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Gueule de fer de Pierre Hanot

Editeur : Manufacture de livres

Si j’aime bien les romans qui ont un fond historique, je ne lis que très rarement des romans biographiques. Alors pourquoi avoir choisi ce roman là ? En premier lieu, je dirai que c’est le billet de Claude qui m’a décidé. Ensuite, je suis fan de boxe. Enfin, la période évoquée (la première guerre mondiale) est une période qui restera pour moi un point d’interrogation, ne comprenant pas comment on a pu faire durer ce conflit avec toutes les horreurs qui ont été perpétrées. Et puis je suis tombé sur ce roman, court mais si intense … L’émotion qui se dégage de ce roman est tout simplement incroyable.

Le roman démarre en 1914. Champion de France Poids Mouche, Eugène Criqui vient de passer Poids Coq et commence par une défaite face à Ledoux. Cette défaite est dure à avaler, c’est comme s’il était passé sous un train. Le moral est en berne, il songe à arrêter. Mais son entraineur lui répète que c’est dans la défaite qu’on forge les champions. Alors, il va remettre les gants et repartir au combat.

Mais le conflit de la Grande Guerre approche et Eugène va être mobilisé. D’abord placé à l’arrière des lignes, parce qu’un gradé est un de ses fans, il demande de passer sur le front, car il veut se battre. Il connaitra tout, l’automne et son vent glacial, l’hiver et son froid paralysant, les assauts, les petites victoires, les grandes morts. Il découvrira l’amitié, la loyauté. Et il retiendra cette envie de se battre, de ne rien lâcher … jusqu’à cette balle qui lui traversera la mâchoire. On lui posera une plaque en fer pour soutenir tout le bas du visage.

Il reprendra la boxe dès 1917, ne cédant rien devant ce besoin d’avancer, fera des tournées en Australie, aux Etats Unis, jusqu’à obtenir sa chance au championnat du monde. Et il deviendra champion du monde, le deuxième champion français après Georges Carpentier. Et Eugène Criqui est tombé dans l’oubli, ce qui est une flagrante injustice.

Construit sur la base de chapitres courts, eux même découpés en scènes, Pierre Hanot choisit minutieusement ses passages pour nous montrer la vie de cet homme, qui si elle n’a pas été spectaculaire, a fait montre de succès à force de travail, de courage et d’amour, à la fois de son sport et de sa future femme.

C’est aussi le style très direct qui m’a époustouflé. J’ai rarement lu un livre qui disait autant de choses avec si peu de mots ; qui faisait passer autant d’émotions avec autant d’économie de phrases. Par moments, j’ai ouvert la bouche d’étonnement, j’ai détourné la tête devant certaines horreurs, j’ai eu la gorge serrée dans les moments tristes et j’ai crié de joie pour sa victoire au championnat du monde alors que cela tient dans un minuscule chapitre.

Tout cela est fait avec beaucoup de simplicité, et avec un choix minutieux des mots, une construction talentueuse des phrases si bien qu’il est difficile de ne pas être touché par la vie de cet homme. L’auteur montre aussi simplement la trajectoire de cet homme exceptionnel de courage et de ténacité, en nous évitant une morale qui aurait terni le propos. Ce roman est en fait un formidable hommage envers un homme injustement oublié et c’est une formidable réussite, un roman qui m’a réellement ému et impressionné.

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Cabossé de Benoit Philippon

Editeur : Gallimard Série Noire

Auréolé d’avis dithyrambiques, sur la toile entre autres, je me devais de découvrir ce premier roman, écrit par un auteur qui touche à tout. Attendez vous à une belle claque dans la gueule …

Il s’appelle Raymond. Comme ce prénom est moche, il se fait appeler Roy. Comme son prénom, Roy est moche, abimé, cabossé. Il fut boxeur, mais on devrait plutôt dire punching ball amateur. Dur au mal, il encaissait les coups jusqu’à se faire démolir. Avec cette gueule-là, il a bourlingué, fait tous les boulots, même ceux qui consistent à démolir des têtes pour recouvrer de l’argent.

