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Déstockage : Doctor Sleep de Stephen King

Editeur : Albin Michel (Grand Format) ; Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Nadine Gassie

Quand ce livre est sorti en grand format, je l’ai acheté de suite, en me disant que j’attendrai le bon moment, la bonne envie avant de le lire. Ce moment est arrivé … car Shining fait partie de mes lectures marquantes de jeune adulte. J’ai été surpris et emballé par cette suite.

Danny Torrance et sa mère Wendy ont réussi à s’enfuir de l’hôtel hanté, l’Overlook, et les propriétaires leur ont donné des indemnités pour l’explosion de la chaudière et les déboires qu’ils ont connus. Ils pensaient pouvoir tourner la page, jusqu’à ce que Danny voie un spectre apparaître dans leurs toilettes. Il fait donc appel au cuisinier Dick Halorann, qui lui apprend comment emprisonner les esprits dans sa tête.

Les années ont passé, mais les cauchemars et les visions n’ont jamais cessé pour Dan. Le seul moyen qu’il a trouvé est de se noyer dans l’alcool. Il lui arrive de se réveiller à coté de quelqu’un et de n’avoir aucune idée de son identité. A force de déambulations, il se retrouve à Frazier et trouve un poste d’infirmier dans l’hospice Helen Rivington en échange de la promesse d’arrêter de boire qu’il fait à Kingsley et de participer à des réunions d’Alcooliques Anonymes.

Mais son Don ne le laisse pas tranquille. Il lui permet de soulager les malades en fin de vie, mais aussi de prendre contact avec une fillette, Abra, née en 2001. Alors qu’elle avait quelques mois, elle a fait une crise de pleurs de plusieurs jours annonçant le 11 septembre. Depuis, son Don n’a cessé de grandir et elle trouve en Dan l’ami dont elle a besoin et qui comprend son état. Surtout, son pouvoir est d’une force gigantesque.

Ils s’appellent les Vrais et ils cherchent l’immortalité. Ni êtres humains, ni spectres, ils enlèvent de jeunes gens ayant le Don, les torturent jusqu’à la mort pour avaler la vapeur qui sort de leur corps. Cette brume leur apporte plus de vie. Leur troupe est menée par Rose O’Hara, Rose Claque comme l’appellent les membres du Nœud Vrai. Ils ont tous des noms étranges, et Rose est la plus puissante du groupe. D’ailleurs, Rose a ressenti une fillette très puissante. Ils vont se mettre à sa recherche.

Ceux qui ont lu Shining en gardent un souvenir énorme, comme une part de leur enfance. Ceux qui ont vu le film seront quelque peu désappointés. C’est pour cela que je vous conseille de lire Shining avant. Car toute la première partie fait la transition entre avant et après. Et après, c’est Doctor Sleep, et cela n’a rien à voir avec Shining si ce n’est le personnage principal. Vraisemblablement, Stephen King a voulu écrire une suite en écrivant autre chose, mais cet autre chose est très proche de lui et lui tient à cœur. Car ce roman regorge de passion et de thèmes forts.

La grande force, ce sont ses personnages. Danny qui devient Dan, est détestable en tant qu’alcoolique qui touche le fond au début du roman ; puis il devient touchant dans sa volonté de se racheter. Abra partage la vedette avec Dan et elle tient le haut du pavé tant sa présence est forte et sa psychologie très fouillée. Les Vrais ensuite sont effrayants au possible et par seulement Rose Claque. Tous ont une présence spectrale qui vous fait frissonner. Enfin, tous les autres personnages secondaires ont une importance et sont tous vraiment bien faits. C’est la magie King.

L’intrigue est simple : Dan va rencontrer Abra et devoir lutter contre les Vrais. Dit comme ça, ce n’est pas engageant. Mais c’est oublier le plaisir que l’on a à rencontrer des gens pas comme les autres et de visiter les Etats-Unis à travers les yeux du King. Car toute scène devient l’objet d’un mystère qui fait monter le stress, juste par de petites expressions ou par la peinture d’un décor. Et l’on se laisse bercer par le talent unique de conteur du King.

