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Noir comme le jour de Benjamin Myers

Editeur : Seuil

Traductrice : Isabelle Maillet

Je garde un très bon souvenir de Dégradation, le précédent roman de Benjamin Myers, mettant en scène déjà Roddy Mace le journaliste et James Brindle le flic. Je me rappelle d’une ambiance très noire et poisseuse. Pour son deuxième roman, on garde l’ambiance, on garde les personnages et on revient dans cette petite ville du Nord de l’Angleterre sous la pluie continuelle. Pas de quoi vous remonter le moral.

Alors qu’il avait onze ans, Tony Garner a fait une chute dans une carrière et est resté inconscient plusieurs heures. Cette mésaventure l’a rendu benêt et tout le monde en ville lui a affublé des surnoms dus à ses moments d’absence : Tony la Tremblotte, ou Tony le Chauve, ou Tony le Galure ou Tony le Junkie. Car Tony fume des joints pour calmer ses maux de tête.

Depuis qu’il dispose de son propre appartement, il survit en braconnant des lapins qu’il vend au boucher. Ce matin-là, il aperçoit une forme allongée, une femme qui semble endormie. Quand il s’approche, il voit une trace de sang : elle a été égorgée mais bouge encore. Il trouve le couteau, réalisé qu’il l’a en main et décide de le jeter dans une bouche d’égout pour éviter d’avoir des problèmes avec la police.

Roddy Mace est toujours journaliste dans le journal local, le Valley Echo. Il se rend bien compte que son avenir s’assombrit et que s’il ne se bouge pas, il va devoir parler des chiens écrasés pour une bouchée de pain. D’autant que son projet de livre n’avance pas. James Brindle, qui faisait partie du service La Chambre Froide, dédiée aux crimes atroces, a subi les conséquences de l’affaire précédente. De congés maladies à une mise à l’écart, plus personne ne veut le voir. Il déprime dans son appartement d’autant plus que ce métier là, c’est toute sa vie.

Roddy Mace apprend que la femme égorgée s’appelle Joséphine Jenks, une star locale du cinéma pornographique amateur. Maintenant âgée de 50 ans, elle garde des activités chaudes pour ceux qui sont restés ses fans. Cette affaire là peut peut-être lui permettre de rebondir.

J’ai retrouvé toutes les qualités que j’avais appréciées dans le précédent roman : le décor est des plus déprimants, il pleut tout le temps et le vent coupe les jambes continûment. L’auteur va donc passer beaucoup de temps à nous décrire cette petite ville triste, grise, en prise avec un chômage galopant et obligée de faire face à une immigration de plus en plus importante.

On trouve donc une grande part de la population dans les bars, occupés à noyer leur ennui et à se chercher des noises. Quoi de mieux dans ce cas, que de se trouver un bon bouc émissaire ; et Tony Garner en fait un excellent, connu de tous. Même la police le traite de cette façon.

Apparait sur cet environnement cafardeux cette affaire dont les médias vont faire les choux gras, jusqu’au niveau national puisque le Sun va débarquer. Et on trouve dans ce roman une belle charge contre la presse à sensations, mais aussi contre les gens prêts à faire n’importe quoi pour avoir leur petite minute de célébrité.

Donc nos deux personnages principaux vont errer chacun de leur coté, pour se retrouver dans la dernière partie du roman. L’enquête va indéniablement passer au second plan, l’auteur préférant parler de la vie des démunis et délaissés par les mesures gouvernementales de tous bords. Et la conclusion de l’intrigue peut laisser bien dubitatif, même si elle est conforme au sujet que veut aborder l’auteur. Alors, si vous cherchez un roman noir, glauque parlant des gens en situation de survie, pour peu que vous ne soyez pas attaché à une intrigue rigoureuse, ce roman est pour vous.

Ne ratez pas les avis de Velda , Psycho-Pat et Jean-Marc Lahérrère qui ont aimé et Laulo qui est plus dubitative.