Roy s’essaie à un site de rencontres. Il tombe sur Guillemette, jeune femme frivole qui a de la répartie. Elle a un petit ami, Xavier qui la frappe. Roy n’accepte pas cette attitude et le corrige … définitivement. Guillemette trouve alors en Roy le gentil géant qui va la protéger, avant d’éprouver pour lui le Grand Amour avec un grand A.

Recherché par la police, mais surtout fuyant leur vie abimée, nos deux écorchés vifs vont étrenner les routes de la France profonde sans but ni espoir, si ce n’est celui de passer le plus de temps ensemble possible. Cela va être l’occasion de rencontrer de nombreux personnages hauts en couleurs.

Je comprends les différents avis que j’ai pu lire sur la Toile à propos de ce roman. Avec un parti pris revendiqué de parler vrai, voire d’utiliser un langage parlé, l’auteur nous conte une bluette, une sorte de conte de fée d’aujourd’hui, mais en regardant l’envers du décor. Le héros n’est pas beau mais moche à en faire une caricature. La belle est belle et aveuglée d’amour. Et le décor n’est pas une belle forêt mais des routes départementales boueuses ou des banlieues grises. Le tout est servi chaud, très chaud, à force de coups de poing, de coups de pied et de mandales dans la gueule.

Que ceux qui n’apprécient que peu le langage vulgaire, ou la véracité des mots crus passent leur chemin. Il suffit de lire les premières lignes pour s’en rendre compte. Que ceux qui veulent lire un roman pas tout à fait comme les autres, et qui va vous frapper derrière la carapace, à l’endroit du cœur se jettent dessus. Car derrière cette brutalité, se loge une sorte de petite lueur de poésie noire, une once de gentillesse, de bon sentiment, sur fond d’amoralité, de sang et de sueur.

Pour un premier roman, c’est bluffant, car cela marche du début à la fin. Le seul petit reproche que je ferai, c’est que cela ressemble à un amoncellement de scènes, sans véritable but ni fin. Mais rien que pour quelques personnages rencontrés au fil de ces pages, avec une mention particulière pour Mamie Luger, et pour cette fin en forme de début de tout, je vous conseille d’aller y jeter un coup d’œil pour vous prendre un coup de poing.

Ce roman est qualifié pour le prix du Balai de la découverte 2017, organisé par le Concierge Masqué, et dont vous pourrez lire l’interview ici

Ne ratez pas les avis des amis Yvan et Jean Marc, de Fan2polar et Quatresansquatre

Metropol : Corps à corps de Martin Holmén

Editeur : Hugo & Cie

Collection : Thriller

Traducteur : Marina Heide

Je vous l’ai probablement dit : l’une de mes passions est d’errer dans les linéaires des libraires, et de feuilleter quelques pages de romans dont je n’ai pas entendu parler. La couverture m’a fait penser à un livre futuriste, à la Blade Runner, alors que la quatrième de couverture situait l’intrigue dans le Stockholm des années 1930. Après avoir lu le premier chapitre, il fallait que je sache si l’atmosphère sombre allait se poursuivre. Ce roman est une vraie belle découverte.

Stockholm, lundi 12 décembre 1932. Harry Kvist est un ancien boxeur qui s’est reconverti dans le recouvrement de dettes, ce qui lui permet d’utiliser son art d’utiliser ses poings. Son travail du jour consiste à récupérer l’argent chez un certain Zetterberg. Celui-ci n’a pas payé une Opel d’occasion à un vieil homme du nom d’Elofsson Ovanaker. Après être entré dans l’immeuble, Harry trouve l’appartement de Zetterberg luxueux, et le passe à tabac en lui donnant une journée pour réunir l’argent.