Malgré cela, on ne peut que déplorer quelques traductions maladroites et certaines expressions décidément mal choisies. De même, alors que cela fait presque une trentaine d’années que j’ai lu Shining, j’y ai trouvé quelques scènes où Stephen King étire ses descriptions. Parfois, on a l’impression qu’il remplit des pages, pour faire la bonne taille : 600  Pages.

Malgré cela, le plaisir est grand, intense. On referme le livre avec une satisfaction ajoutée à une impression d’avoir retrouvé un plaisir d’adolescent. On est heureux d’avoir ajouté ce livre à notre culture, parce qu’il parle de la lutte du Bien contre le Mal. Mais aussi parce qu’il parle de transmission : Le rôle que Dick Halorann a eu avec Danny, Dan va devoir l’assumer avec Abra. Et grâce à sa construction complexe (passage d’un personnage à l’autre, sauts dans le temps), si ce roman s’annonce comme la suite de Shining, il s’adresse tout de même à des adultes, des adultes qui veulent revenir quelques années en arrière, mais qui doivent assumer leur rôle de parent.

InKARMAtions de Pierre Bordage

Editeur : Editions LEHA

Sur Black Novel, on ne parle que de polars, ou presque. Sortons donc un peu de notre zone de confort pour aborder la Science-Fiction, avec le tout dernier roman d’un des auteurs les plus emblématiques de ce genre : Pierre Bordage.

Depuis la nuit des temps, deux clans s’affrontent pour ou contre la survie du genre humain : Les Karmas et les Rakchas. Les Karmas élèvent et éduquent des soldats qui vont avoir la mission d’intervenir à des moments précis de l’Histoire humaine, pour influer sur le cours du temps pour le Bien. Ces soldats doivent passer différents grades en tant que Ciodras avant de devenir des Karmacharis, véritables mercenaires diligentés sur Terre pour une mission précise.

Les Karmas vivent au Vimana, sorte de domaine spirituel et sont dirigés par 24 sages. Grâce à leur capacité à déchiffrer la Trame, ils peuvent identifier le cours du Temps humain, et le déroulement de l’Histoire. Tant que la civilisation humaine existe, ils existent. Quand ils déterminent que les Rachkas, dirigés par le Seigneur des Abimes, vont réaliser une action néfaste, ils envoient sur Terre un ou plusieurs Karmacharis. Ces derniers ne doivent pas mourir sous peine d’errer dans les limbes pour l’éternité.

Alyane est une Karmachari. Elle est envoyée à Vienne en décembre 1910 et est chargée de sauver un petit homme, Adolf Hitler. Cette mission va insinuer deux doutes en elle : elle rencontre un Rakcha, son pire ennemi qui ose s’afficher devant elle et elle ne comprend sa mission de sauver le plus horrible des dictateurs. Malgré cette remise en cause, elle ne va pas être punie et on lui explique que l’intérêt de l’humanité passe avant celle d’un ou plusieurs individus. Mais cela ne cache-t-il pas un malaise plus profond au sein du Vimana ?

La lutte entre le bien et le mal, c’est le thème principal abordé dans ce roman de science-fiction qui flirte avec un sujet abordé maintes et maintes fois. Il y a tout de même une chose que je me demande quand je regarde les informations télévisées (si, si, cela m’arrive, quand je retrouve la télécommande !) : Les événements relatés sur le petit écran semblent emmener la Terre vers une destination inconnue, de façon désordonnée, hors de tout contrôle. Et si une puissance supérieure organisait tout cela ?

Alyane est le personnage principal de ce roman et elle apporte une force à l’intrigue tout à fait remarquable. Elle est entourée par une pléiade de personnages, dont Eliakim son défunt amant, Djegou un Ciodra et Abbadom. Voyageant dans l’espace et le temps, il va falloir un peu s’accrocher dans les premiers chapitres, avant de comprendre la trame du roman. En effet, au début, chaque chapitre nous montre une mission et nous voyageons entre Vienne et les temps préhistoriques, ou bien sur une colonie à 165 années lumières de la Terre pour finir en 2045 au Canada.

