure.

Richard et Clara Neville sont un couple de français qui passent un séjour à New York. Richard a en effet été dépêché auprès de la police de New York pour aider la police à démasquer un tueur en série, appelé le tueur aux tatouages. Celui-ci, en effet, tue des jeunes femmes et leur tatoue un œil entouré de piquants post mortem.

Alors que Richard accompagne Mike Rosener, qui est en charge de l’enquête, sur le lieu du dernier crime, Clara visite Central Park. Alors que le jour se couche, elle assiste au meurtre d’un homme assis sur un banc par deux personnes. Munie de son appareil photo, elle immortalise la scène avant de fuir, poursuivie par les deux assassins. Arrivée sur une butte, elle grimpe mais se fait tuer de deux balles.

Richard a un don : en touchant la main des victimes, il peut voir les derniers moments de leur vie. Cela lui permet d’identifier des assassins. Il arrive ainsi à entrevoir le tueur aux tatouages, ce qui va permettre son arrestation. En apprenant la mort de sa femme, il accourt à Central Park, effondré, et ne peut résister à toucher sa main.

Le serial killer s’appelle Parker Durrington et il est rapidement arrêté. Avant de repartir en France et retrouver ses enfants, Richard lui touche la main par erreur et s’aperçoit que dans le passé, Durrington est mort. C’est le début d’une gigantesque machination qui va dépasser tout ce que vous pourriez imaginer.

En fait, je ne sais pas où m’arrêter dans le résumé des premières pages et de cette intrigue qui va vous emmener aux confins de ce que peut faire une imagination débordante.

Sachez juste que nos deux enquêteurs vont être confrontés à un personnage féminin, qui s’appelle Nancy, et qui est l’incarnation du Mal.

Sachez que leur combat va nous faire voyager des Etats-Unis à la France, en passant par l’Ecosse, avant de se terminer dans le bush australien.

Sachez que ce roman est un roman Grand Public, avec un grand G et un grand P, que c’est un divertissement haut de gamme, de par l’ambition de l’auteur de nous inventer une histoire aux confins du fantastique mais bien ancré dans le réel d’aujourd’hui.

Sachez que même si vous n’êtes pas fan de roman à suspense, vous allez être emportés par ces scènes d’action, où l’auteur, qui pourrait en faire des tonnes, se contente de les rendre juste crédibles et visuelles.

Sachez qu’il y a dans ce roman des scènes intimistes, beaucoup de scènes intimistes, qui nous font cotoyer les personnages, qu’on en vient à les suivre, puis à les soutenir, à les toucher.

Sachez que c’est une véritable expérience d’en arriver à penser à Richard et Mike en dehors des heures de lecture, comme si on les connaissait vraiment.

Sachez que le rythme est très bien alterner, que ce roman fait tout de même plus de 600 pages et que l’intérêt est relancé fort judicieusement au bon moment.

Sachez que l’on y brasse des thèmes tels que la lutte entre le bien et le mal, l’amour, la mort, et l’importance de la religion.

Sachez que l’auteur ne juge pas les gens, qu’il se contente de les laisser vivre entre nos doigts.

Sachez que ce roman est aussi un hommage aux grands de la culture populaire, aussi bien de littérature (Stephen King bien sur), mais aussi du cinéma (David Cronenberg).

Sachez que ce roman n’est pas une copie des auteurs américains, mais qu’il a une vraie personnalité, et qu’il procure un plaisir immense.

Ce roman est un passeport pour un imaginaire débridé, presque une leçon de vie.

Sachez que cette histoire est belle.

Sachez que ce roman vient de s’inscrire à votre insu sur votre liste d’achats !

Maboul Kitchen de Nadine Monfils (Belfond)

Voilà, c’est la dernière aventure de Mémé Cornemuse. Après les vacances d’un serial killer, La petite fêlée aux allumettes, La vieille qui voulait tuer le Bon Dieu et Mémé goes to Hollywood, Nadine Monfils a décidé de mettre un terme à cette série mettant en scène un personnage hors du commun. Mémé Cornemuse, c’est une vieille dame qui aurait été shootée aux amphétamines, et qui aurait monté le son à fond en écoutant les Sex Pistols (ou Stellla). Sa philosophie, c’est que la vie est trop courte pour se laisser emmerder par les cons, alors elle les flingue.

Nadine Monfils a voulu ce dernier épisode comme un feu d’artifice. Alors c’en est un ! D’ailleurs, je vais vous poser une question qui va vous donner une idée du délire : Est-ce que vous imaginez Mémé Cornemuse diriger un hôtel restaurant, une sorte de gite où les surprises sont aussi nombreuses que les chambres d’un manoir ? Vous vous demandez comment on peut en arriver là ? C’est pourtant bien simple …

Mémé Cornemuse est pour de bon enfermée dans un asile … psychiatrique autant que de vieux. Un de ses colocataires s’appelle Gilberto Van Pinderlok, est riche comme Crésus et possède un manoir sur la Riviera. Cela suffit pour décider Mémé Cornemuse à s’échapper avec son nouvel amoureux pour l’épouser … et mettre la main sur la fortune. Son objectif est toujours le même : Se faire faire de la chirurgie esthétique pour séduire JCVD (Comprenez Jean-Claude Van Damme) et l’épouser.