En ressortant, il rencontre une prostituée, Sonja et discute un peu avec elle. Son travail est difficile, dit-elle, depuis que tout le monde vend son corps pour acheter de quoi se nourrir. Il est vrai qu’il n’est pas rare de voir des garçons ou des filles proposer une passe. C’est en allumant son cigare qu’il rencontre un gamin, et qu’il décide de l’emmener dans un parc. Harry et le garçon font l’amour sur le capot de la voiture, puis pris d’une rage, Harry le dérouille à tel point qu’il le laisse KO.

Harry vit chez Lundin, un croque mort. Lundin sous-loue sa cave à de pauvres hères, et fait aussi du trafic d’alcool, ce qui est le seul moyen pour lui de survivre. Ce matin de mardi 13 décembre, Harry va retourner chez Zetterberg. La police bloque la rue et Harry apprend que Zetterberg a été assassiné. Harry a été vu sur place, il est naturellement suspect et se fait arrêter. Mais faute de preuves, les flics le relâchent. Harry va devoir mener l’enquête pour découvrir la vérité, car il sait bien que sa vie ne tient qu’à un fil.

C’est une vraie surprise que ce roman, qui frappe d’emblée par la description d’une ville en perdition. Nous sommes en effet en 1932 et la crise économique fait rage. Les gens sont en perdition, cherchant avant tout à manger. A travers le personnage de Harry Kvist, Martin Holmén nous décrit des gens qui trainent dans les rues, buvant l’eau du caniveau et vendant tout ce qui leur reste pour s’acheter à manger.

On trouve des gens qui récupèrent le moindre centime de couronne pour s’acheter la seule drogue accessible qui leur fasse oublier leur quotidien : l’alcool. On y voit de jeunes gens, garçons ou filles, prêts à vendre leur corps pour quelque menue monnaie. L’atmosphère est d’un glauque très réussi et aussi assez difficile à supporter. Surtout, Harry Kvist cherche aussi à survivre, et, comme les autres, cherche à s’en sortir, et navigue à vue dans ce monde totalement détruit. Il ne juge pas mais utilise cette situation à son avantage.

Dans ce cadre, Harry Kvist vit toujours avec son cigare vissé au bec, sodomise garçon ou fille quand l’envie lui en prend, car cela lui permet de calmer ses nerfs et d’oublier le quotidien. Je tiens d’ailleurs à souligner que certaines scènes sont crues et peuvent choquer des âmes sensibles. Puis après cette première partie dans les bas-fonds de Stockholm, Harry Kvist va basculer dans le monde des riches.

En effet, ce roman est divisé en deux parties, et son enquête va l’entrainer aux antipodes du monde dans lequel il vit, en rencontrant une actrice, mariée à un homme immensément riche. Et l’atmosphère glauque de la première partie se retrouve changée pour un monde où la boisson de base est le champagne. Et la drogue qui était l’alcool dans la première partie est échangée contre de la morphine que l »on s’injecte consciencieusement dans une veine du pied.

Alors que l’atmosphère devient moins glauque, l’apparence de ce monde de riches, bien séparé des pauvres, s’avère tout aussi malsain. Si l’auteur, comme Harry Kvist, n’est pas du genre à revendiquer, on nous montre quand même une société clivée entre ceux qui bouffent du caviar et ceux qui meurent de faim, tout cela sur un fond d’intrigue qui aboutira à un coupable que l’on aurait eu du mal à deviner.

Martin Holmén signe là avec Corps à corps un premier tome d’une trilogie bien intéressante, tout en laissant des zones d’ombre sur son personnage qui laissent augurer de futurs épisodes bien passionnants. Avec son style direct, il a bien assimilé les codes du roman de détective en y apposant sa patte, et je dois dire que ce premier roman m’a totalement séduit. A suivre donc … j’attends la suite avec impatience.

Chronique virtuelle : ça boxe chez SkA

Ska, c’est une maison d’édition exclusivement dédiée au numérique. Cette maison d’édition édite aussi bien des romans que des nouvelles, soit de littérature blanche, soit de la littérature érotique soit des polars.

