Archives du mot-clé Benoit Minville

Le chouchou du mois d’avril 2016

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au mois d’avril, il y en a eu pour tous les goûts. Que ce soit en grand format ou en format poche, les chroniques que j’ai publiées ont balayé un large panel de genres. Comme dit mon marchand de primeurs sur le marché, faites votre choix. Alors, sur mon étal de ce mois d’avril, vous avez :

Les Oldies : Collabo-song de Jean Mazarin (Zulma). Situé dans le Paris occupé, ce polar de 200 pages nous propose un formidable portrait d’une jeune femme insouciante ou du moins qui veut le rester … jusqu’au final fantastique.

Le roman d’humour cynique : Elvis Cadillac King from Charleroi de Nadine Monfils (Fleuve éditions). Nadine Monfils abandonne Mémé Cornemuse pour un sosie d’Elvis Presley et on n’y perd pas au change.

Le roman d’humour en dessous de la ceinture : Jazz Band de Grégoire Lacroix (Flamant noir). Voilà une sacrée découverte en même temps qu’une sacrée bonne affaire, puisque ce roman est proposé à un prix modique pour deux aventures. Ce roman vous garantit plusieurs éclats de rire par page, c’est vous dire !

Le roman de course poursuite : Les rapaces de Thierry Brun (Le passage). D’une histoire de rédemption et de regrets, ce roman est une histoire poignante de la part d’un auteur dont j’adore le style et que je vous engage à découvrir.

Le roman policier qui flirte avec le fantastique : Le livre des âmes de James Oswald (Bragelonne). Cette deuxième enquête (et deuxième roman de l’auteur) est surprenant par sa maitrise de l’intrigue. J’aurais juste aimé que les aspects « fantastique » soient mieux intégrés dans l’histoire.

Le roman policier basé sur des rebondissements : L’étrange Halloween de M.Leo d’Olivier Kourilsky (Glyphe). Une nouvelle fois, Olivier Kourilsky nous surprend à plusieurs égards. D’une part, tout est maitrisé et en particulier les rebondissements et l’équilibre narration / dialogues. D’autre part, le plaisir de lecture est immense grâce aux nombreux rebondissements.

Le roman policier nordiste du sud : Vendetta chez les Chtis de Elena Piacentini (Ravet Anceau). Le troisième roman d’Elena Piacentini est, à mon avis, celui qui est le plus réussi. On découvre tout le potentiel à venir de cette auteure, en terme de psychologie des personnages et maitrise de l’intrigue.

Le roman policier thriller politique : Chrysalide de Jean Marc Demetz (Abysses éditions). Dans le mélange des genres, ce roman en est un exemple type ; A partir d’une enquête policière, sorte de course poursuite après un tueur en série, le roman s’étoffe et débouche sur des sujets qui font froid dans le dos. Une grande réussite.

Le roman de détective moderne : La ville des brumes de Sara Gran (Editions du Masque). La deuxième enquête de Claire DeWitt nous détaille deux enquêtes en parallèle mais surtout nous montre un personnage à la fois dur et fragile, vivant d’expédients pour oublier son passé et son présent. Extraordinaire.

Le titre de chouchou du mois d’avril 2016 revient donc à Rural noir de Benoit Minville (Gallimard), parce qu’il s’adresse à tout un chacun, à tous ceux qui ont connu une bande de copains, à tous ceux qui sont restés jeunes dans leur tête, et qui regardent leur adolescence avec un petit sourire satisfait ou triste. Et comme c’est très bien fait, il est naturel que ce titre lui revienne.