En fait de Riviera, elle atterrit à Saint Amand sur Fion (Fion, c’est le nom de la rivière qui passe en contrebas du parc), et découvre un manoir en état de délabrement avancé. Elle décide son mari (elle s’est vite mariée, bien sur !) à retaper les ruines pour ouvrir un gite. Évidemment, il faudra régler le problème du maire qui voulait mettre la main sur la maison pour faire des logements sociaux (et s’en mettre plein les fouilles) et trouver mille et une idées pour faire vivre cet hôtel perdu au milieu de nulle part.

Pour cette dernière aventure, c’est plus un roman humoristique qu’un polar, comme on aura pu le lire dans quelques précédentes aventures. Nadine Monfils se lâche pour ce dernier épisode et épingle tout le monde, en passant par la télévision, les parcs de divertissement type Mickey-land, ou même les élus qui rêvent de s’enrichir grâce à leur position politique. Mais le but de Nadine Monfils n’est pas de dénoncer, mais de faire rire.

Et on sent qu’elle s’est éclatée à écrire cette histoire, fort bien construite. L’histoire se lit vite, très vite, tant c’est bien fait et très fluide. Je peux même vous dire que je n’avais pas envie de le lâcher, et que je l’ai lu en une journée. Ce qui m’épate chez Nadine Monfils, c’est cette faculté à flirter avec les lignes jaunes, à rebondir avec des situations incroyables, en inventant des scènes d’une créativité énorme.

Et des scènes incroyables, il y en a, et une bonne dizaine ! Je ne peux que vous conseiller la visite de Mémé Cornemuse à Mickey-land, qui est délirante, complètement barrée. Et Nadine Monfils, après nous avoir fait courir de rire, se permet même dans les derniers chapitres de nous émouvoir … avant de repartir à la déconnade. Bref, c’est encore un épisode formidablement réussi qui clôt une série décidément pas comme les autres, et qui aura fait fort en terme de politiquement incorrect … mais comme ça fait du bien ! Adieu Mémé !

Mémé goes to Hollywood de Nadine Monfils (Belfond)

Ceux qui sont des aficionados de Mémé Cornemuse attendaient la rencontre avec Jean Claude Van Damme avec une grande impatience, voire avec fébrilité. Car cela nous promettait à la fois un grand moment de comédie, en même temps qu’un inénarrable morceau de littérature voué à l’immortalité. Vous trouvez que j’en fais trop ? Sachez que cette introduction n’est pas le dixième de ce que vous découvrirez au travers de ces 220 pages délirantes.

Comme d’habitude, on a l’impression que Nadine Monfils fait dans l’improvisation, dans le délicat équilibre entre délire et le grand n’importe quoi. Mais il faut bien se rendre à l’évidence que tous les personnages qui entrent en scène (et bien souvent en sortent les pieds devant) sont tous aussi frappés que la tequila qu’ils auraient pu boire s’ils avaient vécu assez longtemps, qu’ils sont tous réjouissants et bien vivants (sous la plume de l’auteure, bien sur), et que l’intrigue faite de petites scènes posées les unes à coté des autres, vient former un polar où la seule règle est : Amusez vous, réjouissez vous, laissez de coté vos a priori, oubliez vos morales à deux balles, et tirez donc tout le barillet.

Pour rencontrer son idole de toujours, JCVD, Mémé Cornemuse doit amasser de l’argent. Et quand elle a décidé de réaliser un de ses objectifs, rien ne peut l’arrêter. Son idée, c’est de s’inscrire à une émission de télévision, celle de Jacques Pradouille où on propose d’adopter … des gens. Ni une, ni deux, elle se fait adopter par un couple de bourgeois belges et va leur en faire voir de toutes les couleurs, en leur menant la vie dure. Au bout d’un moment, elle en a tellement marre qu’elle se barre (de chocolat) en emportant le magot qui est dans le coffre.

Voilà donc notre Mémé Cornemuse, remède aux cons, partie pour l’aventure. Elle acquiert avec son magot (et éventuellement son revolver qui trône dans son sac à main) une camionnette qu’elle transforme en baraque à frites, et se dirige vers le port le plus proche pour prendre un bateau à destination des Etats Unis. Sachez que je viens de vous résumer les 50 premières pages de ce roman qui n’a pas fini de vous remuer, choquer, amuser, heurter, bref tous les ingrédients de l’humour politiquement incorrect … mais on s’en fout.