Par contre, on retrouve chez Ska de grands nooms du polar, et je citerai parmi les plus connus : Antoine Blocier, Claude Soloy, Damien Ruzé, Didier Daeninckx, Dominique Sylvain, Elena Piacentini, Elisa Vix, Francis Zamponi, Frank Thlliez, Gilles Vidal, Hafed Benotman, Zolma, Jan Thirion, Jeanne Desaubry, Jerome Leroy, Joseph Incardona, Laurence Biberfeld, Marc Villard, Marie Vindy, Max Obione, Maxime Gillio, Michel Bussi, Olivier Bordaçarre, Paul Colize, Rachid Santaki …

Au mois d’avril, ils ont édité des romans et nouvelles sur le thème de la boxe, et je vous en présente quelques lectures, dont certaines sont tout bonnement géniales. Comme je l’ai lu ailleurs, essayer ska, c’est l’adopter. Tous les titres de Ska sont disponibles ici : http://ska-librairie.net/index.php

A piece of steak de Jack London :

Piece of steak

Tom King est un boxeur professionnel vieillissant. Oh, pas le genre star de la boxe. C’est un boxeur qui combat pour survivre, pour acheter quelque chose à manger pour sa famille. Ce matin, en se levant, il a rêvé qu’il mangeait un steak. Toute la journée, cette envie lui a tenaillé le ventre. Ce soir, c’est le grand soir, il rencontre Sandel, et s’il gagne, il pourra rembourser toutes ses dettes.

Vous ne rêvez pas, c’est bien l’auteur de L’appel de la forêt et de Martin Eden qui a écrit cette nouvelle. Et tout y est, de l’ambiance à la noirceur du propos, Jack London est génial quand il s’agit de montrer ce qu’endurent les pauvres gens. Et quoi de mieux que de prendre l’exemple de la boxe. Il y a dans cette nouvelle tout le génie que l’on peut trouver dans un film tel que Nous avons gagné ce soir. Une nouvelle géniale. Un pur morceau d’anthologie !

Cette version de ce texte est proposée en fin de volume en version originale. Cela s’appelle une version complète et respectueuse de l’auteur. Chapeau !

Adrénaline de Joseph Incardona :

Adrenaline

Cette nouvelle raconte le combat de Max Chavez contre Paul Norman, vu du coté de Norman. Nomran est un boxeur vieillissant dont cela pourrait bien être le dernier combat. Chavez, plus jeune, est en route pour le championnat du monde. Norman n’a rien à perdre sinon montrer qu’il est encore capable de faire quelque chose de sa vie, qu’il a raté.

On a affaire là à un combat entre deux générations, entre deux hommes que tout oppose. Si cette nouvelle fait la part belle au match, avec des passages hallucinants qui sentent la sueur, le sang et la mort, c’est aussi une excellente façon de fouiller la psychologie d’un homme qui est au pied du mur, qui se bat non pas pour lui-même mais contre l’image que les autres ont de lui. C’est un combat coup de poing qui se déroule devant nos yeux effarés, violent et humain, qui montre toute la beauté de ce sport et dont on ressort groggy. Un bel exercice de style qui vous laissera KO.

Ring à putes de Rachid Santaki :

Ring à putes

« Les choses ne se passent jamais comme prévu. Alors Georges préfère prévenir que punir.

— Elle doit se coucher avant la fin. On a mis un paquet de fric, alors tu gères ! Chuchote le caillera.

— Mais on peut parier sur elle. On peut miser, tu vois bien qu’elle va gagner ! lui répond Claude.