Je vous donne rendez vous le mois prochain. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Rural noir de Benoit Minville

Editeur : Gallimard

Collection : Série Noire

Si on jette un coup d’œil sur le Net, on ne trouvera que des éloges à propos de ce premier roman. Il faut dire que c’est bien fait, c’est passionnant, et surtout, ça parle … ce que je veux dire, c’est que ce roman fait appel à un brin de nostalgie qui, dans une époque troublée comme celle que nous connaissons, a quelque chose de rassurant. Sans vouloir être dans le message « C’était mieux avant », je dois dire que ce roman rappelle des souvenirs d’enfance et d’insouciance auprès de ceux qui ont eu entre quinze et vingt dans les années 80, et que forcément, cela excite une certaine fibre de l’amitié, de la loyauté, de la solidarité dans un monde anonyme. Et quand c’est bien fait, c’est passionnant. Dans ce roman, c’est TRES bien fait.

Ils étaient quatre, copains comme cochons. Quatre adolescents qui ont fait les 400 coups, ensemble, inséparables durant tous les étés. Il y avait Chris et Romain, les deux frères. A eux deux était venu se greffer Vlad. Julie était la fille du groupe. Ils jouaient dans la campagne, faisaient des conneries, et commençaient à avoir des discussions d’adultes. Mais c’est dur de devenir un adulte.

Cet été là, Cédric a débarqué, avec sa famille. Ils les craignaient dans le village, ils avaient des têtes de squatteurs, des têtes de vendeurs de drogue … et puis ils ne les connaissaient pas ! Cet été là, Cédric a débarqué et plus rien n’a été pareil.

Romain a quitté son village, il y a maintenant 10 ans. Il est de retour et beaucoup de choses ont évolué. Il a bourlingué dans tous les ports d’Europe et retrouve son frère Chris, qui après s’être engagé dans l’armée, a ouvert une boutique de poterie. Chris est avec Julie, qui est devenue infirmière, et attend un enfant. Vlad est toujours là aussi, et est devenu le caïd de la drogue du coin. Pour fêter les retrouvailles, ils décident de boire un coup au bar de Vlad et ils le découvrent battu à mort …

Benoit Minville va alterner entre le présent et le passé pour construire ses personnages et son intrigue, avec des scènes très marquées. Tout tient dans la psychologie des personnages, leur amitié qui malgré les années n’a pas changé et dans leur loyauté vis-à-vis du clan qu’ils ont formé. Même s’ils sont devenus adultes, un lien secret qui ne concerne qu’eux les relie, un lien indestructible qui passe les années. Certes, leur caractère s’est affirmé, ils s’engueulent ouvertement, Chris n’est plus le petit qui suit les grands mais il n’en reste pas moins que leur amitié reste entière.

Si le sujet va forcément toucher beaucoup de gens, si la construction est connue, ce premier roman se distingue des autres par cette maitrise dans la narration et le style d’une efficacité impressionnante. Il y a juste ce qu’il faut, là où il faut, sans vouloir forcément entrer dans des descriptions d’évolutions de la société, même si cela transparait forcément. Si les personnages sont au centre du roman, on y voit tout de même une campagne française qui résiste à l’évolution, on y entend les gens parler des « étrangers » (il faut comprendre ceux qui ne sont pas du village, et pas forcément des gens de nationalité différente). C’est très bien vu, très bien montré par petites touches subtiles.

A la lecture de ce roman, on a tendance à penser que c’était mieux avant, ou que la situation se dégrade, ou que le trafic de drogue est la plaie de notre société, la description qu’en fait Benoit Minville de nos campagnes ressemble beaucoup à du gagne-terrain, au sens où les autochtones  finissent par se retrancher derrière leurs clôtures pour bouter l’ennemi hors de … France. J’en connais des gens comme ça … je me suis retrouvé dans ce roman, j’ai retrouvé des gens que je connais dans ce roman, j’ai retrouvé des ambiances, des situations, des paysages, des musiques (et quelle bande son !). Comme pour beaucoup d’entre nous, c’est un roman qui me parle, et comme c’est un roman très bien écrit, très bien fait, c’est un roman que j’adore et que vous adorerez !

Rural noir est un coup de coeur chez les amis de Unwalkers et chez La Petite Souris