Que vous dire de plus ? Les scènes s’amoncellent et sont toutes plus drôles les unes que les autres, les dialogues sont brillants (comme d’habitude) et on se marre à s’en décrocher la mâchoire. Tout cela n’est pas bien sérieux, mais que cela fait du bien ! Reste juste à espérer que nous aurons droit à une suite des aventures de Mémé Cornemuse, car à lire les dernières pages, il se pourrait bien que cela soit les dernières. Dites Madame Nadine Monfils, vous pourriez nous en écrire d’autres, des aventures comme ça ? Nous, on aime trop ça !

Oldies : La guerre des nains de Danielle Thiery (Belfond)

Cela faisait un petit moment que je voulais découvrir un roman de Danielle Thery, car je voyais ses ouvrages dans les librairies, sans arriver à me décider sur un titre. Alors j’ai choisi un titre qui est sorti en 1997, et qui a été réédité chez Belfond en juin 2013. Plongée crue dans les banlieues parisiennes.

L’auteure :

Danielle THIERY est née en Cote d’Or en 1947. L’ une des premières femmes de la police française à avoir accédé au grade de commissaire divisionnaire, elle a suivi une carrière multiforme, s’intéressant aux mineurs en danger, aux stupéfiants, au proxénétisme, en passant par la police criminelle et la lutte antiterroriste ciblée sur le transport aérien et ferroviaire.

Elle a écrit pour la série télévisée Quai n° 1 (France 2). Elle est l’auteur de 17 ouvrages : polars, romans policiers jeunesses, documentaires. Elle a été récompensée par plusieurs prix polar à Cognac, prix Exbrayat … Elle a notamment obtenu le Prix du Quai des orfèvres 2013 pour son roman Des clous dans le cœur (Fayard)

(Source http://www.Zonelivre.fr)

Quatrième de couverture :

Quand son pote Olive s’écroule en pleine partie de paint-ball, Biboul croit d’abord que le jeu continue. Mais il s’aperçoit que l’autre est en sang et il file chercher des secours… A son retour, Olive a disparu. Embarqué par qui ? La petite bande de copains est effarée mais tétanisée. L’enlèvement aurait-il à voir avec la cachette d’armes qu’ils ont découverte récemment, dans une précédente partie ? Ils n’imaginaient pas, alors, qu’ils étaient les témoins de quelque chose qu’ils n’auraient jamais dû voir, et se retrouveraient mêlés à des trafics glauques entre leaders islamistes, policiers véreux, et un couple de jeunes ados de leur âge qui se la jouent Bonnie & Clyde : Fleur et Antony… mais vont eux aussi être dépassés par leur jeu. Olive se retrouve enfermé dans une cave avec Fleur, elle aussi embarquée par la mystérieuse bande après une course-poursuite meurtrière qui coûte la vie à Antony.

Une descente aux enfers qu’un inspecteur désespéré, Le Guénec, va accompagner avant d’en dénouer les fils, avec l’aide d’un gosse, Jamal, dit Jaja, fou de vélo et de sa cousine Naïma, et prêt à tout pour la sortir des griffes de la bande d’islamistes qui gravitent autour de son frère, Sélim. Ultra-violence, amour à mort, mais aussi amour tout court et profonde humanité sont les ressorts de ce polar dense, imbriqué dans une actualité complexe qu’il n’hésite pas à affronter sans tabous.

Mon avis :

Ce deuxième roman de l’auteure a été écrit à la fin des années 90, et veut montrer, à travers une intrigue à plusieurs personnages, un état de fait de la montée de l’intégrisme. De trois faits divers ayant lieu simultanément, une partie de paint-ball qui se termine mal, une attaque d’un commissariat qui se termine par le vol d’une voiture de police et d’armes, et une attaque de fourgon blindé, Danielle Thiéry alterne les points de vue et nous malmène grace à une style rapide et sec.

L’auteure nous concocte donc un roman où tout va très vite (l’intrigue se déroule sur moins d’une semaine) et déroule son scenario sans prendre position et en restant très factuelle. Cela donne donc un roman où on est plus proche du roman d’action que du roman policier ou du roman social. Et comme il se doit, cela se lit vite, très vite.

Le seul bémol que j’y apporterai, c’est que j’aurais aimé des personnages mieux dessinés, et surtout que l’on cherche à nous proposer une explication sur le fait qu’à cette époque-là, des jeunes se sont enrôlés dans une guerre qui n’était pas la leur. Peut-être n’y a-t-il pas de raison, mais ce sont des questions qui m’interpellent et auxquelles je n’arrive pas à trouver de raison.

Donc, ceux qui cherchent un roman d’action réaliste, qui va vite, situé dans un contexte contemporain difficile de l’intégrisme savent ce qu’il leur reste à faire : Lire la guerre des nains. Mais il ne faut pas demander plus à ce bon polar qu’une intrigue rigoureuse et bien menée.