— On ne change pas les plans. Ta putain se couche et tu fermes ta gueule ! lui lâche le man. Il regagne sa place, s’adresse à son voisin. Les deux crapules scrutent le combat avec inquiétude. Y a un paquet de cash en jeu. Une certitude : tirer dans le tas en cas de perte. »

Une nouvelle fois, c’est un combat entre une paumée et une championne que Rachid Santaki nous convie. Car la boxe entre hommes ou entre femmes n’a pas tant de différences, il s’agit d’opposer deux caractères et il n’y aura au bout du compte qu’une gagnante : la meilleure. Rachid Santaki n’a pas son pareil pour nous décrire les jeunes qui vivent à la marge de la société, ceux ou celles qui sont nés perdants et finiront perdants. On espère, on espère, car on veut que Marie gagne ce match mais la réalité est plus cruelle que la vie. Quels beaux portraits, quelles émotions, quels espoirs nous fait vivre cette nouvelle noire.

Amin’s blues de Max Obione :

Amin blues

3 rounds, c’est ce que Amin Lodge doit tenir, avant de se coucher. Effectivement, il se prend un direct en pleine face et pourrait bien simuler la chute et la fin du combat. Mais les insultes de son adversaire lui insufflent la rage. Le quatrième round démarre, ses jambes flageollent, il s’accroche à son adversaire. Il sait qu’en sortie d’accrochage, il y a une possibilité alors il l’exploite à fond et envoie un uppercut, tellement bien fait que l’autre en meurt.

En parallèle, un journaliste du Blues Monthly Stars, Nad Burnsteen enquête que cet étrange personnage.

Une sorte de Road book, à mi chemin entre histoires parallèles et course poursuite se déroule. Tout l’art de Max Obione à construire une histoire parallèle entre plusieurs personnages avec un style redoutablement efficace fait de ce roman un pur plaisir noir.

Avec Max Obione, le divertissement noir est forcément au rendez vous, et si je dois vous convaincre, lisez donc Scarelife.

No limit de Jeremy Bouquin :

No limit

Le Girl fight, c’est un combat sans règles entre deux jeunes filles dévêtues, organisé clandestinement dans un hangar. Il n’y a pas de ring, les spectateurs sont en cercle et les deux combattantes sont au milieu de la foule en rut, se battant jusqu’à la mort. Le narrateur est entraineur et croit dans les chances de Jane. Mais l’issue du combat va réserver quelques surprises bien noires.

Je ne connaissais pas Jeremy Bouquin, mais je peux vous dire que cet auteur m’a tout simplement impressionné. Dans cette nouvelle (comptez une heure de lecture), le décor est planté, les personnages sont vivants, la violence est crue. On a vraiment l’impression de vivre le combat de l’intérieur, on sue, on a peur, on s’accroche et on se prend des coups. Et quand, après nous avoir mis KO, Jeremy Bouquin nous assène sa fin, c’est bien parce que le lecteur est déjà à terre et qu’il peut prendre un coup de pied en plus, la bouche ouverte. Une excellente découverte et un auteur à suivre.

Balancé dans les cordes de Jeremie Guez (La Tengo)

Coup de cœur ! Le voici, le voilà, le deuxième roman de Jérémie Guez, ce jeune auteur qui a sorti une première bombe l’année dernière avec Paris la nuit. Balancé dans les cordes est aussi le deuxième tome de sa trilogie consacrée à Paris.

Tony est un jeune homme qui vit à Aubervilliers, avec sa mère, qui se prostitue. La journée, il est garagiste chez son oncle, le soir il se donne à fond dans ses entraînements de boxe. C’est son oncle qui l’amené au gymnase pour apprendre à se défendre à l’école. Il va bientôt toucher du doigt son rêve, son nirvana, devenir boxeur professionnel et son premier combat est prévu pour dans un mois.

Il aime aussi les lumières de la ville, la nuit, parcourant les rues de Paris à bord de sa moto, seule folie qu’il s’est accordé, seule étoile de liberté dans une exigence terne et grise. Lors d’une de ses virées, il sauve une jeune femme, Clara,  qui se faisait agresser par des jeunes. Il la raccompagne chez elle, et il se prend à rêver d’amour.