Après une entrée en matière déconcertante, le thème principal prend place, et la deuxième partie du roman se consacre à la sauvegarde de l’humanité. Avec un style simple et abordable, le rythme est enlevé, sans trop de descriptions, malgré des paragraphes un peu longs à mon gout, et peu de dialogues. C’est probablement le seul argument qui me fait dire que des adolescents risquent d’être rebutés par ce roman.

Et pourtant, cette lecture est un hymne à l’humanisme, sa conclusion un chant plein de respect pour ceux qui construisent le futur. Pierre Bordage a mis beaucoup de passion dans ce roman, montrant tout son amour pour ses personnages mais aussi pour les hommes qui œuvrent pour le Bien de tous. Et en filigrane, on retrouve cette question entêtante : Le progrès œuvre-t-il toujours pour le bien ?11Ne fait-on pas du mal en voulant faire le bien ? Voilà un roman plus profond qu’il n’y parait où Pierre Bordage offre l’amour comme solution.

Les quatre élus de Brandon Mull

Cycle : Animal Tatoo

Traducteur : Vanessa Rubio-Barreau

Genre du livre : roman d’aventures

Editeur : Bayard poche

Quand on est père et que votre fils écrit un billet pour votre blog, vous êtes fous de joie, mais aussi extrêmement fier ! C’est exactement ce que je ressens au moment de vous partager le billet écrit par mon fils, Nathan, 10 ans, qu’il a écrit tout seul, comme un grand. Je lui laisse la parole.

Pourquoi j’ai choisi ce livre ?

Au début je voulais lire le tome 11 de Beast Quest. J’ai demandé à mon père de me l’acheter. Ils ne l’avaient pas alors la vendeuse a proposé à mon père ce livre.

Mon résumé :

Le roman se passe dans le monde imaginaire d’Erdas.

Quand les enfants de ce monde ont 11 ans, ils doivent tous boire le nectar. Cette boisson permet à certains enfants de découvrir leur animal totem. Cet animal les accompagnera toute leur vie et les protégera.

Les quatre personnages de ce roman sont :

Conor est l’aide du fils du comte. Quand il boit le nectar, il découvre Briggan le Loup aux yeux bleus, l’une des Bêtes Suprêmes.

Abéké vit dans un petit village, et croit en Dieu. Après une partie de chasse à l’antilope, elle revient couverte de sang. Abéké découvre son animal, Uraza, la panthère aux yeux violets.

Rollan est orphelin et en prison quand il va découvrir Essix, le faucon femelle.

Meilin doit fuir la ville envahie par les rebelles. Elle va hériter de Jhi le panda aux yeux argentés et laisser derrière elle son père, prêt à mourir au combat.

Les 4 enfants vont avoir 11 ans. Ils découvrent leur animal totem. Alors que les troupes du Dévoreur envahissent le monde, les quatre enfants vont devoir apprendre à se battre et à maîtriser leur animal. Quand l’animal n’apparaît pas, il se transforme en tatouage sur le bras ou la jambe. Les quatre élus vont suivre leur chemin pour se retrouver pour combattre le grand méchant, le Dévoreur.

Ce que j’ai aimé :

J’ai préféré le panda parce que c’est le seul animal qui est mignon.

Il y a un chapitre par personnage : c’est bien parce qu’on a le temps de s’adapter à lui et on se demande qui va être avec quel animal. Heureusement, le titre du chapitre rappelle avec quel animal on va être et où on est.

Les chapitres ne sont pas trop longs, j’ai beaucoup aimé l’écriture. Les mots sont simples et la taille des caractères est assez grosse. Les combats sont bien décrits, détaillés.

Ma scène préférée est le combat final parce que les descriptions sont rapides, amusantes comme un jeu. Tout va vite. Il y a plein de gens dans ce combat et c’est passionnant.

Le thème de l’histoire est classique car cela ressemble à Beast Quest. La nouveauté du livre, c’est qu’un des quatre élus était dans le camp des méchants. Il s’aperçoit de son erreur et rejoint le camp des gentils.

Ce que j’ai moins aimé :

Le nom du méchant (le dévoreur) parce que dans toutes les séries (Ninjago par exemple), le méchant s’appelle comme ça. Et le nom des envahisseurs est trop basique.

Les décors ne sont pas très bien décrits.