Dégradation de Benjamin Myers

Editeur : Seuil

Traductrice : Isabelle Maillet

Les éditions Seuil, dans leur collection Cadre Noir, nous proposent un nouvel auteur, dont c’est le premier polar mais pas le premier roman. Si le sujet est connu, l’ensemble s’avère noir, glauque et rappelle les meilleures pages du Noir.

Ray Muncy est un homme qui a de l’argent, beaucoup par rapport aux autres gens de cette petite ville du Nord de l’Angleterre. Avec sa femme June, il est heureux de recevoir sa fille Mélanie, qui est parmi eux pour les fêtes de Noël. Mais Mélanie n’en peut plus de cette ville, de ses parents, des sourires faux, de l’hypocrisie ambiante. La seule excuse qu’elle trouve est d’aller promener le chien Mungo. Elle se couvre bien et sort dans ce paysage envahi de neige. Elle décide de monter sur la colline pour aller fumer un pétard. Le soir venu, Mélanie n’est toujours pas rentrée.

Steven Rutter est un solitaire qui habite une maison délabrée à la sortie de la ville. Il est parti chasser et se réjouit de cette occupation, son fusil à la main. Quand il aperçoit au loin une jeune fille, il s’approche. Le chien l’a senti, l’attaque, alors il le frappe et le tue. La jeune fille s’apprête à crier, il se jette dessus, la gifle, la tape, la frappe. Quand il s’aperçoit qu’il a du sang sur les mains, c’est trop tard.

James Brindle est un inspecteur de la « Chambre froide », service de la police dédié aux cas les plus difficiles. Il sort d’une enquête qui s’est terminée en fiasco et a du mal à faire face. Son travail, ce sont les enquêtes atroces. Son chef débarque avec un nom, un lieu, une disparition : Mélanie Muncy, Acre Dale. Brindle ne va pas être seul pour découvrir l’horreur de cette affaire, Roddy Mace, journaliste opiniâtre, débarque aussi en ville.

Il faudra quelques dizaines de pages pour vous habituer au style de l’auteur, fait de phrases sèches, avec des dialogues non marqués de tirets et sans virgules. De même, les personnages ne sont pas mis en place dès le début du roman, mais complétés au fur et à mesure que l’intrigue progresse. Toutes ces remarques préliminaires sont données pour que vous ne soyez pas déçus. Car il est marqué sur le bandeau : « Âmes sensibles, vous auriez tort de vous abstenir … ». Effectivement c’est le cas.

Car une fois que l’on a pénétré le paysage de l’auteur, sa façon de le peindre, on se retrouve avec un roman noir sans aucune lumière ni espoir. Certes, l’histoire a déjà été lue et relue, et c’est peut-être pour cela que j’ai eu du mal à démarrer cette lecture. Mais je dois reconnaître que l’univers de l’auteur est d’une noirceur sans commune mesure, nous décrivant une société de l’Angleterre du Nord faite de petits arrangements et d’utilisation des êtres humains pour servir les plus bas instincts.

On a effectivement déjà lu ce genre d’histoire, mais l’évocation des plaines vides et du temps désolants plonge le lecteur dans une sorte de torpeur fascinante, malgré quelques scènes particulièrement dures (et vous savez que je n’aime pas ça). Et puis, il y a le coupable désigné, dont on va suivre la vie par des chapitres insérés, qui donnent envie de l’excuser, ou du moins de le comprendre. Car on se rend compte que si c’est un être ignoble qui se laisse littéralement pourrir, les habitants de cette ville s’avèrent encore pires que lui.

Je ne suis pas sur que l’auteur ait voulu insérer un message dans ce roman, ou du moins il est soit évident soit confus. S’il a voulu montrer la « Dégradation » de la société et de ses valeurs morales, il aurait du être un peu plus explicite. Ce roman est donc pour moi une très belle découverte qui aurait pu devenir un coup de cœur pour sa force d’évocation, et que je ne peux que vous conseiller. D’autant que la fin est géniale ! Un nouvel auteur du Noir débarque !

Ne ratez pas les avis de Wollanup, Polarmaniaque et Jean-Marc