Au cours de ses entraînements, un mafieux le regarde avec attention ; c’est Miguel. Accompagné de son garde du corps et de son frère attardé, il se prend d’affection pour Tony et lui dit qu’il peut compter sur lui en cas de problèmes. Tony, qui gagne son premier combat, va retrouver Clara mais au retour, il s’aperçoit que sa mère a été tabassée par un de ses clients. Tony va aller demander l’aide de Miguel et entamer ainsi sa descente aux enfers.

Forcément, quand on attaque le deuxième roman d’un auteur que l’on a adoré, on est fébrile. Est-ce que ça va être pareil, ou complètement différent ? Le sentiment qui va prédominer va-t-il être l’exaltation ou la déception ? Jérémie Guez a décidé de faire un roman complètement différent. Aux ambiances grises et glauques du premier, il opte pour le portrait d’un jeune homme qui se débat pour sortir de sa boue quotidienne. Aux longues phrases poétiques, il répond par un style haché mais bien écrit, efficace et des dialogues qui font mouche.

L’intrigue, elle, est toujours aussi prenante même si elle suit finalement les classiques du genre. C’est une descente aux enfers, un homme rattrapé par son milieu, un homme qui rêve des lumières mais qui retombe dans les limbes fantomatiques et violentes de la banlieue. C’est un roman noir donc il ne faut pas y chercher de rédemption ni d’espoir.

Ce roman est clairement plus abouti particulièrement dans le portrait de Tony, mais aussi dans les personnages secondaires (qui ne le sont pas). C’est un personnage touchant, par sa volonté, par ses rêves, mais aussi par son destin inéluctable : lui qui est promis à un avenir essaie de ne pas dévier de sa trajectoire mais il se retrouve malmené, comme un boxeur, envoyé dans les cordes.

Il y a bien son ange salvateur, Clara, il y a bien Moussa, son voisin trafiquant de drogue qui l’a initié à la boxe et qui lui donne des conseils pour revenir dans le droit chemin. Mais sa destinée était toute autre, et il ne la suit pas par facilité, mais par manque de réaction aux moments opportuns. Ceci dit, dans son environnement, il n’avait pas forcément le choix. Tony ressemble finalement à une boule de flipper qui va tomber dans le trou.

Dès les premières pages, on est pris par ce que raconte Tony car c’est écrit à la première personne du singulier. Il ne laisse transparaître que peu d’émotions, sauf quand il combat. Là, l’adrénaline monte et ce sont les seuls moments où il est conscient, de lui, de sa vie, des actes qu’il doit accomplir. C’est un formidable portrait de loser, passionnant à suivre, et c’est un coup de cœur très mérité !

Le paradoxe du cerf-volant de Philippe Georget (Jigal-Polar)

Après L’été tous les chats s’ennuient, son premier roman, que j’avais bien aimé, j’avais dit que je ne raterai pas son deuxième. Voilà qui est fait avec ce paradoxe qui est, à mon goût, encore meilleur.

Pierre Couture est boxeur professionnel. Il a eu son heure de gloire, devenant même champion de France, avant de commencer à perdre. D’ailleurs, le roman s’ouvre sur une énième défaite. Pour arrondir ses fins de mois, il est serveur au Café de la poste et s’entraîne le soir. Là bas, il retrouve les habitués du zinc, mais aussi son pote Sergueï, de père croate et de mère serbe, pour qui il a eu un coup de foudre d’amitié. Ces deux là sont inséparables, se confiant tout, toujours prêts à tout pour se sortir de la panade.

Sergueï pense que Pierre doit raccrocher la boxe, maintenant qu’il a 27 ans et lui propose un petit extra, légèrement illégal. Il connaît un dénommé Laszlo, qui prête de l’argent à des gens en difficulté. Quand ceux-ci oublient de rembourser, on leur envoie des durs qui sont chargés de les rappeler à l’ordre. C’est payé 100 euros, alors pourquoi pas ?