Il n’y a pas beaucoup de dialogues

Faut-il lire ce livre ?

Oui parce que il y a du suspense et que ça se passe dans un monde imaginaire. On voit bien les paysages et la couverture est très belle et correspond à l’histoire.

Un moindre mal de Joe Flanagan

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Comme beaucoup de mes collègues blogueurs, je vais vous donner le même conseil : ne lisez pas le bandeau qui est sensé vendre le roman. Dire de ce roman qu’il est l’équivalent du L.A. Confidential de James Ellroy transposé à Cape Cod est exagéré. Certes, c’est vendeur mais c’est faux. Et je vous détaillerai tout cela juste après mon petit résumé.

Cape Cod, 1957. Un corps de jeune enfant vient d’être découvert, tué et violé. Alors que les élections approchent, la pression se fait forte sur les épaules de la police pour résoudre ce crime, que l’on espère isolé. Hélas, d’autres corps vont suivre …

Au premier rang de ceux qui vont subir la pression, il y a Warren, qui fait partie de la police locale. Il a un fils légèrement attardé, et la disparition de sa femme, vraisemblablement partie sous d’autres cieux l’oblige à gérer difficilement sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Comme son fils fait figure de bouc émissaire, Warren est bien obligé de le placer dans une institution spécialisée.

Dans cette école, des ecclésiastiques viennent aider les institutrices. C’est le cas du Père Boyle, trituré entre sa foi et ses envies. D’un naturel solitaire, il passe beaucoup de temps à se balader seul dans les bois, et considère de son devoir de visiter les malades et d’aider les enfants.

Quand d’autres corps apparaissent, le procureur Elliott Yost fait appel à la police d’Etat. On leur dépêche Dale Stasiak, un policier à la réputation sulfureuse. Celui-ci a le vent en poupe, puisqu’il vient de faire tomber un caïd de la pègre de Boston, dans l’affaire Attanasio. Par contre ses méthodes violentes et son non respect des règles font de lui quelqu’un d’honni dans la police.

Ce n’est pas parce que l’on a affaire à trois personnages que l’on est en droit de comparer ce roman avec ceux de James Ellroy. Et c’est la même remarque pour le fonctionnement de la police, la corruption, les religieux ou les politiciens. Et ce n’est pas non plus le style de l’auteur, plutôt littéraire et imagé qui va rappeler James Ellroy. Bref, déchirez le bandeau, afin de mieux apprécier ce roman.

Car on ne va tout de même pas juger un roman sur son bandeau de publicité !  Et pour un premier roman, c’est une vraie réussite. On a droit à un scenario très bien mené, des personnages tous très typés, représentant chacun leur confrérie, et une illustration de ce que les Etats Unis sont capables de nous sortir quand ils parlent de leur système et de son dysfonctionnement.

Sans forcément vouloir dénoncer quoi que ce soit, ce roman nous montre beaucoup de choses, de la corruption généralisée à l’impunité des religieux, de la lutte entre le bien et le mal et des liens familiaux. De ces thèmes abordés, on retiendra évidemment le combat entre deux façons de rendre la justice : l’honnête (Warren) et la violente (Stasiak). Même si les confrontations sont rares, la tension entre les deux monstres (entendez personnages) est constante et grimpe au fur et à mesure des pages.

J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, tout en retenue, ne s’encombrant pas de sentiments, laissant la part belle à l’intrigue, qui elle est fantastique. Se contentant de décrire les paysages, les personnages par leurs actions, on est plongé dans un film de façon très classique, très académique mais bigrement efficace. Et sans en rajouter plus que cela, on est transporté dans une autre époque, les années 50 et les positions de la pègre pour s’octroyer plus de pouvoir dans la reconstruction.

C’est donc un premier roman impressionnant, de ceux qui font plaisir à lire, de ce genre de polar costaud que l’on est heureux d’avoir ouvert, de ceux qui nous remplissent de satisfaction. Et pour finir de vous convaincre, je vous joins un certain nombre d’avis de collègues, plus ou moins d’accord avec le mien, dont Nyctalopes, Lecturissime, K-Libre, Unwalkers, La Belette et Jean-Marc.