Pierre se retrouve donc avec La Fouine pour aller rendre visite à M.Arnoult. Après une petite séance d’intimidation, celui-ci veut sortir un pistolet. Pierre le met à terre d’un coup bien placé, La Fouine empoche le revolver, et ils s’en vont en laissant à Arnoult un court délai pour le remboursement. Pierre finit la nuit à écluser les bars et finit par dormir dehors. Le lendemain, deux flics débarquent à son travail et lui annoncent que Laszlo est mort d’une balle dans la tête et que ses empreintes sont sur l’arme. Pierre vient de mettre un doigt dans un engrenage qui va l’obliger à revenir sur son passé.

Je viens de refermer ce roman, de tourner la dernière page, d’abandonner Pierre, ce personnage si sympathique, et de quitter le Paris nocturne où il se passe tant de choses. Et je ne sais comment commencer mon avis. Alors je vais donc écrire la conclusion : Il faut que vous lisiez ce roman à tout prix, car c’est brillant à beaucoup de points de vue, que ce soit les personnages, le cadre, l’ambiance, le contexte et le déroulement de l’intrigue. Un formidable roman d’amitié, d’amour, de colère, d’innocence, de guerres, d’héritages familiaux. Si vous avez lu L’été tous les chats s’ennuient, celui-ci est encore meilleur.

Du premier, j’avais adoré cette façon qu’a Philippe Georget de décrire le quotidien d’un flic, délaissant l’intrigue pour creuser l’intimité, l’après boulot, les pensées et les doutes de son personnage principal. Et je lui avais trouvé quelques longueurs dans les descriptions, les dialogues. Mais l’ensemble emportait l’adhésion par la sincérité et l’originalité du point de vue.

Ici, on fait un virage à 180 degrés. Tout est organisé comme un combat de boxe, ou plutôt devrais-je dire 3 rencontres de boxe : le premier combat, la revanche et la belle. D’ailleurs, le roman est organisé autour de trois parties, découpées en 12 rounds, ce qui est la durée d’un match de boxe (pour ceux qui ne le savent pas). Mais que je vous rassure : si vous n’aimez pas la boxe, si vous n’y connaissez rien, ce n’est pas grave, car ce roman ne parle pas de boxe, la boxe ne sert que de contexte et de prétexte.

Le personnage principal de ce roman est marqué par son passé : séparé de sa femme qu’il aimait, arrivé à un âge où dans son domaine, on perce ou on arrête, orphelin ayant fait des bêtises de jeunesse, il ne veut se remettre en cause. Mais les événements vont en décider autrement, et il va devoir regarder son passé avec les yeux écarquillés. C’est tellement bien écrit, qu’on se met dans la tête de Pierre, on se laisse emporter, et avec des personnages secondaires aussi touffus et vivants, on a l’impression de vivre le cauchemar de Pierre.

Et que dire du style ? C’est direct, ça a du punch, ça vous fout des beignes dans la gueule (excusez le langage familier), comme un round de boxe : un direct, une tentative d’uppercut, et BING ! Un coup au foie. Le livre alterne entre moment fort et pauses (comme dans un match de boxe, quand les protagonistes doivent souffler), et puis ça repart de plus belle. Pierre est parfois comme malmené, entraîné dans les cordes, balancé de droite et de gauche comme une balle de flipper, avant d’avoir un éclair de lucidité et de redresser la tête.

Avec un fond historique de conflit Serbo-croate, où on apprend plein de choses, cela fait que ce roman est une petite perle bigrement originale dans son traitement et son sujet. Philippe Georget aime ses personnages et j’aime Philippe Georget pour cela. Ce deuxième roman est excellent, c’est un roman à lire, à ne rater sous aucun prétexte, foi de Black Novel. C’est le meilleur roman que j’aurais lu au mois de mars, dur, direct, plein d’humour et attachant.